Orig. à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol
2. Sur ces deux personnages, voyez les notices de M. Vaesen {Lettres de Louis XI, V, 67); cf. sur Ph. des Essars. ci-dessus, 1. 1, p. 312.
la Toussains en ung an. Pourquoy je croy qu'ilz viennent pour besongnier en l'un desditz pointz. Aussi seje ne besongne rien avec eulx, je mettray mes gens d'armes en la frontière et m'en iray à Paris ; et pareillement, s'il vient en apointement, incontinant m'en iray audit lieu de Paris. Et, toutes les foys que vous viendrez, vous serés le très bien venu. Et, s'il y a rien hastif, envoyez moy Pierre Cleret, et je feray comme se vous y estiez. Je ne vous sçauroye autre chose que mander, sinon que je prie à Dieu que les bons gens d'armes de nostre temps puissent revenir.
« Touchant le paiement du seneschal de Guieune, je croy que de ceste heure ilz ayent leur argent, car j'ay mandé au grant trésorier des guerres que, sur sa vie, il leur envoyast leur argent, toutes autres assignations et payemens arrière mis ; et vouldroye bien que ledit seneschal fust par deçà contre messire Jehan d'Armignac, caries gens qui sont de Guienne supportent trop; et, mais que je soyepar delà et que j'aye parlé à vous, nous aviserions vous et moy s'il y pourra venir.
« Mons. le grant maistre, je vous recommande tousjours mes besoignes de par delà, car j'ay plus de fiance en vous que en tous les hommes du monde. Adieu, Mons. le grant maistre.
« Escript à Notre Dame de Seelles, le dixiesme jour d'octobre [1472]. » Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Tilhart. » Et au dos desdittes : « A nostre cher et amé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France*. »
Au commencement du mois d'octobre rail IIIP LXXIl, furent quelques parolles de trouver appointement et paix envers le roy par le connestable, et le duc de Bourgoigne, et que, pour y procéder, ilz se dévoient assembler auprès de Hem; dont ledit connestable advertist monseigneur le grant maistre affin qu'il se [y] trouvast, et luy envoya unes lettres dont la teneur s'ensuit :
1. Cette lettre est imprimée au recueil des Lettres de Louis XI, t. V, p. 66 et suiv.
« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous tant comme je puis. J'a}^ fait communiquer avec les Bourguignons sur la matière de paix, et croy qu'il y aura une journée tenue à ung village près d'icy où on parlementa, le roy estant icy ; et, pour ce que la matière ne se pourra si tost conclure, sera expédient d'entrer en unes trêves de quinze jours ou envyron, se faire se peult, comme il semble, afin que ce pendant nous puissions tant mieulx fortifier et leur armée de Bourgoigne diminuer. Mons. le grant maistre, ceste matière est grande; sy vous prie que, se icelle journée se prent, que y veullez estre et je le vous feray sçavoir à temps.
« Mons. le grant maistre, Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à mon chastel de Hem, le xi^jour d'octobre. » Soubzscriptes : « Le conte de Saint-Pol et connestable de France. » Signé : « Vostre Loys. » Et au dos : « A Mons. le grant maistre. »
Et le landemain, xii^ jour dudit moys, ledit connestable fut averti que les Bourguignons tyroient vers ledit lieu de Hem. Pourquoy il manda au seneschal d'Agenès et à monseigneur de Moy aller vers luy ; et en escripvit audict grant maistre ainsi qu'il s'ensuit :
« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. Les Bourguignons sont deslogés et passent le Bipont ' , qui est plus le chemin à venir en ceste ville de Hem que à Noyon ; pour quoy j'escrips à Mons, le seneschal d'Aguenès, vostre nepveu, qu'il s'en viengne avec monseigneur de Moy, pour tant qu'il a la mendre bande.
« Mons. le grant maistre, je prie Notre Seigneur qu'il soit garde de vous. Escript en mon chastel de Hem, le xii^ jour d'octobre. Soubzcriptes : « Le conte de Saint-Pol et connestable de France. » Signé : « Vostre Loys. » Et au dos : « A Mons. le grant maistre. »
1. Le Bipont est marqué sur la carte de Cassini, à 3 kilom. environ à l'est de Nesle et à 7 kilom. de Morchain, au sud-est, sur un affluent de la Somme.
Et, trois jours après, le connestable manda audit grant maistre que, le vendredi ensuivant, on devoit parlementer avec les Bourguignons auprès de Hem, et luy envoya ses lettres en ceste forme :
« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. Mons. de la Roche et Mons. de Fontenailles m'ont escript comment ilz sont entrez dedans Noyon, dont je suis bien joyeux, et par ce moyen ne sera ja besoing que Mons. le seneschal de Guienne vuyde de Saint-Quentin. Mes gens ont parlé avec les Bourguignons, et a esté advisé que vendredi prochain on commencera à parlementer; et sont contens de venir auprès de Hem : auquel jour, se je puis, je feray quelque chose à l'avantaige du roy.
« Mons. le grant maistre, je prie Nostre Seigneur qu'il soit garde de vous. Escript en mon chastel de Hem, le xv^ jour d'octobre. Soubzcript : « Le conte de Saint-Pol, etc., connestable de France. » Et au dos : « A Mons. le grant maistre. »
Les Bourguignons, perseverans tousjours en leur mauvaise intencion, allèrent courir devant la ville de Noyon, dont toutesfois ilz furent très bien ramenez à leur grant confusion par les cappitaines et gens de guerre du roy qui estoient dedans; et si passèrent lesditz Bourguignons la rivière d'Oise et allèrent courir en la terre de Coucy', oii ilz firent plusieurs maulx, en boutant lez feux partout où ilz passoient.
Et, ce venu à la congnoissance de Mons. le grant maistre, y eust voulentiers remédié, et le fist sçavoir à Mons. le connestable, qui luy en fist la response par ces lettrez, ainsi qu'il s'ensuit :
« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. J'ay receu vos lettres par ce porteur. Et en tant que vous distes que l'avangarde des Bourguignons est passée la rivière d'Oise, il est vray ; et passa hier pour aller courre la terre de Coucy , en laquelle ilz ont bouté les feux partout, et sont retournés. Et dit ung homme d'armes, nommé Jehan de Gharre, que