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décembre

4. Boffile de Juge était non pas lombard mais napolitain, issu d'une famille illustre d'Amalfi, les del Giudice. Après la défaite de Troia (18 août 1462) et l'expulsion des Angevins du royaume de ÎSaples, Boffîle suivit en Provence Jean d'Anjou, duc de Galabre. Il passa ensuite au service du roi René, puis à celui de Louis XI, dont, en 1473, il était devenu conseiller et chambellan, avec

avoir contre lui tel default que de raison par ledit Boufile, s'en vint pardevers le comte de Dampmartin, ilec ordonné juge de par le roy de la question d'entre lesdictes deux parties. Et vint en icelle place ledit Boufile, tout armé de son harnois et en Testât qu'il devoit combatre, sa hache ou poing; et devant luy faisoit porter son enseigne et avoit trois trompetes, et après luy avoit plusieurs serviteurs, dont l'un lui

2,000 livres de pension. Pendant la campagne de Roussillon, il commanda 100 lances et succéda à du Bouchage en qualité de lieutenant général. Dès 1475, il porte le titre de vice-roi de Roussillon et de Catalogne. Le rôle qu'il joua au procès qui aboutit à la confiscation et à l'exécution du duc de Nemours fit attribuer à Boffile le comté de Castres et la seigneurie de Lézignan (août 1477). Après la mort de Louis XI, assailli par les revendications de Jean d'Armagnac, évêque de Castres et frère du duc de Nemours, Boffile usa le reste de sa vie à défendre, à la fois par les armes et devant le Parlement de Paris, ses biens mal acquis, auxquels il finit par renoncer en faveur d'Alain d'Albret, dont il avait épousé la sœur Marie. Il mourut en 1502. — Notre regretté confrère M. Paul Perret a publié, dans les Annales du Midi, t. III, une curieuse biographie de cet aventurier. Il a conté avec détail (p. 16-21 du tirage à part) la querelle de Boffile et de Julio de Pise, chevalier italien et non aragonais comme le dit J. de Roye. Cet épisode est rapporté beaucoup plus complètement ci-après aux Interpolations de notre Chronique, § GXXXI. Des pièces retrouvées par M. Perret aux Arch. de Milan, il résulte qu'en 1474 Julio défendait pour le roi d'Aragon la ville d'Elne en Roussillon contre les Français. La garnison italienne se mutina, contraignit son chef à capituler et fut autorisée à se retirer à Barcelone. L'un des défenseurs d'Elne, le catalan Bernard d'Oms, qui avait trahi Louis XI après avoir été investi quelque temps par lui du gouvernement de Roussillon, fut seul saisi et exécuté à Perpignan (voy. plus haut, t. I, p. 321). Julio de Pise affirma que Boffile, qui avait négocié la capitulation d'Elne, lui avait garanti, au nom des seigneurs du Lude et du Fou, que Bernard aurait la vie sauve, et il l'accusa de l'avoir volontairement trompé. Boffile protesta, et, le 10 mars, Julio lui envoyait un cartel.

portoit encores une autre hache d'armes. Et, après qu'il ot ainsi parlé audit de Dampmartin et fait sadicte requeste, il se retray et s'en retourna en son hostellerie, où pend l'enseigne du Grant Godet, près dudit Hostelde la ville.

Et, le jeudi xxviif jour de décembre, oudit an IIIP LXXV, environ l'eure de six heures de nuit, monseigneur d'Alençon, dont est parlé devant'', et qui avoit esté longuement détenu prisonnier ou chasteau du Louvre, en fut mis dehors par la permission du roy, qui octroya à ses gardes que on le meist en ladicte ville en ung hostel de bourgois, où ilz verroient estre bon. Et fut mené loger en Tostel feu maistre Michel de bailler^. Et y estoient à le mener dudit Louvre jusques audit hostel ledit sire Denis Hesselin, Jaques Hesselin son frère, sire Jehan de Harlay, chevalier du guet, et autres personnes en armes, et devant ledit seigneur estoient portées quatre torches.

Ou moys de janvier ensuivant dudit an LXXV, fut publ[i]é à son de trompe, par les carrefours de Paris, les lettres patentes du roy nostre sire, qui contenoient comme de toute ancienneté il ait esté permis aux roys de France par les sains pères papes que de cinq ans en cinq ans ilz peussent faire assembler tous les pre-

, 1. Voyez ci-dessus, t. I, p. 316.

2. Michel de Lallier, conseiller et maître des Comptes dès 1410, joua un rôle important à l'époque de l'occupation anglaise et contribua pour une grande part à rendre Paris au roi de France en 1436. Il ne laissa qu'une fille, Jeanne, qui épousa Pierre l'Orfèvre et mourut avant 1455. D'autre part la sœur de Michel, Catherine, avait épousé Jacquet Hesselin et fut la mère de Jacques et de Denis (Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 1624, doss. Lallier, et Arch. nat., LL729, fol. 33 v»).

las du royaume de France pour la reformacion et afaires de l'Eglise, ce qui de long temps n'avoit esté fait; pour laquelle chose, et aussi que le roy, voulant les droiz de l'Eglise estre gardez et observez, voult et ordonna qu'il tendroit le concile de l'Eglise en la ville de Lion ou autre lieu près d'ilec. Pour quoy il vouloit, mandoit et ordonnoit que tous arcevesques, evesques et autres constituez en dignité feussent residens chascun en leurs bénéfices, et s'y en alassent demeurer pour estre tous prestz et appareillez à aler où ordonné leur seroit, et, où ilz n'auroient ce fait dedens six moys après ladicte publicacion, que tout leur temporel feust saisy et mis en la main du roy.

Et, après ledit cry fait, fut derechef publié comme des pieça le roy, pour lui subvenir à aucuns ses afaires et pour la neccessité de son royaume, eust mis et ordonné ung escu à estre paie et levé sur chascune pippe de vin amené dehors du royaume et qui en seroit tiré, et de toutes autres denrées à la valeur, qui par aucun temps avoit esté délaissé à cueillir : lequel aide d'un escu sur chascune pipe de vin seulement, et non point sur autre marchandise, fut derechef mis sus par toutes les extremitez de ce royaume. Et à ce faire et recueillir furent commis maistre Laurens Herbelot, conseiller dudit seigneur^, et Denis

i. Laurent Herbelot, notaire et secrétaire du roi (Bibl. nat., ms. fr. 26089, n* 362, parch.), fut commis le 31 déc. 1465 à recevoir les 4 1. t. par muid imposées sur certains marchands de sel qui avaient tiré de leur commerce des bénéfices excessifs (Pièces orig., vol. 1513, doss. Herbelot). Il était assez avancé dans la faveur du roi pour que, pendant une absence de Bourré, Louis XI eût donné son office de contrôleur de Normandie à maître Laurent (ms. fr. 20489, fol. 49, min.).

Chevalier, jadis notaire ou Chastellet de Paris, nonobstant que de ceste mesme charge le roy y avoit pieça ordonné maistre Pierre Jouvelin, correcteur des Comptes^ qui de ce en demoura deschargé.

Ou moys de février, oudit an mil 1111" LXXV, le roy, qui estoit à Tours et à Amboise, s'en party pour aler ou pays de Bourbonnoys et d'Auvergne, et de là s'en ala faire sa neufvaine à Nostre-Dame du Puy, et de là en Lyonnois et ou pays du Daulphiné. Et lui estant oudit lieu du Puy ot nouvelles^ que les Suisses avoient rencontré le duc de Bourgongne et son armée qui vouloient entrer oudit pays de Suesse, et comment ilz avoient rué jus ledit de Bourgongne et tué des gens de son armée bien de xvi à xviii" hommes, et si gaignerent toute son artillerie en la manière qui s'ensuit. Après ce que le duc de Bourgongne ot prins Gransson, où il y a ville, il s'avala au long du lac de Verdon, en tirant devers Fribourg, et trouva moien d'avoir deux chasteaulx^, qui sont sur les montaignes

1. Pierre Jouvelin, conseiller du roi et correcteur en sa Chambre des comptes, en 1469 (Bibl. nat., ms. fr. 26092, n*' 778; compte sur parch. avec sa signature. Cf. Pièces orig., vol. 1592, doss. Jouvelin, et ms. fr. 15540, fol. 56; autogr. du susdit).

2. Interpolations et variantes, §GXXXn. — Louis XI quitta le Plessis vers le 20 février 1476 (n. st.), passa par Bourges, le Puy et Valence et arriva le 23 mars à Lyon. Il séjourna dans le Lyonnais et en Dauphiné jusqu'au mois de juillet (Itin. cité).

,3. Le duc de Bourgogne quitta Nancy le 11 janvier 1476 (n. st.) avec le dessein de rétablir la maison de Savoie dans la possession des domaines que les Suisses lui avaient arrachés l'automne précédent. Commandée par le comte de Romont, l'avant-garde bourguignonne, assistée par des troupes savoisiennes, reconquit pendant le mois de janvier tout le pays romand, des rives du lac Léman jusqu'à Morat. Charles le Hardi arriva le 8 février à Jougne, sur la limite des possessions de son alliée la duchesse de

à l'entrée de Soixe^ ; mais les Suixes, qui bien savoient sa venue et la prinse qu'il avoit fait desdiz deux chasteaulx et dudit Granson, s'aproucherent. Et, le vendredi au soir, devant le jour des Brandons, trouvèrent iceulx Suixes moien d'enclorre lesdiz deux chasteaulx en façon telle que ceulx qui estoient dedens n'en povoient saillir, et mirent leurs embusches entre et assez près desdiz deux chasteaulx, en ung petit bois près de là où les Bourguignons avoient mises leurs batailles. Et, le lendemain ensuivant, veille desdiz Brandons, au bien matin, ledit duc de Bourgongne passa avec ses gens et son artillerie; et, incontinent qu'il fut passé, lesdiz Suixes, qui ne estoient que environ de quatre à six mil coulevriniers et tout à pié, qui se prindrent à tirer et bouter le feu dedens leurs bastons, dont ilz firent tel et si bon bruit que les chefz de l'avangarde dudit de Bourgongne y furent tous tuez, et ainsi tourna en fuite toute ladicte avangarde. Et, tantost après, chargèrent lesdiz Suixes si estroit que la bataille tourna en fuite. Et, nonobstant ce que

Savoie, et le 12 à Orbe, où il demeura jusqu'au 19. De là il vint assiéger la petite place de Grandson, sur la rive septentrionale du lac de Neuchàtel ou d'Yverdon. La ville fut emportée le 21 février; mais la garnison suisse réfugiée au château ne se rendit que le 28. Au mépris de toute humanité, le duc de Bourgogne fit pendre tous ces malheureux. Les deux châteaux dont le chroniqueur parle ici se réduisent à un seul, celui de Vaumarcus, « place mal tenable et désolée, » située à une douzaine de kilomètres à l'est de Grandson, que Jean, bâtard de Neuchâtel, rendit sans coup férir et que le duc fit occuper par 200 archers de sa garde. Voy. Gingins, Épisodes des guerres de Bourgogne, cités, p. 218 et suiv. , et surtout Hoch et colonel A. de Mandrot, 3Iorat et Charles le Téméraire. Neuchâtel, 1876, in-8° avec carte, p. 26 et suiv. 1. Suisse.

ledit de Bourgongne fist son povoir de ralier ses gens pour résister à la fureur desdiz Suixes, finablement lui fut force de tourner en fuite ^, et s'en eschapa à

1. Interpolations et variantes, § GXXXIII. — L'objectif du duc de Bourgogne était de marcher sur Neuchàtel, afin de fermer aux Suisses le val de Travers et de leur enlever ainsi la possibilité de déboucher par les Verrières sur sa ligne de communication avec la Haute-Bourgogne. En apprenant la reddition de Vaumarcus, qui commandait la route de Grandson à Neuchàtel par la rive du lac, les confédérés quittèrent Neuchàtel et allèrent se loger dans les environs de Boudry. Le 1" mars, ils résolurent de tenter une attaque sur Vaumarcus, afin d'enlever ce poste important, ou tout au moins pour attirer de ce côté les forces bourguignonnes, pendant que le reste de leurs propres troupes, suivant l'ancienne voie romaine dite « vy de l'Etra », qui longe le flanc du Jura parallèlement à la route du lac, mais à quelque distance, s'efforcerait de tourner l'ennemi. — Le 2 mars au matin, le duc, ne s'attendant pas à rencontrer encore ses adversaires, fit dresser un pavillon sur une colline située au nord-ouest du village d'Onnens. De là il pouvait voir son armée défiler sur la « vy de l'Etra. » Arrivée à un passage resserré qui gravit les pentes du mont Aubert, l'avant -garde des Bourguignons se heurta à l'avantgarde de l'armée suisse, qui les rejeta dans les bois de la Lance. Le brouillard se levait, et les Suisses aperçurent alors devant eux toute l'armée bourguignonne en ordre de marche, qui s'apprêtait à enfiler à son tour la « vy de l'Etra. » Le duc Charles, voyant son avant-garde ramenée, dispose son artillerie à droite sur la pente du plateau de Gorcelles, dans une position qui lui permet de battre le point où la « vy de l'Etra » débouche des bois. L'infanterie est rangée derrière les canons. Sur la gauche, le seigneur de Grandson, Louis de Ghâteauguyon, reçoit l'ordre de remonter les pentes du mont Aubert jusqu'aux bois, puis de rabattre brusquement à dcoite pour tomber sur le flanc des Suisses. L'artillerie bourguignonne, pointée trop haut, fait peu de mal aux confédérés. Gharles alors, se mettant à la tête de ses piétons, les conduit à l'attaque, tandis que les cavaliers de Ghâteauguyon cherchent à enfoncer le flanc droit du carré confédéré, mais celui-ci ne se laisse pas entamer. Les Suisses auraient pourtant fini par succomber si le gros de leur armée arrêtée devant Vaumarcusne s'était porté à leursecours. Resserré, menacé sur sa droite par ces nouveaux assaillants, qui

grant peine et danger de sa personne et lui cinquiesme, en chevauchant et fuiant sans arrester, et souvent regardoit derrière lui vers le lieu où fut faicte sur lui ladicte destrousse jusques à Joigne, où il y a huit grosses lieues qui en valent bien seize de France la jolye, que Dieu saulve et gard! Et y furent mors, à ladicte rencontre, la pluspart des cappitaines et gens de renom de l'armée dudit de Bourgongne^ Et fut

marchaient au combat bannières déployées et au bruit de leurs terribles trompes, le duc ordonna un mouvement de recul, soit pour se reformer en arrière d'Onnens, soit plutôt pour se retirer derrière le torrent de l'Arnon, dans son camp retranché. Cette manœuvre lui fut fatale. Ses troupes de seconde ligne, qui n'avaient pas combattu, crurent à une débandade et se mirent à fuir, entraînant le duc luimême. Partie des Bourguignons furent rejetés sur l'Arnon, dont les rives escarpées opposèrent un obstacle absolu au passage de la cavalerie; l'autre partie se jeta dans le marais sous Champagne et Bonvillars. — Charles le Hardi réussit à passer le pont de l'Arnon, où Châteauguyon trouva la mort. Impuissant à arrêter la déroute, le duc s'enfuit par les Tuilières de Grandson, Montagny et Ballaigues à Jougne. Une portion de ses troupes suivit la route de la montagne et le rejoignit par le col de la Jougnenaz. — MM. Hoch et de Mandrot, auxquels nous avons emprunté la plupart des détails qui précèdent (cf. de Rodt, Feldzuge Karls des Kuhnen, II, 57 et suiv.), ont établi en somme que le champ de bataille de Grandson doit se chercher, non pas, comme on l'a fait, entre le village de Concise et le pied de la montagne, ou dans la plaine de la Lance, beaucoup trop resserrée, mais entre Vernéaz, point oii le combat d'avant-garde s'engagea, Corcelles et le cours de l'Arnon, où la lutte prit fin. Mais n'y a-t-il pas beaucoup d'exagération à fixer, comme ils l'ont fait, le nombre des Bourguignons à 50,000? Celui des combattants confédérés fut de 20,000 hommes environ, et il ne paraît pas que le duc de Bourgogne eût avec lui beaucoup plus de monde.

1. En réalité, le duc perdit peu de monde à Grandson. Commynes parle de sept hommes d'armes, Olivier de la Marche et Molinet en nomment quelques-uns, mais il faut ajouter les gens de pied et 2 à 300 vivandiers, en tout un millier d'hommes. Les Suisses n'ayant pas de cavalerie, il n'y eut pas de poursuite.

faicte ladicte destrousse le samedi if jour de mars, oudit an LXXV, où il y ot grant murdre fait desdiz Bourguignons. Et, après ce que ledit de Bourgongne s'en fut ainsi honteusement fouy que dit est, et qu'il eut perdue toute son artillerie, sa vaisselle et toutes ses bagues', lesdiz Suixes reprindrent lesdiz deux chasteaulx et firent pendre tous les Bourguignons qui dedens estoient, et aussi reprindrent les ville et chastel de Grantson et firent dépendre tous les Alemans que ledit de Bourgongne y avoit fait pendre, qui estoient en nombre v*^ et xii, et les firent mettre en terre saincte, et puis firent pendre les Bourguignons qui estoient dedens ledit Granson es mesmes lieux, et des licolz dont ilz avoient pendu lesdiz Suixes^.

Oudit moys de mars et oudit an LXXV, le roy, qui avoit envoyé monseigneur de Beaujeu avecques grant quantité de gens de guerre asseger mons"" le duc de Nemours^, qui lors estoit à Garlat en Auvergne, se mist et rendi mondit seigneur de Nemours es mains de mondit seigneur de Beaujeu, qui le amena pardevers le roy estant lors ou pays du Daulphiné et Lionnois. Et fut ledit de Nemours, de l'ordonnance du

1. Le grand bâtard de Bourgogne réussit à sauver la plus grande partie du trésor du duc et quelques pièces d'artillerie, mais la chapelle, les tapisseries et les bijoux de Charles le Hardi tombèrent au pouvoir des vainqueurs (Commynes, éd. Dupont, II).

2. Les archers de Georges de Rosimbos s'évadèrent du château de Vaumarcus pendant la nuit qui suivit la bataille. Mais, au moment de la déroute, un certain nombre de fuyards bourguignons, s'étant jetés dans le château de Grandson, furent branchés par les Suisses victorieux aux arbres mêmes qui supportaient encore les corps de leurs infortunés compatriotes (01. de la Marche, III, 210. Cf. la Chronique du chapitre de Neuchâtel , citée par M"e Dupont dans Commynes, t. II, p. 9, note, et Molinet, 1, 195).

roy, mené prisonnier ou chasteau de Vienne. Et, durant ce qu'il fut ainsi assegié ou chasteau de Cariât, madame sa femme, fille de messire Charles d'Anjou, conte du Maine, acoucha d'enfant en icellui lieu de Cariât, et, tant par desplaisance de sondit seigneur et mary que dudit mal d'enfant, ala de vie à trespas, dont fut grant dommage, car on la tenoit bien bonne et honneste dame. Et puis fut ramené ledit seigneur de Nemoux à Pierre Assise lez Lyon ^ .

Ou moys d'avril, oudit an, le conte de Cambobache, lombart ou millenois, qui avoit la conduite de IF lances de Lombardie qu'il avoit amenées audit duc de Bourgongne, lui tenant le siège devant la ville de Nux, et qui depuis s'estoit trouvé avecques ledit de Bour-

1. Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, était prévenu depuis longtemps que le roi avait résolu de se débarrasser de lui, et pourtant il se laissa surprendre dans sa place forte de Cariât (auj. dép. du Cantal, arr. d'Aurillac). Le 9 février 1476 (n. st.), Paillart d'Urfé, sénéchal de Rouergue, parut inopinément au pied du rocher escarpé qui portait le château et somma le duc de se rendre. Nemours ne sut ni désarmer Louis XI par une soumission immédiate ni succomber les armes à la main. Il essaya de négocier, mais, n'obtenant rien de ce qu'il demandait, se déclara prêt à se rendre dès que parut le sire de Beaujeu (fin février). Le 2 mars, un projet d'arrangement fut signé par le lieutenant du roi d'une part et par le duc de l'autre. Ce projet, qui fut soumis à la ratification de Louis XI, fut renvoyé sans modification importante, et r « appointement » définitif fut conclu le 9 mars. Nemours prisonnier fut conduit d'abord à Vienne en Dauphiné, où Louis XI séjournait à ce moment; puis, quand le roi rentra à Lyon, vers la fin du mois de mars, l'infortuné fut enfermé au château de Pierre Scise, la Bastille lyonnaise, oiî pendant quatre mois, dans une grande cage de fer et de bois, il demeura sous la garde des bourgeois de Lyon. — C'est entre le 2 et le 9 mars que la vaillante Louise d'Anjou, duchesse de Nemours, succomba à Cariât, en mettant au monde une fille (voy. Jacques d'Armagnac..., p. 74-82] .

gongne à la destrousse sur lui faicte près de Granson, se parti ledit Bobache (sic) dudit de Bourgongne et ala pardevers le duc de Bretaigne, duquel il se disoit estre parent, et feignant par lui d'aler en pèlerinage à Saint-Jaques en Galice. Lequel duc de Bretaigne le recueilly très bien et lui donna de l'argent. Et ilec ledit Bobache disoit dudit de Bourgongne qu'il estoit très cruel et inhumain, et que en toutes ses entreprinses n'y avoit point d'effect et ne faisoit que perdre temps, gens et pays par ses foies obstinacions*.

Ou moys de may ensuivant, l'an mil CCGG LXXVI, et après la rencontre sur ledit de Bourgongne faicte par lesdiz Almans près dudit Granson, ledit de Bourgongne délibéra de poursuivre et continuer sa pour-

i. Interpolations et variantes, § CXXXV. — Nicolas de Montfort, comte de Gampobasso, était originaire du royaume de Naples. Dévoué à la maison d'Anjou, il combattit avec Jean, duc de Galabre (1458), et le suivit en Provence après la défaite de Troia (Perret, Boffile de Juge, ouvr. cité, p. 5 du tirage à part). Pendant le Bien-Public, il figura parmi les hommes d'armes italiens du duc de Galabre (Commynes, éd. Dupont, I, 61). C'est à l'époque du siège de Neuss qu'on le compte au nombre des capitaines étrangers à la solde du duc de Bourgogne. Il y commandait une bande de 400 hommes d'armes italiens, « que bons que mauvais » (Molinet, I, 32). Après avoir joué quelque temps un rôle important dans les conseils du duc, qui l'aimait fort, malade ou peut-être dégoûté par les maladresses du Bourguignon, il abandonna la conduite de sa troupe et se retira quelque temps à Malines (ibid., 101), revint au camp de Neuss vers la fin de mai 1475 (ibid., 126, 130 et suiv.) et prit part à la campagne de Lorraine (ibid., 149). Au mois de janvier 1476 (n. st.), mécontent de ce que Gharles le Hardi lui avait enlevé un certain nombre de ses lances pour en renforcer d'autres compagnies et se disant mal payé, il prit congé du duc et, passant par la Bretagne, s'en fut en pèlerinage à Saint-Jacques de Galice, d'où il ne revint auprès du duc Gharles qu'en juin 1476 (ibid., 177;. Il n'assista donc pas à la déroute de Grandson.

1476J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. i3

suite sur et à l'encontre desdiz Almans, et d'aler devant la ville de Strabourg ^ y mettre le siège ; laquelle chose bonnement il ne povoit faire sans avoir aide et secours de gens et argent avoir de ses pays. Et à ceste cause y envoya son chancelier, nommé maistre Guillaume Gonnet^, et autres déléguez avecques lui jusques au nombre de xii en aucuns de ses pays et villes, pour leur dire et remonstrer la destrousse ainsi sur lui faicte par lesdiz Alemans ou Suixes, et que, nonobstant icelle, son entencion estoit de tirer avant et estre vengié desdiz Suisses, pour lesquelles choses lui failloit avoir argent et gens, et qu'ilz lui voulsissent aider du sixiesme de leur vaillant et de six hommes l'un, puissant de porter harnois. Ausquelz douze ainsi déléguez de lui que dit est fut rendue et faicte response par les habitans de Gand, Bruges, Brucelles, Lisle lez Flandres et autres que, au regard dudit de Bourgongne, ilz le reputoient leur vray et naturel seigneur, et que pour lui feront toute leur possibilité, en disant par eulx, que se il se sentoit aucunement empressé desdiz Alemans ou Suixes et qu'il n'eust avecques lui assez gens pour s'en retourner franchement en ses pays, qu'il leur feist à savoir et qu'ilz exposeroient leurs corps et leurs biens pour l'aler quérir pour le ramener sauvement en sesdiz pays, mais que pour faire plus de guerre par lui n'estoient point délibérez de plus lui aider de gens ne argent.

1. Interpolations et variantes, § GXXXVI. — Il est probable que le nom de Strasbourg a été écrit ici à la place de celui de Fribourg (en Suisse).

2. Guillaume Hugonet, seigneur de Saillant, cbancelier de Bourgogne, exécuté en 1477 (voy. Gommynes, éd. Dupont, passim).

Durans ces choses, le roy demoura à Lyon*, faisant grant chère. Et vint pardevers lui le roy de Cécile, son oncle, auquel il fist moult beau recueil à arriver pardevers lui audit lieu de Lyon, et lui mena veoir la foire qui estoit audit lieu avecques les belles bourgoises et dames dudit Lion^. Aussi y vint et arriva ung cardinal, nepveu du pape, qui avoit fait aucuns excès en Avignon contre le roy et mons"" l'arcevesque de Lion, légat d'Avignon, lequel cardinal demoura par long temps autour du roy avant que de lui peust avoir son expedicion. Et puis tout ledit débat fut appoincté entre le roy, ledit légat d'Avignon et ledit cardinal^.

1. Tout le mois de mai et les trois premières semaines de juin. Louis XI ne quitta Lyon qu'après avoir reçu la nouvelle de la défaite des Bourguignons à Morat.

2. Le roi René était en pourparlers pour faire du duc de Bourgogne son héritier et pour mettre la Provence entre ses mains, lorsque la défaite de Grandson rompit cette intrigue. Louis XI, qui la connaissait, envoya incontinent des gens d'armes sur les frontières de Provence et fit venir le roi de Sicile à Lyon. René y fut bien reçu, et son sénéchal, Jean Gossa, réussit à apaiser le ressentiment de Louis XL II avoua que, par son conseil, des ouvertures avaient été faites aux Boarguignons par son maître, que la saisie des châteaux de Bar et d'Angers avait indisposé contre le roi, mais il affirma que ces négociations n'avaient d'autre but que d'amener Louis XI à composition (Gommynes, éd. Dupont, II, 16 et suiv., et Lecoy de la Marche, Louis XI et la succession de Provence, Paris, 1888, in-S", p. 8. Basin, II, 392 et suiv.).

è. Sixte IV, ayant érigé le siège épiscopal d'Avignon en archevêché, y plaça son neveu, le cardinal Julien de la Rovère, et lui conféra en même temps le titre de légat. L'archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, titulaire de la légation d'Avignon depuis 1465, défendit ses droits, et Julien ne craignit pas, pour appuyer les siens, de recourir à la violence. Enfin Louis XI, qui soutenait Bourbon, mit fin au conflit en obtenant pour l'archevêque de Lyon le chapeau de cardinal et l'administration de i'evêché de

1476] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. \h

Oudit temps, le roy de Cécile appoincta, voult et accorda avecques le roy que après sa mort* sa conté de Prouvence retourneroit de plain droit au roy et seroit unye à la couronne. Et, en ce faisant, la royne d'Angleterre, fille dudit roy de Cécile, vefve du feu roy Henry d'Angleterre, qui estoit prisonnière audit Edouart-, fut par le roy rachetée, et pour sa raençon en paia audit Edouart cinquante mil escus. Et, à ceste cause, ladicte royne d'Angleterre céda et transporta au roy tout le droit qu'elle povoit avoir en la conté de Prouvence, moyennant aussi certaine pension à vie que le roy lui bailla par chascun an, durant le cours de la vie d'icelle royne seulement^.

En ce temps, le samedi xiii^ jour du moys de juing'^ mil CCCC LXXVl, le seneschal de Normandie, conte de Maulevrier, fîlz de feu messire Pierre de Breszé, qui fut tué à la rencontre de Montlehery^, lequel monseigneur le seneschal, qui s'en estoit aie à la chace près

Glermont (La Mure, ouvr. cité, II, 376-408, note. Cf. Gall. christ., t. IV, col. 177-179).

1. Ou mieux après celle de son neveu Charles II, comte du Maine, que le roi de Sicile avait, par testament daté du mois de juillet 1474, institué son héritier. Après le décès de Charles, le comté de Provence devait être réuni au domaine de la couronne de France et c'est le maintien de cette disposition que Louis XI obtint de René en 1476 (Lecoy de la Marche, mémoire cité. Cf. Lenglet, III, 388-394).

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