‹ Journal, lettres et poèmes, publiésChapitre 59 sur 62 · I.KTT R ES EST !•' R \ G IM K N IS · texte numérisé non relu

I.KTT R ES EST !•' R \ G IM K N IS

ment, Les affaires de Duquesnel vont aussi à merveille. Voilà les choses en masse.

Quant à moi, tout va aussi pour le mieux. Je suis installé et affermi dans la France Catholique et la Revue Européenne, J'ai trois articles reçus dans la France. Le premier paraîtra de demain samedi en huit. Il n'a pu paraître plus tôt parce qu'il faut attendre là à tour de rôle. Ce sont des lettres; je ne vous dis pas à qui elles sont adressées ; vous le devinerez aisément quand vous les lirez. 11 y aura aussi un autre article sur un livre intitulé : Promenades dans Rome. Ceux de mes articles qui ne porteront pas ma signature entière seront signés M.. . Dans le numéro de la Revue où se trouvera votre article , il y aura aussi une page de moi sur un livre ayant pour titre : Mon portefeuille. En lisant Hécube au comité , j'ai fait connaissance avec tous ces messieurs. Cette façon d'entrer était plus naturelle que de se faire introduire. Paul me l'avait ménagée exprès. Je vais entamer un grand article pour la Revue. En un mot, je me sens du courage, et je suis plein de confiance en notre avenir.

J'ai vu enfin Boulay-Paty. 11 m'a reçu avec beaucoup cle bonhomie, quoiqu'on le dise un peu Parisien; mais il reste toujours du Breton là-dessous.

Ma sœur envoyait à madame Morvonnais, dans la lettre qui ne m'a pas trouvé au Val, une seconde édition de ses vers, un peu moins griffonnée et avec quelques changements; mais comme ils ne sont pas

importants, je ne vous l'envoie pas. « J'étais sûre, me dit -elle dans une autre lettre, que mes vers étaient bons, touchée, comme je l'étais, de reconnaissance et d'affection. Quand c'est le cœur qu'on écoute, impossible d'être mal inspiré.» J'ai tout lieu d'espérer que je la déterminerai à reprendre la poésie. Toute ma famille va à merveille et me charge de vous exprimer mille sentiments d'amitié.

Adieu, mon excellent et doux ami. Vous savez tout ce qu'il faut dire pour moi à votre céleste compagne et de combien de baisers il faut couvrir le front de votre jeune ange. Mes souvenirs respectueux à tous les vôtres. Je vous lie dans mes deux bras et vous embrasse.

Eh! mon Dieu! étourdi que je suis, je croyais avoir rempli tout mon papier, et je m'aperçois à mon grand bonheur qu'il me reste encore une page. J'avais oublié de vous dire que je n'ai pas encore remis votre lettre à M. Jean, parce que je voulais avant voir Paul, et que je ne l'ai vu qu'hier depuis que j'ai reçu la vôtre. Je la lui porterai ces jours- ci , elle lui fera grand plaisir. Je pénètre insensiblement dans le monde qu'il me faut connaître. J'ai assisté hier au comité de la Bévue; j'y assisterai tous les huit jours, ainsi qu'à celui de la France Catholique. Je me ferai recevoir prochainement chez M. Bailly, où se tiennent des conférences philosophiques et littérairest Lacordaire improvise tous les dimanches.

LB I n; BS B i PRAG M BNTS.

au collège Stanislas, des choses admirables sur tes vérités fondamentales de la foi; c'est une réunion très-brillante qui attire toute la jeunesse pensante et

nombre d'hommes très-distingués , voire même de grandes célébrités. Dimanche dernier, Lamartine s'y trouvait. C'est qu'en vérité c'est quelque chose d'inouï que cette éloquence, cette inspiration. 11 n'est bruit que de cela dans le monde religieux et philosophique. En sortant, on cause pêle-mêle, on aborde des hommes qu'il serait très-difficile de rencontrer ailleurs. Enfin , je commence à m' évertuer, à me dégourdir. Pardonnez-moi, mon cher, de vous parler tant de ma personne. Je voudrais vous montrer que je mets en pratique vos conseils, vos exhortations, et vous consoler des peines que je vous ai données par mes opiniâtres découragements , en vous apprenant que je les ai vaincus, grâce à votre amitié qui me domine comme une puissance douce, la puissance d'une mère à qui l'on doit par amour.

A Mlle EUGÉNIE DE GUÉRIN,

AU CAYLA

Paris, 9 avril 1834.

Eh bien, voyageuse, es-tu de retour au Cayla? Je pense que, les fêtes de Pâques expirées et le prin-

temps renaissant, tu te seras hâtée de regagner la campagne ; car que faire dans une ville comme Alby, quand tout fleurit aux champs? Pour moi qui suis, malgré que j'en aie, décidément citadin, je fais mon printemps en imagination; car ici, sauf une lumière plus vive et quelque verdure aux Tuileries, il n'y a rien du printemps. Mon esprit s'en retourne à La Chênaie, qui est ravissante en cette saison; je suis encore solitaire, ermite, amant de la nature et austère serviteur de Dieu. Ce soir, il sortira de Paris, du côté de l'orient, un homme dont je voudrais suivre tous les pas et qui reprend le chemin du désert que je regrette : M. Féli part aujourd'hui pour La Chênaie. Je l'ai vu hier un moment, car il était tout embarrassé dans les préparatifs du voyage; il paraissait tout joyeux de quitter Paris. Il veut se tenir désormais tout seul à La Chênaie, afin d'achever paisiblement son grand ouvrage, et aussi pour se sauver des Argus et des perfides. Prions Dieu de lui donner un peu de paix sur la fin de ses jours, et qu'il ne le laisse pas mourir dans l'amertume comme il a vécu. Ces dernières épreuves l'ont terriblement atteint ; la fièvre ne l'a pas quitté de trois mois, et l'a réduit à une maigreur extrême. Mais ce n'est pas ce qui l'attriste, lui; il est si impatient de mourir! Si je m'écoutais, je t'en dirais encore bien long sur cet homme, et je ne mettrais que lui en scène dans cette lettre ; mais comme il faut de toute nécessité que je fasse parler mon moi, maigre et petit personnage, je renonce au

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grand homme, pour ne pas le faire rencontrer avec quelque chose d'aussi insignifiant.

Tu sais que j'écris dans la France Catholique. Ce

petit journal n'est pas des plus loris ni des plus

riches, mais pour le moment c'est ce qu'il y a de

mieux pour moi. Mes articles sont payés à raison de six francs la colonne, ce qui me revient à peu près a soixante francs par mois. Je ne puis pas vous envoyer le journal, parce qu'on ne me donne que des épreuves qui ne peuvent passer à la poste parce qu'elles ne sont pas timbrées. Mais puisque M. Limer le reçoit, vous pouvez vous le procurer aisément. Quant à la Revue Européenne, je n'y écris pas encore pour les raisons que voici : 1° il me faut beaucoup de temps et de travail pour faire des articles qui puissent y être reçus, et même est-ce bien chanceux, car, bien qu'elle ne soit pas merveilleuse, je ne suis pas encore à sa portée; or, j'aime mieux travailler pour la France Catholique où j'entre toujours de plain-pied, que de perdre une quinzaine de jours à élaborer pour la Revue Européenne un travail qui n'est pas sûr de réussir; 2° elle ne paraît qu'une fois le mois et n'insère que très-rarement deux articles de suite du même auteur; 3° elle finira bientôt, je le sais, et j'aime mieux m' attacher à un journal qui jouit d'un peu de santé qu'à un moribond. Comme il faut autant que possible multiplier ses ressources, je cherche à donner des répétitions. Je n'en ai pas encore trouvé parce qu'en cette saison de l'année elles sont fort

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rares, mais cela peut venir d'un jour à l'autre. Quant à ma pétition pour entrer dans les bureaux du ministère de l'instruction publique, c'est une affaire de patience. Il faut attendre qu'il y ait une place vacante, et alors, appuyé comme je suis, j'ai tout espoir de réussir. Voilà ma position, ma chère amie, travaillant, cherchant, furetant çà et là, et vivant tout doucement jusqu'à ce que meilleure fortune me vienne. As-tu reçu une lettre de madame de La Morvonnais ? Parle-moi un peu de cela, si tu en es contente, comment tu la trouves, etc. Tai-je dit qu'elle est cousine de M. Féli ? Nous sommes ici trois ou quatre jeunes gens de La Chênaie. C'est un grand bonheur pour nous que de nous retrouver ici après avoir été dispersés; c'est ma plus douce société.

A M. II. DE LA MORVONNAIS

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