‹ Journal; (volume 2)Chapitre 13 sur 17 · I.K 16 jriN t · texte numérisé non relu

I.K 16 jriN t

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JUIN 1705. 22t

Vendredi 22, à Marly. — Le roi se promena le matin et l'après-dinée dans ses jardins, mais il fit si vilain temps que sespromenadesfurentfort interrompues. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Il y eut musique le soir, comme ily en atoujoursà tous les voyages de Marly; mais quand ils sont de dix jours la musique n'est que de deux jours l'un. — On mande de Flandre du 19 que nous avons, en deux ou trois petites occasions, battu les ennemis ; que nous avons fait des fourrages à la vue de leurs gardes, sans qu'ils branlassent, et qu'il y a un air de supériorité dans nos troupes quoique nous ne soyons pas si forts qu'eux. — Le roi a donné la charge de premier président de Bordeaux à M. Dalon, qui étoit premier président à Pau. Il paye à la famille de M. de la Tresne les 50,000 écus de brevet de retenue qu'ils avoient sur cette charge. — Il arriva un courrier de Dijon que M. le Duc envoie pour dire au roi que les États de Bourgogne accordent à S. M. tout ce quelle a demandé. — On mande de Pologne que le roi de Suède a fait marcher une partie de ses troupes à Thorn, qu'il en a fait commencer le siège et que le roi de Pologne est résolu de livrer à l'électeur de Brandebourg la ville d'Elbing, n'ayant pas assez de troupes pour y mettre garnison suffisante.

Samedi 23, à Marly. — Le roi se promena le matin et le soir dans ses jardins. — U y a des lettres de Flandre qui portent que M. de Cohorn , le fameux ingénieur des ennemis, a été empoisonné par son cuisinier ; on mande même cette nouvelle au roi. Ce seroit une perte considérable pour les Hollandois. — Avant que le roi sortit l'après-dinée , il donna une longue audience à M. de Louville ,' qu'on renvoie en Espagne ; il doit partir lundi. L'autorité de la princesse des Ursins est grande en ce pays-là, mais on n'en fait point encore revenir M. le cardinal d'Estrées. — Le soir, après la promenade, le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamil- Inrt. — On a des nouvelles de monseigneur le duc de

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Bourj;ogne du 18 du cinn) de Sehlridal. Il fait raser les lig-nes que les ennemis avoient laites sur la Lauter ; mais comme elles sont pi(|uetées, fascinées et clayonnées, c'est un ouvrage difticile à détruire ; mais il ne faut pas plaindre le temps qu'on y emploiera^ car tant que Landau sera aux ennemis'il est capital d'y pouvoir arriver sans trouver aucun obstacle qui en empêche, et s'il «.'sl jamais au roi, il n'est pas moins important d'ôter tout ce qui pourroit servir à bloquer une place aussi considérable.

Dimanche 2i, à Marly. — Le roi tint conseil le matin et se promena toute Faprès-dinée. — On eut des nouvelles d'Italie par l'ordinaire. M. d'Albergotti écrit du canqj de Final du 13 juin que M. de Vaudemont y avoit envoyé un détachement de son armée de mille hommes de pied et huit cents chevaux commandés par le comte de Murçay; ce détachement arriva le 9àSan-Felice. Albergotti se mit en marche le 10 avec huit cents hommes de pied et huit cents chevaux de Final, et joignit le détachement au village de Kivara; il s'avança du côté de la Mirandole voulant faire une diversion pendant que M . de Vendôme devoit attaquer les ennemis du coté d'Ostiglia. Le 11 après midi Albergotti reçut ordre de M. de Vaudemont de renvoyer le détachement deM.de Murçay ; il le lit partir dans le moment, et iit monter à cheval la cavalerie qu'il avoit amenée de Final pour couvrir la marche de M. de Murçay. Les ennemis prirent ce lemps-lA pour nous venir attacpier. Ils avoient assemblé des troupes sous la Mirandole et Cuarentolo , et marchèrent avec ces deux corps et du canon et vinrent attiiquer notre infanterie, qui étoit commandée par M. d'Angennes et par M . de Sebret, qui ont très-bien fait dans cette occasion et qui se sont retirés durant deux milles et n'ont perdu que trois ou quatre, hommes (pioi(pi(î les ennemis fussent beaucoup plus forts (ju'eux F^a cavahîrie ennemie attjiqua la nôtre et (il. plier la gauche; notre droite ne fut point enfoncée

malgré la supériorité des ennemis. Nous avons eu quelques officiers pris, mais dans le milieu des escadrons ennemis où ils étoient entrés. M. d'Albergotti s'est retiré au petit pas à Final sans que les ennemis aient osé l'inquiéter ni le suivre. M. d'Espinclial, mestre de camp de cavalerie, a été tué dans cette occasion. M. de Murçay, qui étoit remarché au secours de M. dWlbergotti, a été fort légèrement blessé et a été fort loué de tout le monde. On ne sait pas bien encore ce que nous avons perdu de cavalerie , mais on croit que cela va bien à trois cents chevaux. M. de Vaudemont a écrit au roi pour lui demander le régiment d'Espinchal pour le fils de M. le duc d'Elbeuf, et le roi lui a accordé sur l'heure.

Lundi 25, à Marly. — Le roi alla l'après-dînée courre le cerf dans son parc, et au retour de la chasse se promena jusqu'à la nuit dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne fut saignée pour se préparer à prendre les bains et les eaux; madame de Maintenon le fut aussi. — Les lettres de notre armée de Flandre sont du 22 et toujours du camp de Saint-Gervallen. Les ennemis sont dans leur même camp aussi; on croit qu'ils vont faire un grand détachement pour l'Allemagne, mais on n'en est pas encore assuré. Ce qu'on avoit dit de la mort du général Cohorn ne s'est pas trouvé véritable. — On ne doute plus ici que M. l'électeur de Bavière ne soit marché dans le Tyrol et qu'il ne se rende maître d'Inspruck et ensuite de Trente. On nous mande même de l'armée d'Italie qu'ils y ont ces nouvelles-là, et ils ajoutent que M. de Vendôme doit faire incessamment un gros détachement de ses troupes qui aura ordre de joindre M. l'électeur vers Trente. — L'abbé de Romecourt est mort ; il avoit une abbaye auprès de Toul et de Verdun qui vaut 12,000 livres de rente. — M. le prince Louis de Bade a marché avec les troupes de l'empereur et des Cercles qu'il avoit dans ses retranchements de Bihel et de Stolhofen, et on ne doute pas qu'il n'ait présente-

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ment joint le comte de Stirnm, (jiii avoit déjà un corps de vingt mille hommes.

Mardi 20. (i Marlij. — I,e roi se promena tout le malin; Monseiiineur lut toujours à la promenade avec lui. Madame la duchesse de Bourgoi^ne alla faire ses dévotions à la paroisse. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures et se promenèrent avec le roi jusqu'à la nuit. Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne et toute la cour étoient à la promenade; ensuite la reine fut enfermée quelque temps avec le roi et madame de Maintenon. Le roi d'Angleterre joua au lansquenet avec Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne , monseigneur le duc de Berry et beaucoup de dames. — 11 a péri un \ aisseau de guerre anglois sur les côtes de Bretagne vers Concarneau et un autre sur les côtes d'Angleterre; ces deux vaisseaux étoient de ceux que l'on avoit vus devant Belle-lsle. Les trente autres vaisseaux de celte Hotte sont retournés dans les ports d'Angleterre. Us font toujours courre le bruit à Londres que leur traité est fait avec le Portugal et que l'envoyé de ce roi étoit allé à Windsor pour faire ratilier ce traité à la reine Anne. Nous croyons ici que cette nouvelle n'a aucun fondement, et il n'y auroit pas d'apparence que l'ambassadeur de l'empereur fût parti de Lisbonne si ce traité avoit été conclu; et nous savons même par les lettres qu'on a reçues de Lislionne qu'on s'y étoit fort réjoui au palais des cincj vaisseaux de guerre hollandois qu'a pris le chevalier de CoCtlogon dans ces mers-là.

Mercredi Ti, à Marhj. — Le roi alla, après sa messe, voir de parfaitement lielles carpes (jue M. le chancelier lui a envoyées de l*ontchartrain. il travailla Taprès-dinée avec M. deChamillart, et un grand orage, qui commença ici à cinq heures, rempècha de se promener le reste de la journée. Monseigneur joua toute la journée avec les dames dans le salon. Madame la duchesse de Bourgogne prit im''(l<'cinr. — Il arri\a Ir s»»ii' un courrier de M. de

Villars; ses lettres sont du 17 de Gimdelfingen sur le Danube entre Ulm et Donawerth. Il mande que M. le prince Louis est arrivé au camp du comte de Stirum qui n'est qu'à dix lieues de nous , et s'est mis à la tête de cette armée qui est présentement de trente mille hommes, car il en a amené du moins dix mille avec lui. Il publie qu'il va marcher droit à M. de Yillars pour l'attaquer; notre armée est aussi forte que la leur ; la seule brigade d'infanterie de Condé en est détachée , et nous y avons douze escadrons des troupes de M. de Bavière; cet électeur marche dans le Tyroi et a déjà pris un château qui est à la tète des délilés. Il attaque présentement Kufstein sur rinn au-dessous d'Inspruck ; il croit que ce siège durera cinq ou six jours, après quoi il se rendra maître d'Inspruck qui n'est point fortifié ; de là il compte de marcher à Trente où apparemment il sera joint par un gros détachement de notre armée d'Italie.

Jeudi 28 , à Marly. — Le roi se promena tout le malin et alla courre le cerf l'après-dinée dans son parc ; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne commença .ses bains; elle entend la messe avec le roi et puis se vient l^aigner dans la chamlire de monseigneur le duc de Bourgogne qui touche à la sienne et demeure une heure au lit après son bain. — Par le courrier qui arriva hier d'Allemagne, qui est un secrétaire de M. de Villars, on apprend que les hussards ont trouvé moyen de pénétrer entre l'Iser et le Danube ; ils sont du moins trois mille. Ils ont pris Cherberg que nous avons vu colonel suisse et que M. de Bavière avoit envoyé de Munich à Augsbourg ; ils ont pris aussi la Billarderie, un de nos mestres de camp que M. de Villars avoit envoyé à S. A. E., et Montigny, officier français et lieutenant-colonel dans les troupes de Bavière. — M. de Simeoni l'aîné est arrivé à Paris; il a passé avec le courrier de M. de Villars. M. l'électeur de Bavière, son maître, l'envoie à M. l'électeur de T. T\. ta

22« JOirRNAL DK DANGEAU.

Coloune, à qui il vhuJ donner le ducht; de Neu!>ourg', en attendu iil quon lui puisse procurer de plus grands détloniniagenients. Siiueoni, au retour de .Naniur où est ce prince, fera quelque séjour ici et puis ira en Espagne envoyé de l'électeur son niaitre ; il a vu l'armée et le camp de M. de Villars et assure que l'on doit souhaiter que le prince de Bade nous y attaque.

Vendredi 29 , à Marly. — On dit au roi à son lever que le comte de Tavannes étoit mort la nuit à Paris; il avoit une des lieutenances de roi de Bourtiogne que le roi donne à son lils, qui est capitaine de cavalerie ; c'est le marquis de Gesvres qui la demandée au roi pour lui. — Le roi, au retour de sa promenade de l'après-dinée , travailla longtemps avec le maréchal de Vauhan. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy parti d'hier à quatre heures du matin. Ce maréchal mande au roi que les ennemis marchèrent la nuit du 26 au 27 et passèrent le Jaar en trois endroits. Le maréchal marcha le 27 à la pointe du jour dès qu'il fut sûr de la marche des ennemis; ils les côtoie toujours; il vint camper ce jour-là à Landenlermé. Il mande qu'il a entendu k la pointe du jour battre la générale dans l'armée des ennemis, mais ils n'étoient pas encore en marche quand le courrier est parti ; on croit toujours que leur dessein est sur Anvers. — M. de Pontchartrain eut nouvelle que M. de Machault, gouverneur général de nos iles de l'Amérique , peu après être arrivé à la iMart inique , avoit détaché Gaharet avec ce qu'il put ramasser de monde en ce pays-là , et l'avoit envoyé à la (iuadeloupe , où les Anglois vouloient s'établir, et y avoit fait descendre trois mille hommes de troupes de (lébar(|uement ; (pion les avoit attacjués et battus. On leur a tué huit cents homuïes, et on les a ohliiiés à se rrmbar(|uer. Le coimuaiidant des troupes angloises (îst devenu aveugle en ce |>a\s-l;\ . ce qui n'a pas peu servi à faire échouer leur e!jlre[)rise.

Samedi 'W . à Marli/. — Le i-oi counil le cei'f Taprès-

dinée dans son parc; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne continue ses bains. — On eut des lettres de Flandre qui portent que M. de Gohorn , avec un corps de sept ou huit mille hommes , avoit forcé nos lignes en trois endroits, et étoit entré dans le pays de Waes, dont il alloit tirer de grandes contributions; que M. d'Opdam, autre général hollandois, étoit à une lieue d'Anvers avec vingt-huit bataillons , et que s'ils entreprennent le siège de cette importante place, les lignes que nous avions faites et qu'ils ont forcées, leur serviroienl à une partie de leur circonvallation. M. le maréchçil de Boufflers a quitté M. le maréchal de Villeroy sur le Demer, et marche avec trente escadrons et trente compagnies de grenadiers ; on croit que c'est pour joindre le corps que commande le marquis de Bedmar et marcher ensuite tous deux ensemble pour attaquer M. d'Opdam. M, de Boufflers a trois lieutenants généraux avec lui ,, qui sont : Gassion , le duc de Villeroy et M. de Baye, qui est des troupes d'Espagne. — M. le coadjuteur de Strasbourg fut élu tout d'une voix à l'Académie françoise, pour remplir la place vacante par la mort de M. Perrault (1).

(1) Tout Paris a connu l'abbé de Chaulieu , liomme tl'un commerce aimable et dont les poésies sont ingénieuses, faciles, originales, à la morale près qui est celle d'Épicure. H se mit en tête d'être de l'Académie , et il engagea feu M. le Duc à solliciter en sa faveur. Par où il avoit déplu à M. de Tourreil , c'est ce que je ne sais point ; mais le fait est que M. de Tourreil , alors directeur de l'Académie, voulant annéantir la brigue de l'abbé de Cbaulieu, le propre jour <le l'élection, déclara que M. de Lamoignon se mettoit sur les rangs. Au seul nom de ce magistrat, qui étoit d'un mérite supérieur, à le prendre même dans la splière d'un homme de lettres , toute la compagnie se tourna de son côté, mais le soir même qu'il fut élu , M. le Duc lui envoya demander seciètement et avec instance de remercier, comptant que l'Académie seroit par là obligée de revenir à ral)bé de Chaulieu. On sut le refus de M. de Lamoignon sans que la cause en frtt connue de personne. Le roi, pour empêcher le mauvais effet que cela pourroit faire pour l'Académie , jeta les yeux sur M. le coadjuteur de Strasbourg. Il partoit pour l'Alsace; il avoit pris congé «lu roi : la veille de son départ le roi lui envoya dire par un secrétaire d'Étal qu'il souhaitoit qu'il

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M. de Lamoignon avoit ('lé choisi il y a (juelques jours pour cela, mais il a eu des raisons particulières qui l'ont enipéclié d'accepter la place à laquelle on l'avoit nommé. Il a écrit à l'Académie une lettre très-honnéte pour la remercier de l'honneur qu'elle lui avoit fait et pour s'excuser de ne le point accepter.

Dimanche \" juillet, à Marlxj. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire; il fut fort long, et ne finit (pi'à une heure et demie. L'après-dlnée, il travailla avec M. de Chamillart, comme il fait tous les dimanches. — On a prorogé jusqu'au 1'' d'août la diminution des monnoies d'or et d'argent. — 11 arriva un courrier de M. de Puysieux , notre ambassadeur en Suisse , qui apporta des lettres (jue M. de Villars avoit fait passer à Schaffouse par un paysan. Ce maréchal est toujours à Gundeltingen sur le Danube, entre Tlm et Donawerth ; ses lettres sont du 22. 11 mande que le bruit de l'armée du prince de Bade est qu'ils le doivent attaquer le 23 ; son camp est si bon qu'ils les y attendra tranquillement. Il lui seroit aisé de repasser le Danube s'il vouloit éviter le combat, mais bien loin de l'éviter , il le souhaite. 11 a eu des nouvelles de M. de Bavière, qui par un bonheur étonnant a pris le château de Kufstein en deux heures. Le gouverneur de cette place, se voyant investi , mit le feu au faubourg ; le feu se communiqua à la ville , et l'horrible fumée que fit cet embrasement couvrit tout le château. Un ingénieur francois jugea que c'étoit un temps favorable pour surprendre la place; le commandant de la brigade de Bourbon détacha les grenadiers de sa brigade, qui, avec beaucoup d'intrépidité et se portant les uns les autres, montèrent sur les murailles du chAteau et s'en rendirent les maîtres sans y perdre un seul homme. Bien n'enipéche plus cet électeur de marcher à Inspruck ; il y a encore

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