‹ JournalChapitre 146 sur 178 · Herchies · texte numérisé non relu

Herchies

d'avoir vivres. Et, combien que l'armée dudit duc y allast en grant nombre, neantm.oins ceulx de dedans icelle si firent sçavoir audit grant maistre qu'ilz ne s'en soudoient en riens, mais qu'ilz peussent avoir secours dedans demy an après. Ce qui leur fut promis et entretenu par icelluy grant maistre ; car, tost après, il les secourut tellement que les gens du duc d'Autriche y furent deffaitz.

En ce temps, ledit grant maistre fist sçavoir au roy que messire Philippes de Ravestain estoit à Mons en Henault, et s'en venoit tenir à Valenciennes. Et certain jour, icelluy grant maistre envoia courir les gens d'armes de sa charge devant Valenciennes, où ilz trouvèrent ledit Ravestain, qui faisoit la monstre de ses gens. Lesquels, jusques au nombre de bien IIII mil hommes, saillirent sur les gens dudit grant maistre; mais tous lesdits Rourguignons furent durement rechassez dedans la ville, à leur grant honte, perte et confusion ; de quoy le commun print si grant despit contre eulx, qu'ils leur volurent courir sus.

Ledit grant maistre aussi fist sçavoir au roy que deus capitaines, nommés messire Anthoine Dayselier et Symon de Couchi, avoient amené des Suysses au duc d'Autriche et qu'ilz avoient volunté de faire aucune entreprinse sur la duché de Bourgoigne, et pour ce en advertissoit le roy affin qu'il y mist provision de bonne heure.

Durant ces choses, messire Jaques Galiot, duquel Mons. le grant maistre avoit trouvé le moyen et la pratique de retirer la pluspart de ces bons gens d'armes qui estoient soubz sa charge, et envoya par devers icelluy grant maistre icelluy Galiot pour le recepvoir au service du roy, où il se rendit, et trouva ledit Galiot moyen d'avoir congié du duc d'Autriche; mais, devant qu'il y peust parvenir, il y eust grant peine. Et aussi print ledit grant maistre grant peine pour trouver le moyen de l'avoir, pour ce qu'il le sentoit estre bon et vaillant chevalier, et qui pourroit bien servir le roy ; ce qu'il fist depuis au faict de la guerre. Et pareillement se rendit au service du roy, soubz la charge

dudit grant maistre, Anthoine de la Howarderie^ bon et vaillant homme d'armes, et amena avec luy dix hommes d'armes et xx archers, tous gentilz compaignons. La venue duquel esbajst fort ceulx de Valenciennes et du pays, lesquelz furent fort estonnez et marris de l'avoir perdu.

Audit temps, les gens d'armes bourguignons, qui estoient en garnison à Beaumont, à Bains et Maubauge^, faisoient plusieurs maulx en la conté de Guise^ et autres pays estans en l'obèyssance du roy, en brûlant les villaiges, et autres maulx. Dont ledit grant maistre, qui ad ce ne povoit remédier pour ce qu'il estoit loing et que lors il avoit peu de gens (jui luy estoient nécessaires pour garder le Quesuoy, dont il avoit la charge, en advertit le roy, en faisant sçavoir qu'il mandast aux gens d'armes eulx retirer en leurs garnisons, et aussi qu'ilz fist fournir les places estans sur les frontières pour doubte des inconveniens des ennemys qui estoient près desdites places, lesquelles estoient mal garnies de gens d'armes.

En icelluy temps, ung nommé le Conte Marquis, délibéré de s'en aller en pays d'Italie, dont il estoit, demanda et obtint dudit grant maistre qui avoit auctorité du roy, de octroyer saufconduit pour luy et cinq ou six, et luy âst ledit grant maistre coufermer ledit saufconduit par le roy.

Au temps dessus dit, les Bourguignons prindrent la ville de Gimay^ par le moyen des habitans d'icelle qui les misrent

1. Nous adoptons la leçon fournie par M. Quicherat. Le ms. de Clairambault porte Honnardière. Antoine de la Hauverderie commandait cent lances d'ordonnances en 1478 (Bibl. nat., ras. fr. 2908, fol. 44).

2. Beaumont, dép. du Nord, arr. de Cambrai; Bobain, dép. de l'Aisne, arr. de Saint-Quentin; Maubeuge, dép. du Nord, arr. d'Avesnes.

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