‹ Journal militaire de Nicolas Renaud d'Avène des Méloizes, 1756- 1759. --Chapitre 4 sur 4 · Partie de Miramichi le 15 may dans la gouelette La Retraite · texte numérisé non relu

Partie de Miramichi le 15 may dans la gouelette La Retraite

Prise le 29 à l’Isle du Bic.

Qu elle a resté au Bic 8 jours, à l’Isle aux Coudres 3 semaines, et 8 jours en deçà de la traverse.

L’ennemy n’a trouvé sur l’Isle aux Coudres que 5 à 6 chevaux.

Quand Melle de St Vilmé est partie de l’Isle aux coudres, il y avait encore 33 vaisseaux, scavoir 17 gros, 8 batiments prises, 8 de transport.

Elle a oui dire par les officiers de terre et de marine qu’il y avoit en escadre 144 vaisseaux, tant de guerre que de navires, senaux et brigantins de transports. Le surplus n’étant que de petits bateaux et gouëlettes appartenant à des marchands et i^vandiers qui suivent l’armée et chez qui on trouve des vivres, des boissons des étoffés, soulliers et autres marchandises.

Qu’elle a pareillement oui dire par les officiers qu’il y avoit 10 mil hommes de

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descente, toutes troupes réglées, et 500 montagnards, qu’elle a vu les troupes et qu’elles sont belles.

Qu’il y a 8 mil hommes sur l’Isle d’Orléans et 2 mil sur la pointe de Lévy.

Qu’ils doivent établir une batterie à bombe sur la pointe de Lévy, qu’elle a vu débarquer un mortier qui luy a paru gros.

Qu’ils disent généralement que leur escadre sera bien délabrée, lorsqu’ils seront obligés de s’en retourner, car ils paraissent déterminés à sacriffier la majeure partie de leurs trouppes pour faire leur attaque.

Qu’ils ont été, à leur arrivée, surpris de ne pas trouver 20 à 25 mil hommes qui doivent les venir joindre par en haut pour attaquer Québec.

Qu’ils comptent Carillon pris, que mesme dès le moment de leur embarquement, ils avoient assuré à leur trouppe que Frédéric l’étoit.

Qu’ils comptent bien sûrement sur une jonction.

Qu’elle leur a oui dire qu’ils dévoient la semaine prochaine, venir mesurer leurs forces et attaquer nostre camp de Beauport.

Que les vaisseaux de 64 pièces ont 500 hes d’équipage.

Qu’ils n’ont point de malades dans leurs trouppes, et n’ont perdu que 3 mathe-

lots.

Qu’ils comptent embosser leurs vaisseaux devant la ville et donner alors un coup de collier des plus vifs.

Qu’ils ne comptent pas Québec si fort que Louisbourg. Sçavent que la disette est grande, que la viande parmy nous vaut 3i la livre, l’eau de vie 25i le pot, le vin 10001 la barique et ils jugent qu’il n’est pas possible que dans une pareille situation nous soutenions leurs efforts. Situation si triste que nous avons été obligés disent-ils de tuer nos chevaux pour faire vivre notre monde.

Elle n’a point entendu parler de Vitré,elle sçait qu’ils ont 30 à 40 pilottes, que Raby est sur le Sterling Castle, et Detchevery sur l’Alcide, qu’un nommé Duhamel qui a fait naufrage au nord, l’année dernière, n’a jamais voulu leur servir de pilotte.

Qu’ils ont débarqué sur l’Isle d’Orléans 2 à 300 de très beaux bœufs, qu’ils y ont aussi 50 chevaux.

Qu’ils ont pris à Beaumont 14 à 15 hommes et femmes, et que Mr Wolf les a renvoyé chez eux les assurant qu’ils pouvaient y rester tranquilement, qu’il a fait mettre les vases sacrés et les ornements de l’Eglise de la pointe de Lévy en sûreté, et qu’il a mesme apposé son cachet dessus,disant aux femmes françaises prisonnières qu’elles pouvaient dire au curé qu’il les trouverait en bon état.

Que Mr Wolf est un jeune homme d’environ 30 ans, grand, fort maigre, cheveux rouges,et fort laid, habillé ordinairement tout en rouge, habit, parement et bavaroises rouges, chapeau uni.

Qu’à l’occasion d’une lettre de Mr le marquis de Vaudreuil qu’il dit avoir vu, écritte aux habitants, il a recommandé à Meiie de Saint Vilmé de dire à Mr le Marquis qu’il ne luy a pas rendu justice, qu’il entend faire la guerre avec humanité, mais qu’il présume que Mr le général n’a écrit ainsi que par politique.

Mr Dagneun ou Daqum en Anglois, a recommandé aux prisonniers de présenter ses respects à Mr l’Intendant qu’il a connu au premier siège de Louisbourg où il vint en première ambassade, c’est un grand garçon, bel homme.

Que les troupes luy ont paru en très bonne disposition.

Qu’il y a 3 brûlots dans la flotte, destinés pour brûler les vaisseaux en rade, ou pour mettre le feu à la Basse-ville, ils portent un petit pavillon bleu et blanc au grand mât.

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Qu’ils ont dit avoir 3 galiottes à bombes.

Que l’amiral Sunders est sur le Sterling Castle à la pointe de Lévy; il porte pavillon bleu à son mât d’avant, que les amiraux Durell et Holmes le portent de mesme.

Que les 3 grands vaisseaux de 80 pièces doivent rester à l’Isle aux Coudres, avec sept autres vaisseaux de ligne, et que le prince d’Orange de 64, avec un grand batteau restera au Bic.

Qu’à la veue de nos tentes ils ont pensé que nous avions beaucoup de troupes; mais que cela n’a pas paru les déconcerter, qu’ils on dit qu’ils comptoient attaquer par nostre camp la semaine prochaine, qu’elle n’a point entendu parler d’autres projets de descente que sur la cote de Beauport.

Que Mr Woolf n’est point d’humeur à s’en retourner avec son monde, sans rien faire, qu’il compte hazarder, et qu’il est déterminé à sacriffier la plus grande partie de ses troupes.

Qu’ils ont été surpris de ne point trouver leurs troupes, dont ils comptoient la jonction sure.

Que sur l’objection qu’on leur a fait qu’ils venoient à Québec en moindre forces qu’à Louisbourg, ils ont répondu que Québec étoit bien moins forte que Louisbourg, et que quoy qu’il y eut plus de monde en Canada, ils sça voient qu’il n’étoit pas possible d’en ramasser beaucoup, en un mesme endroit, à cause des diversions auxquelles ils nous obligeroient.

Mercredy 18 juillet — Beau tems.

Le déserteur annoncé hier arriva sur les 8 heures du matin. Je n’ai pu scavoir sa déposition non plus que celle du déserteur de la veille. On débite dans le camp qu’il a dit que l’armée étoit de 8 mil hommes et qu’elle de voit partir pour marcher à nous le 19.

On luy fait aussi dire que le Régiment de Blacknay avoit levé son camp pour rétrograder.

Le Sr Bernier envoyé en Ambassade chez les Anglais le 17 arriva sur les 7 heures du soir. Il n’a rien vu dans les îles et a été jusques à demie lieue ou ^ de lieue du camp ennemi qui luy a paru considérable. On vint au devant de luy et on le fit mettre à terre au Sud. On luy fit beaucoup de politesses. On luy dit que de Joncaire et son neveux avaient été faits prisonniers, que nous avions eu une affaire du côté des rapides où nous avions perdu le général de La galete. Que Stobo s’étoit rendu et étoit sur l’escadre.

Le Sr Bernier a remarqué le matin qu’on avoit tendu des tentes dans les endroits où il n’y en avoit pas la veille; le camp par ce moyen paroissoit beaucoup plus considérable.

Le Sr Dufaïl, officier de la Reine, se rendit à son poste sur les montagnes pour observer les ennemis.

Jeudy 19 juillet— Il arriva cinq bateaux de S* Jean sur les 5 heures après midy avec des effets et des vivres. Ils n’apportèrent que des lettres de cet endroit, qui disent que Mr le Cher de La Corne aïant été invité par les sauvages des cinq nations de se porter sur la rivière de Chouaguen où les anglois commençoient à faire des mouvemens et où il pourroit remporter un grand avantage, ils le conduisirent sous un retranchement. Mr le Cher de La Corne y perdit 8 hommes y compris un officier, Mr Hertel de St François. On dit Mr Benoist blessé légèrement et Mr Carpentier, officier partisan. On ajoute que les anglois vont sûrement faire le siège de Niagara et que le détacht aux ordres de Mr Montigny y est rendu.

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Il partit un petit party de 6 sauvages des pays d’en hault pour faire la découverte sur le lac St Sacrement.

Le vent de Nord Est tout le jour.

Vendredy 20 juillet — Le vent Nord Est tomba.

Le Sr Dufail revint de sa station où il n’avoit rien aperçu. On fit partir pour St Jean les deux derniers déserteurs par les bateaux arrivés hier.

Les six sauvages partis hier pour la découverte rentrèrent. Ils disent avoir été jusques à la vue du camp ennemi qu’ils ont trouvé très considérable.

Sur les 5 heures après midy 30 sauvages puants partirent pour la guerre sur le lac St Sacrement.

Beau tems tout le jour.

Samedy 21 — Rien de nouveau. Le tems couvert tout le jour et un peu de pluye de tems à autre.

Dimanche 22 juillet. — Notre découverte du matin nous apprit que le lac étoit couvert de Berges et bateaux et les anglois firent leur débarquement avant qu’on put s’y porter, ils profitèrent du tems et passèrent sur le champ le portage et la chute au delà de laquelle ils prirent poste.

Les sauvages, grenadiers, piquets et canadiens firent avec eux la fusillade tout le jour. Nous perdîmes un sergent de la marine La Reine, un soldat prisonnier et encore un autre je ne sçai de quel corps. Il y eut 5 à 6 blessez.

Toutes les troupes et milices bordèrent le retranchement et ne le laissèrent qu’à une heure après minuit pour embarquer.

Lundy 23 juillet — Nous vînmes camper vis à vis de la rivière à la Barbue. Nous entendions le feu du fort qui fut très vif ce jour. Langy y alla.

Mr de Bourlamaque dépêcha un officier de milices et 8 hommes pour St-Jean Le vent Nord Est tout le jour.

Mardy 24 — Vent de Sud Ouest. Nous fîmes un abaty en avant de nos postes. Le feu du fort beaucoup moins vif. Nous apprîmes qu’un de nos sergens de la marine nommé Sanschagrin avoit fait un prisonnier. Il l’approcha en luy criant qu’il étoit déserteur et l’enleva. Je n’ai pu sçavoir la déposition de cet homme. J’ai scu seulement qu’il disoit que les anglois avoient le fond de douze mil hommes, mais qu’ils n’étoient pas complet. Leur armée peut aller à 10 ou 11 mil. Ce fut par le retour de Mr Langy que nous fumes instruits.

Mr Dufail partit le soir pour le fort, ainsi que MM^s de Sabrevois et Hertel.

J’ai oui dire que le déserteur avoit dit que l’armée avoit mis quatre jours à se rendre.

Il partit pour Frédéric un caporal qui devoit y prendre un ou deux pontons pour les conduire à Jean.

Mercredy 25 — Vent de Nord Est. Retour de Mrs du Fail, Sabrevois et Hertel qui ne nous apportèrent rien de nouveau.

Mr de Langy partit avec des sauvages pour faire une découverte du côté de la Rivière de la Barbue.

Les volontaires de Volf en firent une du coté du Sud.

Il se noya un matelot à bord d’un des chebeck.

Retour des deux découvertes; Mr de Langy crut apercevoir les pistes d’une quinzaine d’hommes venus pour nous observer.

Départ d’un offer de Berry avec 6 canadiens pour aller au fort de Carillon.

Jeudy 26 juillet — Mr Senneville parti le 20 avec les puants rentra hier au soir sur les minuit avec un françois et 4 sauvages. Il laissé 24 sauvages des meilleures

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jambes sur le chemin de Lydius qui comptent y faire quelques prisonniers et leur a dit de se rendre à S* Frédéric, il croit qu’ils s’y rendront aujourd’hui. ^

Arrivée de 70 sauvages iroquois qui disent que les anglois n’ont pas passé le Sault Montmorency et qu’on les harcèle avec succès; que les Canadiens, les sauvages et autres volontaires leur tuent beaucoup de monde, et qu’ils ne peuvent faire un pas sans être fusillés; que les anglois sont à Niagara ou ils avoient déjà jeté plus de 100 bombes sans aucun succès; que nous y avons beaucoup de monde, tout ce qui étoit à la Belle-Rivière devant s’y reployer; que les cinq nations aïant envoyé une députation de cinq à six confédérés à Pouchot, ce command* n’avoit point hésité à les faire mettre aux fers, imaginant bien qu’ils ne venoient que pour voir en quel état étoit le fort.

D’autres sauvages sont venus les réclamer et offrir pour otage leurs femmes et leurs enfants, que s’ils avoient accepté la hache c’étoit dans l’yvresse et qu’ils ne manqueroient jamais à la parole donnée à leur père. Mf Pouchot leur a répondu qu’ils pourroient faire ce que bon leur sembleroit; que si les iroquois restoient neutres, leurs chefs luy serviroient d’otages et qu’il ne leur seroit fait aucun mal; qu’au contraire on leur feroit le mal qu’ils pourroient faire aux françois s’ils leur faisoient la guerre.

Il est parti ce matin beaucoup de sauvages, les uns pour taire de simples découvertes, d’autres pour donner sur l’ennemy.

Les sauvages des pays d’en hault queconduisoit Mr Ladurantaye, au nombre de 45 hommes, attaquèrent une grande garde entre la chute et les retranchements de Carillon. Ils estiment en avoir tué vingt, mais ils ne purent lever la chevelure qu’à six. Ils rentrèrent le soir. Les autres découvertes n’aperçurent rien.

Il est faux que Mr Pouchot ait mis en prison la députation des cinq nations. Au contraire ces députés après s’être beaucoup excusés et promis de se retirer, s’offrirent pour otage et furent les premiers à demander à être mis en prison. Mr Pouchot, je ne sçai par quelle politique, n’a pas accepté l’offre et les a renvoyés. On n’est pas sûr que leurs nations se soient retirés; mais on dit que Mr Pouchot se flatoit n’être pas pris si le détach* de la Belle Rivière le joignait. Le courrier de ce fort dit qu’on attendoit le détachement le jour même qu’il est parti.

Vendredy 27 juilllet — Une partie de la garnison arriva de Carillon au point du jour et nous apprit que l’autre partie étoit en route, qu’on avoit fait sauter le fort sur les dix ou onze heures du soir.

On fit marcher deux compagnies de grenadiers et des volontaires, les chebecs, les jacobites et des sauvages pour protéger cette retraite; plusieurs bateaux n’ont osé passer sous une batterie faite par les Anglois à la redoute Pouchot et se sont jettés à terre. Dans le déblayement du fort, la garnison s’étoit enyvrée ce qui a causé une grande confusion dans la retraite. Plusieurs soldats se sont perdus dans les bois, d’autres noyés, quelques uns peut être passés à l’ennemi; il nous manque 29 soldats sçavoir: 1 de la Reine, 5 de Bery et 18 de la marine.

Il arriva des bateaux de S* Jean. Les anglois ne nous avoient point attaqués à Québec. Ils se contentent de bombarder la ville de la pointe de Lévy. Ils avoient déjà causé de grands dommages.

Je reçus une lettre de Montréal.

Samedy 28 juillet — Nous partîmes dès qu’il fut jour pour nous rendre à Frédéric où on travailloit au déblayement ce qui fut continué.

Il nous arriva des batteaux de S* Jean et un courrier. Je reçus deux paquets de lettres et la déposition d’un déserteur cy-jointe. Le désastre augmente toujours à

Québec. Les anglois n’y font cependant point encore de grands succès; mais il est à craindre qu’ils ne nous tiennent longtemps en échec.

Reçu au Camp de Frédéric le 2S juillet du 17 juillet 1759.

Othon Miller, almand, grenadier dans le 3e Bataillon de Royal Américain, dit qu’il y a icy le 2e et 3e Bataillon de Royal américain, mais qu’il n’y a que les grenadiers du 3e Bataillon à l’armée, le Bataillon estant à bord des vaisseaux.

Qu’il y a le Régiment d’Otways N"” 35.

Webbs.

Le Régiment des Montagnards.

Amhers.

Lascelles \ parements noirs.

Warbarton j

Dit qu’il y a 5 compagnies de grenadiers et quelques Rangers qui doivent pénétrer par la grève et le reste par le bois. Les ordres estoient donnés pour attaquer la nuit dernière, mais ils ont été contremandés, ne sçait par quelles raisons.

Les grenadiers sont de 100 hommes par compie.

Qu’ils attendent journellement l’arrivée du général Amhers et qu’alors les vaisseaux attaqueront aussi.

Qu’il y a 10 bataillons dans leur camp au Saut, que le camp de la pointe de Lévy est composé de mariniers.

Qu’il y a une batterie de 5 pièces de 12 au Saut et environ 20 canons de fonte qui ne sont pas placés en batteries, qu’il n’a vu que 2 mortiers et 3 cohorns.

Que l’anglois travailloit à ce que l’on dit à faire un pont à l’endroit où passent les charettes.

Qu’il y a 7 à 8 habitans, hommes et femmes, qui venoient souvent au camp anglois, que le généra) Wolf auroit deffendu aux soldats de leur parler ou de les questionner.

Que les Rangers demeuraient dans une maison blanche tout auprès du bois.

Que, dans l’escarmouche entre nos jacobites et la berge, il y eut plusieurs blessés et un contre-m® d’un vaisseau les cuisses emportées.

Que Boscawen commande l’escadre, qu’il est dans le vaisseau qui a un pavillon bleu en haut du grand mat.

Que les berges que nous voyons passer journellement portent des vivres et n’ont que des matelots à bord. Les grands batteaux plats ont jusques à 20 hommes et les berges moins.

Qu’on parloit que nous devions décamper d’icy et ne laisser que nos sauvages et habitants dans les bois.

Quelques uns de nos habitans leur disoient qu’il y avait des quays ou l’eau ne montait qu’à mi-jambes.

Que dans le vaisseau où il estoit on avoit qu’une demie livre de pain par jour et une demie livre de viande, qu’on avoit envoyé 3 Vau’' dernièrement à Louisbourg pour y chercher des provisions.

Qu’il y a 500 hommes des Rangers qui montent toutes les nuits deux tiers de lieues en haut de la Rivière du Saut et passent là la nuit en garde, pas tout à fait au bord de la Rr« mais un peu enfoncés dans le bois.

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Qu’il ya 8 jours on croyoit la flotte françoise dans la et qu’on avoit envoyé une petite goélette pour vérifier. Ne sçait si elle est de retour.

Qu’on croyoit Amhers à 10 lieües d’icy, que pour le signal il devoit tirer 13 coups de canon et quelques uns prétendent les avoir entendus.

Les bataillons de Royal américain devroient estre de 100 hommes par Cie mais qu’il y en a plusieurs qui ne sont pas de 30 hommes.

Qu’il y a une garde de 30 hommes dans une maison auprès le bois du Saut pendant la nuit.

Les Rangers marchent toujours les premiers.

Qu’on compte qu’il y a 11 à 12 régiments en tout.

Qu’il y a 8 jours il avoit vu le charpentier de son vaisseau passer la rivière avec ses outils et tous les autres charpentiers des autres vaisseaux qui venoient pour travailler à faire un pont pour passer la rivière du Saut.

Que tous les grenadiers estoient commandés hier à 6 heures du soir afin de rentrer dans le camp pour l’attaquer. Il ignore l’heure à laquelle ils dévoient déboucher de leur camp.

Dit qu’il y a au camp 30 batteaux plats qui peuvent contenir chacun 100 hommes.

Qu’il y a un retranchement au bord de la R^e, un autre précisément à la chute, qu’il n’y a pas de retranchement entre eux et le bois, qu’un petit parapet pour les gardes et piquet.

Que le général Wolf va aux détachemens dans les bois 2 et 3 fois la nuit.

Il n’a pas oui dire qu’on fit des chemins dans le bois, les habitants leur indiquoient les chemins dans les bois et apportent du jardinage au général Wolf.

Les sauvages en découverte aujourd’huy rentrèrent le soir avec une chevelure. Mr de Langy qui étoit avec eux approcha beaucoup de la Chute où il a vu et entendu abattre des arbfes et travailler beaucoup. Il pense qu’ils s’y retranchent.

Petit vent de Nord Est tout le jour.

Dimanche 29 juillet — Le vent Sud Ouest. Le déblayement continue toujours — Rien de nouveau, d’ailleurs, les découvertes n’allèrent que jusqu’à la rivière à la Barbue et n’aperçurent rien.

Lundy 30 Le vent se mit au Nord-Est cette nuit avec beaucoup de pluye. Malgré cela on fit partir tous les pontons de l’artillerie et des Magasins. Tout le camp prit les vivres pour six jours.

Mardy 31 — Vent de Sud Ouest. Beau temps.

Nous détendîmes au point du jour et nous mîmes en Bataille jusqu’à ce qu’on eut disposé toutes choses pour faire sauter le moulin à vent et la redoute de S* Frédéric. A 7 heures et demie nous embarquâmes et allâmes nous mettre en panne à 1 lieüe environ pour attendre la partie de l’arrière-garde où étoit M^ de Bourlamaque, destinée à faire sauter le fort et le moulin.

Sur les 9 heuies le moulin sauta, et de l’endroit où nous étions, la place paroissoit entièrement nette.

Une heure après la redoute saulta, elle parut aussi entièrement détruite, il n’est resté que l’enceinte qui probablement aura été endommagée. On mit le feu à tous les bâtimens.

Sur les 10 heures nous nous remîment en marche et vinrent camper à la Rivière Boquet.

Nous eûmes du tonnerre et de l’orage qui fit tomber le vent.

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Mercredy le^ d’Aoust — Beau tems, nous partîmes à 5 heures du matin. Nous profitâmes du peu de vent de Sud Ouest et vinment camper à la pointe.

Jeudy 2 d’Aoust — Le vent au Sud Ouest. Nous partîmes à 5 heures du matin. Sur les 7 heures la pluye commença à tomber bien fort et dura presque tout le jour. Nous vinment camper au moulin Foucault.

Vendredy 3 — Nous partîmes à 6 heures du matin et arrivâmes sur les huit heures du matin à l’Ile aux Noix. Les ennemis sont toujours en présence à Québec. Ils continuent à bombarder la ville et font quelques incursions dans les campagnes.

Je reçus des lettres de Québec et la déposition d’un déserteur anglois à notre camp de Beauport.

Déposition de Joseph Btirgess, déserteur

20 juillet.

Reçu le 3 aoust.

Dit qu’il a laissé le service du Brigadier général Townsendpar mécontentement parceque les 5 domestiques qui servoient comme lui lui faisoient des querelles continuelles et que son maître lui donnoit les tors très souvent, même lui avoit dit de sortir de chez lui, ou qu’il l’enverroit à bord d’un de guerre.

Qu’il ne pense pas que dans 9 régimens de troupes réglées qu’ont les anglois, il y ait plus de 7 mille hommes, qu’il y a en outre le train d’Artillerie qu’il estime au juste de 5 à 600 hommes.

Qu’il estime que les vaiss* peuvent fournir plus de 1500 hommes pour débarquement, qu’il ne compte point les découvreurs parce qu’ils sont composés soit de RI américain, soit des autres corps, qu’il croit qu’il n’y a pas au camp plus de 3 mille hommes, qu’il y a des retranchements sur le front du Saut et qu’on y a placé du canon, scavoir 8 de 24, 8 aubusiers et 16 pièces de canon de 12, qu’il y a aussi 20 couleverines qui ne sont point encore montées, qu’il y a 2 mortiers de 9 pouces, qu’il a vu cela pour y avoir esté hier après-midy.

Que du côté du fleuve il y a quelques petits ouvrages pour couvrir les batteries, que les mêmes ouvrages sont à peu près semblables du côté du bois, que ces ouvrages peuvent être d’un mille H en longueur et finissent à environ de mille de l’église.

Qu’il ne croit pas qu’il y ait sur l’Isle d’Orléans plus de 200 hommes pour garder tant l’hôpital que les ouvrages qui y ont esté faits et qui estoient très forts alors, qui sont sur la pointe où le camp estoit établi dernièrement.

Que les ordres du gai Wolf ont esté toujours très précis pour empescher qu’on ne ravagent sur l’Isle, soit les maisons, les champs ou les meubles.

Qu’il y a 50 Bœufs sur l’Isle pour l’artillerie et qu’il n’y en a pas plus de 50 pour les provisions du général et quelques autres officiers.

Qu’il croit qu’il y a à la pointe de Lévy plus de monde qu’au Saut, et qu’il pense qu’il y a 4 mille hommes sous les ordres du Général Monckton.

Qu’ils ne se sont emparés de la pointe de Lévy que pour avoir la facilitéde bombarder et canoner la ville.

Qu’il n’a point entendu à la table de son maître tenir aucune conversation au sujet des expéditions à faire, que tous les généraux sont très circonspects.

Qu’ils ont pris terre au Sault afin d’établir un pont pour passage et se ménager une retraitte et pour rendre leur camp assez fort pour y attendre l’arrivée du général Amhers;

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Qu’il a toujours oui dire qu’on devoit attaquer par le Saut et que ce seroit

dans peu; .

Qu*à moins que le général Wolf ne Tait reserve que pour lui seul, il n a point oui dire que l’on tira les forces qui sont à la pointe de Lévy pour attaquer; qu il n’estoit question d’attaquer qu’avec les forces qui sont au Saut et qui ne sont point au dessus de 3000 hommes.

Qu’il a oui dire que la princesse Amélie et le V*® Villiam dévoient venir devant la ville.

Que l’on dit au camp, mais qu’il croit que ce n’est que pour encourager l’officier et le soldat, qu’il doit venir des troupes et des vaisseaux; qu’il n’a point entendu dire qu’il y ait en vue une nouvelle flotte angloise ni françoise qu’il croit qu’on a vu en vue tant navires, brigantines, goelettes et batteaux, environ 30 batimens au moins, mais que ce sont des transports et autres batimens inutiles que l’on a renvoyés.

Qu’il a connaissance qu’il est venu de l’amiral Durell une goelette à bord de l’amiral Sunder, mais qu’il n’a point entendu dire qu’il y eut aucune escadre en vue, soit qu’elle porte des troupes ou des vivres;

Qu’il n’a point connoissance qu’on soit court de vivres à l’armée, qu’il n’y a pas même d’aparence, eu égard au peu de tems qu’il y a qu’ils sont arrivés icy;

Qu’il a oui dire qu’il avoit passé au dessus de la ville un Va“ de Ligne et 3 frégattes, qu’il doit y avoir des forces dans ce Va“, parceque deux jours avant leur départ, il a vu embarquer 2 compies de grenadiers pour passer à ce Vau, qu’il croit que ces Vau* ont monté au dessus de la ville, afin que le général Monkton put plus facilement monter et faire descente pour bloquer la ville de tous costés;

Qu’un soldat, le d^ déserteur qu’ils ont vu leur avoit dit que les canadiens partout estoient fort fatigués, que le gouverneur leur avoit dit qu’il venoit des forces de France;

Qu’il croyoit que nos canadiens et nos sauvages ne soutiendront point une attaque et un feu en règle et que les troupes sont en petit nombre;

Qu’ils ont oui dire par les déserteurs qu’il y avoit un Nre de Ligne, plusieurs frégattes et beaucoup de Vau* marchands qui estoient montés dans le fleuve, mais qu’il ne pense pas que les Vaux qui ont passé soient montés pour les attaquer;

Qu’ils attendent le général Amhers et qu’ils diffèrent pour faire jonction, mais qu’il croit qu’ils attaqueront cependant lorsqu’ils n’espéreront plus ce général.

Qu’il ne scait pas le temps où ils ont déterminé de s’en retourner, qu’il pense qu’ils pourront tenir jusques aux froids;

Que depuis le commencement des actions ils ont perdu environ 60 hommes sans compter les prisonniers;

Que l’on parle généralement parmi les officiers même que l’attaque se fera par le Saut, qu’il y a sur le rivage au Saut quelques berges et batteaux, mais qu’il n’y en a point assez pour embarquer en même temps l’armée du Saut;

Qu’il n’a jamais oui dire aux offre qu’on dût attaquer par le Parc de notre camp, ni par la ville, mais en vinquenant ( ?) par le sault et qu’ils doivent le passer par le haut de la chûte.

Samedy 4 d’Aoust — Je fis l’incorporation des soldats de la marine et des milices qui étoient à l’Ile aux Noix.

Dimanche 5 — Je fis donner les vivres à tout le monde moitié pour 4 jours, moitié pour 5 jours. Il plut beaucoup ce jour.

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Lundy 6 — Il plut beaucoup tout le jour. Nous eûmes des nouvelles de Québec sur les 9 heures du soir d’un petit avantage remporté sur les anglois le 31 juillet, qui avoient tenté l’attaque de nos retranchemens.

La relation cy jointe.

Arrivé le 6 Aoust au soir à notre camp

31 juillet 1759.

Je fus informé à cinq heures du matin par les volontaires de Dupratet parles postes de Mr de Repentigny qui bordent la rive droite de la Rivière du Saut de Montmorency, que les ennemis fesoient marcher 400 hommes par leur droite vers le bois, une demie heure après les mêmes postes me rendirent compte que ces 400 hommes s’étoient arrêtés à l’entrée du bois et qu’ils travailloient à faire des fascines comme ils avoient fait depuis deux jours.

A dix heures, nous vimes deux frégates et un vaisseau de 64 pièces de canon mettre à la voile et s’approcher dans le chenail vers le Saut Montmorency et en même tems nous vîmes un grand mouvement de berges à l’Isle d’Orléans et à la pointe de Lévy.

A 11 heures et H les deux frégates vinrent s’échouer vis à vis le camp de la Brigade de Montréal et à demi-portée de fusil de la redoute qui est située sur la grève à la gauche de cette Brigade.

Le vaisseau descendit plus bas et mouilla vis à vis la dernière redoute de notre gauche qui n’est éloignée que de 300 toises de la chute du Saut Montmorency et la distance qu’il y a entre les deux redoutes n’est pas de plus de 200 toises.

Ces trois bâtimens étoient placés de manière à faire un feu croisé de leur artillerie pour batre nos bateries et les redoutes qui les soutiennent, de même que de tirer sur le coteau où est situé notre camp et la ligne de nos retranchements dont la gauche est appuyée au grand escarpement de la chute du Saut Montmorency où nous avons un bataillon et 500 hommes du Gouvernement de Montréal qui y montent la garde, et qui sont relevés toutes les 24 heures, parcequ’ils sont sous le feu de l’Artillerie des ennemis qu’ils ont placée à la rive gauche du grand escarpement de la chute du Saut Montmorency, ce qui domine considérablement notre rive droite.

Le vaisseau et les deux frégates étant placés de cette manière ils commencèrent à midi à faire un teu des plus vifs sur nos bateries, sur nos bateaux armés de canon et sur nos redoutes, et une baterie de six mortiers et de 30 pièces de canon située au dessus de l’escarpement du Saut Montmorency fit de même un feu des plus vifs sur nos retranchemens qui, étant commandés parla hauteur où les ennemis sont postés, sont enfilés dans plusieurs endroits, malgré toutes les traverses que nous avons pu faire.

A une heure, nous vîmes faire plusieurs mouvetnens aux berges qui étoient remplies de monde qui nous donnèrent de l’inquiétude pour toutes les parties de la ligne de nos retranchemens depuis le Saut jusqu’à la Rivière Charles.

A une heure et demie, je fus informé que les ennemis fesoient marcher une colonne de 2000 hommes par leur gauche vers les gués que garde Mr de Repentigny: sur le champ, je fis partir 500 hommes du gouvernement de Montréal aux ordres de Mr de la Perrière et tous les sauvages pour se porter au secours de Mr de Repentigny, et je donnai ordre à Mr Duprat de suivre avec ses volontaires le mouvement de la colonne des ennemis et de m’en rendre compte.

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J’envoyai ordre au Régiment de Royal Roussillon de s’avancer, je fis marcher la Compagnie de grenadiers de ce régiment pour se joindre aux volontaires et comme dans le moment que le Rai Roussillon me joignoit je vis que les ennemis fesoient un mouvement avec leurs berges pour s’approcher de la pointe de Lessé qui est vis à vis de l’Isle d’Orléans et que cette partie étoit entièrement dégarnie, j’y fis marcher tout de suite le bataillon et je donnai ordre à Mr de Poulharies de communiquer ses postes avec la droite de la ville de Montréal et par sa droite avec les troupes qui s’avançoient du centre de l’armée.

A 2 heures et demie, Mr le Mis de Montcalm me joignit, je lui rendis compte de mes dispositions et des mouvemens des ennemis vers le poste de M. de Repentigny, car ceux des berges tout le monde les voyoit. Il me dit qu’il avoit fait avancer le Bataillon de Guyenne pour s’approcher de celui de Ra> Roussillon et nous convînmes qu’il m’enverroit deux compagnies de grenadiers et 100 hommes du gouvernement des Trois Rivières, que nous ferions la guerre à l’œil et que si la gauche étoit attaquée il feroit appuyer les troupes pour la soutenir; que j’en ferois de même si la droite était attaquée. Après cet arrangement M. de Montcalm me quitta et me dit qu’il alloit rejoindre Mr le M>s de Vaudreuil et lui rendre compte de notre situation.

Les deux compagnies de grenadiers me joignirent à trois heures. J’envoyai celle de Béarn joindre son Bataillon qui étoit de garde à la gauche des retranchemens et j’envoyai celle de la Sarre se placer entre la Brigade de la Ville de Montréal et celle du gouvernement de Montréal que j’avois fait descendre de son camp pour border les retranchemens entre les deux redoutes. Comme je destinois les 100 hommes du gouvernement des Trois Rivières à marcher vers M. de Repentigny, je donnai ordre qu’on les fit rester sur le grand chemin à la hauteur du camp du gouvernement de Montréal pour pouvoir se porter où besoin seroit et je laissai ordre aussi que l’on y arrêtât toutes les troupes que l’on enverroit poim soutenir la gauche.

Après que j’eus fini tous ces arrangemens, je fus rejoindre les troupes qui bordoient les retranchemens et je me plaçai entre les deux redoutes d’où j’étois à portée d’observer tous les mouvemens des ennemis.

Les ennemis continuèrent à faire difterens mouvemens de leurs berges pour nous donner de l’inquiétude dans différentes parties.

A quatre heures et demie je fus informé par MrDuprat que la colonne des ennemis rétrogradoit et qu’elle rentrait dans le camp. J’envoyai sur le champ M. de Jonsthone chés Mr de Repentigny pour faire revenir les troupes que j’y avais envoyées et j’envoyai ordre à la compagnie de grenadiers du R:il Roussillon et aux volontaires de Duprat de se raprocher et de se mettre à portée de soutenir le bataillon de Béarn qui étoit à la gauche des retranchemens.

A 5 heures les berges entrèrent dans le chenail du Saut et se mirent derrière les deux frégates qui étaient échouées.

A 5 heures et demie je vis descendre la colonne des ennemis des hauteurs du Saut et qui vint se former sur le bord de la grève au gué du bas du Saut Montmorency. J’étois dans ce moment avec le bataillon de Béarn, j’informai Mr deMontcalm de ce mouvement, je donnai ordre aux troupes que j’avois fait rester sur les chem ins au camp de la Brigade de Montréal de me joindre. La compagnie de grenadiers de Languedoc me joignit avec 100 hommes des 3 Rivières que je plaçai pour soutenir la redoute de notre gauche. Les volontaires, la compagnie de grenadiers de R»' Roussillon et le détachement de M. de la Perrière vinrent me joindre aussi dans le

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même moment; je plaçai toutes ces différentes troupes à border les retranchemens et à se soutenir mutuellement.

A 6 heures la colonne des ennemis se remua et commença à passer le gué du Saut : dans le même moment les berges firent la descente derrière les deux frégates qui étoient échouées. Le feu d’artillerie redoubla de toutes parts.

Les ennemis s’étant formés derrière les frégates, marchèrent de bonne grâce pour attaquer la Redoute de notre droite que je fis abandonner, n’étant pas possible de la soutenir, ni aux ennemis de s’y établir, parce qu’elle est sous le feu de notre retranchement du coteau. Le feu de notre mousquetrie commença de toutes parts, la colonne des ennemis qui avoient débarqués dépassa la Redoute et s’avança jusqu’au bas du coteau de nos retranchemens, d’où elle essuya un feu si vif qu’elle fut obligée de plier, et il survint dans le moment un orage si violent qu’il fit cesser le combat et favorisa la retraite des ennemis. Le Régiment de Rai Roussillon qui m’avoit joint à qui j’avois donné ordre de s’avancer et celui de Guyenne que Mr de Montcalm avoit fait avancer, je les avois placés en réserve derrière la Brigade de Montréal, et Mr de Montcalm me joignit aussi de sa personne, un moment après que les ennemis eurent été repoussés. La colonne qui avoit passé le gué du Saut s’avança jusqu’à hauteur de la Redoute de notre gauche qu’elle n’osa pas attaquer, la voyant si bien gardée. Notre baterie de cette Redoute ne discontinua pas à faire feu sur cette colonne. Les ennemis se retirèrent à l’entrée de la nuit par la même route qu’ils étoient venus. J’estime leur perte à 500 hommes tant tués que blessés. La nôtre est de 50, il est étonnant qu’elle ne soit pas plus considérable ayant essuyé un si grand feu d’artillerie toute la journée. On ne peut assés faire l’éloge des troupes et des canadiens qui ont été inébranlables et qui ont continuellement témoigné la plus grande volonté.

Mardy 7 d’Aoust — Il plut beaucoup la nuit dernière et tout le jour.

Mr de Langy partit avec des sauvages Népisingues pour faire la découverte du côté de Frédéric et Carillon.

Mercredy 8 — Il plut encore cette nuit beaucoup. La pluye n’a cessé que sur les 9 heures du matin.

Je reçus des lettres de Montréal du 6 août sans aucune nouvelle.

Jeudy 9 — Beau tems tout le jour. La découverte à la pointe au fers n’a rien appris de nouveau.

Vendredy 10 — Il plut tout le jour. Nous apprîmes le matin la prise de Niagara le 24 juillet. Le bruit du camp ajoute même que Mr Pouchot a écrit de Chouaguen, par conséquent la garnison prisonnière de guerre. On m’a aussi assuré que le détach* de la Belle Rivière qui venoit au secours de Niagara avoit été défait en entier avant la prise du dernier fort et que la plus grande partie avoient été faits prisonniers de guerre.

Il arriva le soir un bateau des chebecs qui nous apprit que Mr de Langy avoit été découvert par les anglois campés à Frédéric. Ils envoyèrent d’abord 2 berges sur son canot d’écorce qui chercha à attirer ces berges dans une embuscade; mais elles n’y donnèrent pas et firent au contraire Un mouvement en arrière. Alors il se détacha vingt cînq autres berges à la suite du party; mais elles ne le chassèrent pas loin et se retirèrent. M^ de Langy est resté avec 3 hommes pour aller par le Bois dans l’espoir de faire un prisonnier.

Il arriva au camp deux placards du général Wolf adressés aux canadiens. Cy joint.

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Arrivé à notre camp le 10 aousi 1759.

De par Son Excellence James Wolf, Major général, colonel d’infanterie, commandant les troupes de Sa Majesté Britannique sur la rivière de S* Laurent.

Le Roy mon maitre, justement irrité contre la France, résolu d’en abattre la fierté et d’en venger les insultes faites aux colonies angloises, s’est enfin déterminé à envoyer un armement formidable de mer et de terre que les habitans voyent avancer jusques dans le centre de leur pays; il a pour but de priver la couronne de France des établissements les plus considérables dont elle jouit dans le Nord de La Mérique.

C’est à cet effet qu’il lui a plu de m’envoyer dans ce pays à la tête de l’armée redoutable actuellement sous mes ordres. Les laborieux habitans, colons et paysans, les femmes, les enfans, ny les ministres sacrés de la religion ne sont point l’objet du ressentiment du Roy de la Grande-Bretagne, ce n’est pas contre eux qu’il élève son bras, il prévoit leurs calamités, plaint leur sort et leur tend une main secourable.

Il est permis aux habitants de revenir avec leur famille dans leurs habitations. Je leur promets ma protection et je leur assure qu’ils pourront sans craindre la moindre molestation y jouir de leurs biens, servir le culte de la religion, en un mot, jouir au milieu de la guerre de toutes les douceurs de la paix, pourvu qu’ils s’engagent directement ny indirectement à ne prendre aucune part à une dispute qui ne regarde que les deux couronnes.

Si au contraire un entêtement et une valeur imprudente et inutile leur fait prendre les armes, qu’ils s’attendent à souffrir tout ce que la guerre offre de plus cruel, il leur est aisé de se représenter à quel excès se porte un soldat effrené; mes ordres seuls peuvent en arrêter le cours et c’est aux canadiens, par leur conduite, de se procurer cet avantage.

Ils peuvent ignorer leur situations présente: une flotte considérable bouche le passage aux secours dont ils pourroient se flatter du côté de l’Europe, et une armée nombreuse les presse du côté du continent.

Le party qu’ils ont à prendre ne paroit point douteux. Que peuvent-ils attendre d’une vaine et aveugle opposition; qu’ils en soient eux-mêmes les juges ?

Les cruautés inouïes que les françois ont exercées contre les sujets de la Grande Bretagne établis dans La Mérique pourroient servir d’excuses aux représailles les plus sévères, mais l’anglois dédaigne cette barbare méthode. Leur religion ne prêche que l’humanité et leur cœur en suit avec plaisir le précepte.

Si la folle espérance de nous résister avec succès porte les canadiens à refuser la neutralité que je leur propose et leur donne la présomption de paroitre les armes à la main, ils n’auront sujet de s’en prendre qu’à eux-mêmes; lorsqu’ils gémiront sous le poids de la misère à laquelle ils se seront exposés par leur propre choix, il sera trop tard de regretter les efforts inutiles de leur valeur indiscrète.

Lorsque pendant l’hiver ils verront périr de famine tout ce qu’ils ont de plus cher, quand à moi je n’aurai rien à me reprocher. Les droits de la guerre sont connus et l’entêtement de l’ennemy justifie les moyens dont on se sert pour le mettre à la raison.

Il est permis aux canadiens ou aux habitants du Canada de choisir; ils voyent d’un côté une main puissante et secourable que je leur tend, et de l’autre côté la France incapable de supporter ses peuples abandonne leur cause dans le moment le plus critique, et, pendant la guerre, elle leur a envoyé des trouppes; à quoi leur ont-elles servi: à leur faire sentir avec plus d’amertume le poids d’une main qui les

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opprime au lieu de les secourir, que les canadiens consultent leur prudence, leur sort dépend de leur choix.

Signé: James Wolf.

Donné à notre quartier général à la paroisse St Laurent, Isle d’Orléans, le 29 juin 1759.

De par Son Excellence Major général James Wolf, commandant les troupes de Sa Majesté Britannique sur la Rivière Saint-Laurent.

Son Excellence piqué du peu d’égard que les habitants du Canada ont eu à son placard du 29 du mois dernier est résolu de ne plus écouter les sentiments d’humanité qui le portent à soulager des gens aveuglés sur leurs propres intérêts.

Les canadiens par leur conduite se montrent indignes des offres avantageuses qu’il leur faisoit. C’est pourquoy il a donné ordres au commandant de ses troupes légères et autres officiers de s’avancer dans le pays pour y saisir et emmener les habitants et leurs troupeaux et y détruire et renverser ce qu’ils jugeront à propos. Au reste comme il se trouve fâché d’en venir aux barbares extrémités dont les canadiens et les Indiens leurs alliés lui montrent l’exemple, il se propose de différer jusqu’au 10 d’Aoust prochain à décider du sort des prisonniers qui pourront estre faits, envers lesquels il usera de représailles à moins que pendant cet intervalle, les canadiens ne viennent se soumettre aux termes qu’il leur a proposé dans son placard et, par leur soumission, toucher sa clémence et le porter à la douceur.

Donné à Saint Henry le 25 juillet 1759.

Signé: Joseph Dalling, Major des troupes légères.

Samedy 11 d’Aoust — Beau tems. Les travaux qui jusques à présent avoient été par corvées sont devenus pour le corps entier. On battit la générale au point du jour et tout ce qui n’étoit pas de service travailla à l’exception des canadiens dont ils travaillent 600 environ chaque jour.

Nous eûmes des nouvelles de Québec. Cy jointes.

Nouvelles arrivées à notre camp le 11 Aousi

Suite du journal du 2 aoust 1759:

Nous avons eu aujourd’hui une trêve de 6 heures à l’occasion d’une lettre que le capitne Ecossois a demandé de faire passer au général Wolf.

Le 3 — Le feu de la Pointe de Lévy a été plus vif cette nuit que les précédentes. Les ennemis ont jetté plus de 100 bombes.

Le 4 — Le feu a été encore plus considérable cette nuit. La ville a reçu au moins 150 bombes et beaucoup de pots à feu qui n’ont eu aucun progrès.

Un parlementaire a apporté la réponse de la lettre du Capne Ecossois et s’en est retourné.

Il nous est arrivé 5 déserteurs soldats du Régiment de Royal Ameriquain. Ils étoient dans un des vaisseaux mouillés à Sillery. Ils ne sont pas instruits, n’ayant pas encore mis pied à terre.

Ils prétendent que les ennemis n’ont que 6 mille hommes de bonnes troupes. Le reste étant de la racaille qu’ils ont fourni de toutes sortes de gens qu’ils ont forcé

à entrer à leur service. Ils ajoutent que leurs vaisseaux attendent une nuit favorable pour se rejoindre à leurs escadres.

Le 5, le feu de l’ennemi n’a pas été aussi vif cette nuit que les précédentes. Il tire régulièrement et presque continuellement. Il ne cesse que par petite intervale. Dans l’après midy les généraux sont en correspondance depuis 15 jours pour l’exécution du cartel sur l’échange des prisonniers. Le général Wolf ne veut point entendre, prétendant que nous engageons et payons les sauvages pour commettre des cruautés; qu’ainsi, la guerre se continuera de la façon que Mr le général en a fait choix. Il entend l’exercice de cruauté, qu’il garde les prisonniers et prisonnières qui sont en son pouvoir pour être à même dusé de représailles et faire justice à sa patrie.

Mr le général se décharge de l’inexécution du cartel, au surplus, il renvoie à l’égard des prétendües cruautés des sauvages au fait également exercées envers nous par ceux attachés à Sa Majesté britannique et notamment à la proclamation du gouverneur Serleik qui avoit mis à prix la tête des françois dans la dernière guerre. La lettre de le général qu’on envoie à bord de l’amiral nous procure une trêve de 6 heures.

Le 6. — Bombardement et canonnade continuelle et ordinaire. Un déserteur venu du Sault rapporte que les ennemis ont eu 3 à 400 hommes tués ou blessés à l’afaire du 31 juillet, tous grenadiers, que le général Wolf avoit demandé aux troupes cy elles reprendroient volontiers leur revange, qu’elles avoient témoigné y être très portées, que cette seconde attaque devoit se faire par les quai sur le haut du Sault et sur im pont qu’on parloit de jetter sur la rivière, que les ennemis se feront précéder par plusieurs pièces de canon et mortier, que pendant cette attaque, 4 bâtiments de transport portant des canons viendront s’échouer auprès de ceux brûlés et tireront continuellement, qu’ils doivent faire habiller en soldats 2000 matelots qu’ils tiendront dans des berges au large pour faire croire que ce sont des grenadiers. Suivant le dénombrement qu’il fait des troupes réglées et des Royer (Rogers) le total est de 7220 hommes. Un batiment de Louisbourg en dernier lieu a annoncé qu’ils n’ont point de secours à attendre de cette place, que les françois ont descendu en Irlande, mais qu’ils ont été repoussés, que le roy d’Angleterre demande la paix ou une suspension d’armes, que les anglois construisent des cazernes et fortifications à risle aux Coudres où il parle de faire hiverner 6000 hommes. Nous ne donnons pas dans tous les articles de ce rapport. On a vu passer devant Québec la nuit dernière des berges; on n’est point d’accord sur le nombre et on vient de rapporter du Cap Rouge en avoir vu une soixantaine. On attend la première nouvelle des desseins de l’ennemi pour porter secours où il sera nécessaire.

Dimanche 12 d’Aoust — Il venta épouvantablement toute la nuit dernière et ce jour avec beaucoup de pLuye.

Il nous arriva des nouvelles de Québec.

Nouvelles arrivées à notre Camp le 12 Aoust

du 9 Aoust.

Au moment que je vous écris, toutte la basse ville de Québec brûle, le feu qui y a pris ce matin vers une heure en deux endroits, n’ayant pu être arrêté par rapport à la violence de celuy des batteries angloises, dès la naissance de l’incendie, a fait tant de progrès que je doute qu’il échape une seule maison. Il est vrai qu’on avoit fait depuis

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longtemps le sacrifice de cette basse ville et que cet évènement aura par conséquent fait moins d’impression et aura pour ainsi dire été regardé avec indifférence.

Depuis quelques jours, les anglois ont envoyé des troupes à bord de leurs batimens au dessus de Québec dans la vüe de faire quelques descentes pour ravager nos côtes et avoir des nouvelles du général Hamers (Amherst). Heureusement notre attention à jetter des forces dans cette partie a fait échoüer l’ennemi dans deux tentatives qu’il fit hier, la première au dessus de la pointe aux trembles à un terrein ras, sans arbres ni brouissailles.

Mr de Bourguainville avoit fait ses dispositions lorsque 100 Ecossois débarquèrent et fusillèrent nos gens. Les écossois furent bientôt suivis de tout le reste, ce qui pouvoit former un corps de 1000 à 1200 hommes. Ils se rangèrent en bataille et marchèrent à nous. Notre feu qui jusqu’alors avoit été modéré, fut très vif et obligea l’ennemâ de plier et de se rembarquer. de Bourgainville le fit suivre et fusiller tant qu’ils se trouvèrent à portée. Cette descente étoit soutenue de l’artillery des vaisseaux qui nous battoit de front et en écharpe. Malgré cela nous n’eumes que deux ou trois blessés.

La seconde se passa plus bas. Les Anglois dans 27 berges voulurent essayer de nouveaux à débarquer. Mr de Bourgainville qui les avoit exactement suivis s’y trouva et attendit les berges jusqu’à demie portée de fusil et leur fit faire de si vigoureuses décharges qu’ils se replièrent de suite avec une perte considérable.

Nous ne pouvons sçavoir la perte de l’ennemy au juste, mais il est certain qu’il a beaucoup perdu. Nous continuons à l’observer et s’il tente de nouveau à descendre il luy en cuira.

Lundy 13 d’Aoust — de Langy parti le 7 arriva hier au soir tout tard, il ne pût faire de prisonniers.

Les anglois sont campés à S‘ Frédéric et ont toutes leurs berges et autres voitures depuis le moulin jusques au bout de la Pointe aux Sables. Ils luy ont paru travailler à un retranchement sur le Rocher.

Ils ont démoli touttes les maisons de l’autre côté de la rivière pour en avoir les planches.

Beau tems tout le jour. On poussa les travaux vivement. Mr de la Colombière eut ordre de se rendre à Montréal aux ordres de M^ le Chevalier de Lévis.

Je reçus des lettres de Mde Péan.

Il partit un officier de milice avec 7 miliciens en parlementaire pour le camp ennemi.

Je fis donner les vivres aux 4 premières brigades.

Mardy 14 d’Aoust — Beau tems. M^ de la Corne ainé arriva avec six à 7 gentilshommes de Boucherville. Il nous amena 7 à 8 miliciens.

Rien de nouveau, je fis donner les vivres aux 4 dernières brigades.

Mercredy 15 — Rien de nouveau, il plut peu ce jour.

Jeudy 16 — M. Volf fut détaché avec 150 miliciens pour ramener des bateaux à S* Jean. Il plut le soir beaucoup et pendant la nuit.

Départ de Mr Outlas pour la découverte.

Vendredy 17— J’appris ce matin l’arrivée de notre parlementaire hier au soir. Il a été jusques à la pte à la peur où il y avoit une garde. Il luy a paru un camp à la pte Montréal. Le camp de Frédéric luy a paru considérable, il étoit trop loing pour distinguer les objets et les Berges. Il a vu une gabare portant canon; les anglois luy ont dit qu’ils en avoient fait le portage.

Les nouvelles de Québec sont que 500 canadiens et quelques sauvages ont traversé le Sault Montmorency le 11 pour attaquer des travailleurs. Ils n’avoient ordre que de faire une fusillade et se retirer sur le champ. Mais nos canadiens y prirent goût et tirèrent pied à Bout malgré les divers détachemens del’armée angloise qui venoient soutenir les le« attaqués; ils se retirèrent lorsque le 4e détachement parut qui se faisoit précéder de quelques pièces de canon. On estime la perte des ennemis à 300 hommes. Nous y avons eu un canadien prisonnier et blessez et 10 à 12 autres blessés.

Que le 12 les Anglois tentèrent de passer 4 vaisseaux au dessus de la ville, mais notre canon les obligea de retourner mouiller à l’endroit d’où ils étoient partis, un bateau passa, mais nos chaloupes carcassières le firent jeter à la côte. Que les anglois ont un camp à Saint Antoine que Mr Bougainville a jugé inattaquable après l’avoir reconnu.

Je fis par ordre du général un détachement de 120 miliciens voyageurs pour les rapides, ils partirent à 7 heures du matin pour S‘ Jean.

Les 4 premières brigades prirent les vivres pour 4 jours. Beau tempis.

Samedy 18 d’Aoust — Hier on disoit que les Anglois n’avoient perdu que 130 ou 40 hommes. On dit aujourd’hui 300. Il arriva le soir un courrier qui ne dit rien de nouveau.

Dimanche 19 — Rien de nouveau.

Lundy 20 — Rien de nouveau.

Mardy 21 — Il plut la nuit et dans la matinée, je fis donner les vivres aux 4 premières brigades.

Il nous arriva l’après diner 121 miliciens du gouvernement de Québec que conduisoit Mr de Boucherville.

Il arriva aussi trois déserteurs anglois dans une berge bien équipée. Ils arrivèrent à 6 ou 7 heures du soir.

Mercredy 22 d’Aoust — Je n’ai pu scavoir rien de juste de la déposition des prisonniers. On m’a dit qu’ils rapportèrent que les anglois doivent venir nous attaquer sous quinze jours; qu’ils rétablissent à présent le fort de Carillon et Frédéric, qu’ils font Carillon plus grand, un entrepôt au Portage et de bons retranchemens à S* Frédéric où toute leur armée travaille vivement; qu’ils ont construit une espèce de barque qui porte dix-huit canons et qu’ils en auront trois dans ce goût. Un des trois déserteurs dit qu’il étoit parti ces jours derniers 1 officier et 10 sauvages pour porter des lettres à Québec au général Wolf; un autre que ce détachement venoit seulement dans cette partie de l’Ile aux Noix pour tacher de nous faire quelques prisonniers.

Départ de M^ Langy pour la découverte ce matin. Je ne sçais s’il ira jusques à S* Frédéric ou seulement aux environs pour éclairer la marche duparty ennemi annoncée par les déserteurs. Ils disent aussi que les françois ont fait une descente en Irlande qui leur a réussi; qu’ils ont des espèces de cajeux ou pontons qui portent 4 pièces de canon de 24, d’autres disent de 12.

Jeudy 23 d’Aoust — Retour de M^ Langy sur les 5 heures du soir. Il a été jusques à la rivière Chassié où il a traqué les bois sans y voir le moindre vestige du party ennemi. Il traversa ensuite au Sud où il a fait la même chose et n’a rien vu pareillement.

Vendredy 24 d’Aoust — Il nous arriva un courrier et des nouvelles de Québec. Des lettres marquent que les anglois paroissent se disposer au retour; qu’ils brûlent et désolent toutes nos campagnes, qu’ils brûlent aussi leurs retranchemens de

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la pointe de Lévy, Ile d’Orléans et Sault Montmorency, que 26 de leurs plus gros vaisseaux ont filé pour la Camouraska. Ces nouvelles sont données par des déserteurs qui arrivent tous les jours à notre camp. Ils ajoutent qu’il est arrivé un petit batiment de Londres qui disoit que nous avions fait une descente en Irlande et qu’elle avoit réussi; que nous étions maitres d’Hanovre, que la Reine d’Hongrye avoit recouvré la Silésie et qu’elle étoit maîtresse de Breslau; que Dom Carlos aiant refusé l’exécution du traité d’Aix la Chapelle au sujet de l’abandon des royaumes de Naples et Sicile à Dom Philippe au cas que le Roy d’Espagne vint à mourir, la Cour de Versailles et celle de Vienne ont proposé à la nation espagnole de prendre pour Roy Dom Louis, frère de Dom Carlos, ce qui a été exécuté. Dom Carlos pour faire changer cette nomination a imploré le secours d’Angleterre et celuy du Roy de Sardaigne. On pense que les Etats généraux soutiendront le party de Dom Louis pour contrecarrer les anglois dont ils ne sont pas contents. Ils disent encore que les françois ont 28 vaisseaux au bas de la Rivière. Toutes ces nouvelles demandent une grande confirmation.

On marque à quelqu’un que 60 canadiens indignés des ravages que font les Anglois à S* Antoine et paroisses voisines ont traversé la rivière sans en avoir l’ordre et leur ont attaqué quelques détachemens dont ils ont tué 30 hommes.

Samedy 25 d’Aoust — Rien de nouveau.

Dimanche 26 — Il arriva deux ou trois sauvages du party de Outlas partis le 16. Ils dirent qu’après avoir fait deux prisonniers entre la pointe de Montréal et la pointe à la Peur, ils revinrent à leur canot qu’ils avoient laissé à quelques lieues plus bas, ils y trouvèrent des Anglois et des sauvages qui les fusillèrent et leur tuèrent un homme. Ils gagnèrent les bois et se sont dispersés.

Lundy 27 — Départ de M*" Langy avec dix à douze canadiens et 100 Sauvages environ pour la guerre. Mr Outlas arriva vers midy avec deux ou trois sauvages de son party. Il avoit laissé le reste en arrière avec un des deux prisonniers; l’autre s’est sauvé.

Mardy 28—11 plut cette nuit. Le reste du party de Mr Outlas arriva avec le prisonnier. Ils n’ont perdu qu’un seul homme tué dont j’ai parlé le 26.

M*' de La Verandrie partit avec quelques canadiens et 80 sauvages environ.

Le prisonnier arrivé ce jour dit que l’armée angloise campée à Frédéric n est que de 5 à 6 mil hommes au plus; que les troupes provinciales doivent bientôt se retirer, qu’on leur a donné une certaine quantité de pièces de bois à faire et à transporter et qu’ensuite on leur a promis de les renvoyer en sorte qu’ils travaillent jour et nuit. Mr Volf partit pour le moulin Foucault avec sa compagnie de volontaires.

Mercredy 29— Mr de Bourlamaque eut avis hier au soir que les sauvages de M^ de La Verandrie avoient arrêté un anglois vis à vis le moulin Foucault.

Mr La Verandrie luy envoya même un espèce de plan du lac Champlain que cet anglois avoit crayonné. Il le fit aussi avertir que cet anglois luy avoit dit qu ils étoient partis deux berges ensemble, qu’une les avoit laissé, qu il ne scait si elle est retournée et que les hommes qui étoient dans la sienne où il y avoit 2 officiers, étoient partis par les terres, guidés par un sauvage pour aller faire quelques prisonniers vers la prairie. Que tous les sauvages étoient à la poursuite de ces gens-là. M^ de Bourlamaque envoya dans la nuit informer à la Prairie et à Chambly pour qu’on se tint sur ses gardes.

Sur les 6 heures du soir, Mr Lavérandrie arriva avec deux prisonniers et 2 chevelures. Un de ces prisonniers est officier du corps de Roger, il y a aussi eu 1 officier

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de tué. Trois se sont sauvés avec le sauvage qui les conduisoit;nous y avons perdu un Iroquois. Volf poursuit au sud avec les Abénaquis au cas que l’autre berge ait pris cette route.

L’anglois arrêté par les sauvages près de la berge arriva sur les 3 heures après diner. Il dit que l’armée est de 20 mil hommes depuis le fort Edouard jusques à S* Frédéric. Qu’on y travaille beaucoup, qu’on fait un chemin de Carillon à Frédéric. Qu’on pense au camp que Québec est pris ou le sera bientôt, qu’il ne sçait ce qu’est devenu l’armée du lac Ontario, mais qu’il a oui dire qu’elle devoit descendre le fleuve S* Laurent sans en être certain; que le général Brodon (?) a été tué à une petite affaire à Chouaguen, celle de de la Corne sans doute. Qu’il croit que les anglois viendront nous attaquer icy, que plusieurs disent que nous sommes beaucoup de monde, d’autres que nous sommes peu et que le fort est à Québec. C’est tout ce que j’ai pu sçavoir.

Jeudy 30 d’Aoust — de Langy resté en arrière avec des Iroquois pour amener un Iroquois, blessé à Mortrecourt ce jour, avec le reste de son party.

Un détachement de canadiens partis ce matin pour aller chercher de la pierre arriva l’après midy avec un prisonnier anglois qui s’étoit caché lorsqu’on prit celuy qui étoit auprès de la berge. Il se rendit de luy-même.

Mr Volf rentra sans avoir pu découvrir ce qu’étoit devenue la seconde berge; les Abénaquis n’ont rien découvert non plus.

Trois soldats de la marine manquèrent au camp ce jour, on ne s’en aperçut qu’à midy, ils étoient à l’appel du matin II y a apparence qu’ils ont été pris, car ils ont laissé leurs fusils et tout leur équipage, et sont partis sans vivres et nud pieds. Ils étoient allés à la pêche

Vendredy 31 — Les soldats qui manquoient hier à midy ne sont pas rentrés le soir. On espéroit à l’appel du soir qu’ils rentreroient dans la nuit parcequ’ils étoient allés à la pêche sans permission; le 31 matin, on chercha si on trouveroit leur bateau. On le trouva en effet au dessus de la rivière du Sud, fort près du camp. Il y avoit trois rames dans le bateau et une ligne à pescher à terre auprès du bateau qui avoit mis à la côte du Sud. Nouvel indice qu’ils avoient été pris.

Un party sauvage des pays d’en hault partit l’après diner. Il doit faire de nouveaux efforts pour tâcher de joindre la berge en question. Les volontaires de Volf partirent aussi. Il plut toute l’après diner.

Samedy l^r Septembre — Le tems fut à la pluye tout le jour, nos travaux furent languissants. Il arriva des nouvelles de Québec. Les déserteurs qui arrivent à notre camp de Beauport confirment toujours que les anglois se disposent au départ. Cependant, le 27 au soir, il passa au dessus de Québec 5 nouvelles frégates ou Senaux. On ignoroit les vues de l’ennemi, et on paroit moins se flatter du prochain départ de l’ennemi.

Rien n’a transpiré encore de ce que pouvoit contenir les papiers dont les anglois et les sauvages pris dernièrement à S^ François étoient porteurs. Je ne me rappelle pas le jour que nous avons appris cette nouvelle icy, je ne l’ai pas marqué dans son tems.

Dimanche 2 Septembre— Le tems assés beau. Rien de nouveau.

Lundy 3 Départ de Langy-Montegron avec vingt canadiens environ et quelques sauvages pour aller à la découverte.

Mardy 4— De la pluye tout le jour. Rien de nouveau d’ailleurs.

Mercredy 5 — Rien de nouveau, beautems.

Jeudy 6— Nous reçûmes des nouvelles de Québec qui nous apprennent que les

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anglois ont levé leur camp du Sault Montmorency. La déposition du déserteur anglois du 26 Aoust annonce leur départ; mais les vaisseaux qu’ils ont fait passer au dessus de Québec rend cette retraite douteuse. Par les nouvelles de ce jour, ils avoient 17 vaisseaux au dessus de Québec, quelques lettres disent 19. Nous avons perdu une frégate de 26 canons sur la pointe des Grondines.

Arrivé à notre camp le 6 Sept^^^ 1759

De par Son Excellence Jeffery Amherst, Major général et commandant en chef de toutes les forces de Sa Majesté dans l’Amérique Septentrionale, etc., etc., etc.

N° 1 — Instructions pour le Cap^ Quinson Kennedy, du 17^ Régiment

Aussitôt les présentes reçues et, ainsi que vous en avez déjà reçu mes ordres, vous partirez pour vous rendre aux villages des sauvages de l’Est et lorsque vous serez arrivé, vous demanderez à parler aux chefs, à qui vous direz de ma part que je suis en marche avec mon armée pour me rendre en Canada, dans le dessein de réduire ce pays sous l’obéissance de Sa Majesté, mais que pour marquer les bonnes dispositions où je suis pour ces sauvages, et avant que j’entre dans leurs habitations, je vous envoyé vers eux pour leur offrir mon amitié aux conditions qu’ils demeureront neutres, et qu’ils ne se joindront point avec aucun des ennemis de Sa Majesté ni ne se mêleront dans aucun acte d’hostilité contre son armée ou contre aucun de ses sujets, dans lequel cas, comme je ne suis pas venu avec les intentions de les déposséder ny de les incommoder, je protégerai et deffendrai leurs personnes et leurs biens, et je leur en assurerai la paisible possession, que je ne demande ni leurs secours, ni leur assistance dont je n’ai nul besoin. L’armée qui est sous mes ordres étant plus que suffisamment forte pour réduire non seulement les françois, mais les sauvages même s’ils n’acceptoient pas mon amitié que je leur offre actuellement; vous insisterez donc pour qu’ils vous donnent une réponse immédiate; et je ne doute pas qu’ils ne consultent leurs intérêts et qu’ils n’acceptent avec joye et avec sincérité les propositions d’amitié que vous leur fairés de ma part. Lorsque vous aurez reçu leurs réponses vous irez rejoindre le major général Wolf à Québec et vous lui direz que je lui ordonne de regarder ces sauvages de l’Est comme nos amis et nos alliez, et qu’il aye soin que les engagements que j’aurai pris avec eux soient ponctuellement exécutés après quoi vous reviendrez auprès de moi sans délay me rendre compte de la négociation que je vous ai confiée.

Donné au camp à la pointe à la chevelure le 8 aoûst 1759.

Signé; jeff. Amherst.

Contresigné; J. Appy.

N° 2 — Lettre de David Belfond au commissaire Député à l'armée du général Wolÿ

De la pointe à la cheveleure, le 8 août 1759.

Mr Read a été envoyé au fort Duquesne, et Wogrinthon est resté au fort Edouard.

Il le renvoyé au Cape Kennedy pour avoir des détails particuliers, dit qu’il ne veut pas luy rien marquer de conséquence au sujet de la force de l’armée, de crainte

que sa lettre ne tombe entre les mains de l'ennemi, qu’il espère d’avoir bien tôt le plaisir de déboucher avec lui une excellente bouteille devin François en Canada.

N° 3 — Lettre de Paul Ricaut au Lieut^ Colon Haie, 47^ Régiment

De la Pointe à la Chevelure le 8 Août.

Il le remet au Cape Kennedy qui lui faira le détail de leur succès.

Il ne doute pas que ce Cape ne le trouve en paisible possession de la ville de Québec, dit que l’armée à la Pointe est dans de grandes dispositions de bien faire et qu’elle a un train d’artillerie considérable, et une flotte suffisante pour chasser les françois du peu de terrain qui lui reste en Canada. Nos armes, dit-il, ont eu des succès de tout côté. Niagara est à nous et les sauvages ne seront plus amis des françois, il espère avoir bientôt le plaisir de le voir à Montréal.

N° 4 — Lettre de Willkins au L^ Col. Barré

Frédéric le 8 août 1759.

Qu’il sera bien informé de leurs démarches et qu’en conséquence il ne lui marquera rien de particulier.

Dit que l’ennemi leur a abandonné des lignes qui étoient fortes, estime l’armée françoise de 2 à 3 mil, qu’ils se sont servis de ces lignes, éloignées de mil toises du fort, pour se couvrir et pour travailler; que les batteries qu’ils avoient fait, avoit fait juger à l’ennemi qu’il ne pouvoit tenir et le détermina à l’evacquer, qu’ils ont trouvé dans ce fort 21 pièces de canon et quelques mortiers, qu’il auroit été effectivement fort malhonnête de tout détruire . que le Colonel Townsend a été

tué, qu’ils ont eu 16 hommes tués et 50 blessés. Il y a longtems que nous sommes convaincus, dit-il, que l’ennemi nous fairoit des grâces, et nous attendons encore d’eux de nouvelles faveurs et que cette place qui est fort belle restera à nous pour toujours, nous les recevrons, témoin Niagara, mais laissons-les s’occuper de l’avenir.

Il dit que le fort de Carillon est actuellement tenable.

N° 5 — Rien

N° 6 — Au Cap^ William, Ingénieur

Il le remet à lui dire tout plein de nouvelles après la campagne.

N° 7 — Lettre de Moriss, au Cap^ Leland de la Pointe

Le 8 aoûst 1759.

Il avoüe avoir perdu sa gageure, il voit que contre ses conséquences politiques, les françois ont voulu courir les hazards de la guerre. Cette campagne, cependant l’évènement, comme je l’ai souvent dit, ajoute-t-il, entraînera la perte de tout le Canada.

Nos succès, jusqu ici, ont répondu a nos attentes; l’armée du général Amerst est en possession de Carillon et de la pointe; celle du général Prideaux a pris Niagara

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et 600 prisonniers françois, après avoir battu un corps de 1500 hommes dont la perte en morts et blessez, est très considérable. Il ne s’est pas échappé un seul officier de remarque.

Le Capne Kennedy ou Hamilton vous dira les particularités qui nous concernent et si, dans une entreprise aussi extraordinaire, ils ont le bonheur de vous joindre, ils réclameront vos bons offices.

Il compte le voir à Montréal.

N° 8 — Lettre de Paul Ricaux, au Cap'^e Smelt, de la pointe

Le 18 août 1759.

Il se flatte que sa lettre le trouvera en paisible possession de Québec. Le porteur lui fera un détail de leur succez. Il dit qu’ils ont une grande armée encouragée par leur victoire et il se flatte de le voir bientôt et le reste de ses amis à Montréal.

N° 9 — Lettre de Jos. Knight au Cape^ Edw. Smith, 58^ Regt' de la Pointe

8 Aoust

Le Cape Prescot a été envoyé en Europe pour porter la nouvelle de la prise de Niagara.

Il dit que sa lettre passera avec un officier de Son Régiment qui, avec un autre officier et quelques sauvages, entreprennent d’aller à Québec par terre.

Qu’il lui écrira par Boston, ne voulant hazarder aucune nouvelle, ni raisonnements politiques par cette voye, de crainte que ces lettres ne tombent entre les mains des ennemis.

Il parle de la prudence, du sens froid, et de la précaution avec laquelle se conduit le général Amerst.

10 — Commission de Cap^ dans le 17^ Régiment. Col. Forbes et Quinson Kennedy,

par le général Amerst

Commission de Lieutenant dans Royal américain; Lient, général Clair, Colonel à Archebalde Hamilton, par le général Loudon.

N° 11 — Lettre de G. West au Cap^ Edward Smith

8 Aoust 1759.

Je ne peux laisser partir le Cape Kennedy sans vous écrire, c’est plus que vous ne méritez, vous qui ne m’avez pas écrit depuis longtems.

Vous serez charmé d’apprendre que nous sommes en possession de ce fort qui

a fait tant de bruit dans le monde. .

Nous nous sommes mis sur le lac Georges le 21e juillet et nous avons pris terre

le lendemain matin sans opposition.

Le lendemain, nous investîmes Carillon et prîmes possession des lignes que nous attaquâmes l’année dernière. Elles nous ont été très utiles pour mettre notre armée à l’abri du canon; elles sont environ à mil toises du fort.

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L’armée entière a campé tout au tour et vous pouvez vous imaginer que nous avons vivement travaillé le jour et la nuit. Le même soir nous aurions eu deux batteries d’établies (c’étoit le 27), si l’ennemi ne nous eut épargné la peine en évacquant le fort pendant la nuit et faisant sauter une partie du fort.

Nous y avons trouvé 20 hommes que l’empressement de s’en aller lui avoit fait laisser; Mr de Bourlamaque qui y commandoit, selon moi s’est très mal comporté. Il avoit d’abord près de 3 mil hommes avec lui, et s’il avoit deffendu ces lignes, il nous auroit sûrement arrêté très long tems, et nous auroit fait perdre beaucoup de monde, nous n’avons eu que 10 hommes tués ou blessés par le Boulet; ce fort quoique petit auroit pu faire en peu une place très forte. Elle est cependant commandée; les françois ont fait des travaux et des dépenses immenses pour le construire; l’armée a campé dans les lignes jusqu’au 4 août et a employé ce temps à rassembler les bateaux sur le lac Champlain, nous nous imaginions tous que les françois s’arrêteroient icy, mais contre notre attente, ils ont fait sauter le fort le p“ de ce mois et nous supposons qu’ils sont allés à S*' Jean (à 33 lieuës d’icy) où nous pensons qu’ils se fixeront et nous attendons présentement savoir si nous irons ou non, c’est ce que je ne saurois vous dire, mais je crois que cela dépend de vos succès

Le fort de Niagara est pris malgré la perte du pauvre Pridaux, qui se promenait pendant la nuit sur le front de nos batteries, lorsqu’un canonier qui ne le voyait pas, mit le feu à un aubusier. L’éclat de la bombe vint le frapper à la tête.

Arrivé à notre camp le 6 7^^* 1759

26 Août 1759.

William Quair, Sergent dans le Régiment d’Olivay (Ottway), déclare: qu’il y a cinq régimens au camp du Sault:

Le Régiment Olivay (Ottway) .

Lesselles (Lascelles) .

Bragges (Bragg) .

Anstruther .

2e Bon Royal amérikain .

Rangers .

Montagnards Ecossois au Sault depuis 4 jours. Marine .

Artillerie au Sault, 5.

ou 6 canons de 24.

11 canons de 12.

7 canons de 6.

1 mortier.

Environ 9 aubuses et petits mortiers à grenades.

Dit qu’on transporte 8 pièces de canon de 24 qu’on avoit embarqué à bord des vaisseaux et on emporte journellement toutes les bombes et boulets, qu’on se prépare de renvoyer aussi tous les canons qui restent au Sault. Et il croit qu’ils décamperont de là dans trois jours.

Le général Murray qui étoit au dessus de Québec est descendu aujourd’hui et rentré au camp du Sault, dit que les troupes sont aussi descendues à une lieue et un tiers de la pointe de Levice, croit que les vaisseaux qui sont au dessus de Québec passeront ce soir ou demain au soir au plus tard.

^ Dit qu’on avoit eu les nouvelles que nous avions évacqué Ticonderoga, qu’on n a pas cependant aucune espérance de réussir icy et comme ils avoient les nouvelles de Ticonderoga au mois de juillet, il croit que ce n’étoit que pour encourager

1 armée. Il croit qu’avant leur départ, les vaisseaux s’embosseront contre la ville sans que les troupes fassent de tentatives.

Qu on n a pas assez de berges et batteaux pour embarquer toute l’armée à la fois, il croit qu’il peut y en avoir 200.

N’a pas autre connaissance de l’escadre françoise que par une gazette de Boston qui marquoit qu’ils avoient fait une descente en Irlande, mais qu’ils étoient repoussés. Aucune nouvelle du Roy de Prusse ou des affaires sur le continent.

Il croit qu’ils ont perdu depuis leur arrivée icy, tués et blessés, plus de 1000 hommes; qu’ils ont eu le 31 juillet 365 blessés et 157 tués, il dit qu’il peut y avoir en outre des matelots tués et blessés.

Il croit que le corps des troupes au Sault lorsqu’ils quittent ce camp, iront reprendre leur ancien camp à l’Isle d’Orléans.

Qu’il y a beaucoup de malades, tant blessés que de fièvre et de flux de sang.

La raison pour décamper du Sault: ils croyent d’un moment à autre que nous attaquerons, ils ont des alertes continuelles et la nuit dernière ils ont resté sous les armes, croyant avoir vu dans la journée un mouvement dans notre camp

Qu’il y a 4 régiments à la pointe de Levice:

Webbs . 800

Amherst . 470

3e Regt Royl Ameriqn . 600

Kennedy . 600

Les montagnards écossois ont toujours campé sur l’Isle Dorléans depuis le 31 juillet, il croit 700 de ce régiment détachés au dessus de Québec et le reste sur l’Isle Dorléans,

Moncton le général, blessé le 31® juillet, il est rétabli.

Il croit que l’armée comptant toutes les troupes réglées ne monte qu’à 6000 hommes, non compris la marine et les . . .

Il dit que leur dessein de monter au dessus de Québec étoit de nous couper la communication avec Montréal et de brûler moulins à moudre.

Dit qu’il ne croit pas qu’ils resteront assez longtemps pour brûler le bled, puisqu’il faut qu’ils soient mur pour le brûler. Ne croit non plus, malgré qu’on le dit, qu’ils s’établiront sur l’Isle aux Coudres par le nombre de malades qu’ils ont et qu’il en tombe journellement.

Le dernier déserteur qu’ils ont eu il y a 8 jours faisoit monter notre armée à 11,400

Ils craignent d’entrer dans les profondeurs à cause des sauvages

Depuis 8 ou 10 jours on parle beaucoup d’embosser leurs vaisseaux contre la ville et faire une descente en même tems à la ville.

N’a pas oui dire qu’il y avoit de désunion entre les généraux de mer et de terre.

On disoit au camp que le général Muray qui commandait au dessus de Québec, avoit demandé des renforts à Wolf et qu’il ne vouloit pas lui en donner.

Il croit qu’ils ne resteront icy que 14 jours ou 3 semaines. Croit les gros vaisseaux à la pointe d’Orléans.

A oui dire que tous les gros vaisseaux à trois ponts avoient reçu ordre de se tenir prêts à partir pour la vieille Angleterre.

Il croit que les vaisseaux des transports qui étoient des fascines, des piquets et 400 bêtes à corne, sont à l’Isle aux Coudres, où il y a beaucoup de charpentiers à travailler.

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Il y a 3 semaines qu'il y a eu un paquebot de Boston.

Il ignore si on établit de nouvelles batteries à la pointe de Lévice. Que les sauvages font beaucoup de chevelures vers Alifax.

Avant hier à la 4e Eglise, il y a eu un prêtre et 14 canadiens qui ont été obligés de mettre armes bas et se sont rendus prisonniers, mais qu’on les a tués ne voulant pas faire quartier à ceux qui font comme les sauvages. Il assure le fait d’après son frère qui étoit du détachement.

Le général Wolf est toujours au camp du Sault malade depuis quelques jours, mais seulement de la fièvre.

Depuis quelques jours il ne vient plus de canadiens au camp du Sault comme auparavant.

La maladie et la mortalité qu’il y a principalement parmi les matelots déterminera le prochain départ des anglois.

Il prétend que les bâtimens ont débarqué leur eau et arrimé des vivres pour 2 mois.

A leur départ des gros détachemens marcheront par terre, cotoyés par des berges pour brûler et ravager.

Dit que l’amiral Saunders a dissuadé Mr Wolf d’une seconde attaque et d’un établissement à l’Isle aux Coudres auquel il ne croit pas.

Retour de Langy de sa découverte dans la baye de Missiskoui où il n’a rien aperçu.

Vendredy 7 Septembre — On fit partir 200 hommes du gouvernement de Québec pour aller faire la récolte à Berthier et à Terrebonne suivant l’ordre qu’en avoit envoyé Mr le Cher de Lévis. Il partit aussi beaucoup de canadiens du gouvernement de Montréal pour le même objet; depuis dix à douze jours il en a défilé beaucoup avec permission de Mr de Bourlamaque.

Mr D’Arrezat, capte au Regnt de la Reine fut député à l’armée angloise pour y porter des lettres de nos généraux. Il avoit quelques soldats de son Régiment et 8 Canadiens.

Samedy 8 Septembre — Il a plu toute la nuit dernière et le jour. Rien de nouveau d’ailleurs.

Dimanche 9 — La pluye toute la nuit et le jour suivant.

Lundy 10 — Le tems moins mauvais, il plut cependant encore un peu ce qui ne nous empêcha pas de travailler par corvée. Mr le Cher de Lévis arriva à notre camp sur les 9 heures et en repartit à trois heures après diner. Nous apprîmes que les Anglois avoient évacué le Sault Montmorency, brûlé leurs retranchemens et s’étoient retirés dans le meilleur ordre sans essuyer le moindre mal de notre part.

Ils ont un camp à l’Isle d’Orléans et cinq à la pointe de Lévy où ils ont élevé de nouvelles batteries. Outre les vaisseaux qu’ils avoient déjà au dessus de Québec, ils en ont encore fait passer quatre. Tous sont mouillés vis à vis Sillery au nombre de 20 et quelques.

Les derniers prisonniers faits du côte de Chouaguen disent que les Anglois ne doivent pas nous attaquer cette année aux rapides, ni à l’Ile aux Noix. Mais un courrier dépêché tout récemment de l’Ile aux Galops apprend qu’il est venu chez les sauvages de la Présentation une députation des iroquois des 5 nations pour inviter les premiers à se retirer eux et leurs enfans et ne se pas mesler de la guerre des françois et des anglois. Que ces derniers dévoient partir le lendemain d’eux pour venir attaquer les françois et les repousser jusques à Montréal. Ils leur dirent aussi qu’on avoit fait la réjouissance de la prise de Québec depuis six jours et que les

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anglois dévoient être maitres de l’Ile aux Noix. Plusieurs pensent que cette députation n’est qu’un prétexte pour connoistre dans quelle situation nous pouvons être.

Mardy 11 Septembre — Beau tems. Rien de nouveau.

Mercredy 12 — Nous eûmes alerte au camp cette nuit. Un party anglois tenta de mettre le feu à la barque que nous avons dans le chenal du Sud de l’Ile. On tira quelques coups de fusil sans pouvoir tuer deux hommes qui étoient venus à la nage jusques à la barque à laquelle ils avoient déjà attaché une lanterne d’artifice. Ils avoient aussi un baril remply de matières combustibles qu’on trouva sur l’eau, qu’ils n’eurent pas le tems d’attacher. Ils ne mirent le feu ni à l’un ni à l’autre.

On fit partir un détachement au point du jour pour les suivre qui rentra sur les dix heures ayant cependant trouvé la piste de 5 hommes, du lard et du biscuit. Notre détachement revint pour prendre des vivres et retourner sur le champ. Les comp* s de volontaires marchèrent aussi.

A huit hteures du soir, de Bourlamaque fit demander encore 15 canadiens avec des vivres pour deux jours pour aller rejoindre les volontaires. Je ne sçai pour quelle raison.

Retour de Mr Dasserat de son ambassade parti le 7.

Jeudy 13 Septembre — Beau tems. d’Hebecour commandé à Jean escrit avant midy à Bourlamaque que ses sauvages du Sault Louis avoient envoyé à son poste pour rappeler cinquante et quelques sauvages qui doivent nous passer et les inviter à se rendre au Sault, pour de là marcher tous aux rapides où les anglois avoient attaqué les françois depuis quatre jours. Il ajoute que les françois ont ordre de s’y rendre de toutes parts et que les habitans des Cèdres, à Châteauguay,ile Perault et Pointe Claire étoient déjà partis.

Mr de Bourlamaque n’a pas reçu de la journée de couriers de Montréal qui luy ait confirmé cette nouvelle.

Il fut détaché 25 miliciens pour S^^ Jean.

Vendredy 14 — Il vint des nouvelles de Montréal. La nouvelle écrite hier par Mr d’Hébecourt ne se trouva pas vraie. On dit que M^ de Ligneris n’est pas pris qu’il est au détroit avec 500 hommes.

Il nous manqua trois soldats ce jour depuis l’appel du matin.

Samedy 15 — Il fit cette nuit un très gros vent. Le tems orageux tout le jour. Il vint des lettres de Québec du 3 de ce mois qui n’aprennentrien de nouveau. Les Anglois sont toujours dans la même position à la pointe de Lévy et nous dans la nôtre.

La goélette arriva ce matin du Lac qui ne nous apprit rien de nouveau. Elle étoit venue chercher des vivres.

Dimanche 16 — M^ Bourlamaque partit pour la bayedeMissiskoui y faire une découverte escorté d’une compagnie de grenadiers, 85 volontaires, 25 soldats de la marine de bonne volonté, 30 miliciens et quelques sauvages: le tout avec des vivres pour 3 jours.

Vingt cinq miliciens du gouvernement de Québec furent détachés pour Saint Jean.

Je reçus des lettres de Québec. Les Anglois sont toujours campés à la pointe de Lévy et font diverses manœuvres qui font croire qu’ils cherchent à prendre poste au dessus de Québec.

Lundy 17 Septembre— Il plut l’après diner. M*- de Bourlamaque rentra au camp. Il avait passé par le Portage de Missiskoui pour venir tomber dans la rivière du Sud. La majeure partie de son détachement resta à l’Ile de la Mothe.

76 ARCHIVES DE QUÉBEC

Comme le vent étoit au Nord-Est, la goélette appareilla le matin pour aller prendre sa station.

Mardy 18 — Il plut beaucoup cette nuit et à diverses reprises dans la journée on ne put pas travailler. Le détachement de de Bourlamaque rentra le soir. Nous eûmes des nouvelles de Québec indirectes. Les lettres ne furent point publiques, mais les nouvelles du camp parlent d’une affaire générale à Québec et très chaude. Que les anglois ont fait trois attaques l’une à Beauport, l’autre à la Basseville, et la troisième à Sillery; qu’ils ont été repoussés aux deux premières avec une perte considérable, mais que la troisième leur a réussi, quoiqu’ils y aient fait une très grande perte. On dit que la nôtre est très grande aussi, que de Montcalm y a été blessé dangereusement, d’autres le disent mort. Enfin, que nous devions avoir une seconde affaire incessament. D’autres disent que notre armée est retirée à Jacques Cartie

Mercredy 19 Septembre — ^Les nouvelles d’hier ne sont point encore devenues publiques. Nous ne scavons encore que celles du camp.

Le temps fût assez beau tout le jour. Il fit un très gros vent du Sud.

Jeudy 20 — La pluye commença à tomber hier à neuf heures du soir et a duré toute la nuit. Il ne plut pas dans la journée.

Mr Langy alla à la découverte à la baye de Missiskoui.

Vendredy 21 — Le tems beau. Mr Sabrevois alla à la découverte à la baye de Missiskoui.

Enfin les nouvelles devinrent publique. Nous scumes que la nuit du 12 au 13, les anglois firent par surprise une descente à l’anse du Foulon et voilà comme cela arriva. Deux soldats du Reg"* de Lasare désertèrent le 12 sur les 8 ou 9 heures du soir. Ils dirent qu’il devoit passer au descendant 19 bateaux du cap Rouge à la ville, chargé de farine. Wolf là-dessus prit le party de faire devancer à la pointe du descendant ces bateaux de 19 berges où il yavoit 1000 hommes. Quand ils passèrent au 1er poste que commandoit Mr Douglas, on leur cria qui vive. Les Anglois répondirent France. Quel Régiment 1 les Anglois répondirent: ne faites pas de bruit, ce sont les 19 bateaux chargés de farine qui partent du Cap Rouge, et on les laissa passer.

Ils vouloient aller au Foulon où ils scavoient qu’il n’y avoit que 50 hommes à poste fixe, commandés par Verger. Quand ils y furent, ils descendirent. Il y avoit une petite garde qui fut emportée sur le champ et ils montèrent d’autant plus aisément que la cote avoit été mal rompue. Les 1000 hommes en haut firent une décharge sur les tentes de Verger et prirent tout le détachement. Ces hommes montés, tout le reste le fût bientôt et Douglas ne fit pas avertir Bougainville, son commandant, qui étoit au cap Rouge. Il ne l’apprit qu’à 8 heures par un perruquier qui dit que les Anglois remplissoient le chemin de Samos et Sainte Foy.

Mr Montcalm campé à la pointe S* Jean (1) avec 5000 hommes environ, informé de la descente, marcha à la maison de Borgia où les anglois s’étoient logés. Il replia ce poste dans 1 instant et les suivit l’épée dans les reins. Cette troupe apostée là, peut être avec intention les conduisit à l’armée angloise qui étoit ventre à terre dans le bois. A l’arrivée de l’armée françoise les Anglois tirèrent deux pièces de canon à cartouche et fit une décharge à brulebour. Nous y perdîmes 4 à 500 hommes dont 40 officiers tués et blessés, le Marquis de Montcalm du nombre, mort à Québec peu de tems après. Après un court combat, notre armée se retira dans

(1) Cet article faux. M. Montcalm n’étoit pas campé à la pointe- S. Jean; il étoit au camp de Beauport. — (Note de l’auteur du journal).

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le plus grand désordre. Les canadiens fusillèrent plus d’une heure après la retraite des troupes et se retirèrent aussi dans le camp de Beauport. On proposa de retourner a la charge, il ne fut pas possible d’y déterminer les troupes. Les canadiens y retournèrent aux ordres de Dumas; mais n’étant pas soutenus, ils furent contraints de faire retraite. Il fût décidé ensuite par un conseil de guerre qu’on se retireroit à la rivière Jacques-Cartier où on devoit se retrancher. L’armée partit le 14 pour s’y rendre et le 16 tout y arriva avec la dernière misère; sans équipage, sans vivres et sans souliers. Le camp de Beauport resta tendu.

Les anglois ont perdu 60 officiers et 15 à 18 cens hommes au rapport des déserteurs et prisonniers. Dans ce nombre, le général Wolf et son second Moncton. Ces pertes ont redonné courage à nos troupes et on se détermina à revenir gagner les hauteurs du cap Rouge pour empêcher l’ennemi de pousser le siège de Québec. On craignoit que cette ville n’eut déjà capitulé faute de vivres.

Nous avons appris aujourd’hui qu’on a réussi à y faire passer 60 bateaux chargés de farine et nos affaires, moyennant cela, prennent une meilleure tournure. On paroit disposé à attaquer l’ennemi si on trouve à le faire avec avantage, ou tout au moins de l’empêcher de rien entreprendre sur la ville et le combattre au rembarquement (1).

Samedy 22 septembre — Nous eûmes aujourd’hui confirmation des nouvelles débitées hier. On y a même ajouté qu’on avoit réussi à faire passer un convoi de 40 charettes de vivres en ville (2).

M*'s Langy et Sabrevois rentrèrent de leur découverte. Ils n’ont rien aperçu.

La nouvelle du camp est que les anglois sont bloqués dans le bois de Samos et qu’il n’en paroit pas un qui ne soit fusillé.

Dimanche 23 Septembre — Il plut toute la nuit et im peu ce jour. Il partit ce matin une découverte aux ordres de La Durantaye qui est rentré ce soir et a trouvé un aviron anglois sur le lac. Cela confirmeroit ce qu’ont dit des sauvages revenant de la citasse qui assurent avoir entendu une berge sur l’eau. Mr Outlas étoit avec eux, mais dormoit pour lors. Ils le réveillèrent, il alla à l’endroit, mais n’entendit rien. Il croit cependant qu’ils ne mentent pas parcequ’ils luy parurent fort effrayés.

Lundy 24 — Mrs de Langy, La Durantaye et Outlas partirent avec 40 hommes pour vérifier la nouvelle donnée par les sauvages hier. Il plut la nuit et tant soit peu le jour.

Mardy 25. — Même temps aujourd’hui qu’hier à peu près.

Mr Outlas fut détaché par Mr de Langy pour instruire Mr de Bourlamaque qu’il avoit trouvé 17 berges angloises dans la baye de Missiskoui. Il en a brisé une partie et emmené le reste au portage où il est resté pour les garder. J’eus ordre à neuf heures du soir de détacher 2 officiers de la marine, 50 soldats et 40 miliciens avec des vivres pour cinq jours. Ils doivent partir demain au point du jour.

Il arriva aussi un courrier à Mr de Bourlamaque, j’ignore les nouvelles.

Mercredy 26 — Il partit au point du jour de ce camp 300 hommes environ, avec des vivres pour 5 jours. Tout le détachement est de 330 hommes en y comprenant les officiers et le détachement qu’avoit Mr Langy.

On m’a dit que le courrier arrivé hier n’avoit été dépêché que de Chambly pour quelque chose que M^ de Bourlamaque y avoit demandé et qu’on n’avoit aucune nouvelle de notre armée de Québec.

(1) Article faux. — (Note de l’auteur du journal).

(2) Article faux. — -(Note de l’auteur du journal).

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Jeudy 27 Septembre— Il plut un peu la nuit dernière et ce jour.^ Mr le Gouverneur de Montréal marque à de Bourlamaque par un courrier qu’il luy a dépêché cette nuit dernière qu’on a arrêté vers la Présentation un officier anglois et neuf hommes qui s’y étoient rendu par la rivière aux Sables en 28 jours. Les instructions de cet officier sont du 27 Aoust, jour de son départ de S‘ Frédéric; elles luy prescrivent d’aller à la Présentation par la rivière aux Sables qu’il devoit remonter en bateau plat tant qu’il la trouveroit navigable et, de là, se rendre par terre. Il devoit ensuite envoyer une partie de son détachement au commandant de Chouaguen, l’instruire de ce qu’il auroit observé et de sa mission particulière, et revenir avec l’autre rendre compte au général de l’armée de Saint-Frédéric, observant s il seroit possible de faire passer un gros détachement par cette rivière. Un caporal luy déserta et vint instruire les françois de l’endroit où étoit le détachement anglois. On s’y transporta sur le champ et on prit l’officier et le détachement entier. On trouva encore la lettre qu’il écrivoit au commandant de Chouaguen — peu intéressante.

Mr de Bourlamaque eut nouvelle du détachement parti le 26. Il en fit partir un autre de 50 hommes à 9 heures du soir, avec des vivres pour huit jours. Ce détachement porte aux autres une augmentation de vivres.

Vendredy 28 Septembre — Il plut un peu la nuit dernière et ce jour. Nous reçûmes l’accablante nouvelle de la reddition de Québec du 18 Septembre. Cette nouvelle est générale dans le camp et paroit certaine. Elle y a été tenue secrète pendant plusieurs jours et de Bourlamaque a fait aujourd’hui comme s il 1 apprenoit. On ne dit aucune circonstance; seulement que M*' de Lusignan fils est venu à Montréal sur sa parole, que M^Dobrespy (d’Aubrespy), capitaine de Bearn a mandé sa femme à Montréal sitôt la lettre reçue pour passer en France et qu’on a accordé quatre de nos vaisseaux français pour passer la garnison de Québec en France.

La ville s’est rendue faute de vivres, dit-on, et ne vivoit depuis trois jours que d’un reste de farine détrempé dans de l’eau. On ne scait rien de notre armée; les uns pensent que la colonie ne capitulera pas, d’autres attendent la capitulation générale à tout instant.

Samedy 29 — Il plut un peu la nuit dernière et ce jour. Rien de nouveau d’ailleurs.

Dimanche 30 — Nous eûmes la confirmation de la reddition de Québec et sa capitulation cy-jointe. Notre armée de Québec apprit cette fâcheuse nouvelle à Saint- Augustin et se retira à Jacques Quartier — Beau tems.

Capitulation accordée par Son Excellence Mr le général Townshend, brigadier des Armées de Sa Majesté britannique de la manière et aux conditions exprimées cy-dessous.

La garnison de la ville composée de troupes de terre, de marine, et matelots sortira de la ville avec armes et bagages, tambour battant, mèche allumée, avec deux pièces de canon de France et 12

Articles de la capitulation demandée par Mr de Ramezay, Lieutenant pour le Roy, Commandant la haute et basse ville de Québec, Cher de l’Ordre militaire de St-Louis, à Son Excellence Mr le général des troupes de Sa Majesté britannique.

Mr de Ramezay demande les honneurs de la guerre pour la garnison et qu’elle soit emmenée à l’armée en sûreté par le chemin le plus court avec armes et bagages, six pièces de canon de fonte,

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coups à tirer pour chaque pièce et sera embarquée le plus commodément qu’il sera possible pour estre mise en France au 1er port.

Accordé.

Accordé.

Accordé.

Libre exercice de la religion romaine.

Sauvegardes accordées à toute personne religieuse ainsi qu’à Mr l’Evêque qui pourra venir exercer librement et avec décence les fonctions de son état lorsqu’il le jugera à propos jusqu’à ce que la possession du Canada ait été décidée entre Sa Majesté britannique et Sa Majesté très chrétienne.

deux mortiers ou aubusiers et 12 coups à tirer par pièce.

Que les habitans soient conservés dans la possession de leurs maisons, biens, effets et privilèges.

Que les dits habitans ne pourront être recherchés pour avoir porté les armes à la défense de la ville, attendu qu’ils y ont été forcés et que les habitans des colonies des deux couronnes y servent également comme milices.

Qu’il ne sera point touché aux effets des officiers et habitans absents.

Que les dits habitans ne seront point transférés, ni tenus de quitter leurs maisons jusqu’à ce qu’un traité définitif entre Sa Majesté t. c. et Sa Majesté B. ait réglé leur état.

Que l’exercice de la religion catholique apostolique et romaine sera conservée; que l’on donnera des sauvegardes aux maisons des ecclesiastiques, religieux et religieuses, particulièrement à Mer pEvesque de Québec qui, rempli de zèle pour la religion et de charité pour le peuple de son diocèse, désire y rester constamment et exercer librement et avec la décence que son état et les Sacrés mystères de la religion romaine exigent, son autorité épiscopale dans la ville de Québec lorsqu’il le jugera à propos jusqu’à ce que la possession du Canada ait été décidée par un traité entre Sa Majesté T. C. et Sa Majesté B.

Accordé.

Accordé.

Accordé.

Que l’Artillerie et les munitions de guerre seront remises de bonne foy et qu’il en sera dressé inventaire.

Qu’il en sera usé envers les blessés, malades, commissaires, aumôniers, médecins, chirurgiens, apotiquaires et autres personnes employées au service des hôpitaux, conformément au traité d’échange du 6 février 1759, convenu entre Sa Majesté très Chrétienne et Sa Majesté Britannique.

Qu’avant de livrer la porte et l’entrée de la ville aux troupes angloises, leur général voudra bien donner quelques soldats pour estre mis en sauvegarde aux églises, couvents et principales habitations.

Accordé;

Qu’il sera permis au Lieutenant de Roy commandant dans la ville de Québec d’envoyer informer M^ le Marquis de Vaudreuil, gouverneur général, de la reddition de la place, comme aussi que le général pourra écrire au Ministre de France pour l’en informer.

Accordé Que la présente capitulation sera

exécutée suivant sa forme et teneur sans qu’elle puisse estre sujette à inexécution, sous prétexte de représailles ou d’une inexécution de quelque capitulation précédente.

Le présent traité a été fait double entre nous, au camp devant Québec, le 7bre 1759.

Signé et scellé à la minute.

Charles Saunders, Georges Townshend, de Ramezay.

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Lundy 1er d’Octobre — Beau tems. On dit que notre armée de Québec diminue tous les jours par la désertion des Canadiens qui, dit on, alléchés par les belles promesses des Anglois, vont leur rendre les armes.

Mardy 2 — Beau tems. Rien de nouveau. On donna des souliers à toute l’armée.

Mercredy 3 — Beau tems. On délivra un quarteron de Tabac, par homme, à toute l’armée.

Jeudy 4 — Vent de Nord-Est. Il plut tant soit peu. Les différens détachemens partis depuis le 25 pour la Baye de Missiskoui rentrèrent sans avoir eu aucune connaissance des Anglois que portoient les 17 berges trouvées par de Langy.

Vendredy SOctobre — Letempsàlapluyetout le jour. Les travaux continuèrent cependant. Les trois soldats qui manquèrent le 14 rentrèrent au camp. Ils dirent avoir été pris ce jour là du côté du Sud au point du jour, que les Anglois au nombre de 18 dans deux berges, une de 10 et l’autre de 8 avoient partagés, deux dans une et un dans l’autre, et les avoient conduits en 7 jours à une journée environ de Saint Frédéric où aiant mis à terre, ils s’étoient ényvrés et endormis, qu’ils profitèrent de la circonstance et s’échappèrent dans les bois où ils sont resté huit jours égarés, au bout du quel tems ils se sont trouvés vis à vis nos chebecs. Ils ont fait un grand feu pour se faire apercevoir et on les vint chercher. Ils sont restés cinq jours. La barque venant chercher des vivres les a ramenés à huit lieues d’icy d’où elle a détaché sa chaloupe.

On fit partir après midy 1 officier de milice et 20 hommes pour porter des vivres à la barque.

Samedy 6 — On apprit le matin que le party anglais dont on eut connaissance le 25 avoit tombé sur le village de S*' François le 4 de ce mois et l’avoit mis à feu et à sang. En conséquence Mr de Bourlamaque fit un gros détachement, nous fournîmes 60 soldats et 30 miliciens, les troupes de terre 36, les compagnies de volontaires 90 marchèrent aussi avec tous les sauvages qui étoient 100 icy. On crut aussi qu’il y avoit un party au Nord, M*- de Bourlamaque en fit avertir l’armée.

Il plut tant soit peu.

Dimanche 7 — Beau tems. On fit partir les domestiques sous la conduite d’un sergent par Bataillon, pour aller à Québec chercher les équipages. Rien de nouveau d’ailleurs.

Retour de 20 miliciens partis le 5 pour porter des vivres à la barque.

Lundy 8 d’Octobre.— Beau tems. J’entendis tirer sur les 10 heures du matin un coup de canon qui me parut du côté de Montréal ou de Saint-Jean. Quelques autres personnes dirent en avoir entendu 7 à 8. Rien de nouveau.

Mardy 9— Beau tems. Rien de Nouveau.

Mercredy 10— Beau tems. Il revint le matin un soldat et un milicien du détachement parti le 6 qui me dirent que ce détachement s’étoit mis en marche pour aller au devant des anglois, désespérant de les voir venir à leurs berges.

L’officier qui commande a projeté de marcher deux jours et de les attendre

ensuite.

On marque de Québec du 27 Septembre que la disette y est affreuse, que les habitans pour la plus part ont été obligés de gagner les campagnes pour vivre ce qu’ils trouvent très difficilement, le paysan n’étant pas en état de les secourir beaucoup et n’aiant pas d’ailleurs une grande confiance aux papiers. On ajoute encore qu’il se commet mil brigandages à Québec, que les soldats anglois et même

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les françois enfoncent toutes les voûtes et volent partout malgré que le général anglois en fasse pendre beaucoup. Les françois se pleignent beaucoup de l’amiral.

Enfin, bien des politiques pensent que les anglois ne resteront pas à Québec parce qu’ils manquent de vivres.

Jeudy 11 d’Octobre — Beau tems. Rien de nouveau. Mr Surimeau partit avec 40 soldats et 20 miliciens pour aller à l’IleLa Mothe couper du cèdre propre à faire des bardeaux. Le vent du Sud-Ouest étoit très fort et l’aura peut être empêché de gagner l’Ile.

Vendredy 12 — Tems couvert calme. Le vent se mit au Nord Est le soir. On entendit un bruit semblable à des coups de canon, une heure environ avant le jour et cela dura jusques sur les 4 heures du soir. Ces coups étoient réitérés et par intervalle. Quelques uns ont pensé que ce pouvoit être le bruit du tonnerre.

Mr de Surimeau arriva à midy. Il ne put hier gagner l’Ile La Mothe, le vent étoit trop fort. Il s’arrêta à deux lieues environ du moulin Foucault où il trouva un grand bâtiment qui avoit été construit pour faire une église, il apporta dans ses bateaux tout le cèdre qu’il y trouva, il estime en avoir apporté pour ce faire cinq milliers. Il a entendu le même bruit que notre camp et l’a jugé être des coups de canon.

Sur les trois heures, il nous arriva treize soldats de la marine et des soldats de terre qui sont venus chercher des vivres pour le détachement aux ordres de Bernard dans la baye de Missiskoui. Ils n’ont encore eu aucune connaissance du détachement qu’ils attendent. Ils ont entendu aussi le bruit semblable à des coups de canon et ne font aucun doute que nos chebecs n’aient été attaqués. Ils disent avoir entendu tirer par décharge à ne s’y pas tromper.

Mr de Bourlamaque envoya urt détachement de grenadiers sur les 9 heures du matin, commandé par un Lieuten* qui avait ordre de marcher jusqu’à ce qu’il eut quelque éclaircissement de ce qui pouvoit se passer sur le lac.

Mr Le Borgne eut ordre le soir de se tenir prêt à marcher à deux heures après minuit avec un détachement de 20 soldats de la marine et miliciens dans deux berges pour aller jusques aux chébecs s’il prévoit le pouvoir faire.

Samedy 13 d’Octobre — Gros Nord Est et de la pluye.

Les soldats arrivés hier partirent ce matin à 4 heures avec les vivres qu’on envoyé au détachement. On détacha aussi 60 miliciens pour en faire le portage qui rentrèrent au camp le soir.

Il arriva dans la nuit du 12 au 13 deux matelots qui dirent à de Bourlamaque que la barque commandée par S* Onge avoit été poursuivie par un senault anglois et une esquif à canon; qu’elle auroit été prise infaiblement si le senault nes’étoit point échoué. S*' Onge entra dans la rivière de Missiskoui où il est encore. C’est luy qui a tiré tout le canon entendu hier pour nous avertir et les chebecs au cas qu’ils ne soient pas pris. Il pense qu’ils ont été attaqués.

Dimanche 14.— Les sauvages et canadiens attachés à Mr de Langy rentrèrent au camp. On pense que le party anglois est passé. On a trouvé des pistes de 9 à 10 hommes à 4 ou 5 lieues dans les profondeurs qui retournent à S‘ Frédéric. On a aussi trouvé un ancien feu dont les cendres étoient encore chaudes. Enfin, le détachement rentre en entier, les troupes passent par le lac avec les bateaux.

Gros Nord Est et pluye.

Lundy 15 d’Octobre — Il a plu cette nuit prodigieusement et fait un très gros vent. La pluye cessa a midy. Le détachement de Missiskoui rentra en entier sur les 5 heures après midy. La goélette étoit sortie de la baye. Les soldats croient

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l’avoir vue vers la pointe Squenonton. Nous n’avons encore eu aucunes nouvelles des chebecs. le Borgne n’est pas rentré avec son détachement quoique ce fut aujourd’huy le dernier jour de ses vivres.

Mardy 16 — Il gela cette nuit très fort. Le vent de Nord Est tomba et se mit au Nord-Ouest sur le soir. Beau tems.

Il arriva cette nuit quatre matelots des chébecs et 6 miliciens qui vinrent par terre qui dirent que Dolabara aïant poursuivi 60 berges en prit une armée de 20 hommes qui luy dirent que l’armée angloise étoit en marche, qu’ils avoient trois bâtimens de même force à peu près, que nos chébecs et un brigantin de 20 canons de 12. Mr Dolabara aiant aperçu le brigantin et un autre vers l’Ile au bois blanc, au dessous de luy, se détermina à couler les trois chébecs à fond et à s’en revenir par terre. Les miliciens disent que les anglois n’ont que cinq mil hommes.

Ils étoient porteurs d’une lettre de Mr Dolabara qui s’est trompé en ployant son paquet et a mis sous enveloppe une lettre que luy écrivoit de Bourlamaque au lieu de mettre la sienne. Les matelots disent 10 mil hommes.

Mr Le Borgne parti le 13 avant le jour rentra sur les 5 heures du soir. Il avoit laissé la barque de St-Onge au haut de l’Ile La Mothe. Il alla à l’Ile au Bois blanc où il fit tuer quatre bœufs que nous avions et les fit porter à la barque de St-Onge. De l’Ile au Bois blanc, il aperçut le brigantin anglois et un autre petit batiment qui levèrent l’ancre et appareillèrent pour remonter du côté de Saint Frédéric lors qu’ils aperçurent un autre petit bâtiment qui, les voyant appareiller, vira de bord. Mr Le Borgne prit ce petit batiment pour un de nos chebecs, mais c’était sans doute un petit vaisseau anglois.

Notre armée prit les armes à une heure après midy et borda le retranchement. Ce mouvement se fit pour faire connaitre au soldat son poste.

Mr de Langy partit pour la découverte.

Mercredy 17 d’Octobre — Beau tems. Mr de Lépervanche partit au point du jour avec 8 soldats et 8 miliciens et des vivres pour quatre jours pour porter des vivres à la barque et un ordre à St-Onge de rentrer.

Sur les onze heures il arriva un officier et six anglois qui ont été à bord de St Onge comptant aller à un de leurs vaisseaux. Cet officier étoit parti de S* Frédéric depuis trois semaines pour aller porter des lettres à Johnson qu’il comptoit trouver au dessus de l’Ile de Montréal. Il avoit ordre à son retour de se rendre par la rivière Chasie à la pointe au fer, où l’armée angloise devoit être campée le 7 d’Octobre. S’il trouvoit à cette pointe des vestiges de camp, il pouvoit venir droit à rile aux noix, sinon, aborder le 1er Vaisseau à deux mats qu’il rencontreroit, ce qu’il a fait et a donné dans le pot au noir.

On l’a lait partir à deux heures après midy pour St-Jean d’où il doit être conduit sans doute à Montréal.

Il est parti ce matin des sauvages pour aller par terre au devant des troupes et matelots qui étoient sur les chébecs.

Jeudy 18 d’Octobre— Tems calme et fort couvert. La goélette commandée par St-Onge arriva sur les dix heures du matin, remorquée par deux berges aux ordres de M-- L’Espervanche. Elle partit hier à l’entrée de la nuit du hault de l’Ile La Mothe d’où on n’apercevoit rien. Mr de Langy partit de la barque à soleil couchant pour pousser sa découverte plus avant.

M'’ Le Mercier, commandant l’Artillerie, arriva sur les 7 heures du matin et nous annonça de puissans secours de Montréal.

Sur le soir, le vent se jeta à l’Ouest.

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Vendredy 19 — Le tems clair. Le vent à l’Ouest fort froid. de Langy arriva sur les huit heures. Il venoit de la pointe Squenonton. Il a vu les barques angloises mouillées aux environs de la Rivière aux Sables. Il a aussi vu vingt à trente berges allant et venant, il ne scauroit dire si l’armée est dans la Rivière. Les sauvages qu’il avoit avec lui ne voulurent jamais passer la nuit pendant laquelle il auroit pu s’approcher de plus près et voir sur quoy pouvoir tabler. Ils n’osèrent pas même traverser la baye de Scononton, ils firent portage de leur canot près de trois lieues et de jour.

Mr Laverandrie partit pour la découverte à la baye de Missiskoui.

Mr Volf rentra à la nuit. Il étoit parti ce matin. Il a été a deux lieues au delà de la pointe au fer sans rien voir. Le feu prit sur les 9 heures à quelques baraques.

Mr Outlas partit le soir avec un canot d’écorce pour aller en avant.

Samedy 20 — Beau tems. Mr le Cher Denoës partit le matin à la découverte avec ses volontaires. Il rentra à onze heures et fit sur son chemin rentrer les travailleurs et les grenadiers de Bivouac. Il avoit aperçu 20 à 30 berges. On prit les armes sur l’heure et on se porta aux retranchemens. Peu après 5 à 6 berges se firent voir et allèrent se mettre à l’abri d’une pointe qui est devant nos retranchemens. Mr Volf partit à une heure après midy et alla à deux lieues environ en avant sans rien apercevoir.

Mr Outlas parti hier au soir revint par terre. On le traversa vers les 3 heures. Il dit avoir été jusques près du Moulin Foucault, et comme il traversoit à la pointe au fer, il partit du coté du Sud dix berges environ qui lui donnèrent la chasse. Comme elles le gagnoient de vitesse, il se jeta à terre et abandonna son canot d’écorce. Il n’est rentré qu’avec trois à quatre hommes. Les six autres ont suivi un homme de La Prairie qui passait pour connoitre les bois et qui sans doute les aura conduits à la Prairie. Ces hommes sont rentrés au camp à la nuit. Dans la route que Mr Outlas a fait par terre, il compte avoir vu 30A 40 berges dans la rivière. Il n’a point vu les barques.

Mr Lespervanche, Ense, est parti ce matin pour la baye de Missiskoui. Ni luy, ni Mr Laverandrie ne sont entrés le soir, on n’a aucune nouvelle de cette partie.

Le tems se couvrit tant soit peu, il tomba même un peu de pluye, mais le soir, le ciel s’éclaircit.

Dimanche 21 d’Octobre — Tems d’été. Beau Sud-Ouest. La découverte d’hier au soir a été à deux lieues environ sans rien voir. Elle entendit seulement tirer 3 coups de canon vers le moulin Foucault. M^ Bernard partit le matin et est rentré à une heure après midy. Une berge venant à sa rencontre à la voile a retourné sur ses pas dès qu’elle l’a aperçu. Il l’a suivie sans la pouvoir joindre. Il a vu une barque mouillée vers l’Ile aux têtes avec plusieurs autres berges ou bateaux aux environs. Il s’en est revenu de suite.

Mr Lépervanche est revenu de la baye de Missiskoui où il est retourné sur le champ. Ils ont été jusqu’à la grande ile qui est dans la baye et d’où on aperçoit le lac, et n’ont rien vu.

Mr Outlas est parti avant midy avec quelques sauvages pour aller en avant. Il est rentré sur les 6 heures du soir. Il a été à demie lieue ou ^ de lieues environ du moulin Foucault où il a vu un bâtiment mâté en bateau au dessous dudit moulin, n’ayant qu’une berge en arrière de luy. Il n’a vu aucune apparence de camp nulle part.

Il partit après diner dix huit sauvages iroquois qui sont allé faire la découverte par terre. Ils n’ont pas voulu prendre de françois avec eux.

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Lundy 22— Le tems couvert presque tout le jour. Gros vent du Sud. Il plut tant soit peu.

Nos différentes découvertes n’ont rien vu qui annonça l’armée angloise. Les découvertes dans la baye de Missiskoui y ont aperçu quelques berges qui n’ont pas mis à terre. La barque d’hier toujours mouillée au bas du moulin Foucault. Langy partit avec des sauvages dans l’espoir de faire quelques prisonniers. Les 18 sauvages partis hier rentrèrent sans avoir fait de prisonniers; peu s’en est fallu disent-ils. Ils ne paroissent pas croire que l’armée soit sur le lac. Sabrevois partit ce matin pour la baye Missiskoui avec 5 soldats de la marine et 20 canadiens. Je ne scai s’il a des sauvages.

Mardy 23 d’Octobre — Il fit cette nuit un vent impétueux Sud Est, il plut beaucoup et la pluye a duré tout ce jour

Mr de Langy parti hier rentra le soir. Il a poussé sa découverte jusques à la Rivière Chasie. Il n’a aperçu aucun vestige de camp. Dès hier, il s’aperçut que les barques mouillées au dessous du moulin Foucault vouloient se retirer parce qu’elles se touchoient pour s’élever jusqu’au dit moulin et aujourd’huy elles mirent à la voile au point du jour. Il les a vu dépasser la pointe aux Roches au dessus de l’Ile La Mothe, elles paroissoient faire route pour Frédéric. Il ne croit pas leur marine plus forte que d’un gros brigantin de 20 canons, un bateau et une espèce de gabare portant une voile quarée, ce qui le fait soupçonner Dolabara d’avoir fait une fausse manœuvre. Enfin, avant de le condamner, il faut l’entendre.

Nous eûmes des nouvelles ce matin de Montréal qui nous apprennent l’arrivée de 60 hommes des chebecs au Sault St-Louis, le 20 de ce mois. On dit en même tems qu’on a fait partir des sauvages pour aller au devant des égarés dans les bois.

Mr Le Borgne est parti ce matin avec 10 soldats et 10 canadiens pour la découverte à la baye de Missiskoui.

Départ d’un officier de la Reine, M"" du Faye, avec des volontaires pour la découverte.

Mercredy 24 — Le tems assez beau. Retour de M*" Le Borgne de la baye de Missiskoui où il n’a rien vu. Retour de M^du Faye parti hier. Il a remonté la rivière Chasie jusqu’aux rapides et n’a vu aucune apparence que les Anglois y aient été. Il n’a vu ni barques, ni berges sur le lac. On débita icy que le party anglois qui avoit tombé sur le village de Saint François avoit été rejoint par un des nôtres qui déjà lui avoit fait 50 chevelures et dont on poursuivoit toujours les restes. Cette nouvelle est débitée par des sauvages et demande confirmation

Jeudy 25 — Il plut beaucoup la nuit dernière et ce jour. Le tems s’éclaircit un peu l’après midy.

Mr Lapérière arriva avec 44 miliciens du gouvernement de Montréal. Rien de nouveau d’ailleurs.

Vendredy 26 — Beau tems. M^ Sabrevois parti le 22 arriva à l’entrée de la nuit de la baye de Missiskoui sans avoir rien vu dans toute sa découverte. Nous n’avons plus aucun détachement dehors.

Samedy 27— Il plut tant soit peu au soir à l’entrée de la nuit. Le tems assez beau tout le jour. Rien de nouveau.

Dimanche 28— Arrivée de Mr Deganes cap^ aide-major des Trois Rivières avec 19 soldats et trente trois miliciens. Il nous a confirmé la nouvelle de la poursuite qu’a eu le détach* anglois qui avoit tom.bé sur le village de S‘ François. Ce party s’est partagé en trois bandes pour s’en retourner: une bande de 35 a été jointe et

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exterminée; on est à la poursuite d’une autre bande où se trouve Roger, pour la troisième on n’espère pas la pouvoir rejoindre.

Il plut un peu ce jour.

M*' La Durantaye partit avec 20 hommes pour faire la découverte à la baye de Missiskoui.

Lundy 29 — Il plut cette nuit horriblement et beaucoup dans la journée.

On fit partir 200 hommes aux ordres deM^Bayeul pour aller chercher des planches au bas de la rivière de Sorele pour les bâtimens du fort.

Mardy 30 — Retour de Mr La Durantaye qui n’a rien vu dans sa découverte.

Beau tems tout le jour, mais fort froid

Mercredy 31 — Départ de Mr Cadillac avec 6 soldats de Bery et 9 Canadiens pour aller porter des lettres à l’armée angloise.

Rien de nouveau d’ailleurs. Beau tems mais fort froid.

Jeudy 1er Novembre — Beau tems, mais très froid. Rien de nouveau.

Vendredy 2 Novembre — Mr de Sabrevois arriva de la Baye de Missiskoui où il étoit allé à la chasse ces jours passés avec des sauvages. Il dit à Mr de Bourlamaque que des sauvagesses traversant la baye en canot d’écorce a voient aperçu quelques hommes qui chassoient, un entre autres qui attendoit une bande de canards, qu’elles s’étoient jetées promptement à terre et s’étoient cachées. Quelques autres sauvages aïant pris les devants par terre pour se rendre au fort de Missiskoui et y faire du feu avaient aperçu de la fumée dans le fort et plus même que n’en auraient pu faire quelques sauvages qui les auraient devancés. Ils s’approchèrent avec précaution et le plus près qu’ils purent et entendirent un grand bruit, comme si on broyoit du Blé d’inde. Ils entendirent même parler anglais. Ils s’aperçurent aussi que de cinq chevaux qu’ils avaient, il n’y en avoit plus que quatre, ce qui leur avoit fait juger que les anglois en avoient tué un.

Sur cette nouvelle, Mr de Bourlamaque fit partir Mr de Langy avec 15 ou 20 sauvages, qui fut suivi de près par Mr Outlas qui conduisait un sergent et vingt soldats de la marine et 10 canadiens; il marcha aussi 15 volontaires de terre.

Tout ce détachement partit à deux ou trois heures après diner. Sur les sept heures du soir, on entendit tirer des coups de fusil et faire des cris sauvages, c’étoit notre détachement qui rentroit avec 5 prisonniers faits par trois sauvages dans le fort de Missiskoui. Ces cinq anglois venaient de Saint François. Ils avoient laissé derrière eux dix autres hommes dont quatre se mouroient de faim et de misère.

Le détachement de Roger étoit à son départ de Frédéric de 180 hommes, à son arrivée à Missiskoui, il en avoit renvoyé 20 à 30 et avoit continué la route pour S*^ François avec 150 ou 160 hommes. Il paroit par ce que disent les prisonniers que tout le détachement est par les bois et que peu se rendront en Angleterre

Le tems s’adoucit vers midy. Le vent au Nord Est.

Samedy 3 Novembre — Il plut presque tout le jour. Le tems fut doux. Le vent Nord Est, mais faible. Rien de nouveau d’ailleurs.

Dimanche 4 — Le vent se mit au Sud Ouest, mais mauvois, il tomba un peu de pluye et de neige fondante.

Mr Cadillac arriva à l’entrée de la nuit. Il a été arrêté vers la pointe Squenonton où les anglois ont une chaloupe de 14 canons, un de nos chebecs, quelques bateaux à canons et quelques berges. On l’a ensuite conduit jusqu’à la pointe à la peur. Il n’a point vu le camp des anglois à St-Frédéric, mais il entendoit battre les tambours et il pense que l’armée y est encore. Le Brigantin anglois est a St-Frédéric. Il n’a pas vu le général; il a vu Mr Abercromby qui lui a donné les gazettes où il paroit que

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nous avons perdu une bataille dans le Duché d’Hanovre. Un combat naval sur la Méditerranée de sept de nos vaisseaux aux ordres de Mr de la Chen( ?). La gazette angloise nous en fait perdre 6, deux de brûlés, quatre jetés en côte et le septième s’est échappé. Il n’est pas question que nous aïons fait aucune expédition de mer.

Les troupes du Roy de Prusse ont été battues par les Russes qui ensuite ont été battus par les Prussiens.

Mr Abercromby a dit à M*" Cadillac que les prisonniers françois étoient en marche pour être échangés. Il luy a remis de gros paquets à l’adresse de Mr le Marquis de Vaudreuil.

Lundy 5 Novembre. — Le tems assez beau pour la saison. Rien de nouveau.

Mardy 6 — Rien de nouveau, même temps qu’hier.

Mercredy 7.— MM^sde La Durantaye et Lepervenche en détachement avec des canadiens et des sauvages depuis le 3 ou le 4 rentrèrent avec deux chevelures que les sauvages firent vers la pointe Squenonton hier où ils ont vu deux batimens et des bateaux à canon. Les anglois travaillent à relever nos chébecs.

Le soir, des Abénaquis et autres sauvages revinrent de Missiskoui avec trois anglois et deux chevelures. Ils trouvèrent 5 hommes revenant de S* François et une sauvagesse prisonnière. Dans le nombre des cinq hommes, deux se trouvèrent munis de chair humaine. Ils avoient tué un petit sauvage leur prisonnier. Les Abénaquis égorgèrent ces deux là sur l’heure. Il fit grand froid tout le jour.

Jeudy 8 — Les ordres pour le déblayement vinrent à Mr de Bouda maque qui ne les a pas encore rendus publics.

Il tomba de la neige ce jour

Il nous manqua un soldat le soir. Il étoit allé à la Prairie de Boileau chercher des chevaux entrés dans les bois. Il s’y est égaré

Vendredy 9 — Il a neigé beaucoup cette nuit. Le soldat qui manquoit hier s’est retrouvé et est rentré le soir. Beau tems.

Samedy 10 Novembre — Beau tems, rien de nouveau.

Dimanche 11 — Beau tems. M^ de Langy partit avec des sauvages et quelque canadiens pour faire la découverte.

Lundy 12 — Le plus beau tems du monde. M^ de Bayeul, parti le 29 octobre arriva avec 300 madriers et quelques miliers de planches qu’il étoit allé chercher à Maska. Presque tout son détachement luy a déserté à l’exception de 30 à 40 qui doivent partir demain matin pour retourner chez eux.

Mardy 13 — Les prisonniers anglois passèrent la nuit dernière sous nos retranchements pour être échangés avec les nôtres. MMrs Courtemanche et Langy Levreau commandent l’escorte.

Rien de nouveau d’ailleurs, le plus beau tems du monde.

Mr de Langy revint. Il a été jusqu’à la pointe Squenonton. Les Anglois y sont toujours qui paroissent travailler à relever nos chébecs. Mr de Langy croit en avoir vu un démâté.

Mercredy 14 — Les deux bataillons de Bery ont tiré un piquet chaqu’un de 50 hommes pour tenir garnison au fort de l’Ile aux Noix, conformément à l’ordre qu’ils en reçurent hier.

Beau tems. Rien de nouveau.

Jeudy 15 — Le tems fort doux, un peu de pluye.

Les deux bataillons de Bery partirent pour rentrer dans leurs quartiers.

Véndredy 16 Novembre — Le même tems qu’hier. Rien de nouveau. Tous les jours, le général fait déblayer quelques miliciens.

ARCHIVES DE QUÉBEC

Samedy 17— Le Régiment de la Reine partit pour rentrer dans ses quartiers. Un piquet de ce Régiment fut tiré pour tenir garnison dans le fort S* Jean. Il plut un peu ce jour.

Dimanche 18 — Doux tems, il tomba une espèce de neige fondue. Rien de nouveau.

Lundy 19 — Tems couvert et fort doux. Il tomba un peu de pluye.

MMrs Courtemanche et Levreau Langy arrivèrent de S* Frédéric hier au soir à 9 heures. Ils n’ont vu ni le fort, ni le camp; ils ont été arrêtés à la pointe à la peur. Il paroit que le général Amherst et son armée sont encore à S‘ Frédéric.

Nos trois chebecs ont été relevés. Les anglois frondent beaucoup la manœuvre de ceux qui les montoient et prétendent qu’ils se seroient aisément sauvés à la rame, le vent étant tout à fait calme lorsqu’ils se sont coulés. Ils ne se flattoient pas de les prendre; tout au plus un.

Ils ont demandé qu’on laissa dix bateaux pour nos prisonniers qui étoient partis d’Orange; nous devons les avoir sous huit jours.

Mr de Bourlamaque dans la crainte que l’armée angloise ne fasse quelques

mouvemens a établi des signaux entre . et S* Jean et a envoyé ordres aux

Régimens de la Reine, Royal-Roussillon et Guyenne de se tenir prêts à marcher. Il a arrêté le déblayement des miliciens. Il n’en est parti aucun ce jour.

7 sauvages iroquois se sont présentés au Nord de nos retranchemens pour se faire traverser. Ils sont partis du Sault Saint-Louis depuis six jours pour faire une découverte disent-ils du côté de la baye Squenonton où les Outaouas leur avoient dit que les anglois batissoient un fort. Ils n’ont rien vu.

Mardy 20 Novembre — Il plut beaucoup la nuit dernière et ce jour. Le tems toujours au doux. Rien de nouveau.

Mercredy 21 — Arrivée de Langlade avec des sauvages. Départ de Mr Langy Montegron pour une découverte sur le lac.

Date Due

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Renaud d *Avène des Meloizes ,

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