‹ Journal militaire de Nicolas Renaud d'Avène des Méloizes, 1756- 1759. --Chapitre 3 sur 4 · partie de la nuit · texte numérisé non relu

partie de la nuit

Mardi 31 Aoust— Beau temps. Mr de Fleurimond partit avec huit a dix troquais pour William-Henry.

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On me dit ce jour qu’on pensoit que le soldat et les deux femmes s’étoient noyés parcequ’on avoit trouvé un canot renversé et à la dérive.

La garde des troupes de terre fut relevée et revint au camp. L’officier qui la commandait nous dit que les Asniers avaient approché fort près ses sentinelles, qu’une avoit manqué d’être enlevée.

Mercredy, Iw de Septembre — Les Asniers parurent encore au portage et on les poursuivit.

Mr de Bleury arriva à huit heures du soir et nous apporta la confirmation de la prise de Chouaguen. Il avoit vingt cinq batteaux de transport. Ce fort ne fit aucune résistante. Le 13 d’Aoust Mr Boulamark, colonel, prit possession du fort Ontario que les Anglais avaient abandonné après en avoir encloué le canon.

Le 14 au matin, trois heures après que nos batteries furent dressées et qu’elles battirent, ils demandèrent à capituler.

Articles de la capitulation.

1° La garnison se rendra prisonnière de guerre et sera conduite d’icy à Montréal où elle sera traitée avec humanité, et où chacun aura le traitement convenable à son rang respectif suivant les usages de la guerre.

2“ Les officiers, soldats et particuliers auront leur bagage et habit qu’il leur sera permis d’emporter avec eux.

3* Ils resteront prisonniers de guerre jusqu’à ce qu’ils soient échangés.

à Chouaguen le 14 aoust 1756 Signé: John Littlehales, Lieutenant Colonel commandt

J'accepte les articles cy dessus conformément à la traduction françoise et à ce que j’y ai ajouté. Ladte capitulation ne regarde que les militaires. D’ailleurs les particuliers, marchands, employés, seront libres de se retirer où bon leur semblera.

Il ne leur sera fait aucun tort.

Je garde les deux officiers pour otage, aïant envoyé le major général pour régler la capitulation. J’envoye aussi un chirurgien pour les malades.

Fait au camp devant Chouaguen, le 14 au matin du mois d’Aoust 1756.

Signé: Montcalm, maréchal des Camps et Armées du Roy.

État des effets trouvés dans les forts de Chouaguen qui ont été transportés par les barques et batteaux à Frontenac, sans y comprendre le pillage des marchandises qui a été considérable.

Scavoir :

7 canons de fonte de 19* 141 et 121.

48 id de fer de 9i 6, 5i, 31 et 21.

1 mortier de fonte de 9 pouces 4 lignes.

13 mortiers id. de 6 et 3 pouces.

5 aubuziers id. de 6 et 3 pouces.

47 pierriers.

23 milliers de poudres, 8 milliers plomb en baies.

2950 boulets différents calibres, 150 bombes de 9 pouces.

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300 bombes de six pouces, 1475 grenades.

730 fusils à bayonnette, 340 raisin, 12 paires de roux de fer pour affût', marins.

Batiments

Un senault percé pour 18 canons.

Un Brigantin id pour 16 canons Une goelette 10 id

Un batteau 10 id

Un batteau 8 id et 2 pierriers

Une esquif 8 pierriers

Une esquif que l’on a brûlé n’étant pas achevée 200 berges et batteaux.

Vivres

352 Boucaults de 2 barriques pleines de biscuits.

1386 quarts de lard et bœuf salés, 712 quarts de farine. 200 sacs de farine, 11 quarts de ris, 7 quarts de sel,

Un grenier plein de poix chargés dans les barques Un grenier plein de farine foulé par quarts,

32 bœufs vifs, 15 cochons.

Cinq drapeaux dont deux envoyés à Québec, un aux Trois Rivières et deux restés à Montréal.

La caisse militaire consiste en trois caissons que l’on ouvrira aujourd’huy 27 Aoust.- — Mr de Montcalm étant arrivé hier au soir avec de Bourlamarc, ce dernier a été blessé légèrement.

Deux barques ont dubt retourner à Niaoueuré pour rapporter à Frontenac les vivres que nous y avions laissés.

Les prisonniers sont les régimens de perperal (Pepperell) et Shirley faisant 1100 hommes y compris les officiers, 600 charpentiers, matelots ou miliciens, 80 et quelques femmes dont trois prouvées mariées.

Deux lieutenants et deux captes de flotte du Roy; deux capitaines de vaisseaux étoient en chemin et beaucoup d’artillerie pour les batimens escortés par un régiment qui seront retournés sur leurs pas.

On dit que pendant la capitulation 14 à 15 hommes se sont sauvés.

Les anglois ont eu environ 80 hommes tués dont près de 40 par leur faute aïant eux mêmes donné de l’eau de vie aux sauvages, malgré qu’on eut recommandé aux deux officiers qui avoient fait la capitulation de faire défoncer toutes les boissons sans réserve, rapport aux sauvages dont nous ne serions pas maîtres s ils venoient

à boire. . .

Ce détail a été envoyé par M*- Ignace Gamelm, négociant, a Mr de Sabrevois, il

Un courrier venu par la rive Jean en diligence rapporte que 1 escadre de Mr Dubois de La Mothe a pris les six vaisseaux anglois qui croisaient aux environs de Louisbourg, cela mérite confirmation. Par ce même courrier les lettres disent qu’un navire parti de France du 20 juin a confirmé la prise de Port-Mahon.

On nous annonce avant peu Mr de Montcalm, les régimens de Guyenne et Bearn et les grenadiers et un piquet de Lassard et beaucoup de sauvages.

Quelqu’un m’a dit que le Major Général Johnson était mort empoisonne.

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Jeudy 2 Septembre— On fit la réjouissance à ce camp ainsi qu’à nos postes avancés et St Frédéric à l’occasion de la prise de Chouaguen. Le Te Deum fut chante.

Mr Bleury est parti à deux heures après midy environ. La barque ne sera partie de St Frédéric qu’aujourd’hui à cause du Nord Est qu’il a fait ces deux jours der-

niers. . , ■ . f

Vendredy 3 — Nous apprimes le matin qu’on avoit vu hier a nuit fermante, au

poste de Mr Contrecœur, deux anglois et un sauvage sur lesquels la garde des troupes de terre tira; il fut aussi tiré à minuit deux coups de fusil au poste de Mr de St Martin. Mr le Cher de La Corne envoya à Mr Contrecœur un gros détachet et il fut lait ce jour une découverte qui aperçut trois barques à la voile dont une a tiré un coup de canon sur les dix heures du matin. Mr de Lévis en étant informé a donné ordre aux grenadiers et piquets de se tenir prêts à marcher.

Sur le soir est venu un second exprès qui a dit qu un de nos canots de découverte aïant été approché d’un batteau sur les 4 heures a tiré quelques coups de fusil, et qu’à l’instant une des barques luy a tiré un coup de canon, qu ensuite elles se sont retirées du côté de leurs lies en louvoyant accompagnées de douze batteaux.

Les grenadiers ont ordre de partir à dix heures. 175 sauvages iroquois en route pour icy aïant entendu hier nos canons vinrent à grande hâte à S*- Frédéric comp»tant qu’il étoit attaqué; ils arrivèrent vers les minuit. Il en est arrivé ce soir un canot de six hommes.

Un abenaquis qui s’est joint aux iroquois a tué d’un coup de dague un sauvage outaois à St Jean, parceque étant soûls, il s’étoit vanté d’avoir tué des françois: l’Abénaquis qui étoit également soûl voulut le faire taire, l’outaois vint sur luy le couteau à la main, mais l’abénaquis plus agile ou moins soûl le prévint d’un coup à travers le corps.

Les abénaquis arrivés icy le 23 aoust sont partis aujourd’huy pour Montréal, ils n’ont rien fait qui vaille. Mr le Cher de Lévis alla le matin visiter la chute.

Samedy 4 Septembre — Les grenadiers revinrent. On avoit encore vu des Anglois la veille au soir et on en vit ce matin; le canot d’iroquois arrivé la veille est allé au portage.

Perthuis est arrivé l’après midy avec onze canots remplis de sauvages; nous apprimes qu’un asnier qu’ils avoient avec eux et qui est marié au Sault les avoit laissés à S^ Frédéric pour aller sans doute rejoindre les aniers qui sont avec les anglois.

Mr de Fleurimond est arrivé ce soir de la découverte qu’il a fait au fort William Henry. Il dit que le fort lui a paru fini, qu’il a un beau fossez et qu’il y a de très grands logemens hors du fort; qu’il a vu un camp très considérable qu’il estime plus fort que le nôtre; qu’il avoit beaucoup de batteaux et une barque, et qu’on construisoit encore des batteaux et une barque en chantier. En revenant il a passé près de deux iles en deçà des mille isles, où il a vu des Anglois, en allant il n’y en avoit point encore. Il y a des Anglois dans toutes les iles qui en peuvent contenir.

Les prisonniers faits à Chouaguen assurent toujours que les Anglois viendront cette année du côté de Carillon ou St Frédéric.

Dimanche 5 Septembre — Mr de Lévis alla au portage et alla jusqu’à l’endroit où l’avant veille on avait vu les trois barques. Il n’aperçut rien et revint à ce camp.

Les sauvages iroquois tinrent conseil à son retour et luy promirent monts et merveilles.

Lundy 6 — Le Régiment de Bearn arriva d’abord après diner et alla camper à la chute. Il arriva un accident des plus funeste. Plusieurs officiers allèrent à la

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chasse au petit marais, deux d’entre eux, Mrs Biville et Tersac prirent les devants dans une petite pirogue et tombèrent dans une embuscade, on entendit une décharge de mousqueterie qui fut suivi de deux cris de mort, tous les sauvages qui étoient icy partirent sur le champ à la poursuite, la plupart revint le soir et nous dit qu’il y avoit encore 20 sauvages qui continuaient.

On n’a trouvé que la tête de Mr Tersac dont la chevelure était levée, elle était dans le bois, plantée sur un piquet. On pense que les deux corps sont au fond de l’eau engagés dans la vase; ce qui le persuade est que la pirogue étoit renversée et criblée de balles dans les deux pinces.

Il arriva sur le soir dix à douze abénaquis en deux canots.

Mardy 7 Septembre— On vit encore hier au soir deux sauvages aux environs du poste de Mr de Contrecœur; les iroquois revinrent et nous dirent avoir rejoint sur les huit heures du soir le parti ennemi, qu’ils en avoient compté trente cinq, tous sauvages. Ils n’ont pu dire s’ils étoient tous Aniers, mais ils ont avoué qu’ils n’avoient point de prisonniers, ils n’ont osé les attaquer parcequ’ils n’étoient que vingt. Ils partirent tous l’après midy pour le poste de Mr de Contrecœur.

Le vent s’est jetté au Nordest. Il a plu sur le soir tant soit peu.

Mercredy 8—11 partit un détachement pour chercher les corps de Mrs Biville et Tersac. On les trouva au fond de l’eau. Biville avoit les jambres cassées, la chevelure levée et un coup de hache qui traversoit le crâne; Tersac avoit des coups dans les jambes sans fractures, un coup qui luy entroit à l’épaule gauche et se perdoit dans le corps et le col coupé. Il est à présumer qu’ils avoient aperçus les sauvages ennemis et qu’ils revenoient sur leurs pas, car tous les coups étoient à gauche et l’embuscade étoit à droite en montant. On les enterra dans l’endroit même pour éviter au camp ce triste spectacle.

L’officier de terre qui descendit la garde du poste de Mr Contrecœur me dit qu’on avoit vu la veille des Asniers; nos sauvages arrivant dans ce moment y coururent mais ne trouvèrent rien.

A deux heures après midy les patrons du bapteau qui avoient emmené le Regt de Bearn partirent pour Montréal. Il plut un peu ce jour et la nuit suivante. Mr le Cher de Lévis reçut à 9 heures du soir une lettre du Cher de La Corne, j’en ignore la teneure.

Jeudy 9 septembre — Six iroquois arrivés à ce camp le 3 du mois étoient allés à la découverte au fort William-Henry, ils sont revenus aujourd’huy et rapportent avoir compté cent tentes de front sur sept de profondeur, non compris les baraques. Ils ont aussi vu les hangards dont a parlé Mr de Fleurimont, beaucoup de batteaux, quatre barques et une sur les chantiers, un retranchement qui enveloppe leur camp et du monde dans toutes les iles.

Mr le Cher de Lévis alla jusqu’au poste de Mr de Contrecœur, j’appris à son retour qu’il devoit partir le lendemain un gros détacht composé de 120 sauvages, 150 françois et plusieurs officiers et cadets, le tout sous les ordres de Mr Laperière, capitaine de nos troupes.

On entendit le soir tirer du canon à Frédéric, 10 à 12 coups.

Vendredy 10 septembre— Le régiment de Guyenne est arrivé et Mre de Montcalm et Bourlamark avec les grenadiers et un piquet de Lassard, on tira pour ce général 17 coups de canon et les troupes sous armes donnèrent trois vive le Roy.

Nous apprîmes que les Aniers avoient levé une chevelure et fait une femme prisonnière sur le chemin de la Prairie à St Jean. On nous dit aussi qu’un Écossois s’étant blessé d’un chicot et n’aïant pu suivre sa bande s’étoit rendu prisonnier au

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fort St Jean. Il a rapporté que sa bande de soixante hommes environ dont 30 écossois s’étoient longtemps tenus sur le chemin de la Prairie et que luy-même étoit venu assez près du village pour voir la ville de Montréal. Il dit qu’excepté 5 à 6 écossois qui avoient gardé leur vêtement, tous les autres de ce party a voient la chevelure faite comme les sauvages. Il a encore dit qu’ils étoient six cens écossois au fort William-Henry et qu’ils en attendoient 500 autres tous les jours. On a envoyé cet homme à Montréal.

Les sauvages qui dévoient partir aujourd’huy de chez M^ de la Corne ont voulu attendre l’arrivée de Mr de Montcalm: ils avoient entendu dire qu’ils venoient avec luy beaucoup de sauvages avec lesquels ils étoient unis par un grand colier, qu’ils vouloient les attendre pour marcher tous ensemble.

J’entendis tirer sur les 9 heures du matin 4 coups de canon qui me parurent venir du lac St Sacrement.

Samedy 11 septembre — Les officiers généraux sont allés au portage. M^ de Montcalm y est allé dans la vue de déterminer les sauvages à partir, ce qui ne sera, je crois, que pour après demain.

Mr Bleury arriva à 11 heures et demie avec 25 batteaux de charges, il est reparti le soir avec les patrons de batteaux qui ont emmené Mr de Montcalm, Guyenne et Lassard, il a aussi embarqué plusieurs miliciens malades.

150 sauvages environ arrivèrent aussi avec deux prisonniers anglois qui s’étoient rendus à eux à la Rivière aux Sables, l’un volontaire écossois, l’autre capitaine de milice de cam.pagne; ils n’ont pu suivre leur bande, elle étoit composée de 50 à 60 hommes qui s’étoient divisés en petites bandes de 15 et 10 hommes. Ils étoient partis de William Henry le 6 août et seroient tous morts de faim s’ils n’eussent trouvé du bled dans une maison du lac Champlain. Je n’ai encore pu sçavcir le rapport de ces prisonniers.

Le volontaire écossois a fait son journal qui pourra instruire de quelque particularité. On m’a répété qu’il avoit dit qu’à son départ, il y avoit six mille hommes dans les forts de Lydius et William-Henry, mais de très mauvaises troupes; qu’il n’y avoit que 600 écossois de bonnes troupes; qu’ils en attendoient 500 autres; que le général Loudon étoit à Orange. Nous apprimes par des lettres particulières que le Héros s’étoit longtems battu contre deux vaisseaux anglois qu’il auroit pris si l’illustre eut pu le joindre, mais au commencement du combat, le vent tomba tout plat ce qui empêcha l’illustre de joindre, et dès que le vent fraîchit un peu, les deux anglois se sauvèrent au plus vite. Le combat s’est livré dans les parages de l’Ile Royale.

Le Héros a perdu 1 officier et 20 hommes et 45 blessés. Il plut beaucoup le soir et une partie de la nuit. M^s Marin, Simblin et La Morandière arrivèrent à la nuit avec une partie de leurs sauvages.

Dimanche 12 Septembre — Le reste des sauvages arriva qui, avec ce qui arriva hier au soir, monte à cent cinquante ou soixante, il y a des outaois et des saulteurs. Une découverte faite du poste de M^ Contrecœur par des sauvages, dit avoir vu un camp de mille hommes environ à 12 ou 15 lieues dudit poste dans la profondeur. Ce camp seroit beaucoup plus près de S*- Frédéric. Il est party une autre découverte sauvage pour vérifier ce rapport.

Des sauvages ont observés que les ennemis faisoient une découverte à un certain endroit, ils doivent examiner si cette découverte se fait tous les jours afin de s’embusquer pour l’enlever.

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M rs Péan et Le Mercier arrivèrent à 4 heures après midy. Il plut ce jour à plusieurs fois et le vent étoit bon Nord-Est.

Lundy 13 Septembre — Le vent changea et le tems se mit au beau quoique froid. Tous les iroquois qui étoient icy allèrent au portage rejoindre leurs camarades. Les sauvages attendent pour partir, le retour des découvreurs.

Mardy 14 — Rien de nouveau. Beaucoup de sauvages passèrent encore au portage; ceux qui restèrent icy reçurent une invitation de la part des Iroquois qui étoient au portage de les venir joindre pour faire un festin de guerre de 6 à 7 chevreuils qu’ils avoient tués. On pense qu’ils partiront ensuitte tous ensemble pour aller à l’ennemis. On désiroit fort qu’il alla une bande du coté de La Baye, n’aiant aucune nouvelle de cet endroit depuis plus de six semaines, il ne sera pas possible, je crois, d’en déterminer aucun.

Mercredy 15 — Les Outaois et autres sauvages des pays d’en hault allèrent au portage. Rien de nouveau d’ailleurs. La découverte partie du 12 revint, elle n’eut aucune connaissance du prétendu camp de mille hommes, mais elle vit beaucoup de pistes qui annoncent qu’il s’est fait de grosses découvertes.

Jeudy 16 Septembre— Le reste des sauvages passa au portage. On me dit qu’ils en dévoient tous partir le soir.

Vendredy 17 — le Chevalier de La Corne revint du portage et nous dit qu’il en étoit parti la veille 520 sauvages, 130 françois et plusieurs officiers, le tout sous les ordres de Mr de Laperière, capte de nos troupes pour aller à l’ennemi.

Le Cher de la Corne partit à 4 heures après midy de ce camp pour aller à Montréal.

Samedy 18 — Rien de nouveau.

Dimanche 19 — Mr de Montcalm passa en revue nos troupes et milices. Mr le Cher Le Mercier, l’ingénieur de terre et deux aides de camp, tous partis avec les sauvages dans l’intention d’observer le lac et même le fort William Henry s’ils en alloient assez près revinrent à l’entrée de la nuit et dirent qu’ils avoient trouvé toutes les îles évacuées, qu’ils^avoient été à 3 lieues environ du fort d’où ils apercevoient les hangards et les fumées du camp; que là, les sauvages avoient tenu conseil dont le résultat avoit été de détacher 115 des meilleurs jambes d’entre eux et quelques officiers et autres françois en état de les suivre pour aller au fort tâcher d’y faire quelque chose. Le reste des sauvages est demeuré avec les canots pour les garder et faciliter la retraite du détachement au cas qu’il fut repoussé. Ce détachement a dit en partant que s’il n’avait pas rejoint le surlendemain matin, c’est à dire mardy 24, les canots n’avoient qu’à partir et ne le point attendre parcequ’il auroit pris le chemin des montagnes.

Entre 9 et 10 heures du soir on entendit plusieurs décharges de mousqueterie, assez semblables à une attaque; on crut même entendre du canon. On ne sçavoit si cela partoit du poste de Mr de Contrecœur ou du lac. Plusieurs pensaient que c’étoit du fort même. Ces décharges ont duré près de demie heure.

Lundy 20 Septembre— J’appris à mon réveil que la mousqueterie que nous entendîmes était des coups de fusil tirés chez Mr Contrecœur par les sauvages revenant de guerre. Les 115 sauvages dont j’ai parlé avoient rencontré un détachement ennemi de 52 hommes, officiers et soldats, munis de deux jours de vivres pour faire la découverte conformément à l’ordre du capte qu’on a trouvé dans sa poche, ils défirent ce détachement en entier, morts ou prisonniers. Le capte et le Lieutenant ont été tués; un ense a été fait prisonnier. Ils ont dit que l’armée angloise étoit partagée en deux corps de 3000 hommes dont un a Lydius et 1 autre a W^illiam Henry , que les

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maladies avoient considérablement diminué ce nombre et qu’ils craignoient que nous n’allassions les attaquer; que le général Loudon étoit toujours à Orange avec 2000 hommes de la vieille Angleterre, qu’il n’avoit pas voulu envoyer son artillerie parcequ’il la payerait si elle étoit prise. Cela a tout l’air d’un propos de soldat.

Ils n’ont plus de sauvages. Ils ont dit aussi qu’ils n’avoient jamais eu de postefixe dans les iles, qu’il n’y avait jamais eu que des découvertes.

Voilà ce que jusqu’à présent j’ai pu scavoir des dépiositions des prisonniers.

On attend les sauvages de la Présentation qui se sont séparés au nombre de 9 des autres sauvages pour faire coup séparément.

Déposition de Charles Aubreyn, prisonnier

Il est né Irlandais, il y a 10 ans qu’il est venu à la Nouvelle-York, a dit qu’il sert en qualité de soldat dans les milices ou troupes provinciales de la Nouvelle Angleterre depuis le 28 mars dernier, que son régiment est composé de 700 hommes et qu’il n’en scait pas au juste le nombre de compagnies, que lorsqu’il a été fait prisonnier, il alloit avec un détachement de 40 hommes, un cap^ et un lieutenant à la découverte pour voir si les français avoient débarqués de l’artillerie pour venir les attaquer, que ce détachement n’avoit de vivres que pour deux jours, qu’il avoit vu son capte tué, qu’il ignore le sort de son lieutenant.

Qu’il y a deux détachemens en campagne, dont un de 40 hommes qui a pris des vivres pour 5 jours, qu’il ne scait pas de quel côté il a tourné, et l’autre commandé par le Capte Rosé qui a 100 hommes à ses ordres, que rarement il prend tous à la fois, qu’il ne sçait pas par conséquent le nombre qu’il a eu cette fois, mais il scait qu’il partit il y a 3 jours pour aller du côté de la pointe, qu’il a aussi oui dire qu’il suivroit le coté du nord du lac Champlain jusqu’au fort St Jean, que c’est luy qui a pris il y a quelque tems un soldat, une femme et une petite fille près du fort St Frédéric.

Qu’il peut y avoir 3000 hommes tant au fort William Henry que dans le camp, qu’il ne scait pas bien le nombre de ceux qui sont au fort Lydius, mais qu’il a oui dire qu’il y en avoit plus qu’au fort William Henry où commande le Colonel Wingelot ( Winslow), il igfnore le nom de celui qui commande le fort Lydius.

Qu’il y a 3 barques sur le lac St Sacrement et sept sur le chantier dont quelques unes prêtes à lancer à l’eau et environ 200 bapteaux.

Qu’ils travaillent à la construction de batteaux plats, qu’il y en a déjà 3 de faits qui chaqu’un peuvent porter 100 hommes et 4 pièces de canon.

Que le fort William Henry n’est point finy, qu’il y a toujours 50 charpentiers qui y travaillent pour élever les fortifications.

Qu’il ne scait pas le nombre des autres ouvriers, mais qu’il y en a beaucoup.

Que le camp est retranché de grosses pièces de bois, piquets et facines

Qu il y a quelque temps on parloit beaucoup dans leur camp de venir attaquer le fort St Frédéric, et le fort de Carillon, mais qu’à présent on n’en parle plus guère.

Que de leur côté ils avoient grand peur d’être attaqués, tant au fort William Henry qu’à Lydius.

Qu’il y a six hangards autour du fort et deux dans l’intérieur.

Qu’il a oui dire qu’il étoit arrivé 900 écossois de la vieille Angleterre, qu’il ne scait pas qu’il soit arrivé d’autres troupes.

Que Milord Loudon est a Albany avec 2000 hommes de troupes réglées, qu’il en devoit venir 500 au fort William Henry, 500 à Lydius, 500 à Sarasto et 500 à Chouaguen, Milord Loudon devoit venir au fort William Henry mais que depuis

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3 semaines qu’ils ont sçu la prise de Chouaguen, il n’en a plus entendu parler, il pense que les troupes sont toujours à Albany.

Qu’il y a environ un mois qu’un colonel est venu avec 500 hommes au fond de la baye ou débarqua Mr Dieskau, pour y marquer une place propre à y faire un fort, qu’il y a demeuré 8 jours, que 200 hommes de ce détachement y sont tombés malades, qu’on a été obligé d’emporter; qu’il a oui dire que la saison étoit trop avancée pour commencer à construire ce fort.

Qu’il n’a jamais vu à la fois au fort William Henry au delà de 20 sauvages.

Qu’il y a à ce fort beaucoup de malades et qu’il en meurt 10 à 12 chaque jour.

Mardy 21 Septembre— Il partit de ce camp plusieurs sauvages pour retourne à Montréal.

Mercredy 22 — Tous les sauvages retournèrent à Montréal excepté quelques

uns.

Mr Bleury arriva avec 23 batteaux de transport. Je sçu par une lettre particulière que Mahon étoit pris, que la plus grande partie de sa garnison avoit été passée au fil de l’épée; que le Prince de Conty étoit en Flandres à la tête de 80,000 hommes, que nous avions dans le port de Brest 45 vaisseaux de ligne et 15 frégates prêtes à faire voile, que les Anglois avoient devant ce port 50 vaisseaux et que craignant une descente à Londres même, ils avoient des vaisseaux à l’entrée de la Tarnise, que tous nos batteaux plats étoient pris et que Mr Machault avoit dit publiquement qu’au mois d’Aoust nous aurions 100 vaisseaux de ligne nouveaux et des vaisseaux légers au prorata.

Le vaisseau qui a apporté ces nouvelles est parti de France en juin.

Du côté de la Belle-rive on marque qu’on a enlevé aux Anglois deux petits forts où il y avoit quelques pièces de canon, que par ces prises, la Caroline étoit ouverte aux incursions de nos canadiens et sauvages et qu’avant peu on apprendroit que cette province est entièrement ravagée.

On nous a dit aussi que Mr le Marquis de Vaudreuil avoit 3000 hommes de commandés prêts à marcher sur ce qu’on luy avoit fait craindre que cette frontière ne tût attaquée. Lorsqu’il sçaura qu’il n’y a nulle apparence, personne sans doute ne

bougera. ,

Plusieurs de nos messieurs arrivèrent le soir avec 50 soldats de terre restes a

Montréal malades et 30 sauvages. Nous sçumes par eux que nos sauvages partis d’icy pour Montréal avoient eu connaissance par des pistes, d’un party anglois aux environs de St Frédéric et qu’ils avoient laissés leurs canots pour leur donner la chasse.

Le peu de sauvages qui nous restoit icy est party par le lac St Sacrement.

Les sauvages de la Présentation qui s’étoient détachés du party de M^ Laperière sont revenus avec une chevelure et sont retournés à Montréal avec les autres.

Il plut le soir et une partie de la nuit.

Jeudy 23 Septembre— Mr de Bleury partit le matin avec vent contraire. M™ Le Verrier et Verger sont partis avec luy et près de 300 malades, ainsi que Mr Vaudray et M^ Patris, Captes des troupes de terre.

Les sauvages partis hier pour aller à l’ennemi sont relâchés à notre camp et sont retournés à Montréal. Ceux de St Frédéric n’ont rien trouvé. Quelques uns sont revenus et ont passé au portage.

La barque arriva ce jour à St Frédéric.

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La pluye commença à tomber sur les 11 heures du soir et a duré une partie de la nuit

Vendredy 24 Septembre — Rien de nouveau.

Samedy 25— Rien de nouveau. Il plut dans le jour à plusieurs reprises et une grande partie de la nuit.

Dimanche 26— Départ de Mr Fleurimond avec un party sauvage pour aller à la guerre par le fond de la Grande Baye. On m’a dit aussi qu il etoit parti seul un nommé Ganactagon, sauvage iroquois pour aller au fort William-Henry porter des lettres écrites par les prisonniers faits à Chouaguen que luy a confiées deMontcalm.

Mrs Péan, Villiers, La Colombière et le Mercier partirent d’icy pour Montréal à 10 heures du soir. Il plut la nuit.

Lundy 27 Septembre — Beau tems, rien de nouveau

Mardy 28 — La grande garde entendit tirer quatre coups de canon et de la mousqueterie du côté de S^ Frédéric La barque en partit ce jour

Mercredy 29 — Mr Moët arriva avec 18 pouteoatamis, il étoit parti le 18 de Montréal. Il a battu quelques tems les bois de La prairie pour découvrir s’il y avoit quelques party ennemis. Il a également fait des découvertes en venant dans le Lac Champlain et n’a eu connaissance de rien.

Il dit que le canon qu’on entendit hier tut tiré de la barque qui partoit de S^ Frédéric pour saluer les sauvages qui, de leur côté, firent des décharges de mousqueterie.

Mr Fleurimond parti le 26 arriva le soir. Il envoya au fond de la Grande Baye un nommé Bondy, officier de milices avec quelques sauvages qui luy rapportèrent avoir vu deux chiens qui avoient aboyé dès l’instant qu’ils en avoient été aperçus, et qu’ils croïoient aussi avoir entendu les mots de cour, courir, adressés aux chiens, ainsi qu’un bruit semblable à celuy que feroit quelqu’un qui bat une pierre à fusil. Ce rapport luy a fait juger qu’il y avoit là une garde avancée.

Il a continué sa découverte sur le chemin de Sarasto où il n’a rien aperçu.

La pluye tomba le soir et a continué une partie de la nuit.

Jeudy 30 — Rien de nouveau. Il a plu ce jour à plusieurs reprises et une partie de la nuit.

Vendredy 1er Octobre — Il plut un peu le matin, le tems se mit au beau sur les 10 heures. L’interprète des iroquois est venu du portage et m’a dit qu’il en étoit parti hier dix sauvages pour aller entre les forts William Henry et Ledys iLydius), tâcher d y faire des prisonniers. Ganactagon que je croyais parti du 26 ne partit qu’hier. Lorsqu’il aura fait coup, il laissera les lettres dont il est chargé.

Il arriva l’après midy dix népisingues de Jean, ils ne nous apprirent rien de nouveau.

Samedy 2 II plut tant soit peu le matin. M"" de Bleury arriva à huit heures du soir avec 63 batteaux de transports. Il nous apprit l’arrivée d’un vaisseau de France qui a apporté la gazette où est inséré le traité du Roy de france avec la Reine de Hongrie. Il emmena aussi une Berge faisant partie des quatre qui ont été trouvées au dessous de S* Frédéric au nord du lac Champlain dans des crans de roche par 3 sauvages allant à la chasse. Mr de Lusignan, père, envoya sur le champ un détachement de 30 hommes chercher les trois âutres. On a trouvé dans les berges 1 baril de poudre, des baies, des grenades toutes chargées, des espingoles 7 à 8.

Dimanche 3 d octobre Départ d’un party de 30 à 40 sauvages et 30 françois sous les ordres de Mr Moüet Ens®. Ce détach ment a passé par le fond de la baye.

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M^de Lévis partit le soir avec un détachement de cent hommes dont20soldats de terre pour taire une découverte dans le lac Champlain, de la rivière Boquet à la rivière aux Loutres, à l’endroit où on a trouvé les berges, pour tacher enfin de sçavoir par où les Anglois ont pu les faire passer.

Lundy 4 d’octobre — Départ de Mr Bleury à la pointe du jour.

Mardy 5 — Un officier du portage m’a dit que Canagtagon et sa bande étoit revenu sans avoir rien fait.

Il a laissé près du fort les lettres dont il étoit chargé, il dit y avoir entendu beaucoup de sauvages qui chantoient la guerre.

Mercredy 6 — Les Abenaquis partis le 3 revinrent le soir avec Mr Moët et nos soldats. Ils nous dirent qu’étant à foncer dans le bois près de la rivière au Chicot, Mr Montegron et un abenaquis laissèrent la bande pour suivre une piste fraiche qu’on avoit trouvée. Comme ils passoient au pied d’une montagne, ils reçurent deux coups de fusil dont l’Abénaquis fut tué roide. Mr Montegron ne vit personne. Il prit avec luy les Pouteouatamis et autres domiciliers et s’en alla du côté de Sarasto. Les Abenaquis et le reste du party revinrent à ce camp.

Jeudy 7 — La plus grande partie des Abénaquis partirent pour Montréal et la pluye commença à tomber à 6 heures du soir et a continué toute la nuit.

Vendredy 8 — Rien de nouveau. Il plut tout le jour.

Samedy 9 — Le temps se mit au beau et l,e vent au Nordest. Rien de nouveau.

Dimanche 10— Calme. Les sauvages iroquois qui étoient au portage sont revenus à ce camp et il en partit douze avec M^ Boucherville, Ense, pour aller à la découverte au fond de la Baye à l’endroit où a été tué dernièrement un abénaquis. Les autres sauvages doivent retourner à leur village.

Lundy 11 d’Octobre— J’allai monter la garde au portage. Sur les dix heures il passa à mon poste un soldat de Béarn avec une escorte. Il avoit été pris par 3 aniers sur les 6 ou 7 heures du matin aux environs de ce poste. Lorsque les sauvages qui le conduisoient furent près des montagnes, ifs virent passer des chevreuils. Deux d’entre eux coururent pou!r les tirer et laissèrent au 3me la garde du prisonnier. Le gardien le négligea un moment, le soldat profita de la circonstance et s’est sauvé au camp de Mr de Contrecœur dont il n’étoit pas éloigné. Il a reçu sur la main deux coups de hache. Les sauvages n’ont plus que son habit dont ils l’avoient dépouillé.

Un milicien m’a apporté des lettres de Québec venues par Mr Bleury, arrivé à ce camp ce jour avec 37 batteaux de transport.

Mardy 12 — Un sergent avec escorte, porteur d’une lettre pour Mr de Montcalm passa sur les 9 heures du matin à mon poste et m’apprit qu’un soldat et un valet du Regnt de Bearn avoient eu la chevelure levée une heure auparavant, entre les postes de Mr de St Martin et Contrecœur. On entendit de ces deux postes douze à quinze coups de fusil en décharges. Ils ont laissé un fusil, un casse-tête et une lance. Les morts ont aussi restés vêtus; ils se sont si fort pressés de se retirer qu’ils ont très mal levé une des deux chevelures. Mr Boucherville, cadet, partit avec 100 hommes pour les poursuivre, il n’a pas pu les joindre. Il a passé icy à midy environ, il alloit sans doute rendre compte à Mr de Montcalm.

Mercredy 13 d’Octobre— Je fus relevé. J’appris à mon arrivée que Mr Bleury était parti le même jour de son arrivée, que Mrs de Vassant, Lévis et Blin étoient partis hier avec deux cens soldats de nos troupes qui doivent aller à la Présentation et à Frontenac; qu’il étoit aussi parti près de 100 malades; que les ordres de Mr de Vaudreuil, tant pour le retour de l’armée que pour les règlements des garnisons de Carillon et St Frédéric étoit icy; j’appris aussi qu’on marquoit du fort Duquesne

que 300 anglois étoient venus à Attigné pour exterminer un village de Loup qui y est situé; qu’ils avoient tué 7 sauvages, mis le feu à plusieurs chomines. Les sauvages commencèrent à sauver eux, leurs femmes et leurs enfans; mais voïant l’intrépidité avec laquelle soutenoit le feu des Anglois un de nos officiers venu par hasard à ce village avec soixante hommes pour y chanter la guerre, ils revinrent à la charge et les Anglois furent mis en déroute; ils perdirent 40 hommes et se répandirent dans leur fuite ça et là par les bois. On prétend que les sauvages les y pourchassèrent et qu’il en coûtera cher à ces anglois. Mr de Normanville, commandé le détachement françois a été blessé à la cuisse.

Mr de Boucherville arriva le soir de la découverte. Il étoit allé à l’endroit où dernièrement on tua un abénaquis, il ne trouva personne, pas même le corps, ce qui fait juger que cet homme n’a pas été tué roide et qu’il n’y avait là qu’une découverte qui l’aura fait prisonnier et qui par hazard se sera rencontrée vis à vis de la nôtre.

Jeudy 14 d’Octobre. — Rien de nouveau, le poste de Mr Contrecœur se replia à celuy de Mr La Corne.

Vendredy 15 — Il partit de ce camp un canot d’iroquois pour retourner à leur village. Dix à douze sauvages de cette nation qui nous restent doivent partir après midy du camp de Mr Contrecœur pour faire une découverte au fort William Henry. Rien de nouveau d’ailleurs.

Samedy 16 — Rien de nouveau.

Dimanche 17 — Rien de nouveau.

Lundy 18 d’Octobre — Deux sauvages du party iroquois partis de ce camp le 15 ont relâché et ont rapporté avoir vu des barques angloises en mouvement. La découverte journalière qui se fait du portage n’a rien vu. On regarde comme apocryphe le rapport des deux sauvages.

Après midy Mr Montegron arriva avec les Poutéouatamis et autres sauvages domiciliers partis de ce camp le 3 et qui s’étoit séparé du reste du détachement le 6, ils amènent un prisonnier anglois.

DépostHon d’un nommé Samuel Coup, prisonnier Anglois

Il est natif de Guépar dans la Nouvelle-Angleterre, à 60 milles d’Orange, à 40 rnilles audessous de Plimouth. Il a été fait prisonnier à 4 ou 5 milles au dessous d Albany d’où il venoit et qu’il y avoit six jours qu’il en étoit parti. Il est pris depuis 3.

Qu il y a 150 écossais à Albanie, qu’il n’y a pas d’autres troupes, que Milord Loudon en est party il y a 15 jours pour aller au fort Lydius et de là il devoit se rendre au fort William Henry.

Que toutes les troupes sont montées entre le fort William Henry et le fort Lydius, et que dans le tems qu’on croïait entrer en quartier. Milord Loudon a ordonné ce mouvement en avant, qu’il a fait monter du côté du fort William Henry beaucoup de munitions de bouche et de guerre, que la dernière artillerie étoit montée il y a trois semaines, que l’on dit que l’on doit attaquer la pointe sur la fin de la campagne, qu’il y a beaucoup de troupes régulières et de milices.

troupes réglées étoient au fort Lydius et les milices au fort

vVilliam-Henry;

Qu’il y a 2000 chariots employés à porter toute sorte de provisions, et qu’on les a forces pour y venir, qu’il y a deux soldats à chaqu’un pour les garder;

Qu’on ne voit autre chose dans le chemin que charettes et chariots.

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Il dit qu’on travaille à fortifier la ville d’Orange du côté qui regarde le bois; qu’on avoit beaucoup parlé de construire un fort à la rivière au Chicot, mais que Milord Loudon avoit renversé ce projet, qu’il disoit qu’il vouloit plutôt venir à la pointe que de l’entreprendre;

Que le major général Johnson est au fort William Henry avec des sauvages, qu’il a oui dire qu’il y en avoit beaucoup, que le Colonel Wingelot (Winslow) y étoit aussi;

Qu’on avoit parlé de la paix, mais que Milord Loudon avoit dit qu’il vouloit frapper avant que de la faire;

Qu’on est très fatigué de la guerre dans la Nouvelle Angleterre, entendu qu’il y périt beaucoup d’habitans, qu’ils ont grande peur de nos sauvages.

Qu’ils trouvent un avantage à faire leurs batteaux au fort William Henry, qu’ils n’en font point venir du fort Lydius où il y en a beaucoup qu’on y apporte d’Albanie;

Que le fils unique de Milord Loudon a été tué à Sarasto par un soldat en faisant l’exercice à feu.

Mardy 19 d’Octobre — Plusieurs de nos messieurs partirent avec une trentaine d’hommes et deux ou trois sauvages pour aller à la chasse au fond de la Grande Baye. Ils doivent faire en même tems une découverte.

Le tems fut orageux tout le jour. Nous eûmes de la pluye à deux ou trois fois, un très gros vent et entendit aussi le matin du tonnerre, mais éloigné.

Mercredy 20. — Gros vent tout le jour. Nos messieurs partis hier pour la chasse renvoyèrent vingt hommes, ils sont restés onze y compris quatre sauvages, les hommes revenus nous ont dit qu’hier à leur arrivée près des deux Rochers, ils trouvèrent un feu allumé et des perches tout nouvellement plantées, ce qui leur a fait penser qu’il y avoit passé depuis peu un parti ennemi. Sur les 5 heures du soir on apprit que trois canadiens partis de la Chûte pour le camp de M^ de Contrecœur avoient rencontré un party anglois de 10 à 12 hommes, un des canadiens les voïant faire une manœuvre pour les tourner leur tira un coup de fusil qui jeta, à ce qu il croit, un homme par terre, les Anglois ripostèrent d’une décharge dont ils blessèrent celuy qui avoit tiré d’un poste à la tête et une au bras, et un autre reçut une balle dans la cuisse, sans luy casser, le troisième n’eut rien.

Les Anglois n’ont osé les poursuivre et se sont sans doute retirés; Mr de Fonbonne, commandt à la Chûte a fait partir 30 grenadiers sitôt qu’il a sçu l’affaire. Il est à remarquer qu’avant ces 3 hommes, il en étoit passé huit qui n ont rien rencontré. L’officier de nos troupes qui étoient de garde dans le chemin du portage envoya sitôt qu’il eut sçu l’affaire du premier canadien qui passa à son poste sans avoir été blessé.

La nouvelle du feu trouvé allumé près des deux Rochers a été démenti par le retour de nos messieurs. Il avoit été allumé anciennement par nos sauvages et avoit couru depuis dans le bois.

Jeudy 21 d’Octobre— On n’a pas trouvé l’Anglois qu’on a cru tué hier. Perthuis parti du poste de Mr Contrecœur le 15 avec 10 à 12 Iroquois est arrivé ce matin. Il n’a pu rien faire. J’ai oui dire qu’après avoir bien examiné le camp ennemi, il avoit compté 50 tentes de frond sur 12 de profondeur, que malgrez cela il n’estimoit pas plus de sept à huit cens hommes dans le camp par le peu qu’il en avoit vu mouver, qu’il n’avoit pas vu outre les barques plus d’une cinquantaine de batteaux; qu’un nommé Bourdeaux qu’il avoit avec luy s’étoit approché du chemin qui communique au fort Lydius, d’où il avoit entendu le bruit d’un très grand nombre de chariots ou charettes et d’hommes qui retournoient à ce fort, qu’il a aussi vu, en

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partant du camp de Contrecœur deux barques et 2 batteaux dans le lac qui avoient approché aussi près qu’il est possible de l’ancien poste de M*" Contrecœur.

Ils ont laissé des lettres dont ils étoient chargés, elles étoient des prisonniers que nous avons à Québec.

Nos messieurs qui étoient à la chasse au fond du marais sont revenus ce soir. Ils n’ont eu connaissance d’aucune découverte ennemie.

Vendredy 22 d’Octobre— Les sauvages Pouteouatamis partirent de ce camp pour aller à Montréal y chercher leurs femmes, on m’a assure qu ils dévoient revenir icy.

La grande garde entendit des décharges de mousquéterie du côté de St Frédéric. On pense que ce sont les Poutéouatamis qui arrivoient à ce fort.

Samedy 23— Rien de nouveau. La pluye commença à tomber sur les 8 heures du soir.

Dimanche 24 — Rien de nouveau. La pluye cessa sur les huit heures du matin. Il fit très beau le reste du jour.

Lundy 25— Le tems couvert tout le jour. Il tomba tant soit peu de neige, si peu qu’à peine peut-on dire en avoir vu.

Mr Courtemanche partit vers le Midy avec Perthuis l’interprète des Iroquois qui n’en a emmené avec luy que deux et quatre miliciens.

M*- de Bleury arriva l’après midy avec 54 batteaux de transport. Il rapporta des nouvelles à la main conçues en ces termes:

De Louisbourg, le 10

Nous sommes toujours icy dans la même situation, occupés de l’avancement de nos ouvrages pour mettre cette place en état de défense. Nous eûmes icy pendant quelques jours le Major Hait du Régiment de Hasselt en garnison à Halifax, envoyé sous le prétexte d’apporter plusieurs lettres de France, toutes ouvertes, trouvées à bord de nos vaisseaux pris, demander des secours en argent pour les prisonniers de l’Arc en ciel et de traiter de l’échange du S* Martin, Lieutenant d’Artillerie détenu prisonnier à Québec, il arriva le 4 août, a été bien traité en rade et à terre, et s’en retourna le lendemain du départ des 4 vaisseaux du Roy, descendus de Québec. Il y a apparence que son objet principal étoit de connaître nos forces maritimes.

Les termes de marine ne m’étant pas familiers, je croirois beaucoup hazarder de vous parler du combat du Héros le 27 juillet après midy.

18 matelots françois désertés d’Halifax ont rapporté que nos prisonniers y souffroient beaucoup, que dans le nombre de nos vaisseaux pris étoient l’Arc-en- Ciel, le Pontchartrain et l’Equité, qu’il en étoit sorti dix-sept batimens armés grands et petits, les premiers se tiennent au large pour intercepter tout ce qui fait route pour cette colonie, et les autres inquiètent notre cabotage, ils ont des Berges au moyen desquelles ils enlèvent les goélettes et chaloupes que les patrons échoüent pour sauver le monde; il y a cependant apparence qu’ils ne tenteront dorénavant cette manœuvre qu’avec circonspection, vu que les sauvages par une feinte en aïant attirés quatre à terre dans le passage de Fronsac, en ont pris une dans laquelle étoient cinq hommes et un lieutenant de frégate, blessé et tué vingt-six autres des trois qui regagnèrent leur bord, moûlllé à l’endroit nommé la Grande Anse.

La Chercheuse, goelette venant du Canada a été prise à Nigouiche après s’être échoüé.

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Nouvelles de France par Louisbourg.

Il entra hier matin dans ce port une goëlette venant de Bayonne après 54 jours de traversée qui rapporte les nouvelles suivantes:

Que le fort Philippe en l’Ile de Minorque s’est rendu le 29 juin.

Que la garnison sortie avec les honneurs de la guerre avoit été conduite aux frais du Roy à Gibraltar.

Que les Anglais après le combat de Mr de la Galissonnière s’étoient retirés dans ledit port, et si maltraités qu’ils furent obligés d’y conduire trois de leurs vaisseaux à la remorque et que leurs escadre étoit renforcée de 18 autres.

Que Mr de la Galissonnière avoit pris des bâtiments chargés de soyries venant de Smirne estimés 12 millions.

Que l’Espagne avoit armé dix-huit vaisseaux de guerre dont plusieurs étoient entrés dans les ports de Majorque.

Que l’Ambassadeur Anglois en avoit fait des représentations et que la réponse fut que le Roy sachant des flottes étrangères autour de ses états, il étoit à propos que Sa Majesté se tint sur ses gardes.

Que la Reine de Hongrie avoit signé un traité d’union avec nous.

Que la Hollande s’étoit contentée de la neutralité seulement, ce qui déplaisoit aux Anglois qui leur ont pris onze bâtiments sortans du Havre.

Qu’au reste, tout étoit assez tranquil le long des côtes et qu’il n’était question d’aucune autre opération que de Jersey et de Gernesay.

Lettre de Mahon, du 30 juin 1756

Le Dimanche 27 du mois, M^ le Maréchal de Richelieu fit donner l’assault au chemin couvert des forts d’Estrendens, Argile, La Reine, Kerne, S*^ Charles et Malborough qui n’étoient presque pas endomagés; nos grenadiers et volontaires soutenus de plusieurs piquets se présentèrent à 10 heures ^ de la nuit; rien ne leur résista dans les chemins couverts qu’ils enlevèrent l’épée à la main, après quoy, au moyen d’une grande quantité d’échèles, ils descendirent dans les fossez et escaladèrent les dts forts avec une si grande intrépidité que les efforts des Anglois pour s’y opposer ne servirent de rien, avec la circonstance que les échelles se trouvèrent plus courtes que les hauteurs des brèches desdits forts, les unes de 3 pieds, les autres de 4 et même de 5. tout cela ne les empêcha pas de s’en emparer, d’en chasser les Anglois et de se saisir de tous les dessous des ouvrages qui, au moyen de cela nous donnoit la communication pour aller sous le donjon.

Les Anglais mirent le feu aux sept mines sous les glacis des forts d’Estrendens, Argile et La Reine, mais comme nos troupes ne s’y étoient pas arrêtés ayant d’abord franchi la palissade; nous n’avons pas perdu 50 hommes de leurs effets. Nos soldats ayant pris les chemins couverts arrêtèrent les mineurs qui vouloient mettre le feu aux mèches et leur prirent les saucissons qu’on leur paya quatre Louis chaqu un.

Les Anglais demandèrent à la pointe du jour 28 une suspension d armes pour retirer leurs blessés et leurs morts. M*" le Maréchal leur accorda jusqu à 7 heures yi du matin du même jour. Pendant ce tems là nous fimes aussi enlever les nôtres, qui entre les morts et blessés ne vont pas à 500 en y comprenant 37 officiers tués ou blessés.

La suspension achevée on commença de part et d’autre les hostilités, le feu des Anglois étoit peu de chose, la vigueur qu’ils avoient trouvée dans nos troupes les

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avoit si fort étonnés qu’ils ne se croïoient pas en sécurité dans le double retranchement qu’ils avoient encore et craignant qu’après ce qui s’était passé on ne vint à les enlever dans le centre de la place et que tout ne fut pillé et passé au fil de l’épée, ils prirent le party d’envoyer vers les 11 heures ^ du matin du même jour 28, deux officiers et un tambour pour demander à capituler.

Mr le Maréchal accepta que l’on traita la capitulation. Dès ce moment les hostilités cessèrent de part et d’autre mais nous continuâmes à travailler comme si la capitulation ne devoit pas avoir lieu; nous établîmes nos communications avec les forts que nous avions pris, les Anglois de leim côté travailloient aussi par honneur pour faire voir que si l’on ne s’accordoit pas, ils étoient en état de nous résister encore.

Enfin, après bien des allées et venues, le tout fut terminé hier au soir 29 comme s’en suit;

La garnison sortira avec les honneurs de la guerre, 4 canons, 4 chariots couverts et leurs bagages; nous devons les porter à Gibraltar.

Les Anglois, les Grecs et les Juifs établis dans l’Ile de Minorque ont six mois pour emporter leurs effets et se retirer où bon leur semblera.

Nous sommes en possession de presque tous les forts, les Anglois n’en occupent qu’une petite partie.

L’entrée du port est toute à nous et tous les bâtiments marchands y vont entrer.

On a permis aux Anglois des forts de venir dans la ville de Mahon, ils sont grands camarades de nos soldats, ils s’accordent tous à dire, tant les officiers que les soldats qu’il n’y avoit que des françois ou des diables qui pussent faire ce que nos troupes ont fait.

Mr le Duc de Fronsac est parti la nuit du 29 au 30 pour emporter la nouvelle au Roy — le Duc de Fronsac a débarqué à Toulon le 5 juillet pour prendre la route de Paris.

Suitte des nouvelles de France copiées sur une autre relation

La guerre a été déclarée par la France à l’Angleterre le 9 juin.

Le 16 juin, le parlement de Bordeaux s’est interdit luy-même, j’en ignore la raison.

^ Mr le Comte de la Galissonnière a pris une flotte anglaise venant de Smirne qu’il a envoyé à Marseille avec un grand vaisseau anglois sous pavillon françois. chargé de soyeries et de Corail, on fait monter ces prises à 12 milions.

Il y a une fermentation terrible parmi le peuple de Londres depuis la prise de Mahon.

Les Espagnols ont armé 13 vaisseaux de guerre et l’ambassadeur anglois en ayant demandé les raisons, on luy a répondu qu’on vouloit être sur ses gardes étant environné de forces étrangères.

Il y a 17 mille hommes prêts à s’embarquer à St Malo, on prétend qu’ils iront prendre Jersey et Guernesey.

On arme à force en course dans tous les ports de France.

La sale aux voiles de l’Arsenal de Rochefort a été consumée par le feu, on dit que c’est un espion habillé en capucin qui l’a mis.

' ^ combat dans la Méditerranée, on le dit

a Gibraltar avec 4 vaisseaux hors de service.

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Les Anglois ont pris 12 hollandois sortant du havre de grâce sous prétexte qu’ils ne veulent pas que les nations neutres viennent en France; ceux-ci courent depuis sur les Anglois.

On assure toujours une alliance entre la France et la Reine de Hongrie.

L’escadre de Brest étoit prête à faire voile au 15 juillet.

Mardy 26 d’Octobre — M'' de Montcalm partit de ce camp pour Montréal avec plusieurs de nos Messieurs, un piquet et les grenadiers de Lassard; les batteaux de transports de Mr de Bleury, 95 malades et une bande de 10 à 12 sauvages du Sault.

Mercredy, 27— M^ de Lévis alla au portage, neuf iroquois du lac partirent pour la découverte par le fond de la Baye à Ledys.

Jeudy 28 — Il fit très beau ce jour et même chaud, la pluye commença sur les 6 heures du soir et a duré toute la nuit.

Vendredy 29 — Le va et vient partit pour Frédéric avec les soldats de la marine destinés à y passer l’hyver.

Samedy 30 — Les soldats et miliciens destinés pour Québec arrivèrent du portage. On tire les soldats de la garnison de Carillon et les miliciens pour Guyenne et La Reine.

MÉLOIZES, Cner, SEIGNEUR DE NEUVILLE, AU CANADA, DU 8 MAI 1759 AU 21 NOVEMBRE DE LA MÊME ANNÉE. IL ÉTAIT ALORS CAPITAINE AIDE-MAJOR AUX TROUPES DÉTACHÉES DE LA MARINE

Sur certains avis qu’eut M^ le Mis de Vaudreuil que les Anglois dévoient marcher sitôt après la fonte des glaces à la pointe au Baril où on avoit établi un entrepôt et construit pendant l’hyver deux barques portant canons, il fit partir à la fin de Mars et au commencement d’Avril quelques piquets des troupes de terres et cinq à six cens hommes de troupes détachées de la marine ou miliciens, partie sur les dernières glaces, partie en bateau pour s’y rendre, afin de soutenir la garnison.

Les barques achevées d’être construites et les anglois n’aïant faits aucuns mouvemens, elles mirent à la voile à la fin d’Avril pour se rendre à Niagara où elles ont transportés les piquets des troupes de terre. Les troupes et Milices de la Colonie s’y sont aussi rendus en bateaux.

L’ennemi ne faisant donc aucun mouvement apparent, Mr le M's deVaudreuil n’aïant aucunes nouvelles d’Europe se détermina à faire partir dans les premiers jours de May de Québec les bataillons de la Reine, les deux de Bery et mil hommes de troupes ou M^ilices de la colonie; imaginant que les premiers efforts de 1 ennemy seroient sur la frontière de Carillon, il donna ordre aux bataillons de terres et autres troupes en quartier dans le gouvernement de Montréal de se tenir prêts à marcher au premier avis qu’il recevroit. Il jugea cette précaution necessaire a tout événement. Les troupes en quartier dans le gouvernement de Montréal étant à portée de se rendre au premier endroit où l’on pourroit en avoir besoin. Il n en eut pas ete ainsi des troupes en quartier à Québec à qui il auroit fallu beaucoup de tems pour se porter aux frontières. D’ailleurs, par cet arrangement, il trouvoit le moyen d’économiser

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les vivres, laissant dans leur quartier les troupes de Montréal qui étoient nourris chez les habitans.

Mardy 8 May — Le 8 May la dernière division des Troupes et Milices de la colonie dans laquelle j’étois compris partit et vint coucher à Neuville.

Mercredy 9 May — nous vînmes camper au Platon.

Jeudy 10 May — à Batiscan.

Vendredy 11 May — à La Badie, 1 lieue au dessus des Trois-Rivières.

Samedy 12 — à ITle St Ignace.

Dimanche 13 — à St Antoine.

Lundy 14 — à Chambly, à 3 heures après midy nous y apprîmes que le 21 ou le 22 Avril, il avoit été fait deux prisonniers du côté de Carillon qui disoient qu’ils n’a voient encore aucune nouvelles d’Europe à Lydius, que les uns parloient de paix, d’autres de l’expédition du Canada; qu’à cet effet cinq provinces dévoient fournir chacune 8000 hommes de troupes de province, que toutes les troupes de la vieille Angleterre étoient encore dans leur quartier, qu’on disoit qu’il marcheroit un corps de troupes du côté de Chouaguen et que tout le reste de l’armée venoient par le fleuve St Laurent.

Que le bruit courroit que La Martinique et La Guadeloupe avoient été prises et quelques autres nouvelles dans ce genre, sur lesquelles on ne pouvoit guère compter. Nous apprîmes aussi de la Belle Rivière que les Anglois s’étant mis en marche au nombre de 4 à 500 pour venir attaquer le fort Machault, on avoit attaqué leur avantgarde où l’on avoit tué ou pris 40 ou 50 hommes, que le reste s’étoit retiré à grande hâte.

J’appris le soir à huit heures l’arrivée de M^ Bougainville à Montréal et qu’il y avoit en rivière dix-sept vaisseaux formant la première division de Bordeaux sous les ordres du capitaine Canon, ces vaisseaux chargés de vivres et de munitions.

Mardy 15 May — Nous nous rendîmes à Jean où nous séjournâmes pour attendre Mr de la Colombière, capitaine commandé notre division.

Le soir il arriva un canot sauvage avec un prisonnier anglois que nous ne pûmes interpréter.

Mercredy 16 — Je reçus une lettre de Québec qui ne m’apprenoit guère d’autres nouvelles que celles du 14.

Je reçus le soir la liste du remplacement dans nos troupes.

Les sauvages arrivés hier nous apprirent le départ de Carillon de Mr deLangy- Montegron avec 2 à 3 cens hommes françois ou sauvages pour aller au fond du lac St Sacrement tacher de détruire les barques, bateau ou berges que les anglois avoient coulé à fond l’automne dernier avant de se retirer. Mr Lovicour officier d’ Artillerie étoit chargé de la besogne, tandis que Mr de Langy devoit se tenir sur le chemin du fort Edouard avec des Canadiens et des sauvages pour couvrir les travailleurs.

Jeudy 17 May — Nous séjournâmes encore, Mr de la Colombière n’étant point arrivé. Je répondis aux lettres reçues, il plut ce jour.

Vendredy 18— Séjour pour la même raison que la veille, le vent étoit au nordest il plut presque tout le jour.

Samedy 19— Séjour, M*- de La Colombière n’étant point encore arrivé. Il passa par ce poste un exprès pour apprendre à M*- le Marquis de Vaudreuil que le détachement qu’il avoit ordonné pour le fond du lac St Sacrement avoit plainement rempli sa mission; le courrier nous a dit qu’on avoit relevé 4 à 5 cens berges et qu’on les avoit détruites. Qu’on avoit aussi relevé la barque qu’ils avoient construite

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l’été dernier, qu’on avoit trouvé dedans 24 à 25 pièces de petits canons ou pierriers qui avoient été transportés à Carillon et qu’ensuite on luy avoit fait un large sabord dans le flanc et qu’on l’avoit coulé à douze ou quinze brasses d’eau. Que pendant cette expédition un détach* anglois s’étant présenté sur le chemin pour faire une découverte, avoit été pris en entier, que deux Anglois seulement avoient été tués. Suivant le rapport du courrier il étoit de 33 hommes et aucun ne s’est sauvé.

Mr de Surimeau officier de Ber y passa icy qui nous dit qu’on regardoit comme sûr que les anglois venoient cette année au Canada; que la France feroit tous ses efforts pour nous faire passer des secours en vivres et munitions; mais qu’on ne disoit pas qu’il vint des troupes ni d’escadre, on dit cependant que le Maréchal de Conflans commande une escadre, mais qu’on ignore sa destination.

Il plut beaucoup l’après diner.

Dimanche 20 May — Séjour pour les mêmes raisons qu’hyer. Le vent se mit au Nord Est pendant la nuit, il tomba une espèce de neige fondue jusqu’à une heure après midy que le tems se remit au beau.

Mr Duverny revint de Montréal qui nous confirma les nouvelles des jours précédons. Il me dit que Mr de La Colombière n’étoit pas encore parti de Montréal et qu’il attendoit pour cela les ordres de Mr le Marquis de Vaudreuil.

Lundy 21 — J’écrivis à Mr le Marquis de Vaudreuil pour qu’il m’envoya ses ordres au cas qu’il ne fit pas rejoindre Mr de La Colombière.

Mardy 22 — Mr le Cher de Lévis arriva à deux heures après diner de Montréal et m’annnonça l’arrivée prochaine de Mr de La Colombière.

Je me préparai sur l’heure à partir. Je fis remplacer les vivres du voyage et je partis à trois heures et demie en aïant eu l’ordre de Mr de Lévis, après luy avoir laissé cinquante miliciens qu’il me demanda et le bateau de Mr de La Colombière.

J’appris le départ de Mr de Montcalm de Montréal pour Québec hier — et celuy de Mr le Marquis de Vaudreuil fixé au 23.— Je vins camper à la prairie de Boisluau. Mr de La Colombière me rejoignit sur les dix ou onze heures du soir.

Mercredy 23— Nous partimes au jour et campâmes à la pointe au fer sur les dix heures du matin, le vent étant trop gros pour pouvoir aller plus loing.— Nous en partimes sur les cinq heures et demie du soir et vinmes camper à une lieue environ au dessus de l’Ile de la Mothe, le tems étant trop orageux pour hazarder de marcher la nuit. Il plut un peu.

Jeudy 24 May— Nous partîmes au jour et vinmes camper à l’Ile à la Barque.

Vendredy 25— Nous partimes au jour et arrivâmes à Carillon sur les trois heures après diner. J’appris à mon arrivée que la plupart des nouvelles qu’on m’avoit dit le 19 étoient fausses. Que l’expédition quant aux Berges angloises ne consistoit qu’en vingt et quelques Berges, les sauvages n’aïant pas voulu rester sitôt après la défaite du détachement. Il plut beaucoup le soir.

Samedy 26 — La pluye continua tout le jour. Je fis un rôle général par paroisse de tous les miliciens qui étoient au camp ainsi que des soldats détachés de la marine, pour en pouvoir ensuite faire l’incorporation. Il partit une petite découverte pour le fond de la baye en trois canots ou bateaux.

Un sergent de la Reine nommé Bourgeois partit dans un bateau armé de dix hommes pour Montréal porter les dépêches de M^ de Bourlamaque.

Dimanche 27— La pluye continua jusqu’à dix heures du matin. Je laissai sécher le terrein jusqu’à deux heures après midy. Je fis pour lors l’incorporation et fis camper. Sur les cinq heures la pluye commença.

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Lundy 28— Le tems se remit tant soit peu au beau. Mr de Langy arriva avec un prisonnier qui dit que les anglois dévoient marcher à nous sous 20 jours avec 7 régimens de vieilles troupes et neuf de troup)es provinciales, cinq cens sauvages Aniers, Iroquois, Loups, ou Mohaïgan, qu’il étoit arrivé à Louisbourg deux régimens sur l’escadre de la vieille angleterre, avec des piquets de tous les corps qui sont au service du Roy d’Angleterre, qu’il marchoit cinq a six mille hommes sur le lac Ontario, et qu’ils avoient retiré les troupes de la Belle-Rivière pour les employer dans cette partie, n’aïant laissé qu’une simple garnison au fort Cumberland, que Roger (Rogers) étoit campé à Sarasto avec mil partisans en y comprenant sans doute les sauvages et qu’on l’attendoit sous peu au fort Edouard.

Mardy 29 May— On donna les vivres à nos troupes et milices. Il vint des nouvelles indirectes de Québec qui dirent qu’on avoit vu en rivière des Vaisseaux qu on pensoit être anglois, et que sur ce doute on avoit fait descendre à Québec les troupes en quartier à Montréal. Il arriva des sauvages iroquois. Il plut ce jour.

Mercredy 30 — ’On apprit que les anglois nous avoient fait trois prisonniers à S* Frédéric.

Jeudy 31 — Rien de nouveau.

Vendredy 1er juin — M^ de Bourlamaque alla à Frédéric, il eut pour escorte deux compagnies de grenadiers et 30 miliciens.

M^ de Langy de Montegron partit aussi avec les sauvages, 26 soldats de tous les corps et 43 canadiens, il avoit sous luy quatre officiers dont un des troupes de terre.

Samedy 2 — M^ de Bourlamaque revint de Frédéric, M^ de Bayeul arriva aussi de Montréal avec 18 canots d’écorces dont ce poste a besoin. Il apporta des lettres. J’en reçus de Québec qui étoient anciennes. Il nous dit que toutes les troupes et milices du gouvernement de Montreal étoient descendues à Québec. Qu’on avoit vu 8 vaisseaux de guerre anglois à Rimouski, qu’il avoit même été fait quelques prisonniers qui étoient descendus à terre pour faire de l’eau.

Il nous dit encore que deux acadiens échappés de Boston étoient arrivés par la baye de Missiskoui à Jean où ils avoient dit que l’escadre angloise avoit été rencontrée par l’escadre françoise commandée par M^ de Bompart qui avoit pris sur l’ennemi trois vaisseaux de guerre et trente et quelques vaisseaux de transports. Qu’ils ne croïoient pas que les anglois eussent dessein de pénétrer par Carillon. Qu’ils croïoient seulement qu’ils ne vouloient qu’attirer notre attention de ce côtélà, que leur armée dans cette partie étoit bien de 15,000 hommes mais que la plupart n’étoit que des enfans et des nègres. — Je fis donner les vivres.

Dimanche 3 juin — M''de Bayeul laissa ses canots d’écorce et repartit avec son monde dans deux bateaux vers midy. — Une des barques arriva le matin — Il plut tant soit peu.

Lundy 4 — La barque repartit la nuit dernière. Les officiers, soldats et canadiens partis avec M^ de Langy et quelques sauvages rentrèrent au camp sur Ies8à9 heures du soir. Ils dirent qu’ils avoient été jusqu’à l’ancien fort William Henry avec les bateaux et que de là, la plus grande partie du détachement avoit été jusqu’à mi chemin du fort Edouard sans rien rencontrer, qu’ensuite M^ de Langy n’avoit gardé que M*' Hertel et un ou deux françois avec trente ou 40 sauvages pour aller faire la découverte et quelques prisonniers s’il le pouvoit et avoit renvoyé le reste.

Il arriva le soir un sauvage qui avoit laissé Mr de Langy dans le party qu’il avait fait précédemment et qu’on avoit soupçonné d’avoir déserté. Il dit qu’il avoit pris un homme et une femme et qu’il les amenoit; mais qu’un parti anier luy avoit

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fait lâcher prises. Qu’il avoit reçu de leur part quelques coups de fusil, et qu’avant de se déterminer à fuir, il avoit cassé la tête à ses deux prisonniers. Qu’il pensoit que ce parti pouvoit être aux environs du petit marais avant peu. Cette narration paroit bien douteuse.

Mardy 5 juin — Le serg* de la Reine parti le 26may revint de Montréal et apporta des lettres qui mandent qu’on a rassemblé à Québec un corps de dix-huit mil hommes composé de toutes les troupes, milices et matelots; qu’indépendamment de ce corps, il restoit encore la moitié du gouvernement de Montréal au cas de besoin; que Mr le Cher de La Corne étoit à Chouaguen à la tête d’un corps de trois mil hommes et qu’on marchoit à la Belle rivière.

On mande de Québec que plusieurs lettres de France nous annoncent une escadre de 32 vaisseaux de guerre sans y comprendre les frégates. Quelques unes disent aussi que M^de Bompart a attaqué un convoy de 60 vaisseaux de transports sous l’escorte de 4 vaisseaux de guerre, qu’il a entré le tout dans Brest à l’exception de quelques vaisseaux de transport.

On marque encore de Québec qu’il a paru 15 vaisseaux de guerre anglois au Bique, qu’on ne scait pas si c’est pour y croiser simplement ou si la flotte suit de près. On paroit à Québec dans une grande confiance.

Les 5 nations iroquoises ont, dit-on, refusé les coliers et présents anglois et se retirent vers nos forts.

Mercredy 6 juin — Je fis donner les vivres à la troupe. On a cru voir l’aprèsmidy quelques sauvages ennemis aux environs de nos postes. Des détachemens ont été faire la patrouille dans le bois et n’y ont rien vu. Quelques sauvages disent qu’ils ont vu la piste de dix hommes.

Jeudy 7 — Le vent se mit au Nord Est très fort la nuit dernière avec une pluye des plus abondante qui a duré tout le jour. M*" Dolabara aïant le commandement de 2 chébecs et d’une goélette arriva de Jean d’où il étoit parti le 5. Il nous apporta des lettres de Québec qui mandent que les anglois ont 15 vaisseaux à l’Ile au Coudre, et qu’il a paru une nouvelle frégate à Barnabé. — Les lettres ne s’accordent pas — quelques unes disent 15 vaisseaux de guerre, d’autres 14, d’autres enfin 4 dont un à trois pont et 9 à 10 frégates ou vaisseaux de transports, quelques unes même disent que ce peut être des prises qu’ils nous ont faites. Tout Québec est en mouvement pour le déménagement. L’Ile d’Orléans est entièrement évacuée et sans doute les paroisses d’en bas. On a 12 à 14 mil hommes d’assemblés à Québec où malheureusement les vivres ne sont point abondantes, mais du reste, il paroit beaucoup de bonne volonté et de confiance dans tout le monde. On avoit fait partir un détachement de 150 canadiens ou sauvages pour tâcher de faire quelques prisonniers à l’Ile au Coudre qui puissent nous instruire du mouvement des ennemis. Les sauvages dit-on sont disposés à bien faire. Plusieurs dames et autres personnes se sont rendues à Montréal. Je reçus des lettres.

Vendredy 8 — La pluye a cessé dans la nuit dernière, et le vent a beaucoup augmenté. Il étoit furieux. Le va et vient est arrivé ce matin. Il étoit parti de St Jean avant hier. Dolabara. Le vent tomba le soir.

Samedy 9 juin — Le temps fort beau. Le va et vient repartit le matin. M^ de Langy parti le premier du mois revint au camp fort mécontent de n’avoir pu remplir l’objet qu’il s’étoit proposé. Les sauvages au lieu de le conduire entre Lydius et Sarasto le menèrent aux environs de Corlard où ils prirent un homme et une petite fille dont la mère qui se sauvoit à cheval avoit été tuée.

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Le prisonnnier est un jeune paysan assez mal instruit qui cependant annonce un grand mouvement sur le lac Ontario. Il prétend que l’armée doit être de 25 à 30 mil hommes, qu’elle doit s’emparer de Niagara, la pointe au Baril et de là descendre à Montréal; il annonce aussi un gros corps dans cette partie qui également doit percer jusqu’à Montréal lorsqu’il se sera emparé de la frontière.

Il a aussi dit qu’il y avoit mil sauvages campés auprès de Corlard.

Dimanche 10 — Il n’a pas été possible de retenir Ganactagon et sa bande revenue de guerre hier. Ils sont partis à midy.

Après le diner un nommé Delormes qui avoit été pris sur la fin de l’hyver vint de St Frédéric où il s’étoit rendu hier après 13 jours d'une marche très pénible à travers les bois. 11 revenoit des environs de Corlard où il étoit employé sur une terre de Mr de Johnson. Il a dit à peu près la même chose que le prisonnier d’hyer; il dit que le bruit public mettoit 70 mil hommes sur la flotte angloise, 30 mil pour le lac Ontario et vingt-cinq mil pour Carillon qui tous dévoient se réunir dans le centre de la Colonie.

Il disoit encore que les sauvages des cinq nations iroquoises avoient accepté la hache des Anglois.

Je fis donner les vivres.

Lundy 11 juin — Le feu prit dans une casemate d’une des demi-lunes sur les 11 heures du matin, où il y avoit beaucoup d’artifices. L’opinion générale est que le feu y a pris par une bombe qu’un canonnier chargeoit avec une baguette de fer dont le bout étoit d’acier trempé. Il y périt quatre canonniers et deux qui se sont sauvés très brûlés, mais qui n’en mourront pas. M^ Derleins, officier de Béry qui se trouva à la porte dans le temps de l’accident fut jetté dans le fossez et brûlé en plusieurs endroits. On parvint en jettant beaucoup d’eau à éteindre le feu et le mal ne fut pas si grand qu’on avoit lieu de le craindre. La casemate s’est trouvée fort peu endommagée.

Il vint un canot de S* Jean qui n’apporta aucune nouvelle. Il partit un détachement de 26 soldats et 43 miliciens et 15 à 20 sauvages aux ordres de M*" de Sabrevois par le fond de la baye.

Mardy 12 — Il a plu cette nuit et beaucoup ce jour à diverses reprises. Le canot arrivé hier de Jean repartit à 8 heures du matin. Il arriva l’après midy un canot de 14 sauvages du lac des deux montagnes.

Le détachement parti hier rentra à l’exception de M"" de Sabrevois, six soldats de la Marine, 20 miliciens et les sauvages. Ce détachement n’a rien aperçu au fond de la baye ni aux environs de la rivière au Chicot.

Mercredy 13 — Le tems se remit au beau.

Le nommé Jacques Prévost, dit La Liberté, soldat de la Compie d’Herbin, ne rentra pas avec l’escorte de travaileurs de Mtre Parent. On ne s’aperçut qu’il nianquoit qu’à midy et l’officier de Bery commandant ladite escorte n’en rendit compte à Mr de Bourlamaque qu’à son retour le soir. Aussitôt M^ de Bourlamaque ordonna pour le lendemain à la pointe du jour un détachement de 3 canadiens et 15 sauvages aux ordres d’un L* de la Reine, M*' de Paye, pour courir sus.

Un milicien de Lotbinière, nommé Ignace Le May fit l’épreuve d’un cajeux remply d’artifice. Mr de Bourlamaque en fut fort content.

Jeudy 14 juin— Fête Dieu. — Le détachement pour courir après le déserteur partit à la pointe du jour. Mr de Bourlamaque fit aussi partir pour Québec le milicien de Lotbinière dont j’ai parlé hier, avec un de ses camarades.

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Le bateau qui les mène à Jean est armé de 15 hommes aux ordres d’un sergent de la Reine. Ils doivent revenir avant peu dans trois bateaux chargés.

On envoya aussi à Frédéric quinze canadiens et quinze soldats d’escorte y chercher des vivres.

Il plut ce jour à diverses reprises, peu cependant.

Vendredy 15. — L’escorte et les 15 canadiens revinrent de Frédéric. Les cinq canadiens partis après le déserteur revinrent aussi l’après midy. Ils dirent qu’ils avoient été au delà les deux dernières iles à la vue de l’ancien fort William Henry où ils n’avoient rien aperçu.

Les sauvages mirent à terre en deçà des deux dernières iles et aïant observé par les pistes que le déserteur n’étoit point encore passé, AF du Fail renvoya les cinq Canadiens de là avec le canot d’écorce et fit route par terre avec les sauvages, espérant rencontrer le déserteur.

M’’ du Fail arriva dans la nuit avec les sauvages sans avoir rencontré l’homme qu’il cherchait.

Il plut beaucoup dans l’après-midy.

Samedy 16 juin — Beau tems. Le Coté officier de milices partît avec 5 miliciens et un tambour porter des lettres au camp ennemi. Rien de nouveau d’ailleurs.

Dimanche 17 juin — Il plut tout le jour. Il arriva le soir 7 canots sauvages qui pouvoient former 70 à 80 hommes, Iroquois, Abénaquis, Nipissings et Folles avoines. Ils apportèrent quelques lettres. de Bourlamaque reçut une relation des évènements de Québec depuis le 3 jusques au 8 juin:

Nouvelles de Québec depuis le 3 jusqu’au 8 juin 1759

Mr de Lescamp cy-devant second cap^e du L’Aigle est de retour du p^*' de ce mois au soir, venant de l’Ile aux Coudres où il avait été à la découverte. Il a rapporté qu’il y a 6 vaisseaux de force dont un à 3 ponts de 80 pièces de canon et de fortes frégates. Ils se promènent sur l’Isle aux Coudres même à cheval les habitants de cette Isle ayant tout abandonné.

Mr de Niverville est parti avec 80 canadiens et 100 sauvages pour aller en découverte à cette Isle. Nous attendons un peu son retour.

Nous avons appris le per de ce mois que le 27 May il a paru une frégate à la pointe aux Pères, ayant 26 canons sur son pont. Nous ne sçavons si elle est française ou Anglaise, mais il y a plus d’apparence qu’elle soit angloise par son armement, quoiqu’elle ait hissé pavillon blanc.

Les travaux avancent vigoureusement, les canons du rempart, depuis l’Evêché jusques devant Descheneaux sont chargés et pointé, avec les munitions et ustencils auprès, ainsi que 7 mortiers et partout mèche allumée.

Depuis ces canons jusqu’à la fin du rempart règne une clôture en pieux avec des créneaux pour faire le coup de fusil; on n’a pas eu le tems d’achever cette partie en maçonnerie.

La porte qui suit en descendant au Palais est bouché en maçonnerie; depuis la Digue jusqu’au quartier S* Roch règne une batterie à barbette hérissée de canons depuis 12 jusqu’à 6.

On travaille à une batterie flottante qui portera 12 pièces de canon de 12 et 6 de 18, destinée pour s’opposer à la descente. Ce sont des Captes Malouins qui la font exécuter et qui la commanderont.

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On travaille aussi à des batteaux de roy qui portent chacun 1 pièce de canon de 8. Ce sont des bateaux ordinaires qui sont égueulés d’un bout et pontés depuis le tourrillon de la pièce de canon jusqu’au bout dudit bateau; on en a fait l’épreuve il y a quelques jours, le boulet a traversé à fleur d’eau depuis la digue jusqu’à l’Isk' d’Orléans.

L’on a profité de la grande mer d^e pour amener dans la petite rivière vis à vis le palais à peu près 2 navires Dunkerquois désarmés ici l’année dernière; On va les démâter, les charger en pierres et y établir des batteries dessus. Elles batteront en plein le long de la côté du Nord, en allant vers l’Isle d’Orléans.

L’on a fait une batterie au coin de la maison de M"" Le Vasseur sur laquelle il y a 4 pièces de 18.

L’on va boucher le rés-de-chaussée des maisons depuis le coin de cette batterie en remontant le long du rivage jusqu’à l’ancienne maison de M"" Cadet, pour empêcher l’ennemi de pénétrer par cette partie.

L’on travaille à armer en brûlots plusieurs navires. Il y en a déjà un d’achevé et tous les capitaines qui sont ici veulent les commander, voulant absolument se signaler.

Dans l’instant arrive un courrier de S* Barnabé. Il nous apprend que la frégate annoncée le 27 may est restée mouillée au haut de l’Isle du Bic, que le 28 dans le cours de la journée il a paru 2 navires, 1 frégate, un sénault et une goélette, que la frégate a mis pavillon bleu avec croix rouge et blanche. Mr Cadet présume que ce pourroit être son corsaire la Victoire qui devait convoyer des vivres, mais il y a plus d’apparence que ce soit des Anglois.

Le 6, une frégate angloise est sortie de l’Isle aux Coudres. C’est pour aller vraisemblablement en découverte.

Un patron de la frégate de Canon se fait fort de brûler l’escadre ennemie, ou au moins une partie. Il fait ses préparatifs pour ce projet.

Sur les 4 heures après midy un matelot de la rade tombé à l’eau et s’est noyé.

On a fait l’épreuve d’un Cajeu fait par le Courval, à marée haute sur la petite rivière; cet artifice a très bien réussi, les flammes montent à plus de 30 pieds, au commencem,ent de son embrasem.ent il sort une fumée fort épaisse et en moins d’une minute il est tout em,brasé. Il a duré environ 1 heure 34 avant que d’être entièrement consumé. Cet artifce a été fort approuvé, on en fait 120.

Les 5 Compagnies de Grenadiers sont allé camper le 4 auprès de l’Eglise de Beauport pour y faire des redoutes. de Bougainville y est aussi, ou du moins à la terre de De Vienne pour être et veiller sur les lieux.

On a augmenté de 200 hommes le nombre des travailleurs qui sont employés aux brûlots du S"" Courval.

On a commencé aussi à palissader l’enceinte du Palais.

Les batteries de dessus les quais sont à leur perfection, et prêts à faire feu.

On a achevé aussi un pont sur des batteaux au passage de la Rre St Charles; ce pont servira à marée haute comme basse. Il a 18 pieds de largeur et est très solide.

On a fait aussi (un pont) a la rivière du Cap rouge, et un troisième au SauU à la Chaudière.

Flamand, Me Maçon, a été envoyé à la Pointe aux Trembles pour y faire des fours.

... enverra tous les bâtiments qui sont icy aux Trois Rivières, plusieurs sont déjà partis pour s’y rendre.

Le Sr Sombrun a été envoyé par l’Intendant à l’Isle d’Orléans pour y ramasser des grains avec 400 poches qu’on lui a délivrées à cet effet; on dit que les habitans en ont fait beaucoup de caches sur les hauteurs et dans les profondeurs du bois.

Je viens d’entendre dire à IVR Canon, qui avoit envoyé son second en découverte à l’Ile aux Coudres, qu’il avoit parfaitement reconnu 6 v^"* de ligne dont un de 90 ou 92 pièces de canon, les autres sont moindres, le reste de l’escadre sont de petits bâtiments brigantins, bateaux et goélettes dont la plupart sont des nôtres et même 2 sortis d’ici depuis trois semaines ou un mois.

La nouvelle vient d’arriver qu’une chaloupe angloise ayant été du côté du Nord aux environs du gouffre où ils sondoient, 4 à 5 habitans des environs s’étant coulés le long des rochers leur avoient fait une décharge qui leur avoit tué 1 officier et 2 matelots, qu’ensuite la chaloupe s’étoit rendue en diligence aux vaisseaux.

On va former un corps de Cavalerie de 4 à 500 hommes pour se porter à l’instant dans toutes les attaques.

On muraille toutes les ouvertures des maisons qui bordent la grève.

Nous apprenons par un courrier de M"" Aubert qu’il y a à S* Barnabé 9 voiles qui paroissent être des vaisseaux de transports.

Les 8 vaisseaux armés en brûlots avancent beaucoup.

Le 7 juin — Le matin est arrivé Desrivières fils, 9 canadiens. Ils ont fait 3 prisonniers à l’Isle aux Coudres qui sont le petit fils et le neveu du Commandant de la flotte avec un autre officier.

Ils se promenoient à cheval, ils ont si bien ajusté qu’ils ont tué leurs chevaux sans leur faire de mal, ce qui leur a fait dire que les canadiens tiroient bien. Ils ont dit aussi qu’on auroit pu faire prisonniers 600 hommes qui étoient aussi sur l’Isle qui ne se méfioient de rien.

Les sauvages de Mr de Niverville n’ont pas voulu traverser pour faire le coup.

Hier au soir les feux de signaux ont paru. Le courrier n’est pas encore arrivé.

Ces prisonniers ont déclaré qu’il venait 20 mil hommes par en bas et qu’ils attendent leur flotte en entier du 15 au 20 au plus tard, ils étoient allés au bout de l’Isle voir s’ils voiroient leurs vaisseaux.

Le 8 à 10 heures— Il vient de brûler dans l’instant en rade, un de nos brûlots par accident. Il a été consumé dans l’instant.

Le reste par l’ordin^ prochain.

Lundy 18 juin— Beau tems jusqu’à 8 heures du soir qu’il tomba une grosse orage de pluye qui dura 1 heure environ. Il venta beaucoup le reste de la nuit— Je fis donner les vivres.

Mardy 19— Arrivée de M*- Mouet parti le 11. Il fut renvoyé par Mr de Sabrevois avec deux soldats de Bery, deux de la marine, 14 miliciens et 2 sauvages pour le guider. Mr de Sabrevois continuait avec le reste consistant en 4 soldats, 4 miliciens et les sauvages. — Air Alouet rapporta n avoir fait aucune rencontre. Il dit qu’un nommé Bernard, milicien, natif de France, volontaire, s’étoit égaré et qu’on le soupçonnoit d’être déserté.

Mr de Langy partit l’après diner avec 10 soldats de terre, 10 de la marine, 22 miliciens et 70 sauvages environ.

Il fit tout le jour gros vent.

Le va et vient de St Jean arriva cette nuit et est reparti à une heure après midy.

Mercredy 20 — Retour de Mr de Sabrevois et son détachement. Il n’a fait rencontre que de deux chasseurs aux environs d’un fort au dessus d’Orange. Les chasseurs les ayant aperçu et se sauvant, les sauvages furent obligés de les tirer. Il

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ne s’en sauva qu’un, l’autre fut tué, ils en ont apporté la chevelure. Ils n ont rien vu d’ailleurs.

Le nommé Bernard qu’on soupçonnoit d’être déserté s’étoit égaré. Il dit avoir été à la vue du fort Edouard, comptant y rencontrer notre détachement, il a séjourné un jour et demi pour l’attendre, n’en aïant aucune connaissance il est revenu sur la Baye où il a rencontré le détachement françois qu’il cherchoit. Il est revenu avec et a dit n’avoir vu au fort Edouard que vingt à 30 tentes ou baraques.

Le Sr Coté parti pour ambassade le 16 est arrivé sur les neuf heures du matin. Il dit que le 16 il alla coucher à la dernière île du lac S* Sacrement, le 17 il partit de l’ancien fort William Henry sur les 6 heures du matin et se rendit par terre sur les 10 heures, marchant d’un bon pas à un 1^'’ camp des ennemis.

Il l’a estimé de 100 tentes environ et l’avoit cru d’abord à une lieue et demie ou deux lieues du fort Edouard, mais sur la description qu’il a fait du local, M*' Volf juge que c’est au même endroit où il les trouva l’an dernier le 19 de ce mois, c’est à dire à mi-chemin du portage. Coté n’en a pas pu juger parceque, à la vue du camp, aiant fait rappeler selon l’usage, les anglois vinrent sur le champ à luy et, au lieu de luy faire prendre le chemin, ils le passèrent à travers le bois et lui firent faire un très grand tour. Ils s’écartèrent même de façon qu’il étoit nuit lorsqu’ils arrivèrent près du fort où ils le firent arrêter à un autre camp de 60 tentes environ d’où il entendoit le canon du fort et le tambour sans cependant avoir pu rien apercevoir.

Tous les soldats qu’il a vus à ces deux camps portoient l’habit rouge, paremens jaunes. Le tambour m’a dit qu’ils avoient des petites jupes à l’Ecossoise.

Après s’être égarés, ils rapprochèrent le chemin et de tems à autre. Coté entendoit et voyoit à travers les arbres le bruit des voitures qui alloient et venoient du fort Edouard à ce camp. Il est à présumer qu’ils font le portage.

Il a été très bien traité ainsi que son détachement. Il fut expédié pendant la nuit par le frère de M*" Amherst, ce dernier est au fort Edouard, et le lendemain 18 on l’escorta avec les mêmes précautions jusques à l’ancien fort William-Henry où on les fit coucher sous bonne garde.

Le lendemain 19, Robert Roger, commandant l’escorte, envoya des sauvages à la découverte qui restèrent assez longtems et après leur retour, il laissa partir les françois qui dans la journée ne purent faire grand chemin à cause d’un très gros vent qu’ils essuyèrent. Ils marchèrent pendant la nuit et sont arrivés à notre camp aujourd’hui à neuf heures.

Coté dit n’avoir vu que 4 sauvages.

Le tambour a parlé à des déserteurs françois qui luy ont dit n’avoir eu aucune connoissance du soldat qui nous a manqué le 13 de ce mois; que les Anglois ne projettoient pas de venir par icy, mais en force sur le lac Ontario. — Je crois que les déserteurs luy en ont impose — les mouvements qu’ils font sur le chemin du fort Georges annoncent le contraire.

Quelques uns ont demandé si Bougainville étoit de retour de France et s’il y avoit des vaisseaux à Québec, on a répondu que oui, et beaucoup, chargés de munitions de guerre et de bouche. Ils ont ajouté que nous y en aurions bientôt en grand nombre d’Angleterre avec une belle escadre. Coté a répondu qu’on étoit disposé à les bien recevoir, ils ont aussi demandé s’il y avoit des bœufs à Carillon parcequ’ils espéroient en manger bientôt, répondu qu’ils y en trouveroient et qu’on les attendoit avec impatience. Ils ont demandé aussi si de Montcalm venoit à Carillon répondu qu’on l’attendoit sous peu.

Un cajeux d’Epinet parti de St Frédéric pour se rendre à Carillon a été attaqué

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à deux lieues du premier fort. Dix hommes qui étoient dessus ont traversé promptement la rivière sim leur cajeux et sont venus par terre vis à vis de Frédéric. Trois des meilleures jambes ont pris les devants pour en donner avis à de Lusignan qui sur le champ a fait partir pour en informer icy.Il n’y avoit encore que les trois premiers hommes d’arrivés à Frédéric au départ de la lettre de de Lusignan, les autres arriveront de même sans doute aiant entre eux et l’ennemi la rivière à traverser. Ils ne nous ont fait aucun prisonnier heureusement. Les soldats qui étoient sur les cajeux ne scavent si ce sont des anglois ou des sauvages qui ont tiré sur eux. — Ce sont des sauvages si on en doit croire Robert Roger qui avoit dit à Coté qu’ils en avoient un party en campagne.

Mr de Langy parti hier de notre camp a resté jusqu’à ce jour au portage et n’en est parti que sur le soir.

Jeudy 21 juin— Petite fête Dieu. Il partit à la pointe du jour un canot d’écorce armé de sept hommes pour S* Jean y porter des lettres.

Il partit aussi 15 soldats et 15 canadiens dans un bateau pour aller chercher le cajeux d’Epinet resté hier en chemin.

Sur les 6 heures du matin le poste du Cap^ entendit tirer quelques coups de fusil et vit de la fumée au dessus du bois, il en fit avertir de Bourlamaque qui, sur le champ, fit marcher des détachements de grenadiers et de volontaires; la marine fournit dix soldats et 50 miliciens. Il fut encore fourni des détachements de soldats et 20 miliciens pour monter sur les deux chebek qui partirent sur les 10 ou 11 heures du matin.

Le tout rentra le soir sans avoir rien aperçu. Les coups de fusil entendus de la grande garde furent tirés par quatre soldats de la garnison de Frédéric qui y retournoient et qui étoient venus la veille avertir de ce qui étoit arrivé au cajeux d’Epinet qui est arrivé aujourd’huy icy mené par les mêmes hommes d’hier qui y étoient revenus.

Le bateau de 15 hommes parti le 14 pour St Jean est arrivé à une heure après midy. Répartis dans plusieurs bataux chargés de vivres. Ils ne nous ont rien appris de nouveau.

Vendredy 22 juin — Le nommé Jaques Prévôt dit La Liberté, qui manquoit depuis le 13 du mois se rendit à la grande garde et dit qu’il s’étoit égaré. Il a vécu d’herbe depuis ce tems. On le mit d’abord en prison où il a passé la nuit.

Samedy 23— Mr de Lavalet, enseigne, détaché avec M. de Langy revint au camp avec les soldats de terre et un sauvage pour les guider. Il dit à de Bourlamaque que les Anglois étoient campés au fort Georges depuis le 21.

A midy on détacha un ens® des troupes détachées de la marine et 60 miliciens de la 5e Brigade pour S* Frédéric. Ils partirent dans deux bateaux avec armes et bagages pour y camper.

A deux heures après diner de La Sablonière, de la Reine, et deux autres officiers partis de Québec le 5 arrivèrent à ce camp avec des soldats restés malades au départ de leurs bataillons; ils nous donnèrent des nouvelles plus anciennes que celles que nous avions déjà.

Il tonna l’après midy et plut beaucoup. Je fis quelques questions au nommé Jaques Prévôt qui persista à dire qu’il n’a pas déserté, mais qu’il s’est égaré.^ Je le fis mettre à l’hôpital sous la garde d’une sentinelle. On attend un soldat détaché avec Mr de Langy- Montegron pour avoir sa déposition.

Dimanche 24 juin— de Sabrevois, Duchesnay et Hertel revinrent avec les soldats de la marine et miliciens détachés avec de Langy et trente sauvages.

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Mr de Langy continua par terre avec 40 sauvages sçavoir 25 Nipissings, 10 Iroquois et 5 abenaquis pour tacher de faire quelques prisonniers.

Les sauvages, au rapport de M*' de Sabrevois et ces autres manquèrent une berge angloise pour avoir couru dessus trop tôt, elle avoit de l’avance et se sauva. On prétend même que les sauvages ne firent pas tout ce qu’ils auroient pu faire.

Ces miessieurs prétendent qu’à leur départ le camp pouvoit être cinq mil hommes, qu’ils avoient rembarqué que depuis le 21, le camp avoit augmenté chaque jour. Les ennemis ne parurent se donner aucuns mouvemens pour secourir la berge à qui on donnoit la chasse. Peut être n’avoient-ils pas les berges nécessaires pour cela.

Six abénaquis sont partis ce matin pour aller par terre aux Quarivés. Les prisonniers qu’ils pourront y faire ne seront pas icy de sitôt et sont trop éloignés du lac Sacrement pour nous apprendre rien d’intéressant. Ces sauvages font ce party disent-ils pour eux, afin de remiplacer dans leur village deux sauvages considérés qu’ils ont perdus. Ils ont cependant promis à M*' de Bourlamaque qu’ils reviendroient sur le champ s’ils trouvoient quelques vestiges ou marques de mouvement de la part des anglois sur la rivière à La Loutre qu’ils doivent traverser dans le haut pour se rendre à l’endroit où ils veulent faire des prisonniers.

On forma à Bernard, capitaine de Béarn, une compagnie de volontaire composé de 60 soldats et 15 miliciens, scavoir 2 serges et 45 des piquets de la Sare, Languedoc et Béarn, 5 de la Reine, 1 sergent et 10 de Bery, 1 officier de milices et 15 miliciens — 79 pour total.

Interrogé, le nommé Pierre Ducroux, dit Beauséjour, au sujet du nommé Prévôt, dit la Liberté, sa déposition n’a pas paru suffisante pour luy faire son procès. Il partit à 7 heures du soir en canot d’écorce pour S* Jean, 1 officier de milices et 12 hommes y porter des lettres.

Lundy 25 juin— M'’ Decombre officier de la marine partit le matin avec neuf miliciens pour faire une découverte au fond de la Baye. On forma à Volf, officier partisan, une compagnie de volontaires composée de 1 serg* 10 de la Reine, 1 serg^ 20 de Bery, 10 miliciens de bonne volonté. Le canot parti le 21 arriva sur les 10 heures du matin. Il n’apporta que des lettres de S* Jean, du 22, qui disoient qu’il n’y avoit rien de nouveau à Québec par le dernier couirrier, qu’il n’y avoit en tout que trente deux vaisseaux anglois petits ou gros à l’Isle au Coudres.

Mardy 26 juin — M*" de Combre revint de sa découverte, il n’avoit rien aperçu au fond de la Baye, ni à l’entrée de la rivière au Chicot.

Mr Langy Levreau arriva à St Jean d’où il étoit parti avant le petit canot d’écorce arrivé icy hier. Il a apporté quelques lettres qui ne disent pas autres choses que les lettres de S* Jean: qu’on attendoit à Montréal une grande quantité de sauvages des pays d’en hault, qu’il n’y avoit rien de nouveau à Niagara et à Chouaguen par les derniers courriers venus de ces endroits là. Je fis donner les vivres.

Mercredy 27 juin — Mr de Langy revint, ses sauvages ne voulurent jamais donner quoiqu’ils eussent eu l’occasion. Les différentes nations en rejettèrent la faute les uns sur les autres. Nous n’avons rien sçu de plus que le 24.

Jeudy 28 Le vent se mit au Nord Est hier au soir et il plut beaucoup cette nuit. Le dernier chebek arriva ce matin.

Le va et vient arriva aussi et apporta des lettres. Celles de Québec apprennent qu on a fait 8 prisonniers dans une berge qui disent que l’escadre est de 22 vaisseaux de ligne, non compris les galiotes à bombes et les frégates et cent et tant de vaisseaux de transports, 15 mil hommes de débarquement; que les vaisseaux de guerre cy devant à l’Ile aux Coudres étoient le long de l’Ile d’Orléans.

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Un courrier arrivé le soir apprit que Mr Aubert avoit envoyé à Québec pour informer qu’une découverte de ses gens avoit aperçu à 6 lieues au dessous de S*' Barnabé dix gros vaisseaux et que la brume les avoit empêché d’en voir d’autres s’il y en avoit.

Celles de Montréal disent que les Anglois sont à Chouaguen, que le Cher de la Corne y marche pour les observer. Il plut ce soir.

Vendredy 29 juin— On déblaya une partie de l’hôpital, le va et vient repartit avec la majeure partie des effets qu’il avoit apporté.

Il arriva le soir un courrier parti d’icy le 24 qui apprend qu’il y a devant S* Barnabé 132 vaisseaux anglais dont les 2 tiers navires, le reste Brigantin,Gouelete et batteaux. Les lettres de Québec qui la mandent sont du 22 juin. Le vent toujours Nord Est est très froid.

Samedy 30 juin— On déblaya encore une grande partie de l’Hôpital pour St Frédéric. Mr Langy Levreau partit l’après midy avec Duchesnay, 1 sergt, 10 soldats de la marine, 1 officier et 48 miliciens et les sauvages pour aller sur le lac St Sacrement.

Le vent changé. Beau temps, mais un peu froid. Je fis donner les vivres.

Dimanche 1er de juillet — Le tems couvert tout le jour, mais peu de pluye. Il arriva à notre camp sur les 4 heures du soir un soldat anglois déserteur. Mr de Bourlamaque l’interrogea secrètement. Sa déposition n’a pas transpiré. Tout ce que dit Mr de Bourlamaque c’est que cet homme étoit parti depuis 6 jours d’un camp entre le fort Edouard et le fort William Henry, que les Anglois n’étoient pas en nombre si considérable à beaucoup près que luy, Mr de Bourlamaque, l’avoit imaginé, qu’ils étoient même moins que l’année dernière.

Lundi 2 — Le tems couvert tout le jour, peu de pluye. Mr de Levreau-Langy parti le 30 juin arriva à l’entrée de la nuit avec tout son détachement, à deux lieues environ du camp ennemi. Il se détacha avec 25 sauvages et aïant rencontre ce matin, à la vue du camp ennemi, seize hommes qui coupoient des branches à l’entrée du bois, ils firent feu dessus, les Anglois tirèrent aussi, mais sans fruit. Ils furent au contraire défaits, six ont été tués, six prisonniers et quatre se sont sauvés. Les anglois n’ont pas poursuivi le party, ils se sont contentés de les fusiller de leur camp.

Mr de Bourlamaque a questionné les prisonniers mais leur déposition n’a pas transpiré. Il s’est débité plusieurs nouvelles; il paroit constant que les anglois ont 14 à 15 mil hommes et qu’ils doivent marcher sous cinq à six jours. Ils en ont autant du côté de Chouaguen. Il étoit arrivé au fort Georges quelque tems avant que les prisonniers aient été fait trois anglois déserteurs de Montréal. Roger est en campagne avec tout son corps. Un officier de milice partit dans un petit canot d écorce armé de 6 hom.mes pour St Jean, y mener le déserteur arrivé hier et porter les lettres du général.

Mardy 3 juillet — Une partie des sauvages revenus de guerre partirent pour Montréal.

Le vent se jetta au Nord Nord ouest, il fit froid tout le jour.

Mercredy 4— La matinée assez belle. Le tems se couvrit un peu l’après diner. Il partit encore beaucoup des sauvages revenus de guerre, il en resta fort peu icy. Sur les cinq heures il en arriva six à sept canots d’autres sauvages, venant de Montréal et qui en annoncent 300 qui les suivent.

Les lettres de Québec annoncent 170 vaisseaux anglois depuis le trou S^ Patris

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jusqu’au Bic, tant gros que petits. Mais toujours une très bonne résolution dans toutes nos troupes, milices et sauvages à les bien recevoir.

Jeudy 5 — Il arriva encore 7 à 8 canots sauvages et le va et vient de S* Jean. Le vent s’était mis Nord Est dans la nuit, la gabare qui étoit à S*' Frédéric arriva le matin, on la charge d’effets.

Les nouvelles de Québec sont que la plupart de la flotte angloise a fait la traverse et sont le long de l’Ile d’Orléans où ils ont descendu au nombre de huit à dix mil hommes. Le Courtemanche capte des troupes détachées de la marine, qui y étoit avec six cens hommes a fait une très belle retraite au Château Riché.

Un vaisseau de 80 canons et deux frégates se présentèrent le 27 ou le 28 juin sur les 7 heures du matin à la vue de Québec et se tinrent en panne jusques à 11 heures. Alors un coup de vent les chargea et le gros vaisseau alla à la côte avec une des frégates. Quelques lettres disent qu’ils se sont perdus corps et biens et que la marée a charroyé dans notre rade les débris des vaisseaux. On compte à Québec en venir bientôt aux mains. MMrsle Mis de Vaudreuil, deMontcalm et l’intendant campent avec l’armée. Il y a à Québec 1200 sauvages.

Les nouvelles de Montréal disent qu’il y étoit arrivé depuis peu 800 sauvages et qu’on avoit dépêché à Mr le Marquis de Vaudreuil pour qu’il ordonnât de leur destination.

Du côté des rapides on dit que le chevalier de La Corne est campé à l’anse aux perches, qu’il a embarrassé les rapides de façon qu’il fault faire portage dans la plupart. On ajoute qu’il marche pour observer l’ennemi et l’harceler à la tête de 1000 hommes.

On avoit fait partir des brûlots de Québec qui n’ont eu aucun succès, ils ont été allumés beaucoup trop tôt. Quelques lettres disent même qu’il y a péri des françois qui les conduisoient. On se flatte d’un meilleur succès pour les autres.

Vendredy 6 juillet — Vent de Nord Est. Arrivée de MM^s Laverandrie, Simblin et La Durantaye, avec 10 ou 12 canots sauvages. Nous pouvons en avoir à présent 280 au camp. L’après midy à 4 heures M^s de Langy-Montegron et Sabrevois partirent pour la découverte avec quelques françois et 70 à 80 sauvages pour le lac St Sacrement.

Le va et vient partit le soir.

Samedy 7 juillet— Le vent de Nord Est a cessé.

On fit partir la goelette et la gabare pour St Frédéric. Je crois même qu’elles doivent faire route pour St Jean.

Il arriva sur les midy des bateaux de St Jean qui apportèrent une relation de ce qui est arrivé à Québec depuis le 27 juin jusques au 29.

L’officier de milice parti le 2 de ce mois pour conduire un déserteur anglois arriva à 7 heures du soir. Il confirme la nouvelle du naufrage anglois.

Copie d’une lettre écntte de Québec le 29 juin 1759, arrivée au camp de Carillon le 7

juillet

Par ma derniere lettre en datte du 27 je vous ai marqué que 2 frégattes et un petit navire étoient venues mouiller au bout de l’Isle. Je me suis trompe, c’étoit deux Vaux dont 1 de 74 pièces et l’autre un peu moindre, et le plus petit étoit une frégatte. Ils ont resté dans cette endroit environ 2 heures ^ au plus et puis s’en sont allés rejoindre ceux qui sont au Trou.

Vous pensés bien que cette manœuvre n’étoit que pour examiner la place et

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en prendre le plan. Quelques personnes assure avoir remarqué avec un télescope un ingénieur habillé de bleu et parement rouge qui tenoit une longue vue en main, et un autre en chemise qui crayonnoit sur du papier; voilà de la façon audacieuse qu’ils se sont fait voir icy.

Le tems s’est comporté beau jusqu’à quatre heures après midy lorsque tout à coup la main de Dieu a paru prendre notre deffense. Il s’est élevé un orage furieux avec une pluye très violente qui s’est fait sentir jusqu’à l’Isle d’Orléans puisqu’un gros vaisseau a péri corps et biens sur les batures de Beaumont. On dit que c’est celui de 74 canons qui était venu en découverte. Ce n’est pas la seule perte qu’ils ayent eu, 5 à 6 autres gros et petits se sont aussi jettés en coste le long de l’Isle, au Sud, mais peut être qu’ils pourront en relever quelques uns. J’espère que la suite nous apprendra quelqu’autre désastre depuis l’Isle au Coudre jusqu’à la traverse où ils avoient beaucoup de batiments.

Le 28 au matin, une mer montante sur les 4 heures nous annonça plusieurs débris de vaisseaux, 7 ou 8 chalan en dérive et nombre de berges entre deux eaux, des chapeaux, des portes, des chassies, enfin un débris infinies ce qui nous prouve une perte réel de Vaux mais je ne puis vous dire au juste ce qu’il y en a.

On assure cependant un gros vaisseau et un petit, mais je ne sçay combien d’autres.

Il est mention que le long de la coste du Sud, il y a une grande quantité de chaloupes et barques échouées et brisées.

Avant ce mauvais tems ils avoient mis à terre à l’Isle d’Orléans, on estime qu’ils y ont 4 à 5000 hommes.

Hier à la pointe du jour les Sauvages que nous y avions se trouvèrent près des ennemis sans les avoir découverts auparavant, il y eut une fusillade mais qui ne réussit pas beaucoup. Un Outaouis seulement a fait une chevelure. Nous n’y avons perdu personne, ny pas même de blessé.

Trois de nos bataillons furent camper le long de Beauport avec quantité de Canadiens. On fait nombre de 10,000 hommes que nous y avons.

A midy, nous découvrimes un batiment échoué dans l’ance du fort Bout de l’Isle. Il est tout à fait échoué à haute mer, on y remarque même avec une longue vue du monde et des chaloupes qui sortent du butin de dedans. Il y a apparence qu’il s’est crevé et que peut être ils veulent le brûler.

On fait nombre de 100 et quelques voiles le long de l’Isle d’Orléans et il est mention qu’il y en a encore une 60® depuis l’Isle aux Coudres à la traverse.

Nous attendons de jour en jour M'’ de Boishébert qui est proche, qui a environ 4 à 500 hommes et peut être plus de 1000 bouches inutiles. Tout cela va bien consommer des vivres. Il est bien à craindre que l’ennemi nous tienne longtemps.

On ramasse tous les bœufs ou du moins une grande partie pour la boucherie, mais en vérité, il y en a plus de la moitié qui ne sont que des veaux. Cela s’appelle manger son bled en herbe, enfin Dieu soit bény.

Voila enfin cette fameuse batterie flottante exploitée et preste à faire feu dans l’occasion. Elle a party sur les onze heures du iratin du quay de constructions où elle avoit pris son artillerie et s’en est allé au devant de la R''® de Beauport.

Les brûlots carcasiers et bateaux armés de canons doivent partir ce soir pour aller jouer leur jeu. Ils seront soutenus par des François et des sauvages.

Du 29 — Nous voicy donc enfin débarrassés de 6 bruleaux sous les ordres du Sr Delouches. Ils ont été appareillés de cette rade environt à minuit, de marée baissante et bon vent Sud Ouëst qu’il leur étoit très favorable, crainte que les artifices

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ne fussent pas assez primes, ils ont commencé à y mettre le feu au bas du bassin. Cette belle manœuvre a eu tout le succès que sans doute vous allés vous imaginer' Une partie a échouée au bout de l’Isle, l’autre en Sud, enfin, aucun n a approché les anglois à une lieue seulement. Le pauvre Mi’ Dubois la Miltières qui en commandoit un y a péri avec son second et plusieurs de ses matelots se sont sauvés tout grillés, les fusées étoient trop vive, il n’a pas eu le temps de se retirer, il a sauté.

Voila en peu de mots le fruit de tant de dépenses confiées à des jeunes gens et ce qu’il y a de pire c’est qu’une telle manœuvre fait honte à la nation françoise, d’autant et avec plus de raison que c’est à la vue des ennemis.

Il nous en reste deux et les brûlots du Courval en qui j’ay un peu de confiance.

Nous apprenons que les ennemis débarquèrent hier beaucoup d’artillerie à S‘ Laurent ainsy qu’un parc qu’ils y ont fait où ils ont beaucoup de bœufs.

Il se voit d’icy un camp qu’ils ont du costé du nord de l’Isle à S*^ Pierre, il peut y avoir 200 tantes.

Dimanche 8 juillet — Arrivée au camp sur les 7 heures du soir de deux déserteurs anglois. Ils étoient partis 4 ou 5 ensemble depuis 4 jours, 2 autres étoient partis deux jours avant eux. Ils disent que les anglois étoient au nombre de dix mil hommes dont 6 de troupes réglées, mais recrutés de milices, que les miliciens étoient de la plus miauvoise volonté, qu’ils avoient beaucoup de soldats engagés par fiches pour le Canada, qu’ils ont pris et employés dans leurs troupes, qui tous déserteroient s’ils n’étoient pas veillés de si près, que le dernier coup fait sur eux le 2 du mois les avoit fait tenir trois nuits le fusil entre les bras, que les milices n’étoient point du tout désireuses de nous venir attaquer, fondé sur ce que les françois étoient au nombre de 4000 sous Carillon avec un retranchement bien meilleur que l’année dernière: 4 barques à rames et armées de canon, des bateaux avec de l’artillerie dessus, que par toutes ces raisons, ils craignoient d’être plus battus que l’an passé. Une de leurs découverte leur avoit fait ce rapport ces jours derniers. Que Amherst leur avoit dit que nous avions eu à Carillon jusqu’à deux mil sauvages qui s’en étoient allés et que nous n’en avions plus. Qu’il y avoit dix jours il leur avoit aussi dit que les françois s’étoient présentés au fort Bull et y avoient laissé 300 hommes sur la place, que ces discours n’étoient pas capables de rassurer les milices dont quelques uns étoient déjà désertés pour retourner chez eux, et qu’il étoit à croire qu’à l’avenir ils déserteroient davantage, surtout lorsqu’il seroit question de leur embarquement, qu’on disoit devoir se faire sous six à sept jours.

Lundy 9 juillet — MMrs de Langy-Montegron et Sabrevois partis le 6 à la tête des Iroquois du Sault rentrèrent au camp avec 4 prisonniers, un sauvage Loup, chef de guerre surnommé par les Anglois le Capte Jacob, et trois anglois de la troupe de Roger, et quatre chevelures dont trois de sauvages Loups. Notre party avoit laissé en arrière le party anglois sans l’apercevoir et sans en être aperçu.

Le dimanche 8, le party anglois ne nous aïant fait aucun prisonnier ni chevelures, retournoit au fort Georges. Ils furent aperçus vers midy par nos gens qui, sur le champ, mirent à l’eau. Les sauvages anglois cherchèrent à se jeter à terre, nos gens les suivirent avec ardeur et dans la crainte de ne les pouvoir joindre, ils ne ripostèrent pas aux coups de fusil que l’ennemi leur tiroit dans sa retraite pour les empêcher qu’on ne les poursuivit. Enfin ils mirent à terre et nos gens peu après. Ils poursuivirent sans relâche jusque sur les trois ou quatre heures. Le party ennemy étoit de 4 anglois et 22 sauvages en trois Berges. Il ne se sauva que 18 sauvages; le reste tomba entre les mains de nos gens.

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Depuis longtemps il ne s’étoit fait un coup aussi intéressant; on doit en tenir grand compte aux iroquois du Sault qui pouvoient penser que c’étoit leurs frères les Anniers. Le prisonnier sauvage a même assuré qu’un nommé Joseph, du Sault St Louis, étoit dans le party. Cet homme s’est retiré avec les Aniers depuis quelque tems. Il avoit son frère dans notre party qui assure qu’il luy auroit levé la chevelure s’il l’avoit pu joindre. Ce détachement étoit parti depuis cinq jours du camp ennemi.

J’ai oui dire que le rapport des prisonniers étoit à peu près le même que celuy des déserteurs, ils ne comptent même que 7000 hommes, 8 au plus, de mauvaises troupes. Le sauvage dit 10 et que lorsque tout aura joint, elle sera de 12,000; qu’ils doivent toujours marcher à nous sous peu, sous 10 jours environ; que presque tous les bateaux étoient près. Ils disent tous que l’armée de Chouaguenest plus considérable que celle-cy et que nous avons essuyé un échec au fort Bull.

Les sauvages des pays d’en haut ont donné un grand collier aux iroquois pour les lier avec eux et les engager à ne pas retourner à leur village, ajoutant qu’ils y étoient les premiers intéressés pour la défense de leurs terres, que les pays d’en haut ne couroient assurément pas les mêmes risques, puisqu’ils étoient trop éloignés pour que les anglois s’y portassent, et qu’ainsi puisqu’ils venoient pour défendre les terres des Iroquois leurs frères, il étoit juste que ces derniers ne les laissassent pas faire la guerre tout seuls; que s’ils s’en alloient, ils s’en retourneroient aussi. Les Iroquois ont répondu par un autre collier qu’ils étoient disposés à rester et contribuer avec leurs frères des pays d’en haut à la défense de cette frontière; qu’ils se contenteroient de renvoyer leurs prisonniers à leur village et qu’ils ne donneroient qu’une escorte suffisante.

Mardy 10 juillet — Malgré la promesse des Iroquois de ne donner qu’une simple escorte à leurs prisonniers, ils partirent aujourd’huy après midy au nombre de 9 canots qui contenoient environ 40 hommes, il n’en est resté guère que 30 à 40. Il en arriva un canot de 14 sur les 2 heures après diner.

Il arriva à 2 heures après diner 27 abenaquis dans trois canots. Sur les 5 heures les sauvages des pays d’en hault, les Népisingues et les Abénaquis arrivés ce jour partirent pour la découverte sur le lac Sr Sacrement, ce party pouvait être de 200 hommes environ, ils ont à leur tête Mrs Laverandrie, Simblin, La Durantaye et quelques canadiens, ils doivent coucher ce soir au portage. Je vis une lettre écrite de rile aux Noix à un de nos messieurs qui marque que les sauvages Sonontouans, les Loups de la Belle-Rive et les Chaouannons ont tombés sur un convoy ennemi allant au fort Duquesne, qu’ils l’ont entièrement défait, fait 100 prisonniers et pris 15 charriots de vivres ou effets, des bœufs et des chevaux, qu’ils ont fait une députation à Mr Bouchot pour le prier de leur donner 200 françois et qu’avec ce renfort ils répondoient de chasser les anglais de la Belle-rivière. On marque que Mr Bouchot les a donnés.

Mercredy 11 juillet— Mr Dufaye revint de sa védette et dit avoir vu les trois Berges que M^ Langy-Montegron a défait.

Départ à 7 heures du matin d’une découverte pour le fond de la Baye de canadiens et sauvages, ils ont pris pour deux jours de vivres.

Jeudy 12 — Arrivée d’un courrier de S* Jean qui apporta des lettres de Québec du 2 juillet qui disent que les anglois sont descendus à l’Isle d’Orléans, et ont un camp et une batterie sur le bord de l’eau, au dessous d’eux, vis à vis le sault Montmorency, un autre, sans doute considérable, a Saint Laurent, 3000 campes a la

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pointe de Lévis qui se promènent et ont été le 2 jusques devant Québec, rentrés le même jour à leur camp.

Charet le 30 se signala. Il se rendit sitôt après leur descente à son moulin avec 30 miliciens où il se battit à plusieurs reprises avec l’avant garde, il en tua plusieurs et se retira sans perdre personne.

Quinze abénaquis allèrent aussi les combattre ensuite; ils firent 6 chevelures et un prisonnier; mais il leur en coûta 5 blessés dont 2 moururent.

Le prisonnier assura que les anglois n’étoient que dix mil et qu’ils n avoient passé à la pointe Lévy que pour faire faire diversion et qu’ils nous attaqueroient à minuit ou une heure de la nuit suivante; de sorte que toute l’armée fut au bivouac sur le bord de l’eau. Rien ne parut.

On prévoit qu’ils n’oseront pas nous attaquer à moins qu’ils ne persistent à croire, comme dit le prisonnier, qu’il n’y a personne sous nos tentes et que c’est par montre qu’on les a tendues.

du 5 juillet.

L’amiral Saunders envoya hier un parlementaire à Mr de Vaudreuil pour lui marquer qu’il alloit lui envoyer des femmes qu’un de ses vaisseaux avoit pris, et il fit demander en même tems des nouvelles des petits gardes de la marine. Mr de Vaudreuil répondit et envoya Mr le Mercier qui reçut toute sorte de politesse. On luy remit des lettres pour Mr l’intendant que de Douglas capt« de vaisseaux envoya en luy écrivant. Il y joignit 4 bouteilles de liqueur qui étoient à son adresse dans un vaisseau qu’il avoit pris.

Les femmes rendues disent toutes qu’elles scavent positivement qu’il n’ont pas plus de 8000 hommes de débarquement et que l’on fait accroire aux matelots qu’ils sont près de dix mil.

Ils attendent la jonction du général Amherst, sans quoy ils ne donneront oas. Ils doivent rester là jusques en 8t>re pour nous affamer et empêcher que nos récoltes ne se fassent. On compte que nos généraux vont à présent changer leurs dispositions.

L’escadre angloise ne menace que des forces du lac Champlain et nullement celles du Lac Ontario. Les femmes qui en sont revenues n’en ont pas non plus entendu parler.

La découverte partie hier pour le fond de la Baye revint sans avoir rien aperçu.

Les sauvages partis le 10 pour aller sur le lac St Sacrement rentreront sans avoir rien fait. Ils approchèrent très près du camp, il y a même apparence qu’ils furent aperçus — Du moins les Anglois firent partir 30 berges ou bateaux sur lesquels il y avoit de l’artillerie. Nos sauvages se retirèrent dans les lies, les anglois les y canonnèrent sans oser les approcher. Les sauvages se retirèrent et les anglois parurent y prendre poste.

Vendredy 13 juillet — Mr Bernard qui étoit à St Frédéric revint icy le matin et apporta des lettres qu’un canot de six algonquins luy avoit remis à St Frédéric. Ce canot avoit été dépêché pour cela; ils dirent qu’ils étoient suivis d’un grand nombre de sauvages, conduits par Hertel commandant de la Baye.

Parmi ces lettres il y en avoit de Québec du 6 juillet; une entre autres de Mr de Vaudreuil à Mr de Bourlamaque à qui il mande qu’il n’attend que le retour de quelques partys sauvages qui doivent luy faire des prisonniers pour se déterminer à attaquer les anglois si eux-même ne le veulent pas faire. Notre armée couche tous les jours au bivouac dans cet espoir.

Mr du Fail parti ce matin pour retourner à son poste s’aperçut que les ennemis

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y étoient venus pendant son absence. II trouva sa barque défaite, du tabac et une peau de cheveuil qu’il y avoit laissé enlevés. Il revint au camp. Mf de Bourlamaque ne compte y envoyer à l’avenir que des découvertes qui rentreront le soir.

Le canot de 6 algonquins arriva le soir.

Le courrier de S* Jean retourna avant midy.

Samedy 14 juillet. — Les troupes de la marine et les milices levèrent leur camp et reprirent une nouvelle position.

Nos découvertes rentrèrent le soir sans avoir rien aperçu.

Dimanche 15 juillet. — Mr Langy Montegron partit avec 60 sauvages Nepisingues et des pays d’en haut sur les 5 heures après midy pour aller faire la découverte sur le lac, ils eurent beaucoup de peine à s’y déterminer.

Chaleur excessive — Le nommé François Rabot de Vadeboncour, manqua à l’appel.

Lundy 16 juillet — Les sauvages partis hier crurent entendre à leur arrivée au portage casser des branches et tousser, ou feignirent de l’entendre. Ils exigèrent de Mr Langy d’envoyer instruire de Bourlamaque, ils vouloient mêm.e rentrer au camp sur le champ. Tout ce que put faire Mr de Langy, ce fut d’obtenir qu’ils coucheroient tous à la chute à l’exception de quelques jeunes gens qui voulurent bien rester avec luy au bout du portage.

Le lendemain matin les découvertes ont poussé jusques à la montagne pelée sans voir aucun vestige. Langy n’a rien vu ni entendu et s’en est revenu, ne pouvant point obtenir des sauvages de passer outre, bien persuadé qu’ils n’avoient rien entendu non plus et qu’ils avoient feint d’entendre, parce qu’ils n’osoient faire cette découverte.

Le va et vient arriva de S* Jean. Il apporta des lettres de cet endroit, fort peu de Québec. Elles disent qu’un françois employé de force sur l’escadre angloise a trouvé moyen de déserter dans le naufrage. Il rapporte que les anglois ont 7 à 8 mil hommes campés dans l’Ile d’Orléans et 3 mil 500 à la pointe de Lévi. Ce dernier camp retranché. Ils travaillent à une batterie vis à vis Québec; que l’escadre angloise a perdu 10 vaisseaux dans la rivière, un de 74 pièces de canons sur l’Ile Anticosti dont les deux tiers de l’équipage s’est noyé. Que les Anglois attendoient un secours de 6000 hommes des iles d’où ils avoient été repoussés avec perte de 9000. Que le bruit de la flotte étoit que Louisbourg étoit repris par les françois et qu’ils faisoient le siège d’Halifax. Que les Anglois comptoient faire leur descente à Beauport.

Les autres nouvelles sont que notre armée couche au bivouac toutes les nuits, et qu’elle est en bataille deux heures avant jour; que trois frégates s’étant approchées de Beauport pour canonner notre batterie flottante, en avoient été fort endommagées et obligées de se retirer promptement à la pointe de Lévi; que les sauvages et les canadiens au nombre de 4 à 500 en étoient venus aux mains avec les anglois, que ces derniers avoient eu 60 hommes sur le carreau et des prisonniers faits; que les sauvages avoient perdu 5 hommes: 3 abenaquis et 2 des pays d’en haut.

Que Mr de Lotbinière étoit très mal d’un coup d’épée à travers le corps qu’il avoit reçu du Deguerres, ingénieur.

Le temps couvert tout le jour et une pluye fine.

On marque aussi de S* Jean que Mr de St Luc est parti avec les sauvages pour les rapides. Cette dernière nouvelle est fausse.

Mardy 17 juillet— Le tems couvert et de la pluye comme hier jusques à 9 heures du matin. Mr de Bourlamaque fit partir le matin un parlementaire pour Mr Amherst. Le Sr Bernier offer de milice et 6 autres miliciens.

Sur les midy, il nous arriva un déserteur anglois qui dit que les anglois sont au nombre de 8 à 9 mil hommes et que le bruit du camp est qu’ils ne marcheront à nous que lorsqu’ils sçauront Québec pris. Ce déserteur étoit dans les berges qui poursuivirent les sauvages le 12. Ils avoient découvert nos sauvages dès le 11 et ils marchoient pour les éloigner au nombre de 1000 hommes. Ils croient notre camp très nombreux et nous pensent au nombre de onze mil hommes. On m’a aussi dit qu’il parloit d’une affaire qui s’étoit passée au Fort Bull entre les françois et les anglois, que les anglois y avoient eu beaucoup de monde tué et les françois beaucoup moins, mais qu’ils avoient aussi fait une grosse perte. de Bourlamaque ne disant absoluement rien, cette déposition peut être fort douteuse.

II arriva sur les 5 à 6 heures de l’après midy 66 sauvages du pays d’en haut de différentes nations et beaucoup de lettres.

Les nouvelles de Québec sont que les anglois sont débarqués à l’ange-gardien où ils n’ont trouvé aucune opposition, qu’un corps aïant cherché à passer le Sault, les sauvages et des canadiens volontaires s’y portèrent et mirent ce corps en déroute qui perdit 150 hommes. Nos gens essuyèrent une très petite perte; c’est sans doute la même nouvelle qui se débita hier.

On dit que Mr Charêt a fait une découverte à la pointe de Lévy et qu’il n’y estime pas plus de 7 à 8 cens hommes qui disposent une batterie pour bombarder Québec.

On dit qu’il a été mis en délibération si on iroit attaquer l’ennemi à l’Ange gardien ou si on l’attendroit et qu’il avoit été décidé de l’attendre.

A l’instant que les canots sauvages partoient de Jean, il y arrivoit un courrier qui disoit que le Cher de La Corne avoit attaqué les ennemis du côté de Chouaguen et qu’il avoit eu un avantage assez considérable. Que Mr Benoist, capt« de nos troupes y avoit eu la cuisse cassée.

Le déserteur a dit avoir laissé hier un camarade qui avoit voulu suivre le bord du lac. On a fait tirer du canon pour l’aider à se retrouver. Il l’annonce comme un homme fort entendu.

Le va et vient repartit pour Jean.

Je reçus des lettres et la déposition de Melle de Wilméz:

Dépositions arrivées à notre camp le 17 juillet 1759 Melle de SaINT-ViLMÊ

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