Auj. dép. de l'Aisne
4. Il s'agit ici de la prise de Chimay et non Canay, comme l'a écrit M. Quicherat après l'Interpolateur. Philippe de Croy, comte de Chimay, partit de Beaumont une nuit du mois de janvier 1478 (n. st.) et, avec la connivence du maire de Chimay, réussit à péné-
dedans; et ce voyant, les gens d'armes qui estoient dedans pour le roy et qu'ilz n'y peurent résister, se retirèrent au chasteau jusquez au nombre de soixante combatans, tant de ceulx qui estoient audit chasteau à l'eure de laditte prinse, que de ceulx qui estoient eschappez de la ville, et se mist le seigneur de Mauves, capitaine pour le roy, dedans ledit chasteau. De laquelle prinse le frère du seigneur de Boussu, qui estoit à Tranloy ^ firent sçavoir les nouvelles à Mons. le grant maistre, qui en fist pareillement savoir les nouvelles au roy. Toutesfois, luy manda qu'il ne s'en travaillast point et qu'il ne s'en donnast point de peine, et que ledit grant maistre avec monseigneur de Mouy, qui estoit dedans Arras, et autres capitaines et gens du roy y remediroient bien; mais le advertist qu'il seroit bon faire sçavoir par tous les bailliages que tous gens d'armes retournassent en leurs garnissons, pour ce que les Bourguignons estoient près, et que par faulte desdits gens d'armes il pourroit venir inconvénient es pays et obeyssance du roy. Et tost après, ledit grant maistre avec autres capitaines se misrent aux champs pour aller secourir ceulx qui estoient dedans le chasteau de Cimay, contre lesquelz les Bourguignons tenoient la ville. Lesquelz Bourguignons furent tellement effrayez de l'armée du roy, qui leur estoit prochaine, qu'ilz abandonnèrent la ville de Chimay et s'en allèrent; dont icelluy grant maistre fist savoir les nouvelles au roy, et si luy manda que on l'a voit volu trahir, et qu'il y avoit eu nouvellement deux Bourguignons prins, dont l'un estoit pendu et l'autre avoit requis qu'on luy saul-
trer par escalade dans la ville. Le capitaine français Oriole l'avait quittée le même jour avec les cent lances qu'il commandait. Pourtant, un combat s'engagea sur la place du Marché, à la suite duquel les Français, qui étaient restés à Chimay, furent contraints de se réfugier dans le château. Groy tenta de les y forcer, mais, prévenu que des renforts leur arrivaient, il rentra à Mons (12 janvier. Molinet, II, M. 5- 11 9).
1. Le Transloy. Il y a deux localités de ce nom : l'une dans le Nord, comm. d'illies, l'autre dans le Pas-de-Calais, cant. de Bapaume.
vast la Tie et qu'il diroit des choses beaucop. Et dudit cas fist faire la pugnition telle qu'il appartenoit, sur ceulx qui en furent attaintz.
Et devez sçavoir que le roy manda plusieurs fois à Mons. le grant raaistre qu'il s'en poYoit aller à ses affaires. Mais pour ce qu'il congnoissoit le Quesnoy, où il estoit, estre foible place, et aussi que les places voysines estans en l'obéissance du roy estoient en dangier de jour en jour d'esFtre] prinses par les Bourguignons, se bonne proTision n'y eust esté mise, il n'en volut partir ne abandonner le pays jusques ad ce qu'il eust faict bien fortifier ledit Quesnoy et que provision fust mise ausdittes places de gens d'armes, vivres et autres choses neccessaires pour la garde d'icelles, tellement que le roy n'y eut aucun dommage par sa faulte.
Et pendant le temps que ledit grant maistre estoit au Quesnoy, Mons. le mareschal de Gié' eut grant vouloir d'avoir une espée que icelluy grant maistre avoit et le fist requérir par ung nepveu d'icelluy grant maistre de luy donner laditte espée. A quoy il luy fist responce par ses lettres, ainsi qu'il s'ensuit :
« Mons. le mareschal, je me recommande à vous tant et de si bon cueur comme je puis. Mon nepveu Vigier m'a dict que vous avés voulenté d'avoir une espée que j'ay. Je vouldroye bien avoir meilleur chose de quoy vous eussiés envye, car vous en fineriez bien se homme en finoit. Je veul garder les estatuz du feu roy, à qui Dieu pardoint, qui ne voloit point qu'on donnast à son amy chose qui picquast, mais je l'envoyé à Mons. de Bajaumont^ qui la vous vendra.
« Si j'estoye homme à qui Ton deust faire savoir des nou-
1. Pierre de Rohan, comte de Marie et de Porcien, seigneur de Gié, avait été créé maréchal de France en 1476. Il mourut le 22 avril 1515. Sa vie a été particulièrement étudiée par M. de Maulde, Coll. des doc. inédits. Procédures du règne de Louis XII. Paris, 1886, in-4°.
2. Arnaud de Durfort, baron de Bajaumont (Anselme, V, 755), et non pas Gilbert de Ghabannes, comme le voudrait M. de Maulde, qui a imprimé cette lettre (ouvr. cité, XXXI, note 1).
velles, je vous priroie que vous m'en feissiez sçavoir, mais je ne suis pas ou compte de gens de bien pour le présent. J'escriptz au roy touchant la garde de ceste place. Je luy vouldroye bien supplier que s'il n'y raect auctres gens, qu'il luy pleust m'en descharger, car je faitz doubte d'y faire mal ses besoignes et les miennes. Je prie Dieu, Mons. le mareschal, qu'il vous doint ce que désirés. »
Et envoya unes lettres au seigneur de Bajaumont, par lesquellez il luy mandoit qu'il vendist à mondit seigneur le mareschal laditte espée la somme de six blans, pour en faire dire une messe en l'onneur de Mons. saint George pour ce qu'il estoit d'oppinion que on ne devoit riens donner qui picquast à son amy.
Et ou moys de janvier, ouditan mil IIIP LXXVII, le roy escripvit unes lettres à Mons. le grantmaistre, desquelles la teneur s'ensuit :
« Mons. le grant maistre, j'ay receu voz lettres et vous asseure par la foy de mon corps que je suis bien joieux de ce que avez si bien pourveu à vostre fait au Quesnoy que n'avez pas esté surprins comme fut Salezar à Grey S car on eust dit que vous autres vielles gens ne vous congnoissez plus au fait de la guerre, et nous autres jeunes en eussions prins l'onneur devers nous. Je vous prie que faictes tant que adverez le cas de ceulx qui vous ont voulu trahir jusques à la racine et que les pugnissiez si bien qu'il ne nous facent jamaiz mal.
« Je vous ay tousjours dict qu'il ne fault point que me demandez congié pour aler faire voz besongnes, car je suis seur que n'abandonnerez point les miennes que n'ayez bien
1. En 1477, Claude de Vaudrej', avec un millier d'Allemands, réussit à surprendre de nuit la ville de Gray, en Comté. Après un combat acharné où 1,400 Français trouvèrent la mort, le vieux Salazar, les pieds brûlés par les flammes, se réfugia au château avec une centaine de ses compagnons et de là put gagner la campagne (Mohnet, U, 50 et suiv.).
pourveu à tout ; et pour ce je m'en remectz du tout à vous et vous en povez aler sans congié.
« Touchant le fait de Cymay, Dieu mercy, tout en va bien, et ayme raieulx que vous soiez bien gardé que de vous estre advanturé de perdre deux pour ung. Et à Dieu soiez.
« Escript au Plessiz du Parc lez Tours, le xxvf jour de janvier [1478]. » Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Courtin. » Et au doz desdittes lettres : « A nostre amé et féal cousin, conseiller et chambellan, le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France*. »
CLIX. — (Clair. 481, fol. 479, 1. 10. Chron. scand., cidessus, p. 64.) — Espace de temps. Et envoya ledit Edouart devers le roy certaine embassaide et luy escripvit lettres missives touchant laditte matere pour sçavoir qu'il avoit à faire sur ce. Et le roy fist responce ausdits embassadeurs : « Savez vous bien que mon frère le roy d'Angleterre ait en sa puissance le duc de Clairence ? » Auquel fut respondu par lesdits embassadeurs : « Sire, oy. » Et le roy dist telles parolles qui sont escriptez en Lucan : « Toile moras, sepe nocuit differre parataz : » qui vallent autant à dire en françois que les choses prestes à faire, s'elles sont différées, pevent nuyre. Et ne peurent lesdits ambassadeurs avoir autres parolles du roy. Et, après que iceulx ambassadeurs furent retournez vers le roy Edouart, il assembla son conseil...
CLX. — (Clair.' 481, fol. 485, 1. 19. Chron. scand., ci-dessus, p. 73.) — Bien loing. Et après ces choses furent trouvés plusieurs escripteaulx parmy les rues de Paris, esquelx estoient contenues les parolles qui s'ensuivent :
Ung Flament et ung boulengier, Ung Hesselin et ung barbier, Ont mis hors le bon cordelier.
Et disoit on que ces parolles avoient esté mises sus pour
1. L'original de cette lettre est à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 1.
le président Boulengieret Olivier le Dain, natif de Flandres, l'esleu Hesselin et Daniel i.
CLXI. — (Clair. 481, fol. 486, 1. 8. Chron. scand., cidessus, p. 73.) — Leur seigneur. Lequel duc d'Autriche vint courir devant le Quesnoy, à tout grosse armée d'Alemans et Flamens et ung grant nombre de gens à cheval à la mode du paj^s. En laquelle ville du Quesnoy estoit lors Mons. le grant maistre d'ostel de France, qui l'a voit gardée pour le roy quinze moys ; et aussi y estoit le seigneur du Lude, lieutenant du roy, qui fut assés mal obey des gens d'armes. Et, pour autres capitaines, y estoit le seigneur de Curton, gouverneur de Limosin, à tout cent lances; le capitaine de Mons. le mareschal de Gyé (qui avoit eu la charge de monseigneur le mareschal Joachin Rouault'), dont avoit la charge pour ledit mareschal de Gyé, monseigneur de Bajaumont, très gentil, saige et vaillant homme et bien renommé au mestier des armes. Et, peu devant ce, le roy avoit donné son ordre audit mareschal de Gyè et les contés de Marie et de Ghastel en Porcien ^ ; et estoit renommé ledit seigneur de Gyé par les grans et saiges capitaines du royaulme de faire une fois grant fruit et service au royaulme, et que le roy avoit très bien pourveu audit office de maréchal, quant il luy donna ; lequel mareschal de Gyé print le bastard Baudouyn de Bourgoigne, qui estoit eschappé du boys de Vincennes pour s'en aller vers le duc de Bourgoigne, et le ramena au roy au partir de Noyon, dont estoit lieutenant gênerai pour le roy le grant maistre, attendant la venue des Anglois dont cy devant est parlé ^. Et aussi dedans ledit Quesnoy estoient monseigneur de Bricquebec et plusieurs autres capitaines,