TOURNAT, DK DANGKAT
(lùnio iil altaquer \o. 7, par M. (h* (ioas, l)rieadier(ir tlraîions, h' village de Ravazan, qui étoit occupé par cent soixante hommes des ennemis; on leur en a tué quatrevingts, parmi lesquels étoit leur commandant ; on leur en a pris soixante. L'action s'est exécutée fort heureusement, et nous n'y avons quasi perdu personne. Le village de Kavazan est en deoj\ de l'Adige, au-dessus du village de Mauri , dont nous nous rendîmes maîtres il y a quelques jours.
Dimanche 19, à Versailles. — Le roi, après son dîner, admit la maison de ville de Paris à l'audience, comme cela se l'ait tous les ans. M. de Martangis le tils, maître des requêtes, présenta le scrutin pour l'élection des nouveaux échevins. Le roi travailla ensuite, depuis trois heures jusqu'à cinq, avec M. deChamillartet pTiis alla tirer. .Monseigneur alla coucher à Villeneuve-Sainl-(ieorges pour revenir demain à, Meudon, où il attendra le roi, qui y doit aller mercredi pour y passer le reste de la semaine. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions à la paroisse, dans la chapelle de la maison des Missionnaires. — Le roi d'Espagne envoie la Toison à M. le maréchal de Boufflers. — On a des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du iode ce mois, du camp deRiegie, dans la plaine de Weil. M. de Marsin avoit marché à Fribourg comme pour l'investir, et le gouverneur de cette place, se croyant assiégé brûla ses faubourgs et quelques villages près de sa place; le gouverneur de Brisach lui envoya trois ou quatre cents hommes de a garnison et solxantn canonniers. Le soir du même jour Marsin retomba sur Brisach et l'investit; on compte qu'il n'y a que deux mille cinq cents hommes dedans; on prépare toutes choses pour l'ouverhin^ de la tranchée qu'on esj>ère pouvoir faire le lî>, (|iii est aujourd'hui. — Madam»^ a une lièvre très-violente et demeure ferme à ne point vouloir se faiie saigner.
fAnidiH), à Versailles. — Le roi prit médecine el travailla (hipuis onze heures jusqu'à midi avec iM. P<'Ilefier.
madame In duchesse de Bourgogne Talla voir avant et après la messe. L'après-dinée le roi tint conseil jusqu'à sept heures du soir. Madame la duchesse de Bourgogne, avant que diner, alla chez Madame, qui a la fièvre continue depuis vendredi et qui a même eu un redoublement cette nuit. — 11 arriva deux courriers l'après-dinée. l'un de M. de Vendôme, parti le 13. Nous avons pris la ville d'Arco et la première enceinte du château, dont on espère être maître dans peu de jours. On n'a point encore de nouvelles de M. de Bavière. L'autre courrier est de monseigneur le duc de Bourgogne, qui mande du 17 qu'il ouvrira la tranchée le 19; M. le maréchal de Vauban y est arrivé. — M. des Moulineaux, capitaine aux gardes, épouse la fille de M. de Lavaugade, gouverneur d'Oléron, âgé de quatre-vingt-cinq ans , et le roi donne au marié la survivance de ce gouvernement, — Le courrier de M. de Vendôme dit que son maître en reconnoissant le château d'Arco avoit pensé être emporté d'un coup de canon qui donna dans un olivier sous lequel il étoit. — Le courrier de monseigneur le duc de Bourgogne dit que dans Brisach on manque d'argent et de ce qu'il faut pour soutenir un siège.
Mardi 21, à Versailles. — Le roi donna audience le matin dans son cabinet à l'ambassadeur de Savoie , et S. M. fit sortir tout le monde de son cabinet. Cet ambassadeur, en sortant de là, parut un peu consterné; il persiste à dire qu'il veut qu'on lui fasse couper le cou si les bruits qu'on répand de son maître sont vrais. — Le roi alla l'après-dînée àMarly, et au retour alla chez Madame, qui a toujours une fièvre assez violente. S. M. entra ensuite chez madame la duchesse d'Orléans. — Par le courrier du cardinal d'Estrées, qui vint apporter la nouvelle de l'arrivée de la flotte ennemie sur les côtes de Portugal, on sut que cette éminence souhaitoit de revenir. On a fait repartir le courrier qui lui porte son congé, et on envoie les patentes d'aml)assadeur à l'abbé d'Estrées. On
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fait revenir plusieurs François de ceux qui étoient en Espagne. — On a plusieurs avis que Monasterol , lieutenant général des troupes de Bavière, étoit entré dans la Boh«>me par le haut Palatinat, et qu'il s'y étoit déjà rendu maître de quatre villes. On assure aussi que le prince Ragotski étoit en Hongrie à la tète de neuf mille révoltés et que (juatre comtés se sont déjà soulevés pour lui . — On mande de Hollande que plusieurs villes se sont révoltées, entre autres l treclit et Amersfort, à cause des grands impôts et de l'interdiction du commerce. Les ennemis ont été obligés de détacher quelques troupes de leur grande armée avec du canon ; le peuple de la Haye a pillé la maison du baron d'Opdam.
Mercredi 2*2, àMeudun. — Le roi travailla l'aprèsdlnée avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures , et vint ensuite ici, où madame la duchesse de Bourgogne étoit déjà arrivée ; elle avoit été avant que de partir voir Madame, qui a toujours la fièvre. AI. le duc d'Orléans e.st demeuré auprès d'elle à Versailles parce que son mal augmente. — On n'a point de nouvelles sûres de M. de Bavière, mais le bruit court qu'il retourne en son pays pour aller joindre M. de Villars. — Madame Frémont, mère de la maréchale de Lorges , mourut subitement à Paris, et on ne croitpas que cela rende le procès de M. de Lauzun avec la famille plus aisé à linir. — Le roi donna hier 'i.,000 francs de pension d'augmentation à la duchesse de la Ferlé ; elle en avoit déjà six, elle en a dix présentement. — Le dernier courrier du maréchal de Villeroy apporte des propositions de continuer les lignes depuis la .Mehaigne jusqu'à la Meuse ])0ur couvrir Namm*. Les eun<imis qui assiègent Huy u'avoient p;us encore leur canon en batterie le 19. — Le nonce dit hier à Versailles tju'll avoit reçu une lettre du nonce qui est à Vienne, qui lui mande que les nouvelles de Ragotslvi sont vraies et qu'il y a beaucoup de mouvenientii en Transylvanie. — Le pauv re M . du Héron est mortde ses l)lessures.
Jeudi 23^ à Meudon. — L«i roi se promena le matin dans les jardins avec Monseigneur. Il travailla l'aprèsdlnée avec M. de Pontchartrain durant trois heures , et puis le soir il se promena avec madame la duchesse de Bourgogne dans les petites calèches; presque toutes les dames étoient à la promenade. — Les états de Languedoc eurent hier à Versailles audience du roi ; l'évêque d'Uzès porta la parole et sa harangue fut fort louée. — Toutes les nouvelles qu'on a de M. de Bavière par la Suisse portent que S. A. E. avoit trouvé des difficultés plus grandes qu'il n' avoit cru pour aller jusqu'à Trente, parce que la noblesse et les peuples du pays avoient tous pris les armes, et s' étoient joints à quelques troupes réglées de l'empereur; qu'il y avoit eu plusieurs combats où l'électeur avoit toujours eu l'avantage, mais que, craignant , s'il s'engageoit plus avant, qu'ils ne lui ôtassent la communication avec son pays , il avoit pris le parti de remarcher en arrière et qu'il alloit rejoindre M. de Villars, ce qu'on croyoitfait présentement. Par les lettres qu'on a eues de ce maréchal on apprend que l'avantage qu'a remporté M. de Légal sur le comte de la Tour étoit encore plus considérable qu on ne i'avoit dit d'abord ; il a envoyé à Munich onze étendards pris sur les ennemis en cette occasion . — Le prince Christian, frère du duc d'Hanovre, s'est noyé en voulant repasser le Danube.
Vendredi 24, à Meudon. — Le roi se promena t^jut le matin en calèche, Monseigneur toujours ù cheval auprès du lui. M. le duc d'Orléans vint de Versailles dîner avec S. M. et lui dit que Madame étoit un peu mieux, que la nuit avoit été assez douce, mais que cependant elle avoit toujours la fièvre. Le roi alla tirer l'aprèsdinée, et ne se promena point au retour. — Il arriva des lettres de Dunkerque, qui portent que le sieur de Saint^Pol avoit fait dans les mers du Nord une seconde expédition à peu près pareille à celle qu'il fit le mois passé au nord d'Ecosse ; qu'il avoit pris cent cinquante
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I)ikhes df» la pèche «le la Kaleint' «•! Irois vaisseaux de guerre qui les escorloienl : on en alleinl la eonfirmatioii. — M. de CliAteauueul", (lui va anihassadeiir en Portugal, est arrivé à Madrid et a ordre de continuer son voyage à Lisbonne le plus diligemment qu'il pourra. Le roi d'Espagne rappelle le prince de Tzercla^^s de Flandre et lui donne le conniiandement de son armée en Espagne; M. de Praconital commandera le corps que eommandoit M. de Tzerclaës par delà la Meuse. — Par les lettres de M. le maréchal de Villeroy du 21 on apprend que les ennemis ouvi'irent le 20 la tranchée devant \i' fort Saint-Joseph, (pTil tant prendre avant que (i'allaqner le château de Huy; c'est Milon qui commande dans Huy et «pii est un otlicier de réputation.
Samedi 25, à Versailles. — Le roi partit de Meudon à trois heures, chassa en chemin et n'arriva ici qu'à sept; en arrivant il alla chez Madame, qui étoit un peu mieux le soir. Monseigneur est demeuré à Meudon, où il sera encore (pielques jours. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc deBerry ne partirent de Meudon qu'à neuf heures , et arrivèrent ici au souper du roi. — Les lettres de Vienne et de Batisbonne portent que les mécontents de Hongrie grossissent tous les jours et qu'ils ont passé laTheiss prenant la route d'Agria. — Les lettres de Lisbonne du G assurent que tout y est tranquille, qu'on n y fait aucunes levées de troupes et qu'on n'y attend point rarchiduc cette année. — La frégate du roi I imphilrile , arrivée de la Chine pour le compte delà compagnie qui est à Paris, a été vingt-sept mois à faire sa traversée et n a perdu cpie huit hommes; sa cargaison est estimée deux millions — M. de Moria, capitaine de caraliiniers, aide de camp de M. de Vendôme, arriva à onze heures du soir; M. de Chauiillart étoit couché, il •-»• rel(\a et amena 1 officier au roi. I! jmmIc la n(»uvelle que le chùteau d'Arro s'i'-toil icndu: le gctnverneur et la .L:arnison sont pi'isoniiiers de ;:u<'i it
Dimanche 26, à Versailles. — Le roi tint conseil d'État le matin à son ordinaire; Monseigneur y vint de Meudon, où il retourna dineret où il demeurera jusqu'à jeudi. Le roi après son dîner travailla avec M. de Chamillart, et alla ensuite se promener à Trianon , et au retour alla voir Madame^ qui a toujours la fièvre aussi forte; elle l'ut saignée le matin ; elle a ea beaucoup de peine à s'y résoudre ^ elles médecins craignent qu'elle ne s'y soit résolue trop tard. — Le roi dit hier à son coucher qu'on n'avait jamais vu de capitulation semblable à celle d'x\rco. Elle commence par ces mots : te Nous supplions S. A. monseigneur le duc de Vendôme de nous prendre prisonniers de guerre^ etc. » Dès que la place fut rendue, M. de Vendôme détacha M. de Senneterre pour aller occuper un pont qui n'en est qu'à trois milles et qui lui ouvre le chemin sans aucune difficulté jusqu'à Trente. — Le roi assure à madame la duchesse d'Aumont, après la mort de M. son mari, une pension de 10,000 francs que les peuples du Boulonnois donnent au duc d'Aumont depuis quelque temps. — Le bruit se répand que la reine d'Espagne est grosse.
Lundi 27, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dinée avec M. Pelletier; sur les cinq heures il alla tirer, et au retour alla voir Madame, qui étoit un peu mieux le soir. Madame la duchesse de Bourgogne au retour de la messe alla chez Madame ; le soir elle alla se promener à la Ménagerie, d'où elle ne revint que pour le souper du roi. — M. de Lanquetot , capitaine de vaisseau , qui étoit avec M. de Saint-PoletxM. de la Luzerne, aapporté la confirmation et le détail de la prise des trois vaisseaux hollandois qui escortoient les deux cents barques de pêcheurs de harengs, dont plus de cent soixante ont été brûlées. — Par des lettres de Londres, venues en Hollande, on mande que le parlement d'Ecosse, au sujet de l'acte pour la succession, a déclaré qu'en cas de mort de la reine ils ne veulent point pour roi celui qui le sera d'Angleterre. —
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On écrit d'iUlemagne qiio M. l'électeur de Bavière est entre Mittval et Inspruck à Sefeld, qu'il fait fortifler. — M. 1 evêque de Meaux est ici considérablement malade et devoit cette nuit recevoir tous ses sacrements. — On a pris dans Arco le lieutenant-colonel de Nigrelli , quatre capitaines, sept drapeaux , vingt pièces de canon et six cents soldats.
Mardi 28, à Versailles. — Le roi alla raprès-dlnéc A Marly et n'en revint qu'à la nuit; au retour il alla chez Madame, qui est beaucoup mieux. Madame la duchesse de Bourgogne, au retour de la messe, alla chez Madame, et l'après-dinée elle alla avec monseigneur le duc de Berry à Meudon voir Monseigneur, d'où ils ne revinrent que pour le souper du roi, — Il arriva le soir un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne; la tranchée est ouverte devant Brisach du 23. Ce prince voulut être à l'ouverture de la tranchée et y demeura jusqu'à onze heures du soir. — Le bruit court que M. de Savoie a renouvelé son traité avec le roi moyennant 10,000 écus par mois d'augmentation de subsides; il donnera un régiment de dragons de plus. Ce prince étoit fort mortifié des bruits qu'on a fait courir sur sa conduite, et on assure qu'il a envoyé à S. M. le mémoire des propositions qui lui ont été faites par les ennemis. — Le bruit court aussi que le duc de Cadaval , qui a toujours été affectionné à la France, a repris son crédit auprès du roi de Portugal et lui a fait de grandes remontrances sur ses nouveaux engagements. S. M. Portugaise lui a demandé (juel remède on y pouvoil apportei-, i\u'\\ voyoit bien (ju Ou Tavoil trompé; on espère ici qu'il renoncera à son uouveiiii trail/' pour reprendre la neutralité.
Mercredi 29, à Versailles. — Le roi ne sortit (ju'à cinq heures; il alla dans sa calèche avec madame la duchesse de Bourgogne chez M. Mansarl, voir la galerie où soutles tableaux du roi; de là à la Ménagerie, d'où ils revinrent à sept heures. La santé de Madame va de mieux en
mieux, cependant elle a encore son mal degoi'geet fait encore du sang'. — Il arriva hier au soir un courrier de M. le maréchal de Villeroy, qui apporta la nouvelle que le château de Huy s'étoit rendu le 25 au soir, la garnison prisonnière de guerre; elle étoit composée des régiments de Harrois et de Sanzay; les deux forts qui étoient devant le château avoient été pris dès le 23 : on les appelle le fort Picard et le fort Saint-Joseph. — On a su par des avis certains que M. l'électeur de Bavière et M. de Vendôme avoient eu des nouvelles l'un de l'autre, que leurs mesures étoient prises pour la jonction. M. l'électeur, qui a passé le mont Brenner, prie M. de Vendôme de s'avancer jusqu'à Brixen. — On mande que le comte de Tunghen ne laissoit que cinq mille hommes dans les retranchements de Stolhofen. et marchoit avec le reste de ses troupes pour joindre M. le prince de Bade. — On mande de Bude , capitale de Hongrie , que le parti des mécontents se fortifie fort et qu'on est fort alarmé en ce pays-là; on croit que les mécontents sont soutenus par les Transylvains.
Jeudi 30, à Versailles. — Le roi alla se promener l'après-dinée à Trianon. Monseigneur alla de Meudon coucher à Villeneuve-Saint-Georges. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent dîner à Paris chez madame la duchesse du Lude ; après le dîner ils allèrent aux Capucins tenir une cloche. Madame d'Armagnac leur" donna une grande collation; ensuite ils allèrent se promener aux Tuileries, puis revinrent ici pour le souper du roi. — 11 n'est point vrai ([ne M. du Héron soit mort de ses blessures, comme on l'avoit mandé; au contraire, il se porte beaucoup mieux f=t a été fait maréchal de camp. M. de Légal a été fait lieutenant général. — Le P. Daubanton, confesseur du roi d'Espagne , mande que la reine est grosse ; c'est une confirmation des bruits qui coiu'oient déjà. — On eut des lettres du camp de devant Brisach du 25.
280 lOlJHIV VI- Dt l3A^GKA.lJ.
.M. (le Maisiii coimiit' licutciicint f;riu''i'al . Sailly coinnic maréchal de c<«mp ouvrirent la tranchée la nuit du 23 au 24, le long- de la digue du haut Rhin , avec les trois bataillons de Navarre, à la demi-portée du canon de la place; la tranchée tut poussée jusqu'à la demiportée de fusil. La nuit du '2ï au 25 les ot'iiciers généraux l'urcjit relevés par MM. de Laui)anie, de Flamanville et de Polignac; les quatre bataillons du régiment du roi relevèrent le régiment de Navarre; il a perdu fort peu de monde durant ces deux jours.
Vendredi 31, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla ensuite à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne alla à la Ménagerie et pécha ensuite dans le canal. Madame n'a plus de lièvre, elle a encore un grand mal de gorge; M. Fagon croit que sa maladie sera longue. Monseigneur revint de Meudon — Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse, qui l'a laissé aux îles d'Hyères; il va chercher l'amiral Shouel et tâcher à le combattre; on compte qu'il a passé le détroit le 17. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti le 24 du camp de Sarca, cpii n'est plus qu'à deux lieues de Trente; les ennemis ont abandonné les châteaux de Tobelino avec des retranchements qu'ils avoient à Sarca, (jui nous auroient [ui retarder longtemps ; l'épouvante est grande dans loiil le pays. Poligny, capitaine des grenadiers de Lyonnois, attaqua ces jours passés sept cents paysans et soixante grenadiers des ennemis, retranchés sur une montag-ne; ils les força et en tua l)eancoup. M. de Bissy, maréchal de e;inn», est demeuré dans nos denières avec quatre ba- (iiillons pour assurer notre communication avec le hic (le r.arde. On ne ei'oif [)as «jue Trente se (h'-fende, et l'on conqjtc déjà d'en faire cet hiver le quartier général. — Les lettres de M. le maréchal de Villeroy du eamp de N assége du 28 portent qu(; la lignt; ]»our couvrir NalU'M' .ilhril (''li'c ;uliev(''e. M. le Miaivjuis de lledniar a
chassé du pays de Waes les troupes des ennemis qui y étoient demeurées et les a obligées de se retirer derrière Hulst.
Samedi 1" septembre, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Madame la duchesse de Bourgogne alla le soir faire collation à la Ménagerie et puis revint ici se promener sur les terrasses du parterre jusqu'à neuf heures. — Il arriva un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne du camp de devant Brisach. La nuit du 25 au 26 la tranchée fut relevée par M. de Locmaria; les ennemis tirèrent beaucoup sans tuer ni Ijlesser quasi personne. Monseigneur le duc de Bourgogne monta à cheval à neuf heures du matin, alla à la tranchée, où il demeura jusqu'à une heure après midi; elle n'étoit plus qu'à la portée du pistolet de l 'avant-fossé ; la nuit du 26 au 27 la tranchée fut relevée par M. de Zurlauben ; les assiégés firent une sortie , jetèrent quelques grenades sur nos travailleurs ; mais ils furent repoussés fort vite^ et nous n'y perdîmes personne. Nous avons présentement dix pièces de canon et huit mortiers dans File qui tirent continuellement, et une autre batterie de huit pièces sur le bord de l' avant-fossé. Les officiers considéraliles de notre armée mandent à M. de Chamillart qu'ils croient que la place sera prise le 5 de ce mois. — M. de Vaudemont mande qu'il vient des déserteurs en foule de l'armée de M. de Staremberg , qui assurent que leurs troupes ne sont point payées, qu'elles manquent de tout et que l'air de leur camp est très-mauvais.
Dimanche 2, à Versatiles. — Le roi travailla avec M. de Chamillart l'après-dinée jusqu'à quatre heures et puis alla tirer dans son parc. Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne , après la messe , allèrent chez Madame, qui se porte de mieux en mieux. L'après-dinée Monseigneur alla se promener à ChavUle avec madame la princesse de Conty. Madame la duchesse de Bourgogne
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alla H vêpres et au salut, et puis se promena à pied dans les jardins. Madame de Maintenon eut encore un peu de lièvre la nuit. — Les lettres de devant Brisach , du ^8. marijuent que les assiéfi;és se défendent lort mollement, et il n'y a pei^onne dans notre armée qui ne croie ([ue la place sera prise avant le 10. — M. d'Avaux vend la charg-e de prévôt et maître des cérémonies de l'Ordre à M. le président deMesmes,son neveu; il la lui donne pour 100,000 francs, quoiqu'elle lui eût coûté davantage. Le roi donne à M. d'Avaux un brevet pour port«'r toujours le cordon.* — Les ennemis en Flandre ne font aucun mouvement depuis la prise de Huy. Il paroit que l'on n'est pas content ici de la défense qu'a fait* le gouverneur. Le maréchal de Villeroy achève de perfectionner la ligne qu'il a faite depuis la Mehaigne juscpi'à la Meuse pour couvrir Namur; il croit qu'il seroit à propos de raser le cliAteau de Dinanl , qui ne seroit pas en état de se défendre ; on attendra pour cela le consentement de M. l'électeur de Cologne.
* Ces râpés du Saiut- Esprit (l), comme on les appolli* en dérision , et ces vétérances, comme disent ceux qui les ont, ou qui en sont susceptibles, sont un abus tout à fait rare en toutes ses parties. Il est inconnu par les statuts et vrais, et premiers, et derniers, et altérés, et ne se soutient que par d'autres abus encore |)liis étranges. Voici comme cela se fait Vn des quatre ofliciers commandeurs de l'Ordre qui vend sa charge en donne sa démission , et obtient en même temps un brevet de promesse d'être fait chevalier de l'Ordre à la première promotion et, en attendant, de continuer à porter l'Ordre. Or cette promesse est à condition de n'être point effectuée. Il n'y a point d'exemple qu'elle l'ait jamais été; et ceux de cette condition qui ne sont [loint gens d'épée, mais de robe ou de |)lume. sont par cela même incapables d'être che\nliers de l'Ordre. De cet abus un autre. Tin of/icier vend, mais au lieu du vrai acquéreur, quelqu'un que le roi veut bien gratifier se présente entre deux, et fait un contrat d'acquisition simulé, en vertu duquel il prête serment et reçoit lcc(»rdnn bleu ruissilôt après. On lui expédie le bre-
I) Viiir I adiiilion «lu .> mai l7oe mu Ia ri>(^mc Mijct; loiiif VU, pa^e 304.
vet dont on vient de parler, et il fait un contrat de vente simulé au véritable acquéreur, qui paye au premier vendeur, prête serment et reçoit le cordon bleu ; de façou qu'il n"en coûte rien à celui d'entre deux que payer le serment et le notaire , et cet entre-deux s'est ainsi multiplié à deux et à trois tout à la fois sur la même charge. Ce brevet de promesse de l'Ordre est imite de l'ancien usage de faire des promotions. Quand il y avoit dos colliers vacants que le roi vouloit remplir en tout ou en partie, le roi disoit au chapitre le nombre où il vouloit s'arrêter et présentoit ime liste du double de ce nombre. Les chevaliers donnoient leur voix, et la pluralité faisoit la promotion tirée de cette liste. Ceux qui étoifnt dessus et qui n'avoient pas eu la pluralité n'étoient point chevaliers de l'Ordre , et il n'y a presque point d'exemple qu'aucuns de ceux-là y soient revenus dans la suite; mais pour les consoler on leur expédioit un brevet de promesse de l'Ordre à la première promotion; et ce sont ces sortes de brevets qu'on a montrés depuis pour faire accroire aux gens peu instruits qu'on avoit eu dans sa famille un chevalier de l'Ordre nommé, mais mort avant d'avoir pu l'être, et qu'on leur a donné ce vain titre dans les leurs. La fin de Henri IV intervertit cette façon de faire les promotions, qui peu à peu est tombée en oubli , et les chapitres en peinture tels qu'on les voit aujourd'hui ; mais ce qui a achevé d'y mettre le désordre tel qu'il y est depuis le milieu du dernier règne , c'est le crédit des ministres qui n'ont pas voulu se détacher des charges de l'Ordre , et qui n'ont pu souffrir d'être debout et découverts au bas bout de la table, où le chancelier de l'Ordre, seul d'entre eux, étoit assis et couvert, ce qui lui vint de M. de Cheverny, premier chancelier de l'Ordre et alors depuis longtemps chancelier de France , et les chevaliers assis et couverts le long de la table des deux côtés , le roi seul au haut bout , moyennant quoi il n'y a plus ni ordre, ni opinion , ni personne assis , encore moins couvert , pas même le roi. C'est encore la même raison qui a banni le repas que le roi faisoit avec les chevaliers après chaque cérémonie en séance de réfectoire, où le chancelier de l'Ordre étoit admis après le dernier chevalier, taudis que les trois autres grands officiers mangeoient dans une salle à part avec les petits officiers de l'Ordre, et à la même table. Tout cela a donc fait une sorte d'égalité entre les chevaliers et les officiers, lestp^iels peu à peu ont changé le cordon bleu qui entouroit leurs armes en colliers comme les chevaliers , à qui leur autorité de ministres l'a fait souffrir et laissé tourner en usage. Depuis, >DI. de la Vrillière, (^olbert et quelques autres ont été représentés sui" leurs tombeaux avec le grand manteau et le collier de l'Ordre, tout comme des véritables chevaliers. Ils n'ont pu encore arriver à la parité du grand manteau, nia porter le collier; en attendant ils ont pris pour la première fois que cela se soit vu des bouquets de plumes des le commence-
2«4 JOl'RIVAI- 1)K nA>GK, VU
niput des cérémonies de l'Ordre sons le roi dniijourd'hui. Ce qu lisent fiiit de plus solide a été de se rendre maîtres indépendants et absolus des deniers de l'Ordre et du marc d'or.
Lundi 3, à Mnrly. — Le roi travailla l'aprôs-fllnée avec M. Pelletier, et puis partit de Versailles pour venir ici. Madame la duchesse de Bourgogne, au sortir de la messe, alla voir Madame, qui a encore mal à la gorge; on doute même qu'elle puisse être du voyage de Fontainebleau. — On a reçu quelques lettres du 20 du moig passé , de quelques ofticiers qui sont dans l'armée de M. de Villars, qui mandent seulement que tout va bien ; ce sont des lettres hasardées où on ne mande rien de considérable. — M. de Vendôme étoit campé le 24 au pont de la Sarca à neuf milles de Trente. On travaille à refaire le pont que les ennemis ont rompu , et on espéroit que le soir de ce jour-là il seroit en état qu'on y pourroit faire passer le canon. M. de Vendôme devoit le lendemain marcherai! château de Toblino, dont Imécourt, ([ui avoit marché de l'autre côté de la rivière, s'étoit saisi dès le 22, après avoir rasé trois retranchements que les ennemis avoient l'un sur l'autre auprès de ce château , et qu'on ne comprend pas que les ennemis aient abandonné. M. de Vendôme y va étal)lir ses magasins et ses fours. — On continue à assurer que M. de Savoie a refait un nouveau traité avec le roi, et qu'il nous donne un régiment de dragons de mille hommes et le meilleur qu'il ait dans ses troupes ; cependant il y a encore des gens qui en doutent.
Mardi V, à Matif/. — Le roi, après la messe, (il entrer dans son appartement le prince de TzerclaCs ; M. de Torcy le conduisoit. Il fut près de deux heures avec vS. M. 11 va en Espagne commander les troupes de vS. M. Catholique. — Le roi alla courre le cerf l'après-dinée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa ealèehe ; Monseigneur et monseigneur le duc i\v Berry étoient à la chasse. — Le roi a reçu des lettres du 29, de
SEPTEMBRK l'Or.. 285:
devant Brisach ; il a dit que tout y alloit à merveille, que nos gens étoient sur le glacis de l'avant-fossé, où il n'y a que deux pieds d'eau , que les assiégés ayant fait une sortie, nos travailleurs, qui étoient du régimentdu roi, au lieu de prendre la fuite, avoientjeté leurs pioches ets'étoient saisis d'armes qu'ils avoient trouvées dans la tranchée, et qu'ils avoient repoussé les ennemis jusque dans le chemin couvert. — Il arriva un courrier de M. lecomte de Toulouse. Ce prince a vingt-quatre vaisseaux, sur lesquels il a dix-neuf cents pièces de canon ; les galères de Marseille l'ont joint; il attend celles dEspagne et de Messine. 11 doit être renforcé par dix vaisseaux de ligne, commandés par la Harteloire, qui ne passera néanmoins le détroit que quand les flottes angloises et hollandoises l'auront passé. — On commença hier à Meudon à ouvrir le prétendu trésor ; l'invalide persiste et ne varie point dans tous ses récits (1).
Mercredi 5, à Marly. — Le roi tint conseil le matin , et il fut plus long qu'à l'ordinaire. L'après-dlnée il travailla avec M. de Chamillart, et puis alla se promener dans ses jardins ; madame la duchesse de Bourgogne le suivit à la promenade, — Il arriva un courrier de M. de Vendôme; ses lettres sont du 29 août, du camp de Resano. M. de Vendôme a envoyé M. de Bezons s'aboucher avec M. de Vaudemont à Mantoue, et il est retourné joindre M. de Vendôme. On ne sait rien de certain de M. de Bavière; les avis qu'on en reçoit sont très-différents ; les uns assurent qu'il a passé le Brenner et qu'il joindra M. de Vendôme à Bolsano ; les autres avis qu'on a
(1) Le besoin d'argent, « dit Saint-Simon, rtt prêter l'oreille à un invalide qui prétendit avoir travaillé autrefois à faire à Mendon une cache [iourungros trésor du temps de M. de Loiivois. 11 y fouilla donc et longtemps et en plusieurs endroits , maintenant toujouis qu'il la trouveroit. On en fut pour la dépense lie raccommoder ce qu'il avoit gâté et pour la honte d'avoir sérieusement ajouté foi à cela. . {Mrmoirps du duc de Saint-Simon publiés par M. Chéruel.)
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par la Suisse poi'tent qu'il a abaudoiin*^ presque toutes ses conquêtes du Typol . et «ju'il est retourné à Munich.
— Les troupes des int^contents de Hongrie grossissent tous les joui's; ils se rendent maîtres de beaucoup de petites villes, et quelques seigneurs de ce pays-là se sont joints au prince Rag^otski. — Madame, qui est demeurée A Versailles, a encore un jieu de lièvre ; elle est trrs-affligée de la mort d un des princes d'Hanovre, fils de madame d'Hanovre, sa tante, qui est appelée à la succession de la couronne d'Angleterre. — M. l'électeur de Cologne a consenti et a approuvé qu'on rasât le château de Dinant. M. le prince Louis do Bade a laissé vingt mille hommes bien retranchés devant M. de Villars et remonte le Danube avec le reste de ses troupes.
Jeudi 6, à Marly. — Le roi se promena tout le matin. L'après-dlnée , sur les cinq heures, le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent ; le roi les mena d'abord dans son cabinet , et puis les mena à la promenade, au retour de laquelle ils entrèrent encore dans le cabinet du roi ; puis le roi d'Angleterre joua dans le salon , et la reine d'Angleterre passa chez madame de Maintenon, et à huit heures LIj. MM. BB. retournèrent à Saint-Germain.
— Hier 5, â Fonte vrault, se lit le baptême de mademoi- .selle de Bourbon , l'aînée des filles de M. le Duc, qui a bientôt treize ans. L'évèque de Poitiers en fit la cér»'*monie ; madame l'abbesse de Fontevrault étoit la marrai ne pour la reine d'Angleterre ci moi le pari-aiu pour le roi d'Angleterre. Elle a été nommée Marie-Éléonore-(iabrielle; elle fut confirmée un quart d'heure api'ès, et on y ajouta les noms de Louise-Françoise (1). — Monseigneur
(1) "M. le marquis d(' Dan^eau , nouvtTncnr i\v Toiirain«\ s't-tJHit lroii\t! à l'ours dans le temps <ie la lï^tnle l'Assoinidion, cnil (|ue, représentant la jx-rsunnir <lu roi, <|ui est altlte de ré};lise de Saint-Martin, il devoit se rendre dans cette t^rande église aux \i^pres et a la proce^^iun solennelle (|ui s') t'ait flasuite tous Icisaiis, en «;\é(iiliou du ximi elde la dt'claration <lu roi Louis \lil du triouipliante ntémuire. de lOJtl, par la(|uelle ee prince met la personne de
a donné une collation fort magnifique k madame la Duchesse. — Les lettres de Brisach portent que la nuit du 3 au 4 on a poussé les travaux sur les angles de la contrescarpe des bastions de Sainte-Croix et de Richelieu^ et à la gauche M. de Vaillac^ maréchal de camp, fit attaquer le chemin couvert du bastion de Vermandois par les deux compagnies de grenadiers de Greder ; les assiégés s'enfuirent, laissèrent leurs armes et leurs munitions. On compte que la place sera prise dans deux ou trois jours.
Vendredil , àMarly. — :Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise , et l'après-dînée S. M. alla courre le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. — Il arriva un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne, qui mande que, selon les ap-
nos rois, leur état et leur peuple sous la protection particulière de la sainte Vierge. M. le marquis de Dan^^eau, précédé du grand prévôt et de la maréchaussée, qui , dès la veille , étoient allés au devant de lui et de ses gardes , se rendit au cloître Saint-Martin. Il étolt accompagné de madame la duchesse de Montfort, sa fille, de M. le baron de Breteuil , introducteur des ambassadeurs auprès de Sa Majesté , baron de Preuilli , et en cette qualité chanoine honoraire etporte-étendard de l'église de Saint-Martin, et d'une grande quantité de personnes de qualité. Lorsqu'il fut arrivé au cloître, M. le doyen, accompagné des députés du chajiitre, le salua de la part de ce corps. Il entendit ensuit»^ les vêpres, qui furent chantées [)ar lainusique. M. le baron de Preuilli, en qualité de chanoine, y assista avec le surplis et l'aumusse sur le bras gauche dans une des stalles ducôté droit du choeur vers le grand autel, au dessousdu sous-loyeu. Ce baron assista de même en rang de chanoine à la procession, marchant entre MM. les dignitaires et MM. les prévôts de cette église. M. le marquis de Dangeau, précédé de ses gardes, marchoit après le clergé, accompagné d'un grand nombre de personnes de qualité de tout rang et condition de la ville et de la province, qui étoient venus avec une grande affluence de peuple pour voir cette solennité, afin de joindre leurs vœux à ceux de cette célèbre église pour implorer la protection de la Vierge pour la personne sacrée du roi et sur toute la famille royale.
« M; de Dangeau, après avoir séjourné quelque temps à Tours et en son château de la Bourdaisière , entendit le 3 septembre une grande tragédie que les pères jésuites firent représenter, et alla le lendemain à Fontevrault pour tenir sur les fonts de baptême mademoiselle de Bourbon au nom du roi de la Grande- Bretagne. » {Mercure de novembre , pages 167 à 175.)
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parences, les .Lssiépvs no luisardcronl pas do soiilcnir un .issaut qu\)n osl en riiil <1<' donner en peu de jours .'lu baslion du Rhin , ipu' notre canon a tout t'boulé ; ce prince croit que le G ils l)attront la chamade. — Il y a des lettres de Lisbonne , du 1 k août , (jui portent qu'on n'y voit aucune apparence de iiuerre , et que les Anulois et Hollandois qui avoient mouillé à Cascaes pendant huit jours avoient remis à la voile , fort étonnés de n'entendre point parler de guerre à Lisbonne ai vu de disposition à aucun armement. — On écrit de Namur que la garnison de Limbourg lait des courses continuelles dans le pays de Juliers pour y établir les contributions. Reignac, qui commande dans la place, a fait alhupier un convoi de munitions de guerre et de bouche qui remontoit la Meuse de Maestricht à Liège; l'escorte ayant été battue, on a enfoncé dans la rivi»>re ou brûlé tous les bateaux; Reignac a encore l)attu l'escorte d'un autre convoi qui alloit par terre, et a fait brûler tous les chariots, sur lesquels il y avoit beaucoup d'armes que M. de Zinzendorf envoyoit aux troupes allemandes.
Samedis, à Marly. — Le roi travailla encore le matin avec le P. de la Chaise , et l'après-dînée il alla tirer. — On a des lettres de M de Vendôme de Resano ; en y arrivant il monta sur une montagne qui est au delà sur le chemin de Trente pour reconnoitre cette ville ; il paroit qu'il n'est pas impossible de faire un pont sur l'Adige un mille au-dessus, et si nous passions cette rivière la ville ne pourroit pas tenir, n'étant entourée que d'une nmraille sèche. On ne sait encore rien de certain de M. de Bavière; mais la plus commune opinion présentement est qu'il est retourné à Munich. — M. Rertier, qui avoit une ciiarge dans le j)arlementde Toulouse , a eu la charge de premier président de Pau sans qu'il lui en ait rien coûté. Il est li'ère de M. l'évècpie de Blois. — M. de Dénonville le tils, aide de camp de monseigneur le (lu<"(le Rourgogin, apporta i;i ii(>n\<'l|e (|ne Brissîvch s'éloil rendu Ir jeudi 0, à
âenx heures après midi ; les otages étoient donnés de part et d'autre quand il est parti. On n'en sait point d'autres particularités ; ce siège ne nous coûte pas cinq cents hommes. — La nouvelle 'se confirme que M. le prince Louis de Bade, qui a été joint par une partie des troupes qui étoient au camp de Stolhofen , remontoit le Danube avec la moitié de son armée , et cherchoit à passer cette rivière auprès d'Ulm. La nouvelle de la prise de Brisach lui fera apparemment prendre d'autres mesures. Dimanche 9, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et travailla l'après-dînée avec M. de Chamillart, ensuite alla se promener dans ses jardins. — Le roi a donné à M. de Lusignan une pension de 1,000 écus; il est homme de mérite et de naissance , mais il est mal dans ses affaires. — On a eu nouvelle par Venise et par Vienne que le Grand Seigneur a été déposé ; qu'on a mis un de ses frères sur le trône ; que les janissaires, qui veulent la guerre, ont fait étrangler le grand vizir et qu'on a mis en sa place un homme ambitieux et inquiet. Le vizir qui a été étranglé paroissoit favorisé de l'empereur ; on croyoit même qu'il avoit pension des Anglois et des HoUandois. Les troubles de Hongrie augmentent considérablement. Le prince Ragotski a dix-huit mille hommes, qu'il a séparés en trois corps; on dit même qu'il s'est rendu maître d'Eperies. — M. de Vendôme se prépare à bombarder Trente , en cas que les magistrats ne veulent pas payer les contributions qu'il leur demande pour leur ville et leur territoire. — H y a des nouvelles d'Edimbourg qui portent que quarante ou cinquante hommes masqués avoient proclamé dans les rues Jacques VIII pour roi d'Ecosse , et il paroit que les Anglois et les Écossois ne sont pas contents les uns des autres.
Lundi JO, à Marly. — Le roi ne tint point le conseil le
matin , et se promena dans les jardins. L'après-dînée
S. M. courut le cerf; madame la duchesse de Bourgogne
étoit dans son carrosse. Monseigneur se lit saigner par
T. i\. ly
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précaution. — Les intéressés à. la compagnie des Indes, pour le compte de lacjuelle il est arrivé depuis peu deux vaisseaux venant de la mer du Sud, qui ont apporté pour 600,000 écus de piastres et de lingots , \ inrent saluer le roi et le remercier de ce que S. M. prend cet argent au poids et leur donne 80,000 francs de gratifications. — Il y a eu ici une dispute à régler entre M. le duc de Guiche et le comte de Verue, qui servent tous deux en Flandre dans l'armée du maréchal de Villeroy, sur la préférence du logement dans l»- (piavtier général. Le «lue de Guiche prétend qu'elle lui appartient comme colonel général des dragons, et M. de Verue soutient qu'elle lui est due comme commissaire de la cavalerie qu'il commande, le colonel général et le mestre de camp général n'étant point dans cette armée. — On attend M. de Mimeur, que monseigneur le duc de Bourgogue a chargé d'apporter au roi le détail de la prise de Brisach et les articles de la ca])itulation ; Jamais garnison ne s'est si mal défendue.
Mardi 11, à Marly. — Le roi tint conseil de finance à l'ordinaire; il alla tirer l'après-dinée. Avant que de sortir il vit un petitcarrosse qu'on a apporté de Paris, (jue madame la duchesse de Bourgogne a fait fair<,* pour envoyer au princede Piémont, son frère, et qui estfort magnilique ; on ne sauroit rien voir de plus joli pour un jouet d'enfant. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Germain voir le roi el la reine d'Angleterre. — On reiul hier au soir la nouvelle qu(îM. lélecteur lie Bavière avoit joint M. de Villars; cela fit d'autant plus de plaisir que l'on n'étoit pas sans in(|uiétud<' pour iioti'e armée, ayant eu avis que celle du prince de Bade étoit considérai )lement grossie, tant par les troupes détachées des retranchements de Stolhofen que par (juclques régiments de Brandehourg et d«* Munster. — M. de Torcy fit voir au roi des lettrcis qu il avoit reçues de divers endroits, qui toutes parloient de*» changements arrivés dans l'empir*»
ottoman avec les mêmes circonstances marquées dans les lettres qu'ont eues les particuliers. Ces nouvelles portent aussi que les mécontents de Hongrie augmentent tous les jours et avancent dans le pays, qu'on est dans une grande consternation à Vienne , que le roi des Romains avoit de violentes vapeurs et que même dans un de ses accès il avoit frappé le confesseur de l'empereur.
Mercredi 12 , à Marly . — Le roi tint conseil d'État l'après-dlnée outre celui qu'il avoit tenu le matin. — M. de Mimeur arriva sur les dix heures du soir et apporta la capitulation de Brisach ; la garnison en sortit le 8 par la brèche ; elle étoit encore composée de trois mille cinq cents hommes; ils comptent qu'ils en ont perdu six cents durant le siège; outre cela, il leur en a bien déserté deux cents, et qu'ainsi ils étoient quatre mille au commencement du siège ; la garnison a été conduite à Rhinfels, ime des villes forestières. — On reçut des lettres de M. de Vendôme du 2 par l'ordinaire, et du 4 par un courrier. Tout étoit prêt pour bombarder Trente ; les habitants lui avoient demandé vingt-quatre heures pour avoir le loisir d'envoyer à leur évèque, qui s'est retiré à Brixen, afin de tâcher d'obtenir de lui la permission de contribuer comme M. de Vendôme le demandoit. M. de Vendôme avoit envoyé aussi aux Vénitiens, pour leur dire de désarmer les galiotes qu'ils avoient équipées sur le lac de Garde, sinon qu'il prendroit leur refus pour une infraction à la neutralité et pour une déclaration de guerre. M. de Vendôme reviendra incessamment en Lombardie.
Jeudi 13, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans les jardins. — Sur l'avis que monseigneur le duc de Bourgogne eut que le comte de Frise, gouverneur de Landau, avoit assemblé un corps de troupes avec du canon et des bombes et qu'il étoit campé proche Haguenau, voulant construire un pont à Druzenem pour communiquer au camp de Bill et de Stolhofen, il détacha deux mille cinq cents chevaux et deux
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iiiille tinq cents lioinines d«- |»u'(J,tiniimandés par quatre lieuteuants généraux, qui sont Laulj.uinv (llcrembault , !«' marquis de Giamont etSaint-Mauris, et oidonua qu ou tirât toujours du canon à lirisacl», comme si le siège eût duré encore ; mais le comte de Frise, averti de la marche de nos troupes, s'est retiré très-diligemment. — On mande de Toulon du 'i que la tlotte angloise et hoUandcMse avoit mouillé le 17 tl Gibraltar, forte de cinquante vaissaux de guerre. M. le comte de Toulouse, qui leur seroit lort inférieur en nombre de vaisseaux, attendra à prendre ses mesures selon le parti auquel ils se détermincîront. — Les ennemis en Flandre sont à Saint-Tron ; ils ont fait un gros détachement pour le siège de Limbourg ; on assure ([ue miloi'd MaïUîorough retourne en Angleterre et qu'il est fort mécontent des généraux hoUandois.
Vendredi lï, à Marly. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise et puis se promena dans les jardins. On compte que monseigneur le duc de Bourgogne arrivera demain à Versailles. — On parle de quelque changement dans les charges de finances ; on sait que depuis que iM. de Chamillart est contrôleur général il a souvent consulté M. Desmarets sur les affaires ; cependant il n'avoit pu jusqu'ici obtenir la permission du roi de lui faire la révérence ; on est persuadé que cela va changer de face.
— Les avis que Ton a de Londres par la Hollande porttmt qu'il y a des désordres en Ecosse; on croit même que la reine sera obligée d'y envoyer des troupes. — On a arrêté au Pont Saint-Esprit quelques officiers hoUandois qui alloient porter de l'argent aux fanatiques de Languedoc et les animer de belles esj>érances d'un prom})t scu'ours.
— J'appris que le roi avoit rendu à M. de Mazarin 1<' gouvernement de Brisach, quoiqueM.de Mazarin ne paroisse |)lus en ce pays-ci; on mcit dans cette place pour commandant lieignac, (jui est présentement dans Limbourg, où l'on ne compte pas (ju'il se puisse dé'fendre; on cioil ni)-ii(r (ju'il l'sl d('-jà pris. (Mi doiinr la rniilciiancr de roi
SEPTEMBRK 1705. 293
de cette place à Raousset, major du régiment de Navarre ; on travaille à en raccommoder les brèches. Monseigneur le duc de Bourgogne lit souper avec lui M. de Marsilly, un des commandants des assiégés, le jour qu'ils sortirent de la place ; il avoit demandé seulement Fhonneur de voir souper ce prince; il demeura à son couclier, et monseigneur le duc de Bourgogne lui fit donner le Jjougeoir. On lui fit marquer une maison pour coucher, et on lui donna le lendemain cinquante gendarmes pour l'escorter jusqu'à ce qu'il eût rejoint sa garnison.
Samedi 15, à Versailles. — Le roi revint ici sur les six heures et alla voir Madame en arrivant; elle se porte beaucoup mieux, mais elle ne pourra pas encore partir sitôt pour Fontainebleau. Monseigneur alla diner à Meudon; il ne viendra point ici avant que d'aller à Fontainebleau. — On creuse toujours à Meudon pour le prétendu trésor; l'invalide persiste; cependant on n'est pas persuadé qu'on y trouve rien. — On attendoit monseigneur le duc de Bourgogne ici ce soir, et même madame la duchesse de Bourgogne lui avoit fait préparer à souper ; mais on a reçu des lettres de ce prince, qui est bien aise de demeurer encore quelques jours à l'armée; ce changement faisoit faire ici bien des raisonnements, et l'on s'imaginoit qu'on vouloit faire quelque entreprise nouvelle. Le roi a donné ordre au marquis de Dénonville, qui avoit apporté ici la nouvelle de la reddition de Brisach, de repartir promptement, et Ton est persuadé que le roi écrit par lui à ce prince de revenir incessamment; mais on ne peut que louer l'envie qu'il a de demeurer à la tète des troupes, dont il est adoré. — Toutes les nouvelles du Nord portent que la noblesse de la grande Pologne, mécontente de ce qui s'est fait à Lublin, se déclare pour le roi de Suède, et que la ville de Thorn, qui est depuis longtemps investie par les troupes de ce roi, est prête à se rendre ; la paix s'éloigne fort en ce ])ays-là.
J'arrivai le soir de mon gouvernement, où j'étois de-
puis cinq semaines ; ce que j'ai écrit depuis ce temps-là est pris sur des lettres sûres et vérifiées à mon retoui-.
Dimanche 10, à Versailles. — Le roi tint conseil le matin; Monseigneur y vint de Meudon. L'après-dlnée S. M. travailla avec M. de Chamillart et puis alla iir(;r. Le roi après la messe lit chanter le Te Deum pour la prise de Brisach. — Le roi a assuré ijOGO francs de pension à madame d'Herleville en cas que son mari vienne à mourir avant elle ; il n'a de bien que les 12,000 écus que le roi lui fait payer tous les ans pour les appointements «juil avoit étant gouverneur de Pignerol. — Le roi d'Espagne a fait le marquis de Bedmar conseiller d'Étal et a envoyé l'ordre de la Toison au marquis de Lède. — L'électeur de Bavière , après avoir muni Kuffstein-Seefeld et quelques autres petits postes dans le Tyrol, revint le 21 du mois passé à Munich, et ayant appris que le général Uevenllo, avec les troupes danoises qu'il commande, s'étoit approché deScharding sur l'Inn, qu'il bombardoit, envoya un détachement pour le combattre; mais au premier avis «pi'il en eut il se retira avec précipitation; cet électeur a depuis joint le maréchal de Villars, et ils ont augmenté le camp volant (jue nous avions sur l'IUer. Nous y avons présentement douze mille hommes, qui s'y retranchent. — Keignac, qui commande dans Limbourg, lit une sortie le 1 1 , défit la grande garde de cavalerie, dont il y eut plus de cent hommes tués et entre autres le comte de Lip[)f.
Lundi 17. à Versailles. — Le roi prit médecine par précaution, conmie il la prend tous les mois, et tint conseil raprès-diné(^ Madame la duchesse de Bourgogne alla sepromeni'r à lN)nt;ily ; la comtesse de (iramont, (jui ne l'v attendoit poiiil, iir laissa pas de lui donner une bonne collation. — Il airiNJi un courrier de M. de Vaudemont, qui eslenroreà San-Jîcnedettu, où il attend M. de Vendùnic avec impatience, |)our s'en aller aux eaux dès que ce général sera arrivé. Il mande par ce courrier (jue la déserliôM < onlinue toujours dans 1 armée ennemie et (ju'il y a
beaucoup de division parmi les généraux. — iN'otre armée de Flandre est campée à Veser; le maréchal de Villeroy en détacha, le 13, M. de Pracomtal avec dix-sept JjataiUons et quatorze escadrons. Il ira camper sous Namur et il observera le mouvement des troupes ennemies qui l'ont le siège de Limboiu'g-. Quand cette place sera rendue, M. de Pracomtal marchera sur la Moselle ou plus avant en Allemagne, selon les mouvements des ennemis. Milord Marlborough est allé au siège de Limbourg, dont il veut voir la fin avant que de retourner en Angleterre; on croit la place prise présentement, car il n'y a pour toutes fortifications que de méchants retranchements laits de l'année passée. Il y a pour toute garnison deux bataillons des troupes d'Espagne.
Mardi 18, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée à Marly et en revint à la nuit. Monseigneur partit de Meudon dans une nouvelle berline qu'il a fait faire; on n'y peut être que deux; madame la princesse de Conty y étoit avec lui. Ils allèrent coucher à Fontainebleau, où le roi n'arrivera que vendredi. Monseigneur le duc de Berry partit aussi d'ici pour aller coucher à Fontainebleau et dina en chemin à Ablon, chez M. de Candlac des mousquetaires, qui lui donna un magnifique dîner. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti du 12; ce prince avoit achevé de bombarder Trente. Dan digny, lieutenant d'artillerie et qui la commandoit, y a été tué. M. de Vendôme devoit revenir le lendemain à Riva, où il s'embar- (j^uera sur le lac de Garde pour retom'ner en Lombardie; il laisse garnison dans Arco, Nago, Torbole et Riva; sept bataillons demeureront dans ces places-là et seront commandés par M. de Médavy. On a fait miner tous ces endroits-là, qu'on fera sauter en cas que les ennemis s'en approchassent assez fort pour les attaquer. — H y a des lettres d'Anvers qui portent qu'un vaisseau parti de Groenland le 26 juillet avoit apporté la nouvelle que le 28 ils avoient rencontré cinq vaisseaux de guerre fran-
•2\n\ lOllRNAL J)K DAINGEAU.
'cois qui avoienlpris un vaisseau de guerre hollanduis et brûlé cinquante autres bâtiments qui faisoient la pèche de la baleine.
Mercredi 19, à Sceaux. — Le roi tint conseil le matin, et l'après-dinée conseil avant que de partir de Versailles, et puis vint ici. Il avoit dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne, mesdames du Lude, de Cœuvres, de Mailly et de Roucy ; il se promena dans les jardins jusqu'à la nuit et y trouva beaucoup d'embellissements nouveaux. Il passa ensuite chez madame de Maintenon, qui avoit amené avec elle mesdames d'Heudicourt et de Dangeau , et dès qu'il y fut on illumina le parterre d'une intinité de lampions, et puis il y eut un feu d'artifice magnifique. II n'y avoit à Sceaux que le service, les dames du palais et quelques dames qui étoient avec madame du Maine. Madame est demeurée à Versailles, d'où elle ne partira que les premiers jours de la semaine qui vient pour Fontainebleau. — M. de Chamillart mena l'aprèsdinée M. Desmarets * dans le cabinet du roi à Versailles ; il y avoit vingt ans qu'il n'avoit vu le roi; il n'entreia point dans le conseil de finance, comme on l'avoit dit il y a quelques jours; il n'aura point de charge, mais M. de Chamillart lui renverra beaucoup (raffaires qu'il s'étoit réservées et qui ne passeront point par les (hrecteurs ni par les intendants des finances. Ce changementlà soulagera fort M. de Chamillart et donnera une grande considération à M. Desmarets.
' iVI. Colbc'rl,oncon' in niinorihus, iiKiriii sa sœur a un trésorior dr France, deSoissons, nonnnc Desmarets, dont le pere, bon laboureur, s'étoit enrichi aux fermes des aldiayes de ee pays-là. Olui-oi n'avoit labouré que fort jeune , avoit suceédé a son pere aux fermes de ces mêmes biens, avoit continué à s'enrichir et s'étoit enfin fait trésorier de Krance. De ce mariage vinrent plusieurs enfants, dont l'aîné, fort bien fait et l'air fort posé, avoit de res|)rit , et un esprit tourné à l'applic^ition. M. Colbert le prit dans ses bureaux de linances, où il devini lui Ires-bdu lr.i\aill<Mir, cl a la liu snii oucle le lil niaiire des recpides et inlcndoul des linances, avec quoi il cpousa une fille de l$ccli.iuieil. dont
on a parlé page 184. M. Colbert, mécontent] des débauches et de l'inapplication de M. de Seignelay, lui donnoit sans cesse Desmarets pour exemple , et par là lui en acquit la haine. Ceneveu s'enrichit fort dans son emploi , acheta Maillebois et d'autres terres, et transporta le hourg de Maillebois pour faire du lieu où il étoit un beau vertugadin et d'autres embellissements à son parc. L'affaire des pièces de quatre sous qu'on fabriqua, et où il fut accusé d'avoir gagné beaucoup, fit du bruit. M. de Seignelay persuada la friponnerie à son père, qui, transporté de colère de ce que Desmarets ne l'avoit pas satisfait sur l'éclaircissement qu'il en voulut prendre avec lui, en parla au roi, et en mourant fort proraptement après se crut obligé de mander au roi d'ôter Desmarets des finances comme un homme à la fidélité duquel on ne pouvoit se fier. M. de Louvois fit donner les finances à Pelletier, sa créature, qui ne ménagea pas le neveu de son prédécesseur, d'autant plus que M. de Seignelay ne le protégea que contre la recherche et ses suites. Desmarets eut donc ordre de vendre ses charges d'intendant des finances et de maître des requêtes et de se retirer à Maillebois, et Pelletier lui dit en pleine audience qu'il étoit un fripon avéré, et que le roi lui avoit commandé de le lui dire. Il fut plusieurs années à Maillebois sans avoir permission d'en sortir. Il eut après celle de faire de loin à loin des tours à Paris de huit ou dix jours. Ces permissions se multiplièrent et s'allongèrent, en sorte que les sept ou huit dernières années il passoit trois et quatre mois d'hiver à Paris, et à la fin l'hiver entier ; mais toujours l'été à Maillebois. MM. deChevreuse et de Beauvilliers, ses cousins germains par leurs femmes , intimement liés avec toute la famille de Colbert, leur beau-père, étoientaussi fort amis de Chamillart. Ils profitèrent de l'embarras où étoient les finances dans cette guerre contre toute l'Europe et de celui de ce ministre des finances et de la guerre accablé de travail pour lui persuader de s'aider de Desmarets , qui avoit toute la gestion de M. Colbert présente et qui avoit acquis une grande capacité sous lui. Après l'y avoir accoutumé, ils le firent retenir par lui l'été après les hivers , et le conduisirent à user de sou crédit pour que le roi trouvât bon qu'il fit publiquement ce qu'il n'avoit encore osé faire qu'en cachette. 11 fut rudement rebuté les premières fois , le roi ayant toujours dans l'esprit que c' étoit un voleur, avoué tel par son propre oncle , et qui, remis aux finances , ne se corrigeroit pas d'un si utile défaut ; pressé enfin par Chamillart, pour qui il avoit un grand foible et qui franchement lui disoit qu'il ne pouvoit suffire, il consentit à ce qu'il voulut, pourvu qu'il ne parût pas que ce fût de son aveu , et de là vint enfin à le permettre ; mais quand il fut question d'obtenir que Desmarets lui fût présenté, qui étoit une suite naturelle de la permission ([ui lui avoit été arrachée, il fut longtemps a sy résoudre, et ipiaiid il y eut consenti il le reçut fort froidement,
298 JOURNAL DE DANGEAD.
fontrc sa coutume pour les fii'iis qui rpiitroieut en quelques fonetions. Il avoit été vingt ans sans le voir; on verra bientôt qu'avec lui il n'v avoit que la |)remiere pinte df ehere, et dans la suite l'énorme et rapide fortune du lils sans avoir l'esprit de son père (1 ).
Jeudi 20^ à Villcroif. — Le roi se promena l<mt le malin ;i Sceaux; madame laduchesse de Hoi:i'i;()gne, madame de Maintenon et beaucoup de dames étoient à sa promenade; on dina à midi et puis on partit pour venir ici. — On compte que M. de Dénonville sera arrivé à lirisach mardi et que monseigneur le duc de Bourgogne en sera parti mercredi pour arriver à Fontainebleau samedi ou dimanche. — H y a des lettres de Suisse qui portent que le prince Louis de Bade s'est rendu maître d'Augsliourg, que le commandant et les magistrats lui en ont ouvert les portes quoiqu'ils se] fussent engagés à y demeurer dans la neutralité. — iM. le comte de Toulouse «';crit de Toulon du 13 que les derniers avis portoient que la flotte ennemie étoit au cap de Gatte, et louvoyoit rasant les côtes, ayant le vent contraire. M. le comte de Toulouse a fait faire lieaucoup de batteries à terre pour les empêcher d'approcher de la rade de Toulon et leur ôter l'envie qu'ils auroient peut-être de l)ombnrder la ville ou les vaisseaux que nous avons dans le port ; on ne croit pourtant pas que ce soit là leur dessein, qui seroit trèsdiflicile et très-dangereux à exécuter.
Vendredi -21, à Fontainebleau. — Le roi se promena fort, hier ;iu soir, dans Icsjardins de Villeroy, et ce matin, avant que d'en partir, il a travaillé avec les gens du maréchal, cl il lui donnedesdesscins jiourlesembellissemenls de sa maison (2). Le roi s'y pl;i1l. cl se sonxiciil ;ivec plai-
(1) Voir ra<i(lilioii du l.'l avri IToo, t(iini> VII, pa^to 7!I2.
(2) " Le vfiiilreiji >.\ la roi iicsorlil |iiiiiit h- malin; il n>stadaussa « liambrc. Api»;s lit messe il t'ciixil, et lit a|tiMhi MM. ItiiKiuit et Des^ols, et leur • liiniia ses avis sur les emlH-llissemciils <|iii restenl a faire dans le* jardins de N illero> . ( Mercure «le M-pteinhre , pane 292. )
SEPTEMBRE i703. 299
sir d'y avoirété souvent dans sa grande jeunesse. Le maréchal avoit envoyé de Tarmée Barcaut , son intendant, pour que rien ne manquât dans sa maison , et il a fait nourrir les gardes du corps, les Cent-Suisses et les gardes françoises et suisses. Le roi partit de Villeroy après son diner et arriva ici à cinq heures. Monseigneur courut le cerf avec les chiens de M. le duc du Maine ^ et fut longtemps dans le cabinet du roi après que S. M. fut arrivée. — Les lettres du maréchal de Villeroy du 27 nous apprennent qu'il est toujours au camp de Veser et les ennemis vers Saint-Tron. On n'a point de nouvelles encore que Limbourg soit rendu. — M. de Vendôme s'embarqua à Riva le 14; une partie de son infanterie s'embarqua aussi, et le reste avec la cavalerie remarche par où M. de Médavy avoit marché. On croit que ses troupes iront vers Crémone et peut-être remonteront le P6, pour se rapprocher des États de M. de Savoie, dont la conduite est suspecte malgré les assurances nouvelles qu'il a données au roi .
Samedi 22, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche ; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient avec lui à la chasse. Un peu devant qu'il partit pour y aller il] arriva un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne, qui a laissé ce prince à Besançon. S. M. croyoit qu'il n'arriveroit que demain matin, mais il a fait tant de diligence qu'il est arrivé ce soir à six heures; il a été reçu ici comme il le mérite. Madame la duchesse de Bourgogne devoit aller le soir à la comédie avec Monseigneur, mais elle n'alla qu'à la tribune un moment et revint tenir compagnie à monseigneur le duc de Bourgogne dès qu'il eut soupe. Ce prince quitta son armée mardi, qui alloit camper à Eiidinghen dans la plaine de Veil, et vint ce jour-là coucher à Brisach; le lendemain mercredi il vint sur ses chevaux et avec l'escorte coucher à Béfort ; il y prit la poste et
300 lOURMAL I)K DANGKAU.
coiuha !«• jeudi à Besançon, le vendredi à Monthar, d'où il est pai'ti ce matin; il y a quarante lieues d'ici. En partant de l'armée il a donné de l'argent à beaucoup d'officiers , et durant le siège il en envoyoit à tous ceux qui étoient blessés ou à qui il étoit arrivé quelque malheur dans leur équipage.
Dimanche 23 , à Fontainebleau. — Le roi tint conseil le matin ; tous les ministres sont arrivés. L'après-dlnée il alla tirer dans ses parquets. Monseigneur donna à diner à madame la duchesse de Bourgogne , madame la Duchesse, madame la princesse de Conty et plusieurs dames; ensuite on joua dans son grand cabinet. Toutes les dames, tant celles qui y avoient diné que les autres, eurent permission d'y venir en robe de chambre, quoique madame la duchesse de Bourgogne y fût. — Sainte-Marthe, courrier du cabinet, revint de notre armée d'Italie. M. de Vendôme étoit à San-Benedetto, et M. de Vaudemont en étoit parti pour aller prendre les eaux; ce courrier en passant à Turin y a été retardé quelques heures par M. Phélypeaux, notre ambassadeur, qui l'a chargé d'une dépêche pressée pour M. de Torcy ; il alloit faire partir un courrier quand Sainte-Marthe y arriva. — Les nouvelles que l'on a de Languedoc ne sont point bonnes ; les fanatiques y font encore beaucoup de désordres et y sont plus cruels que jamais. — On a des lettres de M. le comte de Toulouse du 15; il ne mettra point à la mer que les ennemis ne soient sortis delà Méditerranée, à moins qu'ils ne se séparent. Ils sont le double plus foHs que lui, et il y ,\ un mois rju'on croyoit qu'ils n'auroieni guère plus de vaisseaux que nous.
Lundi 2'*, à Fontainebleau. — Le roi tint conseil le matin X son ordinaire. Monseigneur le duc de Bourgogne y alla dès hier; il ne manque jamais d'y aller et songe fort à se rendre c^ipable d'aflMins de guerre et de paix. L'après-dinée S. M. alla «oiirrc le cerf; madame la duchesse de Bourgogne «"'(oit dans sa cidèche. Monseignem
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et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse, qui mena le roi fort loin ; il ne revint qu'à l'entrée de la nuit. Monseig-neur alla à la comédie. Madame la duchesse de Bourgogne ne put pas être habillée assez tôt pour y aller avec lui, mais elle en vit une partie dans la tribune (1), Madame, qui arriva de Paris, suivit Monseigneur à la comédie. Monseigneur le duc de Bourgogne n'y fut point , et il paroit qu'il veut renoncer aux spectacles, — Le roi consentit qu'on échangeât les deux bataillons qu'on nous a pris dans Huy contre les deux que le maréchal de Villeroy prit au commencement de la campagne dans Tongres. — On a des lettres de Reignac du 18; il y avoit neuf jours que les ennemis étoient devant Limbourg , mais leur canon n'étoit point encore arrivé. Le roi lui a donné ordre, il y a déjà longtemps, de se rendre quand il voudroit , et de ne point mettre sa garnison en danger d'être pris prisonniers de guerre ; ainsi on croit qu'il se rendra dès qu'il verraée canon des ennemis.
Mardi 25, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée ; Monseigneur alla courre le loup ; monseigneur le duc de Berry étoit avec lui. Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer d'un autre côté que le roi . Madame la duchesse de Bourgogne alla dîner chez la duchesse du Lude , qui donnoit à dîner à madame la Duchesse ; on y joua toute l'après-dinée. — H y a des lettres du maréchal de Villeroy du 22 ; il est encore au camp de Veser ; on lui a envoyé la destination des officiers généraux qui doivent demeurer cet hiver à servir en Flandre. Gacé commandera à Anvers, le marquis d'Alègre à Bruxelles, Ximenès à Namur et le comte de la Motte à Bruges. Je ne sais pas encore le détail des maréchaux de camp et des brigadiers qui serviront sous eux. — On a des lettres
(1) ■< Les comédiens représentèrent la tragédie de la Thébaïde ^ premier ouvrage de feu M. de Racine, et la petite comédie de VÉté des Coquettes. » ( Mercure de septembre, page 297. )
305 JOITRNAT, DF. DANGKAT^
(le M. le comlede Toulouse du 18, X Ijoitl du Foudroyant, A la rade d(; Toulon. Il croit que la flotte ennemie est aux cAtes de Barbarie, où ils charg-ent du blé pour le Portugal. Les ennemis font encore courre le bruit que cette flotte demeurera tout cet hiver dans la Méditerannée et qu'il y a des porls où ils seront reçus; mais nous n'en voulons rien croire. — M. de Montrevel a fait arrêter en Languedoc le marquis de Rochegude, qui est un homme riche de 10 ou 12,000 livres de rente , accusé par un officier que leï> Hollandoisenvoyoient aux fanatiques et qui a été arrêté au Pont Saint-Esprit ; cet officier, que l'on n'a point fait pendre parce qu'il a promis de découvrir beaucoup de choses, a dil que ses camarades et lui avoient ordre de s'adresser au marquis de Rocheg-ude quand ils auroient besoin d'argent, de vivres ou d'armes.
Mercredi 26 , à Fontainebleau. — Le roi alla encore tirer l'après-dlnée et est fort content de la quantité de gibier qu'il trouve ici. Monseigneift* donna à dîner à, madame la Duchesse, et madame la duchesse de Bourgogne y alla comme cela s'étoil fait hier chez madame la duchesse du Lude , et la raison d'en user ainsi c'est afin que madame la Duchesse et les dames qui sont avec elle puissent demeurer en robe de chambre comme ayant été surprises par madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur le duc de Bourgogne courut le cerf avec M. le duc d'Orléans. On joua chez Monseigneur jus([u';\ la comédie ; monseigneur h' duc de Bourgogne n'y vint point encore, ce qui fait croire de plus en plus qu'il y a renoncé (1). — Il arriva deux courriers de Turin, l'un de notre aml)ass,adear au roi, et l'autre de M. de Savoie à son ambîissadeur. S. A. R. fait toujours de grandes protestations de iidéîlilé à S. M. et nie d'être entré dans au-
(I) " Les comédiens représenteront le soir le Tartuffe do M. do Molièro. » ( 3ff;rM;r do seidombro , imi^i- 199.) Encore lo Tartuffe'. — \o\y a\ï 27 septeinhrc 1700, toino VU , |tajîo ;J82, et au 16 octobre 1702, tome IX, page l.J.
cun eiigagement avec nos ennemis ; ce qu'il y a de sûr c'est que le ministre d'Angleterre nommé pour envoyé à Turin est encore à la Haye et il paroit qu'il ne songe pas à passer sitôt en Piémont. — M. l'électeur de Brandebourg a établi ses prétentions sur Neufchàtel, comme héritier du feu roi Guillaume ; il a pour cela des envoyés à Berne; il déclare qu'il n'y prétend rien durant la vie de madame de Nemours; mais après la mort de cette princesse il soutient que cette souveraineté lui doit revenir. Tous les cantons protestants lui sont fort favorables, surtout celui de Berne, qui est le plus puissant de tous.
Jeudi 27, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf l'après-dinée; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Monseigneur joua le soir au brelan chez madame la princesse de Conty et veut rétablir ce jeu-là chez elle les soirs. — Madame a eu des nouvelles par madame de Lorraine qu'il y a eu un combat entre les troupes de M. de Bavière et celles du prince Louis , dans lequel tout l'avantage a été du côté de cet électeur. Plusieurs marchands à Paris ont eu ces mêmes avis par leurs correspondants en Suisse, et M. de Chamillart a reçu une lettre de ce pays-là qui confirme ce bruit et qui ajoute même que depuis ce combat les magistrats d'Augsbourg ont fait sortir de leur ville deux mille hommes des troupes des Cercles que le prince de Bade y avoit fait entrer, eux n'ayant pas voulu y recevoir des troupes de l'empereur; tout cela a besoin de confirmation. — Tout ce qu'on avoit dit de la déposition du Grand Seigneur et des changements arrivés à la cour ottomane ne s'est point trouvé véritable, quoiqu'on en eût eu les avis par bien des endroits différents. — Notre amljassadeur en Portugal arriva à Lisbonne le 5; on a de ses lettres du 15. Il a déjà eu audience du roi de Portugal ; on y a fait la revue de toutes les troupes qui sont en ce pays-là, qui
304 lOllRNAl, l)K DANCFAU.
iiiontenl ,'i (|uinzeoii s«Mze inill»^ hoinntrs, mal vêtus, mal ;u*in»*s «»t mal (liscipliiu's.
Vendredi -IH, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer. Monseig-neur courut le loup. — On eut des nouvelles d'un grand soulèvement en Transylvanie ; la noblesse, qui est nombreuse en ce pays-là, s'est assemblée àPlausembour^ et veut élire pour prince Ragotski, dont le grand-père et le bisaïeul ont été leurs vaïvodes; toute cette noblesse est calviniste ; presque tontes les villes sont luthériennes et les paysans sont presque tous sociniens. — On a encore des lettres de Suisse qui portent que M. de Bavière a défait les troupes de l'empereur. — Le roi de Suède est arrivé devant Thorn . Le général Steimboch lui a amené un grand renfort; il a dû ouvrir la tranchée le 5 de ce mois, et il comptoit que la place ne tiendroit que trois ou quatre jours; il y a quatre mille Saxons dedans, <pril veut prendre prisonniers de guerre. Tous les palatinats de la grande Pologne approuvent la confédération et persistent dans la protestation qu'ils ont faite contre les résolutions prises à l'.assemblée de Lublin. — Nos lignes au pays de Waes sont beaucoup ])lus fortes qu^elles n'étoient avant que les ennemis les eussent occupées, par les inondations que nous avons faites à la tète en coupant beaucoup de digues.
Samedi 29, à Fontainebleau. — Le roi s'alla promener l'après-dinée àl'entour du canal dans un grand carrosse; madame la duchesse de Hourgogney étoit avec lui. Monseigneur vouloit encore courre le loup, mais il n'y enavoil point de détourné. iMesseigneurs les ducs de Bourgogneet deBerry allèrent tirer. Le soir il y eut comédie; monseigneur le duc de Bourgogne n'y fut point, et son parti est tout à fait pris de n'y aller plus du tout (1). — Il est
(1) " Lp soir les coim'flit'ii^ rciirfscntt'inil la «(imcdio do Dnn Snnchrri'Aragon ilo M. «le Conioilh' , i|ui fut su'w'w «le cWlt' «le Crinpin nu'decin. » {Mercurv <!»• scpli'inlin', imni- .((■«.)
SEPTEMBRE i705. 30â
arrivé ce matin un courrier de M. d'Usson, parti du 29 , qui apporte la nouvelle d'une bataille gagnée contre le comte de Stirum^ feld-maréchal de l'empereur, qui avoit avec lui soixante-quatre escadrons et quatorze mille hommes de pied. M. d'Usson, qui commandoit un corps séparé, composé de vingt-huit escadrons et seize batailsons, eut ordre de M. de Bavière, le 19 au soir, de sortir de ses retranchements la nuit , pour être en état , à la pointe du jour, d'attaquer l'armée du comte de Stirum ; il exécuta son ordre sitôt que Cheyladet, qu'il avoit détaché avec une partiede ses troupes, l'eut joint. M. l'électeur devoit faire tirer trois coups de canon sitôt qu'il seroit arrivé, et M. d'Usson devoit y répondre par trois autres coups, afin de commencer l'attaque en même temps; mais l'armée de M. l'électeur et de M. de Villars ne put pas arriver sitôt qu'on l'avoit pensé [pour soutenir] M. d'Usson, qui s'étoit déjà approché des ennemis , qui le crurent seul et qui n'ayant aucune nouvelle de M. de Bavière marchèrent à lui comme à une victoire sûre ; ils poussèrent la brigade de cavalerie de Vivans jusque dans le village [ d'Underklau]. Elle fut soutenue par la brigade d'infanterie de Bourbonnois, commandée par Perry ; ces deux brigades firent des merveilles et souffrirent beaucoup, surtout celle de cavalerie. M. d'Usson, qui avoit laissé quelques troupes dans ses retranchements, voyant qu'une partie des ennemis marchoit de ce côté-là , y marcha aussi et y arriva assez à temps pour leur en disputer l'entrée; après qu'il les eut repoussés, il entendit que le feu augmentoit considérablement du côtéd'Hochstett; se doutant bien que c'étoit M. l'électeur, il y remarcha diligemment; les ennemis s'étoient déjà retirés du côté des retranchements par où ils l'attaquoient. 11 arriva assez à temps à ce village pour joindre la tête des troupes de M. de Bavière; les ennemis se retirèrent fort précipitamment; M. de Bavière les poursuivit durant deux lieues, et notre infanterie pénétra dans un bois où ils s'étoient
30« JOTTHNAL DE DANGEAU.
retirés, sur leclieniiiide Nordliiif^eii, où l'on eu fituii ^rand carnage. On leuraprispUisdeqiiati'e mille hommes. Quand le courrier est parti on avoit déjà trcnte-troift pièces de canon, beaucoup de drape<iux, d'étendards et de timballes ; leurs pontons, leurs bateaux et tous leurs équipages en général sont pris aussi. Il est resté plus de quatre mille morts sur la place, et on en trouve à toute heure. La victoire est complète ; nous n'avons pas perdu mille hommes à cette affaire, et nous n'avons d'officiers considérables blessés que iM. Lée et le frère de Cheyladet. M. do Torcy apporta au roi , sur les onze heures, une lettre de M. Télecteur de Bavière que S. M. eut la bonté de nous lire, et cette lettre nous confirme la défaite entière des ennemis, et est écrite à merveille; elle est fort respectueuse et fort noble en même temps. Cet électeur, dans ses lettres au roi, met au haut : « Sire, » laisse un grand espace, et la souscription est : « Votre très-humble et vrai serviteur el cousin. » On fait imprimer la relation qu'a envoyée M. d'Usson, dont ce que j'ai écrit icin'est qu'un extrait (1). M. de iMonasterol, que M. l'électeur de Bavière envoie ici , et le chevalier de Tressemanes, qui vient de la part de iM. de Villars et que ce courrier ici a laissé sur les terres des Suisses sans se faire connoltre à eux, doivent arriver demain.
Dimanche 30, à Fotilamehleau. — Le roi, après le conseil, Ht prêter à iM, deMesmes le serment de la charge de prévùt de l'ordre du Saint-Esprit, sur la démission de M. d'Avaux, son oncle ; il n\i pourtant pas encore fait ses preuves, à quoi cette charge l'engage. — Le roi donna à la Vienne*, premier valef de chambre qui sort de (piarlier, la surviv/mce de sa charge pour son lils, qui un pas quinze ans. — 11 arriva hier un courrier du maréchal de
(1) La Idtrc du tiiarquis iri;<>.in v,> tnmv.' en flVcl ilan< la Gatrtie de 1703, iMKe 481.
Villeroy, qui avoit déjà reçu la nouvelle de la bataille gagnée en Allemagne ; il étoit encore au camp de Weser, et avoit fait deux fourrages dans les derrières de l'armée des ennemis, qui croyoient qu'il les venoit attaquer. On n'a point encore de nouvelle que Limbourg soit rendu, et on prétend que milord Marlborough a des raisons particulières pour ne point presser ce siège. — Le roi a été tirer cette après-dlnée. Monseigneur, messeigneurs ses enfants, madame la duchesse de Bourgogne , madame la Duchesse, madame la princesse de Gonty et plusieurs dames dînèrent chez la duchesse du Lude. — M. de Monasterol arriva chez M. de Torcy et M. le chevalier de Tressemanes chez M. de Chamillart; mais ils arrivèrent si tard tous deux que le roi remit au lendemain pour les entretenir. M. de Ghamillart manda au roi seulement que le chevalier de Tressemanes assuroit que la défaite des ennemis avoit été du moins aussi grande que l'avoit mandé M. d'Usson, et M. de Torcy entra dans le cabinet du roi un peu avant son coucher, et lui dit que M. de Monasterol croyoit que nous n'avions pas perdu quatre cents hommes à cette affaire, et que M. l'électeur passeroit le Danube le 23 pour chercher à attaquer le prince de Bade, qui a passé le Lech et est entré en Bavière.
* La Vienne étoit un barbier de Paris, qui devint bientôt petit baigneur et que le iiasardde quelque pratique déjeunes gens du bel air de la cour mit à la mode. Le roi, qui dans sa jeunesse vivoit fort avec eux par le commerce de la galanterie , sut que la Vienne avoit des secrets pour ranimer la vigueur, et comme elle lui manquoit souvent, il voulut en. essayer, et s'en trouva si bien que cela lui lit sa fortune ; il devint premier valet de cbambre, et avec lui c' étoit être tout. Son ancien métier Tavoit fait connoître à tous ces jeunes seigneurs, dont plusieurs étoienl parvenus aux grandes charges, et l'avoit après lié avec eux de façon qu'étant grossier, brutal, et parfaitement avec le roi en passe de leur être utile il vivoit d'égal avec les plus grands et les plus vieux seigneurs d'une manière si ridiculement familière qu'on en mouroit de rire , et d'autant plus que ce n'étoit point gloire, car il leur parloit souvent des vieilles aventures, et par conséquent de ce qu'il avoit été. C'étoit un homme à qui il ne falloit pas marcher sur le pied, mais qui
3UK JOURNAL DK DANGKAll.
d'ailleurs étoit lK)n homme, et aimoil a faire plaisir, et en avoit l'ait beaucoup et de grands. Il avoit uue femme d'une vertu et d'un mérite rare, et qui se tenoit renfermée dans son état autant que son mari en paroissoit sorti. Son fils, dont il est parle ici , devint un garçon de mérite, et qui p.'u- la suite des temps se lit estimer, et puis compter sous le roi d'aujourd'hui.
Lundi 1" octobre , à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf après dîner. Madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants éloient à la chasse ; Madame y étoit dans une petite calèche. Au retour de la chasse il y eut comédie (1 ) . Monseigneur le duc de Bourgogne donna à souper à madame la duchesse de Bourgogne , qui demeura avec lui durant la comédie, où il n'y eut que Monseigneur et Madame. — Mona.sterol et le chevalier de Tressemanes saluèrent le roi à son lever ; le roi remit à les entretenir au retour de la citasse. Us ne conviennent pas de la relation qu'a envoyée M. d'Usson ; ils content l'affaire avec quelques petites circonstances différentes ; mais quant à ce qui regarde la défaite entière et la perte qu'ont faite les ennemis, ils sont entièrement d'accord et même ils la croient encore plus grande. L'armée du comte de Stirum se doit regarder comme une armée perdue, et ce qui n'a point été pris ou tué ne se rassemblera pas de l'année. M. l'électeur devoit repasser le Danube le 22 pour marcher droit à M. le prince de Bade, qui est sous Augsbourg cl qui n'a que vingt mille hommes au plus. Le prince Charles, lils de M. le Grand, fut blessé le jour de devant la bataille, et eut deux coups, dont l'un lui perce le bras et l'autre ne fait que lui effleurer le coude ; il n'en sera point eslropié, et on le loue fort. Nous n'avons perdu aucun oflicier considérable et nous n'avons pas eu cin- ({uante hommes tués dans cette affaire. La victoire est
(I) « Le soir les romtVlions représenttVml la cominlie de fn Mh-r rnqurffe «le M.Qiiinaut. ■• {Mnriireih- iKivfinlirc , |Kipe isi.)
complète ; nous avons tout le canon , tout le bagage, les pontons dont ils dévoient se servir pour construire un pont sur le Danube ; nous avons plus de quatre mille prisonniers, dont le plus considérable est un colonel de dragons des troupes de Brandebourg.
Mardi 2, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. — On eut nouvelle de Vienne que l'empereur, le 12 de ce mois , y avoit fait proclamer l'archiduc roi d'Espagne , et qu'on croyoit même qu'il le feroit partir incessamment. On parle qu'il va faire un pèlerinage à Notre-Dame de Gratz, et cela fait soupçonner qu'on pourroit songer à l'envoyer àTrieste pour l'y faire embarquer sur la flotte ennemie qui est dans la Méditerranée et qui a dessein, à ce qu'ils prétendent, d'entrer dans le golfe ; ce projet-là ne laisseroit pas d'avoir de grandes difficultés, et les dernières nouvelles que nous avons eues de cette flotte , c'est qu'elle était encore aux Fromentières , entre le détroit et les Baléares. — On eut nouvelle que milord Marlborough avoit enfin fait tirer le canon sur Limbourg le 26. Beignac, qui avoit ordre de se rendre, demanda à capituler; on ne lui voulut point donner d'autre capitulation que de le prendre prisonnier de guerre ; il répondit que, puisque cela étoit, on n'avoit qu'à l'attaquer. On ouvrit la tranchée ce jour-là, et le canon eut bientôt fait brèche qui obligea le 29 Reignac à accepter la capitidation. — Le maréchal de Villeroy est campé à Roten, et son armée est dans l'abondance. M. de Pracomtal, avec son détachement, marche dans le pays de Luxembourg, et l'on croit que les ennemis veulent envoyer un détachement sur la Moselle du côté de Traerbach.
Mercredi 3, à Fontainebleau. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; il vint diner dans l'appartement de la duchesse de Guiche et dans le nôtre, et les trouvant plus commodes que ceux qu'il avoit destinés au roi et à la reine d'Angleterre, il changea les dispositions qu'il avoit faites, mit LL, MM. BB. dans nos appartements, et nous
donna ceux qui étoicnt préparés pour elles; tout le déménagement fut tait avant qu'elles arrivassent. Le roi les alla recevoir sur le perron de la cour en ovale, les alla conduire chez eux; ils soupèrent en public avec le roi et toutes les princesses. — On reçut ilos lettres de M. de Vendôme, qui étoit encore àSan-Benedetto; le bruit de son armée est qu'il va marcher en remontant le Pô; on croit même qu'il approchera fort près des États de M. de Savoie, à moins que ce prince ne donne de bonnes sûretés qui nous puissent mettre l'esprit en repos. — On a des lettres de Madrid, qui portent que le cardinal Porto-Carrero * ne veut plus se mêler des affaires du royaume et qu'il n'entre plus dans le conseil. — M. de Monasterol demeurera cet hiver ici en qualité d'envoyé de M. de Bavière, comme il l'étoit avant lacampai^ne. — Il y a à Paris des lettres venues à nos l)anqui«;rs par leurs correspondants en Allemat;ne, qui parlent d'un grand combat (pie nous avons gagné conti'e le prince de Bade; mais on ne croit point ici cette nouvelle.
* I,e cardinal Porto-Carrero rccevoit jourucllenient tous les dégoûts possibles dans les affaires et tout ce qui tenoit à lui; le cardinal d'Estrées de mémo. La princesse des Ursins, srtre du roi et de la reine, se jouoit d'eux ; elle avoil persuadé à madame de Maintenou (pie de Versailles elle fi;ouvenioil l'Espagne par elle, au lieu que ces messieurs \ouloienl être indépendants ; et ce point gagne, elle ne les ménagea plus. Le cardinal d'Estrées, dont la fortune étoit au comble et ses neveux dues et grands d'Espagne, n'alloit plus que par" bonds et par sauts de colère et (rimpatience , et ne vouloil cpie revenir et lais!«'r l'alibé d'Estrées devenir là cv. qu'il pourroil. Le cardinal l*ort(»-<;arrero, accoutume a être maître, ne poiivoit plus soidïrir tout ce (ju il lui arrivoit ; sa douceur, sa patience, son génie médiocre étoicnt a bout . Pour se défaire d'eux, madame des Ursins imagina de ne faire |)lus tenir le conseil qu'à dix et onze lietires du soir pour fatiguer ces vieillards parla veille el rindécenee, qui, après avoir vainement n'|)resenl<' l'ini et l'antre, eurent plus court de cesser d'y venir. (Test ce cpii lit (piitter loiU a tait la partie au cardinal l*orlo -Carrer o, et lit presser au cardinal d'KsIrees son retour.
Jeudi k, à Fonlainchlvau. — Le roi n'ai la a la messe
qu'à midi et demi , après le conseil ; il alla prendre la reine d'Angleterre chez elle. Son appartement nouveau est de plain pied à celui du roi, et la galerie de Diane lui sert de salle des gardes; ils passèrent pour aller à la messe par le cabinet de Clorinde, traversèrent l'appartement où s'habille monseigneur le duc de Bourgogne, l'appartement de madame la duchesse de Bourgogne et celui du roi. Ils entendirent la messe de la tribune ; la reine se mit dans la loge à droite, les deux rois au milieu de la tribune, madame la duchesse de Bourgogne à la droite du roi d'Angleterre , et Madame à la gauche du roi. Au retour de la messe, ils reprirent le même chemin. Le roi conduisit LL. MM. BB. jusqu'à la porte de sa chambre, et puis dîna à son petit couvert, le roi et la reine d'Angleterre dans leur appartement. Le roi lait toujours passer le roi d'Angleterre devant lui et donne la main à la reine. Après dîner ils allèrent courre le cerf; le roi éloit dans une calèche à quatre, menant la calèche , comme il a accoutumé de faire , ayant madame la duchesse de Bourgogne à côté de lui, et derrière la reine d'Angleterre et Madame. Le soir ily eut comédie (1) ; le roi d'Angleterre y alla, il n'en avoit jamais vu ; monseigneur le duc de Bourgogne y alla pour tenir compagnie au roi d'Angleterre. On mit six fauteuils: le roi d'Angleterre et Monseigneur au milieu, monseigneur le duc de Bourgogne à la droite du roi d'Angleterre, et madame la duchesse de Bourgogne sur la gauche de Monseigneur ; les deux autres fauteuils étoient en tournant vers le théâtre, un pour monseigneur le duc de Berry à droite et un pour Madame à gauche. — On mande d'Espagne qu'on a créé une charge de secrétaire d'État pour la guerre et pour les étrangers, qu'on a donnée au marquis
(1) " Les comédiens représentèrent VAndromaque de M. de Racine et la petite comédie de V Esprit de contradiction. » {Mercure de novembre, page 192.)
3I-' lOURINAL DK DAWCiKAlI.
(!«■ Canalos, qu'on appeloii dans ses aml)assades (lolnia ; retle charge est un démembrement de celle du mai()uis de Rivas*. Les Angloiset les Hollandois ont fait imprimer nu placard en espap^nol et prennent le titre des deux puissances maritimes qui viennent pour d«''livrer l'Espagne du joug et de la servitude de la France , et menacent de traiter à feu et à sang tous les Espagnols qui ne voudront pas se soumettre à la maison d'Autriche. Ils avoient fait mettre pied à terre à soixante hommes pour débiter ces beaux placards. Les Espagnols qui se sont trouvés sur la côte en ont tué cinquante-huit, et ont renvoyé les deux autres, l'un Anglois et l'autre Hollandois, pour rendre compte à ceux qui les avoient envoyés de la manière qu'il avoient été reçus.
* Don Antonio de Ubilla, marquis do Rivas , secrétain," do la dopèclic universelle sous Charles II, avoit écrit son testament sous lui, dont, avec le cardinal Porto-Carrero, il avoit été le principal instigateur, et s'en promettoil avec raison une grande reconnoissanco ; elle aboutit à le faire asseoir au conseil au liou d'y rapporter à genoux sur un carreau , et, fort peu après , de partager le mémo sort avec le cardinal Porto-Carrero, sous prétexte d'expédition plus prompte en Espagne, et ici d'y mettre tout à l'exenjplo du roi. Madame des L'rsins anéantit la place de la dépêche universelle en la divisant en différentes places de secrétaires d'Ktat avec les différents déparlements, comme en France, pour lesquels elle choisit gens dont elle s'assura bien. Cle ne fut encore qu'un prélude ; il ne tut pas long. Rivas fut bientôt congédié, et survécut a sa place et à ses espérances dans une obscurité de disgrâce qui dura jusqu'à sa mort et du tond de laquelle il vit bien des fortunes se faire et se défaire, et eut le plaisir de se voir à la lui vengé de madame des Ursins.
Vendredi 5, à Fontainebleau. — Le roi, après son dîner, mena dans sa calèche le roi d'Angleterre tirer dans les parquets; le soir il y eut musique sur le tlicAtre (1), que le roi d'Angleterre entendit de l.i tribun»' de madame de
(()•■ L'on chanta lt> |in»lo^uf «;1 li>sili>ii\ imniiers actes i\ei'n\\t'\nt\'At/i/fs. ( Mrrnirr de novcinhn' . pa>;«; (!»'i.)
OCTOBRE 1703. Si 3
Maintenon; Monseigneur, niesseigneurs ses enfants, madame la duchesse de Bourgogne et Madame y étoient. — On eut des lettres de Rome, qui portent que l'ambassadeur de Venise avoit eu nouvelle par Otrante des désordres arrivés à Andrinople; c'est le baïle qui lui mande tous les détails que voici : les janissaires , les spahis et tout le reste de la milice ont déposé le Grand Seigneur Mustapha, entrant par force dans son palais ; ils ont mis en sa place son frère Achmet, qui n'a que sept ans, et lui ont juré fidélité sur l'Alcoran, le sabre, le pain et le sei ; ils ont changé le grand vizir et en ont pris un qui aime fort la guerre. Ils avoient demandé la déposition du mufti, qui prit la fuite ; ils le rattrapèrent à Varna, sur le chemin de l'Asie, où il vouloit se retirer, et ils l'ont tué. Ils demandent qu'on les mène à la guerre. — Il arriva la nuit un courrier de M. de Vendôme qui a eu ordre de n'apporter aucunes lettres pour les particuliers; on ne dit point les nouvelles qu'il a apportées, mais on juge que c'est de quelques démarches faites contre M. de Savoie, et nous croyons que M. de Vendôme a fait désarmer les troupes de ce prince , qui devroient être de cinq mille hommes, mais nous comptons qu'il n'en reste pas deux mille cinq cents et qu'il a fait déserter le reste. M. deTorcy alla l'après-dinée chez l'ambassadeur de Savoie et vint le soir travailler avec le roi chez madame de Maintenon. Samedi 6 , à Fonlainehleau. — Le roi mena l'aprèsdinée le roi et la reine d'Angleterre aux toiles, où on avoit enfermé plusieurs sangliers; on en tua vingt devant LL. MM., qui étoient dans un chariot. Il y avoit dans le carrosse : au fond les deux rois et la reine; au devant madame la duchesse de Bourgogne, Madame et madame la Duchesse; aux portières les duchesses de Perth et du Liide. Le soir il y eut comédie (1); le roi d'Angleterre
(() " Les comédiens jeprésentèrent la comédie de l'Important. » {Mercure de novembre , page 1%.)
314 JOURNAL DE DAINGEAU.
ci inonseie-neurlediicdo ourtroc^ne n'y vinrent ])oinl. — On ne dit point encore les nouvelles (|u'a|>poi't;i hier le courrier de M. de Vendôme; mais les courtisans ne doutent point de ce qu'ils en avoient juc^é hier, et les ministres étrangers, surtout ceux d'Italie, paroisscnt n'en pas douter. — L'argent est diminué du commencement de ce mois; les louis sont à treize francs et les écus k trois livres dix sous. — On parle d'un grand combat que les Suédois, sous le général Renschild, ont donné dans la grande Pologne contre les Saxons, qui ont été entièrement défaits. Renschild est beau-frère de Cronstrom , ministre de Suède ici. — On eut des nouvelles qu'on croit sûres, car elles viennent d'endroits non suspects , que le prince Louis de Bade avec l'armée qu'il commande, qui est environ de vingt mille hommes, se reti'anchoit sous Augsbonrg; il espère y être joint par la cavalerie qu'il a voit laissée dans les lignes de Stolhofen , et nous avons avis qu'effectivement cette cavalerie marche comme pour entrer dans le pays de Wurtemberg, qui seroit leur chemin.
Dimanche 1, à Fontainchicau. — Le roi alla à midi prendre la reine d'Angleterre chez elle, comme A l'ordinaire, et ils allèrent entendre la messe, mais en bas, et après la messe ils dînèrent tous ensemble, avec la maison royale, en public. L'après-dinée le roi alla tirer. Le roi d'Angleterre lit ses dévotions le matin, et le soir il alla chez madame de Maintenon jouer à de petits jeux avec madame la duchesse de Bourgogne. — On a rendu public ce que le courrier de M. de Vendôme avait apport»'; avant-hier: on a désarmé et arrêté les troupes de M. de Savoie qui étoientdans notre armée; il yen nvoit oiih'e cela (piinze eents dans les hôpitaux de ('l'/'iiione ; on a mis des corps degarde devant ees hôpitaux pour qu'aucun n'«!n puisse sortir. M. de Vendôme marcha le 29, et doit ejitrer sur les terres de M. de Savoie le I V, et mène avec lui les troupes désarmées de M. de Savoie, (|u'on répandra
dans les places du Milanez. M de Vendôme a avec lui les troupes qu'il avoit menées dans le Trentin^ hormis les bataillons qu'il y a laissés sous les ordres de M. de Médavy ; Tautre partie de notre armée demeure sur la Secchia, et M. de Vaudemont doit revenir incessamment des eaux pour la commander. M. le grand prieur, Bezons et Saint-Frémont y sont demeurés; M. le grand prieur, comme le plus ancien, commande. On détache huit bataillons et un régiment de dragons des troupes que nous avons en Languedoc qu'on fait marcher en Savoie ; ce détachement sera commandé par Gévaudan , maréchal de camp. On a demandé à 4'ambassadeur de Savoie qui est ici sa parole qu'il ne sortira point de France sans permission du roi, car sans cela on auroit craint que M. de Savoie ne fit quelque mauvais tour à notre ambassadeur auprès de lui.
Lundi 8 , à Fontainebleau. — Le roi alla courre le cerf ; il avoit avec lui dans sa calèche la reine d'Angleterre, madame la duchesse de Bourgogne et Madame. Le roi d'Angleterre , Monseigneur, messeigneurs ses enfants étoient à cheval. Le soir il y eut comédie (1); le roi d'Angleterre et monseigneur le duc de Bourgogne v furent; il y eut six fauteuils comme la première fois. — M. de Savoie a envoyé un courrier à son ambassadeur par lequel il lui mande que, sur la déclaration qui lui a été faite que nous avions arrêté et désarmé ses troupes, il alloit faire assembler son- conseil pour résoudre ce qu'il devoil faire dans cette conjoncture, et nous croyons ici qu'il ne prendra pas le parti de se soumettre aux volontés du roi, en lui donnant les assurances qu'on lui demande, qui sont des places de sûreté et de réduire le nombre de ses troupes à six mille hommes de pied et
(1) " Les œinécliens leprésenlèrent Phèdre et Hippolijte et les Plaideurs, l'une et l'autre de M. Racine. » {Mercure de novembre, page 200.)
316 JOURNAL DE DANGKAU.
<jiiinze cents chevaux, comme il enétoit convenu par son dernier traité avec le maréchal de Tessé, dans le temps du mariage de madame la duchesse de Bourgogne. — Le roi a donné ses ordres à M. le maréchal de Tallard de faire le siège de Landau; la place doit être investie le 9, qui sera demain. Les brèches qu'ils firent à l'ouvrage couronné l'année passée ne sont racommodées qu'avec des fascines, et celles du corps de la place le sont de maçonnerie. Le maréchal de Vauban ne servira point à ce siège ; Lappara n'y servira pas non plus, car il est malade; ce sera Filley qui commandera les ingénieurs et qui a sous lui l'ingénieur qui étoit dans U place durant le siège de l'année passée. — La reine d'Angleterre alla l'après-dlnée aux tilles Sainte-Marie de Melun.
Mardi 9, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée ; le roi d'Angleterre étoit avec lui. Monseigneur se ])romena autour du canal avec madame la princesse de Conty. Madame la duchesse de Boiu-gogne alla dans une calèche du roi se promener dans la forêt. Monseigneur joua le soir au brelan chez madame la princesse de Conty, et le roi d'Angleterre alla sur les huit heures chez madame de Maintenon jouer à de petits jeux avec madame la duchesse de Bourgogne. — On a nouvelle que M. de Savoie faisoit arrêter nos courriers k Turin et qu'il avoit fail prendre dans Chambéry deux mille cinq cents fusils que nous envoyions à notn^ armée dltalie. — Il y aune nouvelle répandue à Paris que les ports d'Angleterre sont fermés; on dit même que la reine Anne est fort n)alade, mais on ne. croit pa,s ici cette nouvelle vraie. — Par les lettres qu'on reçoit de Suisse , on apprend que le prince de Bade étoit encore le 30 sous Augsbourg, que M. l'électeur de Bavière et M. de Villars nétoiont qu'à une lieue de lui. (a'S mêmes l«'llres portent (pie l«'s Hojigrois mécontents continuent -X faire de grands progrès; ils ont pris Hulst sur 1rs frontières de Pologne, où ils ont trouvé (juelques ])iècesde canon, (jui est ce dont ils man-
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quentle plus; on assure même qu'ils font le siège d'Agria, que les Allemands appellent Erlau .
Mercredi 10, à Fontainebleau. — Le roi se promena autour du canal par le plus beau temps du monde ; il avoitdans son carrosse la reine d'Angleterre, à qui il donne toujours la droite, quoiqu'en France, ordinairement, on ne prenne pas garde à la main en carrosse ; madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient sur le devant, la duchesse du Lude et madame de Bauclay, dame de la reine en semaine , étoient aux portières. Le roi d'Angleterre , messeigneurs les ducs de Bourgog ne et de Berry étoient à cheval; Monseigneur étoit en carrosse avec madame la princesse de Conty, il avoit couru le cerf le matin avec les chiens de M. le Duc. Le soh' il y eut comédie (1) ; le roi d'Angleterre y alla. Monseigneur le duc de Bourgogne n'y alla point ; ainsi il n'y eut que cinq fauteuils, trois au milieu et deux sur les ailes. — Il n'y a de ministres étrangers qui aient reconnu l'archiduc roi d'Espagne que ceux d'Angleterre, de Hollande, de Brandebourg et d'Hanovre ; mais ceux du pape, de la république de Venise, de Suède, de Danemark et de Pologne ne l'ont point voulu reconnoitre. On dit qu'il est parti de Vienne du 19 et qu'il doit venir à Dusseldorf, où il se mettra sur le Rhin pour descendre en Hollande ; mais on n'est point encore assuré de ce départ -là.
Jeudi 11, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf l'après-dlnée seul dans sa petite calèche ; Madame étoit dans une autre calèche. La reine d'Angleterre n'étoit point à lâchasse. Le roi d'Angleterre étoit achevai, et le roi le pria après la mort du premier cerf de quitter la
(1) « Le soir les comédiens représentèrent le Jodelet maitre et valet. » ( Memirp <le novembre, page 203.) Jodelet ou le Maitre valet est une comédie de Scarron , et nous réunissons cette observation à celles que nous avons déjà faites tome VII, page 47, à propos de la prétendue <lisgi"àce de Racine.
318 JOITRNAL DE DANGEAU.
(•haRse, ci'aip:nant que d'être trop longtemps A cheval ne dih'angeât sa santé ; il revint, et le roi courut un secoud cerf. Monseigneur, monseifi-neur le duc de Bourgogne et monseigneur le duc de Ben y éloient à la chasse. Le soir le roi d'Angleterre alla chez madame de Maintenon, joua ■X de petits jeux et dansa aux chansons avec madame la duchesse de Bourgogne ; la reine d'Angleterre les vint voir danser, et le roi y fut quelque temps avec elle. Monseigneur joua au lansquenet chez madame la princesse de Conty . — 11 arriva un courrier de M. le comte de Toulouse, qui mande «{ue la flotte ennemie étoit le 30 du mois passé à Livom-ne et qu'ils avoient détaché quelques vaisseaux de guerre pour escorter des vaisseaux marchands à Smyrne. — Il arriva un courrier de M. de Grignan pour donner avis au roi que M. de Savoie avoit fait arrêter tous les Françoisqui étoient à Nice. On sait qu'il en a usé de môme dans toutes les villes de ses États; il dit que ce n'est pas une hostilité, mais une rep résaille. — Quatre matelots qui se sont sauvés de la flotte ennemie assurent qu'il y a beaucoup de malades; on croit que leur dessein étoit sur quelque place du royaume de Naples ; plusieurs de nos marchands ont eu avis, parleurs correspondants en ce royaume-là, qu'il y avoit eu une conspiration qui a été découverte par le vice-roi ; les chefs ont été arrêtés.
Vendredi 12, à Foulai nebleau. — Le roi et LL. MM. BB. entendirent la messe à onze heures et demie, et à une heure ils partirent pour la chasse du loup. Madame la duchesse de Bourgogne ne fut point i\ la chasse ; elle alla se promener autour du canal et dans la forêt. Le soir il y eut comédie (1). Monseigneur le duc de Bourgogne y vint, et il paroit ({ue le roi d'Angleterre s'y divertit fort ; nonseulement il n'en avoit jamais vu avant ce voyage-ci,
(I) '< Lt's t^uiDi'iliei» I fpnsenb'Tfnl Alexandre de. M. »lo Kacine et ie Concert ridicule de Pal.ipral. .. (Mercure ilc novciiilnc, pa^jt* 20:».)
mais même il n'en avoit jamais lu. — M. Desmarets a la place de directeur des finances qu' avoit M. Rouillé, à qui il rend les 800,000 francs qu'il avoit financés pour cette charge; le roi fait M. Rouillé conseiller d'État. — Le roi envoie M. le maréchal de Tessé commander en Dauphiné et les troupes qui sont destinées à entrer en Savoie, On croit, dès qu'elles seront arrivées, qu'il marchera à Chambéry pour s'en rendre le maître. — Fretteville, major de brigade dans l'armée de M. de Villars, arriva ici le matin ; le roi l'entretint le soir chez madame de Maintenon, après que les lettres qu'il avoit apportées furent déchiffrées. Il partit le 1" de ce mois de notre camp auprès d'Ausgbourg, qui n'est qu'à la portée de canon de celui des ennemis ; mais il ne partit d'Ulm que la nuit du 5 au 6. M. de Bavière envoie un courrier qui est venu sous la même escorte, mais qui est allé droit à Paris , croyant y trouver Monasterol ; ces courriers ne viennent que pour recevoir des ordres, et il ne s'est passé nulle action en ce pays-là. Samedi 13, à Fontainebleau. — Le roi mena le roi d'Angleterre à la chasse du sanglier ; la reine n'y vint point ; elle avoit mal passé la nuit , ce qui ne l'empêcha pourtant pas d'aller à la messe. Le soir à onze heures elle s'évanouit ; il y a longtemps qu'elle a de grandes douleurs au sein, et elles augmentent fort depuis quelques jours. Madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient à la chasse avec le roi. Monseigneur et messeigneurs ses enfants y étoient arrivés avant le roi, et ils dardèrent des sangliers fort adroitement. Le soir il y eut comédie ; la reine cachoit son mal de peur d'empêcher le roi son fils d'aller à la chasse et à la comédie. — Le fils de M. de Châtillon , colonel de dragons , est mort en Poitou, où étoit son régiment; le roi adonné le régiment à son frère , qui est fort jeune. — M. le comte de Toulouse écrit au roi pour le prier de ne le point faire revenir tant qu'il y aura un vaisseau dans la Méditerranée, et lui dit dans sa lettre qu'il ne faut pas tant
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songer ;\ l'aire des campagnes brillantes qu'à apprendre son métier. — Le roi donna ces jours passés une pension de 500 écus à des Fourneaux , lieutenant des gardes du corps, et une autre pension de 500 écus au chevalier Chape, que M. le ctirdinal Ottobon avoit envoyé à S. M. pour lui port<îr un très-beau ])résent de reliques et de six i^rands rliandelier*< de cristal niagniliqiies. — Par les dernières lettres qu'on a eues d'Espagne, qui étoient du i25 du mois passé, M. le cardinal d'Estrées devoit partir le 12 de ce mois pour revenir en France ; le dernier ordinaire a manqué. On mande de Bayonne ([ue le duc d'Albe y a passé; il vient à très-petites jom*nées , et ne sera ici qu'au commencement du mois prochain.
Dimanche iï,à Fonlainehleau. — Le roi ne sortit point de tout le jour et alla au salut. La reine d'Angleterre passa mal la nuit ; cela neTempècha pas de se lèvera dix heures pour entendre la messe et de retourner encore à celle du roi. Après le salut, le roi alla encore chez elle, et puis S. M. entra à son ordinaire chez madame de Maintenon, où M. de Chamillart lui amena le chevalier de Tressemanes et Frette ville, qu'il entretint séparément, et prirent congé de lui pour retourner à l'armée du maréchal de Villars. — Le courrier de M. de Bavière qui avoit passé avec Fretteville arriva hier au soir. Il paroit que M. l'électeur de Bavière ne s'accommode pas de M. de Villars aussi bien qu'il seroit à souhaiter pour le service du roi. — Le soir on chanta sur le théâtre un opéra nouveau de Destouches ; le sujet est le Mariage du Carnaval el de la Folie. Comme le roi aime assez la musique de Destouches , il avoit espéré que S. M. voudroit bien l'entendre; mais il a presque renoncé i\ tous les spectacles. Le roi d'Angleterre y alla avec toute la maison royale. — Madame la duchesse de Lorraine mande à Madame que M. le comte d'Ayen <''toit dangereusement malade à Plombières, et qu'il avoit envoyé chercber en diligence Haliol , qui est présentemeiil premier nn-decin de M. de
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Lorraine ; on cache cette nouvelle à MM. de Noailles et à madame de Maintenon. — L'archiduc est parti de Vienne; il a pris le nom de Charles IIL On le croit arrivé à cette heure à Dusseldorf; on prépare tout en Hollande pour son embarquement , et ils disent que dès qu'il sera arrivé à Lisbonne le roi de Portug'al déclarera la guerre iV l'Espagne.
Lundi 15, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf seul dans sa petite calèche ; le roi d'Angleterre , Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à cheval à la chasse; Madame étoit en calèche. Le soir il y eut comédie (1), et ensuite les Allard tirent beaucoup de sauts extraordinaires. La reine d'Angleterre n'eut point de fièvre ni la nuit ni tout le jour, et ils retourneronl demain à Saint-Germain , au grand regret du roi d'Angleterre, qui s'est fort diverti ici ; c'est un très-joli prince etqui se fait fort aimer. — Il arriva un courrier de M. de Vaudemont, qui n'a pris les eaiLX que cinq jours; il écrit de Milan que M. de Vendôme lui a voit donné rendez- vous à Pavie le 11 , et qu'ensuite il ira se remettre à la tète de l'armée qui est sur la Secchia. — Il arriva le soir un courrier de Modène, par lequel on apprit que le duc de Lesdiguièresy étoit mortle 6 de ce mois. Le roi nous en parla à son petit coucher, le louant fort sur son courage, sur son application , et le regrettant extrêmement. Il n'a jamais eu d'enfants ; le duché de Lesdiguières tombe à M. de Canaples, qui est fort vieux etqui n'a point d'enfants; ainsi il sera bientôt éteint. — Il arrivaun courrier de M. deTal-
(1) « Les couiétlieus lepiesentèrent la comédie du Festin de Pierre, et ensuite les Allard douaèreat un divertissement de sauts périlleux qu'ils avoieni concertés. Le soir, pendant le souper, où étoit la reine d'Angleterre, il y eut un concert de musique italienne exécuté par deux illustres musiciens de Rome nommés Pasqualini, qui turent accompagnés par les sieurs Antonio et liaptiste, excellents violons attachés à monseigneur le duc «l'Orléans, et par le sieur Marchand, ordinaire de la musi(iue du roi, très singulier pour la basse de violon. " ( il/p/ri(/é' de novembre , page "^C?. )
liii'd parti le 9 tle Ztilst, au delà de la lorél de Hagueuau. 11 iiiaitde au roi (jue, malgré la diificulté des chemins^ il mène avec lui quarante pièces de batterie; le reste doit arriver incegsaiument. M, de Marsin devoit investir Landau le lendemain, qui ctoit le 10 ; les ennemis qui sont restés dans les lignes de Stolhofen avoient jeté un pont sur le Rhin à Hagenbach; M. de Tallard y a fait marcher M. deHautefori avec quelques troupes. Les ennemis se sont retirés avec précipitation dans Tile, qui est fort proche de ce bord ici du Uhin , et ont abandonné toutes leurs poutreilles et quelques-uns de leurs l)ateaux. Mardi i(i, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'Angleterre partirent d'ici à dix heures pour retourner à Saint-Germain. Le roi entendit la messe avec eux, et puis il les conduisit jusqu'à leurs carrosses au bas du fer à cheval ; toute la maison royale y étoit ; ensuite le roi alla tenir son conseil à son ordinaire. Monseigneur alla courre le loup, et madame la duchesse de Bourgogne s'alla promener dans la forêt avec madame de Maintenon jusqu'au dîner. L'après-dinée S. M. alla tirer. Monseigneur, au retour de la chasse, mangea chez madame la princesse de Conty, et à huit heures madame la duchesse de Bourgogne et toutes les princesses allèrent jouer chez lui. — Le maréchal de Villeroy mande qu'il a été faire un tour à Namur; il fait toujours observer par M. de Pracomtal les mouvements des troupes ennemies qui ont fait le siège de Limbourg, et renforcera le corps qui est sous M. de Pracomtal en cas que les ennemis lissent quelque détachement considérable pour l'Allemagne ou pour venir sur la Moselle. — Il arriva un courrier du comte d'Ayen; il écritde sa main à madame de Maintenon etàM.deNoailles. et est entièrcmont hors d'affaire. — M. de Lesdiguières laisse pour plus Av. 500,000 écus de dettes: 400,000 écus que devoit son père, et plus de 100,000 écus de ses dettes paiticulières. M. dcCinaplesdoit venir dans peu de jours demauder au roi la permission de se faire recevoir duc
et pair au parlement ; le duché de Lesdiguières ne vaut pas 15,000 livres de rente.
Mercredi Vî, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur ne sortit point de tout le jour, il se promena seulement dans le jardin de Diane avec madame la princesse de Gonty. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry coururent le cerf avec M. le duc d'Orléans et soupèrent au retour de la chasse' avec lui. Le soir il y eut comédie (1). — Le roi entretint longtemps le maréchal de Tessé chez madame de Maintenon ; il lui donna ses derniers ordres. S. M. lui donne pour son fils le régiment de Saulx, qu'avoit le duc de Lesdiguières, qui est un petit vieux, et au marquis de Sanzay le régiment qu'avoit le comte de Tessé, et à un fils cadet du grand prévôt le régiment qu'avoit M. de Sanzay, qui est en très-mauvais état, qui a été pris cette année dans Huy. — L'archiduc, comme roi d'Espagne, a fait quatre grands, qui sont le prince de Lichtenstein , le comte de Mansfeld, le marquis del Vaste et le prince de Gaserte; ces deux derniers sont Napolitains. — L'ordinaire d'Allemagne arriva, qui apporta des lettres de M. de Tallard du 11. Ce maréchal mande qu'il n'est plus qu'à une lieue et demie de Landau ; la place fut investie le 10 par M. de Marsin ; toute l'artillerie , les munitions de guerre et de bouche nécessaires pour ce siège arrivèrent le 12 et le 1 3 ; il y avoit un petit camp de hussards près de la place qui prirent la fuite en voyant arriver les troupes de M. de Marsin. On croit que les ennemis ont quatre mille hommes dansLandau; — Saint-Évremont*, si connu par îses ouvrages , mourut à Londres le mois passé, âgé de quatre-vingt-dix ans ; il y en avoit plus de quarante qu'il étoit exilé de France.
(1) Les comédiens représentèrent la tragédie, de Britannicus de M. de Racine et la comédie de V École des Maris de M. • dé îMolière. » ( Metcttre de
novembre, page 215.)
324 IO^K^AI. l)K l>\M.KAr
* Saint- K\ remont est si connu d.iiis le monde qu'on se contentera de dire cju'uiio lettre qu'il écrivit au maréchal de Crequy le proscrivit pour toujours. I.a curiosité Tavoit attire à Saint-Jean-de-Luz lors du traité des Pyrénées : cette lettre en est un détail et une critique qui développe les replis du creur du cardinal Alazarin et qui ne fait |)asune comparaison avantageuse de sa conduite et de sa capacité avec celle du premier ministre espagnol. 1/esprit et les grâces qui brillent dans celle lettre en rendent encore les raisonnements plus forts et plus piquants. Don l,ouis d'Uaro en uuroit lait la fortune a l'auteur, le cardinal Mazarin l'ignora toute sa vie. Après sa mort M. Fouquet fui arrêté et les papiers de ses |)rincipau\ amis saisis. Le maréchal de Crequy et madame du Plessis-Bellière étoient des principaux ; cette dame fu( ellemême anèici', et parmi ses papiers on eu trouva ceux du maréchal qu'il lui avuit conlies , et dans ceux-là cette lettre fatale que le maréchal u'avoil pu se résoudre ;i brûler. Il n'etoit pas encore maréchal de France, et lehesoin qu'on crut [en] avoir le tira de cette disgrâce pourlui donner le bâton et une armée à commander ou après. Les ministres, à qui cette lettre fut présentée, craignirent un si judicieux censeur; M. Coluerlse piqua de recomioissance pour son ancien maître, leTellier l'y seconda, et le roi, plein de sentiments vifs encore pour la mémoire du cardinal, et jaloux au dernier point sur le gouvernement, s'irrita de manière que Saint-Kvremont erra longtemps caché de lieu en lieu , et lassé enfin de ne trouver sûreté nulle part , sortit du royaunje. Il tenta scMivent et inutilement d'y revenir, et on le lui offrit bien des années après lorsqu'il ne s'y attendoit plus. Il s'étoit uaturalisi- a Londres, où madame Mazarin lui teuoit lieu de tout. H avoil déjà soixante-dix ou douze ans; il ne se soucia plus de sa patrie et refusa d'y rexenir. Il vécut encore une vingtaine d'aimées, et mourut en philosophe comme il avoil vécu.
JcaiJi IS, à lùmtainebleau. — L(î roi couriil It^ cerf r.iprès-d!iiée seul dans sa petite calèclie ; Monseii;iieur <•! iiiessei^iieurs ses enfants «Hoient à la ehasse. Le soir (»n joua <;hez Monseij5Mieiir, et sur les huit heures monseigneur it! duc de Bourgogne et madame la duchesse; de liouriiogn»; y allèrent. — Le roi à son dîner parla lorl (hi s'u'-^r (le Landau, et loua fort le maréchal de iallard des bons ordres (pi'il avoit donnés pour que rien n'y niancpiî'il. Il loua foil aussi les intendants des provinces voisines, qui ont foif Wieii lail exéculer les ordres (pTils a\oi«'nt ri'cus. Il s a plus <!<■ \iii?.;l uiille pionniers dans
OCTOBRK 1705. 325
le camp, et toutes les voitures ont été fournies très-régulièrement ; on croit qu'on aura pu ouvrir la tranchée aujourd'hui. — Le maréchal de Tessé partit pour aller commander en Dauphiné. — Le roi donna 500 écus de pension à Leret,qui commande l'équipage de chasse de M. le duc d'Orléans. — Il arriva un courrier de l'abbé d'Estrées; le cardinal son oncle devoit partir le 12 de Madrid pour revenir en France. L'amirante donne beaucoup d'argent aux soldats et aux pfiiciers qui veulent déserter des troupes d'Espagne ; il y a environ huit ou dix mille hommes de pied et trois mille chevaux qui marchent vers les frontières de Portugal. Le duc d'Albe, qui vient ici ambassadeur, devoit arriver à Bordeaux le jour que le courrier y passa.
Vendredi 19, à Fontainebleau. — Le roi et toute la maison royale allèrent l'après-dinée aux toiles , où l'on tua quarante-trois sangliers; jamais on n'en avoit tant tué à la fois en ces pays-ci . Le soir il y eut comédie (1). — Le roi envoie au cardinal Ottobon son portrait enrichi de très-beaux diamants. — M. de Canaples, nouveau duc de Lesdiguières, vint saluer le roi, qui le reçut très-gracieusement. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme , qui étoit à Pavie. Il mande que M. de Savoie fait toutes les démarches d'un homme qui se prépare à la guerre. Il fait travailler aux fortifications de Turin ; il a mis deux bataillons et un régiment de dragons dans Suze; il lève «juelques troupes, assemble des milices. Il y a déjà quel- <|ues jours qu'il a fait mettre des corps de garde aux portes des ambassadeurs de France et d'Espagne ; il ne veut pas qu'ils aient aucun commerce dans sa cour ni dans la ville. Les lettres sont du 12. M. de Vendôme mène avec lui vingt-six pièces de batterie de vingt-quatre livres et tout ce qu'il faut de munitions pour les servir, et fait
(1) " Les conK'dicns jouèrent Crispin micsicicii par Hauteroclie. » ( Mercure <U' nov einbre , |»a^c '> 1 S. )
32«î JOURNAL DE DANGEAU.
un pont sur la Secchia à Gandie et un sur le P6 H Casai.
On eut par l'ordinaire des lettres de M, de Tallard
du 13; il niMiide qu'on iravailleaux lignes, qui s'avancent fort ; il y a deux quartiers au de là de la Uuinclie et deux en deçà; il espère en pouvoir ouvrir la tranchée le 18. Toutes les munitions de guerre et de bouche arrivoient dans le camp. — On a publié une ordonnance à Bruxelles portant interdiction générale de tout commerce avec les ennemis de la France et d'Espagne, sous punition de mort à Tégarddes marchandises de contrebande.
Samedi 20, à Fontainebleau. — Le roi courut h', cerf l'après-dlnée dans sa petite calèche, et dit au retour qu'il n'avoit jamais vu une si belle chasse. Il y a quinze jours que madame la duchesse de Bourgogne ne va point à ces chasses-là, et nous voudrions que les raisons de n'y point aller durassent encore longtemps. Monseigneur et messeigneurs ses enfants coururent le loup. — Il arriva un courrier de M. de Tallard, parti de devant Landau du 17 au matin. La tranchée devoit être ouverte ce soir-là; tout ce qui est nécessaire pour le siège étoit arrivé dans le camp. M. l'électeur palatin avoit envoyé mille ou douze cents chevaux sur le Spierl^ach pour nous incommoder dans nos fourrages et couvrir lo pays qui est au delà do ce ruisseau, qui est très-diflicile à passer. M. de Tallard détacha Courtebonne avec huit cents chevaux et quehpies grenadiers; les ennemis avoient déjà commencé à se retrancher; voyant nos troupes arriver [ils] se retirèrent fort vite, après avoir perdu cent soixante hommes; Courtebonne les suivit ; ils entrèrent dans Neustadt, qu'il investit d'abord avec sa petite troupe, se mettant devant la seule porto par où ils pouvoient sortir, et il k\s prit tous prisonniers de guerre. Il maiule qu'il a huit cents prisonniers, dragons ou hussards, nt quarante officiers. M. (le Tallard d(Uine de grandes louanges à Courtebonne.
Dimanche 21, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprès-dinée, et revint de bonne heure, parce qu'il faisoit
fort grand froid. Monseigneur donna à dîner à messeigneurs ses enfants, à madame la duchesse de Bourgogne et à madame la Duchesse ; on y joua en sortant de table et jusqu'au souper du roi. M. le duc d'Orléans fit chanter son opéra chez madame la princesse de Conty ; la musique est toute de lui, et les paroles sont de la Fare. — Il arriva un courrier de M. de Villars; notre armée sous M. de Bavière est venue camper auprès d'Ulm , nous n'en savons point les raisons; ce qu'on s'en imagine ici, c'est que M. l'électeur et M. de Villars croyoient qu'on leur envoyoit des troupes de l'armée de M. de Tallard, et qu'ils s'en approchoient pour rendre la jonction plus facile, et ce qui confirme dans cette opinion c'est que M. de Villars avoit envoyé un aide de camp à M. de Tallard pour lui dire les endroits par où il croyoit plus à propos que ces troupes-là passassent ; mais le siège de Landau diffère ce dessein-là. M. l'électeur a laissé M. le comte d'Arco avec une partie de ses troupes pour couvrir son pays entre Augsbourg et Munich. — On a ouvert à Paris le testament du feu duc de Lesdiguières ; il est fait deux mois avant son mariage et est revêtu de toutes les formes nécessaires, et son écriture reconnue par les experts; ainsi on ne peut rien disputer à madame sa mère, à qui il donne tout ce que les lois lui permettent de donner, et comme c'est en pays de droit écrit, voilà tous ses héritiers privés de sa succession, hormis pour les biens substitués. Ainsi, si madame la duchesse de Lesdiguières ne fait point de testament, la maréchale de Villeroy héritera de près de 100,000 écus de rente en terres.
Lundi 22, à Fonlaiinebleau. — Le roi prit médecine et tint conseil l'après-dinée. Monseigneur et messeigneurs ses enfants coururent le loup. Madame la duchesse de Bourgogne dina chez madame de Maintenon et y passa la journée jusqu'à la comédie (1); monseigneur le duc de
(l) '< Le soir les comédiens représentèrent la traj!;édie de [Rodogune de
.12S JOURINAL I)K DANGKAU.
lîoiirgojine y alla. — On reçut plusieurs lettres de iNiincy, qui portent que le prince (rilarcourt est à rextréniité ; il faut lui l'aire trois opérations et toutes trois fort dang-ereuses. La princesse d'Harcourt, qui étoitici, est partie en diligence pour l'aller trouver. — 11 arriva un courrier de M. le nian^chal de Villeroy parti de Namur le 20. M. de Boufllers est à Nainur avec M. de Villeroy, et Tarmée est demeurée à Diest sous le commandement de M. de Busca, qui <>st le plus ancien lieutenant général. Le roi a envoyé pouvoir au maréchal de Villeroy de donner congé au.\ officiers qui seroient les plus pressés de revenir; il y a déjà quinze jours qu'il a ce pouvoir-là , et personne ne lui a demandé congé ; on ne veut point avoir l'air de s'ennuyer à l'armée ni de trop désirer de revenir à Paris. — Il arriva hier au soir un courrier à l'ambassadeur de Savoie; ce courrier a eu un passe-port de M. Phélypeaux, notre ambassadeur à Turin. L'ambassadeur de Savoie alla chez M. de Torcy dès que ce courrier fut arrivé ; nous n'en savons pas davantage, — On a fait repartir le courrier de M. de Villars, et M. de Monasterol, envoyé de M. de Bavière, pai' un mésentendu , n'a reçu ses lettres qu'après que le courrier a été reparti; ainsi il na j)u laii-H réponse aux lettres qu'il avoit reçues.
Mardi 23, à FoiUainebleau. — Le roi courut le cerf , et fut fort mouillé à la chasse ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants y étoient. Madame la Duchesse y étoit en calèche avec des dames, et Monseigneur leur donna un retour de cha-ssc . et ensuite il y eut jeu chez lui jus(ju au souper du roi. Le matin ;ui conseil de finance M. Desmarets prit sa place dr directeui-; mais il ne rapport»j)as encore. — Lr roi tlonna le soir à M. de Sainctoi, introducteur des ambassadeurs , un brevet de retenue dr loiiti' sa cliargr, (|iii Ini av'oil coùli'' 82,000 écus; il
M. ili- Corni'illr l'aim', H l« |M'lit« romcriif ilii Coclin.siiiifMtfn'l |mi II.Mitr
en avoit déjà 40,000 , ainsi c'est une augmentation de 42,000. — On eut par l'ordinaire des lettres de M. le comte de Toulouse du 15; il mande que, par les avis qu'il a de Livourne, la flotte ennemie appareilloit ; mais les bruits étoient forts différents sur la route qu'elle alloit prendre , car les uns disoient qu'elle alloit sur les côtes du royaume de Naples et les autres qu'elle alloit repasser le détroit pour retourner en Angleterre et en Hollande. — M. le prince d'Harcourt a été taillé en Lorraine; on lui a tiré deux grosses pierres, et l'opération a été fort rude. — La Harteloire, chef d'escadre , partit de Brest il y a quelques jours avec cinq gros vaisseaux ; on croit qu'il va passer dans la Méditerranée et joindre M. le comte de Toulouse. Pointis, chef d'escadre, a aussi ordre de partir pour Brest, où il va pour commander une escadre qu'on y arme ; il n'ouvrira ses paquets que quand il sera à la voile.
Mercredi 24 , à Fontainebleau. — Le roi devoit aller tirer l'après-dlnée , mais le vilain temps l'en empêcha ; il ne sortit point de tout le jour, et fut toujours chez madame de Maintenon , où il travailla longtemps avec M. de Chamillart. Monseigneur ne sortit point non plus et fut tout le jour chez madame la princesse de Conty. — M. de Pontchartrain dit au roi le matin qu'on lui mandoit de Bretagne que M. le maréchal d'Estrées étoit à la dernière extrémité; il a près de quatre-vingts ans et est tombé en apoplexie. — Par les dernières lettres de M. de Vendôme, qu'on eut il y a quelques jours et qui étoient du 12, on apprend que les Impériaux avoient remis M. de Barbezières en liberté; il devoit partir de Gratz le 2 de ce mois et être conduit à l'armée du comte de Staremberg en Italie, pour passer de là dans la nôtre. — On a nouvelle que l'archiduc avoit non-seulement passé à Dusseldorf, où il étoit attendu, mais qu'il étoit arrivé même en Hollande, où MM. les États lui avoient fait préparer la maison de Honslardick. On ne croit pas que les vaisseaux (pii le
33ft JOURNAL DK DANGKAU.
dovoient porter en Angleterre et de M en Portugal soient encore pnMs. — De Lisle, capitaine aux gardes, mourut il y n (juel(|U('s joui s à notre armée de Flandre. L<' roi a maud»': à M. le niaréclialdoBoufflersccliii !U[ui il destinoit cette compagnie , mais nous ne le savons point encore; il a donné l'enseigne qui vaquera par la promotion à Matha. moustjuetaire, homme de condition et fort pauvre, et outre cela une pension de 300 écus.
Jeudi 25, à Villeroy. — Le roi partit de Fontainebleau à midi ; il avoit dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne, Madame, madame la duchesse d'Orléans, la duchesse du Lude et madame de Mailly. La maréchale de Cœuvres croyoit devoir aller dans ce carrosse par préférence à madame de Mailly, qui n'est pas titrée ; mais comme dame d'atours elle a eu la préférence *. Monseigneur partit dès le matin dans sa berline avec madame la princesse de Conty et alla dîner à Meudon ; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry y allèrent diner aussi ; madame la Duchesse étoit partie dès hier pour Saint-Maur. — Le matin, au lever du roi, à Fontainebleau, M. de Chainillart apporta des lettres au roi de M. de Tallard du 18. La tranchée avoit été ouverte la veille, et on avoit poussé le travail si loin qu'on étoit aussi avancé que les Allemands, quand ils assiégèrent la place, létoient au bout de trois semaines; nous n'avons eu que six soldats tués et un capitaine de cavalerie nommé Rocheplate. — Le roi arriva ici à cinq heures, mais par un si vilain temps qu'il ne put se pronumer. Madame la duchesse de Bourgogne en arrivant se mit au lit, et se releva pour le souper du roi. — On eut le soir des lettres du maréchal de Villeroy, qui mande à S. M. (pi'un de ses gardes qu'il avoit envoyé A M. de Tallard étoit paiti du camp devant Landau le 20, (ju'on u'étoit plus qu'»\ quatre-vingts toises (le la contrescarpe et <|ue nous avions (h'-jà ein(] batteries achevées et qu on conq»toit dans leearnp(iue nous serions maîtres de la place les premiers jours du mois qui vient.
*Depuis madame de Senecey et la comtesse de Fleix, sa fille et sa survivancière, toutes deux dames d'honneur de la reine mère, cette place n'avoit plus été remplie que par des duchesses. Elles-mêmes le furent en 1663 par l'érection de Randan en leur faveur,etde MM. de Foix, filsde la dernière. Longtemps auparavant elles avoient eu le tabouret de grâce, lorsque le rang des Bouillon s'établit et que celui des Rohan pointa. Le bruit qui en fut fait dans des assemblées que M. Gaston favorisa fit ôter tous ces rangs sans vrai titre , qui furent rendus quelques années après, et à la lin ces deux dames furent comprises avec ^L de Foix dans l'énorme augmentation de ducs de 1663. Jusqu'à elles , les dames d'honneur ne disputoient rien aux duchesses, non-seulement la préférence dans le carrosse de la reine , mais même le service de la sale et de la chemise , tout le reste demeurant à la dame d'honneur. La sale est mie sorte de soucoupe sur laquelle, à la fin de la toilette, ou présente à la reine sa montre , des étuis et des mouchoirs. ^Mesdames de Senecey et de Fleix, favorites de la reine et qui avoient perdu leur charge pour elle et passé les dernières années de Louis XIII en exil, firent chasser à leur retour madame de Brassac, qui avoit été mise en leur place , et possédèrent la reine toujours depuis; on ne sait si ce fut de leur temps que leur charge ne céda plus la sale et la chemise aux duchesses; mais il faut que ce soit depuis leur exil. On ne sait encore si ce furent elles qui obtinrent la préférence dans le carrosse; mais il est sûr que les duchesses de Navailles, de ^lontausier et toutes les autres de la reine Marie-Thérèse l'ont eue , sous prétexte de lui nommer les dames pour y monter, qu'elle fut longtemps à connoître par leurs noms et leurs rangs. Pour la dame d'atours, jamais aucune n'y avoit songé , pas même madame de Béthune, si favorite de la dernière reine et qui l'a été si longtemps. Madame de Mailly, nièce de madame de Maintenon , n'en fit pas à deux fois sur la jeune maréchale de Cœuu-es. Elle eut peine à établir un droit si nouveau; mais madame de Maintenon, qui l'aimoit alors, qui haïssoit les rangs et qui avoit ses raisons pour cela, le roi, qui ne les aimoit guère , la laissèrent empiéter, et enfin elle le fit décider en sa faveur plus par un silence et un défaut de lui imposer que par aucune explication là-dessus. Il ne lui en falloit pas davantage ; elle sut en profiter.
Vendredi 26, à Sceaux. — Le roi dina à onze heures à Villeroy et en partit à midi pour venir ici. Il reçut à son lever des lettres de M. de Vendôme, qui étoit encore à Pavie le 16 ; les ponts qu'il fait faire sur la Seccbia et sur le Pô nétoient pas encore achevés. 11 meurt beaucoup de chevaux dans notre armée; la plupart de notre cavalerie
3S2 JOURWAL J)K DANGKAll.
est à pied. Le roi arriva à Sceaux à quatre heures et ne se promena point ; madame la duchesse de Bourgogne se mit au lit en arrivant ; elle se releva pour jouer avec Monseigneur sur les sept heures. Monseigneur \int ici de Meudon avecmesseigneurs sesenfans. — M. de Pontchartrain envoya le soir au roi les nouvelles qu'on avoit eues de la tlotte ennemie; elle avoit mis i\ la voile pour partir de devant Livourne; elle prend la route du détroit. Il y a une grande mortalité sur cette flotte, et ils jettent beaucoup de corps à la mer. On croit qu'ils avoient quelque dessein qui a échoué. On mande que M. de Savoie a envoyé quelques petits bâtiments après cette flotte, pour prier les commandants dedemeurer encore quelque temps sur les côtes d'Italie, et de lui laisser quelques troupes et quelques vaisseaux qui pourroient demeurer àVillefranche. — On a eu des lettres de Bretagne , qui disent que le maréchal d'Estrées se porte mieux et que son mal a été bien moins considérable qu'on ne l'avoit cru.
Samedi 27, à Sceaux. — Le roi alla le matin à la pèche, que Ton fit au bout du canal ; il avoit dans sa calèche avec lui madame la duchesse de Bourgogne, Madame et madame la duchesse du Lude. Il retourna encore l'après-dlnée à la pèche, qui étoit à la grande pièce . au bout de la cascade; on prit plus de trois mille pièces de poisson. Madame la duchesse de Bourgogne ne suivit point le roi Taprès-dinée ; elle alla voir madame du Maine, qnis'étoittrouv«''e un peu mal, et joua toute l'aprèsdinée au lansquenet chez elle. Madame la princess*; de Conty, qui avoit suivi le roi à la pèche, s'en alla le soir A Versailles assez incommodée. Le soir, chez madame de Mainti'non , le roi «'nlendit Vizée et Descoteaux et les lit jouer longtemps. Après la musique M()nseign«MU' et madame la duchesse de Bourgogne jouèrent au lansquenet. — Il arriva le malin un courrier de M. de Tallard; les lettres sont du 2'*aumatin. Nous n'étions plus qu'.V vingtcin(| loisesde la contrescarpe ; on a avancé deux ba Merles
sur la parallèle qui joint les deux attaques et qui embrassent tous les ouvrages que nous attaquons. Nous avons perdu à la dernière nuit cinquante soldats et le capitaine des grenadiers de Greder ; il y a eu un brigadier des ingénieurs qui a été tué aussi. — 11 arriva un courrier de M. le comte de Toulouse. Les lettres sont du 22, et confirment tout ce qu'on avoit dit hier de la flotte ennemie et les instances que fait M. de Savoie pour la faire demeurer encore quelque temps sur les côtes d'Italie.
Dimanche 28, à Versailles. — Le roi se promena tout le matin à Sceaux et en partit à deux heures et demie pour venir ici ; il commanda qu'on vint fort doucement ; les espérances sur madame la duchesse de Bourgogne continuent. Monseigneur alla diner à Meudon, d'où il ne reviendra ici que mardi. — Le roi dit le matin à sa promenade à Sceaux que M. le duc de Savoie vouloit faire la guerre , mais qu'il aimoit beaucoup mieux qu'il la lui fit ouvertement que de la manière qu'il vouloit la lui faire . — M. de Vendôme arriva le 20 à Casai; il envoya le 17 à Verceil une lettre pour celui qui y commande, et le prioit de faire passer le trompette qui lui portoit la lettre à Turin , pour rendre une autre lettre à M. de Saint-Thomas, à qui M. de Vendôme écrit qu'il avoit ordre du roi de faire des propositions à M. de Savoie , et que , s'il vouloit bien lui envoyer un passe-port, il feroit partir aussitôt qu'il l'auroit reçu celui qu'il choisiroit pour aller faire ces propositions. M. de Bagnasque, qui commandoit dans la place , prit la lettre du trompette , le renvoya, et manda à M. de Vendôme qu'il alloit envoyer un courrier à M. de Saint-Thomas qui lui porteroit sa lettre et lui en apporteroit la réponse. Cette réponse arriva effectivement le 20 au matin au camp de Candia, où étoit encore M. de Vendôme; il lui mande que S. A. R. écoutera volontiers les propositions, mais qu'il le prie de lui faire savoir quelles elles sont avant que de lui envoyer le passe-port pour celui qui seroit chargé de la négociation. — 11 ar-
iS4 JOURNAL DE DANGEAV
rivH un oourrici' dv M. \v maiVchal d»' Tallard. Lo nuit du 'îï au 25 ou s'est rendu inaitre de 1<« lunette ou redoute de Mélac, que les ennemis ont abandonnée ; on s'y est logé, et l'on croit que le 27 ou le 28 on attaquera le chemin couvert.
Lundi 29, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly , et fut très-content de tous les ouvrages qu'on y a faits en son absence. Madame la duchi sse de Bourgogne garda le lit. — 11 arriva hier au soir deux courriers de Bavière; l'un est Saint-Victor, capitaine de cavalerie, qui fait la charge d'adjudant général et a un brevet de mestre de camp dans les troupes de M. l'électeur ; il a passé par l'armée de M. de Tallard devant Landau, et on le renverra incessamment en Bavière. L'autre courrier est M. Bern.ud, qui fait la charge de maréchal des logis dans l'armée de M. de Villars ; il en est parti le â3 et Fa laissée à Memmingen sur l'Isler. M. le prince de Bade, s'est avancé do ce côté-là, comme s'il avoit voulu se rendre maître de cette place , et a laissé un petit corps de troupes auprès d'Augsl)om'g ; son armée est fortifiée par la garnison sortie de Brisach et quelques troupes saxonnes restées de la défaite du comte de Stirum. — Ce soir, avant souper, il est arrivé un courrier du maréchal d'Estrées , qui mande au roi que les états de Bretagne lui ont accordé un don gratuit de trois millions; il y a quelques évôquesdece pays-là dont il paroit qu(; la cour n'est pas contente. — La nouvelle duchesse de Lesdiguières prit le tabouret au souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne se leva et soupa avec S. M. — Ce que l'on avoit dit de l'arrivée de l'arcliiduo en Hollande ne s'est pas trouvé vrai ; il est encore à Dusseldorf ; on dit même (ju'il n'en veut partir (jue quand la flotte qui le doit porter en l*ortugal sera prête , ne voulant faire aucun séjour à la Hayo; il paroit qu il n'est pas trop content des iiollandois.
Hardi .'iO, à VersodUes. — Le roi alla tirer après son
dtner. Madame la duchesse de Bourgogne ne sortit point. Monseigneur revint le soir de Meudon et madame la Duchesse de Saint-Matlr. — Il arriva un courrier du maréchal de Villeroy, qui devoit partir lundi de Namur pour retourner à son armée, qu'il va séparer; les officiers généraux qui reviennent comptent d'être à Paris au commencement de la semaine qui vient. — Quelques nouvelles qu'on a de Hongrie portent que les mécontents sont tellement augmentés qu'ils sont au nombre de cent quatre-vingt mille, parmi lesquels il y a trente-cinq mille hommes de troupes réglées et armées. Us ont pris cent pièces de canon en plusieurs châteaux et villes dont ils se sont rendus maîtres ; ils se sont saisis des villes qu'on appelle les villes des montagnes, où sont les meilleures mines d'or de Hongrie, et on assure que tant en or qu'en matières à épurer ils ont pris la valeur de 2,000,000 d'écus; ces villes se nomment Bistritz, Kremnitz , Schemnitz, Neusohl, Altsohl; il y a d'autres mines du côté de la Transylvanie qu'on appelle les mines de Nagibania , mais qui ne sont pas si abondantes, 11 y a quelques lettres aussi qui disent que l'empereur a ordonné à tous les habitants de Vienne de se fournir de vivres pour un an. — La compagnie aux gardes vacante a été donnée à d'Orgemont, le plus ancien lieutenant de ce corps et qui a un bras coupé. — La comtesse de Clertnont, que nous avons vue fille d'honneur de la reine , s'appelaiit mademoiselle des Autels, est morte; elle n'a point d'enfants; elle étoit veuve du frère aine de M. de Seissac, — Les nouvelles de Hongrie me paroissent un peu pleines d'exagération ; mais je les écris telles qu'elles sont venues.
Mercredi 31, à Versailles. — Le roi alla à vêpres; toute la maison royale étoit avec lui en bas , hormis madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit dans la niche en haut avec madame la duchesse d'Orléans. Après vêpres , le roi fut longtemps enfermé avec le P. de la Chaise, comme il fait toujours la veille des fêtes où il fait ses dévotions ;
33fi lOllRNAT. I)K OANGEAl'.
iiLidaiiH' l;i (luchrssc île Hoiiriiotiiic les fit le matin aux Kécollets en bus. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui étoit le 24 il Alexandrie. Il mande que M. de Staremberg a détaché trois mille chevaux de son armée pour joindre M. de Savoie; ces troupes ont passé par Carpidu Modénois et par le Parmesan. M. de Vendôme va faire marcher quelque cavalerie pour tâcher d'empêcher leur jonction avec M. de Savoie et les combattre. — Le roi a permis à M. le maréchal de Villars de revenir* ; il a voit demandé son congé plusieurs fois , et M. l'électeur ne sera pas fi\ché qu'il revienne; ils ne s'accommodoient pas ensemble. Le roi y envoie M. de Marsin, qui est di'jà parti de devant Landau et qui trouvera à Schaffouse l'escorte qui y aura amené le maréchal de Villars. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus à M. de Legall. Je crois qu'il en avoit déjà une de ."iOO écus, et qu'ainsi ce n'est que 500 écus d'augmentation. — Gédouin, capitaine de vaisseau , fils de celui qui étoit gouverneur de M. de Vermandois , est mort. 11 avoit le petit gouvernement de Beaugency, qui est de l'apanage de M. le duc d'Orléans, qui a donné ce gouvernement à M. de Saint-Pierre ; il ne vaut que 1,000 livres de rente.
* La diversité des projets , l'autorité que le maréchal de Villars vouloit prendre, mais surtout l'énormi té des contributions dont le maréchal de Villars s'enrichit aux dépens d'amis et d'ennemis, et les mouvements des troupes francoises (jui en dépeudoient pour les étendre et les prolonger, à ce que l'électeur reprochoit au maréchal, les brouillèrent. L'électeur de dépit conçut le projet du Tyrol, qu'il exécuta malgré le maréchal, qui ne l'y voulut point aider, et dont l'idée étoit fausse ; et le succès, qui n'aboutit à rien, fit perdre bien du temps, et nuisit beaucoup aux affaires qui avoient cependant été poussées plus heureusement ailleurs. Cela achev.i de les rendre incompatibles , outre que le maréchal, jaloux de sa femme, à qui le roi ne voulut pas permettre de passer en Bavière , et n'espérant plus de monter à une fortune plus haute par la faveur de l'électeur qu'il avoit plus que perdue, ne cherchdit , depuis que sa main lut faite, (pie les prétextes de retour avec son butin.
Jeudi I" iinrembrcà Vcrsaillrs. — Le roi, Monseigneur
et messeigneurs ses enfants firent tous leurs dévotions séparément, et à midi ils retournèrent ensemble entendre la grande messe; madame la duchesse de Bourgogne descendit en bas avec eux , et api'ès la messe elle vint se déshabiller. L'après-dinée S. M. et toute la maison royale entendirent le sermon du P. de la Rue, vêpres, vêpres des morts et puis le salut; madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit en robe de chambre, demeura dans sa niche de la tribune en haut. — Il arriva un courrier dn M . de Tallard, parti le 29 au matin ; on avoit attaqué la contrescarpe la nuit, et on s'est logé sur trois angles sailr lants ; nous n'y avons perdu quasi personne , cependant on croit que les assiégés se détendent bien. — Notre ambassadeur à Gonstantinople mande toutce que noussavons déjà de la déposition du Grand Seigneur et des changements arrivés à la Porte. Il écrit qu'on a pris quarante millions au mufti qui a été tué, et il ajoute dans une lettre qu'il écrit à son frère : « Ne dites point cette particularitélà; car, quoiqu'elle soit vraie, il n'est pas vraisemblable qu'on trouve une somme aussi exorbitante à un particulier. » — M. Portail , tuteur des petits enfants de M. Rose, a vendu pour eux sa charge de secrétaire du cabinet, que le roi avoit laissée à la famille; M. Duret, président du grand conseil, l'a achetée, et donne des effets qu'on estime environ 40,000 écus.
Vendredi 2, à Marly. — Le roi dina de bonne heure à Versailles, et puis vint ici, oîi il se promena jusqu'à la nuit. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup dans la forêt de Saint-Germain et arrivèrent ici un peu après le roi. Monseigneur le duc de Bourgogne dîna à Versailles chez madame la duchesse de Bourgogne avec les dames du palais, et durant son dîner un officier du gobelet qui le servoit tomba mort à ses pieds ; heureusement madame la duchesse de Bourgogne, qui mange gras, dînoit chez inadaiiKi de Mainteuon ; elle lie vit point ce triste spectacle, qui îiiiroit été dani;e-
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338 JOURNAL DE DAINGEAU.
reux à voir en l'état où nous la croyons. Elle vint ici en carrosse, mais fort doucement et toujours sur la terre, et se coucha en arrivant. — On eut des nouvelles à Versailles d'un petit combat en Languedoc contre les fanatiques. M. de Vergetot, brigadier d'infanterie et gendre du feu mar«îchal de Bellefonds , en attaqua une troupe de sept ou huit cents auprès de Lussant; il en a tué six-vingtt;, blessé plusieurs, qui se sont dispersés dans les bois. Nous n'avons quasi perdu personne à cette action; on leur a pris trente mauvais chevaux qu'ils avoient. — Dans la distribution des bénéiices que le roi fit hier il n'y avoit rien de considérable ; le meilleur étoit le doyenné de Saint-Omer, qui vaut 2,000 livres de rente , qui a été donné à l'abbé de Valbelle , aumônier du roi , chanoine de cette église et grand vicaire de son oncle, ([ui est évêque de Saint-Omer.
Samedi 3, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf dans sa petite calèche; Madame étoit dans une autre calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. On revint diner à l'heure ordinaire et , après dîner, le roi se promena dans les jardins. — Hier l'ambassadeur de Savoie donna une lettre de son maître à M. le duc d'Orléans, voulant engager une négociation avec le roi et tirer les affaires en longueur. M. le duc d'Orléans en rendit compte le soir à S. M., qui l'a chargé ce matin dédire à cet ambassadeur que le roi ne changeroit rien dans les propositions (pie M. de VendAme a ordre de ku faire et qu'il faut une réponse décisive. — M. le maréchal de Villeroy demeurera cet hiver en Flandre; il a loué un luMel à Bruvelles et y lîuvoie des meubles de Paris. M. le maréchal de boufflers revient, et sera ici à la lin de la semaine qui vient. — Moulineaux, capitaine aux gardes , qui a eu la survivance du gouvernement de Brouage, vend sa compagnie à M. de , lieutenant dans ce régiment, et
ixirent du maréchal de Boufilers, qui en a obtenu l'a-
grément du roi pour lui. — La comtesse de la Marck est de ce voyage ; elle n'y étoit venue qu'une fois.
Dimanche k, à Marly. — Le roi alla Faprès-dlnée à Saint- Germain voir le roi et la reine d'Angleterre; Monseigneur y étoit allé avant le roi , et en repartit cpand le roi y arriva. — Le matin, pendant que le roi étoit au conseil, le chevalier de Montendre arriva. M. de Vendôme le fit partir le 28 au matin de Serra valle ; il a passé par le lac Majeur, par le lac de Genève et par Lyon. Il apporte la nouvelle de la défaite entière des deux mille chevaux que le comte de Staremberg avoit détachés de son armée pour joindre M. de Savoie; ils étoient commandés par Visconti, le même que M. de Vendôme avoit déjà battu à la Victoria. Le combat se donna le 26 à Saint- Sébastien sur la- Staff ora. M. de Vendôme^ à la tète des grenadiers du régiment de Bresse, commença l'attaque ; les ennemis se défendirent fort mal. On leur a tué quatre cents hommes , on en a pris cinq cents, et le reste est enveloppé dans des montagnes par nos troupes, et on ne croit pas qu'il s'en puisse sauver un seul. Ils ont abandonné presque tous leurs chevaux ; il y en avoit déjà plus de sept cents de pris quand Montendre est parti ; ces deux mille chevaux étoient l'élite de l'armée du comte de Staremberg et étoient composés de quatre-vingtdix maîtres par régiments, et ils avoient doublé les officiers; il y en avoit dix -huit parmi les prisonniers. Ils disent que Visconti a été blessé , et s'étoit retiré à un village à trois lieues de Saint- Sébastien; que le comte de Salms, colonel, et le commandant du régiment du prince Eugène ont été blessés aussi et tàchoient de se retirer à Gênes, qui n'est qu'à six lieues de Saint-Sébastien. Ce qui étoit resté de ce détachement vouloit d'abord poursuivre sa marche; mais ayant appris que M. de Bouligneux étoit à Agni sur la Bormia (1) avec cinq bataillons, ils vou-
(1) Acqui sur la Bormida.
NO IDUHNAl. J)K l)A^(l i:\ll.
lurent itiinaivlieronun'ii'iv, «tlvoyaiitqueM. de Vendùnàe, non contenl de les avoir bien battus, les poursuivoit encore, ils se jetèrent dans la montagne où nos troupes les enveloppèrent. M. de Vendôme n'avoit avec lui à Saint- Séliastien (jue quatorze compagnies de grenadiers commandées par M. de Dreux et mille chevaux. M. le grand prieur et Chemerault prirent la hauteur sur les ennemis, et les attaquèrent pendant que M. de Vendôme les chargeoit au pied de la montagne; cinq cents dragons des ennemis mirent ]>ipd à terre, tirent une décharge dont Chemerault fut blessé au bras , et prirent la fuite. Deux compagnies de hussards que nous avions coupèrent beaucoup de tètes et ramenèrent trois cents chevaux ; nous n'avons pas vu ^ ingt hommes tués à c«;lte affaire-là.
Lundi 5, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins; il travailla le soir avec M. Pelletier, comme il a accoutumé de faire tous les lundis. Monseigneur vouloit courre le loup, mais il n'y en avoit point de détourné ; il ne partit point d'ici. — On eut par l'ordinaire des lettres de devant Landau du 30 et du 31. Nous avons établi plusieurs batteries de canon et de bombes dans le chemin couvert, et on alloit travailler à la descente du fossé où les assiégés ont mis de l'eau ; ils continuent à faire un fort grand feu, mais ils n'ont encore tué ni blessé personne de connoissance. — Du Libois *, gentilhomme ordinaire du roi, est allé par ordre de S. M. ;V Paris et demeurera auprès de M. l'ambassadeur de Savoie, (pi'il accompagnera partout (1). On ne doute
(I) M. <l« Savoie ncgocioit déjà il y avoit plus «rnn an avec les «>iiiH>inis do la France, et M. •!•■ Catinat, <|iii sVn a|»t'n;til, ne lut pas «ni. CVloit fuiieust;inent risiiuor |M»iir ce prince, (jiie nons environnions de Ions les crttes. Cependant, par une sui(<^ d'c^Y-nenients |)resqin> incroyable , sa «UM'cction a fait le salut de la maison d'Autriclie, et la ^randein- de la sienne en a bien augnientf^. On s'aper»;ul enlinde la nianu-nvrede M. île Savoie , el on lut conlirmé jwr tons les bruits de toutes les cours «|tiK ce prince a\oil Irabi la France. M. tic Vend«\nie eut ordre de de>:arnier se» troupes , ,\ lui lil passer «elle lettre «^uc
quasi pas que M. de Savoie ne sût la défaite de Visconti quand il fit partir son dernier courrier par lequel il ordonnoit à son ambassadeur de parler à M. le duc d'Orléans ; ses lettres étoient du 28, et le combat s'étoit donné le 26. — On a nouvelle par plusieurs endroits que le roi de Suède s'est enfin rendu maître de Thorn ; il y a des lettres aussi d'Allemagne qui parlent d'un grand combat entre les mécontents de Hongrie et les troupes de l'empereur, où les mécontents ont eu tout l'avantage. C'étoit le général Kuiba qui commandoit les troupes de l'empereur.
* On mettoit souvent ainsi des gentilshommes ordinaires à la garde des ambassadeurs avec les maîtres desquels on étoit sur le point de rupture ou en rupture ouverte , et même chez les nonces. Us logeoient et mangeoient avec l'ambassadeur, alloient partout avec lui et ne le quittoient point, en sorte que sa chambre même ne leur étoit jamais fermée. C'étoient d'honnêtes espions à découvert pour voir et rendre compte de tout , rompre toutes mesures par leur présence et empêcher l'ambassadeur de s'évader et de dépêcher des courriers. Ce Libois avoit de l'esprit et de l'intrigue, grand joueur d'échecs , et servoit toujours. On le soupçonnoit im peu de rapporter, peut-être injustement , mais il n'étoit pas admis en beaucoup d'endroits ni en grand commerce arec personne. .
Mardi 6 , à Marly . — Le roi courut le cerf. Monseigneur courut le loup et ne revint que fort tard de la chasse. — 11 arriva le soir un courrier de M. le comte de Toulouse, parti de Toulon le 1" de ce mois; ce prince est toujours à la rade, attendant des nouvelles du parti que prendra la flotte ennemie. On lui a mandé de Gènes que M. de Visconti y étoit arrivé avec cinq cents hommes qu'il avoit sauvés de sa déroute ; qu'il
le roi lui écrivit. Du moins a-t-elle couru , et Lamberti la rapporte sans pourtant en être garant : « Monsieur, pui-sque la religion , l'honneur» l'alliance , les traités et votre signature ne vaut rien entre nous , j'envoie mon cousin le duc de Vendôme pour vous expliquer mes sentiments; il vous donnera vingt-quatre heures pour vous déterminer. { Note du duc de Luynes. )
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Hvoit demandé aux Génois quelques hâtimenis pour porter ses troupes à Onejulia ou à Villelranche , ce (jue la république lui avoit refusé , et qu'il prenoit le parti de tâcher à regagner avec sa petite troupe l'armée du comte de Siareudjerg; mais il trouvera ])ieu des obstacles en son chemin. Il arriva un courrier du cardinal de Janson, qui a passé par Gènes, où il tnuiva encore le général Yisconti, qui lui dit : « Vous êtes bien heureux, courrier, de nous être échappé ; nous vous manquâmes hier. » — « Monsieur, lui répondit le courrier, vous m'avez manqué , mais M. de Vendôme ne vous a pas manqué. » Ce courrier dit que la flotte ennemie étoità File de Corse, à San -Fiorenza , et qu'on l'avoit assuré à Gênes qu'elle mettoit à la voile pour aller passer le détroit. — On a nouvelle que l'archiduc étoit parti de Dusseldorf le 27; ainsi il est apparemment arrivé en Hollande.
Mercredi 7, à Marhj. — Le roi tint conseil le matin , se promena toute l'après-dînée ; il vit cent soixante carpes de couleur qu'on lui a apportées de Villarceaux , et il travailla le soir avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon , comme il fait tous les mercredis. — Il arriva un courrier d'Espagne qui a laissé le 2 de ce mois le cardinal d'Estrées à Bayonne. On a fait une nouvelle junte * à Madrid depuis que le cardinal Porto-Carrero s'est retiré des affaires; cette junte est composée de don Manuel d'Arias, président de Castille, du marquis de Mansera et de l'abbé d'Estrées, notre ambassadeur. — J'appris (jue M. le duc d'Orléans avoit proposé au roi, il y a quelques jours, d'aller <mî Espagne pour y commander l'armée ; il accompagna sa proposition de beaucoup de bonnes raisons et parla très-sagement et avec beaucoup de force. Le roi en fut très-content, mais il n'a j>as jugé k propos de l'y laisser aller. — Le ror a permis A quelques officiers généraux qui arrivent de Flandre de venir ici et leur y a donné des logements. Ces ofliciers généraux sont les ducs de laFeuillade, de
Montfort et le marquis d'Antin; le duc de Guiche y est venu aussi , mais il ne lui a point fallu de logement, parce que la duchesse de Guiche est du voyage. — Par les dernières lettres venues de Languedoc , il paroît que les fanatiques sont un peu consternés depuis leur dernière défaite et voyant que la flotte ennemie n'a rien fait.
* Cette nouvelle junte fut une espièglerie de madame des Ursins, qui voulut apaiser la rumeur de l'expulsion des anciens ministres et de ceux surtout à qui le roi d'Espagne devoit la couronne par la part qu'ils avoient eue au testament , et particulièrement la retraite des deux cardinaux. Elle choisit donc l'abbé d'Estrées comme ambassadeur de France pour tenir la place du cardinal son oncle, et deux hommes de la première réputation , don Manuel Arias , revêtu de la première et de la plus importante place d'Espagne, et le reste de ces anciens ministres, et le marquis de Mansera, de la maison de Tolède, infiniment attaché au roi et qui avoit passé par les vice-royautés et les plus grands emplois, mais qui avoit quatre-vingts ans. EUen'étoit pas embarrassée de celuilà, et aussi peu de l'abbé après avoir expulsé son oncle; on verra bientôt comme elle se défit d'Arias et de l'abbé. En attendant il ne se faisoit rien par la junte que les amusettes d'un bas conseil. Les affaires et les grâces se résolvoient entre le roi , la reine et elle, chez la reine, quelquefois chez elle , et le roi n'en portoit à la junte que ce qui devoit être public et un moment auparavant qu'il le devînt.
Jeudi 8 , à Marly. — Le roi manda le matin au roi et à la reine d'Angleterre, qui dévoient venir ici, d'arriver de bonne heure afin de pouvoir se promener; il faisoit le plus beau temps du monde. Ils arrivèrent à quatre heures, et retournèrent souper à Saint-Germain. La reine est un peu mieux qu'elle n'étoit à Fontainebleau , et l'on doute encore que la grosseur qu'elle a au sein soit un cancer. — On ne doute plus de la grossesse de madame la duchesse de Bourgogne; voilà deux mois entiers passés. — Il arriva le soir un courrier de M. de Tallard, parti le 5. La demilune est prise; les ennemis s'y étoient retranchés, mais ils n'ont pu tenir ce retranchement. Ils font toujours un fort grand feu et chicanent fort leur terrain , mais ils
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n'attendent point quand on peut les aborder, cju ils craiûnent les coups de main. On mande que, selon toutes apparences, ils st- leiidrunt 1»; lendemain ou tout au plus tard le jour d'après. Le roi, à son coucher, nous en montra le plan ; le fossé entre la demi-lune et la contre-garde est ;l demi comblé, et les brèches à ces ouvrciges sont déjà grandes. Nous avons perdu depuis le siège plusieurs ingénieurs et un colonel d'un nouveau régiment, nommé Jansac. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti d'Alexandrie lel^.Ce prince devoit marcher le ï droit à àAst, qui n'est point en état de se défendre ; les cinq cents chevaux ennemis échappés du combat tAchent à regagner Bologne pour rejoindre M. de Staremberg, mais ils auront bien de la peine dans les montagnes qu'il faut qu'ils traversent ; ils sont ol)ligés de tuer leurs chevaux ou de les vendre pour un écu aux paysans. On les suit encore, et M. de Vaudemont enverra encore des troupes pour leur boucher tous les passages.
Vendredi 9, à Marly. — Le roi, après la messe , alla courre le cerf; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse, qui fut assez longue , et on dina plus tard qu'à l'ordinaire. — Le roi d'Espagne a fait une déclaration en interprétation du testament du feu roi Charles 11, qui est telle que M. le duc d'Orléans lepouvoit souhaiter et par laquelle il est appelé à la succession de la couronne d'Espagne en cas que les descendants de la reine Thérèse vinssent à manquer, et cela comme petitsfils de la reine Anne, qui ont droit à cette couronne préférablement à tous les autres princes qui ne sont point de la maison de France. Cette déclaration sera jointe au testament et reçue dans tous les tribunaux où le testament a été autorisé. — Le roi nous dit à son coucher que M. de Savoie avoil fait tirer sur nos galères qui p<ussoi(;nt sous un fort qu'il a auprès de Villefranche, et nous en a paru même fort piqué ; cela n'a fait aucun mal à nos galères. Toutes celles que nous avions sur les côtés d*Es-
pagne, après deux ans de séjour en ce pays-là ;, sont rentrées à Marseille ; elles ont essuyé une grande tempête à l'embouchure du Rhône , mais elles en sont fort peu endommagées. — Les dernières nouvelles qu'on a eues d'Ecosse portent que le parlement de ce royaume , assemblé à Edimbourg , refuse de payer les sommes que FAngleterre leur demande; il y a même eu des lords qui ont proposé de ne pas exclure de la couronne le prince de Galles; c'est ainsi qu'ils appellent le roi Jacques III qui est à Saint- Germain.
Samedi 10, à Versailles. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins de Marly, et ne revint ici qu'à la nuit. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon, d'où il ne reviendra que jeudi. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Marly à trois heures, et vint ici par les parcs de Marly et de Versailles pour éviter le pavé. — On a publié un édit pour les monnoies, par lequel les vieux louis et les pistoles d'Espagne seront reçus dans le commerce sur le pied de treize francs comme les nouveaux louis; les patagons seront reçus aussi dans le commerce. — Le roi fait lever par les intendants dans les provinces trente mille hommes de milices, (|ui doivent être prêts à marcher à la fin de l'année. — Le marquis de Coigny le fils a été fait inspecteur de cavalerie en Flandre, en la place de Courtebonne, qui sert présentement en Alsace. — Les mécontents de Hongrie grossissent tous les jours; on écrit d'Allemagne qu'il y en a plus de cinquante mille armés , et plus de cent mille autres qui ont reconnu le prince Ragotzki pour leur roi ; ils envoient des partis jusqu'aux portes de Vienne. Le nouveau sidtan, à ce qu'on prétend , a envoyé assurer le prince Ragotzki de sa protection. L'empereur a envoyé trois régiments contre les mécontents, dont un presque tout entier a péri en descendant le Danube.
Dimanche il, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dînée. Monseigneur, qui est à Meudon , fit des bat-
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lues dans le parc, et ne revint dîner qu'à six heures. Le roi, à son dinei, parla fort j^racieusenient à MM. de Bé et de C«''cile (pii vont servir en Espagne, M. de Bé en qualité de lieutenant général et M. de Cécile brigadier de cavalerie, et [ qui] ont servi dans notre armée de Flandre avec beaucoup de réputation. — Le duc dWlbe, nouvel ambassadeur d'Espagne, est arrivé à Paris. — On a reçu des lettres de Landau du 6. On travailloit à pouvoir combler le fossé pour attaquer la contre-garde. Le comte de Roucy a été blessé d'un coup de pierre à la tête, qu'on ne croit point dangereux. M. le prince de Bade a laissé quatre mille hommes dans Augsbourg, a repassé le Lech et l'Isler, et s'approche du lac de Constance pour joindre, à ce qu'on croit, les troupes que le comte de Stirum a rassemblées et qui sont présentement sur le Neker. M. de Bavière a mandé au comte d'Arco, qu'il avoit laissé avec huit ou dix mille hommes en Bavière, de le revenir joindre auprès de Memmingen, où il est campé, et après cette jonction-là son armée sera de trente mille hommes, et il marchera au prince de Bade, qui, joint à M. de Stirum, n'en aura pas davantage.
Lundi 12, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Trianon ; Monseigneur vint ici de Meudon pour le conseil, et s'y en retourna diner. — Il arriva un courrier de M. de Tallard ; les lettres sont du 8. Nous avons attaqué les contre-gardes , mais nous y avons été repoussés par deux fois, nous y avons même perdu assez d'ofliciers de grenadiers ; cela retardera la prise de la place de quelques jours. Les ennemis se défendent fort bien; ils se servent de leurs eaux, et quoiciu'ils n'en fassent pas tout l'usage qu'ils en pourroient faire, cela ne laisse pas de nous incommoder. — Il arriva un courrier de M. le oomt(; de Toulouse; il est à la grande rade (le Toulon, prêt à meltre à la voile; il a pris des vivres pour quatre mois. Il a vingt-six gras vaisseadix de guerre avec lui , et doit être joint par (lumze autres. On ne sait
s'il passera le détroit pour aller au-devant de la flotte ennemie qui doit porter l'archiduc en Portugal, ou s'il songe à combattre la flotte angloise et hollandoise qui est encore au cap Corse. — Le conseil de guerre de l-'empereur a dégradé des armes le comte d'Arcos , qui étoit gouverneur de Brisacli; il s'est réfugié en France , et est présentement à Lyon. — Les paysans anciens catholiques de Languedoc prennent les armes contre les fanatiques et en ont tué dans une occasion deux cents sans avoir de troupes réglées à leur tète.
Mardi 13, à Vei'sailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Monseigneur, qui est à Meudon, vouloit courre le loup , mais on n'en put détourner. L'espérance de la grossesse de madame la duchesse de Bourgogne continue toujours, et elle se ménage fort; elle mange souvent seule le soir chez elle , et va attendre le roi dans le cabinet au sortir du souper. — On envoie trois régiments de cavalerie et un régiment de dragons françois en Espagne ; on y enverra aussi quelque infanterie , mais le nombre n'en est pas encore réglé. — On croit que le comte de Staremberg, qui est toujours derrière la Secchia, veut entreprendre quelque chose sur les troupes qui sont aux ordres de M. de Yaudemont, pour pouvoir ensuite envoyer quelques secours à M. de Savoie. — Il court un bruit que le prince Eugène revient commander l'armée du comte de Staremberg. — L'archiduc, qui est encore en Hollande, a fait un nouveau grand d'Espagne, qui est le prince de la Tour de Taxis. — Le ministre de M. de Savoie auprès des Suisses leur a fait une harangue fort injurieuse pour la France; il les prie d'unir la Savoie au corps helvétique, d'en faire uji quatorzième canton et de donner des troupes au duc son maître pour lui aider à défendre le Piémont et la Savoie contre les injustes et violentes entreprises de la France; il parle même du roi, dans son mémoire, d'une manière peu respectueuse.
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Mercredi ik, à Versailles. — Le roi, après son lever, donna audience au duc d'Alhe, nouvel ambassadeur d'Espagne. Après dîner S. M. alla se promen^^r AlMarly, et le soiriltravaillaavecM. de Chamillartchezinadame deMaintenon, ce ({u'il lait tous les dimanches, les mercredis et les samedis o\ quelquefois même encore d'autres joui-s de la semaine. — Le maréchal d'Huxelles a eu ces jours-ci de grandes conférences avec M . de Chamillart ; cela a l'ai t faire des raisonnements, mais il n'y a rien de déclaré sur cela.
— On mande de Flandre qu'on a entendu sur les côtes de Hollande un grand bruit de canon , et cela leur a fait croire que c'étoit l'archiduc qui sembarquoit ; cependant on en doute encore, d'autant plus qu'on a appris qu'une partie des régiments qui dévoient passer avec lui ne veulent pas obéir aux ordres qu'ils ont reçus là-dessus.
— Il y a un traité fait entre le roi de Suède et l'électeur de Brandebourg, dont les troupes s'approchent d'Elbing. Le roi de Suède s'engage, quand ils auront fait ensemble la conquête de la Prusse royale , de la lui céder tout entière, moyennant quoi l'électeur lui cédera la partie de la Poméranie qui lui fut donnée par la paix de Munster. Le roi de Suède lui promet, de plus, de se joindre à lui pour faire valoir ses droits et ses prétentions sur la succession du roi Guillaume.
Jeudi 15, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur revint de Meudon , où il étoit depuis samedi. Madame la duchesse de Bourgogne continue à nous donner de grandes espérances de sa grossesse. — M. le maréchal de Bouf fiers reçut des lettres qui assurent que les troupes de Hessene songent point du tout à marcher au secours de Landau, et qu'elles ne songent qu'à entrer dans les quartiers d'hiver. — M. de Vendôme doit être présentement à Ast. M. de Savoie depuis deux mois a fait emporter tous les grains (jui y étoient, se doutant bien, si nous découvrions ses intentions et que nous entrassions en guerre avec lui, que ce seroit le premier poste dont
nous nous saisirions ; mais l'Astesan est un pays si abondant que notre armée trouvera de quoi y subsister grassement. M. le maréchal de Tessé doit entrer le 15 ou le 16 au plus tard dans Chambéry . M. de Salms, qui commandoit dans cette ville, où il avoit deux bataillons de milice, s'est retiré avec ses troupes sous Montmélian , les bourgeois et les magistrats lui ayant déclaré que leur ville n'étoit point en état de se défendre et qu'ils avoient résolu, pour en empêcher le pillage, d'en ouvrir les portes aux François dès qu'ils en approcheroient. Les troupes qu'a présentement M. de Tessé ne sont pas fort nom- Jjreuses, mais elles seront augmentées considérablement avant la fin de l'année, car on est résolu d'attaquer vivement M. de Savoie, d'autant plus qu'on découvre tous les jours des marques sûres de ses mauvaises intentions.
Vendredi 16, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly ; madame la duchesse de Bourgogne ne soupa point avec lui ; elle mangea gras dans sa chambre. Le soir il y eut comédie; monseigneur le duc de Bourgogne n'y allapoint. — Ilarriva un courrier de M. de Vendôme, qui est entré dans Ast, dont on lui a ouvert les portes ; l'évêque et les magistrats sont venus au-devant de lui. Il n'y a que dix lieues d'Ast à Turin, et il n'y a ni rivière ni montagne entre deux. M. de Savoie a fait un tour à Goni, à Nice et à Villefranche pour donner ordre à ces places-là, et doit revenir avec ses troupes se mettre sous Turin. M. des Marets, colonel de la Fère, s'étoit presque trouvé environné des milices de Mondovi ; il se jeta dans un bourg qui donna le temps à MM. de Bouligneux et de Dillon de le venir dégager; ils attaquèrent ensuite les ennemis, en tuèrent plusieurs et firent beaucoup de prisonniers; cela décourage beaucoup les autres peuples de Piémont de reprendre les armes, parce qu'ils regardoient les Mondovisiens comme les plus braves gens d'entre eux. — Le petit marquis de Montcavrel, qui n'avoit que quatorze ans et étoit enfant, unique, est mort;
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il avoit de grandes prétentions sur les biens de Montcavrel, dont la vieille madame de Mailly, sa tante, étoit en possession depuis longlenips, et cela auroit l'ait des procès «ipfibles de ruiner la maison de madame de Mailly ; cette mort la met en plein repos, et lui donne encore plus de droit à attaquer M. le prince de Conty sur la succession du feu roi Guillaume pour la principauté d'Orange. Samedi il, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée. — On lit àChaillotunservice magnifique pour le feu maréchcdde Lorges; l'évèquede Senlis y officia, et l'abbé Anselme prononça l'oraison funèbre. — il arriva un courrier du maréchal de Tallard, parti du mercredi matin iï. Les mines qu'on avoit faites sous les contre-gardes avoient fait un grand effet et fort élargi les brèches. Le régiment de Navarre attaqua celle de la droite, le régimentduroicelle de la gauche; on les emporta toutes deux, et on s'y est logé et établi ; nous n'avons pas eu cent hommes tués ou blessés à cette action. Les grenadiers du régiment du roi y tuèrent un de leurs camarades qui vouloit fuir; ils ont pris dans leur contre-garde quelques officiers et quarante soldats ; on travaille à combler le fossé qui est entre les contre-gardes et les tours bastionnées. Les troupes de Hesse marchoient très-diligemment pour secourir la place ; elles sont composées , en comptant tout ce qui s'est joint à eux, de trente escadrons et de vingt-trois bataillons ; ainsi elles sont un peu plus fortes que le corps de M. de Praconital, qui n'est que de vingt-tjuatre escadrons et de vingt et un bataillons. Nos troupes doivent arriver devant Landau le 10, et les liessiens ne sauroientètre ,\u. plus tôt que le 17 sur le Spierbach. M. de Tallard a détaché le comte de Roucy, qui se porte bien de sa blessure , avec deux mille chevaux et cincj cents fantassins, pour défendre le passage de cette rivière, qui est très-difficile à passer, et on y enverra tout le corps de M. de i*racomtal si les ennemis s'avancent jusque-là .
Dimanche 18, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée et travailla le soir chez madame de Maintenon avec U. de Chamillart, à son ordinaire. — On a avis que les troupes de Hesse marchent très-diligemment pour secourir Landau; on espère que M. de Pracomtal y arrivera plus tôt qu'eux. On a pris un espion qui se vouloit jeter dans la place et qui portoit au gouverneur une lettre par laquelle on Fassuroit que, pourvu qu'il tint seulement jusqu'au 15, il seroit sûrement secouru. — On a avis que la flotte ennemie qui étoit dans la Méditerranée avoit repassé le détroit ; si cela est , nous verrons bientôt ici M, le comte de Toulouse , car le roi lui a mandé que, dès qu'il auroit des nouvelles sûres de leur sortie de la Méditerranée , il n'avoit qu'à désarmer ses vaisseaux et revenir ici sans attendre de nouveaux ordres. — Le roi a donné au chevalier de Montendre 2,000 écus pour son voyage, et lui a renouvelé les assurances de lui donner un bon régiment d'infanterie ; il y en a deux vacants présentement, l'un par la mort de Jansac, tué à Landau, l'autre parce que le colonel a été cassé pour un prétendu combat; mais ce sont deux nouveaux régiments, et le roi veut lui en donner un qui ait servi .
Lundi 19, à Versailles. — Le roi alla se promener à Trianon, où il fait accommoder de nouveaux jardins qui seront très-beaux. Il travailla le soir avec M. Pelletier, à son ordinaire. — Il y a eu vingt ingénieurs tués ou blessés au siège de Landau ; on croit que demain on aura la nouvelle de la réduction de cette place. — H y a des nouvelles d'Allemagne qui portent que l'électeur de Brandebourg s'est rendu maître de la ville d'Elbing ; on prétend que le baron de Spar, que nous avons auprès du roi de Suède, a fort aidé au traité qui s'est conclu entre le roi et cet électeur, qui témoigne être fort mécontent des HoUandois et qui ne s'éloigneroit peut-être pas de retirer ses troupes de leur service si nous le vouUons reconnoitre roi de Prusse. — M. de Tessé est entré dans
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CliaiiilM^i'y avj'c une iii.iiiiric ^\^' cMjiiliil.ilion dans l.iqiu'ile il j>erniet aux iieniilshoninies , muf^istrats vX ol'iiciers de guerre qui ne voudront pas prêter serment de fidélité au roi de sortir de la ville dans dix jours avec leui*s i'aniilles, leurs domestiques et leurs eiiels, sans qu'il leur soit fait aucune insulte , et on leur donnera tous les passe-ports nécessaires pour cela.
Mardi 20, à Versailles. — Le roi, après son lever, donna audience au marquis de Castel dos Rios, ambassadeur d'Espagne ; c'est son audience de congé , mais il demeurera encore quelque temps ici. — Le marquis de la Baume arriva sur les cinq heures, qui apporta la nouvelle d'une bataille gagnée par le maréchal de Tallard, son père, contre les troupes de Hesse, de l'électeur palatin et une partie de celles qui étoient dans les lignes de Stolhofen. M. de Tallard, sachant que le prince de Hesse, qui les commande, avoit fait des marches forcées et avoit passé le Spierbach, d'où nous avions fait revenir le comte deRoucy avec son détachement, M. de Tallard, dis-je, résolut de marcher aux ennemis, et pour cela il laissa la conduite du siège à Laubauie , le plus ancien lieutenant général , et choisit dans son armée quarante-quatre escadrons et vingt-sept bataillons , et dès le mercredi au soir canq>a hors de ses lignes et manda à M. de Pracomtal de le joindre le lendemain de bonne heure avec sa cavalerie , si l'infanterie ne pouvoit arriver. Le jeudi, à la pointe du jour, M. de Pracomtal le joignit avec. sa cavalerie ; ils trouvèrent les ennemis entre la petite Hollande et Spire, qui n'étoient pas tout à fait en bataille; la cavalerie de leur droite entra dans celle de notre gauche et lit une assez belle charge , mais leur gauche ne tint point contre notre droite. Leur infanterie, après leur première décharge, lit encore une assez bonne contenance; mais nos soldats, la baïonnette au bout du fusil , y entrèrent , et il y eut viniit-trois bataillons ennemis dont prescpie tous les soldais l'iiii'iil liK's dans les rangs; leurs <-iii(| .iiilies b.il.iil-
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Ions, car ils en avoient vingt-huit, n'ont presque pas combattu Nous avons pris leur canon , beaucoup d" étendards , presque tous leurs drapeaux ; il n'y a point de victoire plus complète. Ils avoient cinquante-quatre escadrons; nous étions plus forts qu'eux en cavalerie, mais ils avoient un bataillon plus que nous, et leurs bataillons étoient plus complets que les nôtres. Dès le même soir le gouverneur de Landau , bien averti apparemment de l'événement du combat, battit la chamade ; Laubanie en envoya avertir le maréchal de Tallard, qui étoit demeuré sur le champ de bataille et qui lui manda de ne rien presser pour la capitulation. Sitôt que le roi eut reçu ces bonnes nouvelles, il les manda à Monseigneur, qui étoit à Paris à l'opéra; Monseigneur lut la lettre dans sa loge; on fit cesser les acteurs un moment, et Monseigneur apprit au public le gain de la bataille et la prise de Landau , ce qui fut suivi de beaucoup de cris de Vive le roi et Monseigneur, après quoi on fit recommencer l'opéra, et Monseigneur revint ici au souper du roi. — Nous avons perdu dans la bataille M. de Pracomtal *, lieutenant général, qui fut tué dès la première décharge ; Dauriac, brigadier et mestre de camp de cavalerie ; Brulart (Ij, lieutenant de gendarmerie et fils de la duchesse de Choiseul; M. de Meuse, mestre de camp de cavalerie, delà maison de Choi-
(1) Cette bataille lit deux héritières , mademoiselle de Brulart et mademoiselle de Beaumanoir. La première, qui épousa depuis M. de Charost et en secondes noces M. de Luynes, devoit'alors épouser le second fils de M. de Chevreuse, qu'on appeloit le vidanie d'Auiiens, depuis duc de Chaulnes et maréchal de France. Ce mariage étoit arrêté ; arrive la nouvelle de la bataille de Spire et en même temps celle d'un testament militaire qu'avoit fait M. de Brulart en laveur de sa su-ur. Madame la duchessse de Choiseul, qui auroit pu tiésirer que sa fille épousât un aine plutôt qu'un cadet , ne voulut j)oint rompre les engagements qu'elle avoit pris, et fit dire à M. de Chevreuse que cet événement n'y changeroit rien. L'affaire fut rompue cependant parce que M. le vidame avoit alors un grand attachement, et qu'il eu fit avertir madame la duchesse de Choiseul. Le mariage avec >L le marquis de Charost se fit l'année .^^uivante au mois de décembre, et M. le vidame épousa 'M"'" de Beanmanoir au mois de janvier 170i. {.\nte du duc de f.iii/nes. i
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seul; Calvo, Urii^atlier d'iiilaiiUn'it; el colonel du légiinent Koyal , neveu de feu Calvo, chevalier de l'Ordre; le marquis de Beaumanoir, lieutenant général de Bretagne et gendre du maréchal deNoailles, et beaucoup d'autres que nous ne savons ix)int encore. Puyguillon, brigadier de cavalerie, et le chevalier de Livry, qui faisoit la charge d'aide-major, ont été blessés. 11 y a eu près de trente officiers du régiment du roi tués ou l)le.ssés; le combat commença à deux heures et ne finit qu'à la nuit. Les ennemis avoient laissé leurs gros bagages à Spire; tons leurs petits bagages ont été pris , leurs tentes pillées, mais pas un de nos soldats n'a songé à piller qu'après que l'action a été finie entièrement. M. de la Baume rendit compte au roi chez madame de Maintenon , et parla avec beaucoup de sagesse et de modestie , ne parlant jamais de M. son père. Le roi lui dit : « Vous m'avez fait un des grands plaisirs que j'aie eus de ma vie , et j'espère vivre encore assez pour vous en faire l)eaucoup. » Après la bataille gagnée , M. le maréchal de Tallard alla camper entre Spire et le camp des ennemis qu'il laissa derrière lui ; on trouva encore sur le chemin de Spire ])eaucoup de morts. On envoya de nos partis la nuit, qui revinrent avant que M. de la Baume partît et qui n'avoient trouvé aucune troupe ennemie. On coitipte encore parmi les bless(''s le lils dv madame t\r Jussac, ofUticr dans la uendarmcri»'. M. de la Baume dit (|ue le prince de liesse a combattu vaillamment et (ju'on l'a vu souvent mener ses troupes à la charg-e.
* IVarnmtal eloif un offirior de mérite , de valeur, de capneité , gendre di' MontelieN renil, fort protégé de madame de Maintenon et fort atlaelïé ali maréeiial de Boufllers, et qui auroit, avec le temps pt justice, fait une fortune. I.e manpiisde Beaumanoir ne porta pas loin un mariage charge delà malédiction paternelle; en lui (Init ce nom ancien et illustre. Calvo étoit aussi pour cheminer et fut fort regretté.
Mercredi a, à Versaillm. — Le roi alla se pronienei à Trianon. .Monseigneiu" et messeigneurs ses enfants ct>u-
NOVEMBRE l70,->. 35-,
purent le cerf. Le soir il y eut comédie; madame la duchesse de Bourgogne se leva pour y aller. — Le roi a donné le gouvernement de Menin à madame de l*racomtal pour le vendre. Son mari en avoit donné -25,000 écus pour payer le brevet de retenue que M. de Pertuis avoit. Le roi a donné le régiment Royal au marquis de Dénonville, fils du sous-gouverneur de messeigneurs les princes, et au chevalier de Livry le régiment qu'avoit M. de Dénonville, qui est un régiment composé de compagnies nouvelles. — Le roi a donné 2,000 écus de pension à Bragelonne, qui était inspecteur d'infanterie en Alsace, et lui permet de vendre sa compagnie aux gardes. Il est dangereusement malade à Paris, et on ne croit pas qu'il en puisse réchapper; son inspection est donnée à Maupeou, aussi capitaine aux gardes. — Le roi envoie Vallière, ancien officier d'infanterie et maréchal de camp, je crois, commander à Ghambéry et en Savoie, sous les ordres du maréchal de Tessé ; durant la dernière guerre il commandoit à Suze et est fort aimé en ce pays-là. — Dans la bataille que AL de Tallard vient de gagner, on a pris le fils du comte de Frise , gouverneur de Landau ; ce maréchal l'envoya aussitôt par un trompette dans la place > afin qu'il rendit compte à son père du succès de cette bataille, le témoignage de son fils ne pouvani pas lui être suspect. M. de Tallard a grande envie de les prendre prisonniers de guerre ; mais s'ils se veulent opiniàtrer, on ne croit pas qu'il commette les troupes du roi à un assaut où on perdroit encore bien du monde.
Jeudi 22, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener àMarly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne garde le lit presque tous les jours. — Il arriva un officier de Landau qui venoit demander une charge vacante par la mort de son frère ; il dit que M. de Tallard envoie au roi le chevalier de Groissy pour lui porter le détail , les étendards et les drapeaux pris à la bataille, et la capitulation de Landau. Cet officier
■:,:,(•, lOURNAI. 1)1. DAiNC.KAli.
assure qiu; la pt'ilf des eimeinis ctoit encore plus grande que ne Tavoit dit M. de la Baume, et que nous avons l)eaucoup de prisonniers. Il y a l)eaucoup d'officiers de notre uendarnierie blessés. Toiras, qui y étoil sous-lieutenant, est mort de ses blessures; le petit Klamarens et Saint-Mars, tils du gouverneur de la 'Bastille, sont en danger. — Monseigneur le duc de Bourgogne nous a marqué une grande aftliction de n'avoir point été au siège de Landau et à la bataille ; et après cela il a fait une réflexion (jue, s'il eût été dans l'armée, M. de Tallard auroit peut-être balancé à donner la bataille, et qu'ainsi il croyoit qu'il valoit mieux pour le bien de l'État qu'il n'y eût point été, et que l'intérêt de sa gloire particulière devoit céder à la gloire du roi et à l'honneur de la nation. — M. de Fimarcon, avec très-peu de monde, a défait une troupe de fanatiques assez considérable ; je ne sais point le détail de son action, qui a été fort louée. Vendredi 23 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Trianon. Monseigneur alla dîner à Meudon, où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly, <|ui sera mardi prcjchain. Madame la duchesse de Bourgogne entendit la messe dans Ijt loge de la tribune, et puis se revint mettre au lit. — 11 arriva encore un oflicier de Landau le malin (pii conlirma le départ du chevalier de (^l'oissy. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, (pii a surpris (jiiciques régiments de M. de Savoie. L'infanterie r<'passa la rivière fort vite; mais un régiment de dragons (jii'il avoit là a fort souffert; on en a tué plusieurs et on l«Mir a pris une centaine de chevaux. — Le chevalier de Croissy arriva sur les sept heures; il apporte trente-deux drapeaux et sept étendards pris à la bataille. Les ennemis y (Hit pei'du plus de dix mille hommes; il y en a plus de six mille tués et près de quatre mille prisonniers, parmi lesquels il y a deux cents officiers dont il y a trois offi(i(?rs généraux et six colonels. Il ne faut [>as douter qiiil n'y ait encore beaucoup de blessés parmi ceux qui
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sont échappés. Les troupes du roi ont peu souffert, il n'y a pas eu quatre cents soldats tués ou blessés ; nous avons plus perdu d'officiers à proportion. C'est notre gendarmerie qui a le plus pâti. Les ennemis, en repassant sur le pont de Philipsbourg-, se plaignoient du peu de quartier qu'on leur avoit fait ; cependant il paroit qu'ils ont tort de se plaindre , puisqu'on a près de quatre raille prisonniers. On a donné une capitulation honorable à la garnison de Landau ; on l'a conduite à Philipsboiu"g ; ils étoient dix-sept cents hommes sous les armes et étoient près de quatre mille au commencement du siège; il y en a eu près de deux mille tués ou blessés et presque tous leurs officiers. Nous n'avons pas à l'hôpital cinq cents blessés au siège et nous en avons eu environ autant de tués. Le siège et la bataille ne coûteront pas au roi quinze cents hommes , et il en coûtera plus de douze mille aux ennemis. Le comte de Roucy et de Blansac, son frère, se sont fort distingués à la bataille. M. de Tallard n'a point envoyé de relation au roi , il a mandé seulement en gros que les ennemis avoient perdu plus de dix mille hommes à la bataille. Le chevalier de Croissy, l'officier qui arriva hier, celui qui est arrivé ce matin et toutes les lettres venues de l'armée disent la même chose , avec des circonstances différentes. Le roi, à son souper, conta à M. le Prince une partie de tout ce que je dis là, et à son petit coucher il nous en parla encore, et il nous dit que les ennemis attendoient six mille hommes et à qui on avoit donné des chariots pour faire plus de diligence, qui auroient joint le prince de Hesse le lendemain matin, et cela fait voir encore que M. de Tallard a pris son temps à merveille pour les attaquer.
Samedi 24 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly et n'en revint qu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne dîna et soupa chez elle, et garda le lit toute la journée. — Il arriva la nuit un courrier de M. de Tallard, qui apporte la relation qu'a faite ce mare-
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chai de \h Imtaille dans laquelle il y m eu deux princes de Hesse tués; on dit aussi qu'il y a eu un prince d'Hanovre et un prince de Nassau tués. Ce que l'on apprend par les prisonniers que nous avons, c'est que la perte des ennemis est encore plus g^rande qu'on ne l'avoit dit. — Le roi d'Espagne fit l'année passée un rég'iment de dragons des déserteurs irlandois, des troupes (juc le duc d'Ormond avoit fait mettre pied à terre auprès de Cadix. S, M. C. a prié le roi de lui envoyer un colonel irlandois pour mettre à la tête de ce régiment. Le roi a choisi pour cet emploi-là Mahoni, colonel réformé dans les Irlandois qui sont en Italie; c'est lui qui nous apporta la nouvelle de l'affaire de Crémone. — M. le duc de Beauvilliers marie mademoiselle de Beauvilliers, sa fille , à M. le duc de Mortemart*; les mariés sont cousins germains , enfants des deux soeurs. Le roi donne à mademoiselle de Beauvilliers 200,000 francs à prendre sur les charges de chancelier et de trésorier de la maison de monseigneur le duc de Berry quand on la fera. — On chantera mercredi le Te Deuni^ Paris, et je crois qu'on le chantera demain ici. — l^es ennemis , en Flandre , a voient fait venir «juelques troupes par l'Escaut, qui ont mis pied à terre et ont lîombardé le port de Bedmar qui est devant l'Illo. M. de Gacé, qui commandedans Anvers, a ramassé quelquestroupes des garnisons voisines , a marché à eux et les a obligés à quitter leur entreprise et â se retirer précipitamment.
* l^e duc de Mortemart n'avoit ni les mœurs ui la conduite d un liomnie à devenir pendre du due de lîeauvUliers ; mais il étoit fils dune mère chérie au premier depré de l'archevêque de (lamhray, Kenelou, et de madame (iuyon, et dans la dévotion la plus avancée de cette dame, roracle constant de ce |)etit troupeau qiie rien ne put dé«a(^ler dClle. (l'est ce qui emport^T ce mariage par-dessus toute autre considération, rt le désir encore du Aw de Heauvilliers de im' lueUre |)oint delrauger dans son intrinsèque. Il ne pouvoit trouver personne qui dut Tètre moins, puisfpie sa mère étoit sd'ur des duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers, et il arriva cependant que personne ne le fut davantage. Les charges, les Ititns inimonses , la considération, totile la fortune
enfin du beau-père tomba à grands flots sur le gendre. La fille n'en fut
pas plus heureuse , quoique singulièrement douée de tout ce qui doit attirer le bonheur personnel en tout genre , et le duc et la duchesse de Beauvilliers ne furent pas longtemps à se repentir de ce mariage. Ils s'en repentirent même toujours de plus en plus par des renouvellements d'occasions et d'amertimies , qu'ils tinrent sagement renfermés dans leur sein , mais qui les accompagna \\m et l'autre jusqu'au tombeau
Dimanche 25, à Versailles. — Le roi fit chanter à sa messe le Te Deum avec des trompettes et des timbales ; Faprès-dînée S. M. alla tirer. Monseigneur vint ici pour le Te Deum , et après le conseil s'en retourna diner à Meudon. — Le roi fit M. de la Baume brigadier, et en remerciant S. M. il prit congé d'elle pour retourner trouver M. le maréchal son père, à qui on a envoyé les quartiers d'hiver pour ses troupes. — Un courrier de M, de Chamillart revint de Schaff'ouse, où le maréchal de Villars arriva le 21. M. de Marsin en partit en même temps avec les deux mille chevaux qui avoient escorté M. de Villars. — M. de Bavière a pris à Kempten, ou dans quelque château là auprès, quatre bataillons des troupes du prince Louis de Bade. — Le roi d'Espagne a fait depuis peu quatre capitaines des gardes du corps, qui sont : le connétable de Castille , que nous avons vu ambassadeur ici; le comte de Lemos, qui étoit vice-roi de Sardaigne ; le duc de Popoli, Napolitain, chevalier du Saint-Esprit ; et le prince de Tzerclaës , général des troul)es en Espagne. — M. le comte de Briord fut taillé ici par Maréchal; l'opération fut fort heureuse. — Le roi donna le régiment du comte de Meuse à son frère , trop jeune pour y servir, et S. M. a choisi pour acheter ce régiment Vignau, exempt de ses gardes.
Lundi 26, à Marly. — Le roi prit médecine comme il a accoutumé de faire tous les mois, précaution dont il se trouve à merveille , cai' jamais il ne s'est si bien port/' ; il tint l'après-dinée conseil. — Le comte de Coigny, lieutenant-général, qui ne faisoit que d'arriver de Flandre ,
"(iO lOUKiNAL l)K DANCihAL'.
il pris congé de S. .M., qui J envoie commander le rorps que commandoit M. de Pracointal ; la plus i^^randc partie de ces troupes-là hiverneront dans le pays de Trrves. — On dit que les ennemis ont fait sauter et aimndonné Kayserslautern et Horabouri; , qui est tout ce qu'il leur restoit en deçà du Rhin de ee ccMé-là. — Daubarède, gouverneur de l'Ile de Uhé , ne s'accommode pas bien avec les gens de ce pays-là; on l'en ôte et on lui donne le gouvernement de Salins, qu'il avoit eu autrefois. On donne le gouvernement de Rhé à Rigauville , premier sous-lieutenant des mousquetaires noirs; il quitte cette charge. Canillac devient premier sous-lieutenant, etHautefort, qui étoit premier enseigne, monte à la seconde sous-lieutenance. — L'évêque d'Agen est mort; c'est celui que nous avons connu sous le nom du P. Mascaron, fameux prédicateur. — M. Pelletier travailla le soir avec le roi, comme il a accoutumé de faire tous les lundis ; il avoit mené avec lui, par ordre de S. M., Filley, ingénieur, qui a conduit les travaux au siège de Landau ; le roi l'entretint longtemps sur ce siège, et puis le fit maréchal de camp.
Mardi 27, à Marly. — Le roi, après son lever, donna une longue audience à M. de Monasterol, qui en sortit trèscontent et pour les intérêts de l'électeur son maître et pour les siens particuliers. Il a des nouvelles du 15 et du 1 6 de S. A. E. ; il s'est rendu maître de Kempten et du château de Grunenbach, qui est au delà de 111 1er. Ces postes sont très-im[>ortnnts; mais on n'y a ]ioint |>ris les (piatre bataillons de Tempereur, comme on l'avoii dit. Il passe avec M. de Marsin beaucoup d'argent pour paye»' notre armée et les subsides (|ur nous donnons A «cl électeur. Le prince «le liade rsl au liaul du lac de (Itîustance, du côté deLindau. Sou aruiée n'est pas forte, et n'est point payée. M. Téh-cleur, cpii a l'ait un di'taclieiuent de deux mille chevaux pour escorter M. de Villais, ne laisst; pas de se croire en étal <ratta([ucr ave(î avantage le princ«; de Bade, et pour cela il marche à lui. mais pardc urands déli-
lés. — Le comte d'Arco prit congé du roi pour s'en retourner en Italie auprès de M. de Vendôme, qui Favoit fort recommandé au roi ; il avoit fort aidé M . de Vendôme dans son expédition du Trentin, et il est seigneur en partie du château d'Arco, dont on a tant parlé. Il est frère du comte d'Arco qui fut tué auprès de M. de Bavière et de celui qui étoit gouverneur de Brisach. Le roi lui donne 2,000 écus de pension, ôOOpistoles pour faire son voyage et un brevet de mestre de camp, et sera incorporé dans le régiment d'Anjou, qui sert avec M. de Vendôme. Mercredi 28, à Marly. — Le roi, après son lever, lit entrer M. de la Feuillade * dans son cabinet, et nous sûmes, quand il en sortit, que le roi l'envoyoit commander dans son gouvernement de Dauphiné et en Savoie , qui est l'emploi qu'a voit le maréchal de Tessé. Il y aura bientôt dans ce pays-là vingt-six bataillons, dix-huit escadrons et trois régiments de milice qu'on lève en Dauphiné; il y a deux maréchaux de camp sous M. delà Feuillade , qui sont Gévaudan et Vallière ; ils sont plus nouveaux maréchaux de camp que lui. M. de Tessé passera à Milan et va commander notre armée sur la Secchiaque commandoitM. de Vaudemont, dont la santé ne lui permet plus de servir ; il ne laissera pas encore d'être fort utile au service des deux rois en se tenant à iMilan, d'où il fera fournir aux deux armées tous les secours qu'on pourra tirer de son gouvernement. — Le roi, après la messe et avant que d'entrer au conseil , passa chez madame la duchesse de Bourgogne, qui venoit d'être saignée pour sa grossesse et qui demeurera neuf jours au lit. Le roi y alla encore après son diner et le soir après son souper. Monseigneur y joua avec elle toute l'après-dinée, et monseigneurle duc de Bourgogne soupa au chevet de son lit. — Les frégates du roi que M. le comte de Toulouse avoit envoyées pour suivre la flotte ennemie et lui apporter des nouvelles lui ont rapporté que cette flotte passa le 5 devant Carthagène, faisantroute pour l'Océan avec un vent
S<îJ JOURNAL DE DANGKAU.
favorable qui leur aura l'ail piisser le détroit le 7. M. le comte de Toulouse a envoyé le chevalier de Coinming^es, qui estarrivéà Paris, pour portercette nouvelle, que le roi sivoit déjà par Cadix. Vu courrier qui \ ient de Rome a laissé M. le comte à Montélimart, et on compte qu'il sera ici demain ou après-demain au plus tard.
* On a vu dans le VIII'' tonio, paj^c 237, que le roi cmpèciia Chantillart de douiier sa fille a la Feiiillade ; qu'il n'y consentit qu'a retiret ; (•«qu'il pensoit et ce qu'il étoit alors ;i l'égard de ee due. il est pourtant vrai que sa foil)le.«ise pour Chainillart fut telle que, malgré ses résolutions et tout son projet d'être en garde contre lui sur la Keuillade, il ne put résister à son ministre, qui, sous prétexte du gouvernement de son gendre, le lit passer de colonel réformé au connnaudement en chef i\n l)aiq)hine, et qui par la connivence du maréchal de 'l'essé, occtqie alors de lui faire sa cour, le ballotta avec la Feuillade [lour tous k's usages qu'il eu vouloit tirer, à conduire la Feuillade coiiime sans le roi , et par un enchaînement naturel à tout ce qu'il vouloit et (|ue le roi craignoil le plus.
Jeudi 29, à Mur h/. — Le roi, après sa messe, alla courre le cerf; monseigneur le duc de Berry étoit à la chasse. Monseigneur «'toit allé dès le matin courre le loup. Mad;ime la duchesse de Bourgogne se porte fort bien de sa saignée; elle garde le lit. On joue dans sa chambre toute l'après-di née, et le soir après son souper encore. Le roi vint plusieurs fois dans la journée chez madame la duchesse de Bourgogne, et ne voulut poinl que les princesses le suivissent après souper dans son caljinet comme à l'ordinaire ; il les fit demeurer chez madame la duches.se de Bourgogne pour jouer avec elle. — M. le comte de Toulouse arriva sur les huit heures du soir. Le maréchal de Oi'uvres, <jui connnandoit Tarmée navale sous lui, partira lundi de Toulon [)our revenir ici. Nous laissons pour cet hiver trois petit<^s escadres dans la Méditerranée, qui seront commandites par MM. de Kouvroy, d'Argenis et de CliAlcauiiiorand. — On a envoyé deux baiailloii> (b's galères .i M. de Moutrevcl; ils doivent déjà ♦■Ire arrivés en Lanuuedoi- ; <»n lui en enverra encore trois
des vaisseaux. Ces cinq bataillons valent mieux que les huit qu'on lui ôta il y a deux mois pounienvoyer en Dauphiné. — Par les nouvelles qu'on a de Hollande, on sait que rarcliiduc n'en étoit pas encore parti le 20. Les troupes que l'on veut faire eral^arquer avec lui désertent en grand nombre; cependant nous ne laissons pas , pour mettre l'Espagne plus en sûreté, d'y envoyer un assez gros corps de troupes, qui seront commandées par le duc de Berwick , qui aura pour maréchal de camp sous lui Puységur.
Vendredi 30, à Marly. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise ; il alla l'après-dînée faire le tour de son parc et de la nouvelle enceinte, qui est déplus de quatre cents arpents. — Le roi donne à M. le prince de Rohan la lieutenance de ses gendarmes, sur la démission de M. de Soubise , son père. M. de Rohan n^a jamais été officier dans la compagnie; il y avoit 100,000 écus de retenue sur cette charge. Le roi les augmente encore de 100,000 francs. — Le corps de troupes qu'on envoie en Espagne sera de douze mille hommes ; les régiments qui le composent trouveront des recrues sur la frontière, et le roi envoie Puységur en poste en Espagne pour faire tenir les étapes prêtes sur leur route , depuis la frontière d'Espagne jusqu'à celle de Portugal ; commission qui sera très-difficile à bien exécuter, car on manque des choses les plus utiles en ce pays-là, et on passe par des lieux presque déserts ; cette armée sera composée de nos meilleures troupes. Louville, quirevient de Madrid et qui doit arriver à la fin de la semaine à Versailles , nous apprendra beaucoup de détails des affaires de ce payslà, que nous savons très-mal. Le cardinal d'Estrées, qui en revient aussi, sera dans quinze jours au plus tard à Paris ; il vient en litière et souffre assez de douleurs ; on craint <]u'il n'ait la i>ierre.
Samedi V décembre, à Mari y — Le roi, après la messe , courut le cerf malgré le vilain temps qu'il lit ; Monseigneur
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cl monseigneur le duc de Berry étoienl à la chasse. — Le maréchal de Villars arriva hier à Paris; il a mande à M. de Chamillart qu'il attendroit de ses nouvelles pour savoir si le roi trouveroit l)on qu'il lui vint faire la révérence ici. — On a reçu des lettres de Languedoc qui portent que M. de Fimarcon a encore battu les fanatiques; il en a tué environ soixante de ceux qui étoient à cheval; on leur a pris cinquante chevaux, qui étoient des haridelles qu'ils avoient volées à des paysans. — On a des nouvelles de Hollande du 22, qui parlent delà consternation qu'ilyaence pays-là depuis qu'ils ont appris la perte de la bataille de Spire, où les meilleures troupes de leiu's alliés ont été entièrement défaites ; ils ne veident plus donner que quatre mille hommes à l'archiduc. Ce prince n'étoit pas encore parti de la Haye ; il a ordre de l'empereur son père d'aller à Londres avant que de passer en Portugal, pour demander à la reine Anne plus de troupes que l'on n'en veut embarquer avec lui présentement. — On mande d'Espagne que le marquis de Villa d'Arias, qui commande en Andalousie, est entré avec six mille hommes dans les Algarves , ce qui inquiète fort les Portugais, qui s'impatientent d'ailleurs de ne voir point arriver l'archiduc.
Dimanche 2, à Marly. — Il y eut conseil le matin comme à l'ordinaire, et l'après-dinée le roi fit une loterie chez madame la duchesse de Bourgogne, pour les dames qui avoient l'honneur de jouer avec elle; les lots étoient d'argenterie et d'étoffes magnifiques. — La dernière défaite des camisards par M. de Fimarcon est plus grande cjuon ne l'avoit dit d'abord. — Madame la duchesse de Mantoue est morte après une longu».' maladie. Le duc son mari , dès qu'il l'a vue malade , a parlé de se remarier; il a prié même gens de ses amis de lui chercher une femme. Il na point d'enfants, et il y aiiroit de grands procès pour sa succession sm* le Montfcriat entre M. de Lorraine et madame la Princesse. — On a «les
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avis par Bâle que M. de Marsin a joint M. de Bavière; il porte 100,000 pistoles d'or à l'armée qu'on croit auprès de Kempten. Ces mêmes avis portent que M. l'électeur veut faire le siège d'Augsbourg avec toutes ses troupes et une partie des nôtres, dont il laissera le reste sur riller pour en défendre le passage en cas que le prince de Bade voulût marcher pour empêcher ce siège ; mais ces avis sont bien incertains. — Depuis que le duc de Berwick est revenu de Flandre , il s'est fait naturaliser François ; on fait marcher en Espagne le bataillon irlandois qu'il a composé cette année des déserteurs de l'armée ennemie.
Lundi d, à Marly. — Le roi, après son lever, fit entrer dans son cabinet le maréchal de Villars, à qui ilavoitpeimis de venir ici ; il l'entretint fort à la promenade ; la conversation dans le cabinet avoit été courte, mais fort gracieuse; il demeura ici jusqu'après le coucher du roi, qui eut même la bonté de lui dire qu'il étoit bien fâché de ne lui pouvoir donner de logement ici, n'y en ayant point de vides. Il a assuré S. M. que son armée étoit en très-bon état, surtout la cavalerie, qui est presque complète en hommes et en chevaux ; l'infanterie est plus foible, mais bien habillée et bien armée. Il a dit que son dessein, après son heureux passage en Allemagne, avoit toujours été de marcher à Passau , qu'il auroit été aisé de prendre, et puis d'aller à Lintz ; mais que ce n'avoit jamais été l'avis de M. l'électeur. — Uarriva un courrierde M. de Vendôme, qui est un peu affligé de ce que le débris des troupes de Visconti a passé en Piémont, où il est arrivé cent cavaliers montés et deux cents à pied. M. de Vendôme fut averti deux heures trop tard, et il paroitfort mécontent de M. de Langalerie , qui étoit chargé d'observer ces troupes et qui auroit pu aisément empêcher leur passage, à ce qu'il prétend.
Mardi k, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; il en prit deux avant que de diner. Monseigneur
Stil JOURNAL DE DANGRAU.
et messeigueurs se» eiilants •'•toient à la chasse, mais Monseigneur revint après la mort du premier cerf. Madame la duchesse de Bourgogne a eu permission des médecins de se lever ; elle va chez madame de Maintencm avec une chaise roulante. Elle se remit au lit de honne heure pour recevoir le roi et la reine d'Angleterre, (jui arrivèrent ici sur les sept heures. La reine alla d'aljord chez le roi, où étoit madame de Maintenon , et le roi d'Angleterre ne demeura guère avec eux, et vint jouer chez madame la duchesse de Bourgogne ; la reine y vint aussi à neuf heures, et y demeura jusqu'au souper. LL. MM. BB. soupèrent avec le roi, puis s'en retournèrent à Saint-Germain. — Les officiers de l'armée de M. de Tallard i-evieunenl tous , l'armée étant séparée. — Le comte de Roucy est arrivé ici, où il demeurera, sa femme étant de ce voyage. — Les ennemis ont abandonné Kayserslaute.rn etHombourg, comme on l'avoit dit, et M. de Tallard a envoyé le comte de Horn à Kayserslautern pour renverser ce qui r es toit de fortifications à la ville et l'aire entièrement brûler le château, qui est à l'électeur palatin. Hombourg sera encore mieux rasé qu'il ne Tétoit; les ennemis conservent encore le château de Kirn, qui est très-bon , mais qui ne nous incommode point.
Mercredi 3, à Marly. — Le roi tint conseil plus longtemps qu'à l'ordinaire , il étoit deiix heures quand il en sortit; il voulut tinir toutes les affaires qu'il avoit, alin d'être libr»; demain i)our sa matinée. — On a nommé quelques oi'ticiers généraux pour aller servir en Espagne. Outre le duc de Berwick et Puységur, on y envoie Jeoffreville et le chevalier d'Asield, n)aréchaux de camp, et Puynormand pour major-général ; nous y aurons vingt bataillons et dix-neuf escadrons. Le roi d'Espagne n'en espéroit pas tant, maison aime mieux lui en envoyer trop que trop peu. — Le roi conta à sa promenade que M. de Savoie, dans le mémoire qu'il a fait présenter à la république de Venise, avoit mis qu'il avoit secouru le
duc d'Anjou, son gendre ; il ne le traite plus de roi d'Espagne, et cela redouble encore les justes sujets de plaintes qu'on a contre lui. — Il est encore mort des officiers de gendarmerie de ceux qui ont f té blessés à la bataille de Spire; l'un est Saint-iMars, fils unique du gouverneur de la Bastille et gendre de Desgranges ; l'autre Cesange , qui avoit été nourri page du roi. — On a imprimé ledit du roi portant déclaration de guerre contre M. de Savoie, et il sera publié par tout le royaume. — Les dernières lettres de Hollande portent que l'archiduc avoit été eml)arqué , qu'il avoit relâché à la côte et qu'il étoit retourné à la Haye.
Jeudi 6, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la chasse. Monseigneur étoit allé dès le matin courre le loup assez loin d'ici , et monseigneur le duc de Berry y étoit avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne eut beaucoup de mal aux dents toute la nuit et ne se leva point de tout le jour. — Quelques officiers de Savoie qui étoient prisonniers dans Crémone sur leur parole se sont sauvés. M. de Vendôme a envoyé au marquis de Saint-Thomas, premier ministre de M, de Savoie , pour se plaindre de ce procédé et demander qu'on les renvoyât. M. deSaint- Thomas a fait réponse quil en avoit parlé, et que S. A. R. avoit répondu qu'il approuvoit le procédé de ses officiers et que le premier devoir d'un sujet étoit de revenir trouver son maître. M. de Vendôme va faire resserrer fort étroitement ceux que nous avons encore, — Le maréchal de Cœuvres arriva le soir ici ; le cardinal d'Estrées , son oncle, arriva à Paris. — LaFaye, lieutenant aux gardes, a eu l'agrément pour acheter la compagnie de Bragelonne, qui n'est plus en état de servir. — M. l'électeur de Bavière avoit envoyé un de ses généraux pour secourir Kufstein ; les Impériaux avoient déjà pris la ville ; mais à l'approche des troupes bavaroises ils l'ont abandonnée, et y ont même laissé une partie du canon dont ils bat-
3RR JOIIRINAI, l)K l)A!NGKAl .
toitMil le château; on leur a pris cjuelques soldats dans leur retraite.
Vendredi 7, à Versailles. — Le roi alla le malin se promener dans la lorèt de Marly; il se promena l'aprèsdlnée dans ses jardins et ne revint ici qu'à la nuit. Monseigneur alla de Marly dîner àMeudon , et revint ici pour le souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne revint ici en carrosse fort doucement et par les parcs pour éviter le pavé; voilà le troisième mois passé; on ne peut plus douter de sa grossesse. — Le cardinal d'Estrées salua le roi, qui sortoit de chez madame de Maintenon pour aller souper: le roi l'embrassa par deux l'ois, et lui parla le plus gracieusement du monde. — Presque tous les oi'liciers généraux de l'armée de M. de Tallard sont arrivés et ont salué S. M. ce soir. — Le roi fait Puységur directeur général de toutes les troupes qu'il envoie en Espagne, cavalerie, dragons et infanterie. — Toutes les nouvelles qu'on reçoit d'Allemagne portent que les troupes de l'empereur en Hongrie ont battu les mécontents en deux petites occasions, mais que quelques grands seigneurs de ce pays-là se sont encore joints au prince Ragotzki. — Toutes les lettres qu'on a par la Suisse portent que l'électeur de Bavière assiège Augsbourg ; qu'il lit investir la place le 25, et qu'il demeurera lui sur l'iller avec une armée d'observation plus forte encore que celle du prince de Bade.
Samedi 8, à Versailles. — Le roi entendit le sermon et vêpres en bas; toute la maison royale étoit avec lui, hormis madame laduchesse de Bourgogne, qui étoit dans la petite loge en haut. — Il est si^r que M. l'électeur de Bavière assiège Augsbourg; il l'a mandé lui-même à son ministre qui est à Bruxelles, et ses lettres sont du 25. Il envoie dix-huit bataillons et seize escadrons pour faire ce siège, et il demeure avec le reste des troupes à la tète de riller et s'est saisi du seul endroit par où le prince Louis ]>ourr(>it venir s*ilentrepi'euuil d»' recourir la place ;
il prétend que son armée d'observation est encore plus forte que celle du prince Louis. 11 n'y a dans Augsbourg •, à ce que mande M. l'électeur, que trois mille hommes de pied et trois cents chevaux. M. de Villars croit que les ennemis y ont laissé six mille hommes. On fait venir pour ce siège beaucoup de canon et de mortiers de Munich. — Le roi a donné à M. Rouillé, qui revient de l'ambassade de Portugal, des lettres de vétéran comme président au grand conseil, où il n'a servi que quatorze ans. Ces lettres de président du grand conseil vétéran donnent droit d'entrer au conseil et d'avoir voix délibérative comme maître des requêtes, et non pas d'y rapporter, — Vigny, lieutenant d'artillerie, se trouvant par ses infirmités hors d'état de servir, se retire, et le roi lui donne 8,000 francs de pension.
Dimanche 9, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdînée ; madame la duchesse de Bourgogne ne sort plus du tout pour se promener. — Louville arriva de Madrid ; il a du roi d'Espagne 1,400 pistoles de pension, qui valent 18,000 francs, et outre cela S. M. C. lui a donné le gouvernement de Gourtray ; il n'y a point encore d'appointements attachés à ce gouvernement, et il espère y en faire mettre dans la suite; et M. l'électeur de Bavière, qui, comme vice-général de Flandre, doit disposer de ces gouvernements et qui entre dans l'esprit du roi d'Espagne pour faire plaisir à Louville, propose de joindre à ce gouvernement de Gourtray le grand bailliage, ce qui seroit d'un très-bon revenu et rendroit l'emploi plus considérable. — Les vingt bataillons qu'on envoie en Espagne sont les deux du Maine, les deux d'Orléans, les deux de Sillery, les deux de la Gouronne, les deux de Barrois, les deux bataillons flamands que commande le duc d'Havre, destinés à être le régiment des gardes vallonnés, le second bataillon du duc de Berwick, qu'il a composé cette année des déserteurs anglois , et les autres sont des seconds bataillons de régiments qui servent dans
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d'autres ariiu-es; il y a deux rét;iuieiits de drag^ons qui y marchent, qui sont Bonville et Monimiu; les régiments de cavalerie sont Berry , Pambère , Vignau , Fiennes , Vienne et Belleport. Puységur, neveu du maréchal de camp, fera la fonction de maréchal général des logis de l'armée. — J'appris que Filley, qui a été fait maréchal de camp depuis peu , a eu une pension de 2,000 écus (1), et Verpel , qui a servi aussi au siège de Landau , une de 500 écus (-2) ; il est lirigadier d'infanterie depuis peu, et étoil dcjà l>rigadier d'ingénieurs.
Lundi 10, à Vermilles. — Le roi alla l'après-dinée à Trianon,etau retour il donna une iissez longue audience au maréchal de Villars. — On eut des lettres de M. l'électeur de Bavière du 29 ; il fait le siège d'Augs])ourg en personne, et a laissé le commandement de l'armée d'oljservation à M. de Marsin, qui avoit porté un paquet du roi en ce pays-là avec ordre de ne le point ouvrir qu'après que M. de Villars seroit revenu en France et qu'il seroit arrivé, lui, en Bavière. En ouvrant ce paquet, il trouva une lettre du roi et au-dessus de la lettre : A mon cousin le maréchal de Marclûn; dans ce pacjuet étoienf les patentes de cette dignité. On n'avoit pas voulu rendre la chose publique avant qu'il fût arrivé , et cela pour bonnes laisoiis. — Le soir on joua ici rAndricnne , comédie dont Baron le père se dit l'auteur et qui est une traduction de Téience ; madame la duchesse de Bourgogne s'y lit porter en chaise; monseigneur le duc de Bourgogne n'y alla point. — Le roi prendra le deuil de madame de Mantoue sitôt que l'envoyé du duc lui en aura donné part. M. de Mantoue est arrière-petit-lils d'une sœur de Marie de Médicis; ainsi il a l'honneur d'être parent du roi, du troisième au quatrième degré. — Sainl-Pol, capitaine de vaisseau qui a fait plusieurs actions de distinction cette
(1) Cela n'est pas \rà\.{.\ote de Dangeau.)
(2) La pension de Verpel est sur l'onire <lu Saint-Louis. ( !iote de Dungeau. )
année, a été présenté au roi par M. de Pontchartrain , et S. xM, lui a donné une pension de 500 écus et lui a promis de faire quelque chose de plus considérable pour lui dans la suite ; il n'y a pas longtemps qu'il est capitaine de vaisseau .
Mardi ii,à Versailles. — Le roi alla se promener l'après dlnée àlaMénagerie. Monseigneur alla diner àMeudon avec madame la princesse de Gonty ; de là ils allèrent à l'opéra à Paris et revinrent ici au souper du roi. — Le chevalier de Roucy, capitaine de vaisseau , épouse la fille unique de Ducasse *, chef d'escadre, qu'on croit riche de plus de 400,000 écus, et Ducasse achète pour son gendre la charge de lieutenant général des galères qu'avoit le bailli deNoailles, dont il lui donne 180,000 francs ; ils ont eu ce matin l'agrément du roi pour cette affaire ; c'est M, de Pontchartrain qui a conduit et ménagé cela pour le chevalier de Roucy, son beau-frère, qui est encore à la mer. — M. de Chamillart alla à neuf heures chez madame de Maintenon, et y mena M. de Dreux, son gendre, parti de l'armée de M. de Vendôme le 3. Cette armée est séparée en différents quartiers auprès d'Ast , et M. de Vendôme est allé visiter les quartiers qu'a pris notre armée de la Secchia, en attendant que le maréchal de Tessé arrive pour la commander. C'est M. le grand prieur qui, en l'absence de M. son frère, commande notre armée de Piémont comme le plus ancien lieutenant général. On a fait revenir dans cette armée Albergotti, qui étoit à Modène, où l'on envoie un autre officier général en sa place , et c'est, je crois, Saint-Frémont. — La veuve de Dauriac, tué à la bataille de Spire , a eu le choix de 1,000 écus de pension ou de 22,500 livres que le régiment de son mari sera vendu ; elle a mieux aimé cette somme, qui lui sera payée par Coulanges, que le roi a choisi pour acheter le régiment.
* Ducasse étoit d'autour de Bayouue , où son père et son frère faisoient et veudoient des jambons. Il se fit flibustier et acquit assez de
répiiUition et de bien en ee niétier pour devenir capitaine de vaisseau du roi , et enfin chef d'escadre , où il se distingua fort. Il eut de furieuses prises avec Pointis, autre chef d'escadre de grande réputation, (jui prit (larlhagène. Ce Ducasse continua ses services au roi et au roi d'Espagne par des actions si brillantes et si utiles qu'il devint lieutenant général et chevalier delà Toison d'Or.
Mercredi 12, à Versailles. — Le roi alla tirer; Monseigneur ne sortit point. Le soir il y eut comédie. — Le roi apprit le soir que les grands vents qu'il fit vendredi et samedi avoient rompu le pont d'Anvers et fait beaucoup de désordres à Dunkerque ; ils en ont fait aussi l)eaucoup sur la côte de Hollande. L'archiduc, qui s'étoit emljarqué pour la troisième fois , a été obligé de mettre encore pied à terre; la maladie s'est mise parmi les troupes qui s'étoient embarquées avec lui, et on a été obligé de les débarquer. 11 ne sera pas aisé de les faire rentrer dans les vaisseaux quand on voudra , elles y ont trop souffert. La désertion commence déjà parmi ces troupes, et l'on dit à la Haye que l'archiduc ne passera en Portugal qu'au printemps , auquel cas nos troupes arriveroient longtemps avant lui, ce qui feroit peut-être changer de résolution au roi de Portugal. Les vaisseaux qui étoient dans le Texel ont été fort endommagés de la tempête. — Le roi a reçu une lettre de M. de Marsin de Kempten ; il n'y parle point du siège d'Augsbourg , et on craint que M. l'électeur n'ait trouvé des difficultés qui lui aient fait retarder le siège de cette place. On dit que le prince Louis a été obligé de détacher quelques troupes pour la Hongrie , ce qui a rendu son armée "fort foible. Il a demandé une grosse somme d'argent aux États do SoualiC, qui la lui ont refusée, s'excusaiitsiu' la misère présente de leui' pays ; il les a fait menacer d'exécution militaire ; ils ont répondu qu'en ce cas-là ils auroient recours à gens qui les en garantiroient.
Jeudi 13, à Versailles. — 11 n'y eut point de conseil le matin; le roi dîna à onze heures, et partit à midi pour Maily, d'où il ne revini qu'A la iiuif. Monseigneur alla
courre le loup fort loin ; monseigneur le duc de Berry étoit avec lui. Ils ne revinrent qu'à six heures, et soupèrent au retour chez madame la princesse de Conty. — Montgaillard, colonel du régiment de Lorraine, est mort de maladie en Bavière. On croit que M. de Marsin, qui commande en ce pays-là , a le pouvoir de disposer des charges vacantes dans l'armée. — On a eu deux nouvelles aujourd'hui qui ne viennent pas d'assez hons endroits pour compter sûrement qu'elles soient vraies. La première est que les mécontents de Hongrie ont défait les troupes du comte Schlick à huit lieues de Vienne ; l'autre que le prince Louis de Bade a laissé son armée sous les ordres du comte de Stirum, auprès du lac de Constance, et s'en est revenu à Rastadt. Ce qui fait croire qu'il y a quelque fondement à ces nouvelles, c'est que le prince Ragotzki écrivit il y a quelque temps à M. de Bonnac , notre envoyé auprès du roi de Suède en Pologne , et qu'il lui mandoit que ses affaires alloient fort bien en Hongrie et qu'il y avoit lieu d'espérer d'heureux succès, ayant été joint par les plus grands seigneurs du pays. L'autre raison qui peut avoir fondé la seconde nouvelle, c'est que le prince Louis s'ennuyoit fort de se voir à la tête d'une armée en fort mauvais état, avec laquelle il ne pouvoit rien entreprendre, et qu'il peut craindre que nous ne songions à entrer dans son pays.
Vendredi 14, à Versailles. — Le roi, après la messe, s'enferma avec le P. de la Chaise , comme il a accoutumé de faire tous les vendredis; il dina à onze heures, et à midi il alla courre le cerf dans le parc de Marly. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Monseigneur le duc de Bourgogne aUa tirer. Le soir il y eut comédie. Madame la duchesse de Bourgogne n'y alla point ; Madame n'y étoit point non plus, elle étoit allée à Paris à l'opéra. — On a des nouvelles d'Anvers et de Malines, qui portent que la tempête qu'il y eut vendredi
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et samedi avoit fait périr deux cents petits bâtiments holliindois qui étoient devant Lillo; qu'il y avoit quinze cents hommes des troupes hoUandoises sur ces bâtiments qui avoient péri , et que même il y avoit eu plusieurs petites villes du pays presque submergées. — On parle fort de propositions faites par les Suisses pour raccommoder M. de Savoie avec le roi; ils s'offrent de mettre leurs troupes dans les places de sûreté que nous demandons à ce prince, que nous et lui payerons par moitié ces garnisons-là, et qu'il ne gardera que le nombre de troupes où nous le voulons réduire. On croit bien qu'il n'acceptera pas ces propositions-là d'aljord ; mais il pourroit bien y être contraint pas le mauvais état de ses affaires, ne pouvant espérer aucun secours de l'empereur, des Anglois ou des HoUandois. Je ne sais pas si les propositions que font les Suisses seroient agréables ici , mais cela nous donneroit (1).
Samedi 15, à VenaiUes. — Le roi alla l'aprés-dtnée se promener à Trianon. Le soir il y eut comédie; madame la duchesse de Bourgogne n'y alla point. — On eut des lettres de Calais qui portent qu'il y est arrivé trois de nos matelots qui se sont sauvés d'Angleterre ; ils assurent qu'ils ont vu périr aux Dunes six vaisseaux de guerre et quatre-vingts autres l)Atiments chargés de blé, d'armes et d'ha])i{s j)our le Portugal. Les six vaisseaux de guerre étoient de ceux (pii dévoient escorter l'archiduc. On compte qu'il y a eu plus de deux mille cinq cents matelots de noyés. — Il est arrivé un courrier de Madrid, parti le 7 au matin; on n'y avoit appris que le jour de devant la marche de nos troupes pour l'Espagne, et l'abbé d'Estrées mande que c'a été une fort grande joie
Madrid ; les jx'lifs démêlés de la cour no diminuent pas en ce pays-là. — On mande d'Allemagne que le général Herbevilliers a pris Amberg après un fort long
(1) La phrase «st ina(;hcvce dans le inaniisrrit original.
siège; c'est une très-mauvaise place, que nous n'espérions pas qui pût se défendre si longtemps ; Amberg est la capitale du haut Palatinat. On mande aussi d'Allemagne que M. le prince Louis n'est pas venu à Rastadt, comme on Tavoit dit;, mais qu'après avoir mis son armée sur le haut du Danube il étoit allé à Aschaffenbourg, maison à M. l'électeur de Mayence, qu'il avoit prêtée à madame la princesse de Bade pour y faire ses couches.
Dimanche 16, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon en bas ; après le sermon le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur alla à Meudon, où il demeurera jusqu'à vendredi. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne remontèrent dans la tribune , et entendirent le salut. — Le roi a donné le régiment de Lorraine à M. de Mouchy, colonel réformé dans le régiment d'isenghien , qui sert en Bavière ; Montgailiard en étoit le colonel et est mort en ce pays-là. — Toutes les charges de la gendarmerie ont été remplies, hormis les guidons ; la Messelière , le plus ancien sous-lieutenant du corps , a la lieutenance des gendarmes de Berry ; les trois sous-lieutenances qui vaquent ont été données à MM. de la Martinière , de Portail et le chevalier de Janson; les deux premiers étoient les plus anciens enseignes du corps, mais le chevalier de Janson en avoit quelques-uns devant lui; les trois enseignes ont été données aux trois plus anciens guidons, qui sont le marquis d'Harcourt, Fontenay et le chevalier de Busca. — On a par Dunkerque et par Ostende la confirmation de la nouvelle des vaisseaux anglois qui ont péri aux Dunes ; il y a des lettres qui parlent de la perte que les Hollandois ont faite par cette tempête, et elles portent qu'il y a eu plus de mille bâtiments qui se sont brisés les uns contre les autres ou qui ont péri. Il y a des digues rompues, et on assure qu'en Zélande il y a eu trente bourgs ou villages submergés et que la mer étoit plus haute que les clochers.
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Lundi il, à Versailles. — Le roi dîna de meilleure heure qu'à rordinaire et alla courre le cerf dans la forôt de Marly. — Le roi augmente de 50,000 francs le brevet de retenue qu'il donne au comte d'Évreux ,à la prière deM. le duc de Bouillon, son père; le brevet est présentement de 350,000 livres. — M. le maréchal de Tallard a laissé Imécourt pour commander dans Neustadt ; il y rjissemble quelques troupes qui étoient dans les quartiers voisins, parce que les ennemis ont encore un petit corps en deçà du Rhin du côté de Mayence ; les contributions que nous tirons du pays ennemi viennent de tous côtés. — On mande d'Allemagne que le parti des mécontents de Hongrie grossit tous les jours; on assure même qu'ils se sont rendus maîtres d'Agria, que les Allemands appellent Erlau et qui étoit une place si importante que pendant qu'elle étoit entre les mains des Turcs le Grand Seigneur mettoit dans ses titres : seigneur de Timprenable forteresse d'Agria. — La dispense du mariage de M. de Mortemart avec mademoiselle de Beauvilliers est arrivée de Rome ; le roi a signé le contrat , et la noce s'en fera jeudi à Paris. — L'ambassadeur de l'empereur à Rome avoit fait donner au pape une lettre de son maître dans laquelle il lui donnoit part de ce qu'il avoit déclaré l'archiduc roi d'Espagne ; le pape n'a point voulu ouvrir la lettre quand il a su de quoi il s'agissoit et l'a renvoyée à l'ambassadeur. On est fort content ici du procédé du pape.
Mardi 18, à Versailles. — Le roi alla tirer; monseigneur le duc de Bourgogne alla faire une battue. — Un courrier de M. d'Usson, qui est venu fort lentement, ayant été obligé de faire plus de quarante lieues à pied , a apporté des lettres de M. de Marsin, (|ui mande qu'ils vont marcher, M. l'électeur et lui, à Augsbourg. Toute l'artillerie et toutes les munitions qu'on tirt; pour le siège de Munich et de Ralisbonne sont en marche; la tranchée devoitêtre ouverte la nuit du (> au 7, et M. l'électeur espère
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en peu de jours être maître de cette place, qui couvre bien ses États. — Le roi, à sa chasse, dit que la reine Anne voit demandé à son parlement une augmentation d'argent pour subvenir aux pressantes dépenses de l'État , que le parlement avoit répondu qu'il lui avoit donné des sommes considérables qui épuisoient l'Angleterre. La reine leur a fait dire qu'une grande partie de cet argent avoit été employée à mettre M. le duc de Savoie dans leurs intérêts, et qu'ainsi ils ne pouvoient pas lui reprocher de n'en avoir pas fait un bon usage . — Toutes les nouvelles qu'on a d'Angleterre et de Hollande parlent des désordres qu'a faits le dernier ouragan , et les bruits de leur perte augmentent tous les jours. — M. le comte d'Egmont, qui est en Flandre , a mandé ici que le roi d'Espagne le faisoit lieutenant général de la cavalerie qui est en Flandre ; mais on n'en a eu aucune nouvelle de Madrid , et on croyoit que les Espagnols vouloient éteindre cette charge-là. M. de Bedmar n'en parle point non plus dans ses lettres.
Mercredi id, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla courre le cerf dans la forêt de Marly, où il fit la plus belle chasse du monde. Il fait mettre encore dans ce parc-là plusieurs cerfs qu'on a pris à Saint-Germain et à MonceaiLx. Monseigneur est encore àMeudon, où il s'amuse à faire planter. La grossesse de madame la duchesse de Bourgogne s'avance heureusement. — Le roi a donné les quatre guidons de gendarmerie vacants; il a choisi pour remplir ces places-là : le marquis de Saint- Valery, qui étoit depuis cinq ans enseigne colonel du régiment du roi; le jeune comte deBriord, qui étoit aide de camp du maréchal de Villeroy; le comte de Cernay, capitaine dans le régiment du roi de dragons , qui fut fort blessé au combat d'Etkeren, et le marquis de Clerc , capitaine de cavalerie dans le régiment du Maine. — L'armée qu' avoit le prince Louis de Bade est fort dispersée présentement. On en a envoyé une partie en Hongrie,
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où le prince Ragotzki fait des prosrrès considérables ; outre cela on tAclie do fain* filer (juelqnes soldats et quelques cavaliers par derrière le lac de Constance, pour tâcher à pénétrer dans le Piémont et joindre M. de Savoie, qui presse fort pour avoir du secours. On découvre tous les jours de nouvelles choses qui animent le roi contre ce duc et qui marquent que ses enjragements avec les ennemis étoient pris il y a lon^mps.
Jewii 20, à Vemaillefi. — Le roi prit médecine ; madame la duchesse de Bouri;op:ne et madame de Maintcnon furent presque tout le matin avec lui. L'après-dînée il tint conseil, et avant d'y entrer, comme il s'habilloit , on lui vint dire que le maréchal de Tallard étoit à la porte de sa chambre ; il commanda qu'on le fit entrer. Ce maréchal, au lieu de le venir saluer dans la ruelle du lit où il s'ha])illoit, se tint modestement à la porte du cabinet. Le roi, étant habillé, alla Tcmbrasser et lui dit : « Je ne vous dis point que je suis content de vous, car vous n'en sauriez douter ; entrez un moment dans mon cabinet. » S. M. l'y entretint un quart dheure et puis y lit entrer ses ministres pour le conseil. — M. de Mortemart épousa à Paris mademoiselle de Beauvilliers ; la noce se fit chez le père de la mariée. — M. Tévèque du Puy est mort ; il étoit de la maison de Béthune. Cet évèciié vaut 25 à :iO,000 livres de rente ; voilà deux évêchés considérables que le roi aura à donner à Noël; car l'évèchéd'Aeen, qui vaque depuis un mois, est encore d'un plus gros revenu (pie celui du Puy. — Le roi a trouvé bon que le fils du marquis d'Antin, qui a fait son année de mousquetaire, ait le régiment que son père acheta l'année passée du duc (ITzès et qu'il n'avoit acheté que pour le donner à son fils après cette campagne ; il y a deux bataillons dans ce régiment, (pii porte le nom de Gondrin présentement et qui est assez ancien.
Veiulredi *il, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec M. de Chamillart , quoique les vendredis il n'ait ac-
coutume de travailler qu'avec le P. de la Chaise. Monseigneur revint le soir de Meudon. — M. le grand prieur mande d'Ast, où est son quartier général, que M. de Savoie rassemble presque toutes ses troupes sous Albe, comme s'il avoit envie d'attaquer quelques-uns de nos quartiers, mais qu'il n'y a rien à craindre, parce qu'il est aisé de rassembler nos quartiers. M. de Savoie avoit donné des arrhes en Suisse pour quatre mille chevaux qu'il y faisoit acheter; mais il n'a pu en prendre que cinq cents, l'argent lui ayant manqué pour le reste. On sait cependant qu'il a reçu 300,000 écus de l'argent des Hollandois. — La duchesse d'Albe vint ici, et vit le roi après souper dans son cabinet. La duchesse du Lude la présenta à S. M.; le roi étoit debout. La conversation fut assez longue , très-gracieuse de la part du roi, dont elle fut charmée ; elle parla avec beaucoup d'esprit. On avoit fait éclairer plus qu'à l'ordmaire l'appartement de madame la duchesse de Bourgogne et la galerie par où elle passa pour entrer dans le cabinet du roi. Elle vint ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne, qui, la reçut debout et qui la baisa devant et après l'audience; le roi l'avoit baisée aussi. Elle a été reçue comme duchesse et point comme ambassadrice, et on lui a fait l'honneur de la recevoir extraordinairement, parce qu'on étoit content d'elle personnellement , et que même durant la vie du feu roi d'Espagne elle avoit eu des occasions de montrer son inclination pour la France, dont le duc d Harcourt, qui y étoit lors ambassadeur, avoit rendu compte au roi. Après avoir vu madame la duchesse de Bourgogne, elle alla chez Madame et chez madame la duchesse d'Orléans.
Samedi 22, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. Le soir il y eut comédie. Madame la duchesse d'Albe demanda à voir Monseigneur, qui lui fit dire qu'il recevroit sa visite chez madame la
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princesse de Conty , où elle vint avant la comédie. Il la reçut debout aussi ; elle ne pouvoit pas prendre son tabouret devant lui, ne l'ayant pas encore pris devant le roi. — M. de la Rongère mourut à Paris; il étoit chevalier de rOrdre et chevalier d'honneur de Madame, qui lui avoit donné un brevet de retenue de 80,000 francs sur sa charge. — Deux cents vaisseaux anglois chargés de charbon, dont on manque fort à Londres, venant de Newcastle en Ecosse et escortés par quatre vaisseaux de guerre, ont tous péri sur le banc de Yarmouth . La nouvelle qu'on avoit eue de six vaisseaux de guerreetde quatre-vingts vaisseaux de charge destinés pour passer en Portugal qui avoient péri aux Dunes est contirmée et même fort augmentée , car on assure qu'il y a péri quinze vaisseaux de guerre. — Le grand inquisiteur de Portugal a déclaré au roi son maître qu'il ne pouvoit pas répondre de la lidélité des Portugais si l'archiduc entroit dans le pays avec des hérétiques; on ne croit pas qu'il y entre sitôt présentement, et on ne doute pas qu'il ne demande incessamment à faire un nouveau traité avec les deux rois , ce qu'on no lui accordera que sous de bonnes conditions.
Dimanche 23, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon, après quoi le roi s'enferma avec le P. de la Chaise. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne demeurèrent à vêpres. Le roi alla au salut. — On eut nouvelle par plusieurs endroits, dont il y en a qui n'ont jamais donné de mauvais avis, que M. l'électeur de Bavière s'étoit rendu maître d'Augsbourg après six jours de siège; la tranchée avoit été ouverte devant la place le 6, le canon commença à tirer le 7, et le 12 les assiégés demandèrent à capituler. On ne mande point les articles de la capitulation. Ces nouvelles ajoutent qu'on parle dans l'armée de M. l'électeur d'aller faire le siège de Passau , mais nos troupes sont bien fatiguées et la saison est bien avancée. M. le prince de Bade avoit fait
arrêter il y a quelque temps M. Goor, général des troupes hollandoises qui sont dans son armée , et avoit envoyé en Hollande pour dire les raisons qu'il avoit eues de l'arrêter; mais les États Généraux en ont paru très-mécontents , et ont approuvé la conduite de M. Goor ; cependant le prince de Bade n'a pas encore voulu le mettre en liberté ; les Hollandois présentement lui redemandent toutes leurs troupes. — H y a. de grandes brouilleris entre les cercles de Franconie et de Souabe sur les quartiers d'hiver, et on assure que l'évêque de Wurtzbourg a rappelé toutes les troupes qu'il avoit fournies pour son contingent , et qui marchent à Heilbronn avec quelques autres troupes du cercle de Franconie qu'il veut faire subsister en Souabe.
Lundi 24, veille de Noël, à Versailles. — Le roi, Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne et aussi monseigneur le duc de Berry firent leurs dévotions et entendirent vêpres l'après-dinée. Le roi retourna avec toute la maison royale à dix heures à la chapelle, et ils entendirent matines et les trois messes. Le roi après vêpres s'enferma avec le P. de la Chaise, et donna les bénéfices vacants. M. Hébert, curé de VersaiUes, eut l'évêché d'Agen ; M. l'abbé de la Roche-Aymon, grand vicaire de Mende, eut l'évêché du Puy. Il y avoit une petite abbaye vacante près Beauvais (1), qui fut donnée à la Croix, brigadier des gardes du corps , pour un de ses enfants ; le maréchal de Villars, dans la compagnie de qui il est , l'avoit demandée pour lui. — Il arriva un courrier de M. de Marsin, qui apporta la nouvelle de la prise d'Augsbourg, qu'on avoit sue dès hier par différents endroits. M. l'électeur avoit chargé le comte d'Albert de porter cette nouvelle au roi , mais sa malheureuse étoile a fait qu'il s'est démis le pied en chemin et n'a pu venir. M. l'électeur a donné capitulation aux troupes qui étoient
(1) L'abbaye de Saint-Syrnpliorien.
dans la place , mais il n'en a point voulu donnei' aux bourçeois qui l'avoient trompé , car depuis la neutralité qu'il avoit aiîcordée à leur ville ils avoient reçu garnison des troupes du prince de Bade. M. Télecteur mande qu'il va mettre toutes nos troupes et les siennes dans de bons quartiers , bien à leur aise ; il auroit marché à Passau, qu'il auroit pris plus aisément qu'Aujusl)Ourg, à ce qu'il croit, s'il n'avoit voulu laisser reposer l'armée.
Mardi 25, jour de Noël, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Le comte d'Albert arriva le soir et si tard qu'il ne put voir le roi. — iM. de Briord mourut ici; il y avoit un mois qu'il avoit été taillé , mais il ne mourut point de sa taille. Il avoit été fait conseiller d'état d'épée au retour de ses ambassades en Savoie et en Hollande. — M. de Bavière a mandé que l'empereur avoit pensé être surpris par un parti des mécontents de Hongrie dans un château auprès de Vienne, où il étoit allé à la chasse , et qu'il avoit fait porter de Presbourg- à Vienne la couronne royale de Hongrie, qui y étoit gardée depuis la première invasion des Turcs en Hongrie; c'est une couronne d'or qui avoit été envoyée vers l'an 1000 par le pape au duc de Pologne, qui s'étoit fait clu'étien et qui se vouloit faire déclarer roi. Etienne, duc des Hongrois, la prit à ceux qui la portoient en Pologne et se fit déclarer roi. il est reconnu pour saint , et cette couronne est en grande vénération en Hongrie. M. l'électeur de Bavière a laissé M. le maréchal de Marsin dans Augsbourg avec dix-huit bataillons. — M. le duc de Saint-Pierre , qui est grand d'Espagne, duc de Sabionnette, et qui a 200,000 écus de rente, épouse madame de Kenel , sœur de iM. de Torcy; le mariage se fera dès qu'il aura eu l'agrément du roi d'Espagne, et on va envoyer un courrier en Espagne pom'cela; ils ont tous deux des enfants de leurs premiers mariages. Sa première femme étoit lille du marquis de los Balbazès, que nous avons vu ici ambassadeur d'Es-
pagne ; son beau-père et lui étoient Génois et de la maison de Spinola.
Mercredi 26, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée ; durant la chasse il parla des nouvelles qu'il recevoit de Hollande par plusieurs endroits; elles portent toutes que les désordres qu'a faits l'ouragan en ce payslà sont tels qu'il faudroit des sommes immenses pour les réparer ; ils ont perdu une infinité de vaisseaux ; il y a eu plus de trente mille hommes noyés. — M. le duc de Saint-Pierre, pressé par son amour d'achever son mariage , a prié le roi très-instamment de vouloir répondre de l'agrément du roi d'Espagne , et S. M. lui a accordé sa prière , et s'est chargé de mander au roi son petit-fils qu'il avoit cru pouvoir et devoir répondre pour lui en cette occasion-là; le mariage se fera la semaine qui vient. — Le comte d'Albert salua le roi au retour de la messe; M. de Chamillart le lui présenta. Il a eu beaucoup de peine à passer ; il a fallu qu'il se déguisât en hussard et qu'il traversât plusieurs quartiers de l'armée ennemie qui occupent tout le pays qui est entre le Danube et la tète du lac de Constance. Il est encore fort incommodé de sa blessure qu'il s'est faite au pied en sautant une barrière auprès de Schaffouse, jusqu'où il a été poursuivi par les ennemis, qui le reconnurent pour François dans le dernier de leurs quartiers où il passa. Il a dit au roi qu'il y avoit plus de six mille hommes de troupes réglées dans Augsbourg, qu'on envoie à Nordlingue à leurs dépens. Il apprit au roi beaucoup de nouvelles de la Hongrie , l'assurant que M. l'électeur lui avoit donné ordre de les dire à S. M. Il assure que les Hongrois ont soixante mille hommes enrégimentés et presque tous composés de soldats et d'officiers qui ont servi; qu'ils marchent avec trente pièces de gros canon en s'approchant de Vienne, et qu'ils ont pris la ville et le château d'Agria ; qu'ils ont battu le général Schlick, et qu'ils ont coupé le reste de ses troupes qui vouloient se retirer à Vienne ;
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qu'on îi délibéré dans le conseil de l'empereur si on se retireroit à Gratz en Styrie ou à Prague en Bohème. Il a apporté des lettres de plusieurs particuliers qui mandent qu'il y a un grand soulèvement en Tyrol, dont les peuples ne veulent et ne peuvent plus rien payer à l'empereur; toutes ces nouvelles sont si bonnes qu'on n'ose les croire. Nous n'avons perdu au siège d'Augsbourg qu'environ cent soldats et un colonel réformé, qui s'appelle Briçonnet et qui étoit incorporé dans Artois. — On mande de Cologne que les troupes d'Hanovre ont repassé le Rhin pour retourner en leur pays, n'ayant pu avoir des quartiers dans cet électorat ni dans le pays de Clèves, M. l'électeur de Brandebourg s'y étant opposé.
Jeudi 27, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à Saint- Cyr. Monseigneur, monseigneur le duc de Berry tirent des battues. Le soir il y eut comédie. — Il y a des lettres d'Angleterre, et môme des nouvelles imprimées, qui parlent des désordres qu'a faits la tempête en ce pays-là ; il n'y a pas une maison dans Londres qui n'ait souffert, et il y en a eu beaucoup d'abattues. La mer est entrée dans les rues de Bristol et a monté jusqu'au haut des maisons; toutes les marchandises ont été perdues, et c'est une des villes d'Angleterre du plus grand commerce. Us ont perdu beaucoup de vaisseaux sur les côtes et plus de dix mille matelots. Quelques particuliers mandent que la perte qu'a faite l'Angleterre est de plus de huit millions de livres sterling, mais cela nous paroit un peu excessif. — Il arriva avant-hier un courrier de M. de Vendôme, parti de dessus la Secchia le 17. M. de Vendôme, qui ne venoit que d'arriver dans ce camp, mande que toute la nuit on a entendu dans le camp des ennemis un grand bruit d'hommes et de chevaux; il ne doute piis qu'ils ne veulent se mettre en marche; mais les avis sont différents sur la marche (pi'ils feront; ils ne veulent peut-ètri; songer qu';V prendre des postes où ils puissent subsister, mt le pouvant plus faire dans l'en-
droit où ils sont. — M. Courtin mourut à Paris après une longue maladie; il étoit le doyen des conseillers d'État. Il avoit été plusieurs fois ambassadeur, et avoit signé le traité de Heilbronn , celui de Bréda et plusieurs autres. Il avoit toujours été fort estimé et fort honoré dans tous les emplois où il avoit passé , et le roi lui avoit toujours témoigné beaucoup d'amitié.
Vendredi 28, à Versailles. — Le roi alla tirer. Monseigneur est un peu enrhumé et ne sortit point ; il joua le soir chez madame la princesse de Conty. Monseigneur le duc de Bourgogne, depuis quelques jours, a établi un petit jeu de brelan chez lui, et pendant ce temps-là les courtisans pourront lui faire leur cour. Madame la duchesse de Bourgogne soupa chez madame de Maintenon ; elle se porte à merveille dans sa grossesse. — On a des nouvelles du maréchal de Tessé du 1 9 ; il étoit au bas du mont Simplon , qu il devoit passer le lendemain ; il comptoit d'arriver le 22 à Milan. M. de laFeuillade, après quelques coups de canon , s'est rendu maître d'Annecy, où nos troupes entrèrent le 14, et depuis il s'est emparé delà Roche, de Thono et de quelques postes sur le lac de Genève. Il ne reste plus au duc de Savoie , au deçà des Alpes , que la vallée de Tarentaise , où le marquis de Sales, un de ses généraux , s'est retiré avec ce qu'il a de troupes. — Le duc de Saint-Pierre a envoyé pour présent de noce à madame de Renel 100,000 écus en or, presque toute monnoie de Gènes. — Les duchesses ne vouloient plus quêter ici, parce que les princesses étrangères avoientfait quelque difficulté de quêter ; le roi a commandé que toutes les princesses , hormis les princesses du sang , quêteroientà l'avenir, et les duchesses et les femmes de qualité, comme madame la duchesse de Bourgogne, qui se mêle présentement des quêtes , l'ordonneroit. Mademoiselle d'Armagnac commencera le premier jour de l'an*. — Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon, avec MM. les capitaines des gardes du corps, à régler beaucoup
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de petites choses de ce qui regarde le détail de leurs compagnies.
* Ce no seroit pas des nolps ou des additions, ni.iis des volumes, qui pourroient contenir les heureuses adresses qui ont enfanté le rang des princes étrangers. C'en fut une ici longuement cachée , puis nettement soutenue pour se distinguer des duchesses. Il y avoit longtemps qu'on s'en apereevoit sans s'en mettre en peine, ou sans oser sv opposer parmi elles . a la iiu la bombe creva , et les princesses quêtèrent comme les duchesses. Ce ne fut que depuis que les chambres des filles de madame la Dauphine furent cassées que, faute des filles dont c'étoit toujours l'emploi , on fit quêter de jeunes femmes ,et il n'y avoit guères que sept ou huit ans que les princesses éhidoient , et deux ou trois ans qu'on s'en apercevoit, jusqu'à ce que mademoiselle d'Armagnac ayant refusé tout plat cinq ou six mois auparavant, la duchesse de Saint- Simon refusa aussi. On essaya d'en faire une affaire à son mari, en taisant le pourquoi. Il l'expliqua au roi, qui l'approuva et qui décida surle-champ connue le disent les mémoires.
Samedi 29, à Versailles. — La roi alla l'après-dinée se promener à Marly. Monseigneur, quoique fort enrhumé, alla dîner à Meudon et s amusa toute Taprès-dînée à faire planter. Le soir il y eut comédie. — On apprend de Hollande que rile de Texel a été entièrement submergée durant quelques jours, ce qui a causé encore une très-grande perte à ce pays-là. On apprend d'Angleterre , outre tout ce qu'on sa voit déjà des dommages qu'y avoit faits l'ouragan , que tous les vaisseaux de guerre et de charge qui étoient sous les ordres de Showel et qui étoient prêts d'entrer dans la Tamise ont été emportés par la tempête vers les côtes de Norwège ; qu'on n'en a eu aucunes nouvelles depuis, et on croit que la plupart de ces vaisseau.xlà ont péri. — Le roi a fait monter M. de Fourcy à la place de conseiller d'État ordinaire , et celle de semestre a été donnée à M. Rouillé, à qui le roi l'avoit promise quand il .sortit de la direction des finances. — H y a dispute pour la place de doyen * entre M. l'archevêque de Reims, qui est le plus ancien desconseillersd'Ét:it,etM. de laReynie, qui est le plus ancien des conseiller.s d'État de ro be et
qui prétend qu'un ecclésiastique ne peut point devenir doyen. M. l'archevêque de Reims a deux exemples pour lui; outre ses raisons, qui me paroissent bonnes, ils ont donné leur mémoire pour cette affaire, que le roi n'a pas encore réglée ; parmi ces deux exemples que cite M. de Reims, il y en a un d'un archevêque de Bourges et l'autre d'un simple abbé, qui ont été doyens tous deux.
* On a vu ailleurs le droit des pairs et des ducs d'entrer et d'opiner au conseil des parties, et comment, faute d'usage et d'en croire le chancelier Séguier, il s'est anéanti. On a vu aussi la faute des pairs d'y entrer à autre titre que leur dignité, commise par rarchevêque duc de Reims, dont est ici mention , le premier et puis à son exemple par l'évêque comte de Noyon ; on se contentera donc de dire ici que M. de la Reynie trouvoit fort amer d'être privé par M. de Reims de l'avantage du décanat ; qu'il avoit tout sans cette raison , comme la place vis-àvis du chancelier, qui demeure vide si elle n'est remplie par le doyen ou par un pair ou duc, même à brevet, comme M. de Vitry, qui rétoit et en même temps conseiller d'État, l'eut toujours, et au dessus du doyen , comme le salut entier du chapeau du chancelier, qui ne se découvre que pour les pairs , les ducs et le doyen seul ; enfin, ce qui est particulier au doyen , la visite en cérémonie de chaque nouveau chancelier une fois, et certains bureaux considérables et utiles avec le double des gages de conseiller d'État, chose fort au-dessous de la dignité , du loisir et des richesses de l'archevêque de Reims. Celui-ci répondit qu'il étoit vrai qu'il avoit le salut du chancelier en prenant sa voix, comme le doyen l'avoit , et la séance non-seulement de doyen, mais au-dessus du doyen ; qu'il étoit au-dessus du reste de ce qui est particulier au doyen, mais qu'il ne lui étoit pas permis pour avoir, comme duc pair, une séance et des honneurs fort distingués des autres prélats conseillers d'État, de ne revendiquer pas un droit qui leur étoit commun avec lui , et de les priver du décanat, parce que lui n'en avoit pas besoin. Il tint ferme à le disputer, et on verra qu'il fut décidé en sa faveur.
Dimanche 30, à Versailles. — Le roi alla tirer. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. — Le roi a choisi M. des Marests , le grand fauconnier , pour acheter le régiment de cavalerie du comte d'Egmont, que le roi d'Espagne a fait lieutenant général de la cavalerie de Flandre. M. des Marests servoit dans notre armée
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en Bavière , et il a permission d'en revenir avec M. de Vieuxpont, brigadier d'infanterie, qui vient pour épouser mademoiselle des Marests, sa s(pur. —On mande de notre armée sur la Secchia que le comte de Starend)erg' a fait avancer un corps de dix mille hommes à l'ontemolino , et qu'il n'al)andonne pourtant ni Hevere ni la Mirandole. M. de Tessé doit ùtre arrivé à cette armée-là, et M. de Vendôme doit être retourné à celle de Piémont. On avoit parlé d'un règlement pour le commandement entre M. de Vendôme et les maréchaux de France; mais le roi n*a pas jugé à propos de le faire; ainsi xM. de Vendôme et M. de Tessé commanderont chacun leur armée sans aucune sulwrdination l'un de l'autre*. — Beaumont, contre-amiral d'Angleterre , dont le vaisseau alloit périr, se jeta dans la chaloupe , et deux jours après on a trouvé son corps que la mer avait poussé à terre. Tout ce qu'on apprend de la perte des Anglois augmente tous lesjours; cependant \e p;irlement d'Angleterre a accordé à la reine Anne tout ce qu'elle leur a demandé pour soutenir la guerre.
* Le maréchal allant en Savoie, et on le lui a souvent ouï raconter en mêmes termes du roi qu'on trouvera ici ,étoit averti que w n'étoil (|uen passant, et qu'il y auroit une armée en Italie. M. de Vendôme, assure d'en commander, avoit cessé ses poursuites pour être fait maréchal de l-rauce, que le roi avoit hien reçues jusqu'à être prêt à le faire; puis lui dit que cela ne lui convenoit pas , mais qu'il n'y pcrdroit rien. Depuis, étant à la tête d'une arméi', il tent<i d'obtenir une patente pour commander aux maréchaux de France, dont il fut refusé avec une sorte d'indif^nation. Cette campagne-ci, il hasarda lUie autre demande : ce fut de représeuler (ju'il avoit désiré d'être maréchal de France, et avec ce (|ui s'étoit passe la-dessus que s'il l'avoit été fait , il auroit sou ancienneté parmi eux, et que s'il avoit le dégortt d'obéir à ses anciens, il en seroit dédommagé en commandant à ses cadets; que, puisque le roi, n'ayant pas jugé (|u'il cônvùjt de lui donner le b;lton, lui avoit promis qu'il n'y per(h(»it rien, et avoit eu la bonté de le mettre à la tête de ses années, il deuiaïuioit au moins uni' i)atente qui lui donnât le commandement sur les maréchaux de France moins anciens lieutenants généraux que lui, et auxfpiiis il auroit commandé .s'il avoit été
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maréchal de France ; sans quoi il perdroit beaucoup en effet a ne l'avoir pas été , puisqu à raison du grade de maréchal de France il pouvoit arriver qu'il obéiroit a ses cadets. Toutes plausibles que fussent ces raisons, le maréchal de Villeroy, à qui le roi en parla, en détourna l'effet , car ce fut tout au commencement de la campagne , avant que ce maréchal partît, et le roi se tint ferme au refus. Tessé, à qui le maréchal l'avoit dit , ainsi qu'aux autres maréchaux de France , voulut pourtant savoir comment il se conduiroit avec ^l. de Vendôme , dont il sentoit tout le crédit et les appuis. Il en parla au roi, et en bon courtisan lui proposa d'é\iter de se trouver avec lui , et de ne prendre que la plus petite armée, qui fut un temps aux ordres du grand prieur, comme le plus ancien lieutenant général. Le roi répondit net qu'il ne falloit pas accoutumer ces messieurs-là à être si délicats; qu'il a voit trouvé très- mauvais que M. de Vendôme eût osé songer à commander des maréchaux de France , et qu'en deux mots il ne vouloit point de ménagements là-dessus , ni pour prendre le commandement de la principale armée, ni pour se trouver avec M. de Vendôme et le commander lui-même; que ces messieurs-là en avoient bien assez, et qu'il ne falloit ni ne vouloit les gâter davantage ; qu'ainsi , sans aucun égard pour cette considération-là , il fît tout ce qu'il croiroit devoir faire pour le bien de la chose et des affaires et pour l'utilité de ses affaires en Italie. Tessé, qui l'a souvent raconté , en fut très-surpris , mais en bon courtisan il ne laissa pas de biaiser pour plaire à M. de Vendôme et encore plus à M. du Maine. M. de Vendôme ne lui disputa rien , et lui évita de l'obombrer.
Pour M. de Vaudemont, qui, comme gouverneur duMilanois et ayant patente de général d'armée du roi d'Espagne , il [sic] n'obéissoit ni ne commandoit aux maréchaux de France, ni à M. de Vendôme, général de l'armée du roi , et ils vivoient de concert en parité de commandement , presque jamais ou guères peu de jours en passant ensemble, et toujours ^I. de Vaudemont étoit à Milan ou avec quelque corps séparé.
Lundi 31, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly, où il vit des carpes rares que lui a données M. le Prince. Monseigneur alla dîner à Meudon avec madame la Duchesse, et n'en revint que pour le souper du roi. — On a des lettres sûres qui parlent encore plus fortement que toutes celles qu'on avoit eues jusqu'à cette lieui-e des avantages que les mécontents de Hongrie remportent tous les jours sur les troupes de l'empereur. Le corps qu'ils ont en Transylvanie a battu le comte de
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Rabutin, qui a été oblig-é de se sauver dans Clausembourg; d'un autre côté, ils ont attaqué Neuhausel; il y a mt'^me quelques-unes de ces lettres qui disent qu'il est pris. In autre corps de leurs troupes assié^i^e Neustadt, et ils ont aussi blotpiéPesth. L'empereur, qui se voit pressé par tant de côtés , envoie le prince Eugène pour commander une petite armée de quatre ou cinq mille hommes rassemblés sous Presbourg. — Il arriva un courrier du maréchal de Villeroy, qui a rassemblé quarante bataillons et quelques escadrons pour marcher aux ennemis qui . au nombre de douze mille hommes commandes par le comte de Troignie, sont venus à nos lignes du côté de la Mehaigneet comraençoient araser nos lignes, ce qui sera bientôt raccommodé , et selon toutes apparences les ennemis se retireront fort vite voyant le maréchal de Villeroy marcher à eux. — On a publié ce soir ici ù Paris qu'il n'y auroit point de diminution demain sur l'argent; la crainte qu'il y en eût une do dix sols par pistole et de deux sols par écu, comme le dernier édit le portoit, a mis l'argent dans un grand mouvement depuis huit jours.
ANNÉE n04.
Mardi V janvier, à Versailles. — Le roi , un peu après onze heures , tint le chapitre des chevaliers de F Ordre , où M. de Torcy rapporta les preuves de M, de Mesmes , dont nous avions été commissaires M. de Foix et moi; ensuite on marcha à la chapelle en bas, où l'archevêque de Reims officia. Il y a déjà quelque temps que les cardinaux ne veulent plus officier aux cérémonies *. Le roi dina en public avec toute la famille royale ; ensuite ils allèrent à vêpres (1), et puis S, M. donna une longue audience au duc de Berwick , dans son cabinet, qui partira le 20 de ce mois. — Puységur a écrit de Vittoria que depuis notre frontière jusques-là il pouvoit répondre à S. M. que nos troupes seroient logées et trou veroient en abondance tout ce qui leur seroit nécessaire , et que tout seroit même à bon marché pour les officiers. Nos troupes marcheront, à mesure qu'elles arriveront, droit
(1) « Mademoiselle d'Armagnac, belle comme le jour, quêta hier à la cour, au refus des duchesses, qui en avoient été priées par M. le curé; on prétend même qu'elles en ont été apostrophées par Sa ^Majesté, laquelle demanda à M. le Grand la |)rincesse sa fille, qui fut promptement accordée. Chacun s'efforça de lui donner, M. l'ambassadeur d'Espagne entre autres, qui mit trente louis d'or dans sa bourse. Le roi remercia la quêteuse en des termes très-obligeants , et il ne l'avoit demandée à M. le Grand qu'en cas que cela ne lui fit point de peine. » (Lettre de la marquise (VHuxelles, du 2 janvier 1704. )
La bibliothèque de la \ille d'Avignon possède un recueil de lettres manuscrites de la marqui.se d'Huxelles au marquis de la Garde , gouverneur de Fumes, écrites depuis 1704 jusqu'en 171'?. Nous devons à l'obligeance de M. Achard, archiviste du département de Vaucluse, la communication de quelques notes extraites de cette correspondance inédite.
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sur la frontière de Portug^al, sans passer Ji Madrid, il vient beaucoup de courriers de Portugal à Madrid, et on ne doute pas (pie ce roi ne sonp^e à se raccommoder avec la France et l'Espagne si l'archiduc ne passe promptement à Lisl)onne , ce qui n'est pas apparent. — M. le Prince, qui a souhaité retirer la terre de Creil de la princesse d'Harcourt, qui l'a voit achetée du prince de Carignan, avoit prié le roi d'entrer dans cette affaire-là et d'ordonner à M. de Chamillart d'examiner cette affaire poulie prix qu'il en devoit donner. Mad.nvie la princesse d'Harcourt** en vouloit au moins 200,000 livres; M. le Prince vouloit la terre , mais en vouloit donner beaucoup moins. Le roi , pour finir l'affaire qui trainoit depuis longtemps, a réglé que M. le Prince en donneroit 1 '1.0,000 livres, et donne 20,000 écus à la princesse d'Harcourt , du trésor royal , qui seront mis sur la maison de ville.
* Cette difficulté des eardinaux a été plus d'une fois répétée, sans dire de quand toniniencée, puisqu'elle est rapportée comme nouvelle, ni sur quoi fondée : on l'ignore aussi bien que les mémoires.
** Cette princesse d'Harcourt, qui avoit été belle et point trop cruelle, étoit devenue bideuse. C/étoit une barpie qui prenoit à toutes mains au jeu quand elle pouvoit, qui vendoit son crédit et (|ui cbantoil pouille à bommes et à femmes , qui ne pa\ oit personne , qui battoir ses gens et ses femmes comme plâtre, qui en étoit quelquefois très-bien rossée, qu'ils laissoieut tous là de concert, et cbez elle et dans les rues, sans qu'il lui en restât pas un , et qui chez elle tempêtoit avec tant de furie que ses voisins à INIarlv n'y pouvoient durer; avec cela dévote incomparable et communiant tant et plus, fléau de ses enfants, et ayant fait désertiT son mari. Avec ces aimables (pialités elle avoit trouvé luie telle grâce auprès de madame de Mainlenou qu'elle etoit et faisoil tout ce qu'il lui plaisoit. On ne comprenoit point un goiU où il n'y avoit rien à se prendre, etcegoiU a toujours été le même sans cesser que des instants; baute par delà l'insolence a l'ordinaire de sa vie, et plus basse que l'berbr drvaul (juicniupic clic avoit ou pouxoil avoir alïaire. Il lui est arriNé d'être accabU-e dans son lit a iMarly de pelotes de neige par niadame la ducbesse de Bourgogne et sa suite, el d'avoir non-senlemeni le lit, mais la cbambre noyée, et d'autres foisd'clre réveillée en sursaut par tous les land)ours de la garde suisse tout au-
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tour de sou lit. Tantôt le chemiu du pavillou du roi chez elle se trouvoit bordé de pétards, an milieu desquels ses porteurs avertis l'abandounoient toute seule; une auti'e fois elle eût sauté en l'air par un pétard sous son tabouret si quelqu'un n'eût averti que c'étoit de quoi l'estropier; quelquefois cousue à son siège en jouant, et laissée à s'en dépêtrer toute seule. Elle y étoit si accoutumée qu'étant allée en Lorraine deux jours après son arrivée on tira des pétards pour je ne sais quelle fête ; elle ne la savoit point , et après une grande peur elle s'écria que c'étoit par trop , et tout en furie qu'on la poursuivoit jusqu'en Lorraine , oîi, étant princesse du sang, elle en devoit être au moins à l'abri ; on ne sut ce qu'elle vouloit dire , et on y apprit avec scandale par cette aventure tout ce que journellement elle essuyoit à la cour. Quand elle se fâchoit quelquefois d'être excédée , madame la duchesse de Bourgogne étoit un mois sans lui dire un mot, et elle tournoit inutilement; enfin elle demandoit pardon et briguoit qu'on renonçât àla tourmenter. Jamais ilsne l'appeloientque princhipionette, c'est ce qui la peinoit le plus sans avoir pu les en corriger. Ce qu'elle a eu du roi , fait d'affaires , pris et volé de force ou d'adresse ne se peut nombrer. Deux de ses fils passèrent à l'empereur, où ils sont morts ; celui qu'elle a laissé s'est montré aussi grand maître qu elle , et s'est étrangement* enrichi. Cette mégère écervelée et lipue étoit sœur de la duchesse de Brancas; mais aussi elle étoit bien dévote, et proposoit volontiers à la fin du jeu qu'on se donnât réciproquement ce qui pourroit n'être pas bien légitime. Elle alloit tant qu'elle pouvoit et plus qu'ils ne vouloient à Pontchartrain , et y jouoit jour et nuit. Les samedis ne la contraignoient pas quand les parties étoient bonnes ; elle jouoit, querelloit et ramassoit bien avant dans la nuit, s'en alloit communier le matin à la paroisse, se venoit habiller, puis se remettoit au jeu jusqu'au dîner. C'étoit une vraie sainte. Elle alla voir, un jour de fête, la maréchale de Villeroy à Fontainebleau dans l'appartement de quartier qui est de plain-pied à la cour en ovale , au pied du degré du roi, au haut duquel logeoit madame de Maintenon. La maréchale lui proposa ime petite prime ; elle eut peine à la préférer à vêpres , mais elle se rabattit sur le salut. Le jeu dura, et s'apercevant que l'heure du salut se passoit, elle vouloit y aller, etdisoit que tout seroit perdu si madame de jNIaintenon savoit qu'elle y eût manqué. La maréchale se moqua d'elle et de sa peur et de l'attention de madame de ^Maintenon à sa conduite ; l'autre se laissa entraîner. Comme elle continuoit à jouer de tout son cœur, d'autant plus que la maréchale n'y voyoit guères clair, arrive madame de Maintenon en visite. A cette annonce : « .\h, je suis perdue! s'écria la princesse, qui se vouloit fourrer sous le lit; elle va voir que je n'ai été a rien ; que deviendrai-je ? » Madame de Maiuteuon entra sur ces cris, qui trouva la maréchale pâmée de rire ,
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et l'autre d'effroi , a qui toutefois elle ne fit pas une mine trop rassurante; mais clleavoit apparemment un talisman , sans quoi une amitié si déplacée et si étonnante ne |)eut jamais être expliquée.
Mercredi 2, à Versailles. — Le roi alla se promener Taprès-tlinée à Trianon. Monseigneur ne sortit point de t<^iit le jour. Le soir il y eut comédie. Le roi a donné 1,000 pistoles d'étrennes à Monseigneur, 2,000 à madame la duchesse de Bourgogne et autant à Madame ; on lui apporta hier 42,000 pistoles du trésor royal pour faire ses libéralités. — M. de Saint-<jeniez, aide de camj» du maréchal de Villeroy, arriva de Flandre. Les ennemis, qui s'étoient assemblés au nombre de douze ou quinze mille hommes et qui étoient venus à Vasège, où ils commençoient à raser une demi-lieue de nos lignes, se sont retirés fort précipitamment dès qu'ils ont appris que M. le maréchal marchoit à eux. Le baron de Trognie y étoit , comme je l'ai déjà écrit , mais il y avoit deux généraux au-dessus de lui , qui sont le baron de Noyelle et M. Toi); ce qu'ils ont rasé de nos lignes sera raccommodé dans vingt-quatre heures. — On a reçu à Marseille des lettres de Constantinople du 15 de novembre; le nouveau sultan envoie ici un aml)assadeur, et le séraskier doit marcher incessamment avec une armée de cinquante mille honunes; on ajoute même qu'il mènera avec lui le Tékéli pour lui servir de conseil. Si ces nouvelles sont vraies, on ne sauroit doutjer que cela ne regarde la Hongrie. — Mîidame rroyoit que M. de la Rongère n'a voit que cSOjOOO livres de brevet de retenue sur sa charge , mais la famille lui a apporté le brevet, qui est de 100,000, ainsi la charge sera encore plus diflicile A vendre.
Jeudi 3 , àMarIff. — Le roi fit chanter le matin à Versailles le Te Dcum pour la prise dWugsbourg , et on le chantera demain à Paris. L'après-dlnée S. M. vint ici, et ({uoiiprelle soil un [)eu l'niliunK'e . elle se prouiena ju.squ'à la nuit. Monseigneur vint avec madame la princesse de Conty ; madame la duchesse de Bourgogne vint
en carrosse ; on croit cette voiture-là plus douce que la chaise. — Le roi fut fâché le dernier voyage de n'avoir pas assez de logement à donner ici^ parce qu'il y auroit voulu amener plusieurs courtisans qui reviennent de l'armée et qui lui avoient demandé à venir. Il fait bâtir des logements nouveaux, et. en attendant qu'ils soient en état , il a prié Cavoie de lui prêter Luciennes , où il y aura six courtisans logés, qui seront ici tout comme ceux de Marly, et qui sont même sur la liste. — Le roi fit hier recevoir M. le prince de Rohan lieutenant de ses gendarmes, et après qu'il fut reçu M. de Duras lui fit prêter le serment; il n'y avoit que les gendarmes de quartier. — L'ordinaire d'Espagne arriva qui apporte des lettres du 17. On mande que le prince de Tzerclaës a fait arrêter le gouverneur de Badajoz , qu'on soupçonne de quelque intelligence avec l'amirante ; on a aussi arrêté à Madrid un des secrétaires c?e/ des'pachouniversal,(\mdiwoï\ été autrefois secrétaire de l'amirante. L'abbé d'Estrées s'est plaint de la princesse des Ursins*, qui a fait ouvrir, à ce qu'il prétend , les lettres qu'il écrivoit ici au roi et que Orry, à qui il les avoit données pour les envoyer par un courrier, les avoit portées à madame des Ursins , afin qu'elle sût comme l'ambassadeur parloit d'elle.
* Ce fut uue belle esclandre , et qiii à la lin coûta cher à madame des Ursins, et dont elle se tira par des miracles de cour après de sensibles angoisses. Le cardinal d'Estrées, mis en déroute avec tous.le Espagnols qui avoient eu part au testament de Charles 11 et depuis aux affaires , Louville expédié et le roi d'Espagne entièrement pris , elle ne se contraignit pas de domier à sa nouvelle jmite, et personnel; lement à l'abbé d'Estrées, toutes les sous-barbes possibles. L'abbé, qu se vouloit ancrer dans son ambassade et se rattraper aux affaires, en espérance qu'elles le porteroient à tout, souffroit ces mépris avec une ex. trême impatience, et buttoit à perdre la princesse dans notre cour, sans quoi il se voyoit perdu lui-même. Quelque puissante qu'y fut la princesse par madame deMaintenon, elle ne laissoit pas d'être inquiète des dépêches de l'abbé d'Estrées, surtout le cardinal d'Estrées venant d'arriver à notre cour, et dans cette inquiétude elle voulut s'éclaircir par elle-même. M. de Louvois et ceux qiri l'ont suivi ont enseigné à
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toutes les cours le pernicieux secret d'ouvrir les lettres et de les refermer en un nionieut sans qu'il y paroisse , ot ce détestable abus n'a fait que se niultijjlicr depuis. Madame des Drsius s'en servit doue tant qu'elle put, et eu profita de même, jusqu'à eciiu'eulîn un mot qu'elle trouva dans une lettre de l'abbé d'Kstrees au roi la transporta de colère au point de lui faire commettre la plus folle imprudence. Elleavoit depuis bien des années le lils d'un procureur du Cbâtclet de Paris , qui par les dec;rcs etoitdeveiui son écuyer, son secrétaire secret, son intendant et le confident de toutes cboses. Il disposoit de tout cliez elle, et d'elle-même, et ne s'en cacboit pas ; et l.ouville avec deux autres a qui elle vouloit parler, menés par elle de chez la reine dans son appartement et pour être plus à l'écart dans un cabinet fort retiré oîi cet écuyer, qui s'appeloit d'Aubij^ny, écrivoil ayant le dos vers la porte, ils l'entendirent se fâcher d'être interrompu, et, sans lever les yeux de son papier, l'apostropher au son de sa voix avec des épitbètes de mauvais lieu et uni,' colère plus que maritale. Lu princesse rougissant se mit à rire comme elle put, et pour le faire apercevoir qu'ils n'étoient pas seuls : « Messieurs, dit-elle fort haut, vous voyez bien au moins que d'Aubiguy n'aime pas être interrompu, » et tout de suite d'un tou de maîtresse lui dit de passer de l'autre côté, et qu'il reprendroit après. Il se tourna, et voyant la compagnie il ne fut pas moins embarrassé qu'elle, et s'en allant fort humblement demanda pardon, et dit qu'en effet elle savoit bien quecequ'il faisoitlàue vouloit pas être interromj)u. Ils étoient donc sur ce pied-là ensemble , et personne ne doutoit de rien entre eux. Il y avoit donc dans la dépêche de l'abbé d'Kstrees au roi un fort article sur lui , sur son crédit , sur les affaires qu'il faisoit à toutes mains, sur ce qu'il étoit le seul homme qui couchât dans le palais , et sur ce qu'on disoit que la princesse et lui étoient mariés après en avoir fait entendre tous les préalables. Ce dernier mol de mariés, l'orgueil de la princesse ne le put digérer. Klle prit une plume, et de sa propre main mitii côte, à la marge, rien que ces trois mots : pour mariés, non, referme la dépêche connue elle étoit, et la renvoie. Qui fut bien étonné, ce fut le roi et ses ministres, car ces lettres-là d'ambassadeurs se li.soient entières au conseil d'Ktat, quand ils virent cette surprenante apostille. I,e premier mouvement du roi et des autres fut de rire de la chose, de ce que, ne démentant (|ue le mariage, elle passoit légèrement tout ce qui le faisoit croire; mais, après avoir ri, on releva fort la hardiesse d'avoir ouvert la dépêche de rand)assadeur au roi et celle de le prouver elle-même par l'audace de l'apostille. Le roi en fut choqué au dernier point, et on verra que cette affaire, qui perdit madame des Ursins pour un temps, la pensa perdre pour toujours.
Vendredi ï, à Marh/. — l.tî l'oi se promena tout le
matin, quoiqu'il fût encore assez enrhumé et qu'il fît fort froid ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants furent assez longtemps avec lui à la promenade. — Avant que le roi partit hier de Versailles , il signa le contrat de mariage du duc de Saint-Pierre avec madame de Renel et celui du chevalier de Roucy avec mademoiselle Ducasse. M. de Saint-Pierre n'a point porté son contrat à signer aux princes et aux princesses du sang, qui en sont assez scandalisés*. — On eut par l'ordinaire des lettres de M. de Vendôme, qui étoit à San-Benedetto le 23; il mande que les ennemis, par une feinte marche à Pontemolino, avoient voulu l'engager à envoyer des troupes sur le Mincio , faisoient coure le bruit dans leur armée qu'ils vouloient aller passer cette rivière au-dessus de Mantoue, mais que cela ne lui avoit fait faire aucun mouvement , et qu'il avoit de bons avis, qui lui étoient encore confirmés par des déserteurs , que le comte de Staremberg vouloit passer la Secchia sur le pont qu'il a à la Concorde, ce qui se rapporte aux nouvelles qu'on a que l'empereur a envoyé à ce général l'ordre de secourir M. de Savoie à quelque prix que ce fût. Parce même ordinaire d'Italie, qui est arrivé ce soir, les amis de M. le grand prieur ont reçu des lettres de lui , dans lesquelles il leur mande que le roi lui a fait l'honneur de le choisir pour aller commander son armée en Languedoc; ainsi il faut que M. le maréchal de Montrevel soit rappelé ; mais nous ne savions rien de cela ici.
* Ces additions ne comportent pas de longues dissertations. L'Altesse eu seroit une, encore plus la Sérénissime. Il suffit de dire que l'Altesse Royale a été à peine connue de Gaston. L'Éniinence des cardinaux y donna lieu, dont le cardinal de Richelieu étoit raffolé , et sut un tel gré au prince d'Orange de la lui avoir donnée le premier qu'il lui rendit l'Altesse, qu'il n'avoit jamais prétendue, n'étant pas souverain. Ce pas fait valut l'Altesse à de petits souverains effectifs , et l'Altesse Royale à Gaston pour le relever au-dessus d'eux, et qui s'étoit choqué de leur Altesse. Son régiment n étoit connu que sous le nom de l'Altesse ; on disoit capitaine dans l'Altesse , l'Altesse est à tel siège , enfin on ne
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le Dommoit pas autrenk;nt , et comme ou y étoit accoutume , il demeura Allesse, même après que Gaston v eut joint la Royale. Les priueesdu sau};, voyant cette distinction a Gaston, se firent donner l'Altesse sans la prétendre (pie des cardinaux, parce <pi'ils leur donnèrent aussi ri'Jiiinence, comme ils l'avoient eue de ceux des souverains à qui ils ladomioient. £u Espagne, il n'y a d'Altesse que le fils du roi, et depuis que toutes les Espagnes ont été réunies sur la tète de Charles- Quint il n'y a jamais eu de fils d'aucun lils de roi; ainsi l'on ne sait quel traitement ils avoient, encore moins ceux que nous appelons princes du sang en France , dans un pays où la loi salique n'a point lieu. C'est pour cette raison de l'Altesse simple des fils des rois que les grands d'Espagne, qui ne cèdent point aux souverains, leur refusent l'Altesse, et parce encore que leur traitement est de tout temps l'Excellence , depuis que ce titre est en usage. Depuis que le roi a égalé en tout ses enfants naturels aux princes du sang , il a voulu dédommager les uns et en avantager les autres, et il commanda aux ducs de leur donner à tous l'Altesse Sérénissime en leur écrivant. Ils l'évitent tous en n'écrivant point, ou au moins ils s'en abstenoient alors , et comme ces princes voulurent établir la même chose pour les grands d'Espagne , sous prétexte qu'ils avoient le rang des ducs en France , ils saisirent l'occasion de ce contrat de mariage pour prétendre que le duc de Saint- Pierre, en le leur portant, leur donneroit en leur parlant de l'Altesse Sérénissime , quoique même aujourd'hui ils ne l'exigent point et qu'il n'y a que leurs domestiques qui leur parlent ainsi. Ce fut donc la raison qui empêcha le duc de Saint-Pierre de leur faire signer son contrat. IMais dès qu'il fut marie , sa fenune, fâchée d'être exclue de chez les princesses qui tenoient la cour et ses amusements, et Torcy, son frère, encore plus de ce que la difficulté venoit à l'occasion de sa sœur, dont le mauvais gré et les propos pouvoient lui être désagréables, tournèrent si bien le duc de Saint-Pierre qu'il céda. Il avoit acheté Sabionette des millions du roi d'Espagne ; il étoit avare, et, sans l'être, il étoit uatui'el de vouloir jouir d'un aussi grand et si cher établissement; c'étoit, avec l'amour, ce qui lui avoit fait épouser la sœur du ministre des affaires étrangères , et cette raison d'intérêt l'emporta sur la raison de la dignité pour le Sérénissime. Il est venu de ce, que les princes non souverains ont peu a peu pris l'Altesse ; MM. de Guise et .\L de Mayenne, dans leurs années les |)lus brillantes", n'y ont jamais pensé. Les histoires et les mémoires de leur temps le montrent, et jusqu'aux lettres (jue leurs agents et que leurs secrétaires domestiques leur écrivoient , et qui y sont rapportées en entier, ne les en traitent point et on en a vu de domestiques ou des personnes fort du commun , a princes et a des princesses des maisons de Savoie , de Lorraine, de Longueville, et hors d'état et de volonté de leur rien
disputer, et cela jusqu'aux temps des guerres de Paris de la minorité de Louis XIV, et depuis, où il n'est pas la moindre mention d'Altesse. Il est vrai que cette nouveauté, de nos jours, ne passe pas leurs domestiques , mais elle a fait inventer le Sérénissime à ceux qui avoient pris l'Altesse auparavant ; mais ceux-là qui ne l'ont fait que pour se distinguer de ceux-ci n'y ont rien gagné, puisque ceux même qui l'ont eue ont prétendu le rang de prince étranger, ont aussi ajouté le Sérénissime à leur Altesse comme les princes du sang et les souverains ; ces derniers, par leurs alliances, ont, tant qu'ils ont pu, fait passer l'Altesse Royale de leurs femmes à eux, comme M. de Savoie, et depuis vingt ans seulement les ducs d'Holstein et de liOrraine , et le grand-duc de Toscane; aussi Monsieur n'en a jamais voulu, parce que les filles de Gaston, pour qui le rang de petites-filles de France fut inventé, l'avoient pris, et depuis les fils de France n'ont plus voulu que le vous , et ont abandonné l'Altesse Royale. Cela suffit pour une matière qui n'en mérite pas davantage.
Samedi 5, à Marly. — Le roi se promena le malin et toute l'après-dinée dans ses jardins. — Il est arrivé ce matin deux courriers à l'Étang , ouest M. de Chamillart, qui a envoyé au roi l'extrait de ses lettres. Un de ces courriers est de M. de la Feuillade , qui a marché dans la Tarentaise , où M. de Sales s'étoit retiré avec quelques troupes de M. de Savoie; il s'étoit même retranché dans quelques postes, mais ils n'y ont pas attendu nos troupes, qui ont toujours marché dans la neige; ils ont repassé les montagnes, et nous sommes présentement maîtres de toute la Savoie en deçà des monts. L'autre courrier est de M. de Vendôme , et porte des nouvelles qui vont donner une grande curiosité par leur importance. Il mande au roi que le comte de Staremberg a passé la Secchia sur le pont qu'il avoit à la Concorde; qu'il l'avoit côtoyé durant deux jours, mais qu'il n' avoit pas jugé à propos de l'attaquer, parce que toutes nos troupes n'étoient pas rassemblées ; qu'elles commençoient à arriver, et qu'il tâcheroit de l'attaquer au passage du Crostolo. M. de Vendôme écrit de Carpi du 28 au soir. M. de Staremberg étoit campé ce soir-là à San-
100 JOTIRNAI. DK DATSGFAU.
Marti no d'Esté et i\ Campo Gaïano, et veut apparemment Taire un elTort pour pénétrer en Piémont. Le chevalier (le Bezons et Vuudrey, en allant reconnoitre Quistello sur le bas de la Secchia, ont été blessés par des paysans qui gardoient une redoute dont les ennemis avoient retiré quelques soldats; cette redoute dcfendoit le pont qu'ils avoient là.
Dimanche 6, à Marly. — Le roi tint conseil le matin comme à l'ordinaire ; tous les ministres sont à ce voyage ici. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent sur les six heures et furent assez longtemps enfermés avec le roi. Avant souper le roi lit jouer chez madame de Maintenon quelques bijoux de son armoire. Cette armoire est dans son cabinet et pleine de bijoux d'or, d'argenterie et de beaucoup de choses curieuses qu'il fait jouer aux dames de temps en temps sans qu'il leur en coûte rien , et à chaque voyage il la fait remplir. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti du 30 au matin. Les ennemis passèrent le Crostolo le 29 au matin , et M. de Vendôme le passa le 29 au soir. Les deux armées sont présentement entre cette rivière et lu Lenza. M. de Vendôme a été joint par toutes ses troupes; il a quarante-cinq bons bataillons, mais sa cavalerie est presque toute démontée. Il mande (pi'il se croit aussi fort pour le moins que les ennemis, qui nont pas plus de quinze ou seize mille hommes, à ce qu'il croit, pfirce qu'ils ont été obligés d'en laisser dans Ostigiia, à Uevere, dans la Mirandole et à la Concorde. Ils marchent avec tout leur canon (;t tout leur bagage , et ont encore bien du chemin à faire et bien des rivières à passer. M. d«' Vendôme mande très-positivement qu'il les attaquera. Le maréchal de Tessé ' , cjui étoit à Milan, ayant appris la marche des ennemis, en est parti en poste et sans escorte pour aller joindre M. de Vendôme et servira auprès de lui comme volontaire, et laissera sa commission pour commander l'armée, dans sa poche, alin (pi'il n'v ail nul cnibaiTas siii- le coiiimaïKleiiieiil
* M. de Tessé , bon courtisan , prévoyoit de loin que le crédit de M. du Maine et de madame de Maintenon feroit changer le roi malgré toute la fermeté qu'il lui avoit montrée en le congédiant , et n'osant obéir après des ordres si exprès , il évita de se commettre à la nécessité de commander, et donna ainsi tout ce qu'il pouvoit donner jusqu'à prise tacite à M. de Vendôme à faire valoir en son temps.
Lundi 1, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dînée ; il n'y eut point de conseil ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants se promenèrent avec le roi. — Il est vrai qu'on a proposé M. le grand prieur pour aller commander en Languedoc en la place de M. de Montrevel, que l'on envoyoit commander en Guyenne en la place de M. de Sourdis, qui a eu plusieurs attaques d'apoplexie, mais il y pourroit avoir encore quelque changement sur tout cela. — On a nouvelle de Hollande que l'archiduc s'embarquajeudi, qui étoit le 3, pour passer en Angleterre ; les troupes que l'on fait embarquer avec lui et qui ont déjà fort souffert dans le premier embarquement désertent en grand nombre, et on croit qu'il n'y mènera pas les deux tiers des troupes qui lui étoient destinées. — Le roi d'Espagne a commandé qu'on travaillât à ses équipages , et a déclaré aux grands et à ses ministres qu'il partiroit de Madrid pour s'aller mettre à la tête de son armée dès que les troupes de France commenceroient à arriver sur la frontière de Portugal. — On a des nouvelles sûres que les mécontents de Hongrie sont entrés dans l'ile de Schut et qu'ils ont pris, dans les faubourgs de Vienne même, les bateaux dont ils avoient besoin pour faire leur pont sur le Danube. Le prince Eugène fait bâtir des redoutes le long de ce fleuve depuis Presbourg jusqu'à Vienne. Tobska, vice-ban de Presbourg , a quitté le service de l'empereur et s'est allé joindre aux mécontents.
Mardi S, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dinée dans ses jardins. — 11 arriva un courrier de Calais; on y a vu passer vingt-deux vaisseaux de T. X. 26
402 JOURNAL DE QANGEAU
ji^uerre On ne doute pjis que ce ne soit l'archiduc , cju'on savoit embarqué ; mais comme il devoit passer en Angleterre, on croit que ces viniil-deux vaisscaux-là vont l'att^ndre à l'Ile de Wight, et qu'il sera entré dans la Tamise sur quelque autre vaisseau pour ;dler droit à Londres. — Le maréchal de Villeroy devoit arriver aujourd'hui, et on lui avoit envoyé des relaig; mais le rpi, eu sortant du souper, nous aditqu'il venoitden avoir des nouvelles et qu'il partiroit tout au plus tôt deuiain de Bruxelles; que cela étoit même encore très-incertain, parce que les ennemis font des mouvements et du côté de la mer et du côté de la Meuse. — M, le niarécbal de Villars, qui étoit allé en Normandie, a trouvé à son retour que la cour étoit ici ; il a t'ait demander au roi permission (\e coucher chez Deville à la machine, et de venir passer les journt^ ici, comme les courtisans qui sont à Luciennes y vitennent ce voyage; le roi l'a trouvé bon , mais il ne veut pas que cela tire à conséquence pour personne.
Mercredi 9, à Mari y. — Le roi tint conseil le matin comme à l'ordinaire, et l'après-dinée alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Ang^leterre. — Le roi a fait saisir tous les revenus de M. le duc de Modène, et a fait dire à tous ses sujets qui l'ont suivi à Bologne, où il est , Qu'ils eussent à revenir dans leurs maisons pour prêter serment de fidélité à la France , sinon qu'on se saisiroit de tous leurs revenus et de tous leurs effets. Les magistrats de Modène et de Reggio, qui sont les deux seules villes considérables de cet État, ont prêté serment de fidélité au roi entre les mains de d'AnÛrezel, intendant de l'armée que nous avions sur Jq, Secchia ; il y a déjà près d'un mois que cela est fait. — Madame la duchesse de Nemours" , qui depuis quehpies apnées étoit reléguée à Coulommiers, a eu permission de revenir à l'aris depuis quelques jours (1). On parle fort d'un
(1 ) • M&daiiu: la duchuMe de Memours airivo liit'r ni Kr:»))! (,orti'^<> <lun» mi
JANVIER ITO'ï. 403
mariag-ede la fille 4e M. de Neufcbâtel, à qui elle avoit donné une partie de son bien , avec le fils du prince de Rohan, et comme ce sont encore deux enfants, on veut mettre un gros dédit pour celui qui rompra le mariage quand ils seront en âge ; on croif; mènje qu'en faveur de ce mariage madame de Nemours donneroit le comté de Dunois et tout le bien qu'elle s' étoit. réservé. — La diète de Bade s'est séparée sans que les Suisses aient rien accordé à M. de Savoie de ce qi^'il leur demandoit; mais les cantons catholiques, avec qui il a un traité d'alliance, paroissent disposés à l'assister dans les conjonctures présentes , et notre ambassadeur croit qu'il serqi difficile de les empêcher de lui envoyer quelque secours. Ils ont répondu au ministre de M. de Savoie par un ad référendum^ qui est leur manière (Jont ils se servent pour marquer qu'ils rendront compte à leurs c,antons des propositions qu'on leur a faites .
* Oa fut enfin honteux de l'exil d'une vieille princesse dont tout le crime étoit d'être extrêmement riclie, sans héritiers, et en procès aviec un prince du sang, le prince de Conty, que le roi n'aimoit point, mais à qui par orgueil il trouvoit mauvais qu'on résistât , et qu'il vouloit amuser et le public qui en étoit idolâtre, par des choses qui ne lui coûtoientrien , et petites en comparaison de celles où son mérite le portoit et où il ne vouloit pas le laisser atteindre [sic].
Jeudi 10, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf dans son parc. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent courre le loup dans la forêt de Saint-Germain- Madame la duchesse de Bourgogne fut un peu incommodée et demeura dans son lit, mais ce sont
chaise, suivie d'un cliariot pleia «le porteurs ; il y avoit dix carrosses , quatre chaises roulantes et deux cents chevaux des liabit^nls de Coulommiers venus jusqu'au faubourg Saint-Antoine; le badaud devant l'hôtel de Soissons. On croit qu'il est question de quelque complaisance pour les Suisses, bien aises de son retour, et d'un projet de mariage du petit prince de Roiian, |jetit-tils de M. et de madame de Soubise , âgé de huit ou neuf ans, avec mademoiselle dp Neufchàtel,quien a six. .. {^Lettre de fa marquise d'lfujcelles,(\u 7 janvier.
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des incommodités dont on ne la plaint point, car ce sont des marques d'une bonne grossesse, — Les fanatiques continuent à faire des désordres ; on y envoie quelques l)ataillons suisses. — On mande de différents endroits que les mécontents de Hongrie ont pillé un faubourg de Vienne, ce qui a encore fort augmenté la consternation à la cour de l'empereur. — Les mouvements que les ennemis faisoient en Flandre sont entièrement cessés; ainsi on attend ici au premier jour le maréchal de Villeroy. — On a des nouvelles de M. de Bavière , mais elles ont été fort longtemps en chemin ; cet électeur n'avoit fait aucun mouvement depuis la prise d'Augsbourg , mais on croit qu'il marchera incessamment à Passau. — Le marquis d'Aubeterre fait acheter trois mille chevaux dans le Milanois , et M. de Vaudemont mande qu'il y en a déjà douze cents qu'il enverra à notre armée dans huit jours pour aider à remonter notre cavalerie.
Vendredi 11, à Marh/. — Le roi, après la messe, alla courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse ; Monseigneur ni messeigneurs ses enfants n'étoient point à la chasse, qui fut fort belle quoiqu'il fit très-mauvais courre. — M. de Chamillart, qui étoit à l'Etang, vint au lever du roi, et lui apporta la lettre de M. de Vendôme qui vient d'arriver par un courrier parti du 4 au soir de Stradella. Il a battu l'arrière-garde de M. de Staremberg, lui a tué quatre cents hommes, fait cinq cents prisonniers , pris trois cents chariots attelés chacun de six bœufs; il y avoit dessus cent mille rations de pain ou de biscuit. Les ennemis sont à Voguera, il faut qu'ils [Kissent la Scrivia; il n'y a aucun pont que dans Tortone, où nous avons une bonne garnison. Les neiges fondent dans toutes les montairnes et toutes les rivières grossissent. M. de Vendôme mande qu'il attaquera encore le lendemain les ennemis, et M. de Vaudemont, qui est à Milan, écrit au roi du 5 (ju'il se réjouit par avnnce avec S. iM. de ce que d;uis i)en de jours il n'y aura ])lus d'en-
nemis en Italie. Les ennemis avoientfait une prodigieuse diligence; M. de Savoie est à Quieis, et M. le grand prieur à Ast , où il a rassemblé tous ses quartiers , et est plus fort de beaucoup en infanterie que M. de Savoie.
Samedi 12, à Versailles. — Le roi ne revint ici qu'à la nuit. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon, où il demeurera jusqu'à jeudi. Madame la duchesse de Bourgogne revint en carrosse , mais au pas, comme elle a accoutumé de faire depuis sa grossesse. — On mande de Dantzick que les troupes suédoises entrèrent dansElbing le 11 du mois passé, du consentement des magistrats, qui ont mieux aimé se soumettre à ce prince qu'à l'électeur de Brandebourg. La ville de Dantzick est dans une grande inquiétude, et on y craint que le roi de Suède ne s'en veuille rendre maître. Les Hollandois lui avoient envoyé une lettre par M. de Cronembourg , leur envoyé en ce pays-là , et dans cette lettre ils lui déclaroient que, s'il vouloit entreprendre quelque chose sur Dantzick, ils seroient obligés de secourir cette ville, qui étoit depuis longtemps dans une grande alliance avec eux. Le roi de Suède, averti de ce que contenoit la lettre , l'a rendue à M. de Cronembourg sans l'ouvrir, et lui a dit : <( Renvoyez-la à vos maîtres; si je la lisois, je leur ferois une réponse dont peut-être ils ne seroient pas contents. » — La duchesse de Saint-Pierre vint saluer le roi au retour de Marly chez madame de Maintenon. Le roi dit à M. de Torcy quelques jours auparavant qu'il trouvoit bon qu'elle vint le saluer, mais qu'il ne le permettroit plus jamais à personne, et que c' étoit un embarras pour madame de Maintenon, dont il vouloit la délivrer. Les nouvelles mariées à l'avenir salueront le roi chez lui, comme c'est l'ordre. — Le chevalier de Roucy épou~a à Paris mademoiselle Ducasse , qui lui apporte plus de 200,000 écus en mariage ; elle a encore son père et sa mère et est fille unique. Le chevalier de Roucy s'appellera le marquis de Roye.
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Dimanche 13, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. Monseigneur alla de Meudon à l'opéra à Paris Éivec madailie la princesse de Conty, qui étoil venue dîner avec lui; il retourna à Meudon. et la princesse revint ici souper avec le foi. — On mande de Rome que le pape a fait cardinal Fl-dncesco Ngnatelli, archevêque de Naples, qui étoit de liiènie maison (]ue le feu pape Innocent XII, et lui envoie le bonnet par don Annibal Albano, son neveu. — L'empereur, qui n'a point de troupes pour opposer aux mécontents dont les proj^rès avancent tous les jours, leur a envoyé le général Palli, Hongrois, chargé de leur faire beaucoup de propositions très-avantageùJjes, qu'ils ont toutes refusées, lis se sont rendus maîtres d'Agria, de Lewenfs, de Leutsch et des quatre villes desinontagnes où sont les mines d'or, et même la ville de Tyriia, qui est fort Jiroche de Presbourg, s'est soumise au prince Ragotzki; ils s'avancent de tous côtés sur les terres de l'empereur, et en Autriche , et en Siiésie , et en Moravie. — Lé vidame , J^econd fils de M. le duc de Chevreuse, épouse mademoiselle de Lavardin, fille du second lit du feii iiiarquis de Lavardin. — M. de Savoie a envoyé à Coni M. Phélypeaux, notre ambassadeur. — L'eiiiiJereur à envoyé ordre au comte de tunghen, qui commande son armée sur le Danube , en l'absence du prince de Bade , de régler lin cartel avec les François par lequel M. l'électeuf de Bavière sera compris comme allié de la France!. Ricousî^e , notre envoyé aiqnvs de M. de Bavicre , mande au roi (jue cet électeur l'ail maicluîr les troupes k Passau, dont le siég*» doit être formé du 5 de ce mois , et l'électeur y servira en personne ; les ennemis y ont fait (juelqiJe^ fortifications de terre tiepuis six mois.
Lundi H, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. — Il arriva un courrier de M. de "VendAme, qui apjHM'ta des hîttres du 7 de w mois datées de Tortone sur la Scrixia , par lescpielles <>u apprend cpu' les biqié-
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riaux, ayant passé cette rivière à Castelnovo au-dessous de Tortone, ont marché à Saiût-Jiilien entre la Scrivia et le Tanaro; que M. de Vendôme, ayant fll)pris qu'ils faisoient cuire du J)ain à Novi, du côté des montagnes de l'État de Gênes , et qu'ils dévoient prendre cette route pour aller à Acqui, prit le parti de s'avancer àSerravaUê; qu'on avoit nouvelle que M. le comte d'Estaing avoit passé derrière, vis-à-vis de Castellazzo, avec les deux bataillons de Bourgogne , les carabiniers et quelqttes milices ; ce petit corps pourroit bien embarrasser la marche des ennemis s'ils prelinentla route d'Acqui. On n'a point de nouvelles de M. le grand prieur, qui apparemment de son côté est attentif aux mouvements de M. le duc de Savoie. La diligence que font les ennemis est incroyable ; ils font cinq à six lieues par jour et cependant laissent fort peu dé tralneurs ; s'ils prennent la route d'Acqui , il y a apparence qile M. de Vendôme pourra les joindre. — M. le maréchal de Villeroy arriva hier à Gournay, mais il y reçut un courrier de M. le marquis de Bedmar qui lui donnoit a\'is que les ennemis faisoient encore quelques mouvements du côté de Maëstricht, ce qui l'a obligé de reprendre la route des Pays-B«s pour se rendre sur la Meuse. — Laubanie, gouverneur de Landau, a fait avancer quelques troupes du côté de Weissembourg, sur des nouvelles qui lui étoient venues que les ennemis assembloient un corps ptès de Mayence, et l'on a su depuis que ces troupes ennemies étoient rentrées dans leurs quartiers.
Mardi 15, à Versailles.-^ — Le roi alla l'après-dînée se promener à Meudon, où il vouloit voir quelque chose de nouveau que Monseigneur y a fait faire. Le matin monseigneur le duc de Berry donna chez lui l'ordre de la Toison à M. le maréchal de Boufflers ; quekpies chevaliers de la Toison qui sont ici assistèrent à la cérémonie avec le collier de l'Ordre. M. de Pontchartrain travailla e soir avec le roi chez madame de Maintenon, comme il
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lait tous les mardis, et il y eut une petite promotion de vingt-cinq officiers de la marine. — Il est revenu d'Angleterre cinq cents prisonniers françois qui ont été échangés contre pareil nombre d'Anglois; ces prisonniers disent que l'archiduc est arrivé en Angleterre , et cela est confirmé par des lettres de Londres , qui portent qu'on a préparé le château de Windsor pour ce prince, qui ira voir la reine Anne incognito pour éviter tous les eml)arras du cérémonial. On mande aussi de ce pays-là que tout ce qui est nécessaire pour transporter ce prince en Portugal seroit prêt à la fin de février. — Le duc de Berwick a reçu tous ses ordres pour l'Espagne, et n'attend plus pour partir que l'arrivée d'un courrier de Puységur, qu'on compte qui arrivera ici à la fin de la semaine. — Tous les officiers des troupes que nous avons en Savoie, sous M. de la Feuillade, ont ordre de partir incessamment pour se rendre à leurs régiments; toutes les troupes (jui doivent servir en ce pays-là y sont presque arrivées , et l'on y sera bientôt en état d'y faire quelque entreprise. — On a envoyé le congé à M. de Puysieux, notre ambassadeur en Suisse , qui a permission du roi de venir ici faire ses affaires pendant six semaines ; on est très-content de lui de la manière dont il se conduit en ce pays-là.
Mercredi 16, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer de leur côté. Monseigneur est encore à Meudon , d'où il ne reviendra que demain. Madame la duchesse de Bourgogne fut un peu incommodée. — 11 arriva un courrier de M. de Marsin , et le roi nous dit à son coucher que les lettres étoient du 3 ; que M. l'électeur arriveroit devant Passau le 5 ou le 6 au plus tard , (pi'il en feroit le siège avec ses seules troupes. Les nôtres ne seront pas inutiles pendant ce temps-là; M. de Marsin et M. de Blainville ])ass(Mon< le Danube en différents endroits pour lâcher à loniber sur qucicju'mi des (juartiei's des ennemis; on croit même qu'ils établiront des contri-
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butions nouvelles, et ces mouvements-là empêcheront les ennemis de songer à secourir Passau , où l'on croit qu'il y a peu de garnison. Tl y a des lettres venues par la Suisse qui portent que les magistrats de cette ville, pour éviter d'être traités comme ceux d'Augsbourg, étoient venus au-devant de l'électeur lui apporter les clefs ; mais cela a besoin de confirmation. — M. le comte de Recheim, l'ainé de la maison , chanoine de Cologne et de Strasbourg, est mort depuis quelques jours à Cologne. Il avoit amassé de ses épargnes 7 ou 800,000 francs d'argent, qu'il avoit laissé en différentes banques , mais toutes en pays étrangers ; cet argent sera partagé entre ses frères et sœurs, qui sont en grand nombre. Ses terres reviennent au comte d'Apremont , qui est à Vienne et qui est beau-frère du prince Ragotski ; le comte de Recheim avoit l'abbaye de Saint-Évron en Normandie, que le cardinal de Furstemberg lui avoit cédée avec l'agrément du roi.
Jeudi 1 7, à Versailles. — Le roi dina de meilleure heure qu'ai' ordinaire, et alla l'après-dinée se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur revint le soir de Meudon; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent glisser sur le canal. Madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit été un peu incommodée, dina dans son lit et se leva pour aller au souper du roi . Madame la duchesse d'Orléans n'a point été voir la marquise de Roye, qui a reçu des visites ici, et a déclaré qu'elle n'iroit plus voir que les duchesses ou ses amies particulières; jusques ici elle avoit toujours été voir les femmes de qualité dans les occasions, quoiqu'elles ne fussent pas titrées; madame la duchesse de Bourgogne ne va point chez les duchesses, quoique la reine y allât les premières années qu'elle vint en France ; on espéroit que madame la duchesse de Bourgogne feroit cet honneur-là à la duchesse de Morteniart, comme fille du gouverneur de monseigneur le duc de Boiu'gogne ; mais elle n'y a point été*. — On mande de Flandre que les mouvements
qiu' liiisoieiit les ennemis étoieiil cessés et n'uvoient al)outi à rien , qu'ils fuisoient rentrer leurs troupes dans leurs quartiers, et qu'on ne croyoit pas que le maréchal de Villeroy relournfttjusqu'A Bruxelles ; ainsi on l'attend ici aujourd'hui ou demain au plus tard. — Le manjuis de Cernay, à qui le roi donna ces jours passés le guidon des gendarmes de là reine, a l'agrément pour acheter une enseigne qui est â vendre dans ce corps. Le fils de Cabanac, écuyer du roi, a l'agrément pour acheter le guidon qu'avoit le marquis de Tilladet et qu'il avbit toujours gardé depuis (ju'il avoit acheté la sous-lieutenance qu'avoit le marquis de Simiane dans la gendarmerie.
* On a vu dans ces mémoires et dans ces additions l'époque et la cause de la cessation des visites de la reine aux occasions non-seulement de règle et d'usage constant aux ductiesses et aux princesses , mais aux fennnes des simples niaréchaux de Frahce exclusivement à toutes autres. On a vu aussi que, longtemps depuis, madain»* la dauphine de Bavière fut sur le même pied , et que peu a peu Madame s" y mil sur cet exemple. INladame la duchesse d'Orléans, petite-lille de France, se met ici sur le pied où la reine étoit, n'y avoit guères que trente ans, et on verra enfin qu'elle est arrivée à celui où elle est depuis Celte date, c'est-àdire de ne visiter plus que les princesses du sang, et cela de volonle d'une part et de tolérance de l'autre, sans (pic le roi ait dounc sur rien de tout cela le moindre signe, ni que personne aussi s'en soit formalise, qu'au coin chacun de son feu. Pour la duchesse de Mortemarl , le duc de Ueauvilliers aima mieux que madame la duchesse de Bourgogne ne lui fit point l'honneur de l'aller voir, dès que e'étoità titre de fille du gouverneur de monseigneur le duc de Bourgogne, et non plus de duchesse.
Vendredi 18, à Versailles. — Le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur ne sortit point. iMesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis. Le soir il y eut comédie. — M. le maréchal de Villeroy arriva, et salua le roi at» sortir de chez madame de Maintenon ; S. M. le r«Mut avec de grandes démonstrations de joici et d'amitic. Il y avoit neuf mois (pi'il «'toit parti tV\n\ il n'étoit rctourm"' (jnc jusqu'à Valenciennrs. cl li- marquis de H«'diiiiM' lui avojl mand<' <pie
lés mouvemetits des ennemis n'ètoient rien. — On mande de Vienne que l'envoyé de MM. les États- Généraux s'étoit plaint à l'empereur de ce qu'il ne satisfaisoit point aux traités faits avec les cercles de Souabe et de Franconie, et qu'au tfontraire il en retiroit une partie de ses troupes. L'empereur a répondu qu'il étoit plus obligé de songer à la conservation de ses pays héréditaires, qui sont attaqués par tant d'endroits, qu'à celle des Etats de l'éinpire, qui ne songent guères qu'à leurs intérêts propres; à quoi ce ministre à répliqué que par ce même principe-là ses maîtres seroient obligés de faire revenir leurs troupes d'Allemagne pour les employer à la défense de leur propre pays. L'empereiu* a envoyé le général d'Herbe ville avec quelques troupes en Bohême, craignant que ce royaume-là ne se révolte dès que l'électeur de Bavière en approchera. Ils otit eu avis de Bude que les riiécontents s'étoiênt rendus maîtres de Strigonie, que nous appelons ordinairement Gran , et que presque tous les soldats de la garnison avoient pris parti dans leurs troupes.
Samedi 19, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly l'après-dînée. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui attaqua l' arrière-garde des ennemis le 11 de ce mois; elle étoit commandée par le comte de Solari. M. de Vendôme a voit été retardé dans sa inarche de quelques heures, parce qUé le torrent d'eau avoit emporté le pont qu'il avoit sur l'Orba. Il joignit cette arrière-garde un peu avant la nuit, et quoiqu'il eût fort peu de troupes avec lui , parce que toute l'infanterie n' avoit pas pu suivre, il fit attaquer huit cents chevaux qui étoient demeurés en deçà de la rivière, qui firent fort peti de résistance et qu'on culbuta dans l'eau. L'infanterie ennemie, qui étoit composée de six bataillons et qui étoit protégée par un château dont ils étoient les maîtres et défendu encore par un gros corps d'infanterie qui avoit déjà passé la rivière et qui la l^ordoit, fit beaucoup de résistance; mais enfin Albergotti, à la tête de quinze cents grenadiers, la
baïonnette au bout du fusil , les enfonça. On leur a tué ou pris mille hommes, sept drapeaux que le courrier a apportés ici et qui sont du régiment de Staremberg. Le comte de Solari a été tué ; le prince de Lichtenstein blessé à mort et pris. Nous avons eu quarante officiers blessés, parmi lesquels les plus considérables sont : M. de Goesbriant, gendre de M. des Marets, Leuville et Morangiez, colonels d'infanterie, et un colonel réformé de dragons. Les ennemis marchoient ce jour-là à Strevi et veulent gagner Acqui, qui n'en est qu'à une lieue, pour se jeter dans les montagnes. Bezons et Saint-Frémont étoient à la tète de notre cavalerie. M. le grand prieur est à Asti, où il a rassemblé ses troupes ; il observe les mouvements de M. de Savoie. Le maréchal de Tessé, qui étoit venu à Pavie, est retourné à Milan. M. de Vendôme dans sa lettre marque qu'il est en inquiétude pour Desclos, mestrede camp de cavalerie, qu'il avoit envoyé dans Acqui. Il a peur qu'il ne puisse pas s'en retirer assez tôt. Dimanche 20 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il envoya à Saint-Cyr quérir madame de Maintenon, qui y étoit allée dès le matin, et passa toute l'après-dlnée chez elle. — 11 y a aujourd'hui trente-huit ans que la reine mère mourut à Paris. — Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux KécoUets. — Le maréchal de Noailles a cédé son duché au comte d'Ayen, son fils, qui prendra le nom de duc de Noailles*. — Il arriva un courrier deM. de Puységur, qui mande de Madrid qu'il a trouvé les choses en très-bonnes dispositions ; nos troupes auront sur leur route en al)ondance tout ce qui leur sera nécessaire, et on sera fort aise en Espagne de les y voir arriver. S. M. G. compte toujours de se mettre à la tête de ses troupes, et a parlé sur cela aux ministres et aux grands fort sagement et avec beaucoup de noblesse. Il compte que son armée sera composée de (piarante i)ataillons, vingt francois et vingt espagnols, de soixante escadrons, vingt francois et quarante espagnols.
qui est une des belles cavaleries qui soit au monde. Les nouvelles qu'on a de Portugal en ce pays-là est qu'on s'y plaint fortdel'amirantej qui n'ose sortir de sa maison de peur d'être assassiné par le peuple. Cependant les Portugais ont commencé les hostilités sur la mer ; la disette est grande en ce pays-là, et plusieurs bâtiments chargés de blé qu'on leur envoyoit d'Angleterre ont péri en chemin ou ont été pris par nos armateurs; il n'en est pas arrivé le quart en Portugal. Ils ont reçu la nouvelle de la tempête qu'ont essuyée les Anglois et les HoUandois.
* Madame de Maintenon, qui affectoit des modesties qui sentoient le relan de son ancien état, ne voulut jamais que le maréchal de Noailles donnât le tabouret à sa belle-fllle en la mariant, et le lui fit acheter par ce délai.
Lundi 21 , à Versailles. — Le roi alla se promener l'après-dinée à Trianon. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Le soir il y eut comédie. — On eut nouvelle par l'ordinaire de Suisse que M. l'électeur de Bavière avoit pris Passau le 9 de ce mois, et qu'ensuite il avoit marché dans l'Autriche et qu'il étoit à Ens ; que M. de Marsin marchoit en Franconie ; que M. de Blainville y marchoit de son côté; qu'ils avoient déjà pris quelques châteaux où les ennemis avoient laissé garnison ; que le bruit couroit qu'ils s'étoient rendus maîtres de Nordlingue et qu'ils s'avançoient du côté de Nuremberg ; que la consternation étoit grande dans ce pays-là ; que les troupes ennemies , qui y sont en fort petit nombre, fuy oient à l'approche des nôtres. — On dit que l'empereur, pressé de tous côtés , a envoyé à M. de Bavière pour lui faire des propositions très-avantageuses, et que cet électeur avoit dit, pour toute réponse, qu'il falloit s'adresser au roi et qu'il n'écouteroit rien que ce qui lui viendroitde sa part. — Les mécontents ont passé la Morave, que les Allemands appellent la Marck. Le comte Beresini convoque la noblesse hongroise pour travailler à l'élection d'un roi; au milieu de tout cela, on mande de Vienne que la cour y est fort tran-
4N IOURNA.L DE DAINGEAU.
(jiiille. — M, cpiii|,e (i^Uiiis *, second )ils de M. le prince de Conty, qui p'^vpit que sept inoi^, mourut à Paris; le roi en prendra le deuil jeudi, et a envoyé M. de Souvré, njaitre de la garde-robe, à Paris pour l'aire compliment 4 M. le Prince et à M le prince de Conty.
* Excppté pour le preiuier priuce du saog, et pour des raisons directes, cetoit toujours uu geutilhonime ordinaire qui alloit aux princes du sang de la part du roi. Le désir de relever les bâtards leur fit euvoyer un maître de la garde-robe, et par conséquent aux princes du sang, comme la même raison fit porter le deuil des maillots, tandis qu'on ne l'a pas porté un seul jour des enfants du roi et de la reine avant Page de sept ans, ni de ceux de Monsieur. Cette nouveauté fut comniepcée pour un maillot de M. du Maine, et toutefois n'a pas toujours été continuée sans interruption |)our ceux des princes du sang, ni pour l'envoi du maître de la garde-robe, mais pourtant presque toujours depuis.
Mardi 22, à Vers^ailles. — Le roi ne sortit ppint de tout le joqr, et donna une longue audience au maréchal de Villeroy raprès-4iuée chez madaniede Majutenon. -^ Le roi a donné une augmentation de pension de 1,000 livres à Uuquesne-jHonier, capitaine de vaisseau qui s'est fort distingué dans ces deu.\ dernières campagnes; il aroit t,000 écus, il a présentement 4,000 livres. — Le roi a choisi pour ciuré de Versailles M. Huclion, qui a été longtemps curé à Sedai) , qui est fort ami de l'évèque d'Agen, qui avoit cette .cure avant lui *. — Noiis avons vu ici un extrait imprimé des délibérations des États-Généraux sur les affaires présentes, dans lequel ils reprochent à leurs alliés d'Allemagne de n'avoir pas tenu ce qu'ils avoient promis dans les traités qu'ils avoient faijs ejàseipble, et ils disent en mêrne temps qu.e de leur par^ ils ont plus fait qu'ils n'avoient promis et pa.ssé les dépenses à quoi ils s'étoient engagés sur mer et sur terre; ils déelarentqu'ils veulent ^•elirer toutes les troupes cju'lls ojit en Alleniag^e, disant qu'ili» en ont besoin pour la défense de leurs propres Ktats. — Lel^rujt s<; répandit le soir que les ennemis avoiiMil abandonné les postes d'Ostiglia, de Keverc, de la
Concorde et même de la Mirandole , qui est une assez bonne place ; qu'avec toutes les troupes qu'ils avoient en ces endroits-là ils avoient déjà passé le Canal Blanc, et qu'ils marchoient à Vienne pour fortifier l'armée que l'empereur t4clïe d'y rassembler.
* Le roi et madame de Maintenon s'infatuèreut de la nouvelle congrégation de la Mission , qui sous cette protection s'est multipliée et enrichie à l'excès, a fait des établissements infinis et des édifices somptueux de tous côtés, en sorte qu'elle est devenue comme un ordre nouveau, au détriment de l'État, qui en regorge, et de l'Église, où elle ne fait que des ignorants, dont le mérite consiste en leur crasse affectée et en leurs simagrées. Leur institut est de n'habiter jamais de ville, et de se répandre par les campagnes pour faire la mission aux pauvres villageois, et apprendre à lire aux enfants et la religion aux pères et mères. La grossièreté première est demeurée avec l'ignorance à ces messieurs ; la finesse, la politique , l'avarice et la domination leur sont venues avec le crédit , les richesses , les séminaires et les palais dans les villes. Les exceptions qui fout les règles ont peut-être produit une douzaine de très-bons sujets en tout le royaume. Un de ceux-là étoit le sieur Hébert, qui de curé de Versailles passa à l'évêcbé d'Agen, qu'il a longuement, sagement et saintement gouverné. Ce Huchon-ci lui succéda ; mais si grossier, si ignorant , si ridicule en toutes ses façons et en toutes ses expressions qu'il y en a cent contes plaisants et même honteux par les sottises qu'il débitoit en chaire, de platitudes continuelles et très-souvent d'ordures, dont madame de Maintenon et tout ce qui assistoit chez elle aux conférences qu'il y faisoit tous les mois pour l'assemblée ou se faisoit la quête des pauvres ne se pouvoient tenir de rire ni s'empêcher souvent de rougir. Rien d'ailleurs ne dédommageoit en lui d'une telle ineptie : cela s'appeloit simplicité , et il n'est pas croyable le crédit et l'autorité dont cette barbe sale jouit tant que le roi vécut.
Mercredi 2S, à Versailles. — Le roi all^ se promener à Trianon l'après-diijée. Monseigneur ne sortit point. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener ep carrosse avec madame de Maintenon, et virent les glisseurs sur le canal, qui étoient messeigjieurs les ducs de Bourgogne et de Berry. Le soir il y eut comédie. — Le vieu^: Romain ville e^t mort; il étoit maréchal de camp et avoit le cordon rouge de l'ordre de Saint-t.ouis ; le roi J'a donné
4ir, JOURNAL DE DANGKAtl.
<Hi chevalier du Rozel, qui s'est fort distingué ces dernières c<ampagnes. — Le roi a donné à Rassé, un de ses huissiers, la permission de vendre son régiment de cavalerie, où il ne peut plus servir parce qu'il est trop goutteux ; ce régiment sert en Italie. — Le comte d'Urce et le comte de Milan, son frère, dont l'un étoit capitaine-lieutenant et l'autre sous-lieutenant des mousquetaires du roi d'Espagne, qui sont à Madrid, ont eu ordre de retourner en leur pays, qui est la Flandre, et sont présentement ici; on leur a ôté leurs charges, et on croit même qu'on cassera toute cette compagnie-là , dont on incorporera la plus grande partie dans les gardes à cheval du roi dKspagne. — Le marquis de Bedmar a commandé trente hommes par compagnie de toute l'infanterie qui est en Flandre, parce que les ennemis assemblent encore leurs troupes. — Le ^ idame d'Amiens, second fils du duc de Chevreuse, épousa le matin ici à la paroisse mademoiselle de Lavardin ; les fiançailles s'en firent hier à la chapelle. Le cardinal de Noailles fit ces deux cérémonies; il est oncle de la mariée, et la noce s'est faite ce soir chez la maréchale de Noailles.
Jeiuli 2i , à Vermilles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; après son diner, il me donna une petite audience dans son cabinet, où je lui demandai l'agrément pour acheter pour mon fils un des régiments royaux qui sont à vendre , ce qu'il m'accorda avec beaucoup de bonté, quoique mon fils n'ait que seize ans et demi. S, M. entra ensuite chez madame deMaintenon, où il trouva madame de Dangeau, qui avoit dîné avec elle; il lui dit qu'il lui vouloit parler et pria messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry de s'éloignei'uii ]>«'u. et lui dit : « Votre mari vient de me demander l'agrément d'un régiment royal que je lui ai accordé de très-bon cœur, mais j'ai songé depuis (juil lui en coûteroit V0,00() écus , que le cardinal de Furstemberg m'avoit souvent prié d(^ donner son régiment dr «avalerie à votre fils et (jue votr<' mari
avoit eu la discrétion de ne m'en point parler, sachant la peine que j'avoisde mettre un François à la tête d'un régiment étranger. J'ai été content de son procédé, je veux qu'il le soit du mien et vous marquer en même temps la considération que j'ai pour vous et l'envie que j'ai de taire plaisir au cardinal. Allez dire à votre mari que je lui donne le régiment de Furstemberg; il ne lui en coùterarien, etcerégimentdonneraunesubsistancehonnête à votre fils. » — Le roi a donné au chevalier de Charost, secondfilsdu ducdeCharost, l'agrémentpour acheter le régiment de cavalerie de monseigneur le duc de Bourgogne, où il est capitaine; Puyguyon, qui en est mestre de camp, se retire , étant fort incommodé de ses blessures.
Vendredi ^h, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdînée. Monseigneur ne sortit point et joua chez madame la princesse de Conty, comme il a accoutumé de faire les jours qu'il n'y a point de comédie. Madame la duchesse de Bourgogne a senti remuer son enfant. — Le roi, à son diner, parla presque toujours à Chaumont, colonel du régiment de Soissonnois, qui revient de l'armée de M. de Vendôme; il a laissé ce prince à Ast, où il avoit joint M. le grand prieur. M. de Staremberg a joint M. de Savoie à Albe le 16 ; il avoit fait sommer, en passant auprès d'Acqui. Desclos, mestre de camp de cavalerie, que M. de Vendôme y avoit envoyé. Desclos répondit qu'il étoiten état de se bien défendre et qu'on lui feroit plaisir de l'attaquer. M. de Staremljerg ne jugea pas à propos de retarder sa marche pour faire ce siège ; il s'avança vers Albe ; Desclos sortit avec sa cavalerie, attaqua les dernières troupes de son arrière-garde, fit deux cents prisonniers et tua plus de cent hommes. Chaumont a dit qu'il avoit vu et compté plus de deux mille cinq cents prisonniers qu'avoit faits M. de Vendôme ; il compte que les ennemis en ont bien perdu quatre mille depuis qu'ils ont passé laSecchia, et il croit qu'ils en avoient encore onze ou douze mille en joignant M. de Savoie. M. de Vendômp renvoie quatre
mille lioiuines qu'il aVoit til*ésdes g^aniisons du Modenoi s et du Mantouan. -*- Le roi de Pologne a marché de Javarow à Crucovie, et est venu ensuite à Dresde, capitale de Saxe; il demande de grands secours d'argent à ses pays héréditaires, qui ne sont guères en état de lui en donner.
Samedi 26, à }'ersaillcf. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener A, Marly, d'où il ne r(;\int qu ;V la nuit. Le soir il y eut comédie ; monseigneur le duc de Bourgogne n'y a pas été depuis longtemps. — On mande d'Ulm que le maréchal de Marsin marcho'it à Nordlingue. M. le marquisde Montbion, colonel du régiment Dauphin , y est mort de la petite vérole. Le roi, au retour de Fontainel)leau, avoit accordé au comte de Montbron , son père,,' la survivance du gouvernement de Cambray pour ce fils qui vient de mourir ; il n'avoit point d'autre garçon ; il ne lui reste qu'une fille, qui a épousé M. deSouatre, gentilhomme du pays d'Artois. Madame de Choisy, tatitc de celui qui vient de mourir, lui avoit assuré 200, 0(K) livres de son bien, et il en auroit eu beaucoup de son père ; il avoit une pension du roi de 2,000 écus. — On a eu des nouvelles de l'arivée de l'archiduc en Angleterre; il y débarqua le 6. On ne croit pas qu'il en soit encore reparti , cependant on a vu passer vers Ouessant une flotte de cent cinquante vo'les, parmi lesquelles on assure qu'il y avoit vingt vaisseaux de guerre, ce qui fait croire que ce pourroitbien être l'archiduc, — M. de Hautefeuille, qui est présentement mestre de camp général de dragons . a vendu le régiment de dragons de la Reine, dont il éloit colonel avant que d'acheter sa charge, à M. d'Orival, parent du maréchal de Boufflcrs, qui a servi dans les mousquetaires cette année ; il en donne 'i-0,000 écus et 2,000 livres de pot de vin.
Dimanche 27,0 Versailles. — Le roi renvoie M. le maréchal de Tess«' commanderen Savoie. M. le grand prieur ira commander les troupes <jui sont dans le Mantouan et dans le Modenois. Lesennemis nous ont enlevé deux petits
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postesque nous avions sur la Secchia, où nous avions cinquante hommes dans chacun, du régiment dont M. de Sebret est colonel. Le gouverneur de Nice a envoyé un détachement de sa garnison à Saint-Laurent, d'où ils ont enlevé quelques vins. — Le roi a fait M. de la Feuillade lieutenant général. Il ira servir dans l'armée de M. de Vendôme dans quelque temps , et demeurera jusque-là dans son gouvernement de Dauphiné. — Le baron Spar, qui est brigadier dans nos troupes et colonel d'un régiment d'infanterie allemand , est revenu ; il a servi toute cette année auprès du roi de Suède , dont il est né sujet et qui l'a voulu faire colonel de son régiment des gardes, mais il a mieux aimé revenir en France, Il assure que le roi de Suède est plus résolu que jamais à faire déposer le roi de Pologne. lia passé par la cour de Brandebourg, où il a demeuré douze ou quinze jours ; il dit que cet électeur a quarante mille hommes sur pied de belles troupes, dont il y en a cinq mille au service des Hollandois et huit mille au service de l'empereur.
Lundi 28, à Versailles. — Le roi prit médecine , et tint l'après-dlnée le conseil qu'il auroit tenu le matin sans sa purgation. Monseigneur courutle loup, revint souper chez madame la princesse deConty. Le soir il y eut comédie. — Le roi a donné le régiment Dauphin d'infanterie au comte de Maure , frère du duc de Mortemart, qui avoit le régiment de Béarn , qui est aussi dans l'armée de M. de Bavière , et S. M. adonné le régiment de Béarn au chevalier de Montendre, à qui il en avoit promis un quand il revint de l'armée d'Italie ; le roi n'a point voulu disposer du régiment Dauphin sans l'agrément de Monseigneur, à qui il en parla hier. — On mande de Borne que le cardinal Spinosa est mort ; ce n'est pas le cardinal San-Cesareo le camerlingue ; voilà douze chapeaux vacants , sans compter celui que le pape vient de donner à monsignor Pignatelli, archevêque de Naples. Le duc Salviati est aussi mort à Rome ; il avoit arboré les armes de France
450 JOllRNAI, 1)K DANGKAT].
depuis quelques années. Il n'avoit qu'une fille et a substitué la plus grande partie de ses biens au marquis de Salviati, fivrc aîné de celui qui est iri envoyé de M. le ^rand-duc. Le pape a écrit un bref au duc de Mantoue pour l'exhorter à se marier, chose à quoi il est très-disposé. Mardi 29, à Versaillea. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Marly, d'où il revint de bonne heure pour donner audience à la marquise de Bedmar, qui arrive d'Espagne et va trouver son mari en Flandre ; elle est Henriquez, de même maison que Tamirante ; son mariajîe s'est lait à Madrid par procureur. Elle entra dans le cabinet du roi , dont les portes demeurèrent ouvertes ; le roi la baisa ; la duchesse d'Albe , la duchesse du Lude et la maréchale de Cœuvres étoient avec elle. A la fin de l'audience le roi lui dit qu'il étoit si content du marquis de Bedmar qu'il avoit résolu de le faire chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. En sortant de chez le roi elles allèrent chez madame la duchesse de Bourgogne et y furent toujours debout ; elles allèrent ensuite chez Madame et chez madame la duchesse d'Orléans ; elles faisoient quelque difticulté d'aller chez les princesses du sang, ne voulant pasleur donner de l'Altesse Sérénissime, mais elles y consentirent à la fin et y allèrent. Elles furent partout conduites parle baron de Breteuil , introducteur des ambtissadeurs, et présentées parla duchesse du Lude; elles prirent le tabouret au souper du roi comme femmes de grands d'Espagne. Après le soujjcr elh'S entrèrent dans la chand)re du roi avec toutes les autres dames, et S. M., avant ([ue de rentrer dans son cai)inet, eut la politesse de se rapprocher de la duchesse d'Albe et de lui dire. « Avant que de m<' retirer, je suis bien aise de vous venir encore donner le l)onsoir; » et ensuite le roi vint à madame de Bedmar, àqui il dit : « Je vois bien que c'est un adieu, ])uis(pi<* vous devez partir samedi ; j'aurois souhaité que vous eussiez pu faire un plus lohg séjour ici. J'ai donné ordic^ que dans toutes mes
places où vous passerez on vous rende les mêmes honneurs qu'on vous rendra dans la Flandre espagnole. »
Mercredi 30, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Trianon. Monseigneur alla se promener à Meudon. — Le roi fait lever en Alsace dix compagnies franches de cent hommes chacune ; le maréchal de Tallard a proposé, pour commander ces compagnies, les officiers qu'il yjugeoitles plus propres, et ils ont été agréés. M. de la Feuillade lève en Dauphiné un régiment d'infanterie, dans lequel on mettra beaucoup de vieux officiers. — Il y a voit eu quelques avis différents sur le magistrat qu'on devoit faire premier président à Chambéry ; le roi s'est déterminé en faveur du président Tencin, qui avoitdéjà eu cette charge durant la dernière guerre. — Polastron, fiJs du heutenant général, achète de M. de Montmorency le régiment de la Couronne; il en donne 50,000 livres. — Madame la duchesse de Lorraine est accouchée d'un prince; elle n'avoit que des filles. M. de Lorraine a choisi M. de Magenville pour en apporter la nouvelle ici. — H y a des lettres de Saint-Malo du 26 qui portent que le 18 quelques-uns de nos armateurs avoient pris entre Ouessant et les Sorlingues six bâtiments anglois de la flotte ennemie qui les avoient assurés que l'archiduc étoit sur cette flotte ; que le lendemain 19 il s'étoit élevé une tempête si violente qu'ils avoient été obligés de rentrer à Saint-Malo; que les six vaisseaux qu'ils avoient pris et amarinés n'avoient pu rentrer avec eux; que le 23 la tempête avoit recommencé, et qu'ils ne doutoient pas que la flotte ennemie ne fût entièrement dispersée et ne fût obligée de rentrer dans les ports d'Angleterre ou d'Irlande.
Jeudi 31, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure, alla ensuite courre le cerf dans le parc de Marly, et après la chasse alla se déshabiller à Marly , où il se promena jusqu'à la nuit, et puis revint ici. — M. de la Feuillade s'est fait recevoir à son gouvernement de Dauphiné; le
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gouverneur de cette province et même le lieutenant général de la province ont leur place au parlement au-dessus du preini«;r président *. M. de la Fcuillade a faitdeux choses eu ce pays-là qui lui acquièrent tort l'estime et l'amitié de toute la province ; la première est que l'usage de ce pays-là est de faire un présent de 3,000 pistoles à celui qui vient prendre possession de sa charge ; on vint les lui apporter, mais il n'en prit que 500 pistoles, «piil distribua en même temps à de pauvres gentilshommes, et dit à ceux qui lui apportoient l'argent : « La pro\ ince en ces temps ici en a trop de Ijesoin pour que je reçoive le présent ordinaire. » La seconde chose c'est (|ue le gouverneur de Grenoble, qui avoit acheté ce gouvernement de feu iM. de la Keuillade, son père , lui vint offrir 3,000 pistoles pour en faire avoir la survivance à son fils. M. de la Feuillade lui promit d'en écrire à la coui*; on lui envoya les expéditions nécessaires, il les
donna à ce gentilhomme, qui s appelle iM. de , et
ne voulut point prendre les 3,000 pistoles. — >|. de Vendôme n'a plus son quartier général à Ast; il l'a établi à Casai, d'où il a fait raj)pr()cher tous les quartiers qui étoient en arrière; mais il conserve tous les quartiei's qui sont en avant. — iM. le coadjuteur de Strasbourg fut' reçu à l'Académie françoise , où il lit une très-belle harangue ; il y avoit cinq mois qu'il étoit choisi pour remplir la place vacante, mais il avoit été obligé de demeurer à Strasbourg.
* (lliamiliart poilDit ainsi par degrés, mais rapides, son gendre ;i la tét« des armées, dont ce gouveruenient fnt un grand éclielou. (Test le sent où le gouverneur soit visité par le |)arloment eu eorps et traité de Monseigneur parle premier président dans la harangue, et le seul aussi où le gouverneur, et en son nltsence le lieutenant général, ait sa séance au parlement an-dessus du premier président , et ne donne pas einz lui la ntain au parlement en eorps. Cela est aussi eomposé par le «onnuandement des anues tel (|ue l'a le gouverneur, et en son absence le lieutenant général, par toute la provinei", dévolu en ab.sence de tous
les deux au premier président , et ejx soi» absence à l'ancien des présidents qui tient le parlement.
Vendredi V février, à Versailles. — Le roi alla tirer; à son retour de la chasse il donna une longue audience, chez madame de Maintenon , au maréchal de Tallardj, qui commandera encore cette année Farmée sur le Rhin ; on croit même qu'il partira au commencement du mois prochain. — Toutes les recrues pour l'armée que nous avons en Bavière sont sur les frontières et prêtes à marcher ; elles sont armées et haliillées , mais on ne dit point encore dans quel temps on a résolu de les faire passer. — On a des nouvelles de M. de Bavière ; il est retourné à Munich le 20 du mois passé, après avoir étabh de grandes contributions dans la haute Autriche ; elles iront à un million de florins, qui sont deux millions de notre monnoie, car le florin d'Allemagne vaut 40 sols. Il en a déjà touché 200,000 écus. Le maréchal de iMarsin est revenu aussi à Augsbourg et a établi de son côté des contributions bien avant dans la Franconje, et M. de Blainville est revenu à Ulm, où il a ramené cinq cents prisonniers de guerre qu'il a faits dans les châteaux de Souabe , et a établi aussi des contributions en ce payslà. — Par les nouvelles qu'on a des mécontents de Hon* grie, on apprend que leurs progrès augmentent tous les jours; ils ont passé la Moravie et coupent la communicEition de la Bohême à Vienne. Le prince Eugène, qui n'a pas assez de troupes pour les attaquer, a quitté Presbourg, où il ne se croyoit pas assez en siireté, et est présentement à Vienne.
Samedi 2, à Versailles. — Le roi, à dix heures et demie, tint le chapitre des chevaliers de l'Ordre pour nous dire qu'il avoit résolu d'y admettre M. le marquis de Bedmar ; il marcha ensuite à la chapelle, et il y eut procession dans la cour, comme il y en a toujours à cette fête ici. — M. de Pontchartrain entra dans le cabinet du roi un peu avant son dîner, et lui dit qu'il venoit de recevoir une
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lettre d'un armateur de Dunkerque qui a ramené auprès de Morlaix une flûte angloise dont les officiers l'ont assuré que l'archiduc étoit sur la flotte, qu'il fut battu d une furieuse tempête le 23 du mois pass«^ ; tous les vaisseaux de cette flotte ont été dispersés; il croit qu'il y en a de rentrés dans les ports d'Ang-leterre , (pielques-uns dans les ports d'Irlande et d'autres dans la Manche de Saint-Georges, qui est le canal entre l'Angleterre et l'Irlande. Il mande que le vaisseau qui porte l'archiduc est dans cette mer-là, qui est très-rude ; il y a beaucoup de rochers sur la côte. Dans la lettre de cet armateur il y a des circonstances différentes des nouvelles qu'on avoit eues par les armateurs de Saint-Malo , car il assure que l'archiduc n'étoit parti que le 20 de Portsmouth. — Le roi, après diner, entendit le sermon du V. Massillon. qui inséra dans son compliment des choses très-éloquentes et très-chrétiennes sur la tempête qui a séparé la flotte ennemie et qu'on lui étoit venu apprendre un peu avant qu'il montât en chaire. — Il arriva le soir un courrier de M. de Vendôme, parti de Casai de dimanche dernier; nous saurons demain les nouvelles qu'il apporte.
Dimanche 3, à Marhj. — Le roi partit aussitôt après son dîner de Versailles pour venir ici, où il demeurera jusqu'à samedi (1). Monseigneur alla de Versailles à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, et arriva ici sur les cinq heures. — La nouvelle du courrier de M. de Vendôme qui arriva hier au soir est que M. de Savoie avoit voulu se saisir de «pielques postes qu'il croit importants, mais que nous l'avions prévenu par notre diligence. Il s'étoit avancé avec une partie de ses troupes et s'étoit même mis en bataille à la vue de nos quartiers les plus avancés, et pendant ce temps-là
(I) «■ Le roi va passi'c 1« «arnaval à Marly, <iii l'on lu' dansera |)oint, parc^ ijui! inailanic la (hichesso <lc lioiirjioniif M'ioit au (lcM's|ioir dt' Mtir danser H de n'en pas »Mrc. » ( Ldire dr ht niait/itisr d'Un rc/lrs, du l*"' ft'\ri<T. )
il faisoit passer le Pô à Verue aux troupes de M. de 8taremberg, qu'il a suivies, et ils sont allés sur la Secchia auprès de Verceil. M. de Tessé est encore à Milan, où il attend ses ordres. Le général Trautmansdorf, qui commandoit les troupes ennemies sur la Secchia, est mort d'apoplexie. — Madame, qui n'a point encore de chevalier d'honneur, a prié le roi de donner un logement ici à M. deMortagne, son premier écuyer, et il est ici pour la première fois. — H y a quelques semaines que les fanatiques de Languedoc ne font plus parler d'eux ; on a proposé des moyens de les réduire qu'on espère qui réussiront. — Le roi de Pologne n'a pas tiré grand argent de ses États de Saxe ; il a fait peu de séjour à Dresde , et est allé trouver la reine sa femme à Leipsick ; pendant ce temps-là le roi de Suède s'établit de plus en plus en Pologne, et la plus grande partie des palatinats sont dans ses intérêts.
Lundi 4, à Marly. — Le roi, au sortir de la messe, alla, malgré la gelée, courre le cerf dans son parc et fit même une belle chasse ; Monseigneur étoit à la chasse, ilesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent courre dans la forêt de Saint-Germain avec M. le comte de Toulouse et soupèrent le soir chez lui. Le roi et la -reine d'Angleterre vinrent ici sur les sept heures ; ils furent quelque temps dans le cabinet du roi, et puis le roi d'Angleterre vint jouer avec Monseigneur au lansquenet dans le salon. La reine d'Angleterre les vit jouer ; elle ne joua point. Elle n'a pas joué depuis la mort du roi son mari. On soupa à neuf heures et demie, et en sortant de table LL. MM. BB. remontèrent en carrosse pour retourner à Saint-Germain. — ^ M, de Lorraine n'avoit envoyé ici Magenville que pour Madame , et il envoie le marquis de Craon-Beauvau au roi, et S. M. a nommé ce matin le chevalier de Croissy pour aller lui faire ses compliments sur la naissance du prince son fils. Le marquis de Beauvau qui vient ici est celui que
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nous y vîmes l'année pasvsée, qui est neveu de M. du Cliannel. — Le roi envoie au roi d'Espagne les six aides de canip qu'il avoit mis auprès de lui lorscju'il passa en Italie; tous les six eurent des présents de S. M. C, et le roi donna des pensions aux deux qui étoient colonels et des commissions de colonels aux quatre autres qui ne létoient pas. Ces six aides de camp sont des Aides, Luzl)ourg;, Moncliamp, [Lessart, des Ons, le chev;ilier PaulJ(l).
Mardi 5, à Marly. — Le roi, après son diner, alla courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur avoit voulu courre le loup à Saint- Germain ; il ne s'en trouva point, et alla à la chasse avec le roi. — On ades nouvelles de Languedoc qui portent que Planque, brigadier d'infanterie, a battu une bande de fanatiques, dont il a tué la plus grande partie. D'un autre côté , Julien, maréchal de camp, a surpris dans un village le camarade de Cavalier, qui est le commandant de ces fanatiques ; il a pris aussi une prophétesse qui ne laissoit pas d'imposer par ses sottes prophéties. — Le roi fait revenir de Flandre iM. de Thouy, qui connnandoitsur le Demer, etTenvoieen Espagne, où il sera le plus ancien maréchal de camp. — On a par Saint-Malo la confirmation de la dispersion de la flotte ennemie parla tempête qu'il lit le 23. On assure que nos armateurs ont fait beaucoup de prises de cette ilotte , qui étoit de trois cents voiles. — M. de l'Hôpital, marquis de Sainte-Mesme, viceprésident de l'Académie royale des sciences, mourut ces jours passésà Paris ; c etoit le plus savant et le plus fameux honnne de notre siècle dans toutes les parties des mathématiques, surtout dans la géométrie. — La reine .\nne avoit fait demander les pierreries de la succession du roi Cuillaume qui sont en Hollande ; la princesse de Nassau
(1) Voir 11' Inuiniil <lv f)(iiitiffiu , tiinic Vl|| , |i;ine .Id, t't <•i-<^l•sMl^ page fiU.
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de Frise a refusé de les rendre , prétendant qu'elles n'appartiennent point à la couronne d'Angleterre , maife à son iils , dont elle est tutrice et qui est héritier du roi Guillaume.
Mercredi 6, à Marly . — Le roi prit des cendres le matin et tint ensuite conseil comme à l'ordinaire; il n'y en avoit point eu les deux jours passés. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui mande que M. de Savoie a mis ses troupes et celles de l'empereur dans des quartiers entre le Pô , la Secchia et la Doria-Baltea ; les nôtres sont dans de fort bons quartiers aussi de l'autre côté du Pô, et il y a apparence que de part et d'autre on sera pour quelque temps en repos en ce pays-là. Nous avons peu de cavaliers à cheval; mais on compte, par les bonnes mesures qu'on a prises , que toute la cavalerie sera remontée au mois d'avril. — Les mécontents de Hongrie ont pillé l'ile que l'empereur avoit donnée au prince Eugène , dans laquelle ils ont pris une partie de l'équipage de ce prince. On mande qu'ils ont abandonné l'ile de Schut après l'avoir ravagée, et qu'ils ont fait' sommer Komore, qui est une place dans la fourche des deux bras du Danube , au-dessous de l'ile de Schut. — La tête des troupes que nous envoyons en Portugal est déjà arrivée sur les frontières d'Espagne ; on en a eu des nouvelles de Tolosetta, où elles ont été reçues avec beaucoup de joie. Le duc de Berwick doit arriver à Madrid àlafin delà semaine. — M. de Ménars, fils du président à mortier et colonel d'un nouveau régiment d'infanterie , a l'agrément du roi pour acheter le régiment du roi de dragons, que M. de Nogent veut vendre 45,000 écus; l'année passée, quand il fut fait maréchal de camp , il en refusa 40,000 écus du marquis d'Alègre le fils.
Jeudi 7, à Marly. — Le roi , après la messe , courut le cerf dans son parc ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Madame est toujours des chasses du roi quand on est à Marly. — Madame de Bois-Dau-
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phin mourut à Paris; elle a voit près de quatre-vingts ans; il y en avoit plus de quarante qu'elle n'avoit paru à la cour. Elle avoit été mariée deux fois. En premières noces elle avoit épousé M. de Courtenvaux , dont elle n'avoit eu qu'une iille, qui est madame de Louvois ; en secondes noces elle avoit épousé M. de Bois-Dauphin , frère aîné de M. de Laval, père de madame la maréchale de Rochefort. Il ne lui reste point d'enfants de ce second mariag-e, et madame de Louvois hérite seule de tout son bien, qui est do plus de 20,000 écus de rente. — Le commandant des troupes de M. l'électeur de Bavière dans la haute Autriche a attaqué et pris la ville et le château de Lentz ; l'empereur avoit dans le château un fort beau palais. — MM. les États- Généraux avoient envoyé plusieurs bataillons pour se saisir de Gueldres, mais celui qui y commande pour M. l'électeur de Brandebourg a refusé d'en sortir et de leur en ouvrir les portes. L'électeur son maître s'est expliqué sur cela, et a dit que son intention étoit de garder cette place jusqu'à la lin de la guerre, et qu'à la paix il la rendroit au roi d'Espagne, sans dire lequel des deux il entend par là.
Vendredi 8, à Marly. — Le roi, après dîner, alla courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse; Monseigneur, messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. — M. le maréchal de Villeroy reçut des lettres de Maestricht et de Liège par lesquelles on lui mande que l'archiduc avoit tellement souffert sur blâmer par la tempête (juaprès être débarqué en Angleterre il avoil eu une violente fièvre, dont il étoit très-malade , et ceux qui écrivent ces lettres ajoutent même que la plus commune opinion en Hollande est qu'il est mort. Une si importante nouvelle a besoin de conlirmation. — Le soir M. de Pontchartrain vint dire au roi (|u\ni armateur de Saint-Malo, qui avoit pris une frégate aux ennemis, avoit été poussé par la tempête à Boiilogne av<'c sa prise, cju'il uvoit faite auprès de Sorlingue. Il conlirme la dispersion
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de la flotte ennemie, mais on ne sait point encore où l'archiduc a été porté par la tempête. — On a nouvelle que milord Marlborough est arrivé à la Haye. Il fait de fortes instances auprès des États-Généraux pour les porter à augmenter le nombre de leurs troupes et à rappeler celles qu'ils ont en Allemagne ; il leur a dit que la reine Anne n'espéroit pas de tirer de son parlement l'argent nécessaire pour soutenir la guerre s'ils ne faisoient des efforts extraordinaires cette campagne.
Samedi 9, à Versailles. — Le roi revint de Marly à la nuit. Monseigneur en partit à quatre heures avec madame la princesse de Conty; madame la duchesse de Bourgogne en partit en même temps que lui, mais elle revint si lentement que le roi la passa. Elle se mit au lit en arrivant, n'alla point à la comédie, où il n'y eut que Monseigneur et Madame; mais elle se leva pour aller dans le cabinet du roi après son souper. — H y a de grands désordres en Zélande, où les peuples ne veulent plus payer les taxes qui leur sont imposées. Les bourgmestres d'Amsterdam 'ont fait mettre en prison un banquier qui avoit fait tenir quelque argent à M, de Bavière; les autres banquiers de la ville sont venus demander sa liberté , menaçant, si on la leur ref usoit, de fermer leurs banques. — On a arrêté en Angleterre plusieurs gens soupçonnés d'être entrés dans une conspiration en Ecosse contre le gouvernement présent ; on soupçonne le duc d'Hamilton d'être à la tête de ce parti-là. — Le roi a donné 2,000 livres de rente au chevalier de Montgon, capitaine aux gardes , et 20,000 écus d'augmentation de brevet de retenue à M. de Vauvré sur sa charge de maître d'hôtel ordinaire du roi ; il avoit eu l'année passée 40,000 écus de brevet de retenue sur cette charge. Il est intendant de marine à Toulon.
Dimanche iO, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon , et après le sermon le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur joua le
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soir chez m.ulanu* la princesse d« Conty , comme il t;iif tous les jours qu'il n'y a point de com<^die. — Il arriva un courrier de M. de Sainl-Fn'MUont, qui vint à Modène le 29 et le 30; il en repartit avec deux mille hommes, attaqua la Bastia et lionport, qui sont deux postes rntre la Secchia et le Panaro qui couvrent Modène; les ennemis s'étoient rendus maîtres de ces postes pendant que M. de Vendôme suivoit M. de Staremberg et qu'il avoit été ohlieé de renforcer son armée par une partie des troupes qui étoient de ces côtés-là ; les ennemis a voient été six ou sept jours à cette expédition, qui n'en a coûté qu'un à Saint-Frémont. xNous n'y avons perdu qu'un capitaine d'infanterie et cinq ou six soldats; nous y avons pris quelques petites pièces de canon , un drapeau ; le lieutenant-colonel qui commandoit à Bastia y a été tué. Les ennemis y ont perdu cinq cents hommes ou tués ou prisonniers. Cette action, outre l'utilité dont elle est, a été brillante et bien conduite. — iMadame de Nemoui-s vit le roi dans sa chambre au sortir de son souper. S. M. lui parla avec beaucoup de bonté et lui dit qu'il avoit été fâché de lui faire de la peine et qu'à l'avenir il lui feroit les plaisirs qu'il pourroit.
Lundi 11, à VersaiHei^. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur alla dîner à Meudon, où il demeurera jusqu'à samedi. — M. de Thouy a 1 aurément du roi pour vendre son régiment; le marquis d'Herleville en a traité avec lui pour le lils du président d'Albaret, qui sert dans le régiment du roi, qui lui en donne 80,000 livres. M. de Thouy prend en payement la licuitenance de roi de Touraine pour 45,000 livres, qui est le prix ordinaire de ces charges. Ca' it^giment <;st sur h* pied étranger; il le leva en Savoie, et vaut 10,000 livres de rente. — Le major du régiment d'Estrades arriva le soir, et apporta lin plus grand détail de ce qui s'est passé à l'affaire de Saint-Frémont; le drapeau qu'on a pris à la Basiia est du ngiment de Trautmausdorf, et ce général n'est poiul
mort, comme on l'avoit dit, Pendant que M. de Saint- Frémont attaquoit les ennemis, le commandant de San- Benedetto, qui est M. de Seuil, colonel de Bigorre, fit un pont sur la Secchia au-dessous de Quistello , et fit construire une redoute à la tête de ce pont du côté des ennemis, et a mis du canon dans cette redoute; ce major a assuré que les troupes de l'empereur qui sont restées en ce pays-là ne font pas plus de cinq mille hommes, et par le moyen de ce pont que nous avons fait nous les pourrons fort incommoder. Ils ont dans la Mirandole deux mille cinq cents hommes , dont un détachement garde la Concorde, quinze cents hommes dans Ostiglia, mille dans Révère, dont i's ont un détachement à Quistello,
Mardi 12, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée; il donna le matin audience au marquis de Beauvau, envoyé de M, de Lorraine, — Nous apprenons par les lettres de l'armée de M, de Vendôme que le roi a fait MM. de Bouligneux , d'Auheterre et de Bissy lieutenants généraux, et MM. les chevaliers de Luxembourg et de Maulevrier et le marquis de Sesanne maréchaux de camp, mais cela ne s'étoit point su ici. On dU aussi qu'il y a eu une promotion pour les officiers qui sont en Bavière, — Les quinze mille hommes de recrue destinés à passer dans Tarmée de M, de Marsin sont arrivés en Alsace , et en attendant qu'on les puisse faire passer en ce pays-là on les enrégimente; on y joindra deux mille hommes de cette armée qui ne purent passer la dernière campagne; on mettra des colonels réformés à la tète des bataillons et beaucoup d'officiers dont les régiments servent en Bavière et qui n'ont pas pu joindre, — M, de Ligondez, capitaine de vaisseau, a pris dans la Méditerranée un vaisseau hambourgeois richement chargé; celui qui le commandoit a offert 500,000 francs, dont il donneroit de bonnes cautions dans Gênes, si on vouloit le rançonner ; Ligondez n'a
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paus accepté la proposition et l'a amené dans nos ports. — Le baron de Bressey est mort à Paris " ; il étoit lieutenant sénéral , aouvernt'ur de Har-sur-Aiibe, et le roi avoit ajouté 10,000 francs dappointements à ce gouvernement, et S. M. lui donnoit outre cela une pension de 2,000 écus.
* On a vu lors du siège de Namur par le roi, en 1692, quel étoit co baron de Bressey.
Mercredi 13, à Versailles- — Le roi, après avoir entendu le sermon, alla se promener à Trianon. — L'ordinaire d'Espagne qui arriva apporta la nouvelle qu'il étoit arrivé à Cadix quelques vaisseaux de la flotte de Buenos-Ayres , très-richement chargée de barres d'argent; on compte qu'il en reviendra cinq millions aux marchands françois. On apprend aussi par cet ordinaire qu'il y a dans la cour quelques grands mécontents du gouvernement présent ; on avoit fait même courir le l)ruit que le duc d'Ossune s'étoit retiré et étoit allé en Portugal, mais cela ne s'est pas trouvé vrai. — M. de Pontchartrain eut des lettres de Calais qui disent beaucoup de détails de la dispersion delà flotte ennemie, dont beaucoup de vaisseaux ont été portés jusqu'au nord d'Ecosse ; il est bien malaisé qu'il n'en ait pas péri quelques-uns dans la Manche Saint-Ceorges. On croit que le vaisseau de l'archiduc a été porté en Angleterre , mais on ne sait rien d'assuré sur sa personne , et les différents bruits qu'on fait courir de sa mort, de sa petite vérole, d'une lièvre violente sont tous fort incertains; ce qu'il y a de sûr, c'est que de longtemps l;i flotte ne sera en état de passer en Portugal.
Jeudi 1 '«-, à Versailles. — L(! rcu ne tint point de conseil contre son ordinaire; il dina de fort bonne heurt' et alla ensuite à Marly. Au retour il donna une longue au- <bence chez madame de .Maintenon à MM. l«'s maréchaux de Villeroy et de Tallar(L Le matin , au lever de S, M., le
maréchal de Villeroy lui porta un lardon de Hollande du 5 de ce mois , dans lequel il y a beaucoup de détails de la dernière tempête. L'archiduc relâcha le 30 à Torbay et envoya le 31 un courrier à lareine Anne, qui alla au parlement le 1" de ce mois pour prier les deux chambres de faire de nouveaux efforts pour remédier aux malheurs que leur avoit causés la dernière tempête. Ce lardon dit que le duc de Schomberg avoit débarqué à un autre port d'Angleterre, où, il étoit malade , que soixante-quinze vaisseaux avoient été poussés par la tempête sur les côtes d'Irlande et d'Ecosse , et comme on ne sauroit avoir reçu à Londres des nouvelles de l'arrivée de ces vaisseaux , il y a apparence qu'il en a péri plusieurs en chemin. Ce même lardon porte que onze bâtiments revenant de Portugal, chargés de vin, avoient péri à la vue de la flotte , ce qui fait croire encore que plusieurs bâtiments de charge de cette armée ont eu la même destinée. Enfin ce qu'on apprend par ce lardon, c'est que la tempête a encore fait plus de désordres que nous ne pensions, puisqu'ils l'avouent eux-mêmes et que nous savons certainement que l'archiduc est en Angleterre.
Vendredi 15, à Versailles. — Le roi, après le sermon, alla se promener à Trianon. — M. de Chamillart revint le soir de Paris et alla chez madame de Maintenon travailler avec le roi jusqu'à neuf heures et demie. Il étoit arrivé ici un courrier de M. de Vendôme à midi, qui alla trouver M. de Chamillart à Paris ; il n'apporte rien de considérable de ce pays- là, mais il n'est point vrai que les Vénitiens assemblent des troupes, comme on en avoit voulu faire courre le bruit. — La promotion des officiers généraux pour les armées d'Italie est faite, mais ce ne sont point du tout ceux que l'on avoit mandés de ce payslà ; les maréchaux de camp qu'on a faits sont : Kercado l'aîné, d'Esclainvilliers , Wartigny, Mauroy et M. de Polignac, qui est présentement en Languedoc et que l'on envoie servir en ce pays-là. -— On mande d'Espagnr^ que
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nos troupes étoient arrivées à Vittoria le *2 de ce mois , bien vêtues et bien armées; dix-sept bataillons et quinze escadrons marchent par \n route ordinaire , trois bataillons et quatre escadrops passent par la Navarre. — Les nouvelles de Vienne portent que l'empereur n'a plus aucune espérance de traiter avec les mécontents, dont les prétentions augnicnteiit tous les jours par les f^rands progrès »]u ils font; quelques milices de Moravie se sont jointes à eux.
Samedi 16, à Versailles. — Le roi, à son lever, commanda au maréchal de Boufllers de donner ordre que le régiment des gardes fût prêt à marcher en Flandre les premiers jours du mois qui vient. Les gardes du corps ont ordre aussi de marcher le 10 et le 12. M. de Marlborough anime les HoUandois à faire des efforts extraordinaires pour augmenter leurs troupes et pour mettre en caq^pa,i;ne de bonne heure. — Le roi, au retour dehî messp, donna audience aux états d'Artois ; l'abbé de Valbelle porta la parole , et parla fort bien. Monseigneur Revint le soir de Meudon, où ilavoit passé la semaine. — Il arriva des courriers de Portugal et d'Espagne. Le roi pi les ministres n'en parlèrent point, mais les courtisans jugent que ce silence est une marque qu'il y a quelque négociation et croient que le roi de Portugal reviendra à ses véritables intérêts. — Par toutes les nouvelles qu'on a d'Allemagne et de Hollande , les ennemis conviennent eux-mêmes du déplorable état des affaiies de l'empereur; les progrès des mécontents augmentent tous les jours, et ils ont intercepté à Vienne une lettre du prince Kagotzki à M. l'électeur de Bavière, dans laquelle il veut prendre des mesures avec cet électeur pour joindre leurs troupes et faire ensendde le siège de Vienne à la lin du mois.
iPimanche 17, à Versailles. — Le roi ne sortit point de out le jour ; il alla au sermon et pui.s jugea l'affaire de M. larchevêque de Keinis contre la Heynie pour la place de doyen du conseil, il n'y avoit pour juges que le roi.
Monseigneur, monseigneur le duc de Bourjg'og'ne , M. le chancelier et M. de Beauvilliers ; ils furent tous de même avis. L'archevêque de Reims gagna son procès, quiregarde les conseillers d'État d'épée comme ceux d'église. — Outre les maréchaux de camp que j'ai déjà écrits, j'en ai appris encore de nouveaux pour l'armée d'Italie, qui sont : MM. de Goas, de Saint-Pater, de Richerand, de Courlandon et quelques autres qu'on ne m'a potnt encore nommés; on a fait aussi des brigadiers pour les armées qui sont en ce pays-là, et voici ceux qui le sont sûrement : le comte d'Uzès, M. de Croy, fils du comte de Solre, le comte d'Esterre, frère du prince de Rol^ecque, Desclos , Bonneval, le chevalier de Pezeux, Caylus, Bourgneuf. — Le roi a fait lieutenant général d'Avaray , qui est à Naples depuis le commencement de cette guerre. — M. de Goesbriant se porte considérablement mieux de ses blessures ; il est maréchal de camp de l'année passée , mais il n'avoit point encore vendu le régiment de Berry, dont il est colonel ; madame sa femme, qui est à Paris, en a fait le marché avec un officier aux gardes, quilui en donne 56,000 livres ( 1 ) ; ce régiment est un des vingt qui furent faits en Sk durant le siège de Luxembourg.
Lundi 18, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée, et puis travailla avec M. Pelletier, comme il fait tous les lundis. Le soir il y eut comédie. — Il arriva hier un courrier de notre ambassadeur en Portugal et un d'Espagne ; le roi ni les ministres n'ont rien dit de ce que ces courriers apportent; on croit que ce ne peut être rien que de bon , et que l'approche de nos troupes et tous les malheurs arrivés à la flotte qui portoit l'archiduc pourroient bien faire rentrer le roi de Portugal dans ses véritables intérêts. — On a des lettres de Ratisbonnè du 7 de ce mois , qui portent que M. l'électeur de Bavière va se remettre en campagne,
(1) Celui qui a aciieté est un Breton qui s'appelle la Gervaisaie. ( Note de Dangeau. )
qu'il a un grand équipaue cV artillerie , que ses troupes se rapprochent de Passau, où il doit passer le Danube pour aller, à ce qu'on croit, faire le siège de Nuremberg en Franconie ou celui d'Egra en Bohème, et que les peuples de royaume-là, mécontents de la domination de l'empereur, pourroient bien sejoindre à lui . — L.i tcHe des troupes que nous envoyons en Espagne devoit arrivei- le 15 A Valladolid et être *à la fin du mois sur la Irontière, où ils trouveront en abondance tout ce qu'il faut pour subsister commodément. — On a des nouvelles par la Suisse qu'il est venu à l'armée de M. de Marsin cinq ou six mille déserteurs françois, et que ce maréchal n'aura pas besoin pour son armée de toutes les recrues qu'on se préparoit à y faire passer; ces mêmes lettres ajoutent que M. l'électeur de Bavière fait lever huit mille hommes de troupes nouvelles, et qu'il lui vient beaucoup de déserteurs des armées de l'empereur.
Mardi 19, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur courut le loup, qui le mena loin , et au retour il soupa chez madame la princesse de Conty. — M. de Monasterol a reçu des lettres d'Anvers , d'un grand négociant nommé Fonseca; il lui mande que, par beaucouj) d'avis quil a de Hollande, il a appris que l'archiduc étoit mort à Plymouth d'une lièvre violente qui l'a emporté le troisième joui', et il ajoute que ces avis viennent de gens sûrs, qui ne l'ont jamais trompé. M. l'électeur de Cologne écrit qu'on lui mande de Hollande que cette mort est sûre; les maréchaux de Villeroy et de Bouftlers ont les mômes avis, et plusieurs particuliers de Paris ont les mêmes nouvelles par la Hollande ; cependant on en doute fort ici. — M. de Thouy, qui s'en va en Espagne et qui étoit maréchal de camp, a été fait lieutenant général, et iM. de Puynormand, colonel d'infanterie réformé, qui est déjà en ce pays-là, ;i (''t('' fait brigadier. — Le roi envoi»; aussi en Espagin* ihi Mesnil, aide-major
d'une des quatre compagnies des gardes du corps , pour aider à former les gardes du roi d'Espagne sur ceux du l'oi.
Mercredi i20. à Versailles. — Le roi entendit le sermon et puis alla à Trianon, où il se promena jusqu'à la nuit. — Ce sera madame de Chamillart qui fera la layette de l'enfant de madame la duchesse de Bourgogne, mais ce n'est point en qualité de femme du contrôleur général ; le roi sest expliqué là-dessus, que la femme du contrôleur général n'y avoit aucun droit, et que quand madame Colliert s'en étoit mêlée ç'avoit été parce qu'elle s'entendoit très-bien à pareilles choses , que la reine avoit de l'amitié pour elle, et qu'elle lui donnoit volontiers des commissions. — Moncault, colonel du régiment de Vauge, achète de Vaudrey, qui fut fait maréchal de camp l'année passée, le régiment de la Sarre. Le père de Moncault, qui est ici, en a faille marché à 63,000 livres, et n'a pas encore vendu celui de Vauge, qui lui en a coûté 45,000. — Savines, gouvernem' d'Ambrun, a eu nouvelle que les barbets de M. de Savoie avoient voulu s'emparer du château de Chaumont près d'Exilles ; ils y ont été repoussés et y ont perdu soixante hommes ; ils ont depuis fait des courses dans les vallées de Pragelas et de Queras ; ils y ont perdu encore cinquante hommes, et nous n'y avons eu qu'un officier et deux soldats tués ; ces deux vallées payent contribution à M. de Savoie, et nous l'avons établie aussi dans la vallée de Barcelonnette, qui esta ce prince.
Jeudi 21, à Versailles. — Le roi fut longtems enfermé le matin avec le cardinal de Noailles et alla tirer Faprèsdinée. Monseigneur ne sortit point. Le soir il y eut comédie, où madame la duchesse de Bourgogne n'alla pas; elle avoit diné dans son cabinet avec madame de Maintenon, madame d'Heudicourt et madame de Dangeau, et y demeura enfermée jusqu'à six heures. — Les Hollandois avouent que, par la dernière tempête, les Anglois avoient perdu trois gros vaisseaux et quelques lîàtiments de
438 JOIIRINAL DK DANGKAU.
charge. L archiduc est sur son vaisseau entre Portsmouth et rUe de Wiia:ht, et, selon les dernières nouvelles de ce pays-là , il n'est ni mort ni malade. — H y a des lettres de Vienne du 2 qui |X)rtent que le roi de Pologne y étoit arrivé incognito lo 28 du mois passé, (ju'on y avoit tenu plusieurs conseils de g-uerre avec l'électeur palatin, qui y est arrivé aussi depuis peu , et que cet électeur remontre vivement que, si on n'envoie pas un gros corps de troupes sur le Rhin, l'empire est en grand danger. Ils y ont eu avis que le prince Ragotzki étoit alh'î à Belgrade s'al)OucJ»er avec le pacha, et qu'il est arrivé à Temeswar un grand convoi de munitions de guerre et de bouche. Tout cela donne de grandes inquiétudes à l'empereur, qui auront été hien augmentées encore quand il aura appris la dispersion de la flotte de l'archiduc.
Vendredi 22, à Versailles. — Le roi entendit le sermon et puis alla se promènera Trianon. Monseigneur alla dîner à Meudon, doù il ne revint que pour le souper du roi. — M. le grand prieur a la patente et les appointements de général ; M. le duc de Berwick aura aussi le môme traitement en Espagne. — M. de Ghamillart travailla le soir chez madame de Maintenon avec le roi, (|uoiqu*il n'ait pas accoutumé d'y travailler les vendredis ; il y demeui'a depuis six heures jus({u'à neuf heures et demie, vi on croit que la prouiotion [)our toutes les armées est entièrement réglée. — Louville est revenu de Flandre, où il étoit allé prendre possession du gouvernement de Courtray, qui lui vaudra 1 0,000 livres de rentes, sans y comprendre legrand bailliage que M. l'électeur de Bavière veut encore lui l'aire donner; il a outre cela 1,4-00 pistoles de pension du roi d'Espagne. — Par les nouvelles de Hollande, on apprend (jue leurs avis d'Anghsterre portent ([ue l'archiduc étoit dans nie de Wight; on travaille diligemment à remettre sa Hotte en état , mais on ne croit pas qu'elle le [)uisse être avant la lin du mois. On ne peut }>as remettre A la mer le vaisseau que monloit le duc do Schomi>crg. Us sont
lortenpeineduprincedeDarmstadt, qui avoit pris les devants et dont ils n'ont aucune nouvelle. 11 leur manque beaucoup de bâtiments de transport et ne savent point encore au juste la perte qu'ils ont faite.
Samedi 23, à Versailles. — Le roi, après son diner, alla se promener à Marly, où il demeura jusqu'à la nuit. Monseigneur courut le loup, et la chasse le mena fort loin. — Il arriva un courrier d'Espagne parti de Madrid le 15; il assure que la tête de nos troupes doit être présentement sur la frontière de Portugal. Puységur, après avoir visité cette frontière, est revenu à Madrid, où le duc de Berwick étoit arrivé. Le roi d'Espagne doit partir dans le mois de mars pour aller se mettre à la tête de l'armée, et plusieurs grands se préparent à l'y sui\Te. — On ne sait point encore le détail de la promotion qui fut réglée hier; il n'y a encore que quelques brigadiers nommés. Voici ceux à qui on l'a appris aujourd hui. Il y en a quatre dans le régiment des gardes, qui sont ; Mennevillette, Monpezat , Maupeou et Bernières; il y en a cinq dans les gardes du corps : Brissac , Tournefort , Savines , des Fourneaux et Marnays; dans les gardes suisses : Zurlauben ; dans les colonels d'infanterie : Guerchois , Miromesnil, Morangiés, Villefort, Belle-Isle, Mouchy, Cadrieu, le comte de la Marck, Villemort; de lieutenants-colonels on eu a fait trois : Tavagny, du régiment de Miromesnil, Selve, du régiment de Picardie, et celui du régiment du roi ; dans les régiments suisses : Courten et Greder, et dans l'artillerie : des Touches.
Dimanche 2V, à Versailles. — Le roi, après le sermon, alla se promener à la Ménagerie, où il s'amusa fort, et dit en sortant qu'il y reviendroit souvent. — Le roi a donné à Lanereron 20,000 écus de brevet de retenue sur une charge qu'il a de lieutenant de roi de basse Bretagne. — On a pris plusieurs mestres de camp de cavalerie qui ont été faits brigadiers : le prince Charles, fils de M. le Grand, le comte de Duras, le marquis de Châtillon, qui
440 JOURNAL DE DANGKAlj.
va en Espagne, Belleport, Vienne, Rozen; on en a fait quatre dans la gendarmerie, qui sont : le chevalier de Roye, d'IIliers, Gassion et le major de ce corps; on en a fait deux de ceux qu'on envoie au roi d'Espagne pour lui servir d'aides de camp, qui sont : Lessart et des Aides; dans les chevau- légers de la garde : le vidame d'Amiens; dans les dragons : d'Escorailles, Lautrec et Caylus. Toute la promotion est censée faite du 10 février. Monseigneur le duc de Bourgogne a parlé au roi pour trois de ses aides de camp , qui ont été faits brigadiers aussi , Dénonville, Sansay et la Motte. Le comte de Nils, lieutenantcolonel de Furstemberg et qui a commission de mestre de camp, a été fait brigadier aussi. 11 y en a encore beaucoup d'autres, qu'on ne sait point, et la promotion sera de quatre-vingts.
Lundi 25, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdînée. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut comédie. — Le roi envoie en Espagne Lusancy, aide major de son régiment des gardes , pour former le régiment des gardes wallones du roi d'Espagne sur le modèle du régiment des gardes françoises. — Le comte de Montlaur, fils de M. le prince d'Harcourt qui a servi deux ans de capitaine de cavalerie , veut se faire d'église , et son frère aîné, qu'on vouloit faire d'église et qui même a deux abbayes, veut quitter cette profession-là, quoique M. son père et madame sa mère lui aient déclaré quils le déshériteroient s'il ne se faisoit prêtre; il est fort sourd, et c'est ce qui fait que sa famille ne le croit pas propre au monde. — Par le dernier courrier qui arriva d'Espagne ces jours passés, on reçut des lettres de Puységur, qui mande qu'il n'a point trouvé sur les frontières les magasins que Orry avoit assuré qui y étoient, et que Badajoz n'étoit point en si bon état qu'il l'avoit dit. On tâche de remédier à ces inconvénients le plus di]ig<'nunent quon peut, et on a pris pour cela l'argent qui étoit destiné pour le voyage du roi d'Espagne, et ce fonds-là ne pass-
sera point par les mains du sieur Orry . On travaille à un autre fonds, afin que S. M. puisse toujours partir au mois de mars; le roi envoie en ce pays-là Lemarié pour être intendant de ses troupes.
Mardi 26, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. — Voici la liste des brigadiers faits depuis le 10 de ce mois :
Infanterie.
Menou, colonel en 95
Menne\illette, \
Maupeou, ( . .
Vf t i- / capitaines aux gardes.
Bernières, '
Zurlauben, capitaine aux gardes suisses.
Ptiffer, colonel suisse.
Bezenval.
Le Guerchois , colonel de la marine.
Martin, des galiotes (1).
Miromesnil, colonel en 94
Morangiés , colonel en 95
D'Hérouville, colonel en. . 95
Villefort , colonel eu 95
Talende, colonel en 95
Chevalier de Damas , colonel eu. ... 95
Belle-Isle, colonel eu 95
Mouchy, colonel en 95
Trecesson, colonel eu 95
La Motte, colonel en 95
Sauzay , colonel eu 95
Bueil, colonel en 95
Permaugle, colonel eu 95
Puynormaud , colonel en 95
(1) « A Ja levée des trois compagnies de galiotes destinées à servir sur le Rliin, il en obtint une par commission du 7 février 1689. » {Chronologie historique-militaire par Pinard , tome VllI , page 131.
^42 JOURNAL DR DAJSGKAU.
Courville, colonel en 94
Gieder, suisse.
Le comte de (^roy, colouel en nfi
Le comte de Damas.
Viliemort, colonel en î»6
Le comte de la Marck , colonel en. . . 07
Polastron, colonel en OS
Bourck, Irlandois, colonel en oo
Comte d'Estene, colonel en ... . noo Courten , lieutenant-colonel suisse.
Tavagny, lieutenant-colonel de Miromesnil. Barail , lieutenant-colonel du régiment du roi. Selve, lieutenant-colonel de Picardie.
Cadrieu, lieutenant-colonel.
Robert, ingénieur.
Le chevalier Destouclies , lieutenant d'artillerie.
Cavalerie.
Brissac,
Cheyladet,
Savines,
Marnays, ) des gardes du corps.
Tournefort,
Des Fourneaux
Bru/ac,
Le vidame d'Amiens , sous-lieutcnant des chevau-
légers.
Mimeur.
D'Escorailles, colonel de dragons.
Coadt , mestre de camp en 93
Mortagny , en 03
Vienne, en 04
Pellcport , en 04
La Brctonnière, lieutenant-colonel.
Rozen, en 04
Cliamlin , en 04
Dcsclots, en 94
Ga.ssion, |
,.,,,,. , de la gendarmerie.
D llliers, "
DeLessart,en 96
Barentin, en 96
ChâtilloD,en 96
Bar, en 96
Châteaumorant , en 96
Le comte de Duras, en 97
Chevalier de Roye, de gendarmerie.
Comte d'Uzès, en. ... : 97
Comte de Nils, lieutenant-colonef de Furstemlbérg. Prince Charles de Lorraine, en. . . . 1702 Des Aides, colonel de dragons en. . . . 95 Joly , lieutenant-colonel de dragons.
Bourgneuf, lieutenant-colonel de dragons.
Gaffart, lieutenant-colonel de dragons.
Cay lus, colonel de dragons en 94
Lautrec, colonel de dragons.
Bonneval, mestre de camp des cravates.
Chevalier de Pezeux, colonel de dragons, qui fut colonel d'infanterie en 95
Dormoy, major de gendarmerie.
L'ordre n'est pas exactement observé dans cette liste.
Mercredi 27, à Versailles. — Le roi, après le sermon^ alla se promener à Trianon. iMadame la duchesse de Bourgogne, qui est assez enrhumée , entendit le sermon dans la petite loge de la tribune. Monseigneur alla diner à Meudon avec madame la Duchesse et beaucoup de dames. — On eut nouvelle de Lisbonne que le prince de Darmstadt y étoit arrivé ; il avoit fait espérer au roi de Portugal que l'archiduc le suivroit de fort près, mais les gens de son vaisseau ont été plus indiscrets que lui, et ont avoué que, quand ils s'étoient séparés de l'archiduc, il n'étoit pas encore parti des côtes d'Angleterre ; cependant on fait tous les préparatifs nécessaires pour recevoir l'archiduc magnitiquement en Portugal et on l'y attend avec impatience. — M. l'évèque de Saint-Omer vend sa charge de maître de l'oratoire à l'abbé de Valbelle, son cousin , aumônier du roi , qui lui en donne
444 JOURNAL 1>E DA-NGKAIJ.
1)6,000 livres, savoir : 10,000 écus en argent comptant, et sa charg-e daumônier pour 66,000 livres. Les charges d'aumônier que le roi a données ne se vendent point ; mais quand on les a achetées le roi permet qu'on les vende, et l'abbé de Vali)elle avoit acheté la sienne. La charge de maître de l'oratoire n'a pas grande fonction présentement; elle en avoit beaucoup sous le feu roi, parce qu'il avoit un oratoire , et le roi n'en a point ; il va toujours à la chapelle.
Jeudi 28, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée. M. le cardinal de Noailles lui présenta le matin, au sortir de la messe , M. Labbé, évèque de Tilopolis in parlibus et vicaire général du pape dans la Cochinchine, où il s'en va samedi (1). Madame la duchesse de Bourgogne se trouva plus mal de son rhume , elle garda le lit presque tout le jour. Le soir il y eut comédie , où il n'y eut de la famille royale que Monseigneur et Madame ; monseigneur le duc de Bourgogne n'y va plus , et monseigneur le duc de Berry tint compagnie à madame la duchesse de Bourgogne. — Le roi a donné le gouvernement de Bar-sur- Aube àMontalant^ qui a été longtemps lieutenant-colonel du régiment Boyal, et S. M. y attache 4,000 livres d'appointements; le baron de Bressey, qui l'avoit, en avoit 10,000, mais cela n'avoit été fait que pom* lui, et ce gouvernement-là ne valoit auparavant que 100 écus. J'ai appris depuis sa mort que le roi avoit donné à sa veuve 1,000 écus de pension. — Le baron de Montigny "* , frère (le ral)l)é Languet, aumônier de madame la duchesse de Bourgogne, et lieutenant-colonel des cuirassiers de M. l'électeur de Bavière , s'est sauvé des prisons de Constance,
(1) « Le 2'» (le ce mois, le sieur !M;irin Lahhé fut sacre é\»^(iue de Til(>|Mtlis, (U)a(]juteur «lu Tic^riat apostoli(|ue <ie la C'ocliincliiiie, par le tuirdinal dv Noailles, arclievt^que <le Paris, ay.int pour assisUnls rr\(\|ue de iiayeux et rév«>i|uedet'ondoin.La cérémouie se lit en la {{randc <liapelle de l'anlievAclié, en présence du c^inlinal d'Kstrées, des deu\ nonces de Sa Sainteté et de plusieurs autres |>ersonnes de qualité. » (Gazrtfe du I" mars I70i, paye t08.)
OÙ il étoit fort étroitement gardé et fort mal traité ; il a eu l'honneur de saluer le roi, qui Fa fort interrogé sur sa prison.
• Le baron de Montigny, baron de sobriquet , étoit fils d'un homme du parlement de Dijon des plus nouveaux; mais qui eut plusieurs enfants, qui ne laissèrent pas leurs talents enfouis. Celui-ci fit valoir celui d'espion, dans lequel il fut maître, et peut-être des deux côtés, et qui lui fit friser la corde plus d'une fois et servir plus d'un maître. 11 en a vécu parce qu'il nianquoit de pain ; et c'a été tout. L'aîné ou M. de Gergy étoit une happelourde,mais un honnête homme, et qui ne s'oublia point ; qui fut envoyé en diverses petites cours , et qui se fit moquer longtemps de lui à Ratisbonne, en récompense de quoi on lui donna l'inutile ambassade de Venise quand on y envoya un ambassadeur, d'où les apoplexies le firent revenir. Les trois autres frères prirent un meilleur parti , et y poussèrent mieux leurs diverses fortunes. L'abbé Languet, dontil est parlé ici , intrigua par Saint-Sulpice pour une place d'aumônier de madame la duchesse de Bourgogne. Il se fourroit dans les antichambres, qu'il ne passoit guères nulle part , mais dont il ne se lassoit point ; puis se fit grand vicaire d'Autun , et résolut de faire sa fortune par la Constitution. Il en devint évêque de Soissons, et ce nom, sous lequel il a tant et si étrangement fait parler de lui , suffît pour le faire connoître. Son ambition et son audace étoient dès lors si démesurées qu'il espéra le cardinalat, et y compta si bien à force de manèges et de sacrifices sanglants , d'adoption d'écrits et de toutes sortes d'intrigues que lorsque l'archevêque de Reims , Mailly, fut cardinal , étant à table chez M. le Blanc, secrétaire d'État, qui en dit la nouvelle, il s'élança en la faisant répéter, et tout de suite s'écria : « M. de Reims cardinal ! ah, il m'a pris mon chapeau! » Ce trait échappé, il en fut moins honteux que toute la compagnie , et ne songea plus qu'à en gagner un autre et cependant changer d'évêché. La friponnerie qui lui valut Sens a été publique , et tant d'autres dont les diverses impressions sont remplies. C'est lui encore qui étant évêque de Soissons donna comme de lui ces fameux avertissements qui ont causé tant de troubles, lesquels avoient été portés à M. de Reims, Maill}', pour les faire passer sous son nom, qui le refusa et qui , dans la surprise de les voir paroître incontinent après sous le nom de M. de Soissons, ne put s'empêcher d'en conter l'aventure. Ce dernier prélat, immortalisé par la vie de sa Marie Alacoque , avoit espéré que ce petit troupeau guyoniste, à qui les progrès de la Constitution ont rendu tant de vigueur et de crédit, lui abrégeroit le chemin de la pourpre. Un autre frère ne fait pas un moindre personnage dans l'ordre de Cîteaux, où il est abbé de Morimond, et, cequi vaut bien mieux |)our l'intrigue à la
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t'ortuDe commiiuc , prucun'iir du son ordre gciieral u Home depuis plusieurs auuées. il passe en pe genre rarchevêque de loin, a ce qu'on dit. et si on dit vrai, ce doit ^tre un grand maître. Le cinquième est tout d'une autre espèce; c'est le cure de Saint-Siil|>icc, que sou bâtiment inunense immortalisera ; excellent curé en tout genre , veillant les pauvres qui le demandent avec autant de soin que les plus grands seigneurs, un grand don, et une grande fluidité de paroles, et un art pour établir et soutenir les bonnes et grandes œuvres inimitable , un génie doux, fin, singulièrement adonné aux arts, aux manufactures, au commerce, qu'il tourne tout en soin des pauvTes de tous états.
Vendredi 29, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; après le sermon , il vint chez madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit été saignée le matin. Le roi et la reine d'Angleterre la vinrent voir sur les cinq heures; le roi y revint encore avant souper. Elle se porte considéralîlement mieux de son rhume, et on ne lui fera garder le lit que trois jours. — La reine d'Angleterre demanda au roi des nouvelles de Tarchiduc;S. M. lui dit que sûrement il n'étoit pas à la voile le 23, mais qu'on croyoit qu'il y mettroit le 24. Ce jourlà on vit passer devant Calais trente vaisseaux hollandois, qui apparemment le vont joindre à File de Wiglit. Par tous les avis qu'on a , il n'y a plus que sept mille hommes embarqués avec l'archiduc , parmi lesquels il y a très-peu de troupes de Hollande. — On mande que le roi de Pologne n'est point allé à Vienne, comme on l'avoit dit; il est en Silésie, d'où il veut tâcher de rentrer en Pologne. — Les mécontents de Hongrie ont pris la ville de Tokay et Cassovie , capitale de la haute Hongrie, qui ont été ol)ligées de se rendre , n'ayant plus de vivres. Un de leurs corps a fait lever le siège de Schalitz au général Gi'alz; ce poste est sur la Morave et est très-important. — L'empereur a lait quatre feld-maréchaux, qui sont le prince Charles de Vaudemont * et les comtes de Staremberg , de Heister et Habutin .
* Kien n'ctoit plus singulier que la confiance qu'on avoit prise en M. de Vaudemont, dont le fils unique servuit remperuur, dont le père
avoit toujours été si bien traité , qui n'avoit de fortune que ce qu'il eu tenoit de la maison d'Autriche et qui avoit été l'ami de cœur du prince d'Orange, sans que cette liaison eiit cessé. Rien aussi n'étoit plus rare que la faveur et la considération des sœurs de M. de Coramercy, déserteur du service du roi et devenu la seconde personne de l'armée impériale, où il fut tué à Luzzara. Rien de plus complet que l'appui réciproque de ses sœurs et de Vaudemont , frère de leur mère, intimement lié avec le maréchal deVilleroy et Chamillart, qui en furent les dupes, et le roi par eux.
Samedi V mars , à Versailles. — Le roi dina de bonne heure, alla courre le cerf dans le parc de Marly et ensuite à Marly, où il se promena jusqu'à la nuit. — Il arriva un courrier de Madrid, dépèclié par madame la princesse des Ursins. On croit qu'on la envoyé pour tâcher à justifier Orry, contre lequel il y a de grandes accusations et qui a pris plus d'autorité en Espagne que les Espagnols et les François ne voudroient ; il est fort soutenu par LL. MM. CG. — Il arriva un courrier de M. le grand prieur dont le roi et les ministres n'ont rien dit, mais il a apporté quelques lettres à des particuliers qui portent que l'on fait des préparatifs dans cette armée, qu'on fait venir de l'artillerie de Mantoue et qu'on attend vingt compagnies de grenadiers que M. de Vendôme envoie à M. son frçre. On mande même qu'on veut attaquer Révère , mais cela n'est pas bien sûr. — M. d'Alègre a envoyé ici de Bruxelles Villenouvelle, un de ses aides de camp , qui assure que le petit dommage que les ennemis avoient fait à nos lignes cet hiver sera bientôt réparé. On y travaille actuellement, excepté du côté de Waseges, où nous ne travaillerons que quand l'armée sera assemlîlée. On dit en ce pays-là que M. de Marlborough a repassé en Angleterre et qu'il a pris des mesures avec MM. les États-Généraux pour avoir en Flandre une armée encore plus nombreuse que celle de l'année passée. — Le soir il y eut comédie, où il n'y avoit que Monseigneur et Madame. Monseigneur^le duc
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de Berry tHoit demeuré avec madame la duchesse de Bourgogne, qui garde le lit.
Dimanche 2 , à Versailles. — Le roi, après le sermon, alla tirer; à son retour il vint chez madame la duchesse de Bourgogne et y repassa encore avant que d'aller souper. — On eut nouvelle que rarchiduc avoit mis à la voile du 2i ; il n'a avec lui que trente vaisseaux et sept mille hommes. — Le marquis de Termes * est mort ; il avoit 12,000 livres de pension du roi et n'avoit jamais eu décharge (1). — M. le comte de Toulouse partira au commencement du mois prochain pour aller commander la tlotte dans l'Océan; il ira s'embarquer à Brest. Il aura le maréchal de Cœuvres dans son vaisseau , comme l'année passée. On ne dit point encore le nombre des vaisseaux qu'on arme à Brest ; on en arme aussi à Kochefort qui seront commandés par le marquis de Villette. M. le maréchal de Château-Renaud va à Toulon commander les vaisseaux qui seront dans la Méditerranée; on ne dit point non plus le nombre de vaisseaux qu'il aura. Le marquis de Roye commandera une escadre de huit galères qui croiseront sur les côtes d'Italie. Les recrues que nous envoyons en ce pays-là commencent à s'embarquer; elles iront débarquer à Saint-Pierre d'Arène, pour aller joindre ensuite les régiments quelles doivent recruter ; presque toute notre cavalerie de ce pays-là doit être remontée présentement.
* Termes étoit cousin germain de M. de Montespan, fils des deux frères et oncle à la mode de Bretagne de jM. d'Antin. Son père avoit été premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, Gaston ; sa mère étoit du Faur-1'ibrac ; sa femme étoit lille de Châtelain , secrétaire du
(1) « M. de Termes n'est point mort à Versailles, mais à Pari», «le la «lyssenteric et «lans unt^ telle ix-cessité «|ut' , si madame de Muiitcspan no l'avoit fait enterrer, ^'auroil éti- la charité de la pamisse. Il a vu sa femme, dont il étoit sé|)aré il y a longtemps, la(|iielle est an Poil-Royal iei. On dit (|u'il a pris con(4é du roi par une lettre, en mourant, el <|u'il a sonjié au\ alTaires de ba eonM ienre. ■■ I l.itdr de l(i iHfii'/iiisv (l'l/ii.iclf(s,'\\\ :> mari.)
conseil, avec qui il étoit mal, et dont il n'eut qu'une fille, religieuse ; sa sœur avoit épousé le marquis de Cardaillac; et le chevalier de Termes, son seul frère, n'avoit jamais vécu qu'obscurément. Termes étoit pauvre, bien fait, et je ne sais par quel accident il avoit un palais d'argent qui lui rendoit la parole fort étrange, et ne nuisoit point à sa voix, qu'il avoit belle, et chantoit parfaitement. Il avoit été assez bien avec les dames en sa jeunesse, et il avoit beaucoup d'esprit, qui étoit même orné. Il ne passoit pas même pour manquer de valeur, mais il avoit peu servi ; avec tout cela, ne bougeant de la cour, il n'y étoit reçu dans aucune maison, ni à c<îté de personne. Il passoit pour rapporter tout au roi , dont il tiroit sa très-petite subsistance et dont il avoit eu la bassesse d'avoir voulu être premier valet de chambre. Il louoit une chambre au village de Marly, et sans avoir jamais de logement il y étoit dans le salon et dans les jardins tant qu'il vouloit. Le roi lui parloit quelquefois, mais il vivoit dans un mépris et dans une solitude au milieu du plus grand monde , qui ne paroissoit pas supportable , et toujours poli et cherchant à accrocher quelqu'un qui s'enfuyoit toujours. Il reçut une fois une pluie de bastonnades, à une heure après micuit, de quatre ou cinq Suisses , tout du long de la galerie des Princes à Versailles , dont il fut moulu et plusieurs jours au lit. Il s'en plaignit au roi ; mais les auteurs ne se trouvèrent pas; personne ne douta que cette rude bastonnade ne lui eût été distribuée par ordre de M. le -Duc et de M. le prince de Conty, dont il avoit fait des rapports au roi qui leur revinrent, et que le roi ne voulut pas approfondir le fait, qui fit un grand éclat, mais dont on ne fit que rire (1).
Lundi 3, à Versailles. — Le roi prit médecine; madame la duchesse de Bourgogne lui tint compagnie tout le matin et durant son diner, et là on prit résolution d'aller dimanche à Marly pour y passer la semaine de la Passion. Monseigneur pendant ce temps-là demeurera à Meudon , madame la princesse de Conty y demeurera avec lui, madame la duchesse d'Orléans ira à Saint-Gloud ou à sa ménagerie de Sève, et madame la Duchesse à Saint-Maur. On ne mènera de dames que les dames du palais et les dames de Madame, si elle souhaite d'y aller ;
(1) Voir l';i(l(litioii du 17 di-cembrc 1G84, tomo i"^, p;ige SI.
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les courtisans ne deinaiitieronf point (1). — Lo comte de Nog-enta vendu lert^giment de draf,^ons du Roi 43,000 écus et un pot de vin ; c'est le frère de M. de Seignelay, qui est en Bavière, pour qui on rachète , M. de Ménars n'ayant pas pu conclure son march*'*, qui en avoit eu l'agrément. — On eut nouvelle que la flotte de l'archiduc avoit passé à la hauteur de Saint-Malo le 25 du mois passé; il n'y a dans cette tlotte que dix-huit vaisseaux de guerre au plus. Ils avoient le vent favorable, et l'on compte qu'ils arriveront bientôt en Portugal. — M. de Moncault a vendu le régiment de Vauge 42,000 livres; il «acheta ces jourspassés celui de la Sarre, et ne pouvoit point les conserver tous deux ; ces deux régimentslà servent en Italie.
Mardi k , à Versailles. — Le roi dina de bonne heuie et alla dans l'avenue de Paris faire la revue des régiments des gardes françoises et suisses qui sont halsillés de neuf et qui sont plus beaux que jamais ; ces régiments partiront samedi et lundi pour marcher en Flandre. — Le maréchal de Bouftlers, colonel des gardes françoises, ne servira point cette année, et vend son équipage. Reynold, lieutenant général et colonel des gardes suisses , ne servira point cette année; il y a plusieurs autres lieutenants généraux qui servirent la dernière campagne et qui ne serviront point celle-ci. — Il arriva un courrier de M. de Puysieux. qui mande au roi que la diète de Lucerne est finie; il ne s'y est rien passé dont on ne soit coulent. C'est le roi qui fait assembler cette diète , et (juand il les fait assem])ler c'est lui qui en fait la dépense. — Quelques particuliers ont reçu des lettres de Suisse qui portent que les ennemis, avec six mille hommes, étoient
(l)" Le roi ira à Marly iliinandic aprrs It; seniiDi» du P. Mas8illon, cl on rc viendra le saine<li stiivanl; il n'y a i|ii(' inadanu- de Bourgogne de ce voyage, Sa Majesté n'y voulant personne, pas niAine les princesses , pour éviter J'ahus du gras. .. ( Uflre de la nuiiqui.se d'Hujrelles, du ;> mars. )
MARS î7iVi. 4r,r
venus attaquer une petite ville dans laquelle commandoit M. de Listenoy^ où il avoit son régiment de dragons et deux bataillons ; qu'il avoit repoussé les ennemis, qui y avoieut perdu assez de monde; mais le roi n'a point eu cette nouvelle.
Mercredi 6, à Versailles. — Le roi, après le sermon, alla tirer. Madame ne sera point du voyage de Marly, elle demeurera à Versailles; madame la duchesse de Bourgogne a demandé que madame de Villacerf en fût, et elle en sera. — Depuis que Julien a Ijattu les fanatiques en Vivarais, il n'en paroit plus en ce pays-là. Ils n'ont -pas été assistés par les peuples de ce pays-là, comme ils s'en étoient flattés; ils y avoient brûlé cinq ou six églises avant qu'ils y eussent été battus. — Le chevalier de Coëtlogon servira dans la Méditerranée sous le maréchal de Château-Renaud ; c'est M. le comte de Toulouse qui a fait le projet de l'armement de mer de cette année et qui a souhaité servir en Ponant. Saint -Pol armera quelques vaisseaux à Dunkerque qu'il commandera. — Par les nouvelles qu'on a d'Allemagne et de l'aveu des Hollandoismème,on apprend que les mécontents de Hongrie continuent à faire de grands progrès , que le nombre de leurs troupes augmente tous les jours. L'empereur leur avoit fait faire des propositions d'accommodement où il se relàchoit de beaucoup de ses prétendus droits; mais ces propositions n'ont point été acceptées.
Jeudi 6, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur, qui est à Meudon depuis lundi , alla à Paris à l'opéra, et retourna coucher à Meudon. — Le marquis Palavicin*, Piémontois, qui a fait, la dernière campagne, la charge de major général dans l'armée de M. de Vendôme, fut arrêté en même temps que les autres officiers des troupes de M. de Savoie; il donna sa parole. Le duc son maître lui ayant ordonné de revenir en Piémont, il lui manda qu'ayant donné sa parole il ne pouvoit pas songer à se
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Siiiiver; M. de Saroie, lui ii^crivit que s'il ne venoit pas le i«:ti'ouver incessaniuientj il s'attireroil son iudiyualioii et sur lui et sur toute sa famille. Palavicin, ne voulant point manquer à sa parole ni servir plus longtemps un maître qui le traitoit si mal et dont il avoit été une espèce de favori , a pris le parti d'almndonner ses étalîlissements et un bien considéral)le qu'il avoit en Piémont; il s'attache à la France. Le roi lui donne 2,000 écus de pension et le fait maréchal de camp; il servira cette campagne en Flandre. — Le roi a donné des commissions de colonel X Saint-Paul, à Clisson et à Séraucourt, tous trois lieutenants aux gardes; il n'y avoit point d'exemple qu'on eût d«jnné des commissions de colonels à des lieutenants aux gardes, mais ce sont trois officiers de mérite que le roi est bien aise d'avancer.
* €c Polrivicin étoit un homme très-bien fait , de trente-cinq ou trente-six ans, point marié, de beaucoup d'esprit et de talents ;i la fi;uerre , dont on n'a jamais bien (iéniêié l'histoire. Il avoit été lort bien avec M. de Savoie ; son père étoit grand écuyer, et sa mère dame d'honneur. On n'a jamais su l'occasion de sa désertion et encore moins si elle n'étoit pas feinte. Il empauma le maréchal de Villeroy, dont il fut l'honnne de conlianoe à l'armée et même à la cour, jusqu'à ce qu'il fut tué. l^eu d'autres se seroient fiés en lui.
Vendredi!, à Versailles. — Le roi, après le sermon, alla se promener à Marly. Madame la duchesse de Bourgogne, (|ui se porte mieux de son rhume, étoit au sermon. — Le roi a donné 2,000 livres de pension à Saint-Simon, ancien capitaine aux gardes, (jui n'a point été fait brigadier. — Le maréchal de Villeroy, qui est entier» nient guéri de sa goutte , prendra mercredi congé du roi j)our aller commander l'armée de Flandre; Monvielle, brigadier, iV;ra la charge de maréchal des logis de l'armée , puységur, qui la faisoil rannétî [)assée. «Hant présentement en Espagne. — Un de nos armateurs a j)ris une frégîite <jue le roi (le Portugal envoyoiten Aii^ilelrrrc! poin* presser k:i iii'c'oursd'iiommcs. «l'ai-iicnl et di^ vivres, telsqu'(»ii h-s
lui avoit promis , et rarchidiic, qui doit être arrivé présentement en ce pays-là, ne mène pas la moitié de ce que le roi de Portugal demandoit, et qu'on lui avoit promis. — Le roi a donné au marquis de Clérembault, lieutenant général, une pension de ^i-,000 livres sur la cassette. — M. le maréchal de Tessé, qui avoit été malade durant un mois àMilan, est revenu à Grenoble, et M. de la Feuillade en est parti pour aller s'embarquer avec les troupes et les recrues qu'il mène en Italie.
Samedi S, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Monseigneur revint le soir de Meudon, où il avoit passé la semaine, et il y retournera encore demain. — Les palatinats confédérés à l'assemblée de Varsovie ont conclu qu'il falloit déposer le roi de Pologne, qui avoit manqué à tous les pacta conventa, qui avoit fait des traités d'alliance avec tous les ennemis de la république. Le cardinal primat a déclaré que tous les Polonois étoient absous du serment de fidélité qu'ils lui a voient fait, que ses fauteurs et adhérents seroient regardés comme les ennemis de la patrie , qu'il falloit courre sus aux troupes saxonneset remercier le roi de Suède, qui les avoit aidés à les délivrer de la tjTannie de l'électeur de Saxe. Pendant que ces délibérations se prenoient à Varsovie, le roi de Pologne, revenu depuis quelques jours à Cracovie, ne songeoit qu'à s'y divertir; il a encore quelques palatinats dans son parti, mais en fort petit nombre. Le roi de Suède a écrit à l'assemblée de Varsovie pour l'exhorter à élire le prince Jacques Sobieski , moyennant quoi il leur promet son amitié , de faire alliance avec eux et de faire sortir toutes ses troupes du royaume dès que le prince Jacques seroit affermi sur le trône. Le cardinal primat a fait publier l'interrègne.
Dimanche 9,àMarly. — Le roi, après avoir entendu le sermon à Versailles, en partit pour venir ici. Monseigneur partit pour Meudon avec madame la princesse de Conty. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry