nivôse XIII *[-22 décembre
Très froid ; il peluche de la neige.
Note de Voltaire sur Pascal.
L'âme est-elle substance, ou qualité, mise avec l'œil dans le corps, ou suite de l'existence de l'œil ? Le principe de Locke que toutes nos idées nous viennent par nos sens, et l'anatomie des passions telle que celle qui se voit dans Helvétius prouvent que nous ne voyons dans l'homme aucun effet de l'âme, qu'il n'y a que des effets de sens, que par conséquent il n'y a point d'âme.
Tous ceux des dévots, et c'est l'immense majorité, qui
l'autre M™^ ..., en particulier, qui m'avait mis dans cet état de contentement ; c'était la réunion d'eux tous. Cet état dura de midi à cinq heures ; à cette
ne le sont que par orgueil produisant haine contre les raisonneurs, ne voient pas que l'enclouure est là.
On ne saurait comparer des faits qu'après les avoir connus, dit très bien Tracy. C'est ce qui fait que Tracy lui-même, avec son excellente manière de raisonner, ne pourrait jamais deA^enir poète, à moins d'être très sensible.
Il faut avant tout que le poète ait senti un nombre immense d'émotions, depuis les plus fortes, la terreur de voir un revenant, jusqu'aux plus douces, le bruit d'un vent léger dans le feuillage *. La plupart des hommes, par exemple, sont indifférents à cette dernière circonstance, qui m'a souvent donné un plaisir exquis.
Il est possible que Crébillon ne fût sensible qu'aux imjjressions produisant la terreur, et Anacréon qu'à celles qui donnent le sentiment de la grâce. Leurs ouvrages ne contredisent point cette supposition.
Sans ce trésor d'émotions senties que l'étude non seulement ne forme point, mais empêche de former, on fait des fautes comme d'Alembert qui, dans l'éloge de son amie M'''^ Geoffrin o^, qu'il venait de perdre, va parler de gens qu'on mène au supplice, faute sentie à l'instant par le sensible Jean- Jacques, qui d'ailleurs pouvait raisonner beaucoup moins bien que d'Alembert.
C'est que, dans ce cas, d'Alembert était comme un homme qui voudrait écrire en anglais, sans dictionnaire, en n'entendant que le sixième des mots. Il ferait comme l'adjudant général Petiet qui, voulant faire un compliment à son hôtesse de Constance, je crois, lui disait qu'elle était une catin.
Les passions ne sont pas identiques en direction, et seulement plus ou moins hautes comme un thermomètre, me disait très bien Mante le 14 nivôse, où j'ai passé la soirée
a) Promenades de J.-J., 2* volume des Confessions.
1804 - i2 décembre. PARIS 203
heure, mon oncle me répéta ce que M°^^ Daru lui avait dit le matin, que Pierre lui avait dit, devant sa cheminée, en deux heures et demie de temps.
chez lui. On ne peut pas dire : la passion d'Antoine est de 10 degrés, celle de Saint-Preux de 11, celle d'Henri IV pour Gabrielle de 7 *.
Les passions sont divergentes, chacune fait sa route ; si elles se rencontrent, c'est par hasard. Cela vient de ce que chacun a ses idées à lui de tout ce qui est tombé sous SOS sens.
Une cause de ressemblance serait les idées préjugés. Dix hommes peuvent s'imaginer que pour aimer il faut être comme Saint-Preux, et alors ils pourront se procurer des idées dans le genre des siennes.
Pour apprécier la passion d'un homme, il faudrait savoir le prix, aux yeux de cet homme, de toutes les choses qu'il sacrifie à sa passion.
L'extrême de la passion peut être à tuer une mouche pour sa naaîtresse.
Idéologie de Tracy, au bas de la page 376.
Cela exprime parfaitement la facilité que nous donne la passion de la gloire pour suivre les raisonnements les plus compliqués.
La raison pour laquelle l'Achille de Racine est moins beau que l'Achille d'Homère ne fait sur mon oncle que la trentième pai'tie de l'impression que lui fait une bonne tourte de godiveau ; à moi, elle en fait vingt fois plus.
Les choses qui lui sont insensibles, par conséquent où il ne prend plus d'intérêt, où il quitte la partie, me sont encore très sensibles ; je sens donc plus loin que lui. Voilà la grande utilité pour moi de l'idéologie, elle m'explique à moi-même, et me montre ainsi ce qu'il faut fortifier, ce qu'il faut détruire dans nxoi-même.
La domenica 2 nivôse *, aile undici, passa aile T[uileries] and after to the 12 / am in the Pace's house. Hère are Max., Mas., Jo., Lapis. Lapis exit, (lie ('■va Dijo i'engono an after
9 uivôse [-30 décembre].
Je sors de Cinna, suivi des Originaux *. J'étais^ avec Crozet, qui est venu me prendre à midi ; nous sommes allés, dans un cabriolet mené par Barrai, chez M^^^ Duchesnois ; nous y avons trouvé le littérateur Dusausoir *; la conversation languit un peu, Martial arrive, il a l'air un peu attrapé de me trouver là. Je pense qu'il a eu, ou qu'il est sur le point d'avoir la maîtresse de la maison ; il me dit qu'il a passé la nuit dernière chez Baptiste, où il a perdu vingt-neuf louis.
M^^^ Duchesnois nous engage à venir la voir pour prendre jour pour un dîner qu'elle nous donnera et où Duport sera ; un dîner d'artistes.
Quatre personnes (la mère et autres) de chez elle devaient partir hier soir, à minuit, pour Valenciennes ; on a tant pleuré qu'on n'est pas parti. Ce sont deux places qu'il m'en coûtera, dit-elle résolument. Voilà, ce me semble, un trait d'artiste.
Sur Cinna, les loges seules ont applaudi à allusion contre... *. M^^^ George a fait quelques légers pro-
to the one, of a doc Bernard. Piacere tiîl the 3 1/2 that eriU The evening, momens of feeling.
The first nivôse, to the It[alian] th[eat€r].
The 30, evening, with the Gâte and her mother, of the five till the ien, more one and half. My life is said hy zi.
The 3, / go at the P[acé]'s house for going at Ber[nadille] de bonne heure for seeng Aria[nel in the Mo. Part instructed hy Ber[nadille].
1804 - 31 décembre. PARIS 205
grès. Talma n'a dit parfaitement que : « Sa tête à la main... » Tout le reste n'a pas été aussi senti que possible, à cause de ses nerfs : grande vérité que m'a apprise Dugazon ; je sentais à chaque vers comment il fallait le dire. Saint-Prix, sans couleur. Les Basset étaient dans la loge de leur tante *. J'étais environné de jeunes commis qui, aidés par les circonstances, sentaient les vers de Corneille et disaient Sacrebleu à la fin de chaque.
Dugazon joue supérieurement les scènes trop bouffonnes qu'd a ajoutées (trois sur quatre) aux Originaux. Le grand défaut des acteurs actuels est, ce me semble, de réciter et de n'avoir jamais l'air de trouver leur rôle ; le deuxième, leurs nerfs ; le troisième, prolonger les syllabes pour faire peur aux petits enfants :
« Le père et les deux fiiils lâââchement égorgééés », etc.
10 nivôse, dernier jour de l'année 1804.
Je puis, à bon droit, appeler ce jour heureux ; il le serait parfaitement si mon père avait le caractère de Mante, par exemple, et ne me laissait pas languir dans le dénuement.
Je suis allé à midi chez Bernadille ; j'y ai trouvé M^i^ Louason * et M^^® Nourrit, de l'Opéra, qui a l'air bête. M^is L[ouason] déclamait Andromaque. Ariane arrive et me tend la main en entrant. B[ernadille] lui fait répéter le premier acte de Monime, il pleure
à volonté. Pacé arrive ; mille légères nuances de sa manière d'être avec Ariane me prouvent qu'il l'a eue ; il me l'avoue et me le nie un instant après. Je dis quelques vers du Métromane. B[ernadille] ne nous donne point de leçon directe ; nous sortons à deux heures et demie.
Je vais au Philinte de Molière ; jamais il ne m'avait fait tant d'impression. J'étais, ce soir, plus homme du monde qu'artiste ; il m'a enflammé pour la vertu, et je n'en ai vu que l'ensemble, énergiquement beau.
Le public, rare, l'a senti parfaitement et a applaudi dix ou douze fois, aussi fortement que possible. A la reconnaissance du troisième acte, on applaudissait à chaque mot ; le sourire, les mots que j'entendais de tous côtés me prouvent qu'on le sent parfaitement. Voilà vu ce public choisi et peu nombreux à qui il faut plaire ; le cercle part de là, se resserre peu à peu et finit par moi. Je pourrais faire un ouvrage qui ne plairait qu'à moi et qui serait reconnu beau en 2000.
L'enthousiasme de vertu est si fort, et je sens si bien qu'on ne peut avoir de la vertu qu'en proportion de son esprit, et que, dans les ouvrages, la vertu des personnages est une grande partie, que, malgré la neige, je vais chez Courcier, quai de la Volaille^ acheter la première partie de Tracy, et que, sans feu^ je viens d'en lire les soixante premières pages. Voilà, ce me semble, la plus forte impression que jamais
1804 31 décembre. PARIS 207
pièce ait faite sur moi. La noble fierté qu'elle m'inspirait avait passé jusqu'à mon maintien. J'étais superbe en passant par le corridor de l'escalier pour sortir.
Cette forte impression vient peut-être de ce que mon âme n'avait point de nerfs, dans le sens de Bernadille, et au contraire se laissait aller. C'est une bien heureuse vérité qu'il m'aurait apprise là.
Cette pièce a vraiment mis le bonheur dans mon âme, un bonheur plus analogue à ma manière d'être, plus noble, plus profondément fondé que celui que me donna la représentation de VOptimiste *, cet été.
Ce jour n'est pas le plus heureux que je puisse concevoir, il me faudrait avoir vu le spectacle à côté de Victorine m'aimant comme je l'aime et avec une fortune assurée, 6.000 francs de rente, par exemple. Alors il n'y aurait eu que mon léger mouvement de fièATe qui m'eût gêné, mais probablement alors il n'eût pas existé, le bonheur l'aurait chassé, comme le mal-être, je crois, le fait naître.
Ce jour est donc d'une superbe médiocrité de bonheur, et cette représentation, celle qui a jamais fait l'impression la plus forte sur moi. L'illusion du spectacle était parfaite pour moi, parce que je ne songeais pas à y voir la non-illusion. Je me laissais doucement aller et, je le répète, je crois que j'ai tant senti parce que mon âme n'avait point de nerfs, ne s'était point raidie. Je dois cela à Bernadille.
Voilà la comédie de Fabre d'Eglantine bien sentie^ je la crois suceptible de faire (ayant une plus haute morale) une plus forte impression que le Misanthrope, une aussi forte et plus élevée, par la généralité des idées, que le Tartufe ; donc, elle est un chefd'œuvre, faisant le plus d'effet possible à la scène ; donc Fabre aurait pu devenir égal en tout, et même supérieur, à Molière, et est resté son camarade.
Fleury l'a joué médiocrement, son organe tombe ; Damas, bien : Philinte.
Cette pièce ira certainement à la postérité, comme Cinna et Andromaque, et j'aimerais mieux l'avoir faite que Rhadamiste.
Voici un fait : les plus mauvaises tragédies attirent beaucoup de monde, tout est plein ; les meilleures comédies n'attirent personne ; les acteurs sont égaux en causes qui font venir voir, auprès du public. Ce fait parfaitement sûr est une vérité pour l'histoire de la Révolution.
Nous sentons davantage les impressions fortes de la tragédie, et notre esprit et notre habitude du monde, moins exercés, n'ont pas la finesse et le tact du ridicule nécessaire à la comédie.
Le jour où l'on est ému n'est pas celui où l'on remarque mieux les beautés et les défauts. Développer la différence de la première représentation du Philinte, où je sentis parfaitement les beautés et le& défauts, à celle-ci où, sans rien sentir de tout cela,^ j'ai été plus vivement ému que jamais.
1805 - 1" janvier. PARIS 209
Je n'ai pas le temps de chercher la grande vérité cachée là-dedans.
1er janvier 1805.
Je lis avec la plus grande satisfaction les cent douze premières pages de Tracy aussi facilement qu'un roman. Le soir, j'ai un peu de fièvre ; la douleur n'est pas grande, je lis, pendant ce temps, tout un volume de la correspondance de Voltaire au cabinet de Saint- Jorre. Je manque d'argent, allons à Grenoble ; mais j'ai vu hier Philinte, j'ai acheté Tracy, je passerai trois heures demain avec Dugazon, Duchesnois et Pacé ; restons à Paris. Ma position est donc la meilleure possible avec un père barbare qui laisse miner ma machine par une fièvre quotidienne que quelques fonds guériraient.
Et ce père peut m'aimer ! Si, contre toute apparence, ce n'est pas un Tartufe qui, au fond, n'est qu'avare, bel exemple pour me montrer à mes dépens les torts que donnent les passions que j'aime tant ; quels développements pour le caractère de l'agriculturomane ! C'est seulement depuis ces joursci qu'au total je ne serais pas fâché de la liçrée rose de Barrai l'aîné *.
Crozet et Barrai sont arrivés le... * Crozet a prodigieusement changé à son avantage. Euer too vanity, trop de cette fausse grandeur qui croit s'abaisser en venant aux choses simples de la vie usuelle, l'esprit bourgeois, l'extrémité opposée de celle de
B[arral]. Il est amoureux de M"^ S. R. et, ce qui est étonnant, et ce qui paraît pourtant, riamato, ayant Penet pour rival ; il songe à quitter les Ponts pour se faire avocat, il n'a que vingt ans.
13 nivôse [-3 janvier].
Je sors de la Camilla de Paer *, mal jouée, bien chantée. Je voudrais plus d'airs dans la musique. Un trait comique :
Le maître : Qu'as-tu entendu ?
Le valet : C'est un revenant, un diable, un majordome. (Parce qu'on lui a dit qu'un majordome avait été enterré là.)
Quesf oggi il giorno dei due soldi ; farô una descrizione dello stato nel quale mi lascia il mio padre. Ecco un terrihile effetto d^ avarizia. La livrée rose.. Tencin give me six livers, cJi'egli mi doveva *.
Hier, vu Adèle, enchantée du coffre se déployant en pupitre, et des vers. Les vers, quelque mauvais qu'ils soient, font toujours plaisir à celle pour qui ils sont ; ceux-là sont médiocres, mais sages et assez purs de ces bêtes ligures, grands dadas des poètes galants du jour, excepté de Parny.
Dimanche [16] nivôse [-6 janvier].
Hier soir, Crozet, moi et Barrai, nous allâmes chez ce dernier en sortant de la leçon d'Andrieux*
1805 - 6 janvier. PARIS 211
et y restâmes jusqu'à minuit à jaser et à prendre du thé.
Milan * faillit de périr (sic) à la grand-croix du Mont-Cenis, et sauta un escalier de quinze marches ; tout Turin connaît ce trait.
Nous sortons, Crozet et moi, de Nicomède (3® représentation), suivi de la 13^ de Molière avec ses Amis.
Nicomède, très bien senti ; c'est peut-être le comble de la noblesse de faire une tragédie où l'on excite tout à tour le sentiment du sublime (terreur commencée) et les ris. Il n'y a parmi nos poètes que Corneille qui eut assez de noblesse dans l'âme pour faire cela ; il manque à cette pièce de l'anxiété dans le cc3ur du spectateur ; Corneille aurait atteint cet effet en faisant de Laodice une femme excessivement tendre, adorant Nicomède, et sans cesse excessivement inquiète sur lui, une femme du caractère d'Andromaque et Monime, telle que devait être Andromaque, lorsque Hector combattait.
Cela remplissait plusieurs bons effets, montrait Nicomède adoré, montrait la grandeur de son péril, et mettait de l'anxiété dans l'âme du spectateur.
Il y a quelques longueurs et, au deuxième acte, la même faute que fait Cléopâtre dans Rodogune : la femme de Prusias, qui est une Cléopâtre, se découvre sans aucune nécessité à sa suivante.
Talma joue très bien ; nous trouvons qu'une pièce
comme celle-là vaut mieux qu^Adélaïde du Guésclin.
Crozet trouve Molière un joli vaudeville, comme moi, manquant de comique et de peinture des caractères.
Beau trait de pitié dans Barrai qui, à onze heures du soir, part de la rue de Lille pour aller porter à Charvet, rue de l'Arbre-sec, quarante-huit livres ; toutes les circonstances augmentent la beauté de ce trait. L'Alceste de Fabre n'eût pas mieux agi, en l'an XI, je crois.
17 nivôse [-7 janvier].
Il est singulier que, malgré l'affreux abandon où me laisse mon bâtard de père, je sois encore content. Je renvoie depuis plusieurs jours de faire le tableau de ma misère. Ce tableau, avec celui du contentement dont je jouis, serait cependant curieux.
M. Thorenc-Tardivy vient me voir à sept heures pour me demander vingt-cinq livres que je lui dois et que je ne puis lui payer, n'ayant que trois livres que Crozet m'a prêtées. Je ne suis presque plus humilié d'un petit emprunt comme celui-là, qui, il y a un an, m'aurait fait mourir.
Je vais chez Dugazon sans y déclamer ; de là, en négligé, chez Pierre D[aru], pour lui demander deux cents francs (à moi donnés par mon grandpère). Je trouve dans la bibliothèque M. Daru,
1805 - 7 janvier. PARIS 213
Pacé, M°^^ Rebufîet et Adèle ; on m'engage à dîner ainsi que ces dames ; je les y laisse en sortant à sept heures, quoique j'eusse désiré rester, mais je n'avais que vingt-six sous dans ma poche, et j'aurais été peut-être dans l'occasion de payer un fiacre pour les ramener. Voilà les belles combinaisons où un des caractères les plus généreux que je connaisse est réduit par l'avarice d'un père.
Malgré cela, je suis content ce soir, la perspective de deux cents francs pour demain y fait beaucoup. J'étais assez mal mis aujourd'hui.
M. D[aru] (Pierre) n'a pas d'esprit et a tout l'air d'un petit caractère. Je reconnais tout le jour la conversation et le caractère des courtisans de Louis XIV, tel que je me le suis figuré. Grands détails sur le bal des Maréchaux, hier ; il coûte, je crois, cent quatre-vingt mille francs ; le plus beau qui ait été donné depuis t"ès longtemps ; quatre mille bougies, renouvelées à deux heures, douze cents femmes, trois mille personnes en tout ; deux contredanses d'honneur; l'Empereur arrive à neuf heures et demie, sort à minuit, les femmes y étaient depuis six heures ; ennui de cette attente, un petit carlin qui entre est pris pour l'Empereur, une femme qui s'évanouit occupe ensuite.
Niaiserie des objets auxquels pensent tous mes convives.
Qu'est-ce qu'un grand caractère ? L'idée de cette question, premier fruit de la lecture de V Idéologie
de Tracy. Il n'y a que les femmes à grand caractère qui puissent faire mon bonheur ; je reconnais à mille germes de pensées nouvelles les heureux fruits de V Idéologie.
Une comédie où un grand caractère serait représenté au milieu de gens tels que ceux avec qui je dînais, destinée à soutenir les grands caractères, comme la Métromanie à soutenir, dans le monde, les poètes. Projet à examiner par la suite.
Un vers d'Arsinoé de Nicomède m'ouvre les yeux sur les femmes et me fait voir que la plus grande partie sont de petits caractères, qui ne peuvent rien sur mon bonheur.
Les caractères que je suppose à Porcia, Pauline, Victorine, sont rares. Cette vérité découverte m'ôtera ma timidité auprès des femmes.
Le prince Louis danse très mal. Il me semble que toutes les petites manières que j'observais ce matin dans mesdemoiselles Louason et Rolandeau et ce soir, en mieux, chez Adèle et M'"® Pierre m'ennuieraient bien vite.
Si l'on me mettait aujourd'hui exactement à la place de Daru l'amé, je mourrais d'ennui avant six mois, et à celle de Martial avant un an. Je donnerais, dans les deux cas, ma démission. Singulière apparence que je dois avoir dans le monde, pas tout à fait bête ni lourd comme le chevalier N., parent de Lajard, Veuille, Le Brun et autres, mais cependant pas homme d'esprit. L'homme dont il me
1805 - 11 janvlir. PARIS 215
semble que j'approche le plus pour ce masque est Marignier * et, parmi les grands hommes, Lekain.
]y[me Daru, la mère, m'accable de bontés ; je dîne d'une manière agréable pour mon cœur, entre Martial et Adèle. Je le sens en me mettant à table, et à peine ai- je le temps de retenir sur ma langue : k Vous me mettez entre ce que j'aime le mieux. '^
Grande pensée d'aujourd'hui : Je n'aurai rien fait pour mon bonheur particulier, tant que je ne me serai pas accoutumé à souffrir d'être mal dans une âme, comme dit Pascal. Creuser cette grande pensée, fruit de Tracy.
21 nivôse XIII [-11 janvier 18051.
Je vais, à huit heures et demie, chez Pacé ; il me oonte que Champagny a la marine, Montalivet l'intérieur, que Milan a renouvelé la farce de Lyon, qu'il accompagnera S[a] S[ainteté] à Milan et y sera sacré roi des Lombards.
Il me conte cette dernière chose de manière à engendrer le rire ; il ne me fait pas un sommaire froid comme celui-là, grande différence.
Je sors des Horaces ; Duchesnois jouait pour la dernière fois, je crois, le rôle de Sabine, elle va prendre celui de Camille ; elle jouit du plus grand crédit : Fouché a tancé Geoffroy et a dit à D. qu'il l'enverrait faire un tour à Bicêtre, s'il se permettait quelque chose.
Talma (le jeune Horace) est plus romain que Lafond, mais n'intéresse pas comme lui. Lafond est petitement passionné, mais il l'est toujours ^ Talma chante. La Mère jalouse de Barthe, très bien jouée, et amusante ; je n'ai pas pu la bien juger,^ je regardais l'Empereur.
Pendant toute la première pièce, je me suis éborgné, des secondes où j'étais, à chercher V[ictorine] ; j'ai cru la reconnaître à quelques loges de moi, mais ce n'était pas elle, surtout aux gestes. J'ai tant lorgné que j'en ai les yeux désaccords.
24 nivôse [-14 janvier].
Si l'état où nous sommes pendant que l'on décide de notre sort est d'un bon augure, V[ictorine] doit m'aimer. J'ai passé une matinée charmante chez Bernadille, depuis midi et demi jusqu'à deux heures et demie ; j'y ai trouvé Nourrit *, M^^^^ Rolandeau, Louason et l'Allemand. M^^^ R[olandeau] me fait décidément des agaceries, j'en ai prévu une aujourd'hui longtemps avant qu'elle la fît. J'ai osé sortir de mon quant-à-moi ; plaisanter, il ne faut que cela. La petite madame du général Lestrange est venue, et je crois qu'avec elle et M'^^ R[olandeau], si nous nous trouvions seuls, tout serait fini. Ber[nadille] a dit devant tout le monde, comme un homme qui voit une chose, et de trois ou quatre manières différentes, que ce n'était pas du sang qui coulait
1805 - 14 janvier. PARIS 217
dans mes veines, que c'était du vif-argent. Je lui ai vu bien jouer la comédie en parlant de son ami Gerbier * et se bien faire venir les larmes aux yeux. Il nous a conté le premier plaidoyer où il vit Gerbier, Le curé, les deux nièces, le bien des pauvres, le froid excessif du lendemain lorsque Gerbier vint le prendre à l'hôtel Bouillon, ce qu'il lui dit en montant en voiture et grelottant :
« Votre cause est gagnée.
— Comment ?
— Ne voyez-vous pas le temps qu'il fait ? » Gerbier qui prend une petite carte, qui y écrit un
mot et qui finit par là son discours.
Il me semble que je lis dans l'âme de Bernadille comme dans la mienne. Je l'ai bien vu jouer la comédie pendant tout ce récit ; c'est précisément là l'esprit que je me suis figuré et la manière dont il faut conter. Il me semble que quand je n'aurai plus de timidité, j'en ferai autant.
Les petits succès de mes hardiesses me donnant du cœur, je me suis développé, il a vu qu'il y avait quelque esprit ; il a été très content de la manière dont j'ai dit la première scène du Misanthrope ; il a dit avec l'air de l'enthousiasme et de la vérité que je le jouerais supérieurement ; il m'a dit qu'il voulait le faire monter en société et me le faire jouer, M^^^ R[olandeau] a applaudi ; il a dit, lorsque je sortais, à madame du général Lest[range] que je me guérirais de mon accent, comme Lafond, et
que je jouerais comme lui, ce qui veut dire que je parviendrais à bien jouer. Il m'a dit ce que je me dis à moi-même sur ma manière de jouer, que j'ai la grande partie, la chaleur de l'âme, et que le reste me manque. C'est aujourd'hui pour la première fois qu'a été deviné ce que je pouvais devenir dans la déclamation. Bernadille pensait ce qu'il disait, peut-être n'en est-il pas de même de Rolandeau, qui me prédisait que je jouerais un jour la comédie ; je crois que là-dedans il y avait deux choses : elle disait ce qu'elle pensait et elle faisait une agacerie. C'est absolument le cas qui est dans tous les romans : elle veut faire mon éducation, elle a envie de moi. Cette jeune ferveur, comme dit Corneille, la tente. Si, quand j'aurai un habit et de l'argent, j'en ai envie, je l'aurai ; ce n'est pas qu'il faille rien de tout ça, mais il me faut ça, à moi, pour n'être pas timide, et la timidité paralyse tous mes moyens. Je ne commence à être moi-même que lorsque je suis accoutumé, blasé, comme elle dit. « Il a besoin de se blaser », disait-elle un jour, de moi, devant moi. Elle a bien deviné ; je n'ai des grâces, je ne suis moi-même qu'alors, mais aussi je crois qu'elles sont franches, on voit la belle âme à découvert ; j'aurai aussi, si j'y mets quelques soins, M^i® Louason et madame du général Lestrange.
Voilà pour les choses du monde, pour les plaisirs de vanité ; je m'y suis étendu parce qu'ils sont les
1805 - 14 janvier. PARIS 219
plus rares pour moi qui ai une âme sensible et un père avare, et que j'ai besoin d'en être dégoûté pour être tout entier à mes amours de V[ictorine] et de the famé ; mais cela viendra, j'en suis sûr. Un an de luxe et de plaisirs de vanité, et j'ai satisfait aux besoins que l'influence de mon siècle m'a donnés, je reviens aux plaisirs qui en sont vraiment pour mon âme, et dont je ne me dégoûterai jamais.
Mais dans ce temps de folie, je me serai défait de ma timidité, chose absolument nécessaire pour que je paraisse moi-même : jusque là, on verra un être gourmé et factice, qui est presque entièrement l'opposé de celui qu'il cache, témoin mon propos sur la croix à l'amie d'Adèle Lndvsn (sic), à table, chez Carrara. Je l'ai bien éprouvé dans les lettres que j'ai écrites hier et avant-hier pour Victorine ; elles étaient détestables, elles ne montraient point mon cœur tel qu'il est, et je ne pouvais les corriger, et ma physionomie n'était pas là pour en faire le commentaire ; elles me montraient bien différent de ce que je suis. Si j'allais dans les mêmes sociétés qu'elle, je suis sûr qu'elle m'aimerait, parce qu'elle verrait que je l'adore et que j'ai une âme, belle comme celle que je lui suppose, que son éducation (par son père dans l'adversité, et dans une terre étrangère) doit lui avoir donnée, et qu'elle a sans doute ; et il me semble qu'une fois que nous nous serions sentis, et combien le reste du genre liumain
est peu propre à mériter notre amour et à faire notre bonheur, nous nous aimerions pour toujours ; c'est bien là le cas de dire :
Plus je vis d'étrangers, plus j'aimai ma patrie.
Mes lettres étaient bien loin de montrer naïvement mes pensées, et je sens que ce que j'écris ici est encore phrase, n'est pas encore ma pensée nette et dégagée de toute enflure ; il me faut l'usage du monde pour cela, et pour l'usage du monde, de l'argent ; je sens que je suis fait pour la meilleure compagnie et pour la meilleure des femmes ; je désire trop vivement ces deux choses pour ne m'en rendre pas digne.
Enfin, hier, de deux à quatre, je fis une lettre pour V[ictorine], toute différente des précédentes, beaucoup plus naturelle, mais encore un peu enflée, cela malgré moi et parce que, ému comme j'étais, je perdais tout le naturel en voulant me corriger. Je la copiai dans ces caractères *, depuis quatre heures jusqu'à sept, elle a trois grandes pages de papier vélin ; j'en fais un paquet avec la petite lettre de renvoi adressée à M. Victor Alfine, chez Crozet, et dont Crozet met l'adresse, et je mets ce paquet à la poste à sept heures, rue des Vieux-Augustins, au café qui est au coin de la rue des Colonnes.
Le temps était doux comme une soirée de printemps ; cela et l'action que je venais de faire, le
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plaisir d'être débarrassé d'une demande nécessaire et qui m'agitait, l'espérance, me rendirent heureux. Je dînai avec Crozet, dans le contentement, chez M^^ Debernet ; de là, nous fûmes chez Barrai par une pluie de printemps qui me reportait en Italie ; nous y passâmes la soirée, je pris un peu mal à la tête. Vers les onze heures, je tombai dans un ruisseau de la rue de Poitiers, en voulant mettre un pied sur une pierre qui était au milieu et qui me fit glisser ; comme j'étais tout mouillé, j'allai coucher chez Crozet. Nous nous sommes levés ce matin à neuf heures, avons promené une heure et demie ensemble aux Tuileries ; par ce temps qui me rend heureux par le sentiment, l'air est chargé (Tamour pour moi ; Crozet ne me quitte qu'à midi et demi, à la porte de Dugazon. J'en suis sorti à deux heures et demie, un peu distrait de mon amour par les plaisirs de vanité, mais je n'en suis que plus entièrement à mon amour à cette heure. Si V[ictorine] me repousse, elle en refuse un autre que moi, mes lettres ne me montrent pas tel que je suis, et, contre l'ordinaire, elles me montrent horriblement en mal. Je crois que jamais elles n'exprimeront la bonté et la franchise de mon cœur, et ces extases d'amour, celles que je sentis il y a quelques jours, lorsque je formai le projet de lui écrire, en traversant le Louvre (couchant et levant),, allant dîner à trois heures et sortant aussi de chez Bernadille. Il n'y a que l'ensemble de mes actions^
après trois jours d'habitude sans interruption, toujours dans sa société, qui pût me montrer à elle tel que je suis.
Ce que je demande là est trop ; si mon bâtard m'envoyait de l'argent, et que j'eusse eu Rolandeau, ma timidité serait passée.
— C'en est fait, tu le vois, je n'ai plus de colère,
je serais moi-même.
Les principes nobles et républicains que j'ai, ma haine contre la tyrannie, le mouvement naturel qui me porte à pénétrer les faux honnêtes gens, l'imprudence que j'ai de dire ce que je vois dans leur âme, et l'énergie qu'on voit dans la mienne, l'impatience naturelle et quelquefois mal cachée que me donne la médiocrité me font croire un Machiavel par les âmes faibles telles que mon oncle. Ce qu'ils appellent un Machiavel est, à leurs yeux, l'animal le plus terrible pour eux. La supériorité excite leur haine la plus irréconciliable.
L'animal le plus dangereux, en effet, pour eux, serait un bavard agréable de leur espèce qui aurait pris à tâche de les tourmenter et qui aurait une âme tant soit peu au-dessus de la leur.
Ces qualités, jointes à mes défauts, ternissent même peut-être la glace de la bonhomie et de la franchise, dans les premiers temps, aux yeux de mes amis. Faure en est un exemple ; Mante, bien un autre homme que l'autre, est, je crois, entièrement
1805 - 14 janvier. PARIS 223
revenu. Je suis aux yeux de Tencin peut-être l'homme le plus digne d'être aimé.
Voilà tous les désagréments qu'une âme grande et vertueuse, et formée dans la solitude, et sans communication, essuie lorsqu'elle entre dans le monde. Voici ma confession, voilà ce que je me vois, et la base de ce que je dirais à Victorine si, étant à ses pieds, elle me demandait : « Qu'êtes-vous ? » Dans cette âme, encore souillée peut-être par quelques défauts, elle verrait les plus nobles passions à leur maximum et l'amour pour elle partageant l'empire avec l'amour de la gloire, et souvent l'emportant. Et j'ose croire qu'étant à ses pieds je lui montrerais mon amour d'une manière digne d'elle et de lui, en traits d'une beauté immortelle»
En tout, si cette âme n'est pas parfaitement épurée de tout vice et pleine de toute vertu, et elle en est loin sans doute, elle est enflammée de toutes les nobles passions qui y conduisent.
La passion d'être aussi éclairé et aussi vertueux que possible en est la base, l'amour de Victorine et l'amour de la gloire y régnent tour à tour. Voilà, aux faiblesses de l'humanité près, et avec toute la sincérité possible, ce que je suis à vingt-deux ans moins neuf jours, le 24 nivôse an XIII.
Il ne me manque, en général, que la beauté et, en particulier si V[ictorine] m'aime, que l'argent, pour être parfaitement heureux.
Quatre heures et quart : Victorine a décidé de
mon sort, ou ma lettre est tombée entre les mains de son frère ou de son père.
Voilà un bon article de journal de fait, à course de plume, n'en étant que plus vrai et moins enflé.
Lorsqu'on sortant du salon de D[ugazon] l'Allemand a pris pour lui ce que D[ugazon] disait de moi, que je me guérirais de mon accent, comme Lafond, et, je crois, que je jouerais comme lui, et que Dug[azon] a dit en me montrant : « C'est de lui que je parle », l'Allemand, quoique je l'aie consolé avec toute l'aisance possible, était pâle.
25 nivôse XIII [-15 janvier 1805].
Dans ma première grande lettre à V[ictorine], lui dire tout ce que je sens sur le grand amour, celui entre les grandes âmes, tel que la nature nous le représente naturellement sublimé dans Héloïse et Abélard ; çà lui prouvera que je l'ai senti.
L'amour violent, subsistant sans être alimenté (tel que celui que j'ai eu pour elle du 14 prairial XI au 23 nivôse XIII), ne peut subsister qu'avec une imagination ardente et vaste. Je me figure tous les plaisirs que pourrait me donner tel caractère, je me figure cela pendant trois ans, je vois la figure <jui me promet ce caractère : avant de la voir, déjà toutes mes espérances de bonheur étaient concentrées dans ce caractère idéal que je me figurais
1805 - 15 janvier. PARIS 225
depuis trois ans ; lorsque je la vois, je l'aime donc comme le bonheur, je lui applique cette passion que je sens depuis trois ans et qui est devenue habitude chez moi.
Si j'ai changé de climat, que j'ai habité V Italie dans ma jeunesse, que j'y ai goûté des sentiments délicieux qui ont contribué à former cette passion, que j'y ai imaginé dans mes rêveries (rêvé) ce bonheur que cette physionomie me promet, dès que je l'ai vue, je lui transporte le charme du regret que je sens pour cette suave Italie. Même au sein du bonheur, je porte le charme de la mélancolie. Je ne puis penser à l'Italie sans songer à elle, elle embrasse toute ma vie.
On voit que toutes les causes qui empêchent l'imagination et qui, avec de l'imagination, lui empêchent cette manière de s'exercer, empêchent cette passion préparatoire de l'amour, qui en est le commencement.
Cette passion préparatoire met dans un état mélancolique, on voit un bonheur angélique, on s'en sent digne (l'envie d'en être digne vous porte à bien des actions), on se dit : « Je méritais mieux que ce que j'ai, le sort est injuste envers moi. » Voilà ce que je me suis dit mille fois, surtout quand les sites, ou l'air suave du printemps au milieu de l'hiver *, me faisaient mieux voir ce divin bonheur que j'avais conçu.
Cet état mélancolique ne peut être causé, ce me
semble, que par une imagination ardente. Ce qui l'a, je crois, causé chez moi, c'est que je croyais trouver dans la vie les bonheurs que je me figurais (enfant) en lisant VHomme singulier de Destouches (c'est l'ouvrage qui m'a fait sentir le charme d'un portrait), les bergeries de Don Quichotte et les amours contenues dépeintes dans les Nouvelles *, un peu celles du Tasse, (les louanges de mon g[rand] p[ère], en les mêlant avec la vie actuelle, les gâtèrent).
Je m'arrête, parce que je sens venir un éblouissement : l'attention et le sentiment sont trop forts (25 nivôse, quatre heures moins un quart).
Cette explication, difficile pour les petites âmes, est froide pour elle?. Petites âmes aimantes cependant, telle que doit être celle de l'auteur de Valérie* ; plus on a l'âme grande, plus on la comprendra, moins elle paraîtra froide.
Car l'extrême de la variation en moi, je la comprends, je la vois parfaitement dans la mémoire de mes sentiments, et elle me touche.
Pour toucher les âmes comme celle que je suppose à l'auteur de Valérie^ il faut qu'une réflexion qui ait Tair bien naïve, point tendante à un système, lui fasse croire que nous sentons ces choses génératrices de l'amour, nous montre dans ces états de sentiments qu'elles ont éprouvés et qu'elles reconnaissent.
Point tendante à un système pour deux raisons, la première (qui est peut-être bonne, mais mal
1805 - 15 janvior. PARIS 227
appliquée) que puisque nous avons la force de juger notre sentiment, nous faisons cela pour quelque autre but ; nous n'en sommes donc pas entièrement possédés. Nous espérons une portion de bonheur, si petite que vous la voudrez, d'une autre source.
La seconde, que ce que nous disons est peutêtre faux, et que nous l'inventons pour soutenir un système ^.
Les hommes qui ont eu toujours la bonne philosophie, s'amuser chaque jour le plus possible, Mante, par exemple, ne s'étant point ou peu livrés aux sentiments mélancoliques, ne sont pas susceptibles de ce genre d'amour que je sens pour V[ic-
1. « Physiologie idéologique. — Je sens que ce changement d'objet de raisonnement a empêché l'éblouissement. C'est la mémoire du sentiment qui était fatiguée, je le sens prêt à revenir après un effort commandé d'un quart de seconde peut-être. Si pendant ce temps je veux penser aux douces impressions de l'Italie, à l'instant éblouissement prochain, mal à la tête ; je vois çà aussi distinctement que je distingue le blanc du noir.
Avec des sens et des facultés intérieures si mobiles et si sensibles, il est très possible que je devienne fou.
En ce cas, je prie ici qu'on me mène à Claix, ce n'est que là que je pourrai peut-être guérir. Qu'on évite toute impression qui me porterait à porter un jugement compliqué. C'est la faculté jugeante qui sera malade, je le sens.
— Je veux, en composant, que chaque mot soit parfait ; je considère les conditions de sa perfection, leurs bases, à propos de cela je les discute à cause de la crainte de me tromper, et qu'une erreur devenue habituelle ne soit pas aperçue. J'ai arrêté depuis deux ans peut-être de rejuger tout à toutes les occasions qui s'en présenteraient ; je le fais, çà m'égare, me fait passer à réfléchir le temps d'agir.
torine] et qu'Héloïse et Abélard sentaient probablement l'un pour l'autre.
Pour que cet amour s'éteigne, il faut, de deux choses l'une :
1° ou que les premiers jugements, que le bonheur se trouve dans être à côté d'une femme qui, avec ce ton de mélancolie sublime qu'on peut sentir, mettre sur les figures de Raphaël, à la tombée de la nuit, l'été, sur le rivage du golfe de Naples (petit tableau du Musée : une femme et un enfant, montré à Basset et Crozet), vous regarde de telle manière, à telle circonstance, paraissent faux ;
ou 2° que celui qui disait que telle femme, Marini, Pietragrua, V[ictorine], nous donnera ce bonheur, paraisse faux ;
ou 3° qu'on mette le bonheur dans d'autres choses comme, chez moi, l'amour de la gloire (d'Homère).
Cette analyse lue dans mes sentiments indique où il faut frapper pour guérir l'amour.
Je n'ai point fait attention aux mots ; dans un tel sujet, il fallait leur donner la physionomie que je disais qu'on pouvait prêter aux figures de Raphaël, à celle de sainte Cécile, par exemple, en la vêtissant d'une autre manière, lui donnant une autre action et un autre paysage, mais toute mon attention était absorbée par les choses mêmes.
(Quatre heures et demie, léger mal à la tête.)
1805 - 15 janvier. PARIS 229
Je lis la Vie de Sénèque par Diderot *, bon ouvrage ; les Lettres d'Héloîse et d'Abélard, bon ouvrage en ce qu'il montre un exemple naturellement sublimé de l'amour dans deux grandes âmes ; la meilleure édition en latin est celle de Bastien *.
Mais quelque chose de meilleur que toutes les lettres passionnées que j'ai vues jusqu'ici sont les douze lettres d'une religieuse portugaise à Chavigny *, ensuite maréchal de France.
Voilà aimer vraiment éperdûment, elle a tout sacrifié, et sans nul combat, à son amant. Ce* lettres en cela peignent un amour plus fort que celui de Julie pour Saint-Preux.
Rousseau a peint l'amour aussi fort que possible dans des âmes très vertueuses ; resterait l'amour à peindre entre deux âmes aussi éclairées que possible, comme Héloïse et Abélard, par exemple, et l'avan-^ tage de ce deuxième sujet c'est qu'on le peut peindre éperdu, comme celui de la religieuse portugaise. Les lettres de Chavigny sont un exemple curieux de passion jouée à côté d'une des plus fortesqui furent jamais. Elles produisent exactement sur moi l'effet d'une comédie de caractère.
Je n'avais vu encore ce genre de tendresse éperdue de cette pauvre religieuse portugaise que dans Racine, dans la scène de Roxane et de Bajazet, par exemple. Voilà, ce me semble, l'extrême de l'amour.
Un jeune Allemand, élevé en Angleterre, a dit.
JOUBNaI de STENDHAli 15.
à Mante aujourd'hui que Racine était très peu goûté en Allemagne et en Angleterre, que Corneille l'était davantage.
Aujourd'hui, vingt-sixième séance chez Bernadille, de ^midi et demi à trois heures et demie ; Rol[andeau], Louason et Lest[range] s'aperçoivent of my understanding soûl *.
Lorsque Milan voulut rétablir la religion en France, il gardait encore quelques ménagements avec les gens éclairés dont il avait voulu fortifier son gouvernement ; il fit donc venir Volney dans son cabinet et lui dit que le peuple français lui demandait la religion, qu'il croyait devoir à son bonheur de la lui rendre.
« Mais, citoyen consul, si vous écoutez le peuple, il vous demandera aussi un Bourbon. » Là-dessus, Milan se mit dans une colère épouvantable, appela ses gens, le fit mettre dehors de chez lui, lui donna même des coups de pied, à ce qu'on dit, et lui défendit de plus revenir chez lui. Voilà bien le ridicule du demandeur de conseils développé.
Le pauvre Volney, qui a une santé très faible, fit une maladie là-dessus ; mais cela n'empêcha pas que, dès qu'il fut rétabli, pensant que cette affaire serait portée au Sénat, il ne s'occupât à faire un grand rapport là-dessus ; on le sut, et on lui dit de cesser, ou qu'il serait assassiné ; depuis lors, il ne «ort guère. // true, for a future Tacite *.
1805 - 17 janvier. PARIS 231
27 [niv6se-17 janvier].
Il me semble que le premier degré de sensibilité est d'être ému par le tragique pompeux (Iphigénie de Racine) ; le deuxième par le tragique terrible (le cinquième acte de i?oc?ogune, les jfureurs d'Oreste^); le troisième est de sentir le comique (par exemple, un homme qui, de derrière une porte vitrée, aurait vu l'anecdote précédente et qui (instruit par l'expérience à ne pas s'indigner) aurait éclaté de rire au moment où Milan se mit en fureur) ; le quatrième, et jusqu'ici le dernier, vu dans moi, est d'être ému par le mérite propre de Racine, l'amour porté à l'extrême, éperdu, mérite qui est en plus grande quantité encore dans les lettres de la religieuse portugaise *.
Il y a, outre cela, la sensibilité à la générosité qui demande de l'instruction. Auguste, supposé bon prince, disant : « Soyons amis, Cinna », etc., Pompée brûlant les lettres dans Sertorius.
Pour rire, il faut peut-être aussi savoir comment, et combien?
Le comique, le rire, est le dernier pouvoir qui reste à un homme sur un autre. Pascal a dit : « Nous ne pouvons souffrir d'être dans la mauvaise opinion d'une âme î). Montaigne a donné, ce me semble, une
1. Quand même dans les deux cas il n'y aurait point de pompe.
•description très exacte de ce sentiment, lu dans lui-même. Il existe enfin, et comme un homme est toujours le seul qui puisse exprimer ses jugements, personne ne peut me dire avec certitude lorsque je ris : « Vous feignez le rire. »
La manière la plus sûre d'humilier celui dont vous riez est que votre rire ait l'air le plus possible indépendant de la volonté, et que les bases de ce rire aient l'air d'être les plus claires possibles à nos yeux. Qu'un homme se fût mis en colère contre Milan en voyant cette action infâme, Milan aurait à l'instant comparé sa puissance à celle de cet homme, et il aurait peut-être ri, mais que le spectateur, au contraire, rie, il est sûr de faire de la peine à Milan.
Comment, et jusqu'à quel degré d'intensité ?
Il y a deux sacrifices dans l'histoire d'Héloïse qui ont pu être bien grands :
Le premier, quand elle fit découvrir à Abélard le secret de sa naissance.
Le deuxième quand, pour l'avantage d'Abélard, elle refusa pendant si longtemps de l'épouser et nia si vivement ce mariage une fois qu'il fut fait.
Je voudrais bien voir la plupart de nos amoureuses de ce siècle à ces deux épreuves.
Le sublime non développé n'est pas senti ; le développement n'existe pas isolément ; pour évaluer ^on degré, il faut connaître le degré d'attention et,
1805 - 17 janvier. PARIS 233
en un mot, de facilité, d'intelligence qu'a l'homme à qui on développe.
Le trait de Julie d'Etange demandant à sou deuxième ou troisième billet à Saint-Preux qu'il se tue est sublime, mais doit, ce me semble, être rarement senti, à cause de son peu de développement (une cause de ce peu de développement est sa place, le spectateur n'est pas encore monté). Je ne l'ai senti, pour moi, que dans la suite, lorsque Julie, mariée depuis peu, rend compte de sa conduite à son amant.
Dans tout ce roman, l'amour de la vertu, trop visible, empêche l'amour d'être éperdu (je parle en poète ou peintre de passions).
Un homme voit avec peine que son ami acquiert plus de forces individuelles. J. Rey, par exemple, verrait avec peine que j'acquisse une telle habileté en déclamation que je pusse feindre parfaitement tous les sentiments à volonté. Mante me disait hier que cela était dangereux, comme vous donnant plus de moyens de manquer à la vertu. Le sublime de l'amitié est peut-être de voir avec plaisir dans son ami l'accroissement des moyens de bonheur, lorsque ces moyens vous font servir de bûches à son feu, sans vous mettre à même de vous y chauffer, ne peuvent augmenter votre bonheur direct que par le plaisir que vous avez à le sentir heureux, et peuvent le rendre heureux à vos dépens.
Dès qu'on fait sur un homme des impressions plus ou moins sublimes (terreur commencée), le charme de la grâce disparaît pour toujours ^. (Le plaisir de voir la grâce est du genre du plaisir de rire, il consiste à voir la faiblesse. Quelle grâce Desdemona a aux yeux d'Othello, lorsque, la voyant sortir, il se dit à lui-même en soupirant : « Poor wretch ! » (Pauvre petite, pauvre misérable !)
L'habitude et les sentiments qui passent de la chose à l'instrument (l'avare, qui aime d'abord l'argent comme moyen de jouissance, et ensuite l'Argent) peuvent nous conduire au sublime de l'amour et de l'amitié, qui est de vouloir, non point dans une saillie d'héroïsme, mais froidement et constamment, le bonheur de la personne aimée à nos propres dépens, sans que d'autres passions contribuent à nous conduire à ce résultat.
Le subhme de l'amitié est moins à mourir pour son ami dans une occasion éclatante qu'à se sacrifier journellement et obscurément pour lui. Les amis de Syracuse, Damon et Critias *, je crois, pouvaient s'aimer davantage que Nisus et Euriale, quoique Nisus s'écrie :
Me, me, adsum qui feci, etc.
Il me semble par la théorie, et non d'après l'exemple, que l'amour et l'amitié ne peuvent pas par-
1. Pour toujours, c'est-à-dire jusqu'à ce que, composant une résultante de sa conduite, elle nous paraisse sublime ou gracieuse.
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venir subitement, dès les premiers moments de leur existence, à leur sublime. Ces passions ont besoin de quelque temps de durée pour qu'on puisse parvenir à chérir non seulement l'instrument pour l'effet, mais même aux dépens de l'effet.
Pour que le contraire arrivât, il faudrait que la passion prédisposante ou la partie de l'amour et de l'amitié existante avant la vue de l'objet que nous aimons fût bien forte.
Crozet et moi *, nous sortons de Mithridate, suivi de Minuit*. M^^^Mars, dans cette petite pièce, nous a fait beaucoup plus de plaisir que tout le reste du spectacle. M^^^ Duchesnois, qui jouait Monime pour la première fois, l'a jouée d'une manière très froide et très peu originale ; elle ne s'est pas du tout attachée à rendre la pudeur qui est, ce me semble, la couleur générale du rôle. M°^^ Talma nous y faisait plus plaisir ; je la vois un instant dans sa loge. Je vois Pacé, Maisonneuve et le général Valence.
L'intrigue de Mithridate ne cause ni terreur, ni pitié, ni admiration, elle est plate. Tous les caractères, excepté celui de Monime, sont communs et insignifiants, Mithridate est tout plein de fausse grandeur et joue le rôle d'un Cassandre. Il n'y a donc que ce rôle de Monime, et la pièce est très médiocre. Un des endroits les plus caractéristiques du caractère de Monime n'est pas assez développé :
c'est celui où, comme Julie d'Etange, elle demande à son amant du secours contre lui-même. La grande scène du troisième acte est absolument inutile. Racine a voulu lutter avec Corneille et est resté bien au-dessous de ce grand homme. Il y a quelques vers grands, comme :
J'ai vengé l'univers autant que je l'ai pu.
^iie Mars joue divinement le rôle de Séraphine dans Minuit ; elle donne l'idée de l'amour le plus sublime : sa physionomie, pendant que son cousin lui chante sa romance, rendrait amoureux de l'amour. Voilà la physionomie qu'il me faut supposer à Julie et à Victorine. Cette fille chérie ne me répond point. / shall write after day *.
Avant-hier, j'allai avec Tencin, à minuit passé, me promener jusque devant son n° 558 ; la lune nous éclairait, la solitude de ce quartier avait un air singulier.
28 nivôse XIII [-18 janvier 1805].
Je viens de réfléchir deux heures à la conduite de mon père à mon égard, étant tristement miné par un fort accès de la fièvre lente que j'ai depuis plus de sept mois. Je n'ai pas pu la guérir : premièrement, parce que je n'avais pas d'argent pour payer le médecin ; en second lieu, parce que, ayant sans cesse dans cette ville boueuse les pieds dans l'eau.
1805 - 18 janvier. PARIS 237
faute de bottes, et souffrant du froid de toutes manières, faute de bois et de vêtements, il était inutile et même nuisible d'user le corps par des remèdes, pour chasser une maladie que la misère m'aurait donnée quand je ne l'aurais pas eue.
Qu'on joigne à cela toutes les humiliations morales et les inquiétudes d'une vie passée continuellement avec vingt sous, douze, deux et quelquefois rien dans ma poche, on aura une légère idée de l'état où cet homme vertueux me laisse.
J'ai, depuis deux mois, le projet de mettre ici une ■description de mon état ; mais, pour le peindre, il faut le regarder, et je n'ai d'autre ressource que de m'en distraire.
Qu'on calcule l'influence d'une fièvre lente de huit mois, alimentée par toutes les misères possibles, sur un tempérament déjà attaqué d'obstructions et de faiblesse dans le bas-ventrf', et qu'on vienne me dire que mon père n'abrège pas ma vie !
Sans l'étude, ou, pour mieux dire, l'amour de la gloire qui a germé dans mon sein malgré lui, je me serais brûlé la cervelle cinq ou six fois.
Il ne daigne pas répondre depuis plus de trois mois à des lettres où, lui peignant ma misère, je lui demande une légère avance, pour me vêtir, sur ma pension de 3,000 francs, réduite par lui à 2,400 francs, avance dont il peut se rembourser, par ses mains, aux mois de printemps que je passerai à Grenoble.
Je lui ai demandé cette avance, qu'un étranger
n'aurait pas refusée à un étranger, malade et souffrant du froid à cent cinquante lieues de sa patrie, au mois de vendémiaire an XIII, lorsqu'il avait encore entre les mains 2,200 francs de ma pension.
D'après tout cela et vingt pages de détails tous horriblement aggravants, mon père est un vilain scélérat à mon égard, n'ayant ni vertu, ni pitié. Senza virtù ne cariià, comme dit Carolina nel Matrimonio Segreto.
Si quelqu'un s'étonne de ce jugement, il n'a qu'à me le dire, et, partant de la définition de la vertu, qu*i7 me donnera, je lui prouverai par écrit, aussi clairement qu'on prouve que toutes nos idées arrivent par nos sens, c'est-à-dire aussi évidemment qu'une vérité morale puisse être prouvée, que mon père à mon égard a eu la conduite d'un malhonnête homme et d'un exécrable père, en un mot d'un vilain scélérat.
Il m'avait promis 3,000 francs pour me faire quitter l'état militaire, j'étais sous-lieutenant au 6^ dragons, en vendémiaire an IX, à dix-sept ans et sept mois. Voilà l'état qu'il me fallait quitter. Pour l'apprécier, il faut considérer l'état politique intérieur de la France.
D'autres considérations qu'il ne sait pas ont pu me faire trouver mon bonheur dans cet arrangement, mais observez que l'homme qui me tire un coup de fusil en m'ajustant le mieux qu'il peut, et qui cependant me manque parce que je suis cui-
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rassé, est un assassin. Cette grande vérité me donne gain de cause au premier abord.
Je finis cet écrit, ayant encore de quoi remplir cinquante pages, en réitérant l'offre de prouver quantum dixi, par écrit, devant un jury composé des six plus grands hommes existants. Si Franklin existait, je le nommerais. Je désigne pour mes trois Georges Gros, Tracy et Chateaubriand, pour apprécier le malheur moral dans l'âme d'un poète.
Si, après cela, vous m'accusez d'être fils dénaturé, vous ne raisonnez pas, votre opinion n'est qu'un vain bruit et périra avec vouf .
Rappelez-vous qu'avant tout il faut être irai et juste, même lorsque l'exercice de ces vertus donne raison à un homme de vingt-deux ans contre un de cinquante-huit, quoique vous soyez plus près de cinquante-huit que de vingt-deux, et à un fils contre son père.
Ou vous niez la vertu, ou mon père a été un vilain scélérat à mon égard ; quelque faiblesse que j'aie encore pour cet homme, voilà la vérité, et je suis prêt à vous le prouver par écrit à la première réquisition.
Fait au courant de la plume, le 28 nivôse an XIII, onze heures et demie du soir, ayant vingt-cinq sous et la fièvre pour tout bien.
H. Beyle.
(22 ans moins 5 jours.)
P.-S. J'écris ceci uniquement pour le bonheur de mes enfants, et pour me garantir de l'avarice dans trente ans d'ici. Dis, ne rougis-tu point, au fond du cœur, en lisant ceci, en 1835 ? Aurais-tu eu besoin que j'écrivisse la démonstration tout au long ?
Rentre dans toi-même ^.