M A IRE
Aï VAL SAINT- POT AN.
Ploërmel, ce *2ï) novembre 1833.
Mon cher ami,
Voici l'histoire de mon chemin. J'ai, comme vous savez, couché vendredi à Dinan. J'y ai rencontré M. Jean, à ma grande satisfaction, car j'espérais recueillir de lui de nouveaux détails; mais il ne savait rien de plus que nous. Du reste, je me suis peu entretenu avec lui à cause de ses nombreuses occupa-
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lions. L'évêque de Saint-Brieu* était venu à Dinan peu de jours auparavant, avait fait en chaire une violente sortie contre M. Féli et annoncé une circu laire dans le genre de celle, de l'évêque de Rennes.
Samedi je me suis bravement mis en route à pied pour Saint- Méen, où je suis arrivé sans trop de fatigue et tout chargé de mille rêves que j'avais pris sur les bords de mon chemin. A Saint-Méen, il y a une majorité absurde et une minorité raisonnable: les lettres de M. Féli y sont un signe de contradiction. Dimanche matin, j'ai encore assez compté sur mes pieds pour achever de me rendre ici, et, Dieu aidant, je m'en suis fort bien tiré. J'aime assez cette façon d'aller en piéton solitaire, surtout lorsque l'on vient d'un endroit charmant et que mille souvenirs vous accompagnent en voltigeant et murmurant autour de vous. Ici nous sommes tous unanimes et j'ai embrassé mes amis au milieu d'un concert de félicitations mutuelles sur tout ce qui s'est passé.
Pardon si je vous parle si en abrégé sur toutes ces choses dont vous m'aviez demandé le détail; je voudrais laisser de la place pour d'autres affaires d'un bien moindre intérêt, mais dont ma confiance en votre amitié veut que je vous fasse part. Je comptais trouver en arrivant la lettre attendue de Juilly; je n'ai rien trouvé, et il y a plus d'un mois que j'ai écrit. Cela veut dire qu'il n'y faut plus penser et que sans doute ces messieurs ont cru se compromettre en admettant dans leur maison un élève de M. Féli.
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Que devenir? Voici ce que j'ai pensé. M. Quemper m'a témoigné beaucoup d'amitié, il est très-versé dans le monde, il pourrait me procurer un poste quelconque dans un journal ou ailleurs, qui me permît de tenir la place à Paris jusqu'à meilleure fortune. M. Quemper part, je crois, jeudi; mais, si vous vouliez bien avoir cette bonté, vous pourriez lui écrire à ce sujet un petit mot qui aurait peut-être le temps de lui arriver avant son départ. Voilà ce que j'ai pensé en songeant à votre amitié si abondante et aux avances de cœur si touchantes que m'a faites M. Quemper.
Mais ce n'est pas tout encore, et si votre bon lé n'était pas allée au-devant de ceci, je croirais vraiment dépasser les bornes de la confiance amicale pour tomber dans l'importunité. Je viendrais donc passer au Val le temps qui s'écoulerait jusqu'à la réponse de M. Quemper, et, cette réponse venue, je partirais pour Paris, s'il y avait quelque chose à faire, ou bien j'irais m' ensevelir où je suis né, si décidément la fortune me repoussait. Mais votre voyage à Mordreux et tous vos projets ne seront-ils pas dérangés? Je vous supplie de me le dire sans détour. J'aborde assez franchement votre amitié pour que vous ne vous gêniez pas à cause de moi. Voici en résumé toute ma position : il faut que je sorte d'ici puisque je n'appartiens plus à la congrégation, et je ne puis aller qu'à Paris ou chez moi ; je vais agir à Paris par l'amitié de M. Quemper et de parents que j'y ai, et, puisque vous avez été assez bon
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[)our m'y inviter, j<* viens attendre sous votre toit, la
décision do la fortune. Mais encore imo lois, si je dois
apporter le moindre dérangement dans vos proje no nie le cachez pas. Si tout cela peut aller sans obstacles, je partirais aussitôt votre réponse reçue. Excusez mon griffonnage, j'écris en toute hâte et avec un désordre d'idées inévitable dans une position si étrange.
Veuillez présenter mes hommages à Mme de La Morvonnais et poser un baiser pour moi sur le front de votre petit ange Marie.
Croyez-moi votre ami le plus dévoué.
Je mets sur l'adresse le titre de maire parce qu'ainsi peut-être la lettre arrivera plus promptement.
Si M. Quemper était parti, voudriez-vous bien lui écrire à Paris? Le journal la France catholique m'irait bien, s'il y avait moyen d'y entrer.
A M. F. DU BREIL DE MARZAN
Ploërmel, ce 27 novembre 1833.
J'ai trouvé en passant à Saint-Méen, mon cher François, votre lettre qui m'attendait, et je l'ai saisie avec un doux transport, intacte et vierge. Donnez-