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Liège, où illec fut magnifestement monstre tout mort aux habitans de ladite ville et à ung chascun qui le vouloit veoir^ — Et, tantost après ladiete mort, y arrivèrent, cuidans le secourir, le duc d'Auteriche, le prince d'Orenge, le conte de Romont et autres gens de guerre, lesquelz, quant ilz sceurent la mort dudit evesque, s'en retournèrent sans riens faire à l'occasion d'icelle^
En ladiete année, ou moys d'octobre, le roy se trouva fort malade en son hostel du Plessis du Parc lez Tours. A cause de laquelle maladie eut grant paour de mourir, et pour ceste cause se fist porter à Amboise pardevers mons. le daulphin, auquel il fist plusieurs belles remonstrances, en luy disant qu'il estoit malade d'une maladie incurable, en le exhortant que, après son trespas, il voulsist avoir aucuns de ses serviteurs pour bien recommandés^ : c'est assa-
î. Pour les détails, voir Basin, III, 112-116; Molinet, U, BOS- SU, et Adrien de Vieux -Bois dans Amplissima Collectio, IV, c. 1377. Basin explique que le ressentiment de Louis XI contre l'évêque de Liège eut pour cause le refus opposé par Louis de Bourbon au passage de troupes françaises destinées à enyahir le Brabant et le comté de Namur. Molinet dit, comme notre chroniqueur, que, Louis XI ayant refusé à Guillaume de la Marck des gens d'armes de ses ordonnances, le réfugié liégeois « cueilla à l'environ de Paris et ailleurs aulcuns gendarmereaux mal en 'poinct en nombre de 400 chevaliers et aulcuns piétons et pageastres mal habillés qui le suivoient » (II, 309).
3. Les instructions de Louis XI à son fils portent la dated'Amboise, le 21 septembre 1482. Elles furent enregistrées par les Parlements et le texte s'en trouve dans Ordonnances des rois, XIX, 56 et suiv. L'objet de ces instructions paraît avoir été surtout d'éviter au dauphin les fautes que son père avait commises au début de son propre règne. Aucun des serviteurs du roi n'est nominativement désigné, mais tous sont recommandés au dauphin.
voir, maistre Olivier le Dyable, dit le Dain, son barbier ^ et Jehan de Doyac, gouverneur d'Auvergne, en disant qu'il avoit esté bien servy d'eulx, et que ledit Olivier luy avoit fait pluseurs grans services, et qu'il ne feust riens de luy si n'eust esté ledit Olivier, et aussy qu'il estoit estrangier et qu'il se servist de luy et qu'il [l'Jentretenist en son service et aux offices et biens qu'il luy avoit donnés. Luy recommanda aussy mons. du Bouchaige et messire Guiot Pot, bailly de Vermendois^, et luy encharga qu'il creust leur conseil, car il les avoit trouvez saiges et de bon conseil. Et si dist oultre à mond. seigneur le daulphin qu'il confermast tous les officiers qu'il avoit faitz en leurs offices, et que principallement il eust son povre peuple pour recommandé, lequel il avoit mis en grande povreté et desolacion. Et plusieurs autres choses luy remonstra que depuys il fist magnifester en pluseurs des bonnes villes de son royaulme et en sa court de Parlement. Et si luy dist oultre que pour la conduite de la guerre il se servist du seigneur d'Esquerdes, lequel il avoit trouvé en tous ses affaires bon, loyal et notable chevalier et de bonne et grande conduicte. Et, ce fait, s'en retourna aux Montiz.
1. Le Flamand Olivier portait, comme ses aïeux, le surnom de Necker, qu'on traduisit par le Diable ou le Mauvais, c'est-à-dire le Malin; mais Louis XI, en anoblissant son barbier (oct. 1474; Ordonn., XVIII, 58 et suiv.), le surnomma le Daim (Kervyn de Leltenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commynes, I, 154). L'origine flamande d'Olivier le fit employer fréquemment à des missions diplomatiques en Flandre.
2. Guyot Pot, seigneur de la Prugne, etc., était bailli de Vermandois dès 1470 (voy. la notice que M. Vaesen a consacrée à ce personnage dans les Lettres de Louis XI, III, 238 et suiv.).
Oudit temps, le roy fist venir grant nombre et grant quantité de joueurs de bas^ et doulx instrumens qu'il fist loger à Saint-Cosme près Tours, où illec ilz se assemblèrent jusques au nombre de six vingtz ; entre lesquelz y vint pluseurs bergiers du pays de Poictou, qui souvent jouèrent devant le logis du roy, mais ilz ne le veoyent pas, affin que ausdiz instrumens le roy y prensist plaisir et passe temps et pour le garder de dormir. Et, d'ung autre costé, y fist aussy venir grant nombre de bigotz-, bigottes et gens de devocion comme hermites et sainctes créatures pour sans cesser prier à Dieu qu'il permist qu'il ne mourust point et qu'il le laissast encores vivre.
En ce temps, es mois d'octobre et novembre, se firent de grans alées et venues par les Flamens de la ville de Gant, et qui vindrent en ambassade devers le roy, lequel pour les oyr y commist maistre Jehan de la Vacquerie, qui estoit du pays de Picardie, et lequel il avoit nouvellement fait et créé son premier président en sa court de Parlement à Paris pour consulter de la matière, c'est assavoir de bonne paix et union estre faicte entre le roy et lesdiz Flamans ; et aussy avecques ledit président y ordonna et commist le roy
. 1. Ce qualificatif paraît signifier ici des instruments peu bruyants. Pourtant Littré, après Du Gange, adopte le sens de vulgaires, communs, par opposition à hauts instruments, c'est-à-dire distingués, estimés.
2. Bigot n'est pas pris ici dans le sens défavorable qui lui a été attribué depuis. Sur l'arrivée au Plessis du bienheureux François de Paule, voy. Commynes, éd. Dupont, II, 231 : « Vint devers le roy, honnoré comme s'il eust esté le pape, se mettant à genoulx devant luy affin qu'il lui pleust alonger sa vie. Il respondit ce que saige homme debvoit respondre. »
ledit monseigneur d'Esquerdes et aultres^ Et tellement fut communiqué par lesdictes parties, tant d'ung costé que d'aultre, qu'ilz firent et traicterent ladicte paix, en laquelle faisant se debvoit faire le mariage de nions, le daulphin et de la fille du duc en Auteriche, qui estoit en la possession et garde desdiz Flamens de Gant^, dont de ce faire le roy fut fort joyeulx, et eut ladicte paix et union pour bien agréable. Et, pour l'onneur d'icelle, en fut chanté par tout le royaulme Te Deum laudamus, et si en furent faitz les feuz en la ville de Tours ^. Et, incontinent ces choses faictes, fut grant bruit que lesdiz Flamens s'estoient partis dudit lieu
1. Jean de la Vacquerie, chevalier, conseiller au Parlement de Paris, puis quart président après la mort de Jean de Popincourt, fut promu à l'office de premier président après le décès de Jean Le Boulanger. Il fut remplacé comme quart président par Jean d'Armes (Arch. nat. 1490, fol. 85 v°, à la date du 14 avril 1482, n. st.). — Les noms des autres négociateurs du traité d'Arras (23 déc. 1482) sont insérés dans le pouvoir qui leur fut délivré par Louis XI, en date du Plessis-du-Parc, 4 déc. 1482. C'étaient, avec d'Esquerdes et la Vacquerie, Olivier de Coëtmen, lieutenant du roi à Franchise (Arras), et Jean Guérin, maître d'hôtel de Louis XI (Lenglet, IV, 116 et suiv. Le texte du traité est imprimé aux pages 96-116). L'approbation de Louis XI est datée du Plessis, au mois de janvier 1482, v. st.
2. En 1482, le roi commença « à praticquer les gouverneurs de Gand par mons. des Cordes et à traicter le mariage de son filz, mons. le daulphin, et de la fille dudict duc, appellée Marguerite, et s'adressoit on du tout à ung pensionnaire de lad. ville appelle Guillaume Rin, saige homme et malicieux, et à ung aultre appelle Coppenolle, clerc des eschevins, qui estoit chaussetier, et avoit grant crédit parmy le peuple » (Commynes, éd. Dupont, II, 223).
3. « Pace... inter Ludovicum regem et Maximilianum ejusque liberos, terras, dominiaet subditos firmata... ingens lœtitia populorum utriusque obedientise ambarumque e vestigio partum secuta est... » (Basin, III, 130 et suiv.). — Les Anglais seuls virent d'un fort mauvais oeil la conclusion de la paix.
de Gant pour amener ladicte fille, laquelle, pour la bien et honnestement recueillir, le roy y avoit ordonné mesdames de Beaujeu, sa fille ainsnée, madame de Dunoys, seur de la royne, madame de Touars^, madame l'admiralle et pluseurs autres dames, damoiselles et gentilzfemmes que on cuidoit qu'ilz deussent venir et arriver en la ville de Paris le huitiesme jour de décembre ; mais ladicte venue séjourna pour aucuns menus differens qui survindrent du costé desdiz Flamens, et jusques ad ce que lesdiz differens eussent esté vuydez^.
En ladicte année, les roys d'Escosse et d'Angleterre eurent grant guerre l'ung contre l'autre, et entrèrent lesdiz Escossois bien avant audit royaulme d'x\ngle-
1. François d'Orléans, comte de Dunois, Longueville, Tancarville, etc., qui mourut le 25 nov. 1491, avait épousé Agnès de Savoie, sœur cadette de la reine Charlotte. Elle mourut le 15 mars 1508. Quant à M™« de Thouars, ce ne peut être Marguerite d'Amboise, femme de Louis, seigneur de la Trémoille, vicomte de Thouars, car elle mourut avant 1480. D'autre part, le fils de Louis Ifi' de la Trémoille, Louis II, né en 1460, mort en 1525, épousa seulement en juillet 1485 Gabrielle de Bourbon, fille de Louis, comte de Montpensier, M. Kervyn de Lettenhove croit que la dame de Thouars peut être Hélène de Ghambes, femme de Philippe de Commynes, que Louis XI donna pour gouvernante à Marguerite d'Autriche (Lettres et négociations de Philippe de Com-
' mynes, I, 330).
2. Le texte du traité d'Arras stipulait qu'aussitôt la paix parfaite et publiée, Marguerite d'Autriche serait en toute diligence amenée à Arras et remise aux mains de M. de Beaujeu ou d'un autre prince du sang à ce commis par le roi. « Et la fera le roy garder, nourrir et entretenir comme sa fille primogenite, épouse de mond. seigneur le daulphin. » En fait, c'est l'année suivante seulement, au mois de mai, à Hesdin, que la petite princesse fut remise au roi (Basin,IU, 132; Commynes, éd. Dupont, II, 240 et suiv., notes).
terre, lequel ilz dommaigerent moult fort. Et, nonobstant que lesdiz Escossois estoient cent mil hommes en bataille plus que n'estoient les Anglois^ toutesfoiz, affin qu'ilz ne frappassent l'ung sur l'autre, se mist et fut fait appoinctement entr'eulx par le moyen du duc d'Albanie, frère dudit roy d'Escosse, qui querelloit contre icelluy roy d'Escosse, son frère. Laquelle querelle d' entr'eulx estoit telle que le duc d'Albanie disoit que sondit frère usurpoit sur luy ledit royaulme pour ce que lesdiz roy d'Escosse et duc d'Albanie, qui estoient frères, estoient venus et yssus sur terre d'une ventrée, et que d'icelle ledit duc d'Albanie estoit le premier yssu et que par ainsy il avoit acquis droit d'ainsnesse devant sondit frère audit royaulme. Et, à ceste cause, ceulx qui menoient ladicte guerre pour ledit roy d'Escosse firent composicion avecques lesdiz d'Albanie et Anglois qui estoient ensemble, tellement qu'ilz ne frappèrent point les ungs contre les autres, et s'en retourna chascun au lieu dont il estoit party ^.
1. L'exagération des forces écossaises est sensible. Au reste, le chroniqueur est assez mal informé sur cet épisode. La véritable cause des troubles qui agitèrent l'Ecosse sous le règne de Jacques III fut la faiblesse et la mauvaise administration de ce prince et surtout la rancune des chefs féodaux qu'il avait éloignés du gouvernement.
2. Louis XI avait tout fait pour exciter le roi d'Ecosse Jacques III contre Edouard IV, que le duc d'Albany, réfugié en Angleterre après l'insuccès de ses tentatives auprès du roi de France, animait de son côté contre Jacques III. Edouard IV finit par envoyer dans le Nord son frère Richard, duc de Glocester, accompagné d'Alexandre, duc d'Albany. Les deux armées allaient en venir aux mains quand Jacques III, se méfiant de la fidélité des chefs qui l'accompagnaient, se retira sur Edimbourg. Glocester s'empara de Berwick et, grâce aux intelligences que le duc d'Albany possédait en Ecosse, poussa sans difficulté jusqu'à la capitale.
En ladicte année, au mois de janvier, vindrent et arrivèrent en la ville de Paris les ambassadeurs de Flandres, qui avoient moyenne la paix d'entre le roy et les Flamens, au moien du mariage de mons. le daulphin et de damoiselle Marguerite d'Auteriche, contesse de Flandres, fille dudit duc en Auteriche^ Au devant desquelz, et pour les recevoir en la ville de Paris, de par le roy y furent mons. l'evesque de Marceille^, lieutenant pour le roy en icelle ville de Paris, acompaigné du prevost des marchans et eschevins, bourgois et habitans d'icelle ville et d'ung docteur de la ville de Paris nommé Scourable, qui fist une moult honnorable proposicion pardevant lesdiz Flamens, qui moult s'en tindrent pour bien contens. Et, le landemain qu'ilz furent arrivez en ladicte ville, qui fut le dimenche iiii® jour de janvier, furent lesdiz ambassadeurs flamens en l'église Nostre-Dame de Paris oyr illec la messe. En laquelle église de Nostre-Dame y furent faictes processions generalles, et y prescha ledit Scourable, qui y fist une moult belle collacion, dont tous ceulx qui l'ouyrent furent moult bien con-
Alexandre fut nommé régent du royaume et une trêve fut conclue avec les Anglais moyennant la cession qui leur fut faite de la ville de Berwick. Dans la suite, les deux frères se réconcilièrent, .mais ils se brouillèrent encore et le duc d'Albany se réfugia de nouveau en Angleterre, puis en France, où il mourut en 1485 (Buchanan, History of Scotland, loc. cit.).
1 . Voy. Gommynes, éd. Dupont, II, 238-240. C'est la ratification du traité d'Arras que les ambassadeurs flamands venaient chercher en France.
2. L'évêque de Marseille, Jean AUardel, avait été pourvu, en 1481, de la lieutenance de Paris. Le 11 juillet de cette année, Robert Gaguin, général des Mathurins, l'en avait félicité au nom de l'Université (voy. Du Boulay, ouvr. cité, V, 741 et suiv.).
tens. Et de ladicte venue et publicacion de ladicte paix en fut chanté en icelle église Te Dewn laudamus, fait les feux et aussy de grans chieres parmy les ruez de ladicte ville. Et furent ledit jour de dimenche iceulx ambassadeurs, au partir de ladicte église de Nostre- Dame, menés disner en Tostel de ladicte ville de Paris, là où illec ilz furent moult bien festoiez^ Et, le landemain, lesdiz ambassadeurs se partirent dudit lieu de Paris et s'en alerent pardevers le roy.
Et d'icelle venue et bonne paix en fut^ resjouy et joyeux très noble et très révérend père en Dieu mons. le cardinal de Bourbon qui, à l'occasion d'icelle bonne paix, fist faire en son hostel de Bourbon, à Paris, une moult belle moralité, sottie et farce, où moult de gens de la ville alerent pour les veoir jouer, qui moult prisèrent ce qui y fut fait. Et eussent les choses dessusdictes esté plus triumphantes se n'eust esté le temps, qui moult fut plouvieux et mal advenant pour la belle tapisserie et le grant appareil fait en la court dudit hostel ; laquelle court fut toute tendue de la tapisserie de mondit seigneur le cardinal, dont il en avoit grande quantité et de belle 3.
1. Voy. Compte de Denis Hesselin, receveur de la ville de Paris, pour l'année lk83 (Bibl. nat., ms. fr. Nouv. acq. 3243, fol. 16).