‹ Journal (volume 2)Chapitre 91 sur 163 · Mardi de la semaine sainte (28 mars 1469, n. st · texte numérisé non relu

Mardi de la semaine sainte (28 mars 1469, n. st

2. C'est-à-dire un tondeur à grands ciseaux, un tondeur do draps sans doute.

3. Cf. Arch. nat., registre cité, fol. 1, à la date du 29 mars 1168

(V. st.).

cardinal d'Angers, qui en peu de temps avoit eu de moult grans biens du roy et du pape par le moyen du roy, qui, pour l'avancer et faire si grant personnage comme de cardinal, et ouquel cardinal le roy se fioit moult fort, et faisoit plus pour lui que pour prince de son sang et lignage, et non aiant Dieu ne l'onneur et prouffît du roy ne du royaume devant ses yeulx, amena le roy jusques à Peronne, auquel lieu il le fîst joindre avec icellui de Bourgongne et leur fîst faire ensemble une telle quelle paix, laquelle paix fut jurée et promise entre les mains dudit cardinal, et puis voult, conseilla et ordonna que le roy yroit et acompagneroit ledit de Bourgongne jusques en la cité du Liège, qui par avant s'estoient eslevez et mis sus pour le roy contre ledit de Bourgongne et pour lui porter dommage. Et, au moien d'icelle alée du roy devant icelle cité, lesdiz Liegois et icelle cité furent ainsi murdris et destruis, tuez et fugitifz, que dit est devant; mais, qui pis est, le roy, messeigneurs de Bourbon, de Lion, Beaujeu et evesque dudit Liège, frères, et toute la seigneurie estant devant ladicte cité furent en moult grant danger d'estre mors et tous péris, qui eust esté la plus grant esclandre qui onques feust advenu ou royaume de France depuis la creacion d'icellui. Et, après que le roy s'en fut retourné devers Paris pour s'en retourner à Tours et autres lieux environ, il le garda de venir et entrer en sadicte bonne ville et cité de Paris et le fist passer à deux lieues près d'icelle, en cuidant par lui à ceste cause mettre ladicte bonne ville et cité, ensemble les subgetz d'icelle, en l'indignation du roy. Et, en faisant ledit voyage audit lieu de Tours et Angers par le roy, il fist content monseigneur son I 17

frère de son appanage et lui bailla pour icellui la duchié de Guienne et autres choses^, dont il se tint à bien content du roy. Et, voyant par icellui cardinal la paix et bonne union estre entre le roy et sondit frère, cuida derechef faire son effort de rebouter trouble et malvueillance entre le roy et autres seigneurs de son royaume comme devant avoit fait, car il envoya et mist sus message especial avecques lettres et instructions qu'il envoyoit audit de Bourgongne, en lui faisant assavoir que ledit accord ainsi fait estoit du tout fait à sa confusion et destruction et n'estoit fait à autre tîn que pour l'aler destruire incontinent que le roy et sondit frère seroient assemblez, et que, pour soy garder contre eulx, lui estoit besoing et neccessité qu'il se meist en armes, comme devant avoit fait, et qu'il assemblast plus grant armée que onques n'avoit fait, et mouvoir guerre au roy plus que jamais, et autres grandes et merveilleuses dyableries qu'il escripvoit audit de Bourgongne par ung sien serviteur, qui de sesdictes lettres et instructions qu'il portoit fu trouvé saisy^; et promptement furent portées au roy, lequel, tout incontinent ces choses par lui sceues, fut icellui cardinal prins et saisy et mené prisonnier à Montbason, où il y fut laissé

1. Le duché de Guyenne, tel qu'il s'étendait au sud de la Charente, les pays de Quercy, d'Agenais, de Saintonge, la -ville et gouvernement de la Rochelle, TAunis (Lettres données à Amboise au mois d'avril 1469 après Pâques, enregistrées au parlement de Paris le 27 juillet suivant. Lenglet, III, 93 et suiv.).

2. Furieux de sa disgrâce et poussé par l'évêque de Verdun, Guillaume de Ilaraucourt, Balue prit en eilct une part active au vaste complot qui faillit ressusciter le Bien Public au printemps de l'année 1469 (voy. Précis de l'Hist. de Bourgogne, t. IV, p. 258 et 342).

en la garde de monseigneur de Torcy et autres^. Et après furent prins et saisis en la main du roy tous ses biens et serviteurs, et furent tous sesdiz biens prins par inventaire^, et lui furent baillez commissaires pour l'interroguer sur les cas et charges à lui imposez, c'est assavoir messire Tanguy du Ghastel, gouverneur de Roussillon, messire Guillaume Cousinot, mondit seigneur de Torcy et maistre Pierre d'Oriole, gênerai des finances, tous lesquelz besongnerent à l'interroguer et examiner sur lesdiz cas et charges^. Et, en après, le roy donna et distribua des biens dudit cardinal à son plaisir ; c'est assavoir sa vaisselle d'argent fut vendue ^

1. Montbazon, sur l'Indre, clép. d'Indre-et-Loire, arr. de Tours. — Jean d'EstouteviUe, seigneur de Torcy et de Blainville, conseiller et chambellan du roi, grand maître des arbalétriers, était frère du prévôt de Paris (Anselme, VIII, 97 et suiv. Cf. Rondeaux et autres poésies du J7« siècle, publiés par Raynaud, Société des Anciens textes, Introd., p. xxxi et suiv.).

2. L'inventaire des biens meubles du cardinal Balue est conservé au ms. fr. 4487 de la Bibl. nat., parch. Par lettres datées des Montils-Iès-Tours, le 8 mai 1469, Louis XI commit Barth. Claustre, conseiller au Parlement, Henri Mariete, lieutenant criminel de la prévôté de Paris, et Jean Potin, examinateur au Chàtelet, à saisir les meubles du cardinal. Les commissaires s'adjoignirent deux notaires au Ghàtelet, dont l'un fut précisément Jean de Roye (voy. Introd., p. xxm) et l'autre Henri Le Wast. C'est eux qui rédigèrent l'inventaire des biens appartenant au cardinal et aussi les dépositions de diverses personnes appelées à témoigner devant la commission.

3. La commission, nommée le 8 mai 1469, comprenait encore le chaiacelier Jouvenel, le président Le Boulanger, Jean de la Driesche, Tristan l'Ermite et Guillaume AUegrin, conseiller au Parlement. Par contre, les patentes royales ne font pas mention du gouverneur de Roussillon (Copie d'un vidimus du prévôt de Paris au ms. fr. 4487, fol. 16 v°).

4. L'argenterie de buffet et de cuisine, mise aux enchères publiques, fut adjugée à Jean Maciot, changeur, à Jean Le Fia-

et l'argent baillé au trésorier des guerres pour les affaires du roy, la tapicerie baillée audit gouverneur de Roussillon et la librarie audit maistre Pierre d'Oriole ; et ung beau drap d'or tout entier contenant xxiiii aulnes et ung quart, qui bien valoit xii'= escuz, et certaine quantité de martres sebelines et une pièce d'escarlate de Fleurence furent baillez et délivrez à monseigneur de Grussol, et ses robes et ung peu de mesnage fut vendu pour paier les frais des officiers et commissaires, qui a voient vacqué à faire ledit inventaire * .

Et, durans ces choses, le roy de Cécile et la royne sa femme vindrent pardevers le roy à Tours età Amboise, où ilec furent moult honorablement receuz de par le roy^. Et, après tout ce que dit est, le roy, monsei-

ment, orfèvre, et à leurs compagnons, en présence de Jean Potin, de Noël Le Barge, conseiller et trésorier des guerres, et des notaires Le Wast et de Roye, pour une somme totale de 5,070 1. 12 s. 7 d. t. {Ibid., fol. 27).

1. Interpolations et variantes, § LXII. — La tapisserie, le linge, etc., estimés 538 1. 6 s. 6 d. p., furent donnés c?i garde à Tanneguy du Ghastel. D'Oriole reçut du roi (également en garde) les quatre-vingt-cinq volumes, latins ou français, qui composaient la librairie du cardinal. M. Delisle en a publié la liste dans le Cabinet des mss. de la Bibl. impériale, 1, 79-83. A Louis, seigneur de Grussol, chevalier, sénéchal de Poitou et gouverneur général de l'artillerie, fut attribuée, en récompense de ses services militaires et autres, une pièce de drap d'or prisée 533 1. 10 s. p., une pièce d'écarlate d'Angleterre prisée 35 1. p., 32 martres zibelines « en timbre, »> estimées 16 1. 10 s. p. Les vêtements furent vendus 233 1. 4 s. p. et les meubles meublants 61 1. H s. 4 d. p. (Ms. fr. 4487, fol. 48-50).

2. Louis XI séjourna à Amboise pendant les mois de juillet et d'août 1469. Le 10 juin de la même année, il enjoignait au Parlement d'entériner enfin les lettres par lesquelles le roi de Sicile était autorisé à sceller sur cire jaune (Vaesen, Lettres de Louis XI, III, 348).

gneur de Bourbon et autres seigneurs* s'en tirèrent devers Nyort, la Rochelle et autres lieux environ, où ilz trouvèrent monseigneur le duc de Guienne, frère du roy ; et, en icellui voyage, moiennant la grâce de Dieu et de la benoiste vierge Marie, le roy et mondit seigneur de Guienne furent reiinis et mis en bonne paix et amour l'un avec l'autre^, dont moult grant joye fut incontinent espandue par tout le royaume, et pour ceste cause dit et chanté en saincte eghse Te Deum laudamus, fait les feux par toutes les bonnes villes, tables rondes dressées et de moult grans soûlas, esbatemens et joye prins. Et puis après, le roy s'en retourna à Amboise, pardevers la royne, qui, comme bonne, honneste et très noble dame, avoit fort tra veillé à traicter ladicte bonne paix et unyon, que Nostre Seigneur par sa saincte grâce et bonté vueille tousjours de bien en mieulx entretenir ^ !

Et puis fut délibéré par le roy et son grant conseil d'aler conquérir, prendre et avoir la conté d'Armaignac et la mettre en la main du roy, et promis de icelle bailler à mondit seigneur de Guienne. Et, pour ce mettre à execucion, y envoya le roy grant quantité de son artillerie, de ses gens de guerre et frans archers^. Et, pour ledit voyage faire et préparer

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