I - E T T K B S E T P H A G M E N TS
moi donc le secret que vous possédez si bien de répandre dans une lettre amitié, poésie, éloquence, et ce ilôt de choses charmantes qui couvrent votre papier. Pour ce qui est de l'amitié, je vous en dirais long, bien long, en écoutant cette voix au fond de moi qui me parle toujours de vous; mais encore y a-t-il façon de parler, et quand mon amitié s'entretient avec la vôtre, elle se trouve la langue rude et grossière au regard de sa compagne qui Ta si harmonieuse.
J'ai causé longtemps avec M. l'abbé Houët de vous et de tout ce qui se passe. Je mettrais votre modestie en souffrance si je vous rapportais tout ce que nous avons dit sur le premier sujet; quant au second, nous avons donné cours à nos émotions sur ce qui a été fait par M. Féli, et à nos craintes sur ce que feront ses ennemis. À Saint-Méen, il y a division d'esprits; car, comme vous savez, la congrégation, ce pauvre petit royaume, est divisée contre ellemême. Les hommes d'en arrière blâment beaucoup la conduite de M. Féli avec Mgr de Rennes, et surtout les mots : ce que ma conscience permet, dans la lettre au pape. Les nôtres, qui comprennent bien ces mots; ne les blâment pas ; mais ils craignent qu'ils ne soient blâmés à Rome. M. Jean, que j'ai vu à Dinan, le redoute beaucoup. A propos de Dinan, vous savez que l'évêque de S.-B., en prêchant dans cette ville, a fait une sortie violente et qu'il a promis une circulaire pour faire couple à celle de son frère de R.?
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Mais qu'importe ce qui tombera des chaires ou courra dans les circulaires? Le Seigneur est debout, prêt à plaider sa cause, la cause des nations, et tous le* avocats de ht servitude tomberont en confusion. Je souffre pour tout ce que souffre Al. Féli; mais je n'ai pas la moindre crainte dans l'âme pour Y issue de noire grand procès. Quand même le pape condamnerait, n'y a-t-il pas, comme vous me l'écriviez un jour, mais dans un tout autre sens, n'y a-t-il pas dans le ciel une cour de cassation?
Je ne sais rien de plus que ce que je savais en quittant le Val de l'Àrguenon. Vous savez que nous disons ici tout ce que nous dirions, vous, Hippolyte et moi. Nous avons bon courage; notre Samson a la chevelure longue, et Rome ne l'endormira pas sur ses genoux.
Je suis dans une étrange position, mon cher ami; on ne m'a rien répondu de Juilly; c'est que, sans doute, on aura craint d'introduire un hérétique, un loup dans le bercail. Il faut chercher ailleurs, chercher à Paris, et, en attendant, sortir d'ici; car je n'y puis rester plus longtemps, n'appartenant plus à la congrégation depuis un mois. La douce amitié d'Hippolyte m'a ouvert son sein pour y attendre le résultat de mes démarches; j'y entrerai, et, jusqu'à la réponse de la Foi tune que je fais interroger à Paris, qui est son temple, mon àme endormira ses soucis en se berçant sur vous et sur Hippolyte. — Me permettrez-vous une petite question peut-être indiscrète?
Vous aviez quelque chose dans l'âme quand je vous ai vu, quelque chose là-bas tout au fond; car votre sourire était bien plein d'amitié, comme de coutume, mais il était, passez-moi la comparaison, comme 1* arc-en-ciel qui décrit sa courbe sur un nuage. N'est-ce .pas? — Je partirai pour le Val dans les premiers jours de la semaine prochaine. Votre voyage ne sera pas, j'espère, si long que je ne puisse m' entretenir encore avec vous facie ad faciem. Je ne sais si vous pourrez lire et comprendre tout ce barbouillage. Les phrases courent à la débandade sur mon papier, et, quand on est en souci, la main tremble pour écrire et l'âme balbutie pour parler. Je veux écrire pourtant, d'une façon bien nette et bien appuyée, que je vous aime et vous embrasse de toute la puissance de mes bras et de mon cœur, au risque de vous étouffer avec les uns et de vous surcharger avec l'autre.