II PRÉFACE
La plupart des fragments que je publie étaient possédés par des amis de Guérin, qui gémissaient de les savoir dispersés comme des diamants inconnus , bientôt perduf peut-être. Us me les ont confiés par un choix que j'ai dû reconnaître en travaillant de tout mon pouvoir à leur rendre ces trésors réunis et sauvés pour toujours ; c'étaient des restes inestimables qui m'ont imposé le devoir de leur préparer un reliquaire. Qu'il me soit permis de le iire, j'ai mis dans l'accomplissement de cette tâche sacrée, que je regarde comme ma mission ici-bas, ce qu'il y avait de meilleur en moi : la conscience , le soin scrupuleux, le dévouement, la foi vive et entière au talent consacré par la mort. Il y a quelques années, je suis allé visiter le Val de l'Arguenon, en Bretagne, d'où Maurice a daté ses plus belles inspirations. J'ai voulu voir les lieux où il avait vécu ses jours les plus heureux, la mer qu'il avait chantée , toutes les choses où il avait répandu son âme et où je tenais à mêler un peu de la mienne. Si des circonstances accessoires et personnelles m'ont fait trouver la goutte amère cachée mystérieusement au fond des calices les plus doux, j'en suis deux fois payé paria certitude d'avoir accompli le vœu suprême d'Eugénie, morte avant le jour qu'elle attendait, et par l'orgueil dont je ne puis me défendre en plaçant en tête des Œuvres de Guérin et au-dessous de son nom la signature de l'amitié et du souvenir.