‹ Journal [par] Stendhal. Texte établi et annoté par Henry Debraye et Louis RoyerChapitre 33 sur 60 · L'HONNEUR FRANÇAIS · texte numérisé non relu

L'HONNEUR FRANÇAIS

Conte 1.

De ses pâles flambeaux la lune vagabonde Eclairait Brescia et le reste du monde : De onze coups égaux les clochers résonnants Appelaient aux combats les fortunés amants. Dans le chemin obscur nous marchions en silence :

Nous allions au b 1 chercher la jouissance.

Le fils à l'œil hardi le premier s'avançait ;

D'un pas délibéré le père le suivait ;

Le grand Egyptien, Beyle à la mine noire,

Quesnel, dont les exploits personne ne veut croire, ■

Formaient le corps d'armée. « Amis, voilà l'auberge ; ■

Je vois les trois épées attachées à leur verge,

S'écrie au loin Cacault

On s'élance à l'instant sur la rampe tortueuse, Chacun de nous déjà croit embrasser la gueuse. Sur le palier obscur nous allons tâtonnants, Frappant aux portes de tous les appartements *.

1. Brescia, messidor an IX [-juin, juillet 1801]. Premiers vers que j'aie faits, l'faits] en trois heures.

Mais quel étrange bruit interrompt nos plaisirs ? J'entends dans l'escalier et monter et courir, Nous voyons apparaître un sbire et sa cohue : « Messieurs, je viens, dit-il, du fin fond de la rue, « Appelé par le bruit et l'infernal bouzin... « — Qu'appelles-tu bouzin, ruffian de cisalpin ? (i Quitte ton uniforme et, regagnant la place, « Reprends ton naturel, va rejoindre ta race, « Sois cisalpin, ou bien je te coupe le v... » A ces mots, l'animal, de peur déjà contrit, Dégringole la rampe...

VERS SUR LA FETE DE M^e T[EISSEIRE] ^

Page 1