‹ JournalChapitre 86 sur 178 · De Chalencon · texte numérisé non relu

De Chalencon

3. Charles de Melun était fort endetté, malgré les grands biens qu'il avait reçus du roi et dont il avait largement dépensé pour son service (Dépos. de Jean Richer au procès de Melun. Bibl. nat., ms. fr. 2921, fol. 35 vo et suiv.).

4. On remarquera que le rédacteur du ms. interpolé ne dit pas

LX. — (Clair. 481, fol. 174, 1. 12. Cliron. scand., 1. 1, p. 211.) — Pierre d'Oriole, le conte de Dampmartin...

LXI. — (Clair. 481, fol. 175, 1. 1. Chron. scand., 1. 1, p. 212.) — A Noyon. En laditte année mil IIIF LXYIII, oudit moys d'aoust, après toutes les producions faites par les officiers du roy en sa court de Parlement, en matière d'erreur, contre Anthoine de Chabannes, conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France, fut prononcé ung arrest au prouffit dudit grant maistre, en la manière qui s'ensuit : c'est assavoir que, à l'ocasion du recellement de la depposition de Regnauld du Dresnay, chevalier, et autres causes à ce mouvens les seigneurs de ladite court, l'arrest donné l'an mil IIIP LXIII contre ledit de Chabannes, conte de Dampmartin, seroit de nulle vigueur et totallement adnullé, et que la depposition dudit Regnault de Dresnay seroit mys devers la court ; et pour ce faire seroient regardez tous les moyens et diligences que faire se pourroient pour recouvrer laditte depposition et que ad ce faire seroient contraintz tous ceulx qui avoient esté cause de la recelation d'icelle depposicion ; et que, ou cas qu'elle ne pourroit estre recouvrée, seroient depputez par laditte court certains commissaires pour aller pardevers ledit raessire Regnault de Dresnay, pour refaire laditte depposition, affin que ledit de Chabannes s'en peust ayder à sa justification*.

un mot de l'intervention très active du comte de Dammartin, qui travailla, au moins autant que Balue, à la perte de l'infortuné Melun.

1. L'arrêt de la cour en faveur d'Antoine de Chabannes porte la date du 13 août 1468 (voy. Hist. de la maison de Chabannes, Preuves, II, 158-168|. La déposition de Regnault du Dresnay, bailli de Sens, recueillie à Asti en Piémont et renvoyée par Louis XI à Charles de Melun, à l'époque du procès dirigé contre le comte de Dammartin en 1463, fut, dit-on, supprimée par Melun parce qu'elle était favorable à l'accusé. Cette déposition avait trait à certaine intrigue ourdie par le dauphin Louis en 1446 pour s'emparer du gouvernement du royaume. Dammartin, après avoir prêté l'oreille aux ouvertures du jeune prince, s'était ravisé el, interrogé par ordre de Charles VII, découvrit au chancelier les détails du complot. Le dauphin le

iU INTERPOLATIONS ET VARIANTES

En ce temps mil IIIP LXVIII, le roy délibéra de aller vers Mons. de Bourgongne, espérant faire ung bon appointement ensemble. Et constitua Anthoine de Chabannes, grant maistre de France, son lieutenant gênerai es marches de Picardie, et luy mist soubz sa charge iiii'^ hommes d'armes etvimilfrans archiers. Et le mena le cardinal Balue devers le duc de Bourgoigne, auquel cardinal le roy avoit plus de fiance que en nul de son sang, et conseilla au roy, contre rayson et équité, qu'il debvroit aller jusques à la cité du Liège avec ledit duc, pour veoir destruire les Liegois : ce qui fut fait. Et devez sçavoir que le voyaige se fist contre le gré et voulenté de Mess""^ les connestable, grant maistre et mareschaulx de France, qui firent leurs devoirs de remonstrer au roy les inconveniens qui en pourroient advenir à luy et à son royaulme. Et non obstant ledit cardinal fist leur oppinions estre nulles. Et congnoissoit le grant maistre les faulseté et mauvaistié du duc de Bourgoigne et les pratiques qui pour lors se mouvoient en France contre le roy, et ne voulut obtempérer à unes lettres que le roy luy rescripvit, dont la teneur s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, vous povez avoir sceu que, depuis aucun temps en ça, certainez parolles ont esté tenues entre mes gens et ceulx du conseil de mon beau frère de Bourgoigne, pour parvenir à appointement des differans qui estoient entre moy et luy. Et tellement a esté procédé que, pour y prendre aucune bonne conclusion, je suis venu jusques en ceste ville de Peronne ; auquel lieu, après plusieurs demandes qui ont esté faictes entre moy et luy, avons tellement besongné que aujourduy, grâces à Nostre Seigneur, moy et mondit frère avons, es mains du cardinal d'Angiers, presans tous les seigneurs du sang, prelatz et autres grans

soupçonna d'avoir, motu proprio, tout révélé au roi et à Regnault du Dresnay, qui était hostile à la conjuration. Il lui en voulut mortellement et, arrivé au trône, n'hésita pas à se venger (voy. la déposition d'Ant. de Chabannes dans les Pièces justif. du Jouvencel, t. II, p. 323 et suiv., n° XVII).

et notables personnaiges en grant nombre, tant de ma compaignie que de la sienne, juré paix finable sollempnellement sur la vraye croix et promis ayder, deffendre et secourir l'un l'autre à jamais. Et avec ce avons juré, es mains et sur la croix dessusdicte, le traicté d'Arras, Sur les censures et contrainctes en icelluy contenues et autres qui cordiablement ont esté advisées pour pardurablement demourer confederez en paix et amytié.

« Incontinant ce fait, mondit frère [de] Bourgoigne a ordonné en rendre grâces et louenges à Dieu par les églises de son pays, et desjà il a fait faire en ceste ville grande sollempnité. Et, pour ce que mondit frère de Bourgoigne a eu nouvelles que les Liegois ont prins mon cousin l'evesque du Liège, lequel il est délibéré de recouvrer par toutes manières à luy possibles, il m'a supplice et requis que, en faveur luy, aussi que ledit evesque est mon prochain parent, lequel je suis en son bon droit tenu de secourir, que mon plaisir fust aller jusques es marches du Liège, qui sont prochaines d'icy ; ce que luy ay ottroyé, et ay mené en ma compaignie partie des gens de mon ordonnance dont Mons. le connestable a la charge, en espérance de brief retourner, moyennant l'aide de Dieu. Et, pour ce que ces choses sont au bien de moy et de tous mes subjetz, je vous escriptz présentement, pour ce que je suis certain que de ce serez bien joyeux et affin que en faciez faire pareilles sollempnités.

« D'autre part, Mons. le grant maistre, ainsi que dernièrement vous ay escript, je vous prie que, le plus diligemment que pourrés, vous faictez départir tout mon arrie[re]-bam, ensemble tous les frans archiers, et que y mettez telle ordre et provision qu'ilz s'en puissent aller au moins des charge et foule du povre peuple que faire se pourra; et leur baillez gens de bien pour la conduicte d'eulx par chacun bailliage et sénéchaussées, et surtout gardés bien qu'ilz ne facent nulles nouvelletés. Et, ce fait, se vous voulez venir à Bohain pour estre plus près de moy, je le vouldroye bien, affin de

ordonner et pourveoir au surplus de ce qui sera à faire, selon que les materez seront disposées.

« Donné à Peronne, le xim® jour d'octobre. Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Meurin. » Et en la suscripcion : « A. nostre chier et amé cousin le conte de Dampmartin. grant maistre de France*. »

Et, par icelluy messager, le roy envoya audit grant maistre ledit traictê d'Arras, lequel traité dès l'an mil IIIP XXXV fut fait entre le roy Charles, d'une part, Henry, roy d'Angleterre, et Phelipe, duc de Bourgoigne, d'autre part 2...

(Fol. 189, 1. 20.) Le roy, encores estant à Namuroudit voyage du Liège, fut contrainct par le duc de Bourgoigne escripre unes lettrez audit grant maistre, lieutenant du roy es marches de Picardie, qu'il rompist son armée ; à quoy il ne voult obtempérer, doublant l'inconvénient qui en povoit advenir. Desquelles lettres, que porta audit grant maistre ung nommé François du Maz, la teneur s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, j'ay receu les lettres que par le sire du Bochage m'avez escriptes. Tenez vous seur que je ne voys en ce voiage de Liège par contraincte nulle, et que je n'alay oncques de si bon cueur en voyage comme je faitz en cestuy c}'. Et, puisque Dieu m'a fait grâce et Nostre Dame que je me suis armé avec Mons. de Bourgoigne, tenez vous seur que jamaiz dez broulleurs de par delà ne le scauroient faire armer contre moy. Mons. le grant maistre, mon amy, vous m'avez bien monstre que m'aymez et m'avez faict le plus ^rant plaisir et service que vous pourries faire, car les

1. Imprimé d'après notre ms. dans les Lettres de Louis XI, t. III, p. 289-291. Cf. ibid., p. 293, note.

2. Il a semblé inutile d'imprimer une fois de plus le texte bien connu du traité d'Arras. Gomme Louis XI et Charles le Hardi en confirmèrent expressément les termes à Péronne, le rédacteur du ms. interpolé a jugé bonde les reproduire tout au long, du fol. 179 au fol. 189 du ms. Clair.

gens de Mons. de Bourgoigne eussent cuidé que je les eusse voulu tromper et ceulx de par delà eussent cuidé que j'eusse esté prisonnier : ainsi par deffiance les ungs des autres que j'estois perdu.

« Mons. le grant maistre, touchant les logis de voz gendarmes, TOUS sçavez que nous devisâmes, vous et moy, touchant le fait d'Armignac, et me semble que devez envoyer voz gens tyrer tout droit en ce pays là, et je vous bailleray trois ou quatre ou cinq capitaines dès que je seray hors d'icy ; et pour ce choisissez lesquelz que vous vouldrés et je les vous envoyeré.

« Mons. le grant maistre, mon amy, je vous prie, venés vous en à Laon et m'attendez là, et m'envoyez ung homme incontinant que vous y serez, et je vous feray scavoir souvent de mes nouvelles. Et tenés vous seur que, si le Liège estoit mis en subjection, que l'andemain je m'en iroye, car Mons. de Bourgoigne est délibéré me presser de m'en partir incontinant qu'il aura fait au Liège, et désire plus mon retour de par delà que je ne faitz. François du Maz vous dira la bonne chiere que nous faisons. Et adieu, Mons. le grant maistre.

« Escript à Namur, le xxn'' jour d'octobre. Ainsi signé : « Loys, » et au dessoubz : « Toustain. » Et à la suscripcion : « A nostre très chier et amé cousin le conte de Dampmartin , grant maistre de France^ »

Lesquelles lettres venez par ledit grand maistre de France et meurement dirigées ^ dist à ung nommé maistre Nicole Boysseau, de la maison du duc de Bourgoigne, qui estoit venu avec ledit du Maz, qu'il s'esbaïssoit comment une mauvaistié si fiere avoit occupé le couraige du duc de Bourgoigne de trayr le roy auquel il estoit tenu tant que plus ne pourroit. Et oultre luj dist que ledit de Bourgoigne fust seur que, si sondit seigneur ne retournoit bientost, que tous ceulx

1. Imprimé d'après notre ms. dans le recueil des Lettres de Louis II, t. m, p. 295-297.

Page 1