‹ JournalChapitre 18 sur 178 · mai 1477 (Itin. cité · texte numérisé non relu

mai 1477 (Itin. cité

2. 29. '11^1-2 juin. — Cambrai, quoique ville impériale, ouvrit ses portes au roi, qui réclama des habitants un prêt de 40,000 écus (Basin, III, 30; Molinet, H, 235).

Juing, pour estre le lendemain audit Noyom, ainsi que mandé leur estoit par lesdictes lettres^.

Oudit an IIIP LXXVII, le samedi Yif jour du moys de Juing, fut crié à son de trompe par les carrefours de Paris, de par le roy , comme messire Jehan de Ghalon , prince d'Orenge, conte de Tonnerre et seigneur d'Arlay, s'estoit mis et retiré avecques les Bourguignons tenans le party de madamoiselle de Bourgongne en la Franche Conté dudit de Bourgongne, et ilec débouté et chassé dehors les bons et vrays subgetz, qui mis y avoient esté depuis la mort dudit duc de Bourgongne de par le roy ; et auquel de Ghalon le roy avoit fait l'onneur tel comme de lui avoir baillé et délivré l'ordre de monseigneur Saint-Michel, comme à loyal chevalier, qui, nonobstant icelle ordre et en soy parjurant, avoit esté directement à l'encontre et fait plusieurs mauvaistiez et conspiracions contre le roy et son royaume et jusques à xiiii trahisons, et avecques ce convoqué le dyable comme herese et fait plusieurs enormitez, comme par lettres de sa main apparoit, et courroucé Dieu et l'église. Pour lesquelz cas estoit declairé privé dudit ordre comme faulx et traistre chevalier^.

1. Instruit des velléités d'indépendance d'un certain nombre de membres du Parlement de Paris qui opinaient pour civiliser le cas du duc de Nemours, Louis XI, par lettres datées du 20 mai 1477, évoqua la cause devant lui ou par-devant tel personnage qu'il lui plairait de commettre à sa place, pour ladite cause être jugée par la cour de Parlement, renforcée de gens notables, membres du conseil du roi et spécialement désignés par lui. Enfin, prétextant l'importance des occupations qui le tenaient éloigné de Paris, Louis XI enjoignit au Parlement de se transporter tout entier à Noyon {Jacques d'Armagnac, etc., p. 100 et suiv.).

2. Voy. page suivante, note 2. Sauvai rapporte que Jean Fourbault, peintre parisien, reçut 6 1. p. pour avoir pourtrait, « en six

Oudit temps et ou moys de Juing, le samedi xini® jour d'icellui moys, ung qui avoit esté de l'ostel du roy et qui avoit falcifié son signet et cellui de l'un de ses secrétaires, et à ceste cause avoit fait et signées plusieurs lettres et baillées en diverses villes de ce royaume, où il avoit au moien d'icelles prins plusieurs sommes de deniers ou nom du roy et icelles à lui appliquées, fut pour ledit cas ledit (sic) délinquant son procès fait de par le prevost de l'ostel du roy ou son lieutenant et depuis envoyé audit lieu de Paris. Auquel lieu et pour ledit cas fut pilorié et mitre et puis flastré ou front, le poing coppé et banny du royaume de France et ses biens et héritages declairez acquis et confisquez au roy^

Oudit moys de Juing, advint que le seigneur de Graon, à qui le roy avoit baillé la charge de son armée pour aler en la conté de Bourgongne faire guerre à rencontre de mons"^ le prince d'Orenge^, qui pour aucunes injures à lui faictes par ledit de Graon qui n'estoit pas de pareille maison de lui, et pour soy venger d'icelle injure, et aussi que le roy qui avoit baillé le gouvernement du pays audit prince et qui avoit aussi esté moien de faire mettre ledit pays en la main du roy, et l'avoit de ce deschargé pour bailler audit de Graon, s'en courrouça fort et trouva moien de faire retourner contre le roy les pays, villes et

petits drapelets, » le prince d'Orange et le seigneur de Fiennes. Ces portraits furent par ordre du roi attachés en signe d'opprobre aux portes de l'Hôtel de Ville, du Palais et du Ghàtelet (Antiq. de Paris, Preuves, III, 442).

places qui à sa requeste s'estoient reduictes à lui^. Et, avecques et en sa compagnie se mist et bouta ung chevalier dudit pays de Bourgongne nommé messire Claude de Vaudray : qui soustindrent la guerre contre ledit de Graon jusques à certain temps que ledit de Graon sçot que ledit d'Orenge estoit en une ville nommée Gy^, où il vint mettre le siège et y demoura par deux jours, que le seigneur de Ghasteauguion, frère dudit d'Orenge, et autres vindrent pour le secourir, dont fut adverti ledit de Graon, qui s'en a la mettre en bataille contre ledit seigneur de Ghasteauguion, et

1. Jean II, prince d'Orange, avait été fait chef « quant à la monstre » de l'armée destinée à mettre en la main du roi le duché et la comté de Bourgogne, mais le commandement effectif était réservé à Georges de la Trémoille, sire de Graon. Dijon et les places du duché se décidèrent assez aisément à faire leur soumission, mais il y eut plus de résistance dans la Gomté, sur laquelle le roi de France ne pouvait élever aucune prétention valable. Enfin, au mois de février 1477 (n. st.), les États, assemblés à Dôle, consentirent à ce que le pays fût tenu sous la main et protection du roi et de M"* de Bourgogne, à la condition que les gens de guerre français videraient le pays incontinent. — Le prince d'Orange avait la promesse de rentrer en possession de toutes les places de la Gomté qui avaient appartenu à son grandpère Louis de Ghalon et avaient passé ensuite, par sentence du duc Philippe le Bon, aux mains de Louis et de Hugues de Ghâteauguyon. Mais le sire de Graon refusa de les lui remettre, et le prince éconduit se retourna vers le parti bourguignon.

2. Gy (auj. dép. de la Haute-Saône, arr. de Gray). G'est le dimanche 15 juin 1477 que l'armée royale mit le siège devant cette ville, où le prince d'Orange s'était enfermé avec 3 ou 4,000 combattants. Le 17, Graon se porta au-devant d'un corps de Bourguignons et de mercenaires suisses que Hugues de Châteauguyon et autres amenaient au secours des assiégés. La victoire des Français fut complète, et Ghâteauguyon fut fait prisonnier. Pendant le combat, le prince d'Orange prit la fuite (Gommynes, éd. Dupont, II, 190).

y ot grant hurtebillis à ladicte rencontre, et de costé et d'autre y mourut de gens de façon comme de xv à xvi'= combatans^. Et de ladicte desconfiture en fut fait faire processions générales à Paris en l'église Saint- Martin des Champs^.

Ou moys de Juillet ensuivant, oudit an LXXVII, le duc de Guéries, qui s'estoit venu loger près de Tournay atout xim ou xv'" Almans et Flamens, vint pour cuider bouter le 'feu es faulxbourgs dudit Tournay et soy loger au Pont de Pierre près de ladicte ville; [ils] vindrent dommager icelle, [mais] fut fait saillye par deux foiz sur ledit de Guéries, où à la première saillye il fut tellement navré qu'il y mourut, et fut son corps apporté en ladicte ville de Tournay^. Et puis à la seconde saillie yssirent sur ceulx de son armée de trois à quatre cens lances de l'ordonnance du roy avec aucuns particuliers de

î. Interpolations et variantes, § GLIV.

3. Les gens de Bruges, de Gand et d'Ypres, désirant reprendre Tournai, occupé par une garnison française, tirèrent de prison Adolphe, duc de Gueidres, le mirent à la tête d'une douzaine de mille hommes et l'envoyèrent mettre une nuit le feu aux faubourgs de Tournai. Les Français ne bougèrent pas, mais le lendemain matin le sire de Moy fit une sortie, se jeta sur l'arrière-garde des Flamands et tua le duc de Gueidres, qui s'efforçait de couvrir la retraite de ses gens. « Quelqu'un chargea le corps sur son cheval et l'apporta devant luy à Tournay, tout desployé, mort et desfiguré... Il fut tantost despouillé, lavé... et porté en l'église Saint- Jacques... et de là porté à Nostre-Dame..., où il fut honorablement enterré, u Molinet, qui fournit ces détails, ajoute que les Tournaisiens en menèrent grandes réjouissances et firent feux, chansons et danses « comme s'ils eussent assommé le Grand Turc » (II, 68 et suiv. Cf. Commynes, éd. Dupont, II, 95, 162, et Lettres et bulletins des armées de Louis XI aux officiers municipaux d'Abbeville, p. p. Louandre, Abbeville, 1837, in-8°, p. 22 et suiv.).

ladicte ville, lesquelz mirent en fuite tous lesdiz Almans et Flamens, et bien en tuèrent ii™ et [firent] de sept à vmc prisonniers^. Et, de ladicte desconfiture en fut chanté en l'église de Paris Te Deum laudamus et fait faire les feux parmy les rues de ladicte ville.

Oudit an mil IIIP LXXVII, le lundi uii« jour d'Aoust, messire Jacques d'Armaignac, duc de Nemoux et conte de la Marche, qui avoit esté constitué et amené prisonnier es prisons de la Bastide Saint-Anthoine à tel et semblable jour iin® d'Aoust en l'année précédente, pour aucuns cas, delitz et crimes par lui commis et perpétrez, durant lequel temps de son emprisonnement en icellui lieu de la Bastide lui furent fais plusieurs interrogatoires sur lesdictes charges, auxquels il respondi de bouche et par escript tant pardevant mess" le chancelher de France, nommé maistre Pierre d'Oriole, que autres des presidens et conseillers de la court de Parlement, par plusieurs et diverses journées; et encores par certains grans clers du royaume demou-

1. Quand les Flamands, qui étaient partis en avant avec le butin recueilli aux faubourgs de Tournay, connurent la mort du duc de Gueldres, ils commencèrent à s'accuser les uns et les autres d'avoir vendu leur chef. Leur retraite fut si précipitée qu' « abandonnant grand partie de leurs biens, » ils firent, poursuivis par les gens du seigneur de Moy, « autant de chemin en une nuict qu'ils avoient faict au venir en trois jours. » — Le lundi suivant, Moy tua 11 à 1,200 Flamands au pont d'Espierres et fit de nombreux prisonniers. — Molinet (II, 70| et Basin (III, 33) distinguent aussi deux affaires successives. Le premier combat, où le duc Adolphe perdit la vie, fut livré au pont de Chin, le 28 juin 1477, le second, le surlendemain, au pont d'Espierres. Les Flamands n'opposèrent aucune résistance et se firent ramasser en grand nombre par les Français, qui poussèrent leurs prisonniers devant eux jusqu'à Tournay comme un vil troupeau.

rans en diverses citez et villes dudit royaume, pour ce mandez et assemblez de l'ordonnance du roy en la ville de Noiom avecques et en la compaignie desdiz de Parlement, et en la présence de monseigneur de Beaujeu ilec représentant la personne du roy, fut tout veu et visitée ladicte procédure par ladicte court faicte à rencontre dudit de Nemours, ensemble aussi les excusacions par lui faictes et baillées servans à sa salvacion. Et tout par eulx veu, conclurent oudit procès tellement que, ledit jour de lundi, iiii^ jour d'Aoust, fut audit lieu de la Bastide messire Jehan Le Boulenger, premier président oudit Parlement, acompaigné du greffier criminel de ladicte court, de sire Denis Hesselin, maistre d'ostel du roy, et autres, qui vint dire et declairer audit de Nemoux que, veues les charges à lui imposées, ses confessions et excusacions par lui sur ce faictes, et tout veu et considéré à grande et meure deliberacion, lui fut dit par ledit président de par la court de Parlement qu'il estoit crimineux de crime de leze majesté, et comme tel condempné par arrest d'icelle court à estre ledit jour décapité es haies de Paris, ses biens, seigneuries et terres acquises et confisquées au roy ^ . Laquelle execucion fut ledit jour faicte à l'eschaffault ordinaire desdictes haies, à l'eure de trois heures après midi qu'il ot ilec le col couppé, et puis fut enseveli et mis en bière et délivré aux Gordeliers de Paris pour estre inhumé en ladicte église ; et vindrent quérir ledit corps esdictes haies jusques environ de vu à viii^^ Gordeliers, à qui furent délivrées

1. On trouvera, aux Interpolations et variantes, § GLV, le texte de la sentence.

XL torches pour mener et conduire ledit corps en leur église ^

Oudit moys d'Aoust, le roy, qui estoit à Therouenne^, envoya partie de son armée pour combatre et mettre hors de leur parc certaine grant quantité de Flamens,

1. Dès le 7 août 1476, le chancelier d'Oriole et les seigneurs de Gaucourt et de Saint-Pierre avaient commencé à recueillir les témoignages relatifs aux agissements du duc de Nemours pendant les dernières années écoulées. Le 22 septembre, le roi désigna dixsept commissaires avec mission de poursuivre l'information sous la présidence du chancelier et de prononcer la sentence nonobstant toute opposition. L'interrogatoire du duc commença, en dépit de son appel à la cour des pairs, le 7 novembre 1476, et, le 8 janvier suivant, Jean Pellieu, conseiller au Parlement, l'un des commissaires, reçut de ses collègues la mission de rédiger un rapport sur l'état du procès. Ce rapport fut lu le 13 du même mois. La volonté de Louis XI imposa silence à toutes les considérations d'humanité et fit écarter les exceptions et les suppliques présentées par l'accusé. Pour donner à la procédure l'apparence de la régularité, le chancelier réussit à grand'peine à faire remettre le jugement de la cause au Parlement. On a vu plus haut que le roi appela ce grand corps à Noyon; il le fit attendre là du 3 au 20 juin et finit par déléguer, pour présider l'assemblée chargée de juger le duc de Nemours, Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu. Les dix-sept personnages notables dont le roi renforça la cour, afin d'être sûr du verdict, sont sans doute les « grans clercs demeurant en diverses cités du royaume » dont parle notre chroniqueur. — Le 9 juillet, Jacques d'Armagnac était déclaré coupable du crime de lèsemajesté et condamné à mort. Le dictum fut lu le lendemain et envoyé au roi avec le double des lettres que le duc lui avait précédemment adressées pour implorer sa grâce. Louis XI garda le silence quinze jours, puis refusa tout pardon et enjoignit aux juges d'aller prononcer l'arrêt à Paris. — C'est le 4 août au matin que les présidents Le Boulanger et Nanterre en notifièrent la substance au condamné, et quelques heures plus tard le chancelier d'Oriole prononça l'arrêt au Palais, huis ouverts et en présence du sire de Beaujeu {Jacques d'Armagnac..., p. 82-106).

Page 1