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De vous nouvellez, dans le ms. Clairambault

2. Sur Aubert le Groing, chevalier, seigneur de Villebousche, etc., conseiller et chambellan du roi, voy. la notice de M. Vaesen, Lettres de Louis XI, t. IV, p. 290.

En cedit temps, le roy, estant à Compiengne, escripvit unes lettres missives au grant maistre estant à Amyens, dont la teneur s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, j'ay receu voz lettres et vous mercye tant que je puis de ce que avez fait, et ay entencion de le vous desservir et de corps et de biens, et Dieu me doint la grâce et Nostre Dame de le povoir desservir.

« Au regard de ce que avez promis à ceulx de la ville, j'en ay commandé la ratiffication, affin que tout ce que leur avez accordé leur soit entretenu selon les lettres que leur en avés faictez.

« Mons. le grant maistre, j'ay chargé à Pierre Cleret vous parler de toutes choses plus au long. Et, pour ce, je vous prie que le créez de ce qu'il vous dira de par moy. Escript à Compiengne, le vi^ jour de février [1471]. Ainsi signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Tilhart. » Et au dos desdittes lettres : « A nostre cher et amé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France i. »

Audit temps, le duc de Eourgoigne envoya son herault d'armes, nommé Flandres, par devers les manans et habitans de la ville d' Amyens pour le(s) réduire à luy et son obeyssance, et leur envoya les lettres dont la teneur s'ensuit :

« De par le duc de Bourgoigne, de Brabant, de Lambourg et de Lucembourg, conte de Flandres, d'Arthois, de Bourgoigne, de Haynault, de Hollande, de Zelande et de Namur, à nos subjectz les manans et habitans de nostre ville d' Amyens. Combien que nous soyons esté bien advertis comment, en contrevenant aux seremens et promesses que faittes nous avez et à vostre loyaulté envers nous, vous avez dechassé et débouté nostre bailly et autres noz officiers de nostreditte ville d' Amyens et y avés mis et bouté noz enne-

1. Cette lettre est imprimée dans le recueil des Lettres de Louis XI, t. IV, p. 196, d'après l'original à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 17.

mys, en vous soubstraiant de nostre obeyssance, et que eussions bien intencion et moyennant l'aide de Dieu povoir et puissance d'y pourveoir et remédier ainsi qu'il appartient ; neantmoins, pour ce que l'en vous a rapporté que vous avés ce fait par faulces et malvaises inductions et séductions d'aucuns, et dont depuis congnoissans la faulte par vous faicte avez esté et estes desplaisans, nous, avans pitié et compassion du pouvre peuple de nostreditte ville et desirans eschever tant que possible est tous inconveniens, avons voulu différer de plus avant y procéder jusques à ce que aurons fait parler à vous aucuns noz conseilliers et serviteurs ou cas qu'ils pourront aller seurement en nostreditte ville et que par vous ne par autres en icelle nostre ville dommage ne desplaisir ne leur sera fait.

« Et, pour ce, nous envoyons présentement en nostreditte ville d'Amyens devers vous nostre aimé et féal roy d'armes Flandres avec ces présentes, affin que luy dittez et declairez se nosditz conseilliers pourront aller, entrer, séjourner et retourner seurement en nostreditte ville, et que sur ce luy baillez ou faictes baillier seurté souffisant par ceulx qu'il vous nommera ou sur tout luy faittes telle responce que bon vous semblera.

« Donné en nostre ville d' Arras, soubz nostre seel de secret en l'absence du grant, le ix" jour de février, l'an de grâce mil IIIF LXX. Signé : par Mons. le duc, « Ruter. » Et seellé en cire rouge en placart. »

. Nonobstant lesquelles lettres ainsi envoyées par ledit duc de Bourgoigne, lesditz manans et habitants de la ville d'Amyens demourerent bons et loyaulx au roy.

Et, en cedit temps, le xyt jour de février mil IIIP LXX, de la partie du roy fut envoyé au grant maistre de France, estant en la viUe d'Amyens, une instruction telle qui s'ensuit • :

1. Cette instruction est imprimée aux Preuves de l'hist. de la maison de Chabannes, II, 282. L'original est au ms. fr. de la Bibl. nat. 2898, fol. 15.

« Instruction à Mons. le grant maistre, et cetera. Premier, se le duc de Bourguoigne alloit droit à Amyens, que Mons. le grant maistre garde bien la ville et qu'il se garde bien de combatre tant que le roy soit joinct avec luy, et il ne mettra gueres à y estre, et qu'il face faire tousjours sur les fourrageurs dudit duc de Bourgoigne du mieulx qu'il pourra et sur leurs gardes.

« S'il passe deçà la Somme pour venir à Mondidier ou à Roye, Mons. le grant maistre pourroit lesser tout l'arriereban qui ne seroit pas bien en abillement pour la guerre, et les frans archiers, pour garder Amyens, et s'en venir avec les gens de l'ordonnance et aucuns de l'arriere-ban , s'il en veoit qu'ilz fussent pour amener, se joindre avec le roy. Et, s'il savoit quelque logis de chevaulx à l'escart, qu'il donnast dessus et aussi sur les fourrageurs dudit Bourguignon, et qu'il leur face du pis qu'il pourra.

« S'il venoit au mont Saint-Quentin , il pourroit aller remparer Rue et la ville du Crotoy^ et avec l'artillerie qu'ilz ont prandroit le chasteau, qui ne dureroit plus hault de VII ou de huyt jours, et peut estre pourroient prandre Saint-Requier ou Montereul sur la mer-, et, ce fait, lesser les gens de l'arriere-ban et frans archiers à Rue, au Crotoy et à Montereul s'ilz le prenoient, et n'en lesser nulz à Saint- Requier, mais en abbatre la fortification et s'en revenir avec les V cens lances de l'ordonnance à Amyens et à Picquegny, pour garder le pays d'illec environ, en tenant bon ordre et tel que les vivres ne leur faillent. Et par ce moyen lesdittez gens de l'arriereban et frans archiers vivroient hors des pays obeyssans au roy. Fait à Noyon, le xvi^ jour de février, l'an mil IIIP soixante-dix. Signé : « Loys. »

En icelluy temps que le conte de Dampmartin estoit dedans laditte ville d' Amyens, le duc de Bourgoigne, voyant la

1. Rue, auj. dép. de la Somme, arr. d'Abbeville; le Crotoy, même dép., cant. de Rue, sur la baie de Somme.

2. Saint-Riquier, auj. dép. de la Somme, arr. d'Abbeville; Montreuil-sur-Mer, auj. chef-lieu d'arr. du dép. du Pas-de-Calais.

perte qu'il avoit faitte, qui n'estoit pas petite, pour ce que depuis il ne fist chose digne de mémoire qui fust à sa louenge contre le roy, tantost après, à toute bonne et grosse armée de Bourguignons, se partit, très bien garni de bonnes fleustes d'artillerie, pour soy aller parquer devant Amyens, en espérance de faire son effort de la recouvrer. Et, en y allant, passa par Piquegni, où il prinst le bourg et le chasteau, dedans lequel estoient aucunes gens de guerre, tant de la compagnie du grant maistre que d'autres, avec certain nombre de fransarchiers, dont aucuns leur donnèrent blasme de ce qu'ilz avoient laissé prandre ledit chasteau par leur faulte.

Et advint que, pendant que le duc tenoit son parc devant Amyens, il y fut fait plusieurs grosses courses et escarmouches, tant d'un côté que d'aultre; et entre les autres y en fut faitte une par aucun des cappitaines estans en laditte ville, qui estoient ou nombre de quatre cens lances, cuidans destrousser les vivandiers et quelque grant nombre de hommes d'armes qui estoient au duc et qui avoient la charge de garder et conduire lesdits vivandiers, là où ilz fallirent à leur emprinse pour ce que les vivres arrivèrent plus tost au parc du duc qu'ilz les peussent rencontrer. Et, voyant qu'ilz avoient failly à leur entreprinse, repeurent en ung villaige.

Et devez scavoir que le seigneur d'Esquerdes, qui estoit au duc, avoit des gens sur les champs qui luy allèrent dire ,1a couvyne des François. Le duc de Bourgoigne, qui estoit garny de plus grant vertu que de sens, et par l'oppinion du seigneur d'Esquerdes, fit sonner sa trompette, laquelle avoit de coustume ne oser sonner sans le commandement de son maistre. Et, après que laditte trompette avoit sonné, toutes les autres de l'ost sonnoient, autrement nom. Sy advint que le duc marcha acompaigné de huyt ou dix mil hommes devant la ville d' Amyens. Et, entre ces entrefaites, estoit sorty hors de laditte ville le conte de Dampmartin pour savoir nouvelles des cappitaines qui estoient sortis dehors

par son commandement. Et estoit ledit grant maistre vestu d'une robe de veloux noir, n'ayant sur soy que une longue dague que voulentiers il portoit pour toute défense. Et estoit en sa compaignie ung nommé Gravieres, bon et hardi homme d'armes qui estoit à l'admirai bastard de Bourbon, à l'occasion que la compaignie dudit admirai estoit soubz la charge dudit grant maistre, et aussi celle de monseigneur de Bueil et de plusieurs autres grans cappitaines, gens de bien et de bonne et grande renommée. Et aussi avoit avec luy ledit grant maistre ung homme d'armes nommé Grauzay, de la compaignie de monseigneur de Pointhievre, Regnault du Chesnoy, son maistre d'ostel, qui depuis le fut du roy pour ce qu'il s'estoit trouvé en ceste compaignye, et aussi fut depuis cappitaine de Sausses et de Locade*, et ung nommé Jehan deHarmes, natif de Beauvoisin, bon et hardi homme d'armes.

Et, pour advertir de cest afaire tous ceulx qui prennent plaisir à lire et escouter les faitz de la guerre, moy, croniqueur, ay oy dire et raconter à ceulx que j'ay cy dessus nommés, lesquelz en ma présence en furent interrogés devant le roy et monseigneur de Nerbonne, filz du conte de Fouez ; et aussi le sçay de vérité pour ce qu'ilz ne s'en parjurèrent point, car le roy m' avoit envoyé expressément à Amyens pour veoir comment il y estoit servy ^ Et furent leur deppositions telles : c'est assavoir que quarante hommes d'armes qui estoient au roy soubz la charge des cappitaines et qui avoient repeu audit village et s'en retournoient audit Amyens, pour ce que leur entreprinse avoit esté rompue, furent chassés cul par dessus teste par les coureurs et quelque nombre de gens de l'avant garde du duc, qui s'estoient partiz de leur enseigne. Et advint en cest endroit que Jehan de Harmes, qui estoit monté sur ung bon cheval d'Espaigne, qui avoit esté envoyé

1. Salses, auj. dép. des Pyrénées-Orientales, arr. de Perpignan; Leucate, auj. dép. de l'Aude, arr. de Narbonne.

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