‹ Journal, lettres et poèmes, publiésChapitre 2 sur 62 · G. S. TREBUTIEN · texte numérisé non relu

G. S. TREBUTIEN

Bibliothèque de Caen, 28 novembre 1860.

Post-scriptum [30 novembre 1861]. — L'éditeur de Maurice de Guérin écrivait, il y a juste un an , les lignes

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qui précèdent, \^ court intervalle d'une année a suffi pour donner raison à ses pressentiments et consacrer an succès qui a même dépassé ses espérances.

En tête de colle édition nouvelle, il ne songeait à

mettre que le témoignage de sa gratitude pour les voix amies qui, dans la presse parisienne, ont contribué à

éveiller la curiosité publique et faire connaître de tous un nom que la publication du Centaure et l'article de Mme Sand avaient, il y a vingt ans, rendu cher à quelquesuns. Il lui reste malheureusement un devoir plus délicat à remplir.

La critique, unanime à reconnaître l'originalité du talent de Maurice de Guérin, s'est divisée lorsqu'elle a voulu déterminer les idées philosophiques et religieuses qui avaient été la source de son inspiration poétique. Sur ce point, la lutte, dont il ne nous a pas été permis à nousmême d'effacer entièrement la trace dans ce volume, a été assez vive pour alarmer la conscience délicate d'une sœur tendre et pieuse, gardienne fidèle de la gloire de sa maison, mais plus fermement attachée encore aux croyances qui ont été celles de tous les siens. C'est à M. de Marzan, c'est à nous que, pour prévenir le vœu secret de Mlle Marie de Guérin et dans l'intérêt même de la vérité, un parent qui a été le meilleur ami de Maurice et en quelque sorte son second père, M. A. Raynaud, adresse la prière a d'écarter de cette figure chrétienne tout nuage d'înerédulité et d'irréligion. »

Nous voudrions remplir un vœu , qui est sacré pour nous , sans être accusé de renouveler nous-même une discussion qu'à tout prix nous aurions voulu prévenir et voudrions encore fermer. A l'opinion des écrivains, dont

IV PBÉFACE.

nous respectons d'ailleurs la sincérité et auxquels nous savons gré de leurs sympathies pour une mémoire qu'ils prétendaient honorer à leur manière, nous n'opposerons pas notre opinion personnelle. Il nous suffira d'invoquer deux témoignages qui ont, à nos yeux, dans cette question/une autorité décisive.

L'un est celui de Guérin lui-môme.

Un soir du mois de décembre 1833, il lisait à ses amis du Val de l'Arguenon des passages de son Cahier Vert. Quelques expressions vagues ayant frappé M. de Marzan, il avertit Maurice.

«Voilà, lui dit-il, une idée grande et certainement chrétienne au fond, mais à l'expression de laquelle il se môle pourtant un accent prononcé de naturalisme que l'école panthéiste pourrait peut-être interpréter en sa faveur. »

L'auteur du récit continue ainsi :

a A ma réflexion complètement inattendue, Guérin répondit d'abord par ce sourire involontaire que fait presque toujours naître en nous la pensée subite d'une chose invraisemblable; mais comme il vit que j'insistais, il se justifia sans peine de tout soupçon de panthéisme, et protesta que ce passage signifiait ceci, et rien de plus : que le cœur de l'homme est le point d'union du ciel et de la terre, et comme le rendez-vous de Dieu et de la créature dans l'humanité. »

Et, au surplus, Maurice offrit, s'il se trompait, de se soumettre.

Une voix sortie de la tombe, ou plutôt descendue du ciel, mettra fin à ces débats. Les doutes que le Journal de Maurice de Guérin pourrait laisser, celui de sa sœur

l'UK PAC i

Eugénie les dissiper;! sans peine. On en croira C€ touchant

accord du frère et de la sœur. La vérité est que pendant les trois années qui précédèrent le mariage de Guérin, sa foi fut tiède. On \ peut marquer les progrès de l'in différence. On n'j voit nulle part l'incrédulité, Amanl et poète de la nature, il n'avait jamais cessé d'être chrétien. Le récit do ses derniers instants ne permettra pas de méconnaître de quel côte son cœur cherchait l'espérance, et son esprit la vérité. Sur le seuil de l'immortalité, il n'eut qu'à rentrer en lui-même pour y retrouver, sans combat et avec une joie suprême, une foi qui s'était endormie par intervalles, mais qui ne s'était pas éteinte.

Quelques mots seulement sur cette seconde édition.

Nous avons pu revoir sur les manuscrits originaux la plupart des lettres dont nous n'avions eu d'abord entre les mains que les copies faites par Cbopin , copies précieuses et le plus souvent exactes, mais où nous avons relevé cependant quelques erreurs et des lacunes regrettables.

Le texte a pu ainsi être amélioré en plusieurs endroits. Mais notre plus heureuse fortune a été de joindre aux morceaux que nous avions publiés l'année dernière près de trente lettres nouvelles, et la Bacchante, curieux fragment de cette composition dans le genre du Centaure, et dont l'idée était également venue à Guérin dans une de ces visites que nous faisions quelquefois ensemble au Musée des Antiques.

Ces additions rendent notre recueil complet, à l'exception de quelques poésies dont nous avons dû faire le sacrifice, d'un petit nombre de lettres qui n'étaient pas à

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