‹ Journal; (volume 2)Chapitre 10 sur 17 · MAI I70Ô · texte numérisé non relu

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alla à Meudon, où il attendra le roi. qui y doit aller mercredi pour y passer le reste de la semaine. Monseigneur le duc de Bourgogne, qui doit partir demain à la pointe du jour, prit congé de Monseigneur en sortant de la chapelle. Il y a beaucoup de dames qui sont du voyage de iMeudon. Madame de Montauban en est pour la première fois. — Onmandede Languedoc que M. deGévaudan avec ses dragons et un détachement d'infanterie avoit attaqué dans un bois la seule troupe de fanatiques qui restoit, toutes les autres étant presque dissipées. Us se défendirent assez bien au commencement , nous tuèrent une vingtaine de dragons et quelques officiers; mais ils prirent la fuite ensuite ; on en a tué deux ou trois cents, et on croit avoir reconnu parmi les morts celui qui les commandoit.

Lundi 28, à Versailles. — Monseigneur le duc de Bourgogne partit à cinq heures du matin en chaise de poste, pour aller coucher à Villacerf, qui est à trente-six lieues d'ici. Le roi alla l'après-dinée àTrianon. Madame la duchesse de Bourgogne se promena autour du canal. — Le roi a donné 2,000 écus de pension à madame d'Aubigné. Son mari lui donnoit pareille somme sur les appointements du gouvernement de Berry , que le comte d'Ayen a présentement; ce gouvernement vaut 10,000 écus de rente. — M. le maréchal de Rosen, qui avoit à vendre le régiment de M. de Montpeiroux, la donné gratis à M. de Gramont, Franc-Comtois, ancien capitaine de cavalerie et frère de la belle-fille de M. le maréchal de Rosen. — Le roi d'Espagne a donné au duc d'Lceda, son ambassadeur à Rome, la charge de président du conseil des Indes, que le duc de Medina-Celi a quittée. Le marquis de Balbases, qui avoit l'expectative de l'ambassade de Rome, en ira bientôt prendre possession. Tout est fort tranquille en Espagne ; les levées qui restent à y faire vont assez lentement. Il n'y a plus de brouilleries entre les cardinaux Porto-Carrero, d'Estrées et la princesse des

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ri'siiis. — \jOs Hollaiidois font courre lo Inniit clans leur armée qu'ils \on\ laire le si(''i;(! d'Anvers, et les AufJilois disent quOii nattaquera point Anvers, mais qu'il faut prendre Oslende pour le donner à l'An^'^leterre.

Mardi *29, à Versait lea. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Madame la duchesse de Bourgogne ne sortit point. — Le roi a donné à madame la comtessede Gramont, pour sa vie, les Moulineaux. qui est une fort jolie maison dans ce parc-ci, que le roi avoit donnée à M. Félix durant sa vie aussi. — On eut des nouvelles de monseigneur le duc de Bourgogne de Villacerf, où il arriva hier à six heures ; il en est parti ce matin à la pointe du jour pour aller couchera Langres. — Un parti de hussards apénétré jusqu'à Blamont. Ils trouvèrent M. de Lorraine à la chasse, à (pii ils rendirent toutes sortes de respects, ce qu'il n'a pas trouvé trop bon ni qu'ils soient entrés comme œla dans son pays. — On a des lettres de notre armée d'Italie du 21 ; elle éloit à Nogara, (pii est le premier lieu qui soit aux Vénitiens quand on sort des Etats de Mantoue pour s'approcher du canal l)lanc et du Tartaro. Elle devoit aller camper ce jour-là àSanguineto. M. de VendAme a dans son armée trente-deux hiitaillons et soixante-quinze escadrons. M. de Yaudemont^ qui est resté surla Secchia, est encore aussi fort que les ennemis. M. de Savoie a prétendu que ses gardes dévoient avoir la droite de tout; on n'a pas trouvé sa prétention raisonnable; il a pris le parti de ne les point faire marcher; ainsi il nous donne deux escadrons moins que l'année passée.

Mercredi :{0. à Meudon. — Le roi travailla l'aprésdinée ù Versailles avec M. de Chamillart et puis partit à cinq heures pour venir ici. Madame la duchesse de Bourgoi:iie partit a\antlt'i'oi et arriva après lui, paire (qu'elle va fort lentement. — On a des lettres de l'armée de M. le niarc'chal de Villcroy fin 2(); il «''loi! eumpé A Warem. observant les ennemis, (piise mirent en marche le -Ik. —

L'intendant de Franche-Comté a mandé qu'un gros parti de Landau avoit pénétré jusqu'en ce pays-là, venant toujours à couvert par les bois et qu'ils auroient pu inquiéter monseigneur le duc de Boure-ogne dans sa m.nrche , mais que M. le maréchal de Tallard y avoit remédié en envoyant des troupes sur le chemin de Vesoul à Béfort. — M. de Cronstrom, envoyé du roi de Suède, eut hier sa première audience du roi, qui lui parla de S. M. Suédoise avec de grandes marques de joie des heureux succès de ses entreprises contre le roi de Pologne. Le roi de Suède n'a pas encore vingt et un ans, et a déjà gagné quatre batailles. On ne sauroit parler avec plus de grâces, de politesse et de noblesse que le roi parla à M. de Cronstrom .

Jeudi 31, à Meudon. — Le roi se promena tout le matin sous les marronniers, ne pouvant se lasser de louer le nouvel appartement de Monseigneur et la beauté de cette promenade-là. L'après-dinée le roi travailla avec M. de Pontchartrain, et puis alla se promener en calèche avec madame la duchesse de Bourgogne et Madame dans tous les jardins hauts et bas. — Il arriva un courrier de M, de Vendôme parti le 25 de Sanguineto proche Vérone; il est campé là depuis le 22 II a détaché M. de Kercado avec quelque infanterie soutenue de la brigade de dragons que commande le comte d'Estrades ; ce détachement est pour faire une redoute à la demi-portée du canon de Ponte-Molino, que les ennemis occupent ; ils ont même quatre mille hommes derrière ce poste pour le soutenir; la redoute que nous faisons faire et qui est déjà en défense est une chaussée qui est l'unique communication que les ennemis puissent avoir avec les Véronois. — Le roi nous dit à son petit coucher qu'il avoit des lettres de M. le maréchal de Villeroy du 28. Il est campé à Warem et les ennemis à Vreren à trois lieues les uns des autres et le Jaar entre deux.

Vendredi 1*' juin, à Meudon. — Le roi, malgré le vi-

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lain Icnips, ne laissa ])as dose promener dans les jardins le matin et l'après-dlnée. — Dès que M. le commandeur de Hautefonillc fut mort, le roi écrivit au pape pour lui demander la conmianderie de Pezenas, qui est une commanderie mairistrale , pour un fils du duc de la Roche- Guyon ; on ne doute pas que le grand maître ne l'accorde à S. M. ; cefle commanderie vaut 15,000 livres de rente. Le bailli de Noaillcs aura l'ambassade selon toutes les apparences ; on attend aussi des nouvelles du grand maître pour cela, et dès qu'il sera nommé ambassadeur, il vendra sa charge de lieutenant général des galères de France. — Le roi fait faire des pièces de dix sous de l'argent qui est venu d'Espagne, dont on envoie un million à Strasbourg, et ce million par la fabrication de cette nouvelle monnoie produira 1,500,000 francs. — Le roi a donné une commission de colonel au baron d'Els, capitaine des grenadiers du régiment de Sillery, qui s'est fort distingué à Bonn durant le siège; ce régiment est celui du maréchal de Gatinat, que M. de Puysieux, notre ambassadeur en Suisse, acheta il y a quelque temps pour son tils.

Samedi 2, à Versailles. — Le roi partit de Meudon aussitôt après son diner et alla à Trianon se promener avant que de revenir ici. Madame la duchesse de Bourgogne et m onseigneur le duc de Berry ne partirent de Meudon qu'à sept heures ; Monseigneur y est resté et n'en reviendra que mercredi. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villars, parti le 31 de Meskirk ; M. de Chamarande étoit revfmu de son détachement et s'est emparé de Zell et de Stokach. M, l'électeur de Bavière marche à Passau j)()ur combaHre les troupes du comte Schlick qui sont sous cette jilace, dont ensuite il fera le siège. M. de Villars afaitembarquer la brigade d'infanterie deCondé. qui descendra le I)anid)c et joindra l'armée de M. l'électeur, et le maréchal de Villars demeure avec le reste de ses troupes pour s'opposer au comte de Stirum. Les

contributions s'étendent fort loin dans le pays, et un de nos partis de cent cinquante maîtres, du détachement de Chamarande , qui étoit allé pour établir la contribution au delà du Danube et pour amener des otages, ayant trouvé un parti de trois cents hommes, tant cavaliers que dragons, les attaqua et les battit après un assez rude combat etraaiena les otages. Le comte de Villarsétoità Schaffouse avec plusieurs officiers françois et alloit joindre notre armée avec une grosse escorte.

Dimanche 3, à Versailles. — Le roi alla l'après-dînée se promener à Trianon, qu'il a fait meubler; il y doit aller coucher le jour de la petite fête de Dieu pour y demeurer jusqu'au mercredi suivant. — On mande de Languedoc que les fanatiques ne vont plus qu'en petites troupes ; ils sont assez dispersés , mais cependant leur mauvaise volonté n'est pas encore réduite, quoiqu'on en ait tué déjà plus de deux mille. — On a reçu des lettres de M. de Tallard du 28 mai ; il est toujours campé auprès de Strasbourg sur la Quinche. Il mande que son armée est en très-bon état ; la cavalerie est fort raccommodée. Ils ont appris avec grand plaisir que monseigneur le duc de Bourgogne alloit les commander. M. le prince Louis de Bade est toujours dans son camp de Stolhofen. — On a des lettres de M. le maréchal de Villeroy du 31 . Il mande que les ennemis vinrent camper le 30 sur le ruisseau de Bemercourt qui tombe dans le Jaar ; leur gauche en deçà de Bedeck, leur quartier général à Atisse et leur droite va jusqu'à Louet sur le Jaar. Les deux armées n'étoient qu'à une portée de canon l'une de l'autre, le Jaar entre deux. Notre droite est à Couarem et notre gauche à Millebouenal, qui n'est qu'à une lieue de Borkloo.

Lundi 4, à Versailles. — Le roi alla l'après-dînée se promener à Marly, où Ton n'ira coucher que de mercredi en quinze jours. — On eut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne de Béfort, où il arriva le 31. Il coucha le 28 àVillacerf, le 29àLangres, le 30 à Vesoul. Il trouva

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le 31, entre Vesoul et Bt'l'ort, quelques troupes de sclienapans qu'il ne vil que de loin ; il étoit escorté par quatre ou cinq cents chevaux dt^ la uendarinerie séparés en trois troupes, qu'il trouva en lieux différents sur sa route. Il séjournera deux jours à Béfort et en partira le 3 pour Strasbourg:, où il compte de n'arriver que le G. — On eut encore des lettres de M. le maréchal de Villeroy, (|ui côtoie toujours les ennemis quoique plus forts que lui ; et s'ils eutroient dans une plaine, il ne halanceroit pas à les attaquer, se conliant à la bonté des troupes du roi. On tâchera de les empêcher de faire aucunes grandes entreprises. Ils font toujours courre le bruit qu'ils attaqueront Anvers et Ostende, ou Huy et Namur; toutes les troupes qui étoient au siège de Bonn les ont joints.

Mardi ù, à Versailles. — Le roi se promena l'après-dinée à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne n'est point sortie tous ces jours -ci. — Il arriva un courrier de notre armée d'Italie. M de Vendôme a été assez incommodé d'une colique néfrétique qui a retardé sa marche d'un jour; il est encore à Sanguineto. Il avoit détaché le comte d'Aquilar, Espagnol, et Saint-Frémont, qui ont établi un pont àZelo sur le Tartaro dans le Ferrarois; ils n'y ont trouvé nulle opposition. Le passage de cette rivière nous rendra maîtres du bas du Pô au-dessous d'Ostiglia, de sorte que le commerce en sera absolument interdit aux ennemis. M. de Vendôme doit le l*"" de ce mois y faire marcher toute l'armée, à la réserve de dixneuf escadrons et de cin<j bat aillons (jui demeureront àSanguineto aux ordres de MiM. de Vaubecourt et d'Estaing pour couvrir nos derrières et soutenir les redoutes qu'on a faites du côté de Ponte-Molino et du Tregnone. M. de Vaudemont, qui est demeuré avec une autre armée sur la Seccliia, va commencer de son côté à entrer en action. On cijmi)fe ([uc les ennemis n'ont pas vingt mille hommes et ([u'ils maiicpienl de beaucoup de choses dans leur camp.

Mercredi 6 , à Versailles . — Le roi alla encore l'aprèsdlnée se promener à Trianon; il y a été presque tous les jours depuis son retour de Meiidon. — Sainte-Marthe, courrier du cabinet, qui revient d'Italie, où M, de Chamillart l'avoit envoyé, assure qu'il a trouvé un courrier que M. d'Albergotti envoyoit à M. de Vendôme , pour lui apprendre qu'il s'étoit rendu maître de Final, du Modénois , où il a pris prisonniers de guerre deux cents cuirassiers de l'empereur qui , se voyant investis dans cette place, qui n'est proprement qu'un village retranché, voulurent d'abord tuer leurs chevaux, comprenant bien qu'ils seroient obligés de se rendre fort vite. M. d'Albergotti, étant averti de cela par un transfuge, leur manda que, sïls tuoient un seul de leurs chevaux, il ne leur feroit aucun quartier, et ils n'osèrent les tuer. — M. le marquis d'Alègre, qui a défendu Bonn, salua le roi, et S. M. le doit entretenir ces jours-ci. — Monseigneur revint de Meudon, où il ne retournera, pour y faire quelque séjour, qu'au retour du premier voyage deMarly, ce qui ne sera qu'à la fin de ce mois tout au plus tôt. — Le roi donna ordre au duc d'Aumont de partir ces jours-ci pour Boulogne ; il y a une escadre angloise assez considérable à la mer.

Jeudi 1, jour de la Fête-Dieu j à Versailles. — Le roi, sur les dix heures, alla entendre la grande messe à la paroisse, où l'on fit la procession autour de l'église en dedans ; le vilain temps empêcha qu'on ne fit la grande procession et qu'on ne tendit les J^elles tapisseries de la couronne, comme on fait, depuis le château jusqu'à la paroisse. Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry, Madame et M. le duc d'Orléans étoient dans le carrosse du roi. — 11 arriva un courrier de M. de Villars parti du 31 ; il écrit de Biedling, qui esta dix lieues d'Ulm. Les troupes de M. l'électeur descendent le Danul>e, et l'on dit qu'elles feront le siège de Passau pendant que M. de Villars se tiendra

vers Uliii, où il v;i marcher; M, de Chamarande l'a rejoint et l'on a détaché la brigade d'infanterie de Condé, (|ui joindra l'armée de M. l'électeur. Voici la disposition où Ton iiiaiiilc que sont les armées ennemies en ce payslà : le comte de Schlick est campé avec huit mille hommes sous Passau entre l'Inn et le Danube; le comte de Stiruni est sur le Necker, son armée est présentement de vingt mille hommes ; elle a été fortiliée par quelques troupes des princes du cercle de la basse Saxe. M. de Villars mande que la discipline est grande dans notre armée et qu'il n'y a })lus de maraudeurs.

Vendredi 8, à Versailles. — Le roi donna l'après-dlnée une longue audience au marquis d'AIègre dans son cabinet, et puis S. M. alla se promener à Trianon et revint ici pour le salut, où S. M. va tous les jours durant l'octave. Madame la duchesse de Bourgogne se mit au lit l'après-dinée , et il y a quelque espérance de grossesse ; elle se ménage très-sagement. — M. de Tallard, ne pouvant i)lus trouver de subsistance au delà du Hhin , l'a repassé; il n'a pas voulu attendre que monseigneur le duc de Bourgogne lût arri\ é pour faire ce mouvement-là; ce prince doit être présentement à Strasbourg, et dès qu'il y sera arrivé nous irons camper sur la Lauter. Les armées de Flandre sont toujours dans k^s mêmes camps. Le ï un officier des ennemis demanda à parler sur parole , et insensiblement plusieurs officiers de part et d'auire s'assend)lèrent et on se fit de grandes honnêtetés. — M. de Pontcharlrain eut nouvelle que trentedeux vaisseaux anglois étoient mouillés devant Belle-lsle ; mais il n'y a rien à craindre de ce côté-lA. Belle-lsle est une bonne place; nous y avons un bon b;itaillon et quelques milices. Le gouverneur est galant homme et brave officier, et les ennemis n'ont pas deux mille cin<| «cnts lioiinnes de troupes de déb;ir([U('nM'nt.

Satnctli *.). à ] crsaillcs. — Le roi all;i l'aprês-dintH' se promener à Marly, d'où il ne i'e\int (pi'à l.i nuit. — Le

premier président de Rouen est mort auprès de Paris ; il s'appeloit Montholon. Le premier président de Bordeaux, qui s'appeloit la Tresne, mourut aussi il y a un mois ; ainsi voilà deux places à remplir. — M. de Vendôme devoit passer le 4 le Tartaro à Zelo pour marcher droit à Ostigiia, qu'il veut attaquer. On compte que la place est mal fortifiée du côté du bas Pô ; il n'y a de ce côté-là que des ouvrages de terre, où les ennemis même n'ont travaillé que depuis qu'ils ont vu M. de Vendôme se mettre en marche pour les attaquer par là. Il arriva un courrier de M. de Vaudemont qui n'a pas fait grande diligence, car il partit en même temps que le courrier de M", de Chamillart qu'il avoit envoyé à M. de Vendôme et qui arriva ici mercredi. M. de Vaudemont mande au roi la prise de Final par M. d'Albergotti ; mais il y a quelque chose dans la reddition de ce lieu-là différent de ce que nous en avions appris mercredi. Les ennemis qui étoient dedans, à l'approche de nos troupes , abandonnèrent ce poste , et deux cent cinquante cuirassiers , qui se retirèrent les derniers, furent attaqués rudement; on les tua ou on les prit presque tous. On compte que M. de Vaudemont les attaquera sur la Secchia, pendant que M. de Vendôme attaquera Ostiglia pour séparer leurs forces.

Dimanche 10, à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsdînée avec M. de Chamillart, et après avoir entendu le salut il alla se promener à Trianon. Au sortir du salut, M. de Pontchartrain lui apporta une nouvelle qui lui fit plaisir. M. Rouillé, notre ambassadeur à Lisbonne, avoit mandé à S. M. qu'une flotte marchande de cent voiles, escortée de cinq vaisseaux de guerre hollandois, devoit sortir le 15 de mai de larivière de Lisbonne; sur cet avis, qui s'est trouvé exactement vrai, le roi envoya un courrier au chevalier de Coëtlogon de se hâter de se mettre à la mer avec les cinq vaisseaux qu'il avoit ordre de mener de Brest dans la Méditerranée. S. M. lui mandoit de tâcher de trouver dans sa route cette flotte ennemie et de l'attaquer, ce

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qu'il ;> si bien exécuté que le 22 du mois passé, il trouva cette tlotte marchande en decA, du Portugal ; il att.ujua les cinq vaisseaux de liuerre, en coula un à fond et prit les quatre autres, qu'il a amenés à Cadix. Sur un de ces vaisseaux est le comte de Walstein, ambassadeur de Tempereur en Port ui: al. On îissure aussi qu'on y a trouvé les pierreries, la vaisselle et les papiers de Taniirante, qui songe à se retirer en Hollande , n'ayant pu rien faire en Port ui; al.

Lundi 11, à Versailles. — Le roi prit médecine et tint l'après-dinée le conseil qu'il auroit tenu le matin. — Il arriva le matin un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne, parti de Strasbourg le T au soir. Ce prince y étoit arrivé le 6 et y avoit appris en arrivant que M. de Bade avoit retiré ses troupes de dessus la Lauter. Cette nouvelle fut conlirmée le lendemain à monseigneur 1«' duc de Bourgogne pendant (pi'il étoit à vêpres. Il avoit assisté àla procession du saint-sacrement et à toutes les dévotions de la journée. — Les ennemis ont entièrement évacué Weissem bourg, etn'y ont laissé ni troupes ni munitions. Il n'est resté dans Lauterbourg que deux régiments de hussards; ils ont jeté dans Landau quatre bataillons qui ne fout que douze cents hommes; ilsont rompu leur pont sur le Khin ; ils laissent un petit camp de cavalerie à la hauteur du fort Louis et un autre plus bas vers Pliili[)sl)Ourg. Les troupes hollandoises que le prince Louis a avec lui ne veulent pas s'éloigner du Khin. On ne s;iit pas bien encore si le prince Louis abandonne ses retranchements de Stolhofen; il y a (quelques avis qui portent (ju'il Miaicbe avec (Quelques troupes vers le pays de Wurtcuibrr;.;. Monseigneui' le duc de Bourgogne st-joui'nera le 8 à Strasbourg pour voir la place, et le !> il se mrttra à la trte d<' son armée pour marcher sur la Lauter. — Il arriva un courrier d'Italie paiti du camp de Zelo le, V. M. de Vendôme acheva le 3 dr fain- passer le Tarlaro à toulr sou arnH'c. rt le T» ,-iu pclil point du joui

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il marchera pour s'approcher d'Ostiglia, dont ou espère pouvoir faire le siège , qui ne laissera pus d'avoir quelques difficultés par le peu d'artillerie que nous avons là et par la facilité que les ennemis auront d'y mettre et d'en tirer par leur pont autant de monde qu'ils voudront; cependant, comme M. de Vaudemont doit attaquer les postes qu'ils ont sur la Secchia en même temps que M. de Vendôme attaquera Ostiglia, cette diversion en facilitera vraisemblablement la prise. Il est malaisé qu'une armée aussi faible que celle des Impériaux puisse soutenir ces deux attaques. Ils avoient demandé au cardinal Astalli, légat de Ferrare, le fort de la Stellata, qu'il leur a refusé quoiqu'il leur soit favorable en bien des choses. M. de Vaudemont mande à M. de Vendôme que la plus grande partie de l'armée ennemie est encore entre la Mirandole et Quistello. L'inondation qui les couvre de ce côté-là est presque entièrement desséchée . — Le roi a donné la charge de premier président de Rouen à M. de Pontcarré, le maître des requêtes ; S. M. veut qu'il donne 100,000 francs à la veuve de M. de Montholon, et pour lui aider à payer cette somme il lui accorde un brevet de retenue de 20,000 écus.

Mardi 12, à Versailles. — Le roi donna le matin, après son lever, une assez longue audience à M. le prince de Conty et une ensuite à M. l'archevêque de Rouen ; après quoi il fit entrer le nouvel ambassadeur de Venise , qui lui avoit fait demander une audience secrète. On a su ce soir qu'il avoit fait quelques plaintes au roi de la part de la répubhque , mais d'une manière fort sage et fort respectueuse, dont le roi a été content ; il lui a même répondu très-favorablement. L'après-dinée M. de Chamillart vint chez le roi jet lui apporta des lettres venues par un courrier de M. de Bedmar qui avoit l'air d'un officier et qui étoit accompagné d'un valet de chand)re de Guiscard. Beaucoup de gens ici croient que ce courrier est un officier de l'armée ennemie qui s'est venu rendre

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et <]ui adonné quelques avis importants. Le roi, aprt^savoir expédié M. de Chamillart, travailla jusqu'au salut avec M. Daç-uesseau , et après le salut alla se promener à Trianon. — J'appris (pie le marquis de Charost, cpii lut pris dans la eitadellede Liège et depuis renvoyé à Paris sur sa ])ar()le, avant fait demander })ermission depuis peu à M. de Marlborough de faire la eampai^ne volontaire, ce milordlui avoit fait réponse que non-seulement il le lui pemiettoit, mais qu'il le remettoit en pleine lil)erté, et que tout ee qu'il lui demandoit pour sa rançon, c'est qu'il lui voulût faire llionneur de lui donner (juelque part dans ses bonnes grâces.

Mercredi 13, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'après le salut et alla se promener à Trianon; il a un peu de jioutte, mais il ne laisse pas de marcher. — On a des nouvelles de Sainl-Malo et de Cherbourg qui apprennent des détails du combat de M. de Coëtlogon contre les Hollandois. Non-seulement il a pris ou coulé à fond les cinq vaisseaux de guerre , mais il poursuit encore la Hotte marchande dont nos armateurs ont déjà pris quehpies vaisseaux ; il en est arrivé deux à Cherbourg, qu'on estime 52,000 écus, et un à Saint-Malo. On attend un courrier de M. de Coëtlogon, par qui on saura encore mieux les particularités de cette action-là. — Le roi a choisi Maréchal pour remplir la charge de premier chirurgien vacante par la mort de M. Félix, que S. M. et toute la cour regrettent fort. — On mande de notre armée de Flandre, le soir (hi '.• de ce mois, que les ennemis avoient marché ce jourlà, laissant le ruisseau de Remercourt à leur droite; il p.aroit par leur marche et par l'embanjuement de canon et d(;s mortiers qu'ils ont fait depuis (pielques jours à Liège que leur dessein est d'attaquer Huy. Us campèrent ce jour-là leur droite à Limou et leur gauche à Varfusée; le maréchal de Villeroy, les voyant en marche, marcha aussi; il a porté sa droite à lUeff et sa gauche derrière le village de Houmale. Il a. ;i mille pas de son camp, un très-

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beau champ de Ijataille ; il est dans une plaine , et il ne tient qu'aux ennemis de nous la venir donner ; mais notre situation est si bonne que, s'ils nous attaquent , ils perdront l'avantage du nombre, supposé qu'ils l'aient.

Jeudi 14, à Trianon. — Le roi, qui a un peu de goutte au pied, n'alla point ù la procession du saint-sacrement ni à la paroisse. Monseigneur, monseigneur le duc de Berry et Madame étoient à la procession. Madame la duchesse de Bourgogne, qui n'est point grosse, alla dans son carrosse entendre la grande messe à la paroisse et en revint avec Monseigneur. A six heures du soir toute la maison royale entendit le salut à la chapelle, et puis monta en carrosse pour venir ici, où l'on demeurera jusqu'à mercredi. — On sut au lever du roi à Versailles que le vieux Gourville* étoit mort à Paris subitement; il y avoit longtemps qu'il ne sortoit plus de sa chambre. Il avoitété mêlé dans beaucoup d'affaires ;c' étoit un homme d'un grand sens , et il a laissé des mémoires curieux^ mais qui ne sont point imprimés. — M. le Duc prit congé du roi le matin pour aller à Dijon tenir les États de Bourgogne, M. le Prince n'ayant pas vouluy aller cette année. — On a des lettres d'Anvers qui portent qu'ils ont eu avis, parleurs correspondants de Hollande, que M. l'électeur de Bavière avoit attaqué et défait entièrement le comte Schlick sous Passau; cette nouvelle a besoin de confirmation et est trop considérable pour que le roi ne l'eût point sue par ailleurs.

* Ce Gourville est celui dont il est parlé page 146, et si connu qu'il n'y a rien à en ajouter sinon que depuis plusieurs années il avoit déclaré a ses domestiques qu'il ne laisseroit rien à pas un , mais qu'il leur augmenteroit leurs gages chaque année , et il l'exécuta lidèlement.

Vendredi 15, à Trianon. — Le roi se promena le matin après la messe dans un petit chariot à quatre avec madame la duchesse de Bourgogne , madame de Maintenon et la duchesse duLude. L'après-dinée S. M. alla tirer

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