‹ Journal, lettres et poèmes, publiésChapitre 54 sur 62 · NT S · texte numérisé non relu

NT S

El noua voilaient, la nuit, les célestes paupières

D'où découlent, avec d'ineffables mystères,

Ces regards complaisants donl la douce clarté

Fail el fera toujours rêver l'humanité.

Le jour esl pur el gai ; bien que de la froidure

L'haleine ail fail aux champs mourir toute verdure,

Pourtant l'on voit encore au bord de l'horizon

Flotter comme un sourire, el la triste saison

N'a pas tant el si bien affligé nôtre terre,

Qu'il ne lui n >i<i encore, en son âme de mère.

Assez de complaisance el de sérénité

Pour montrer à son front un éclat de gaîté,

Et, malgré les rigueurs que l'hiver nous apprête,

Célébrer une douce el rayonnante fête.

Chaque fois que le ciel nous donne un jour serein.

C'est jour de pure joie et de fête en mon sein :

Car, né sur les coteaux, mon âme s'est liée

D'une douce amitié divinement nouée

Avec les champs, les bois, les ondes, le soleil,

Le ciel soit pâle ou gris, soit riant ou vermeil,

Les divers éléments et toute la nature:

Et de l'intimité de cette amitié pure,

Vient que mon Ame suit les variations

Que les vents incertains impriment aux saisons,

Va qu'autant la nature en fête se déploie.

Autant mon àme chante et rayonne de joie.

C'était donc jour luisant qu'aujourd'hui, deux janvier Le printemps à l'hiver aurait pu l'envier. Aussi dès le matin, le sourire à la bouche. Vous m'avez dit : « Ami. vovez l'hiver farouche:

a Comme il est débonnaire el dô quel doux regard

o Nous caros " ce rude el sé\ ère \ ieillard '

i A régal dos sséplij rs, de légôn s halein

« Bruissenl dans les bois, s'épandenl dans los plain

« Le long des chemins creux el des taillis touffus

« Le merle en se jouanl pousse ■ aigus,

« Et le fin roitelet a chanté dans les haie

u Les bois son! vaporeux, les collines son! gaies.

o Nous irons, mon ami, vers le milieu du jour,

« A pied soc, sur la digue, en suivant le contour

« Do la Rance, trouver los dunes qu'a couvertes

« Le Temps, ce grand semeur, de belles mousses vertes.

« Là, debout, appuyés sur nos bâtons noueux,

« Contemplant l'horizon qui charmera nos yeux,

« Nous rêverons ensemble et sans bruit de paroles,

« Selon notre coutume, afin que les symboles

« De la sainte Nature en nous puissent venir

« En paisible ordonnance et nous entretenir,

« Et ne point s'interrompre, et de leurs poésies

a Faire bruire en nous los fraîches mélodies. »

Midi, donc, nous a mis nos bâtons à la main. Et nous avons marche prenant notre chemin Sur la digue, et traînant nos deux pâles imagos Dans les flots du courant, ainsi que deux nuages. A mesure qu'aux yeux le tour de l'horizon Allait s'agrandissant, la conversation Déployait son essor, nous disions : « La Nature « Nous sourit aujourd'hui comme la vierge pure « Qui, d'un simple rayon de ses yeux noirs et doux « Soulève mille flots de poésie en nous. » Et nous allions notant toutes les ressemblances

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Découvertes par nous entre ces deux puissances, La vierge el la Nature; et, dans mille détours, Qu'en cheminant faisai! notre grave discours, Nos âmes s'égaraieni au gré des rêveries Qui les menaieni si loin en ces routes fleuries Qu'il leur semblait parfois, en un charme éternel, Respirer l'air qui souille aux approches du ciel.

Descendu par degrés de ces choses divines, Notre discours s'emplit des bois et des collines Qui se mirent en Rance, et du beau chêne vert Qui figure si bien sur le vieux mur désert. Baschamp, qui déroulait ses plaines de verdure Qui seront plaines d'or, les belles dentelures Des caps entre lesquels la Rance au flot serein Prenait si bien la fuite et gagnait le lointain; Et les hêtres qui font figure merveilleuse Aux pentes des coteaux ; et la bise rêveuse Qui, dans le premier arbre aux rameaux allonge Siffle un air de tristesse; et les sables longés Par les courlieux; et puis, la traînante parure Que des nuages blancs la troupe vague el pure Promenait dans le ciel ; enfin la volupté Du désert : tout cela, dans nos discours jeté, Charmait, le long des flots, notre errante manie. Aux dunes arrivés, la douce rêverie Nous posa son doigt blanc sur la bouche, et tous deux, Comme deux vieux oiseaux, calmes, silencieux, Nous portions l'œil au loin, et, dans leur sanctuaire. Nos deux âmes après se mirent en prière.

i R i l'j; i: • i: i n; VOMI

Vous Bavez qu'au retour, au pied noir d'un rocher, Sur le sable argenté nous vîmes s'épancher l'nc Bource d'eau vive, el qu'ayaol dans l'arène Planté là mon bâton, une belle fontaine, Avec son doux murmure el son limpide Bot, De ce sable creusé prit naissance aussitôt.

.Mon ami, si demain l'aimable poésie, Mon ange, mon amour, ma plus chère folie, Fait descente en mon sein et, tout en se jouant, Remue un peu le sable avec son doigt charmant, Mon àme répandra, source obscure et plaintive, Son onde abandonnée en votre âme naïve. Vous saurez, mon ami, ce qu'a prié mon cœur, Quelle plainte mon âme a livrée au Seigneur, A l'heure où, nous versant une douceur commune, Les rêves nous tenaient enchantés sur la dune !

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