‹ Journal, lettres, poèmes et fragmentsChapitre 21 sur 43 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

«Oh! qu'ils sont beaux ces bruits de la nature, ces bruits répandus dans les airs, qui se lèvent avec ie soleil et le suivent, qui suivent le soleil comme un grand concert suit un roi.

Ces bruits des eaux, des vents, des bois, des monts et des vallées, les roulements des tonnerres et des globes dans l'espace, bruits magnifiques auxquels se mêlent les fines voix des oiseaux et des milliers d'êtres chantants; à chaque pas, sous chaque feuille, est un petit violon.

«Oh! qu'ils sont beaux ces bruits de la nature, ces bruits répandus dans les airs !

Comme les jours d'été en sont pleins! Quels retentissements lorsque les campagnes éclatent de vie et de joie comme les grandes jeunes filles; lorsque, de tous côtés, s'élèvent rire et chansons, cadence de fléaux sur l'aire, avec accompagnement de cigales, et, le soir, les tintements des cloches, Y Angélus qui annonce Dieu parmi nous!

«Oh! qu'ils sont beaux ces bruits de la nature, ces bruits répandus dans les airs!

Entendez-vous ces battements de feuilles qui s'agitent comme de petits éventails, ces sifflements des roseaux, ces balancements des lianes, escarpolettes des papillons, et ces souffles harmonieux et inexprimables que font sans doute les anges gardiens des champs, ces anges qui ont pour chevelure des rayons de soleil.

<Oh! qu'ils sont beaux ces bruits de la nature, ces bruits répandus dans les airs!

314 Maurice de Guërin.

* Je vais toujours les écoutant. Quand on me voit rêveur, c'est que je pense à ces harmonies. Je tends l'oreille à leurs mille voix, je les suis le long des ruisseaux, j'écoute dans le grand gosier des abîmes, je monte au sommet des arbres, les cimes des peupliers me balancent par-dessus le nid des oiseaux.

cOh! qu'ils sont beaux ces bruits de la nature, ces bruits répandus dans les airs!

Bientôt je ne les entendrai plus! bientôt je n'entendrai que ce je ne sais quoi des villes. O Toulouse! on dit de toi de bien belles choses, mais auras-tu rien qui me plaise comme ce qui me plaît au Cayla?

Oh ! qu'ils sont beaux ces bruits de la nature, ces bruits répandus dans les airs!

« Quand je ne pourrai plus les entendre, ô ma sœur, que ta lyre m'en fasse encore jouir. Oh! viens me les chanter, ces bruits de la nature, viens chanter pour ion frère au collège, comme la calandre de dehors chante à ta calandre en cage.

*Oh' qu'ils sont beaux ces bruits de la nature, ces bruits répandus dans les airs!»

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