Griel, auj. dép. de la Seine-Inférieure, cant. d'Eu
expectacion de les oyr bon nez d'Angleterre, et ce pendant ay marché jusquez devant Rouen après la fuite des connestable , grant raaistre de France et autres , qui ont esté enchâssés par aucunes de mes compagnies. J'estoie en certain espoir de prouffiter audit Rouen, du moins pour avoir passage ; mais toute la puissance des ennemys estans en ceste frontière où est ledit grant maistre , dont je faitz aucune doubte pour la loyaulté dont il est garny, se retrahit illec et n'a pas la chose encores peu sortir son effect. Ne sçay qu'il s'en ensuivra.
« Ce voyant, je leur ay donné matere de penser ailleurs, et ay prins icy camp entre ledit Rouen et le Neufchastel, en intencion de retourner toutesvoyes sur l'emprinse, sejetreuve que les besongnes se puissent conduire à mon intencion en ce quartier. Sinon je exploicteray la guerre en autres quartiers plus dommageables auditz ennemys, et feray tout ce que possible me sera pour les eslongner de vostre marche.
« Mes gens de guerre de Bourgoigne et Ferrete et Luxembourg font bon devoir en Charapaigne. J'ay sceu que aussi faictes vous en vostre endroit, dont je suis très joieux, et mesmement de deux rencontres que l'on dit avoir esté faittes à vostre avantaige. Dieu vous y doint continuer et tousjours proufRter en mieulx. J'ay ars et brûlé tout le pays de Caulx par manière qu'il ne nuyra de long temps à vous ne à nous autres ; et ne me despartiray des armes sans vous, ainsi que certain suis que vous ne ferés sans moy, mais poursuivray l'euvre encommencée selon voz advertissemens et remonstrances, au plaisir de Nostre Seigneur, qui vous doint bonne vie et longue et fructueuse victoire.
« Escript à mon camp lés Boissieres^ le iiii^ jour de septembre [1472]. Et estoit escript au dessoubz : « Vostre loyal frère, Charles. » Et au dessus : « A mon frère, le duc de Bretaigne. »