Fin de la lacune de deux feuillets du ms. fr
2. Ou Garnier (voyez Arch. nat., X^a 42, fol. 1, à la date du 13 novembre 1477).
Provins, qui avoit, par arrest de la court de Parlement, esté pendu et estranglé au gibet de Paris ung an et demy auparavant dudit jour, pour occasion de ce qu'il avoit tué et murdry ung collecteur ou receveur de la taille dudit lieu de Provins, et duquel cas il avoit obtenu remission, qui ne lui fut point entérinée par ladicte court, fut, au pourchas d'ung scien frère, fait despendre dudit gibet par Henry Cousin, exécuteur de la haulte justice audit lieu de Paris, et illec fut enseveli ledit corps et mis en une bière couverte d'ung cercueil, et dudit gibet amené dedans Paris par la porte Sainct-Denis. Et devant icelle bière aloient quatre crieux de ladicte ville, sonnant de leurs clicquectes, et en leurs poictrines les armes dudit Grenier, et autour d' icelle bière y avoit quatre sierges et huit torches [portées] par hommes vestuz de dueil et armoiez comme dit est. Et en tel estât fut mené, passant parmy ladicte ville de Paris jusques à la porte Sainct-Anthoine, où fut mis ledit corps en ung chariot couvert de noir pour mener inhumer audit Provins. Et l'un desdiz crieux, qui aloit devant ledit corps, crioit : a Bonnes gens, dictes voz patenostres pour l'ame de feu Laurens Guernier, en son vivant demourant à Provins, qu'on a nouvellement trouvé mort soubz ung chesne ! Dictez en voz patenostres que Dieu bonne mercy luy face ! » En ladicte année, ou mois de mars, le jeudi xviu^ jour dudit mois, ung gentilhomme nommé Horiolle, natif du pays de Gascongne, qui auparavant avoit eue la charge et conduicte de par le roy de cent lances de son ordonnance ^ laquelle charge et ordonnance le
1. Jean « de Laudarraic, dit Oriole, » conseiller et chambellan du roi (Arch. nat., JJ 205, fol. 91 v°), est désigné par Molinet sous
roy avoit nouvellement fait casser avecques autres^, laquelle chose il prinst à desplaisance, et à ceste cause fut rapporté que ledit Horiolle parloit mal et usoit de menasses, et que avecques ce aussi qu'il mist en deliberacion avecques le lieutenant de sadicte compaignie de delaissier le roy et son service et aler servir en guerre son adverssaire le duc en Autriche ; en quoy faisant, commettoit crisme de leze magesté envers son souverain seigneur. Pour lesquelz cas et autres, furent iceulx Horiolle et sondit lieutenant decappitez en la ville de Tours ledit jour de jeudi ; et, après ladicte execucion faicte, furent par maistre Denis Cousin, exécuteur de la haulte justice-, et qui avoit exe[cu]té lesdis d'Oriolle et sondit lieutenant, portées leurs testes et partie de leurs menbres attacher et mettre aux portes d'Arras et Bethune ou pays de Picardie.
Oudit an et mois de mars fut aussi prins prisonnier à Paris ung nommé le seigneur de Mauves^, qui aussi avoit esté cassé de la charge de cent lances, dont aussi avoit eue la charge pour le roy, et fut prins en l'ostel du Cornet, près Saint-Jehan en Grave, par Philippe
le nom d'Auréole, bailli de Tournaisis. Il fut privé du commandement de ses cent lances, sans doute pour avoir abandonné Condé à l'approche de Maximilien (Molinet, II, 117 et suiv. et i46j. Il avait du reste, en compagnie du seigneur de Mauves, médiocrement combattu à la bataille de Nancy, où ils commandaient des volontaires français (Ghron. de Lorraine, col. c^^^, dans le t. IV de D. Galmet; cf. Bibi. nat., ms. fr. 2908, fol. 44).
2. Denis Cousin, bourreau de Tours, ne semble pas devoir être confondu avec Henri Cousin, exécuteur de la haute justice à Paris.
3. Ce personnage est peut-être Charles de Mauves, écuyer, seigneur de Saint-JuUien, qui fut bailli de Vivarais et de Valentinois en 1497 (Bibl. nat., Pièces orig.,vol. 1902, doss. de Mauves).
Luillier, escuier, cappitaine de la Bastide Saint-Anthoine, et par luy mené prisonnier audit lieu de Tours pardevers le roy, qui lors y estoit, et depuis délivré comme ignorant des cas à luy imposez*.
Ou moys d'avril IIIP LXXIX après, le roy, qui estoit ou pays de Touraine, délibéra du fait de sa guerre et de ce qui estoit de faire touchant le fait d'icelle, pour ce que la trêve, qui sur ce avoit esté entre luy, d'une part, et le duc en Auteriche, d'aultre part, estoit presque faillie^, et que par ledit d' Auteriche n'avoit esté aucune ambassade envoyé devers luy pour accord faire entre eulx sur leurs differens, et pour conclure de ce qu'ilz avoient à faire après la fin d'icelle trêve.
Ou moys de may ensuyvant, nonobstant que ladicte trêve ne feust expirée ne faillie, les manans et habitans de la ville de Cambray mirent et boutèrent les Picars, Flamens et aultres ennemys du roy tenans le party dudit duc en Auteriche dedens ladicte ville de Cambray et d'icelle en dechasserent et myrent dehors les gens de guerre qui estoient dedens le chasteau de ladicte ville de par le roy^, nonobstant que ladicte ville le roy avoit laissée et baillée en la garde et confidence du seigneur de Fiennes^. Et, incontinent après,
1. Interpolations et variantes, § CLXX. — C'est ici que se termine le texte du ms. fr. 5062 par les mots et la signature cités dans notre Introduction (t. I, p. xxi). Ce qui suit est emprunté à l'édition princeps, complétée par le texte du manuscrit interpolé (Clairambault 481, fol. 497 et suiv.), à défaut du ms. fr. 2889, qui, en cet endroit, présente actuellement une lacune.
2. La trêve devait expirer le 11 juillet 1479. •3. Interpolations et variantes, § CLXXI.
4. Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes, chevalier de la Toison d'or, fils de Thibaud de Luxembourg et de Philippe de Melun, servait la cause bourguignonne. Il avait épousé Marie de Barlemont (Anselme, III, 736).
vindrent de trois à quatre cens lances desditz Flamens et Picars devant la ville et chastel de Bouchain, dedens laquelle n'y avoit en garnison pour le roy que xvi lances, qui se retrahyrent dedens ledit chastel pour ce qu'ilz apparceurent que les habitans dudit Bouchain avoient délibéré de mettre lesditz ennemys du roy dedens leur ville incontinent qu'ilz y seroyent arrivez, ce qu'ilz firent. Et, incontinent eulx arrivez, vindrent lesditz habitans assaillir lesditz gens du roy, que par force ilz prindrent, et les tuèrent tous dedens ledit chasteau, et de tous ceulx qui y estoient n'en eschappa que ung seul, lequel s'enferma dedens une chambre, et par ung tuyau des chambres aisées se laissa cheoir dedens les fossez et se saulva. Desquelles entreprises et choses ainsy faictes le roy en fut fort malcontent, et non sans cause, veu que ladicte trêve rompu et entreprises dessusdictes ne se faisoient point pour aucune faulte ou coulpe que eussent fait les gens de guerre du roy sur lesditz ennemys^.
Et, à ceste cause, le roy envoya certain grant nombre d'artillerie en la duché et Franche Comté de Bourgongne, avecques grant nombre de nobles hommes et frans archiers du royaulme de France, pardevers le gouverneur de Ghampaigne, qui estoit gouverneur et lieutenant gênerai du roy audit pays de Bourgongne, pour recouvrer ledit pays et mettre derechief en sa main. Et y besongnerent lesditz gou-
1. Le château de Bouchain, « place quasi imprenable, forte oultre mesure et la mieux sortie d'artillerie que nulle forteresse prochaine », fut, sur la demande des habitants mêmes de la ville et avec leur assistance, assailli de six côtés à la fois et emporté par les Bourguignons après quelques heures de combat. Onze hommes de guerre français, sur dix-huit qui composaient la garnison, furent passés par les armes (Molinet, II, 187-191).
verneur et ceulx de sa compaignie si vaillamment^ que par assault et port d'armes ilz gaignerent d'assault le chastel de Rochefort et tuèrent tous ceulx qui estoient dedens, en pillant tout ce qu'ilz y trouvèrent. Et de là s'en alerent devant la cité de Dole, qui fut fort batue d'artillerie, et après fut assaillie tellement qu'elle fut prise d'assault, à cause de quoy plusieurs gens de façon et bons marchans y moururent, et si fut ladicte ville arrasée et mise par terrée
Ou moys de juing ensuivant, messire Robert d'Estouteville, chevalier, seigneur de Beyne, qui avoit esté prevost de Paris par l'espace de XLm ans, ala de vie à trespas oudit lieu de Paris. Et en son lieu le roy donna ledit office de prevost de Paris à Jaques d'Estouteville, fîlz dudit deffunct prevost, en faveur de ce qu'il disoit que ledit deffunct l'avoit bien et loyaulment servy à la rencontre de Montlehery et aultres divers lieux ^.
2. Le château de Rochefort (auj. dép. du Jura, arr. de Dole) avait été enlevé aux Français par Claude de Vaudrey en 1477. Quant à la ville de Dôle, elle était occupée par une garnison bourguignonne composée d'aventuriers allemands et suisses et de francs-archers qui avaient déserté le service du roi de France. Les uns ou les autres livrèrent une des portes de la ville à Charles d'Amboise (Muller, éd. Monnard, Hist. de la Confédération suisse, t. Vni, p. 166). La malheureuse cité fut mise à sac pour venger l'échec que les Français avaient subi sous ses murs en 1477. Auxonne et tout le bailliage d'Aval furent soumis en quelques jours; celui d'Amont fut ravagé, Vesoul brûlé \lbid., 167). Au reste, il n'y avait dans les places de Comté que des garnisons bourguignonnes sans importance (Basin, III, 50 et suiv.).
3. Robert d'Estouteville mourut le 3 juin 1479. Il n'avait exercé la charge de prévôt que pendant trente-deux ans. Encore en faudrait-il retrancher plus de quatre années (1461-1465), pendant lesquelles Louis XI le remplaça par Villiers de l'Isle-Adam. — Jacques
Durant ces choses, le roy, estant à Montargis, oyt les nouvelles des choses dessusdictes^ dont il fut fort joyeulx; et lors se partit et s'en ala à Nostre-Dame de la Victoire, près Senlis, y faire ses offrandes, et de là s'en vint au bois de Vinciennes, où il ne séjourna que une nuyt. Et d'illec s'en partit et print son chemin pour aler à Provins, et de là au pays de Champaigne, à Langres et aultres lieux ^. Et cependant fut chargé à Paris par la rivière de Seine moult grant nombre de belle et grosse artillerie, entre laquelle y avoit seize grosses bombardes, toutes de fonte, et grant quantité de pouldres et salpestre pour mener à Chalons en Champaigne, à Bar le Duc, et d'illec aler conquester la duché de Luxembourg ; mais ledit voyage fut rompu et n'en fut riens fait".
d'Estouteville, fils de Robert et d'Ambroise de Loré, avait épousé Gilette de Coetivy. Il prêta serment le 21 juin 1479 de respecter les droits et libertés de l'Université (Du Boulay, t. "V, p. 374). Il exerçait encore ses fonctions de prévôt en 1499 (Anselme, VIII, 99). Pendant les quelques jours qui s'écoulèrent entre la mort de Robert d'Estouteville et l'entrée en fonctions de son fils, la garde de la prévôté de Paris, « siège vacquant », fut confiée à Jean de Saint-Romain, procureur général du roi au Parlement (Lespinasse, les Métiers de Paris, I, 379, à la date du 5 juin 1479).