Depuis le 21 juin
En après, le roy, qui estoit audit lieu de Glery, s'en partit et s'en ala à Mehun sur Loire, à Sainct-Laurent des Eaues et illec environ ; et y fut jusques près la feste Nostre-Dame de my aoust, qu'il se partit dudit Sainct-Laurens et retourna derechief audit lieu de Glery à la feste et solempnité de la Nostre-Dame de my aoust ^
En ladicte année, au commencement de juillet, se mirent sus une belle et honneste ambassade du pays de Flandres pour venir devers le roy audit lieu de Glery, où ilz arrivèrent. Et illec parlèrent au roy, auquel ilz firent remonstrer et à son conseil les causes pour lesquelles ilz estoient venus devers luy de par les nobles hommes, gens d'église et populaire dudit pays de Flandres. Lesquelles causes estoient tendans affin qu'il pleust au roy avoir bon appoinctement avecques luy pour lesdiz Flamens, qui ne tendoient à autre fin que d'avoir paix finalle avecques le roy. Lesquelz ambassadeurs furent du roy très bien et honnestement receuz et recueillis, et leur fut de par luy donné expedicion, dont iceulx ambassadeurs furent très bien contens. Et ce fait, ilz s'en retournèrent audit pays de Flandres, et furent conduitz et menés de par le roy en la ville de Paris par mons. de Sainct-Pierre, qui les fist bien festoier par le prevost des marchans et eschevins d'icelle ville de Paris bien et honnestement. Et puis après, s'en retournèrent à Gant et autres villes
nales laudatissimum scholasticis volumen scripsit » {Annales, éd. de 1521, fol. cclxxxy).
1. Meung (auj. Loiret, arr. d'Orléans), du 20 au 22 juillet; Saint-Laurent-des-Eaux (auj. Loir-et-Cher, arr. de Blois), du 24 juillet au 6 août; Gléry, le 13 août et jours suivants (Itin. cité).
de Flandres, dont ilz estoient partis. Et, ainsy que ladicte ambassade s'en retournoit, le roy avoit fait mettre sus les champs grant partie de ses gens de guerre qu'il avoit en garnison au pays de Picardie, dont avoit la charge et conduicte le seigneur d'Esquerdes : laquelle compaignie il faisoit beau veoir, car elle estoit fort belle. En laquelle compaignie avoit xiiii cens lances fournies, très bien acompaignéez de six mil Suysses et aussy de huit mil picquiers. Tous lesquelz gens de guerre, ainsy assemblez que dit est, s'en alerent à grant triumphe et bruyt mettre le siège devant la ville de Aire, qui est une très belle place et bien assise près de Sainct-Omer et Therouenne, dedens laquelle ville y avoit plusieurs gens de guerre de par le duc en Auteriche. En laquelle place, tout incontinent que les gens du roy y furent arrivés, la bâtirent moult fort d'artillerie, dont et de quoy les manans d'icelle ville furent et se trouvèrent fort espoventez. Mais aucuns des gens de guerre illec estans, qui avoient bonne intelligence avecques ledit seigneur d'Esquerdes pour le roy de luy bailler ladicte place et ville, firent composicion pour icelle ville, qui estoit telle qu'elle seroit mise en la main du roy. Et fut faicte ladicte composicion par ung chevalier nommé le seigneur d'Escontrans, qui estoit du pays de Picardie, et lequel avoit la garde de ladicte ville de Aire de par ledit duc en Auteriche ; et mist ladicte place en la main du roy, en luy faisant le serment de le servir bien et loyaulment : dont et pour bien le recompenser, le roy luy donna la charge de cent lances, et si luy fut oultre baillé et donné trente mil escus en or content ^ .
1. Sur la prise d'Aire (auj. dép. du Pas-de-Calais, arr. de Saint-
En ladicte année, es mois d'aoust et septembre, ung chevalier du pays du Liège, nommé messire Guillaume de la Marche, dit le Sanglier d'Ardaine, fist et conspira guerre mortelle à l'encontre de très noble prince et très révérend père en Dieu mons. Loys de Bourbon, evesque de la cité de Liège, qui avoit par avant nourry ledit Sanglier d'Ardaine, pour le tuer et meurdrir, et après ce fait de mettre et faire evesque dudit Liège le frère dudit Sanglier. Et, pour faire par icelluy Sanglier sa dampnée entreprise, le roy lui fist délivrer argent et gens de guerre en grant nombre, au moien desquelz et aussy de certain nombre de mauvais garsons, larrons, pipeurs et pillars qu'il print et assembla tant en la ville de Paris que en aucuns des villaiges voisins d'icelle ville jusques au nombre de deux à trois mil, lesquelz il fist vestir et habiller de robes rouges, et à chascune desdictez robes dessus la manche senestre y fist mettre une hure de sanglier ; et estoient lesdiz mauvais garsons legierement armez. Et ainsy ledit
Omer), qui eut lieu le 28 juillet 1482, voir Molinet, H, 306-308. Dans les négociations pour la paix, les gens du roi n'avaient cessé d'insister pour que les villes de Saint-Omer et d'Aire fussent « mises verbalement en la main du roy comme estant de la comté d'Artois, qui est fief tenu du roy et lequel le roy a trouvé ouvert » (Lenglet, IV, 74 et suiv.). — Molinet attribue le succès de d'Es- .querdes et du maréchal de Gié à Aire à la trahison de Jean de Bergbes, seigneur de Cohem, capitaine de la ville, qui la vendit pour 30,000 écus, une pension et le commandement de 100 lances d'ordonnance. Afin de sauver les apparences, l'artillerie royale commença à battre la muraille, et les gens de la ville, ignorants du marché conclu, ripostèrent vigoureusement. La brèche pratiquée, et au moment où les Suisses se préparaient à donner l'assaut, « un petit parlement se tint entre les parties, » et la ville se rendit par appointement. — Gommynes (éd. Dupont, II, 237) appelle le seigneur de Cohem Escohan, ce qui est plus près de la véritable forme que VEscontrans de notre Chronique.
Sanglier les mena jusques audit pays de Liège; et luy illec arrivé, trouva façon et moien d'avoir intelligence avecques aucuns traistres Liegois de ladicte ville à rencontre de leur seigneur de dechasser, tuer et meurdrir leurdit evesque, et le mettre hors de la cité avecques ce qu'il avoit de gens : ce que firent lesdiz Liegois. Et soubz umbre d'une amytié faicte^ qu'ilz disoient avoir à leurdit evesque, lui dirent que force estoit qu'il alast assaillir sondit ennemy et que sesdiz habitans le suyvroient en armes et vivroient et mourroient pour luy, et qu'il n'y auroit point de faulte que ledit Sanglier et sa compaignie demourroient desconfis et destruitz. Lequel mons'^ du Liège, inclinant à leur requeste, saillit de ladicte cité du Liège et ala avecques eulx aux champs, tout droit où estoit ledit de la Marche, lequel, quant il vit ledit evesque, se descouvrit de l'embusche où il estoit et s'en vint tout droit audit mons'" l'evesque. Et quant lesdiz traistres habitans du Liège virent leurdit evesque es mains dudit La Marche son ennemy, luy tournèrent le dos et, sans coup ferir, s'en retournèrent en ladicte cité de Liège. Et incontinent ledit monseigneur de Liège, qui n' avoit aide ne secours que de ses serviteurs et familiers, se trouva fort esbahy, car ledit de la Marche, qui estoit sailly de sadicte embusche, s'en vint à luy, et, sans autre chose dire, luy bailla d'une taille sur le visaige, et puis luy mesmes le tua de sa propre main. Et après ce fait, icelluy de la Marche fist mener et getter ledit evesque et estendre tout nud en la grant place devant l'église Sainct-Lambert, maistresse église de ladicte cité de