INTRODUCTION XXXIII
nom de Milan ; les noms de ses camarades et amis sont pareillement déguisés : Louis Crozet devient Percevant ; Bellile, Fairisland ; Camille Basset, Ouéhihé ; Henri Beyle lui-même prend des pseudonymes (moins nombreux cependant que dans sa correspondance), comme celui-ci, qui servira si longtemps : Dominique.
De plus, beaucoup de noms propres sont coupés et ne figurent dans le manuscrit que par des initiales ou quelques lettres seulement. Nous avons rétabli ceux dont l'identification nous paraît certaine, mais en laissant entre crochets la partie du nom restitué ^.
Enfin, on voit apparaître de très bonne heure, dès 1804, cette habitude, que Stendhal garda toute sa vie, du style macaronique ; le texte est, à chaque instant, entremêlé de mots ou de membres de phrase en anglais, en italien, parfois en latin et en grec, et cette fâcheuse manie rend plus difficile encore le déchiffrement des manuscrits si mal écrits des dernières années de la vie du maître.
Notre édition a cherché, autant que cela est possible — mais c'est bien difficile avec un écrivain tel que Stendhal, — à donner du Journal un texte définitif. Les manuscrits n'en sont pas très dispersés : avant tout, et comme toujours, la plus grosse
1. L'abréviation des noms de personne n'est pas toujours prudence, mais souvent simple économie de temps. Stendhal n'a nullement intérêt de prudence à écrire Dz pour Dugazon et LRV pour La Rive.
XXXIV INTRODUCTION
masse nous est apportée par la collection stendhalienne de la bibliothèque municipale de Grenoble. De plus, un apport entièrement nouveau nous est fourni par deux volumes provenant de la collection Chéramy, acquis en 1913 par l'éditeur des Œuvres complètes, M. Edouard Champion ^ Enfin, nous avons plusieurs états du « Tour d'Italie » en 1811 * outre la leçon fournie par les manuscrits de la bibliothèque de Grenoble, une copie contemporaine appartient à M. Paul Royer, avocat à Grenoble ^, et de plus une autre copie de la « fin du tour d' Italie » a appartenu d'abord à Auguste Cordier, puis à Casimir Stryienski, ensuite à Chéramy, pour passer enfin dans la collection du directeur de la même collection des Œuvres complètes, M. Paul Arbelet ^
Nous avons également bénéficié des travaux, de valeur inégale d'ailleurs, de nos devanciers : Casimir Stryienski et François de Nion d'une part ^, et M. Paul Arbelet d'autre part ^.
1. NOS 25 et 26 du catalogue. (V. Henri Cordier, Bibliographie Slendlialienne, p. 210-211.)
2. Cf. Louis Royer, Les livres de Stendhal dans la bibliothèque de son ami Crozet, dans le Bulletin du Bibliophile d'octobre 1923.
3. N" 18 du catalogue de la vente Chéramy. (V. Henri Cordier, op. cit., p. 210 et 230.)
4. Œuvre posthume. — Journal de Stendhal (Henri Beyle), 1801-1804, publié par Casimir Stryienski et François de Nion. (Paris, G. Charpentier et C'^, 1888, in-18 de xxxv -f 488 pages. Réédité en 1899 et 1908.)
5. Stendhal. Journal d'Italie, puljlié par Paul Arbelet. (Paris, Calmann-Lévy, s. d. |1911|, in-18 de xxi -\- 388 p.).
INTRODUCTION XXXV
L'édition de Casimir Stryienski et François de Nion est très incomplète, non seulement à cause des manuscrits que les éditeurs n'ont pas connus, mais aussi parce que les manuscrits de la bibliothèque de Grenoble, les seuls dont ils se sont servis n'ont pas été publiés in extenso. Stryienski a inauguré la méthode qu'il a continuée deux ans plus tard en publiant la Vie de Henri Brulard : il a choisi, et choisi souvent avec une hâte qui a laissé inédites des pages plus importantes pour l'histoire d'Henri Beyle que celles qu'il publiait.
Les parties qui ont rapport aux divers séjours de Stendhal en Italie ont été intégralement publiées par M. Paul Arbelet. Nous complétons les autres : le journal de 1802 est presque entièrement inédit ^ ; le voyage à Genève, en 1804, inédit également ; la partie de 1804 est inconnue pour les trois quarts ^, celle de 1805 l'est pour un quart seulement ; le séjour à Marseille en 1806, qui tient plus de 100 pages, est entièrement inédit, sauf six petites pages ^ ; pour le reste de l'année 1806, nous publions le double environ de l'édition Stryienski. Celui-ci n'a pas connu le journal du séjour à Brunswick (1807-1808), qui contient
1. J'ai dit plus haut que pour 1803 nous n'avons pas de Journal, mais une Filosofia nova qui contient beaucoup de renseignements autobiographiques.
2. Stryienski intercale en revanche dans le texte un certain nombre de passages extraits de la Filosofia nova^