‹ Journal, lettres et poèmes, publiésChapitre 58 sur 62 · I. r r r R R S E I" r R A (i M BNTS · texte numérisé non relu

I. r r r R R S E I" r R A (i M BNTS

de tout arranger et disposer pour vous écrire, c'est de ni'incliner sur ce papier qui doit apporter la moitié de mon âme à l'autre rribitié, c'est de m'environner d'une illusion qui me replace au Val, au

coin de votre foyer, le soir, poursuivant mille entretiens, tandis que la fouie brille et que la rafale bat les murs de la maison.

Hier, Paul et moi avons erré tout le long du jour dans la Thébaïde. Oh ! la douce journée que celle d'hier, comme elle a été pleine, comme elle a débordé des plus pures joies! Je l'ai passée presque tout entière avec cet inestimable ami, et vous pouvez juger si la causerie et l'imagination ont été bon train. Je vous rapporterai encore notre conversation parce qu'elle est toute pleine de vous et que Paul, à cause de ses innombrables affaires, m'a prié de nouveau d'être son interprète auprès de vous. 11 lui a été impossible de prendre un moment pour vous écrire comme il le voudrait, c'est-à-dire longuement et avec effusion , parce que tout son temps a été absorbé en allées et venues de comité en comité, de réunion en réunion, au sujet de la Revue Européenne, qu'il est question de refondre et de jeter dans un nouveau plan.

11 y a trois projets : le premier serait une fusion des doctrines de V Avenir avec celles de la Revue actuelle; mais c'est toujours des moyens termes , de l'indécision, des nuances au lieu de couleur, et il ne vaudrait guère la peine de sortir d'un milieu pour

retomber dans un autre : il n'y aurait guère plus de chances de succès. Le second projet consiste en une rénovation complète dans le sens des doctrines de l'Avenir, mais exposées sous la forme d'examen, la discussion ardente et hardie, telle qu'elle était dans ce journal, présentant trop d'inconvénients dans les circonstances actuelles. Enfin un troisième projet, qui est celui de quelques rédacteurs de V Avenir, abattus et découragés, serait, un silence complet et l'abandon total de la Revue. 11 n'y a pas encore de solution définitive, mais il est probable qu'on se résoudra pour l'adoption des doctrines de V Avenir sous forme d'examen. Dans tous les cas, la Revue garderait le statu quo jusqu'au mois de septembre.

En second lieu, Paul s'est donné beaucoup de mouvement pour nous ouvrir des avenues dans la Revue des Deux Mondes et celle de Paris. Les visites, les entrevues, qui prennent un temps immense à Paris, se sont multipliées, si bien qu'il se croit assuré du plus heureux succès de ce côté. Enfin il a du mettre en train ses affaires personnelles, et, voyez quel ami! c'est toujours nous qu'il a en vue, même dans ce qui le regarde individuellement, car il sent qu'il nous est nécessaire, que nous ne ferions guère de progrès ici sans lui, et il veut se mettre dans une position qui, en l'affermissant dans le monde, lui donne plus de puissance pour nous pousser au succès. Ses affaires et les nôtres, tout marche, tout se déblaye, tout semble s'arranger pour combler nos vœux. Mais

c'c,! une chose vraiment inconcevable que l'activité de Paul $ surtout quand ou connaît les difficultés de Paris et ta peine matérielle qu'on a p lur ab irder les gens.

Imaginez que lui el moi n'avons encore vu M. Féli qu'une seule fois. 11 y a huit jours que j'ai enfin réussi à pénétrer auprès de Lui. Il était souffrant et triste. 11 fait foire des réparations à La Chênaie et y retournera probablement vers Pâques. Llie, qui se dévoue au sanscrit, ne le suivra pas immédiatement; il restera encore plusieurs mois à Paris pour suivre les cours. Il me charge de vous exprimer combien il est sensible à vos amitiés et de vous envoyer pour lui mille choses affectueuses.

Paul a lu en petit comité votre lettre philosophique ; voici ce qu'on a jugé. On a trouvé que c'était un programme très-bien fait de hautes et grandes questions qui demanderaient d'être traitées chacune à part et d'une manière complète; car pour les articles de fond on veut toujours dans la Revue une discussion de la question qu'on expose, suivie de conclusions. Si vous traitiez séparément chacune des questions que contient votre travail, on en serait enchanté, et ce serait reçu avec le plus grand plaisir; mais on trouve le mode d'exposition que vous avez suivi trop général et par cela même pas assez instructif. Paul avait aussi parlé de votre travail sur le théâtre grec, et hier il m'a chargé d'aller lire au comité l'article sur Hécube. Oh! que j'ai été heureux, mon cher ami! il

a été reçu avec transport, par acclamation. Tout le monde a applaudi aux réflexions qui coupent la traduction, et la traduction a été trouvée délicieuse. On a dit que vous sentiez l'antiquité comme Chénier et que vous la rendiez avec le même bonheur. Les strophes du chœur final ont enlevé tous les écoutants. Vous serez publié dans le numéro du 15 mars. Tout cela ne m'a point surpris, moi qui connais votre âme et votre délicieux talent; mais n'importe, j'avais le cœur gonflé de joie de vous entendre ainsi exalter par des hommes ordinairement si froids et si incrédules aux talents cachés dans la province comme vous. Je m'en allai donc triomphant pour rejoindre Paul, qui m'attendait au Palais-Royal, et l'inonder de ma joie. Nous avons dîné ensemble, tête à tête, les plus heureux des mortels. Nous avions été bien contrariés de la non-insertion du premier article, mais, réflexion faite, c'est un bonheur. Le second est plus saillant, plus neuf, c'est un meilleur début. Nous avons, durant ce dîner, repassé toutes nos affaires, et, tout bien examiné, il nous a paru évident que nous étions au meilleur chemin possible. Sachons seulement patienter. Patience et activité, et nous arriverons infailliblement. Paul a parlé de vous à tous ses amis : vous pouvez vous considérer comme en pleine relation avec eux. Tout est chauffé. Il n'a reçu qu'hier votre lettre datée du 14 janvier : le portier l'avait égarée. Il va s'occuper incessamment de vos commissions et vous répondra très-prochaine-

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