C'est-à-dire des succès de son armée en Franche-Comté
2. Louis XI passa quelques jours à Montargis dans la première moitié du mois de mai 1479. Sa présence est signalée à Vincennes au milieu du mois de juin et à Provins le 21 du même mois. Notre itinéraire n'indique pas que le roi ait poussé dans la direction de Langres plus loin que Vitry-le-François et que Méry-sur- Seine, mais on sait que ces indications se rapportent seulement aux séjours de la chancellerie royale et ne signalent pas nécessairement tous les déplacements du souverain.
3. A la fin du mois de juin 1479, le comte de Chimai, à la tête d'une petite armée bourguignonne, s'empara de Virton et de quelques autres places du duché de Luxembourg occupées par des routiers français, bourguignons, espagnols, lorrains et barrois
Et, le samedy tiers jour de juillet, oudit an LXXIX, vint et arriva à Paris une moult belle et honneste ambassade du pays d'Espaigne que menoit et conduisoit pour le roy l'evesque de Lombes, abbé de Sainct Denis en France ^ . Et les furent recepvoir aux champs hors de ladicte ville les prevost des marchans et eschevins de ladicte ville et aultres estatz d'icelle ville. Et, après leur entrée faicte en icelle ville, s'en alerent à Sainct-Denis, où ilz furent fort festiez par ledit abbé dudit lieu, et aussy audit lieu de Paris par aucuns des gens et officiers du roy estans en icelle.
En icelle année LXXIX arriva en France ung jeune prince du royaulme d'Escoce, nommé le duc d'Albanie, frère du roy d'Escoce-, qui par ledit roy estoit dechassé hors dudit royaulme ; lequel s'en vint au roy à reffuge, qui luy fist faire grant honneur à l'entrée qu'il fist à Paris, car au devant de luy furent aux champs par la porte Saint-Anthoine , sur le chemin alant au"^ bois de Vinciennes, tous les estatz de Paris,
« entremeslés ensemble, lesquels tenoient la ducé de Luxembourg et ceux de Metz en très grande subjection » (Molinet, II, 196).
1. Jean de Villiers de la Groslaye (voyez Bibl. nat., ms. fr. 3882, fol. 380, et ms. fr. 6986, fol. 463).
2. Alexandre Stuart, duc d'Albany, frère de Jacques III, roi d'Ecosse, épousa (1480) en secondes noces une Française, Anne de la Tour, fille de Bertrand, comte d'Auvergne et de Boulogne, et de Louise de la TrémoïUe. Ayant pris part à une conjuration des grands du royaume, dont le but était de chasser les favoris du roi son frère, il fut enfermé au château d'Edimbourg, réussit à s'évader, gagna Dunbar et se jeta dans un vaisseau qui le conduisit en France. Il travailla vainement à obtenir l'assistance de Louis XI contre son frère et finit par se retirer en Angleterre (voy. plus loin). Il en revint et mourut en France (Buchanan, History of Scotland. Glasgow, 1799, in-8°, t. II, p. 46 et suiv.).
3. A partir de ce mot, le texte suivi a été celui du ms. fr. 2889, qui reprend avec le fol. coté 191.
avecques et en la compaignie de monseigneur de Gaucourt, qui, comme lieutenant du roy, le recueillit bien honnorablement, et d'illec fut amené et conduict dedens Paris et mené loger en la rue Sainct-Martin, à l'enseigne du Coq, où depuis il fut longuement logé et ses gens et compaignie, tout aux despens du roy, combien que de sa compaignie et gens de sa nacion n'avoit avecques luy que de dix à douze chevaulx. Et le fist le roy acompaigner par messeigneurs de Monypegni, chevalier, seigneur de Congressault, qui estoit aussy Escocoys^
Ou moys d'aoust ensuivant, les Picars, Flamens et autres ennemys du roy, estans logez es pays de Flandres et autres villes contraires au roy, se mirent sus les champs, tendans affin de trouver et combatre les gens du roy, [et] vindrent pour ce faire près de la ville de Therouenne^, laquelle ville tenoient les gens du roy, et lesquelz ennemys cuidoient avoir et emporter ladicte ville par force et violance. Et, après leur venue, la bâtirent fort de leur artillerie ; à quoy il fut vaillamment résisté et contredit par mons. de Sainct- Andry, comme lieutenant des cent lances de mons. le duc de Bourbon^, et autres cappitaines et nobles
1. En 1482, le seigneur de Concressault fut suspendu de son office de sénéchal de Saintonge, qui fut donné au seigneur de
'Rochechouart (Bibl. nat., ms. fr. 27715, n»' 309, 332 et suiv. et 335, orig.).
2. Maximilien quitta Saint-Omer le 25 juillet et arriva devant Thérouanne le 29.
3. Interpolations et variantes, § GLXXIII. — Guichard d'Albon, seigneur de Saint-André et d'Oulches, se maria deux fois, la première avec Anne de Saint-Nectaire, la seconde avec Catherine de Talaru. Il mourut en 1502 (Moréri). A Thérouanne, Saint- André avait avec lui 400 lances et 1,500 arbalétriers.
hommes de l'ordonnance du roy. Et dudit exploict en furent advertis les autres gens de guerre estans pour le roy en garnison esditz pays de Picardie, tous lesquelz, pour secourir lesditz de Therouenne et ladicte ville, se assemblèrent et mirent sus les champs, et vindrent trouver lesditz Picars, Flamens et autres gens de guerre ennemys du roy, à environ une lieue près dudit Therouenne, lesquelz ennemys et adversaires estoient grant nombre, comme lx mil combatans, qui estoient menez et conduiz par ledit duc en Autriche, le conte de Romont, et autres seigneurs tenans ledit party. Dedens lesquelz vindrent frapper les gens du roy estans en garnison audit Therouenne avecques plusieurs des compaignies des lances que le roy avoit en Picardie, dont avoit la conduicte le seigneur d'Esquerdes et autres cappitaines avecques luy, tous lesquelz, par grant vigueur et honneste couraige, frappèrent dedens lesditz adversaires et ennemys, et tellement qu'ilz deffirent toute l'avant garde dudit duc en Autriche, à cause de quoy y ot grant occision des gens dudit duc, et y perdirent beaucop de biens, et furent menez chassans par lesditz gens du roy jusques dedens les fossez et portes d'Aire ^ Et, pour ce que aucuns francs archiers du roy qui suivoient ladicte chasse se mirent à piller le bagaige et autres biens laissez par lesditz adversaires ainsi chassez comme dit est, vint sur lesditz francs archiers et autres gens de guerre le conte de Romont, qui bien avoit de xiiii à XV mil piétons picquiers, qui tuèrent partie desditz francs archiers et autres gens de guerre. Et tant y en
1. Ces quatorze derniers mots n'existent pas dans les éditions anciennes.
mourut des deux costez qu'on disoit et estimoit les mors de xiiii à xv mil combatans, dont y en ot desditz Bourguignons, Picars et Flamans de mors environ de XI à XII mil combatans, sans les prisonniers, dont les gens du roy prindrent grant quantité, c'est assavoir comme de ix'' à mil prisonniers, entre lesquelz y fut pris ung des fîlz du roy de Poulaine et ung autre jeune fîlz que on disoit estre le mignon dudit duc en Autriche^, avecques grant nombre de gens de bonne et grande maison et tous bons prisonniers. Et, au regard des gens de l'armée du roy, y mourut le cappitaine Beauvoisien^ et Waste de Montpedon, bailly de Rouen, et des gens de guerre de l'ordonnance du roy y mourut environ trois cens archiers de ladicte ordonnance, sans les francs archiers^.
1. Il y a ici une confusion, car Molinet ne parle pas de ce fils du roi de Pologne. C'est Wolfgang de Polheim, favori du duc d'Autriche, qui fut fait prisonnier à Guinegatte.
2. Le capitaine Argenterel de Beauvoisis (Molinet, II, 217), mentionné sous le nom du Beauvoisien, dans une lettre de Louis XI au chancelier d'Oriole, du 15 juillet 1475, parmi les capitaines français qui guerroyaient en Picardie à cette époque (Commynes, éd. Dupont, III, 305; cf. Bibl. nat., ms. fr. 2908, fol. 44).
3. C'est la version française et peut-être officielle de la bataille de Guinegatte (auj. Enguinegatte, dép. du Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer). Cette bataille, dont le résultat fut nul puisque les deux partis se retirèrent, fut livrée le samedi 7 août 1479 et dura de deux heures de l'après-midi à huit heures du soir. Commynes
* n'hésite pas à dire que ce fut une « bataille perdue (pour les Français)..., pour soy estre mis à piller le bagaige » (éd. Dupont, II, 478), et on verra par uu mot de Louis XI cité par l'Interpolateur (§ CLXXIII) que telle fut l'opinion du roi. Commynes accuse d'Esquerdes et Torcy d'avoir compromis le succès de la journée en « chassant, » * et, combien que ce fust faict vaillamment, si n'appartient-il point aux chiefz de chasser. » Les gens de pied de Maximilien tinrent bon, malgré la fuite de leur cavalerie, soutenus qu'ils étaient par la présence du duc lui-même, du comte de
Et, après ladicte desconfiture ainsi faicte que dit est, ledit duc en Autriche, le conte de Romont et autres de leur corapaignie se ralierent et vindrent devant une place nommée Malannoy, dedens laquelle estoit ung cappitaine gascon nommé le Capdet Remonnet, et avecques lui de sept à huit vingtz lacquetz ' arbalestriers aussy gascons ; laquelle place par lesditz d'Autriche et Romont fut assaille. Et par lesditz Gascons fut fort résisté, mais enfin furent emportez d'assault et y moururent la^ pluspart desditz lacquetz, et les aultres se gecterent dedens les fossés. Et, au regard dudit Capdet, il fut prins prisonnier et mené par asseurance devers ledit d'Autriche; lequel, nonobstant ladicte asseurance et trois jours après sadicte
Romont, du comte de Nassau et d'autres seigneurs qui combattirent à pied avec eux. On trouvera la version bourguignonne dans le chroniqueur Jean Moiinet, qui a donné de la bataille de Guinegatte, qu'il nomme aussi combat de la Viefville, un récit assez détaillé. Maximilien, qui assiégeait Thérouanne, ayant appris par des prisonniers que les Français étaient à Biangy-sur-Ternoise et paraissaient décidés à lui offrir la bataille, leva son camp, fit passer la Lys à ses troupes et se dirigea vers le sud. De leur côté, les Français abandonnèrent Blangy et se portèrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent sur les hauteurs d'Enguin, à une vingtaine de kilomètres au nord de Blangj', poussant leur avant-garde jusqu'à une autre hauteur sise à deux kilomètres plus au nord, vers le village d'Enguinegatte, et faisant face à l'armée du duc Maximilien. D'Esquerdes avait avec lui au moins 1,100 hommes d'armes (Moiinet dit 1,800) et 14,000 archers; Maximilien, 20,000 hommes d'infanterie flamande, des Allemands et quelque 300 Anglais, en tout 27,400 combattants (Moiinet, II, 200 à 218).
1. Ce terme, d'origine espagnole, désignait à cette époque des piétons armés d'arbalètes à la mode d'outre-monts.
2. C'est ici que prend fin, en son état actuellement incomplet, le ms. fr. 2889. Tout ce qui suit est emprunté à l'édition gothique corrigée en quelques endroits à l'aide du manuscrit interpolé (Glairambault 481, fol. 508 et suiv.).
prise et de sang freit et rassis, ledit d'Autriche le fist pendre et estrangler^ Et, pour vengence faire de sa mort, le roy, très malcontent d'icelle, fist pendre jusques au nombre de cinquante des meilleurs prisonniers que ses gens d'armes eussent en leurs mains par le prevost des marechaulx, lequel les fist pendre, c'est assavoir sept des plus especiaulx prisonniers au propre lieu où le Gapdet Remonnet avoit esté pendu, dix autres prisonniers devant Douay, dix autres devant Sainct-Omer, dix devant la ville d'Arras et dix devant Lisle. Et estoit ledit prevost acompaigné, pour faire faire ladicte execucion, de huit cens lances et six mil frans archiers, tous lesquelz, après icelle execucion faicte, s'en alerent coster^ la conté de
1. Molinet (II, 224 et suiv.) place ce fait de guerre « environ le mois d'octobre j de l'année 1479. Maximilien avait avec lui un millier de chevaux et 36,000 piétons bourguignons, flamands et brabançons. Pendant trois jours, l'artillerie du comte de Romont battit le château de Malanoy (auj. dép. du Pas-de-Calais, arr. de Béthune), que défendaient 120 compagnons de guerre commandés par le Cadet Ramonet, un vaillant capitaine qui, dès 1475, figure parmi les hommes d'armes de la charge du seigneur du Lude(Bibl. nat.. Titres, Montres 1414, fol. 118, copie). Les deux premières lignes de défense furent emportées d'assaut et les assiégés contraints de se rendre à merci. « Aulcuns eurent les vies saulves, et les aultres furent pendus. » MoUnet, bien entendu, ne parle pas de trahison, mais dit, avec un méchant jeu de mots, que le Cadet Ramonet fut si piteusement ramoné qu'il fut pendu par un « sien vallet aux gistes d'une maison, à deux pieds près de terre », auprès de la ville d'Aire. Le château fut mis à sac, puis brûlé, mais l'explosion d'une poudrière mit à mal 120 « bustiniers. » — Les Bourguignons incendièrent aussi la ville de Lillers, et Maximilien ht parader ses troupes jusque sous les murs d'Arras, mais, l'hiver approchant, les Flamands commencèrent « à se refroidir » et le duc dut licencier son armée.
2. Coster, dans le sens de côtoyer. Cette forme a survécu dans le verbe accoster. — Molinet assigne à cette expédition la date
Guynes, et, en revenant jusques en Flandres, prindrent xvii places et maisons fortes et tuèrent et bruslerent tout ce qu'ilz trouvèrent. Et en amenèrent beufz, vaches, chevaulx, juments et autres biens, et après s'en retournèrent en leursdictes garnisons^.
Oudit temps fut prins sur mer par Coulon et autres escumeurs de mer en Normendie pour le roy jusques à quatre vingtz navires de Flandres, qui estoient alez quérir des seigles en Pruce pour avitailler le pays, et tout le harenc de la pesche d'icelle année, où il fut fait la plus grant desconfiture qui, passé à cent ans, fut faicte sur mer, à la grant confusion et destruction desditz Flamens ^.
En l'année mil IIII" quatre vingtz, passèrent la mer d'Angleterre pour venir en France pardevers le roy le seigneur de Hauart, ung protonotere, et autres ambassadeurs anglois, pour le fait de l'entretenement de la trêve d'entre le roy et le roy d'Angleterre. Lesquelz ambassadeurs furent bien receupz du roy, et leur fist on bonne chiere et grant et s'en retournèrent après leur expedicion, et leur fut donné par le roy de l'or content et de belle vaisselle d'argent 3.
de la Toussaint. Les Français des places frontières ravagèrent le Hainaut et coururent en Flandre jusqu'auprès de Bourbourg (auj. dép. du Nord, arr. de Dunkerque).
2. Interpolations et variantes, § GLXXV, — Basin rapporte ce fait avec quelque détail. Les Flamands et les Hollandais faisaient garder leur flottille de pêche par des navires armés, mais les « pirates » français en eurent aisément raison. Ils s'emparèrent de plus de cent barques chargées de harengs et firent un millier de prisonniers. Pendant l'hiver de 1479 à 1480, qui fut particulièrement rigoureux, il y eut une grande pénurie et cherté de harengs dans tout le Nord (III, 58 et suiv.).
3. La lettre d'un espion breton rapportée par Lenglet (IV, 6)
En ladicte année mil IIIP quatre vingtz, le roy bailla lettres de commission à maistre Jehan Avin, conseillier en sa court de Parlement, et à Jehan Doyac, de la ville de Cusset en Auvergne, pour faire sur monseigneur de Bourbon, ses villes, pays, officiers et bons subjectz plusieurs dampnez exploictz et nouvelletez que lesditz commissaires prindrent joyeusement à faire, cuidans destruyre et porter dommaige audit mons. le duc contre Dieu et raison et sans cause, mais pour complaire à la voulenté du roy, qui le menoit, affin de destruire ledit seigneur et mettre en exil. Et par lesditz commissaires, en ensuivant leurdicte commission, furent adjournez à comparoir personnellement en la court de Parlement à Paris la pluspart des officiers d'icelluy mons. le duc, comme son chancellier, son procureur gênerai, le capitaine de sa garde '^ et autres plusieurs en grant nombre, qui y comparurent au jour à eulx assigné, où par commissaires d'icelle court furent examinez et, pour ce faire, longuement detenuz en arrestz en ladicte ville, à l'en-
nous apprend que, le samedi après la Fête-Dieu (3 juin 1480), Louis XI festoya à Paris l'ambassade d'Angleterre et la mena au Palais dès neuf heures du matin. D'autre part, la veuve du Téméraire, Marguerite d'York, écrit de Londres le 27 juillet 1480 à Maximilien d'Autriche que lord Howard est revenu avec l'argent du tribut du roi Louis « pour le terme de Pasque dernier passé », 'et que le roi de France a comblé les ambassadeurs anglais de dons et de promesses, se déclarant prêt à tout accorder au roi d'Angleterre s'il se décide à abandonner Maximilien (Ibid., III, 576 et suiv.). — A la suite de négociations engagées au printemps de 1479 entre l'évêque d'Elne, Charles de Martigny, et des députés du roi Edouard IV, pour l'exécution des obligations de la trêve séculaire, un accord était intervenu qui assurait au roi d'Angleterre un tribut annuel de 50,000 écus (Lenglet, UI, 560-570). i. Interpolations et variantes, § GLXXVI.
contre desquelz maistre François Halé, advocat du roy en ladicte court de Parlement, soustint lesdiz adjournemens et arrestz pour le roy et pour son plaisir faire, contre Dieu et raison, en luy faisant le service de corps et d'ame^. Et après, par ladicte court, furent eslargis et renvoyez en leurs maisons^.
1. Cette phrase, tronquée et incompréhensible dans toutes les éditions de la Scandaleuse, a été rétablie d'après le texte fourni par le ms. Glairambault 481, fol. 150 v».
2. Jean de Saint-Haon, docteur es deux droits, chancelier de Bourbonnais; Jean Dernier, procureur du duc de Bourbon en la sénéchaussée d'Auvergne; Jean Douet, son procureur en Bourbonnais; Louis du Brueil, capitaine des archers de sa garde ; le sénéchal d'Auvergne, Bertrand de la Boche, chevalier; les juges de Beaujolais et de Forez, Anemond Péan et Jacques de Viry, et plusieurs autres officiers de Jean II, furent, par un ordre du roi daté de Bonaventure-lés-Ghinon, le 17 janvier 1479 (v. st.), ajournés à comparaître devant le Parlement de Paris. Les uns, les officiers judiciaires, étaient prévenus d'avoir, sous prétexte que certains pays du duc étaient tenus en pairie, connu de cas privilégiés, qui relevaient de la justice royale, ou de litiges concernant le temporel des églises cathédrales, ou bien encore d'avoir contraint des sujets du duc à renoncer à des lettres de complainte et de sauvegarde émanées du roi ; les autres étaient accusés d'avoir prêté main-forte à ces entreprises, qui avaient eu pour théâtre le Bourbonnais, l'Auvergne, le Forez, le Beaujolais. En réalité, l'éloignement où Jean, duc de Bourbon, s'était tenu de Louis XI, les révélations vraies ou fausses qui s'étaient produites au cours du procès du duc de Nemours relativement aux intrigues du connétable à Moulins, avaient indisposé contre Jean II son royal beau-frère. Deux jours après l'arrestation de Jacques d'Armagnac, Louis XI contraignit le duc de Bourbon à céder à son frère Pierre, seigneur de Beaujeu, le Beaujolais et la Bombes (9 mars 1477), et tout ce que Bourbon avait pu obtenir fut de remettre au gendre de Louis XI le comté de Glermont en Beauvoisis (3 avril 1477) au lieu de la Bombes, qu'il ne lui céda qu'au mois de septembre 1477. Dans ces conditions, les accusations portées contre Jean II par le procureur du roi au siège de Gusset, Jean de Doyat (Arch. nat., X'» 1488, fol. 51, mars 1478), rencontrèrent un accueil complai-
Et, après ces choses ainsy faictes, fut aussi adjourné à comparoir en ladicte court maistre Jehan Herbert, evesque de Constances, pour respondre à plusieurs crimes et cas à luy imposez, où il vint et comparut, et fut par ce interrogué, et puis par arrest de ladicte court fut fait et constitué prisonnier es prisons de la
sant, et Louis XI n'hésita pas à confier au même Doyat et à Jean Avin une commission afin d'instruire des faits reprochés au duc (La Mure, ouvr. cité, et Arch. nat., X^'» 1489, fol. 84 v»). — Jean II fit preuve en cette affaire d'une calme fermeté. Il n'hésita pas à livrer ses officiers aux commissaires, mais en les avouant de tous leurs actes. Au Parlement, les commissaires nommés pour interroger les prévenus à la place du chancelier empêché furent le président de Nanterre et les conseillers Jean Avin, Jean de Canlers et Guillaume Allegrin (26 mai 1480. Arch. nat., X'^ 1489, fol. 78 v°), auxquels furent adjoints, le 8 juin, les conseillers Pierre Turquand, Jean Burdelot et Jacques Fournier. Le procès dura plus d'une année, et c'est le 20 décembre 1481 seulement qu'on élargit définitivement le capitaine des archers, Louis du Brueil, tandis que Jean de Saint-Haon n'obtint cette faveur que le 19 avril 1482 (X^^ 1490, fol. 17 et 89 v"). — Les ennemis de la maison de Bourbon ne lâchèrent pas prise, car, le 8 août 1481, le Parlement de Paris ordonnait que les causes des pays d'Auvergne, Nivernais, Forez, Beaujolais, etc., tant réelles que possessoires, jusqu'à 600 livres de rente en matière réelle et à 10,000 livres de capital, aussi bien que les causes d'appel, etc., seraient renvoyées aux grands jours que le roi avait ordonné être tenus à Montferrand du 1«>- au 30 sept, suivants (X^a 1489, fol. 311 v» et suiv. Cf. X»* 9213). — Le duc de Bourbon ne rentra définitivement en possession de ses prérogatives et privilèges qu'en 1486 (lettres de Charles VUI datées de la Neuville-en-Hez, 19 septembre). — Doyat, nommé bailli de Montferrand à la place d'Antoine de Mohet et gouverneur d'Auvergne, demeura en faveur jusqu'à la mort de Louis XI (X<a 1489, fol. 166). Il obtint de ce roi l'autorisation d'ériger château et châtellenie sous le nom de Doyat, avec droit de haute justice (X<a 1490, fol. 181), se fit donner la baronnie de Montréal en Vêlai (P 13582, cote 535), etc., etc. Emprisonné au commencement de 1485, Doyat vit ses biens confisqués au profit du duc de Bourbon (Ibid. Cf. Molinet, n, 281).
Conciergerie et tous ses biens et temporel mys en la main du roy^
En ladicte année, ou mois d'aoust, fut faite trêve avec le duc en Autriche pour sept mois, dont les trois mois dévoient estre marchans, les trois autres d'abstinence de guerre et le septiesme mois de repentailles^.
En ladicte année, au mois de septembre, le lundi
1. Interpolations et variantes, § GLXXVn. — Les poursuites dirigées contre Geoffroy Hébert, évéque de Goutances (1478-1510), tils de Jean Hébert, général des finances, paraissent avoir été une conséquence de son intimité avec le duc de Bourbon. Dans une réponse faite par le roi aux articles baillés par Mgr de Tours, « le 11 août 1482, touchant les prelaz qui font plainte d'aucunes choses qui leur ont esté faictes par les officiers du roy, » on lit ces mots : « Au regart de Mgr de Goustances qui fut arresté à Paris, dictes à Mgr de Tours que ce fut par justice, et, se n'eust esté que je le feis délivrer, on luy eust fait une maulvaise compaignie. Il est invocateur de deables en latin, grec et publicque, et y a servi M. de Bourbon et l'y a mis plus avant qu'il n'y est » {Preuves de Basin, IV, 402), D'autre part, un orfèvre de Saint-Pourcain, Jean Adam, déposa devant Jean Avin et G. de Feugeraiz, commissaires ordonnés de par le roi, qu'il avait vu continuellement l'évêque en l'hôtel du duc de Bourbon, « auquel il avoit grand auctorité. » L'évêque se mêlait fort « d'astrologie et de carateres, » et avait fait graver une figure de femme et des lettres « romaines » sur une lame d'argent (Bibl. nat., ms. fr. 2908, fol. 26, 4 août 1480 ; double du temps). Arrêté par ordre du Parlement et enfermé, après interrogatoire, dans « la tour carrée sur les galleries du palais, » Geoffroy Hébert fut gardé quelque temps au secret (29 juillet 1480. Arch. nat., X*'» 1489, fol. 117), et ses biens meubles furent mis en la main du roi (7 septembre 1480. Ibid., fol. 154 v). Louis XI le fit élargir le 22 décembre de la même année (Ibid., fol. 179 v°).
2. « Pour donner meilleure espérance au peuple d'avoir en brief la paix, » il fut convenu que la trêve conclue le 21 août 1480 à l'abbaye de Notre-Dame d'Esquerchin, près Douai, ne serait publiée que pour trois mois, mais il demeura entendu qu'elle se prolongerait jusqu'au dernier jour de mars 1481. Si, avant le 15 novembre 1 480, la paix finale n'était pas signée, la prorogation
quart jour dudit mois, ung légat du pape, nommé le cardinal de Sainct-Pierre ad Vincula, qui estoit venu en France, arriva en la ville de Paris, oii il fut honorablement receu par tous les estatz de Paris, qui alerent au devant de luy par la porte Sainct-Jaques. Et, par tout son chemin où il passa par ladicte ville, estoit tout tendu de tapisserie jusques à l'eghse Nostre- Dame de Paris, où il fist illec son oroison. Et, après icelle faicte, s'enala en son logis, qui luy estoit ordonné au colliege de Sainct-Denis près les Augustins^ Et l'acompaignoit et estoit tousjours près de luy très noble, très révérend père en Dieu mons. le cardinal de Bourbon 2.
de la trêve devait être immédiatement publiée. Cette convention, négociée par le comte de Romont et par le seigneur du Lude, fut ratifiée par Maximilien et Marie, à Namur, le 2 septembre 1480 (Lenglet, III, 589-595).