‹ Journal (volume 2)Chapitre 83 sur 163 · Mercredi 25 mai · texte numérisé non relu

Mercredi 25 mai

Tours, audit lieu d'Amboise et autres lieux en Touraine.

Et, quant le roy se partit de Laigny, où il s'estoit tenu par aucunes journées, pour aler à Meaulx, il envoya à Paris son mandement, pour faire publier par les carrefours d'icelle ville que tous nobles et gens suivans la guerre feussent tous prestz et en armes le viii^ juillet, pour aler et eulx trouver où il leur seroit ordonné de par le roy, et sur peine de confiscacion de corps et de biens ^.

Et puis, ces choses ainsi faictes, le roy s'en ala à Meaulx. Et, durant ce qu'il y fut^, y ot ung homme natif de Bourbonnois, qui, pour aucuns cas par lui commis et pour avoir révélé les faiz du roy aux anciens ennemis les Anglois, fut décapité audit lieu de Meaulx le lundi xxvii® jour de juing, oudit an LXVIII. Et, auparavant, le roy envoya à Paris le prince de Pymont, filz du duc de Savoye, pour bouter le feu en Grève ^ ; et si mist en ladicte ville de Paris les prisonniers à délivrance qui estoient en Parlement, en Ghastellet et autres prisons.

1 . La trêve entre la France et la Bourgogne, prorogée par accord signé à Bruges, le 26 mai précédent, par le comte de Saint-Pol, au nom du roi, devait prendre fin le 15 juillet (voy. Vaesen, Lettres de Louis XI, UI, 229, 234). Guyot Pot, seigneur de la Prugne-au-Pot, chargé par Louis XI de négocier une nouvelle prorogation de la trêve, réussit à l'obtenir jusqu'à la fin de juillet [Ibid., 239).

2. Louis XI y séjourna du 24 juin au milieu du mois de juillet (Itin. cité).

3. Charles, prince de Piémont, iils d'Amédée, duc de Savoie, et de Yolande de France, naquit le 15 septembre 1456, et on trouvera plus loin la mention de sa mort au mois de juin 1471. — C'était un privilège royal que de mettre le feu au bûcher élevé sur la place de Grève, à Paris, le jour de la Saint-Jean (24 juin).

Environ ce temps, y ot ung nommé Charles de Meleun, homme d'armes de la compaignie de monseigneur l'admirai, lequel de Meleun est oit cappitaine de llsson en Auvergne, qui avoit la garde de par le roy du seigneur du Lau sur sa vie audit lieu de Husson, dont il eschappa. De quoy le roy fut fort desplaisant et pour ledit cas fist constituer prisonnier ledit de Meleun au chasteau de Loches, auquel lieu et pour icellui cas fut décapité. Et, après lui, fut aussi décapité pour icellui cas ung jeune fîlz nommé Remonnet, qui estoit filz de la femme dudit Charles de Meleun, en la ville de Tours. Et si fut aussi pour icellui cas décapité en ladicte ville de Meaulx le procureur du roy audit Heu de Husson^. Et puis le roy s'en ala dudit lieu de Meaulx à Senlis et à CreiP.

i. Il y a ici une erreur déjà signalée par M. Vaesen (Lettres de Louis XI, III, 281, n. 4), d'après l'interrogatoire que Tristan l'Ermite fit subir à René des Nobles, homme d'armes dans la compagnie du bâtard de Bourbon, auquel le seigneur d'Arcinges, capitaine d'Usson, avait confié, en son absence, la garde du seigneur du Lau. Pour rétablir les faits, il faut donc remplacer dans ce paragraphe le nom de Charles de Melun par celui de René des Nobles. — Le Remonnet dont il est aussi question ici est un certain Remonnet de la Salle, qui avait préparé l'évasion, de concert avec Poncet de Rivière et la dame d'Arcinges. Mis à la torture, Des Nobles avoua que Remonnet lui avait promis 1,000 écus pour qu'il s'absentât d'Usson au jour fixé pour l'évasion. Il est probable que notre chroniqueur, ayant à parler quelques lignes plus loin de Charles de Melun, a commis une confusion de noms. — Maupoint ne nomme pas le lieutenant du capitaine d'Usson, mais dit qu'il fut décapité à Meaux avec d'autres pendant le séjour du roi dans cette ville (Journal, p. 106). C'est au mois de mai ou au mois de juin 1468 que l'évasion de Du Lau prit place.

2. Interpolations et variantes, § LVII. — Louis XI se rendit à Senlis et à Creil du 16 au 19 juillet 1468 pour s'opposer à une agression prévue du duc de Bourgogne, qui avait réuni à Péronne

Oudit temps, les Bourguignons ou Bretons estans en Normandie prindrent le seigneur de Merreville, séant entre Saint- Sa ulveur de Dyve et Gaen, et lui firent rendre et mettre en leurs mains sadicte place, dedens laquelle y avoit plusieurs frans archiers; et, incontinent qu'ilz furent dedens, tuèrent et murdrirent tout ce qu'ilz y trouvèrent, et puis pendirent ledit seigneur de Merreville et pillèrent tout ce qu'ilz trouvèrent et puis boutèrent le feu en ladicte place ^.

Et après, le roy se desloga de Greil et s'en ala à Compiengne, où il fut depuis par aucun temps, et puis s'en retourna à Senlis^. Et d'ilec s'en vint à Paris mons. le duc de Bourbon, le jour feste d'Assumpcion Nostre-Dame^. Et par avant le roy avoit envoyé par devers le duc de Bourgongne monseigneur de Lion, monseigneur le connestable et autres seigneurs pour tousjours se mettre en devoir et trouver partout bon moien de paix sans figure de guerre. Et, ce non obs-

environ 15,000 hommes et un nombreux charroi. Et, dit Chastellain, « là où le roi autre part pouvoit guerroyer contre son frère par commission de capitaines tels et tels, ici il vouloit quérir et prendre son adventure en sa propre personne » (V, 424).

1. Merville, auj. dép. du Calvados, arr. de Gaen. Les assaillants pouvaient bien être bourguignons, car, à la fin de juin, Pierre de Miraumont, chevalier, et le bailli de Saint-Omer, Rabodanges, avaient quitté le port de l'Écluse avec une quarantaine d'hommes d'armes et 500 archers, faisant voile sur Gaen, pour y prêter mainforte aux Bretons {Anchiennes Croniques d'Engleterre, par Jean de Wavrin, publiées par M"o Dupont pour la Société d'histoire de France, t. III, Appendice, p. 267 et suiv. Cf. Maupoint, Joicrnul, p. 106).

2. L'Itinéraire signale la présence de Louis XI à Compiègne du 20 juillet au 14 août, puis à Senlis et aux environs jusqu'au 25 août.

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