‹ Journal [par] Stendhal. Texte établi et annoté par Henry Debraye et Louis RoyerChapitre 16 sur 60 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

1813 (4 février-19 avril) : Paris.

1813 (6 iuin-13 août) : Lûben, Sagan.

1813 (7 septembre-27 octobre) : Milan.

1814 (30 juin-4 juillet) : Paris.

1814 (22 septembre-16 octobre) : Pise, Milan.

1815 (17 iuillet-23 août) : Padoue, Venise. 1818 (25-29 août) : voyage dans la Brianza.

Il y a dans cette table, on le voit, un assez grand nombre de lacunes : pas une ligne entre septembre 1802 et mars 1804, ni entre novembre 1806 et juin 1807 ; peu de chose, une cinquantaine de pages, pour 1809 ; rien du 24 avril 1812 au 3 février 1813, et du 28 octobre 1813 au 29 juin 1814.

La plus grosse lacune, celle de 1803, s'explique facilement : à cette époque, Henri Beyle travaillait à un grand ou\Tage qui devait contenir à la fois le résumé de ses lectures philosophiques et idéologiques et l'exposé de ses propres observations. Cet ouvrage, auquel il donne provisoirement le titre italien de Filosofia nova, ne fut jamais achevé ; mais nous en possédons une partie importante sous le titre que nous venons d'indiquer, et en outre de nombreux fragments portant pour la plupart un titre unique : Pensées, réflexions. Depuis la fin de 1802 jusqu'à la fin de 1804, Beyle pensa presque exclusivement à cette Filosofia nova ; elle faisait tellement partie de sa vie qu'il y insérait tout ce qui, dans ses observations journalières,

INTRODUCTION XXIX

pouvait lui fournir un document d'ordre psychologique : aussi rœu\Te ébauchée a-t-elle, pour une part, le caractère de souvenirs personnels. Casimir Stryienski jugea sans doute inutile de publier une pareille ébauche — qui d'ailleurs contient beaucoup de fatras ; et, sans indiquer au lecteur l'opération qu'il accomplissait, il a simplement extrait de la Filosofia nova et appelé Journal ce qui lui paraissait pouvoir sans trop d'invraisemblance porter ce titre ^. Nous n'avons pas cru pouvoir adopter une pareille méthode ; nous avons tenu, au contraire, à garder à chaque œu\Te son véritable caractère ; dans notre édition, l'année 1803 manque complètement, et certaines parties de 1804 paraissent amputées de réflexions intéressantes. Que les stendhaliens se rassurent, ils retrouveront tout cela, mais à sa vraie place, dans le milieu qu'avait voulu Stendhal. La Filosofia nova n'est pas une œuvre assez importante pour valoir une publication séparée ; mais elle nous fera, en appendice de la présente édition du Journal de Stendhal, un volume à peu près complet ^.

1. A la fin de son édition du Journal, Stryienski publie en appendice deux pages (p. 451-452) qu'il intitule : Philosophie nouvelle, et qu'il dit extraites des •< nombreuses notes jetées un peu partout dans les cahiers ».

2. Henri Beyle voulait certainement faire de la Filosofia nova une œuvre importante. Il note dans son Journal du 31 juillet 1804 : « Faire pour la Filosofia nova deux tables analytiques, la première des faits, la deuxième des événements. »

XXX INTRODUCTION

Pour 1806-1807, l'interruption du Journal provient, comme je l'ai déjà signalé, de la perte, pendant la campagne de Russie, d'une partie des souvenirs de Brunswick, dont la fin seulement est parvenue jusqu'à nous.

1809 est une année de campagne en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, sous les ordres directs de Pierre Daru, qui ne laissait guère de repos à ses subordonnés. Le Journal s'en ressent, et cinquante pages à peine racontent la campagne et l'entrevue à Vienne avec la comtesse Palfy.

1812 : la campagne de Russie, pendant laquelle Henri Beyle avait été chargé de porter à Wilna, au grand quartier général, le portefeuille des ministres. Il ne nous reste que deux fragments insignifiants, écrits à Paris.

Le commencement de 1814 voit Beyle bien occupé à Grenoble et à Chambéry, à la suite du comte de Saint- Vallier, sénateur envoyé en qualité de commissaire extraordinaire dans la 7® division militaire. Il n'a pas le loisir de faire, chaque soir, la somme de ses observations et d'en confier l'essentiel au papier. C'est aussi la première abdication de Napoléon et l'abandon par Beyle de ses fonctions d'auditeur au Conseil d'Etat. C'est enfin l'année où paraît son premier livre : les Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase.

Il faut remarquer qu'après 1811 Stendhal paraît n'avoir plus grand soin d'écrire ce journal qui lui

INTRODUCTION XXXI

a servi, pendant les années de sa formation psychologique et littéraire, à rassembler et à préciser ses réflexions de chaque instant. En dehors de récits de voyage ou de missions à l'étranger, nous ne possédons que bien peu de chose : une quinzaine de pages en 1812, une cinquantaine en 1813,. moins de dix en 1814. Après, il faudra attendre jusqu'en 1818 pour retrouver le récit d'un voyage d'agrément, fait en compagnie de l'avocat Vismara au bord des jolis lacs de la Brianza ^. M. Paul Arbelet l'a très justement observé ^ : « Quand Beyle, d'obscur dilettante, devint un faiseur de livres, c'est-à-dire à partir de 1814, il n'écrivit plus le journal de sa vie que par caprice, et à de rares intervalles. Désormais, c'est dans ses voyages et, au besoin, dans ses romans, qu'il exprime le plus vif et le meilleur de son âme. » Cela est si \Tai que la partie du Journal de 1811 qui raconte le grand voyage d'Italie, écrite d'abord sans arrièrepensée de publication, est corrigée par Stendhal en 1813 et divisée en chapitres, évidemment pour en faire un livre ; mais ce li^Te fut plus profondément modifié encore : il devint en 1817 (et nous n'y avons pas perdu) Rome, Naples et Florence ^.

1. Nous avons bien le « journal d'un voyage à Londres en 1817 », dans la première quinzaine d'août. Si Stendhal a collaboré à ce récit de voyage, il n'en est pas l'unique auteur. Nous le publions parmi les annexes.

Page 1