Probablement Tristan l'Hermite
3. Nous donnons le texte de cette lettre, qui appartient à l'année 1468, d'après M. Vaesen. Il l'a imprimée sur l'original (Bibl. nat., ms. fr. 2913, fol. 52) au tome III de ses Lettres de Louis XI, p. 223-226. La transcription du ms. Clair. 481 présente quelques variantes sans intérêt.
à Mons. le mareschal Joachin, comme à cause de vostre office vous appartient la principale charge de l'armée qui est avecques ma personne, et que ilz se assemblent avecques vous à Mente ou autre lieu qu'il semblera estre le mieulx, pour adviser entre vous ensemble à laditte conduicte des choses qui seront à faire. Sy vous pry, Mons. le grant maistre, que, en besoingnant avecques eulx leur tenez les meilleurs et honnorables termes que pourrez, en leur gardant l'onneur et preheminance qui leur appartient à cause de leurs offices, qui, comme savez, sont de grant auctorité. Je suis certain que estes bien délibéré de ainsi le faire et aussi par bonne amour et communication tous ensemble m'en pourrez mieulx servir.
« Au regard de Charles de Boesy, je l'ay envoyé quérir pour me servir en ma garde ou lieu de Boysredon.
« Mons. le grant maistre, faictes moy tousjours savoir des nouvellez qui seur viendront. Et adieu.
« Escript à Senlis, le xix'' jour d'aoust. Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Meurin. » Et en la suscripcion : « A nostre chier etaymé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France i. »
LIX. —(Clair. 481, fol. 171, 1. 14. Chron. scand.,i- 1, p. 209.) — Est ans dedens Baieuoc. Le samedy xx^ jour dudit moys d'aoust, oudit an mil IIII'^ LXVIII, messire Charles de Meleun, seigneur de Normenville, qui a voit esté grant maistre d'ostel de France, lequel office il avoit usurpé sur Mons. de Crouy, auquel le roy l'avoit par avant donnée^, et lequel avoit été nouvellement constitué prisonnier par le commandement du roy en son Chasteau Gaillart lés
1. M. Vaesen a publié cette lettre d'après l'original (Bibl. nat., ms. fr. 2913, fol. 1) au tome III des Lettres de Louis XI, p. 265-267. Il n'y a d'autre variante à relever dans le texte fourni par le ms. Clair. 481 que le nom de Bresey substitué à celui de Boisy. Sur Jean de Bosredon, voy. la note du savant éditeur.
2. Antoine de Groy, comte de Porcien, premier chambellan du duc de Bourgogne Philippe le Bon, fut créé grand maître d'hôtel de France par Louis XI à son avènement. Il fut dépouillé de cet office en 1405, à l'époque du Bien Public.
Andely sur Seyne, et baillé en garde entre les mains d'aucuns gens d'armes de l'ordonnance du roy. Et, après son procès fait par messire Tristan l'Ermite, acompaigné d'aucuns seigneurs de la court de Parlement et autres notables gens de conseil à ce commis, par ledit messire Tristan fut condempné à estre décapité comme criminel de lèse majesté, pour aucunes forfaittures , traïsons, violences et autres crimes par luy commis et perpétrez, lesquelz estoient sy grans et abhominables que quasi l'air seroit infect de les proférer, sans en ce comprandre plusieurs efforcemens de femmes et filles qu'U a voit faictz, dont cy dessus est fait mencion^ Et oultre declaira à sa fin qu'il avoit eu quatre mil escus du seigneur de Clarencon^, de quoy il sentoit sa conscience chargée, à cause que ledit de Meleun luy avoit fait avoir plusieurs faveurs et lettrez du roy pour avoir la viconté de Pollignac, laquelle pour lors il plaidoit.
Et ne fut ledit de Meleun plainct du roy ne d'autres grans personnaiges du royaulme, pour ce que on le congnoissoit fort inutile en ce monde et duquel la garde ne valoit riens^. Et avoit le cueur ouvert à tous vices et clos à toutes vertus, et disoient aucuns que c'estoit pain beneist de l'avoir effacé de la terre des vivans.
Et telle a esté son yssue de ce monde au marché d'Andeli, où il fut décapité par la main du bourreau, sans que nulles larmes de la grant multitude du peuple qui là estoit présent luy fussent donnéez. Et fut le pourchas de son exécution totalement faict par le cardinal Balue, qui lors gouvernoit^.
1. Au ms. (fol. 172) est une miniature représentant le jugement et l'exécution de Charles de Melun. L'arrêt est prononcé par le roi lui-mêyne, assis en une chaire drapée d'une étoffe fleurdelysèe. A ses côtés se tiennent le cardinal Balue et d'autres seigneurs.