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I ensemble de vie actuelle pt j'ai vu venir à la place icorruptibles du monde in- Je presse avec amour dans ittentivement ces nouvelles tes traits chéris. J'invoque plus que je pourrai de ces [uels la douleur s'empresse » son espérance. Cependant terrible ne s'affaiblit pas ; >tirer dans ses ombres pour te marque au dehors, la néâme. Alors si mes yeux répolyte : Tune pleures donc ne plus des bons jours d'il
rêverions-nous? Quelles se* la pourraient attirer et rete-
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Le 9. — Le plus, je suis scène charmât dont les conti mémoire, car traits les plus un peu et les devant mes comme la m< frappé ses lèv;
habitudes terrestres, envi rie, et je vois Marie avec . velés dans le ciel. Hais sou de ces doux fantômes, la tée, renaît; elle se précip ;plus calmantes visions. — 1 pensée, me dis-je; elle :
qu'aux rêves de mon fin cilement à la tristesse pc idée. Quelquefois j'y éche pèlerinage des souvenirs, cieux de mon imaginatio aimés. Comme Paul erran conduit par un attrait iné frage. — 11 y a quelques .
une bibliothèque où j'étai faisions des lectures dans t longées. Je l'ai ouvert... Ce est élevé, et la vivacité de dans ces lignes comme da bien j'ai versé de larme?
ville si gai, si charmant ) Revenez, tous, souvenirs, t.
ombres de ce qui s'est ( Ame, comme, à la tombée seaux et les abeilles qui ; campagne revolent vers leu sent. Revenez tous, la nui donne le change aux regre
^B MAURICE DE GUBRIN. Ut
consolatiop V%'ose s'approcher. Je les entoure de cette nrolitodâe murmurante de souvenirs. Ils écoutent leurs voix mêlées et considèrent leurs traits marqués de mille nuances ; le cours précipité des pensées douloureuses se ralentit par degrés et s'adoucit, pour un temps, jusqu'à marcher comme un fleuve traînant et mélancolique.
Le 24 mars. — Autrefois mes douleurs étaient comme trempées; elles sont devenues arides. Les amertumes contenaient quelques gouttes d'un baume en solution dans leurs flots; aujourd'hui la liqueur toute pure ne dépose plus rien de doux à goûter secrètement et longuement.
J'imaginais les lueurs molles et tendres des crépuscules comme des particules douces et bienfaisantes déposées par le fleuve brûlant de lumière qui venait de traverser le ciel. Et je considérais avec un charme profond le ciel se pénétrant avec une mélancolique volupté de ce limon aérien qui le calmait. Je suivais au couchant ce qui se passait en moi dans la même heure, et le soir et moi nous nous assoupissions dans le même apaisement de douleur.
Douceur calmante de ces lents spectacles, conformités de mon âme avec l'esprit des scènes naturelles, qu'êtes-vous devenues? Je suis seul. Je ne ressens, je n'éprouve plus rien que ma vie. L'aigreur d'une existence profondément altérée par mille poisons intérieurs : telle est l'unique saveur de mes jours.
Le 27. — Je sais bien qu'avec de Irrésolution et de l'effort je parviendrais à former mon intelligence à la logique austère, à un certain maniement régulier de mes facultés, à l'entretien suivi des vérités utiles. Mais j'ai reçu si peu de puissance de déduction, si peu de méthode et de circonspection logique, que ce ne serait jamais qu'un travail faible et malade.
Le calme dans les pensées marque la force de l'intelligence. Or, tous mes essais ne sont que créations sans suite, convulsives, s' interrompant brusquement à toute minute, comme le discours d'un insensé. Je m'échappe à moi-même; un trouble funeste bouleverse ma tête; la vivacité de certaines idées l'enivre, elle bat la campagne à travers je ne sais quelles imaginations. Mais que sert de se plaindre? Si j'étais laboureur, peut-être accuserais-je la faiblesse de mes bras et le prompt épuisement de mon haleine. Je n'ai de ma vie remué une glèbe, et je suis tranquille de ce côté. Si, bornant le travail de mon intelligence à ce qu'exige ma condition, je n'eusse pas mis sa force à des épreuves entières, je serais tranquille aussi de ce côté. Mais c'est fait; s'en consoler est le plus court. Pourquoi pas aussi remonter le courant de l'habitude et rentrer ainsi dans le calme primitif? Que je ferme pour jamais l'ouverture follement pratiquée aux flots secrets contenus dans mon âme] Qu'ils y dorment! Ces flots, ce sont quelques gouttes; je n'aurai pas, sans doute, à redouter leurs tempêtes.
Si j'ai encore quelques pas à faire ici-bas, je vou-
drais que ce fût avec calme. Je ne sais d'où je suis ûi où je vais. Il faut du moins marcher tranquillement dans la paix d'une ignorance qui ne tardera pas à être éclairée. La vraie sagesse, c'est la patience pour qui ne dure pas.
Il y a plus de force et de beauté dans le secret bien gardé de soi et de ses pensées, que dans le déploiement d'un ciel entier qu'on aurait en soi. Ainsi faisait Marie : les richesses et la douceur de son âme ne se révélaient pas autrement que par le charme de sa parole et l'enchantement paisible que son existence répandait tout autour d'elle. Ce n'est pas du découragement que je fais là. Bien que je sois encore sujet à certains retours de cette vieille infirmité, je l'ai réduite assez pour qu'elle n'empêche plus la marche positive de ma vie. La nature de mon intelligence avide et inquiète, et nullement douée pour les opérations fortes et sévères du raisonnement, m'interdit tout espoir de progrès convenable dans la philosophie de ce monde. Or, cet ordre de recherches ôté, je ne vois rien qui vaille un effort de la pensée. Conséquemment , quand j'aurai acquis assez de science vulgaire pour en distribuer, ma vie durant, aux petits garçons, je devrai me contenter. Je tiendrai ma part de savoir. C'est une ambition fort resserrée et petite. Mais pour un homme comme moi qui n'ai pas dans le cœur assez d'énergie pour produire un simple feu follet de passion , et qui, dans l'intelligence, en ai juste assez pour être tourmenté
stérilement, le peu n'est-il pas le mieux? Le peu qu'il faut pour tirer d'affaire sa vie matérielle, et, du reste, se mettre à traverser les hommes et les choses lentement, paisiblement, avec la conscience d'une profonde ignorance de l'impénétrabilité du destin qui nous pousse, avec un peu de rêverie, si Ton veut.
Le 3 avril. — L'étendue morale qu'embrasse ma vie est comme une solitude couverte d'un ciel pâle, immobile, sans saisons. La température y est assez animée pour avoir excité une certaine fermentation dans la fécondité du sol; mais, comme elle garde éternellement le même degré, la sève intérieure, soulevée et échauffée jusqu'au point correspondant, ne peut monter au delà, et se trouve condamnée à fermenter d'une manière égale, sans repos et stérilement, comme l'eau qui frémit sans s'interrompre, sans hausser ni baisser son murmure, à la chaleur constante d'un petit feu. Il en résulte pour moi une souffrance continue, subtile et opiniâtre. Avide, inquiet, entrevoyant, mon esprit est atteint de tous les maux qu'engendrerait sûrement une puberté qui ne S'achèverait pas. Je vieillis et je m'épuise dans des emportements d'esprit si médiocres, dans des passions d'intelligence si chétives, tout ce qui se meut en moi avance si peu, et ce qui ne peut remuer découvre de si loin, qu'il vaudrait cent fois mieux avoir reçu un esprit aveugle et paralytique. Le mal-être, d'abord assez resserré, a gagné rapidement. Gomme une ma-
ladie qui se répand dans le sang, il se montre partout aujourd'hui, et sous les développements les plus étranges. Ma tête se dessèche. Gomme un arbre qui se couronne, je sens, lorsque le vent souffle, qu'il passe dans mon faite à travers bien des branches dépéries. Le travail m'est insupportable ou plutôt impossible. L'application n'engendre pas en moi le sommeil, mais un dégoût âpre et nerveux qui m'emporte je ne sais où, dans les rues et sur les places publiques. Le printemps, dont les bontés venaient tous les ans me charmer dans mes réduits avec précaution et secrètement, m'écrase, cette année, sous une masse de chaleur subite. La vie ne descend pas du ciel dans la fraîcheur des nuits, ni répartie dans les gouttes des ondées, ni fondue et dissoute dans l'étendue entière de l'air; elle tombe d'en haut comme un poids.
Je voudrais qu'un événement m'ôtât de la position que j'ai. Si j'étais libre, je m'embarquerais pour quelque pays où je dusse me faire des habitudes nouvelles.
Le 8. — Ma tête est sèche. J'y souffre une douleur moitié morale, moitié physique. J'y sens à de certains jours comme un peloton de nerfs qui s'y forme par des contractions sourdes et tyranniques. L'excès du froid ou de la chaleur, l'ennui, certains mouvements de tête, des irritations internes contri buent à cela. Je n'imagine plus rien alors. Uns
étrange stupeur me saisit, je demeure immobile, ne sentant rien que la fixité lourde, accablante de la vie, qui paraît s'arrêter dans un état de mal-être incompréhensible, et le battement d'une artère qui s'agite en cet endroit de la tête.
Le 30. — Quand la souffrance s'est éloignée et que la vie vous reste pâle, affaiblie, mais confiante et goûtant une volupté calme aux derniers ressentiments du mal qui s'éteignent, l'âme la plus contenue a du penchant aux discours prolongés, un peu incertains, mélangés de souvenirs douloureux et de mille projets qui sourient. Les premières lueurs de bienêtre qui rentrent dans l'existence y pénètrent chargées de rêves languissants et d'images douces et confuses, comme d'autant d'atomes qui nagent dans leur sein. Cet état est plus cher à l'âme que la santé. C'est dans ces moments que de divers côtés dé mon être, comme d'une campagne calme sous un ciel grisâtre et sans mouvement de nuages, s'élèvent des rumeurs modérées, marques d'une vie qui revient de loin. Ces rumeurs sont produites par mes pensées qui, sortant de leur engourdissement douloureux, font une légère agitation de joie timide et commencent des entretiens pleins de souvenirs ou d'espoirs. D'autres fois, plus lentes à se réveiller, je n'entends au dedans de moi, durant ces heures de calme, que des froissements légers et rares, comme dans un bois où des oiseaux dorment sur les hautes branches.
Aujourd'hui, délivrées de leur appesantissement, elles parlent avec suite et tranquillité des douleurs essuyées. Elles attendent la vie, l'avenir, l'arrivée des mystères successifs de l'existence, en se fortifiant Tune l'autre par l'éloquence des exhortations intimes, ou se taisant par intervalles pour écouter les bouillonnements du torrent secret de philosophie qui coule sous quelques existences, comme ces torrents qui traversaient les cloîtres.
La plupart des facultés qui constituent la puissance de l'esprit manquent en moi ou n'y sont qu'indiquées, comme le sont aux arbres, par des boutons morts ou stériles, les branches qui devaient naître. Ranger, comparer, déduire, sont pour moi des opérations si considérables et qui consument si vite les forces de mon intelligence que, si toute action forte de l'esprit ne m'est pas interdite, le pouvoir qui m'en est laissé est, peu s'en faut, inutile. Quand je veux suspendre une vérité à une autre vérité, je suis semblable à un homme qui, de son bras demiparalysé, s'efforce d'arrêter l'un à l'autre deux objets : ce bras s'élève à grand' peine , hésite, grelotte et manque toujours son coup. Nombre de causes, dans ma nature intérieure et extérieure, m'ont de bonne heure incliné sur moi-même. Mon âme fut mon premier horizon. Voilà bien longtemps que j'y contemple. Je regarde monter du fond de mon être des vapeurs qui s'en élèvent, comme d'une vallée profonde, et qui ne contractent de forme qu'au souffle
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du hasard ; fantômes indescriptibles qui font leur ascension lentement et sans interruption. La fascination puissante qu'exerce sur l'âme, comme sur les organes, le passage monotone et continu de quelque chose errante que ce soit, me possède et ne laisse pas mes yeux se détourner un moment de leur spectacle. Je me procure la vie à l'aide du peu de latin que le collège a mis dans ma tète et qui n'y a pas péri, je ne sais comment. La longueur des courses, la diversité des tâches me prennent la meilleure partie des journées. Je souffre de grands dommages dans les soins matériels; mon fleuve se perd dans les sables. Je n'ai presque pas de réserves dans cette immense usurpation de la subsistance journalière sur le temps de la pensée, et je prévois que dans ma vie il me faudra toujours jeter de cette divine proie à la cruelle nécessité. Je me dis bien que le moment viendra où nous commencerons à penser éternellement dans un calme assuré; mais d'ici là, peiner, se consumer en soins au profit d'une dépouille future, ôter beaucoup à l'esprit pour en acheter une place parmi des hommes, hélas! bien ménagés si je les dis mes étrangers, d'une certaine activité insupportable et d'un niveau ésolant : tout cela, c'est une bien grande agonie de 'âme et qui renverse étrangement le sens de ce mot de vie.
Le 7 mai. — Vous souffrez aujourd'hui de la poésie sans issue qui remplit votre être. Cette douleur
est terrible, mais si belle ! Consolez-vous dans la noble et rare nature de vos tourments : il y a tant d'hommes qui souffrent autant que vous pour des misères ! Vous avez un privilège dans la douleur ; que voulez-vous de plus ici-bas ?
Ce que tout homme d'une certaine nature plutôt
écartée que supérieure garde avec, le plus de vigi-
[ lance, c'est le secret de son âme et des habitudes in-
' times de ses pensées. J'aime ce dieu Harpocrate, son
index sur sa bouche.
Le 14. — Qui peut se dire dans un asile s'il n'est sur quelque hauteur et la plus absolue qu'il ait pu gravir? Je regarde depuis quelque temps vers ces temples de la sagesse sereine que la philosophie antique a dressés sur des cimes fort élevées et qu'un petit nombre surmontèrent. Si j'emportais ces hauteurs! Quand serai-je dans le calme? Autrefois, les dieux, voulant récompenser la vertu de quelques mortels, firent monter autour d'eux une nature végétale qui absorbait dans son étreinte, à mesure qu'elle s'élevait, leur corps vieilli, et substituait à leur vie, tout usée par l'âge extrême, la vie forte et muette qui règne sous l'écorce des chênes. Ces mortels, devenus immobiles, ne s'agitaient plus que dans l'extrémité de leurs branchages émus par les vents. N'est-ce pas le sage et son calme? Ne se revêt-il pas longuement de cette métamorphose du peu d'hommes qui furent aimés des dieux? S'entretenir d'une sève
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choisie par soi dans les éléments, s'envelopper, paraître aux hommes puissant par les racines et d'une grave indifférence comme certains grands pieds d'arbres qu'on admire dans les forêts, ne rendre à l'aventure que des sons vagues mais profonds, tels que ceux de quelques cimes touffues qui imitent les murmures de la mer, c'est un état de vie qui me semble digne d'efforts et bien propre pour être opposé aux hommes et à la fortune du jour.
Le h juin. — Pourquoi suis-je à tel point attristé par la vue des productions médiocres? Il ne m' arrive jamais d'ouvrir un livre de la famille de celui que nous avons parcouru hier, sans m'en ôter l'esprit souffrant et l'imagination abattue. Est-ce pitié douloureuse pour ce spectacle, l'un des plus tristes que je sache, de la vanité impuissante? ou bien est-ce conscience et retour sur moi-même? Quoi qu'il en soit, qu'importe? La beauté de l'homme n'est pas là. Il y aurait grande médiocrité d'âme à ne pouvoir supporter celle de son esprit. Je comprends tout cela et je languis dans les faiblesses. Mon Dieu, quelles éducations morales donne-t-on aujourd'hui? J'ai vingt-cinq ans, dont dix passés dans les écoles, et je n'ai pas encore ouvert les rudiments de la force intérieure et de la conduite du sens moral! Jamais un mot ne m'a été communiqué des grandeurs de l'âme. Ce n'est que d'hier que, vieil enfant, je commence d'entrevoir l'homme, mais à une forte distance et
DE MAURICE DB GUÉRIN. ;ï3
sur ces hauteurs sereines qui ne se gagnent guère d'un pied déjà infirme. D'une faiblesse invétérée et tout perclus d'habitudes funestes, je me traîne et fais une marche souffrante. Mais je comprends, mais je vois, et si de mes jours je n'atteins la beauté morale, je mourrai du moins les yeux attachés sur elle. Il y a cependant en moi un signe bien fâcheux : c'est que le lendemain je ne me trouve guère au-dessus des actions de la veille, et que mon âme me semble rester au niveau des mêmes actes, d'actes déjà bien reculés dans les jours. Mon esprit, au contraire, voit vieillir vite tout ce qu'il fait. Quel bonheur de dominer son passé, et qu'il y a de joie à pouvoir se dédaigner soi-même de jour en jour dans ses actions! — Quelle destinée si je demeurais coéternel avec moi-même dans l'état moral que j'occupe en ce moment I
Le 5. — Mon Dieu, que je souffre de la vie! non dans ses accidents, un peu de philosophie y suffit ; mais dans elle-même, dans sa substance, à part tout phénomène. J'avance dans l'âge, mon esprit laisse tomber mille dépouilles sur ses chemins, des liens se rompent, des préjugés font leur chute, je commence à montrer ma tête au-dessus des flots; mais l'existence même demeure engagée : toujours le même point douloureux marquant le centre de la circonférence. Y a-t-il une philosophie et des règles qui s'appliquent à ce mal? J'ignore de plus en plus ce fond
de la vie el ce qu'il faut y faire. 0 Portique institué pour combattre la douleur par la force et la constance d'âme, tu n'as su combattre la vie que par la mort, et nous ne sommes pas plus avancés que toi '
Le 12. — Je ne commets pas mes actions mauvaises impétueusement. Il y a au fond de moi je ne sais quelles eaux mortes et mortelles comme cet étang profond où périt Sténio le poète.
Le 22. — Ce qui me fait, dans des moments, désespérer de moi, c'est l'intensité de mes souffrances pour de petits sujets, et l'emploi toujours malentendu et aveugle de mes forces morales. J'use quelquefois à rouler des grains de sable une énergie propre à pousser un rocher jusqu'au sommet des montagnes. Je supporterais mieux des fardeaux énormes que cette poussière légère et presque impalpable qui s'attache à moi. Je péris chaque jour secrètement; ma vie s'échappe par des piqûres invisibles. On mt disait, il n'y a pas longtemps, que le mépris des hommes me conduirait loin; oui, et surtout si l'aigreur s'y mêle. Ce qui m'entoure me fatigue; je ne sais où je voudrais vivre, ni dans quelle profession ; mais je déteste la mienne qui me gâte et me rend misérable. Elle me fait rompre à tout moment avec le peu de philosophie que je gagne dans les heures libres et graves ; elle m'irrite contre les hommes encore enfants. Que je me hais dans ces misères, et
qu'U me prend de violentes envies de sauter sur un rivage libre, en repoussant du pied l'odieuse barque qui me charrie I
Le 11 juillet. — Quel est le vrai Dieu? Le Dieu des cités ou celui des déserts? Auquel aller? Les goûts longtemps nourris, les impulsions du cœur, les accidents de la vie décident le choix. Nous portons en nous-mêmes mille fatalités. Que savons-nous de ce qui nous entraîne et quel est le mieux dans tout cela ? L'homme des cités se rit en lui-même des rêves écartés des solitaires; ceux-ci s'applaudissent de leur séparation et de se trouver, comme les îles du grand Océan, loin des continents et baignés par des flots inconnus. Les plus à plaindre sont ceux qui, jetés entre ces deux contradictions, tendent les bras de part et d'autre.
Le 13 octobre. — J'ai voyagé. Je ne sais quel mouvement de mon destin m'a porté sur les rives d'un fleuve jusqu'à la mer. J'ai vu le long de ce fleuve i des plaines où la nature est puissante et gaie, de royales et antiques demeures marquées de souvenirs lui tiennent leur place dans la triste légende de l'humanité, des cités nombreuses et l'Océan grondant au bout. De là je suis rentré dans l'intérieur des terres, au pays des grands bois où les bruits d'une vaste étendue et continus abondent aussi. J'ai pris des fatigues que je regretterai longtemps et vivement, à tra-
verser les grandes campagnes, à monter d'horizon en horizon, jouissant de l'espace et gagnant plusieurs fois le jour ces impressions qui s'élèvent de tous les points des étendues de pays nouvelles et s'abattent par volées sur le voyageur. Le courant des voyages est bien doux... Ohl qui m'exposera sur ce Nil?.,
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LETTRES
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