lOlIRJNAL UK DAINGKAU
suivirent le roi à Maily. Madame la duchesse de Bourgogne, qui vient toujours tort lentement, y arriva un peu après eux. Madame et madame la duchesse d'Orléans sont demeurées à \ ersailles. Madame la duchesse est à Saint- Maur avec M. le Duc, et madame du Maine est dans son lit à Versailles prôt« d'accoucher. Les courtisans ont eu ordre de ne point demander; il n'y a ici que le service et les quatre capitaines des gardes du corps, parce que le roi tait la revue de ses compagnies demain et aprèsdemain. U n'y a ici que les dames du palais et mesdames d'Heudicourt, de la Vrillière et de Villacerf ; on ne sert qu'une table, un cùté maigre et l'autre gras. — Les mécontents de Hongrie ont toujours de grands succès; ils ont plus de cent mille hommes sous les armes, qu'ils ont séparés en plusieurs corps. Us ont pris la forteresse de Montgats. On a la coniirmation qu'ils sont maîtres d'Agria. Ils ont réduit par un long blocus la ville d'Hermanstadt en Transylvanie , et ont pris des postes considérables dans la Moravie et dans la Styrie.
Lundi 10, à Marly. — Le roi, après la messe, alla, au haut de Marly dans son parc , l'aire la revue de ses quatre compagnies des gardes du corps et des grenadiers à cheval; il les verra encore demain, et ils marchei-ont en Flandre à la lin de cette semaine. Le roi revint diner ici à son heure ordinaire, et se promena jusqu'à la nuit dans ses jardins. A sept heures il travailla avec M. Pelletier, comme il a accoutumé de taire tous les lundis. Monseigneur, (|ui est àMeudon, se fit saigner par pure pr(-caution. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme qui apporte de ses lettres du 28 et de celles de M. le grand prieur du 27. M. de Vendôme est toujours à Casai, nos troupes dans de bons quartiers; toute notre cavalerie sera remontée avant la lin du mois. M. de Savoie, avec It's troupes de l'empereur, n'a point vingt-cinq mille lioiniues, et M. d«' Veudùuu aura, (puiud M. de la Keuilladc l aura joint. Mii\aiilr-tU\ baliiilioiis coniplels el ceiil
escadrons. M. le grand prieur doit avoir passé la Secchia le 6 ; il a dix-huit l3ataillons, quarante-sept compagnies de grenadiers et deux mille chevaux. Il marchera droit à la Concorde, où les ennemis n'ont que deux cents hommes ; il ira ensuite attaquer Révère ; on croit même que les ennemis ne l'y attendront pas, parce qu'ils sont fort foihles et qu'ils l'ont filer tous leurs bagages vers le bas du Pô. ^ -
Mardi 11, à Marlij. — Le roi, après la messe, alla encore faire la revue de ses gardes du corps, revint dîner à son heure ordinaire, se promena toute raprès-dinée , travailla le soir chez M. de Pontchartrain, comme il fait tous les mardis, et ensuite donna une petite audience au maréchal de Villeroy. — On a des lettres de M. de Marsin du 24 du mois passé; il étoit à Augsbourg, et M. l'électeur de Bavière à Munich. Us n'ont point songé à faire tous les mouvements dont nous parloient les lettres qu'on a reçues de Suisse. Nos troupes vivent en ce pays-là fort grassement, et il y est venu beaucoup de François qui avoient autrefois déserté. M, l'électeur consent à la neutralité de Ratisbonne , pourvu qu'il garde la porte du Danube. Les ennemis ont fait faire le procès au comte d'Arco et au général Marsilly pour avoir mal défendu Brisach. Le comte d'Arco a eu la tête tranchée, et le l)ourreau a cassé l'épée de Marsilly et lui en a donné plusieurs coups sur la tête. Ils ont dégradé le lieutenant de roi et le major qui étoient sous eux; cette extrême sévérité a fort déplu aux officiers de leurs troupes. — L'ordinaire d'Espagne a apporté des lettres de Madrid du 29. Le roi d'Espagne devoit partir de Madrid incessamment pour marcher à l'armée, et l'on a appris que l'infante de Portugal, que l'archiduc devoit épouser, est morte à Lisbonne.
Mercredi 12, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire. Monseigneur y vint de Meudon, où il retourna après avoir diné avec le roi . En sortant de table
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le maréchal de Villeroy prit congé de S. M. , qui alla coin re le cerf dans son parc. Le soir, chez madame de Maintenon, M-. de Chamillart travailla avec le roi jusqu'il neuf heures et demie, comme il y travaille tous les mercredis. — 11 arriva un courrier de l'abîmé d'Estrées parti de Madrid du 4; il mande que le roi d'Espagne partoit pour aller se mettre à la tête de son armée, qui s'assemblera à Alcantara, parce qu'on ne trouveroit point de subsistance du côté de Badajoz, où il n'y a aucuns magasins. S. M. C. demeurera quelques jours à Aimeras, où elle tiendra un grand conseil de guerre sur les entreprises qu'on pourra faire cette campagne sur les Portugais, qui sont fort foibles. L'abbé d'Estrées suit le roi à l'armée. La reine est demeurée à Madrid. Il n'y avoit point d'argent pour faire partir le roi d'Espagne; il a fallu que l'abbé d'Estrées lit trouver 200,000 écus sur son crédit, s,ins quoi il n'auroit pu sortir de Madrid. Peu de grands suivent le roi, mais les peuples témoignent lieaucoup d'affection. L'amirante a fait imprimer un manifeste dans lequel il justifie mal sa conduite, mais qui est plein d'aigreur contre la France et contre le cardinal Porto-Carrero et don Emmanuel d'Arias.
Jeudi 13, à Marhj. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur, qui est à Meudon, y fit venir beaucoup de joueurs de Paris. — On ne doute plus que nous n'ayons le dessein de faire les sièges de Nice et de Villefranclie , et que c'est pour cela que M. de la Feuillade va se metlie en marche avec dix-huit bataillons et les douze mille hommes de recrue qui doivent ensuite passer à l'armée de M. de Vendôme. Le mar([uis de Roye avec ses galères bloquera ces places par mer, et il seroit malaisé que M. de Savoie les secourût; les neiges (pii sont dans les montagnes en rendent les chemins imprati(al)les. — Le roi a donné k Preichac, gouverneur de SchelestadI , l.i charge de s«'néchal d'Armagnac, vnoi»nle p;ir la n)<)r( de M. de llaumont, ancien mestre de camp de cavalerie.
— Le marquis de la Baume, fils du maréchal de Tallard, épousa les derniers jours du mois passé, au château du Boutheon-en-Forest, la fille unique du comte de Verdun, qui est une héritière extrêmement riche, mais à qui on ne donne présentement que 8 ou 10,000 livres de rente. Les mariés sont cousins germains, et ce mariage, qui étoit résolu depuis fort longtemps, finira de grands procès qu'il y auroit eu entre les deux maisons. Le maréchal de Tallard, qui est allé en ce pays-là, sera à Versailles samedi au retour du roi.
Vendredi 14, à Marly. — Le roi alla l'après-dinée à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre , et le soir, à son retour, il fit chez madame de Maintenon une loterie de beaucoup de bijoux pour les dames. — On croit l'archiduc arrivé en Portugal; mais s'il n'y étoit pas encore , comme cela est très-incertain , sa Hotte pourroit bien être écartée une troisième fois par les furieux vents qu'il fait, — Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, qui souhaitoient passionnément de faire cette campagne, demeureront ici cet été, dont ils sont trèsaffligés ; cela n'est pas encore public. — Le roi a fait lever en Savoie un régiment de deux bataillons, dont on a fait colonel Monmège, qui étoit lieutenant dans le régiment du roi et qui est parent de M, de la Feuillade, — Le roi crée dans chaque parlement du royaume une nouvelle chambre qui jugera souverainement toutes les matières qui alloient à la table de marbre, et de là par appel au parlement. Les tables de marbre subsisteront toujours avec pouvoir de juger des affaires de l'amirauté et des eaux et forêts , mais on appellera en dernier ressort à ces nouvelles chambres. — 11 s'est formé une compagnie composée de François et d'Espagnols qui s'engagent à habiller et armer quarante mille hommes des troupes d'Espagne. Les manufactures de Languedoc fourniront les étoffes, et les armes seront prises en Forest, sans queTiton s'en mêle, qui les fournit aux troupes de France.
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Samedi i5, à Vermilles. — Le roi , v.n sortant, de la inesse à Marly, alla courre le cerf dans son parc et se promena toute la journée inalcré le vilain temps. Madame la duciiessc de IJourgogne, qui est fort cnrluunée, eut un peu de lir^vre hier; elle se porte Ijeaucoup mieux aujourd'hui. Monseigneur revint ici de Meudon. Ihirant le voyage de Marly, madame la duchesse de lîouriiogne, apr^'s avoir dîné avec le roi, entroit chez madaine de Maintenon avec toutes ses dames; on y lisoit jusqu'à cinq heures la vie de sainte Thérèse et le sire de Joinville, et puis elle jouoit jusqu'au souper. — H y a deux maréchaux de camp nouveaux déclarés , Monroux, qui servira sous M. de Tallard, et Boham, qui servira sous le maréchal de Villeroy ; ils sont tous deux très-anciens brigadiers d'infanterie. Monroux est Savoyard, et son père avoit été gouverneur de M. de Savoie. Boham a été longtemps colonel du régiment du Maine et commandoit la campagne dernière les François qui étoient dans Giieldres sous un gouverneur espagnol. — M. le Duc, qui n'avoit point eu de premier gentilhomme de la chambre depuis la mort de M. de Moreuil, a choisi pour remplir cette place le comte d'Espinac, qui a été sous- lieutenant des gendarmes Dauphin et qui ne s'est engagé qu'après que le roi Ta assuré (]ue cela lui feroit plaisir ; il aura 2,000 écus d'appointements et beaucoup de liberté, car M. le Duc ne veut point contraindre les gens qui sont à lui.
IHmunche IG, jour des Rameaux, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée et ne sortit point — Le roi a choisi Moriac, capitaine de carabiniers, pour acheter le régiment de Courlandon. D'Esclainvilliers cède son régiment ii son lils ([ui y étoit capitaine, et celui de Mauroy sera pour son lieutenant-colonel ; il n'y avoit que ces (rois n'-gimcnts de cavalerie do genlislhommes à vendre |>;h- la j)r()niolion de ceux qui ont ('(è Inits marf'chaux «le • •^uii|» dans raiiiH'c, d'Ilabr. Lr roi a fait Saint- Lan-
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rent lieutenant général; il étoit très-ancien maréchal de camp ; et Prince , très-ancien brigadier, a été fait maréchal de camp. Puyguyon, qui vient de vendre le régiment de Bourgogne, a été fait aussi maréchal de camp. — 11 y aura onze lieutenants généraux qui serviront cette année dans l'armée de M. le maréchal de Villeroy, savoir : Guiscard, Gassion, Artagnan, gouverneur d'Arras; les ducs de Roquelaure, de Luxembourg, de ViUeroy et de Charost; MAI. de Liancourt, d'^Uègre, de Caraman et d'Antin. On laissera M. de Ximenès pour commander dans Namur, M. de Gacé dans Anvers, M. de Caylus dans Louvain et le comte de la Motte à Bruges. Nous aurons une armée sur la Moselle, qui sera considérable, commandée par M. de Coigny, qui aura pour lieutenants généraux sous lui MM. de Locmaria , de Sur ville et le marquis de Gramont ; il aura un intendant et un train d'artillerie qui sera commandé par le petit des Touches.
Lundi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur alla à la petite écurie voir ses chevaux. Madame la duchesse de Bourgogne est mieux de son rhume. — Le roi a fait trois lieutenants généraux et trois maréchaux de camp dans l'armée qu'il a en Bavière. Les trois lieutenants généraux sont : Marivault , Cheyladet et Ghamarunde; les trois maréchaux de camp sont : le marquis de Levis, Bouzoles et Fontbeausard. — Il arriva il y a deux jours un courrier du sieur Orry*, qui écrit à sa famille et à ses amis pour se justifier ; sa femme A int hier apporter une lettre à M. de Chamillart. Il prétend qu'il a tenu tout ce qu'il avoit promis , que les magasins de vivres se trouveront comme il en avoit assuré et qu'il n'y a que les fourrages qui pourront manquer. Il mande 'que toutes les troupes sont payées, et, si on l'en croit, tout va à merveille en ce pays-là ; mais on a plus de foi en ce qu'ont mandé M. de Puységur et M. Faljbé d'Estrées qu'en ce qu'il écrit; il seroit à souhaiter qu'il eût raison. — Le roi a donné à M. le comte de Verue
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15,000 livres par an sur les confiscations de Savoie jusqu'à ce que la paix soit faite. — On apprend de Rome la mort du cardinal Noris, qui laisse un treizième chapeau vAcant; c'étoit un augustin qui s'étoit élevé par son savoir. — Les nouvelles qu'on a des mécontents de Hongrie sont que depuis qu'ils ont pris Czakenthurn et Canise ils font des courses jusqu'aux portes de (Iratz, et qu'ils ont obligé le général Heister, qui étoit venu pour défendre le passage de la Leitha, à se retirer, et (pi'il est venu se mettre sous Vienne avec les cinq mille hommes qu'il commande.
* Crrv et madame des Ursins s'étoient intimement liés, lui , sentant son autorité, pour faire sa fortune, elle pour être maîtresse des finances et des affaires, et tous deux pour ne souffrir qui que ce fût en tiers et partager le gâteau. Il avoit de l'esprit et de l'habileU^ , encore plus de friponnerie et d'impudence. Avec lui tout étoit toujours prêt, sans que quoi que ce soit le IVit, et il n'avoit pas honte de promettre aux généraux ce qui deux heures après se vérilioit sans nulle existence. J.e déchet du crédit de madame des Ursins en notre cour fit le sien ; les plaintes ou plutôt les cris furent écoutés , et c'est ce qui le mit dans une. si grande peine.
Mardi 18, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly; Monseigneur y alla aussi; ils n'en revinrent qu'à la nuit. — Le roi avoit donné le matin une audience particulière à un envoyé de Gènes, que la répul)lique avoit fait partir pour demander la liberté de (juclques Savoyards que le duc de Turcis avoit pris sur les États de la républicpie. Cet envoyé apprit à Lyon que le roi avoit déjà fait mettre ces prisonniers en liberté, et il eut ordre de ses maîtres de continuer son voyage ici et de changer ses plaintes en remerciments. — M. le grand prieur, qui devoit passer la Seccliia le G, en a été enq)ècln'' par le débordement des rivières; mais les eaiix commençoient à s'écouler, et il compte de pouvoir exécuter son dessein le 9. Tout«'s ses mesures sont prises pour cela avec Stiint-Frémont, (jui commande à Modène et ([\iï marchera jusqu'à la Bastia et joindra M. le grand prieur
à la Concorde. Nous y aurons dix pièces de canon de batterie avec quoi l'on compte de renverser aisément les nouveaux retranchements que les ennemis ont faits à Révère, et on croit toujours ici qu'ils ne s'opiniàtreront point à défendre ce poste, qui leur est pourtant d'une grande conséquence. — Outre les trois maréchaux de camp que nous apprîmes hier qui avoient été faits en Bavière, nous avons su aujourd'hui que le roi avoit fait la môme grâce à Bligny, qui étoit le plus ancien brigadier, et M. le Camus, son père , premier président de la cour des aides, en est venu remercier le roi. — M. le maréchal de Villeroy, en partant, a olîtenu un brevet de colonel de dragons pour Saint-Geniez, un de ses aides de camp.
Mercredi 19, àVersailles. — Le roi, à son lever, apprit que le duc d'Aumont étoit tombé en apoplexie la nuit à Paris; il étoit hier ici, au lever du roi, fort gaillard. Madame la maréchale de la Mothe demanda à S. M. le gouvernement de Boulogne pour le duc d'Humières, iils du second lit du duc d'Aumont et son petit-fils à elle ; elle avoit toujours cru que l'intention du duc d'Aumont étoit que ce gouvernement lui toml)àt après sa mort ; mais le roi la désabusa et lui dit que depuis huit jours le duc d'Aumont lui en avoit parlé pour M. de Villequier, son fils du premier lit. En entrant à ténèl^res le roi apprit que le duc d'Aumont étoit mort à onze heures , sans que la connoissance lui fût revenue , et , en entrant dans son cabinet, il y trouva M. de Villequier, à qui il donna le gouvernement; il y avoit déjà longtemps qu'il avoit la survivance de la charge de premier gentilhomme de la chambre. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme qui passa à Grenoble le 14. M. de la Feuillade en partoit ce jour-là ; on ne doute point qu'il n'aille faire les sièges de Villefrnnche et de Nice; il commencera par prendre le château de Montalvan, qui est entre ces deux villes. M. de Vendôme pourra faire embarquer quelques troupes àFinal
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pouilallei' joindre en cas qu'il en ail besoin. M. le njaréchal de Tessé est à Grenoble assez considérablement malade. — M. le maréchal de Tallard, qui revint samedi de Forest, où il étoit allé pour le mariage de son fils, a pris congé du roi ce soir pour aller commander l'armée de sur le Rhin ; le roi lui a donné plusieurs audiences les jours qu'il a été ici.
Jeudi-Saint 20. à Versailles. — Le roi fit la cérémonie de laver les pieds aux pauvres et assista avec toute la maison royale à toutes les dévotions de la journée. On chanta à ténèbres un Miserere que M. le duc d'Orléans a lait faire à Venise par le maître de la musique de Saint- Marc, qui fut très-bien exécuté et qui fut trouvé fort beau. Le roi, après son souper, retourna encore à la chapelle adorer le saint-sacrement. Monseigneur lit ses pAques de bon matin et revint servir le roi à la Cène, et accompagna le roi à toutes les dévotions de la journée. Madame la duchesse de Bourgogne fut habillée tout le jour, et quoiqu'elle eût été à toutes les dévotions de la journée, elle ne se trouva point incommodée. — La Vaupalière, lieutenant-colonel du régiment Royal de cavalerie, qui sert en Bavière, a l'agrément pour acheter le régiment de M. de Lévis, qui vient d'être fait maréchal de camp ; c'est Bernières, major du régiment des gardes, qui a demandé au roi cet agrément pour la Vaupalière, qui est son frère. — On a donné au chevalier de Tessé un des deux régiments de milice qu'on lève en Savoie', qui sont de vingt compagnies, et tous composés d'officiers et de soldats savoyards. — M. le Grand avoit demandé d'aller demain à l'adoration de la croix après les princes du sang. S. M. en sortant de ténèbres dit A. M. de Noailles d'avertir les ducs qu'il ne vouloit pas lui .accorder cette grAce, mais aussi qu'il ne vouloit plus que les ducs s'y trouvassent; ils étoient pourtant en possession d'avoir cet honneur-là api'ès les princes du sang depuis plusieurs années*. Apiès ténèbres, le roi alla se ])romener à Trianon, et y
dit à sa promenade que toutes les lettres qu'il recevoil d'Allemagne portoient que les mécontents étoient à deux ou trois lieues de Vienne en différents corps, que de dessus les remparts ou voyoit les feux de leur camp à la droite et à la gauche du Danube ; qu'il n'entroit plus de vivres dans cette ville et que personne n'osoit en sortir, les mécontents étant maîtres de tous les postes des environs et n'y ayant point de troupes pour les combattre. — Plusieurs lettres d'Allemagne, qui vinrent Mer à des marchands à Paris, portent qu'un parti de troupes saxonnes a pris auprès de Breslau, en Silésie, le prince Jacques et le prince Alexandre, qui s'en alloient en Pologne et qui venoient du duché d'Olo, qui est au prince Jacques ; cette nouvelle a été confirmée aujourd'hui par les lettres qu'ont reçues les ministres , et il est étonnant que l'empereur ait permis qu'on arrêtât sur ses terres le prince Jacques, qui est son beau-frère. — On eut nouvelle qu'un des fils de M. l'électeur de Bavière étoit mort à Munich; il n'avoit que huit ans et n'étoit pas l'aîné.
* Ce n'étoit pas depuis plusieurs années , mais de tout temps que les ducs alloient à l'adoration de la croix immédiatement après les princes du sang et qu'ils les suivoient eu toutes les cérémonies. Le roi, élevé et habitué par ses ministres à tout abaisser, ôta peu à peu toutes les cérémonies qu'il put , et estropia le peu qui restèrent. Il se servit des disputes de rang qu'il trouvoit, et sur lesquelles il défavorisa toujours les ducs , dont la dignité lui étoit odieuse par son antiquité et ses prérogatives, qui ne venoient pas de lui , par les brèches qu'il y faisoit pour ses bâtards , et à leur occasion pour les princes du sang, qu'il dédommageoit de ceux-là aux dépens des dues, pour ses ministres, pour ceux qui étoient ou qui faisoient les princes étrangers , que madame de Maintenon favorisoit , ou d'autres crédits auprès de lui , et par l'aversion qu'on avoit pour ceux à qui on sent qu'on fait injure et injustice. Il aimoit M. le Grand sans savoir pourquoi , dont la fadeur pour lui , en contraste avec sa brutalité et sa stupidité pour le reste du monde, lui plaisoit. Il lui savoit gré d'avoir cédé de bonne grâce à l'entreprise nouvelle sur la quête. 11 n'avoit ni M. de la Rochefoucauld, retiré les jours saints aux loges de Saint-Germain, ni aucun duc . pour lors, dont la moue et l'air triste lui prtt déplaire. Il savoit leur
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pou d'union , do courago ot do forinotô , ot il loiir donna par un valot à gagos toi qu'étoit M. do Noaillos ce beau change du refus de la deniando incpto ot sansoxompledo M. lo Grand, pour leur ôtor uno possession de tout temps ot la seule cérémonie subsistante à leur avantage.
Vendredi-Saint 21, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à tontes les dévotions de la joia-née, et au sortir de ténèbres S. M. s'enferma avec le P. de la Chaise , comme il fait toujours la veille des jours qu'il doit coninuinier, — Le roi a donné à madame de Mailly l'appartement qu'avoit le duc d'Aumont et à la duchesse de Brancas l'appartement qu'avoit madame de Mailly. — Madame de Lyonne*,, veuve de M. de Lyonne, secrétaire d'État, mourut à Paris ; il y avoit loniitemps qu'elle ne paroissoit plus à la cour et qu'elle menoit une vie fort retirée à Paris. — Le roi prendra le deuil du lils de M. de Bavière et le portera quinze jours; Monseiiineur et monseigneur le duc de Bourgogne le porteront plus longteinps. — Il arriva un courrier de M. le grand prieur, qui s'est rendu maître de la Concorde, La garnison, qui étoit composée de trois cents hommes de mauvaise milice hongroise qu'on appelle des Tolpaches, abandonna la place avant qu'elle lût attaquée; le comte d'Estrades avec deux cents dragons les joignit à deux milles de la Mirandole, en tua quatre-vingts et prit le reste. On n'a pas pu aller à Révère; les ennemis coupèrent les digues du Pô, qui a inondé tout ce pays-là, et ils ont sauvé Révère comme ils sauvèrent Ostiglia l'année passée,
* Madame de Lyonne étoil l'ayoïi , d'une bourgeoisie do Paris, veuve en 107 1 du plus habile ministre (pii ait été on plaeo du dernier règne. 11 étoit seorétairo d'Ktal avec le dé|)artoment dos affaires étrangères et ministre d'Klat, et si eonmi qu'il est inutile do s'y étendre. Sa mère , qui étoil Servien, lui valut sa fortune par l'alliance du surintendant Sorvien. Son père, veuf de boinu' heure, «piilla sa charge iW eonsoillor au parlement de (ironoblo et .se lit prêtre, l.a saiulolo iW sa vie, (pii IClova a rcvèeho do (lap. l'oiiiiiécha di' proliler do la lorlune «le son (ils, ol lui fil refuser rarohe\èr|ié
d'Arabrun, qui fut donné à M. d' Aubusson , mort évëque de Metz, qui avoit été nommé à Gap dans la pensée que l'autre accepteroit Ambrun. M. deLyonne crut se faire une longue santé par la diète deCornaro, dont le livre faisoit du bruit. Tl l'entreprit , et en mourut au grand malheur de l'État. Sa famille tomba en confusion et en misère ; son fils, survivancier de sa charge, fut congédié et fait maître de la garde-robe, dont il ne fut guère en état de faire de fonction , et laissa un fils mort jeune sans postérité de la servante d'un cabaret de Phalsbourg, qu'il avoit épousée et dont il ne put faire casser le mariage ; deux autres fils d'église, qui en épuisèrent les extrénîités, l'un accablé des plus riches bénéfices et mis en tutelle par l'indigne usage qu'il en faisoit sous Heuriot, fils d'un procureur de Paris, qui vendoit toutes les collations de Saint-JMartin des Champs et qui d'ailleurs étoit un si dépravé misérable que toute la faveur de Pontchartrain et du P. le ïellier réunis, auxquels il s'étoit vendu , ne put arracher un évêché du roi , que la Constitution et tout ce qu'il y commit de crimes lui fit depuis trouver à Boulogne. Cet abbé de Lyoune, son pupille, tenta un autre remède encore plus étrange que son père, qui pourtant le mena plus loin. Il buvoit tous les jours de sa vie dix-huif à vingt-deux pintes d'eau de rivière, aussi ne vaquoit-il à autre chose après avoir été fort débauché en sa jeunesse. Son frère fut missionnaire aux Indes, et fort connu sous le nom d'évêque de Rosalie dans les fameux démêlés des missions étrangères et des jésuites ; il mourut à Paris. La maréchale de Cœuvres, dont lecardinal d'Estrées avoit fait le mariage avec son neveu , depuis duc d'Estrées , pour faciliter sa promotion , vécut peu , et ses enfants n'ont point laissé de postérité. Tel est la triste et rapide fin de celle des ministres pour la plupart. Madame de Lyonne étoit une espèce de folle avec beaucoup d'esprit et de hauteur, qui se seroit fait craindre avec un peu plus de mesure et de bien. Elle mangea promptement tout, et passa sa vie daus la dernière indigence et dans l'apparent mépris de tout, et mourut à la fin dans la piété depuis plusieurs années (1).
(1) « 3 mars. — Hier madame de Lyonne, étant allée de son pied cliez M. de Rhodes à son ordinaire, car troussée jusqu'à la ceinture elle ne marche point autrement à Paris, fut surprise d'une douleur de tête violente, et tomba en perte de connoissance. On la renvoya dans le premier canosse à Bollechasse, oii elle loge; on ne sait point ce qui en est arrivé, .'i mais. — Madame <le Lyonne est toml^ée dans le mal (|u'ellc a, qui donne encore sujet <l'appréliender pour sa vie, quoique !a connoissance lui soit revenue par un excès de colère contre les jésuites d'ahont et le pape ensuite, disant la ra{je. d'eux tous les jours, t^lie s'est portée mémo à écrire contre la Société. 7 vutrs, — Maitame du Lyonne en reviendra si elle se modère aur Conliicius, les jé- T i\. 30
Samedi 11, à Vermllles. — Le roi alla A dix heures faire ses pft,ijues à la paroisse et toucha plus de douze cents pauvTes au retour. L'après-dlnée, à cincj heures , il entendit coniplies dans la iril>une avec toute la maison royale. Madame la duchesse de Kourgogne lit ses pAques à la paroisse. Monseigneur courut le loup, et après complies il soupa chez madame la princesse de Conty. — Il arriva un courrier de M. de VendAme; M. de Chamillart, qui étoit à l'Étang, en vint apporter la nouvelle au roi chez madame de Maintenon et puis retourna à TÉtang. Ces nouvelles sont que M. de VendAme avoit fait attaquer par M. d'Estainii le château de Rol)l)io, qu'il avoit emporté l'épée à la main ; la garnison étoit composée de cent cinquante hommes, qui ont été faits prisonniers de guerre. Un capitaine du régiment de Piémont, qui mérite bien qu'on sache son nom et qu'on ne nous a point nommé encore , marcha à peu près en même temps à Rosasco ; la garnison en sortit dès qu'elle vit paroitre nos troupes, qui n'étoient pourtant que cent ou six-vingts hommes; mais M. de Vaubonne, un des généraux ennemis, s'étoit approché de la place avec deux ou trois cents dragons. Notre petite infanterie marcha à eux la baïonnette au bout du fusil, les enfonça, les lit fuir et puis se rendit maître du château. M. de Vaubonne, à qui il arriva quelque infanterie, le voulut reprendre ; mais nos gens se défendirent si bien qu'après leur avoir tué assez de
suites et les préventions ou ellp est »|ne le pape est trop partial. 13 tnnrs. — Madame de Lyonne n'est pas en bon (^tat, étant toinl)ée en enfanre et n'ayant <ie raison que par intervalle. M. le ciué de Saint-Snlpioe Ini a refusé les sacrements snr ce (pi'elle na pas voulu se dédire du pajte et des jésuites, c;ir il ^ouloil ijuVile lit une sati.sladion roinnie |iul)li(|ue,soit au P. Honnlaloue ou au P. Gaillard. Klli" a luaiiifenu jus(|u'au boni (pi'elle avoit la conscienre en re|K)s ; le p. Séraphin la «onfessoil , et elle a non -seulement de bouclie, mais par écrit, eu de retnporlement. li mars. — W. le curé de Sainl- Sulpice s'excuse et dit avoir représenté à iiiailauie de Lyonne ce qu'il croyoif qu'elle dcNoit faire, mais non refusé les sacrements. » ( Lettres de In mmguisp. ri'Hu^elIpx.)
monde et même un officier considérable parmi eux ils obligèrent M. de Vaubonne à se retirer et demeurèrent maîtres de la place. Ces deux châteaux de Kobbio et de Rosasco sont au delà de la Sesia et sont du Novarois. Les ennemis, qui n'avoient que ces deux postes-là, sont tout à fait rechassés du pays qui est au roi d'Espagne, où ils prétendoient par ces deux postes pouvoir établir de grandes contrilmtions. — On apprit que l'archiduc étoit arrivé en Portugal le 7 de ce mois avec trente vaisseaux de guerre et trois cents bâtiments de charge ; ils disent qu'ils ont douze mille hommes sur ces bâtiments, mais nous croyons qu'ils n'en ont que sept.
Dimanche ^3, jour de Pâques, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée; il dina à son petit couvert, quoiqu'il ait accoutumé ces jours-ci de dîner en public. — Voici la liste des bénéfices que le roi donna hier ; il n'y avoit point d'évèchés vacants : l'aljljaye de Saint-Evroul au comte de Reckeim; l'abbaye de la Grâce de Dieu à l'évèque d'Angoulème ; l'abbaye de Corneville à l'abbé de Chàteaumorant ; l'abbaye d'Orbay à l'abbé de Montsoury ; l'abbaye de Langle à l'abbé de Sainte-Hermine; l'abbaye de Bellefontaine à l'abbé de Druy; l'abbaye de Saint- Lambert à l'abbé de la Bastie; le prieuré de Saint-Symphorien à l'abbé de Senevoy; l'abbaye de Bonlieu à madame de la Grange d'Espoisses; l'abbaye de Notre-Dame de la Règle à madame d'Aubusson et l'abbaye de Fontenelle à madame d'Escourouez . — Il est arrivé ce matin un courrier d'Espagne qui confirme l'arrivée de l'archiduc à Lisbonne ; notre ambassadeur en partit le lendemain. Un vaisseau anglois de soixante et dix pièces de canon périt en entrant dans la rivière sans qu'on en pût rien sauver ; il périt aussi quelques vaisseaux marchands, mais on en sauva les équipages. Tous les magasins que nous devions avoir sur la frontière doivent être en l'état qu'on le désire pour la subsistance de notre armée. —
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On a. eu de mauvaises nouvelles des Cévennes ; il y a eu une action malheureuse où nous avons perdu ving-t officiers et cent cinquante hommes des troupes de la marine.
Lundi 2V, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée. Monseigneur alla se promener à Meudon et revint pour le souper du roi. — Le capitaine de Piémont qui a fait la jolie action à Rosasco se nonmie Chnmpiunelle; le roi Fa fait chevalier de Saint-Louis et lui <l()iine une pension. Le lieutenant qui étoit avec lui a été fait chevalier de Tordre de Saint-Louis aussi, et on lui adonné une pension un peu moindre; ils n'avoient pas soixante soldats avec eux à cette affaire-là. — On a des nouvelles par différents endroits , entre autres par des correspondants que nous avons à Dantzick , qui mandent du 2(5 février que le prince Ragotzki a battu et défait entièrement le général Truchses, qui avoit avec lui trois régiments de cuirassiers de Tempereur; il leur a pris trente-deux étendards , seize pièces de canon , tout leur bagage et le général même. L'affaire s'est passée auprès de Mongats. — M. le duc de Mantoue est parti de Casai pour venii* en France ; on croit qu'il pourra faire quelque séjour à Charleville , qui est ù lui , avant que de venir à la cour. — Le courrier qui arriva hier de Madrid a dit que la reine d'Espagne avoit eu une violente lièvre , qu'on l'avoit saignée du pied, mais (ju'elle étoit fort soulagée quand le courrier est parti, qui étoit le samedi 15 de ce mois.
Mardi 25, à Versailles. — Le roi vit à trois heures, dans la cour, les deux compagnies de ses mous(juetaires qui parlent jeudi pour aller en Flandre; il en reste toujours un détachement à Paris. Le roi les vit passer en revue de dessus le balcon qui est au bout de sa petite galerie ; Monseigneur, messeigncurs ses enfants et madame la duchesstî de Bourgogne étoient avec lui. Le roi alla ensuite à la vohrie pour la première fois de l'année, et Monseigneur alla à Chaville avec madame la princesse de Coiily. Le malin, avant que d'entrer au
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conseil, le roi appela madame la maréchale de la Motbe, qui vient presque tous les jours lui faire sa cour , et lui dit : « Nous nous sommes si bien trouvés de vous dans la charge de gouvernante des enfants de France que vous ne pouviez pas douter que nous ne vous la continuassions avec plaisir ; mais comme vous pouvez être incommodée quelques fois , j'ai cru que vous ne seriez pas fâchée que je vous donnasse, pour vous soulager dans les fatigues que donne cet emploi , madame la duchesse de Ventadour*, votre fille. » Le roi a choisi pour sous-gouvernante madame de la Lande, qui a été nourrie à Saint-Cyr et pour qui madame de Maintenon a toujours eu beaucoup d'amitié. Madame d'Hoquincant sera première femme de chambre.
' Il y avoit longtemps que madame de Ventadour et le maréchal de Villeroy, son plus que bon ami d'ancien jeu , travailloient à cette survivance. Depuis quelques années elle s'étoit fait dévote, et les converties l'emportoient de bien loin auprès de madame de Maintenon sur les vierges ou sur les femmes qui n'avoient eu qu'un ou deux maris. Elle avoit quitté Madame pour ranger toute pierre de son chemin, et à la fin elle réussit. Sa joie en fut jusqu'à la dernière indécence, et la douleur de sa mère ne la fut guère moins. Elle n'avoit jamais voulu rien entendre là-dessus, de sorte que cela se flt à son insu, et qu'elle en fut outrée comme une vieille qu'on met en tutelle et à qui on ne laisse que le nom. Aussi, avec le peu d'esprit qu'elle avoit apporté au monde et l'amour de l'esclavage , commençoit-elle à radoter. Ce furent tous apanages dont sa fille devint pleinement héritière.
Mercredi 26, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly, où il fait toujours faire quelque chose de nouveau ; il y aura plusieurs logements d'augmentation qui seront prêts pour le premier voyage. — Le roi donna à l'abbé de Dromesnil la charge d'aumônier de quartier qu'avoit l'abbé de Vaubecourt, nommé à l'évêchéde Montauban, dont les bulles sont arrivées de Home. Il y a eu quelque difficulté à obtenir ces bulles, parce qu'il al'al^baye d'Ainay dans Lyon, qui demande résidence ; on lui a donné une dispense pour posséder
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ces deux bénéfices, qui sans cela auroient été incompatibles. L'abbé de Dromesnil est parent proche de M. de Boiifllers, et d'ailleurs c'est un bon sujet. — Le roi pria iMadanie de vouloir bien loyer dans l'appartement de feu Monsieur, qui a toujours été vide de[)uis sa mort, et l'on mettra dans 1 appartement que quitte Madame l'enlant dont madame la duchesse de Bourgogne accouchera. Le roi prend le loyenient de M. le cardinal de Furstemberg, qui touche à celui de Madame, pour y mettre madame la maréchale de la Mothe , et on ouvrira une porte de communication entre ces deux appartements. On donne le logement qu'avoit la maréchale de la Mothe dans l'autre aile à M. le cardinal de Furstendjerg, qui l'a déjà eu autrefois. Le roi donna le matin une longue audience à madame la maréchale de la Mothe et à madame de Ventadour sur toutes les dispositions qu'il veut faire des petites charges de la maison de l'enfant de madame la duchesse de Bourgogne.
Jeudi 27, à Versailles. — Le roi alla se promener l'après-dlnée à Marly. Monseigneur alla courre le loup dans la forêt de Marly ; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry éloient avec lui. — Le roi manda au maréchal de Villar.s, qui éloil à Paris, de venir ici, et le roi lui dit à son coucher: « Je vous entretiendrai demain matin et V(jus donnerai vos ordies. » On croit que le roi le \eut envoyer en Languedoc commander en la place du maréchal de Montrevel (ij. — Le roi adonné le gouvernement de la citadelle dArras à Valcroissant, qui étoit gouverneur du fort de l'Escarpe près de Douai ; le gouvernement de la citadelle d'Arras vaquoit par la mort île l'rovenchère, qui avoit (|uatre-vingts ans passés. — M. de Ueignac, qui
.i; < C'ctuit puiir alliT (uiiiiiiHiiilcr dans k'b ('ornnes lontro les l'aiiiihai'tls, ainsi iKiininrs paici' <|iii- il<iii> la |iifinii'i't> riili-t'|iriM- ijn'iU axiiit-nt l'aitt' funtif les rf(fM'iirs de la (a|tilali(in ilcnx ans aiipiiiaxanf ils sVIdicnl ^l^'nuisc^ en mettant une clieniiàe t>ur leur tète. <> ii\oic du duc de Luynes. ),
commandoit Tannée passée dans Limbourg-, où il fut pris prisonnier de guerre, a la permission de revenir ici pour trois mois en donnant sa parole de retourner en Hollande au bout de ce temps; le roi, qui lui a donné le commandement de Brisach il y a six mois , l'a fait maréchal de camp, et il espère être échangé avant que les trois mois soient finis. — 11 y avoit eu quelques petits mouvements en Auvergne de gens qui ne vouloient pas payer la capitation ; M. de Polignac fit rentrer ces séditieux dans leur devoir, mais on craint encore qu'ils ne se remuent.
Vendredi 28, à Versailles. — Le roi alla tirer Faprèsdinée. Il donna le matin audience au maréchal de Villars, qui va commander en Languedoc, comme on l'avoit cru dès hier; M. le maréchal de Montrevel ira commander en Guyenne. On ne dit point encore ce que deviendra le marquis deSourdis, qui y commandoit. — Quand l'archiduc arriva à Lisbonne, le roi de Portugal envoya audevant de lui le marquis de Mariai va, qui le traita de Majesté. Outre les sept mille hommes que l'archiduc a amenés avec lui , il assure que quinze vaisseaux hollaudois qui le suivent sont accompagnés de plus de cent bâtiments de charge qui portent plus de cinq mille soldats. — Le maréchal de Villeroy, qui est à Bruxelles , mande qu'il n'y a aucune apparence que les ennemis songent à mettre en campagne sitôt qu'on l'avoit dit , et il paroit même qu'ils craignent que nous ne les attaquions les premiers. Les officiers qui doivent servir dans l'armée de ce maréchal ont ordre de s'y rendre le 15 du mois qui vient. — Le roi remet en liberté le comte de Walstein, qui étoit ambassadeur de l'empereur en Portugal et qui fut pris l'année passée par nos vaisseaux. M. de Saint- Olon le conduit de Bourges, où il est présentement, jusqu'à Strasbourg.
Samedi 29 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à Marly et n'en revint quà huit heures. Monseigneur «lia diner à Meudon, où il demeurera jusqu'au premier
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voyage de Marly, qui sera jeudi. — Il arriva un courrier de M. le duc de Bervvick, qui est présentement à Alcantara; ses lettres sont du 19 au matin. On compte que nos troupes entreront en action à la lin du mois. Ce courrier a passé par Madrid, et la reine écrit du 20 au soir à madame la duchesse de Bourgogne que sa santé est entièrement rétablie. Plusieurs grands ont suivi le roi d'Espagne; il y en a même deux qui seront ses aides de camp. Le marquis de Mansera , qui étoit de la junte, n'ayant pu suivre le roi à cause de son extrême vieillesse, on a mis dans la junte en sa place le duc de iMedina- Sidonia, qui est cavallierizo major. La reine ne demeure pas régente, mais elle a le pouvoir d'expédier les affaires pressées qu'on n'auroit pas le loisir d'envoyer au roi. On a trouvé le procédé du duc de llnfantado fort extraordinaire; il partit de Madrid pour aller à une de ses terres quelques jours avant le roi et sans prendre congé de lui, et affecta d'y rentrer le soir même du jour que le roi en étoit parti. Le connétable vouloit suivre le roi à l'armée, où il prétendoit avoir la même autorité que les connétables avoient en France ; mais sa prétention n'a pas été trouvée raisonnable, et il n'a pas suivi.
Dimanche 30, à Versailles. — Le roi alla à l;i Nolerie, mais il faisoit un si vilain temps cpi'il n'y eut point de plaisir. — M. le maréchal de Villeroy a assemblé soixante bataillons et soixante-quinze escadrons, qui sont campés à Waseges et à Micrdorf; mais ap])aremment ce n'est que pour raccommoder nos lignes (jue les ennemis avoient abattues de ce coté-là , et ils font des lignes aussi dans leur pays })our couvrir leurs places. — M. le (hic de Brissac, ([ui est tombé plusieurs fois en ajK)[)lexic . a été obligé de \endrc son régiment, et le roi en a donné
l'agrément à son lieutenant-colonel, (|ui s'appelle —
Le roi de Danemark a signé un traité avec les Anglois et les iloUandois; il entre dans la ligue avec nos ennemis, mais c'est à des conditions (jui pourront dans la suite
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produire un Ijoii effet pour nous ; il demande qu'ils fassent entrer trente vaisseaux dans la mer Baltique et qu'on donne des troupes et de l'argent pour soutenir le roi de Pologne , ce qui apparemment choquera fort le roi de Suède, qui trouveroit plus d'avantage en se joignant à nous qu'il ne recevroit de mal des Angiois et des HoUandois. — Le bruit se répand que le roi d'Espagne, n'étant pas content de l'abbé d'Estrées , souhaite fort que le roi le rappelle et qu'on lui envoie un autre ambassadeur, et on ne doute pas qu'on ne choisisse pour cet emploi le duc de Gramont, dont le nom, la maison et la personne sont fort agréables aux Espagnols. Ce fut M. le maréchal de Gramont, son père, qui alla à Madrid faire la demande de la reine Marie-Thérèse.
Lundi 31, à Versailles. — Le roi alla à vêpres et au salut. Monseigneur vint de Meudon pendant que le roi dinoit , et demeura à vêpres ; on avoit remis la Notre- Dame parce qu'elle étoit venue dans la semaine de Pâques. Entre vêpres et le salut, le roi alla voir madame du Maine, qui venoit d'accoucher d'un prince que l'on appellera le duc d'Aumale. L'ainé s'appelle le prince de Dombes et le second s'appelle le comte d'Eu , qui est une ancienne pairie du royaume qui fut renouvelée pour Mademoiselle et qui l'a été encore depuis pour M. le duc du Maine. — M. le duc de Savoie a eu quelques accès de fièvre dont il est guéri. Le baron Palavicin, qu'on avoit dit qui prenoit de l'emploi dans nos troupes et qu'on devoit faire servir de maréchal de camp dans l'armée de Flandre , avant que d'avoir reçu réponse de la cour sur les propositions qu'il avoit faites à M. de Vendôme , s'est raccommodé avec M. de Savoie et est présentement auprès de lui. — L'ambassadeur de Venise, qui est ici, se plaint publiquement, de la part de la république, de M. de Charmond , notre ambassadeur, et montre l'original de passe-ports qu'il a donnés à des marchands qui i'aisoient sortir des sels des États de la république pour les porter
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dans les États de l'empereur qui sont .lu bout du golfe de Venise sans payer les droits dus à la répuhliijue. On ne sait point encore ce que M. de Charraond répondra pour se justilier de ces accusations-là, cl Famljassadeur de Venise presse fort pour que le roi rappelle M. de Charniond.
Mardi i" avril, à Versailles. — Le roi alla l aprcs-dinée se promener à Marly. Le soir S. M. dit au duc de (iramont qu'il lenlretiendroit demain après dîner, et cela fait encore croire davantage ce que l'on avoit dit avanthier, qu'on l'envoyoit ambassadeur en Espagne. — 11 arriva le matin un courrier de M. de Vendôme qui n'apporte aucunes nouvelles, à ce qu'on dit; il n'est venu que pour recevoir les ordres de la cour sur quelques projets pour la campagne. — 11 arriva un courrier de M. de ChAleauneuf, qui étoit notre ambassadeur à Lisbonne et qui étoit à Badajoz quand il a envoyé le courrier. Il mande que les troupes de Portugal qu'il a vues sont très-mauvaises et en très-mauvais état. Il mande aussi qu'un vaisseau espagnol, richement chargé et venant de Buenos- Ayres, au lieu d'entrer dans le port de Cadix, avoit été poussé par la tempête sur la côte des Algarves auprès de Faro. On en fut averti à Cadix, et l'on fit partir en diligence plusieurs barques armées, qui arrivèrent auprèsdu vaisseau échoué dans le tenqjs (jue les Portugais de la côte se disposoient à l'aller piller. Les barques armées commencèrent par ôter du vaisseau l'or et l'argent et ce qu'il y avoit de plus précieux; le vaisseau, n'étant plus chargé, se remit à Ilot, et on le ramena à Cadix sans que les Portugais puissent l'enqîècber.
Mercredi 2, à Versailles. — Le roi prit uiédecine comme il la prend tous les mois par précaution. Madame la duchesse de Bourgogne le vit avant que d'aller à la messe, et en sortant de la messe elle le vit encore; elle lui tint compagnie pendant son diner. A trois heures le roi se leva, entra dans son caJiinet et appela le duc de Gra-
mont , qui en sortant d'avec le roi dit que S. M. l'envoyoit ambassadeur en Espagne, que l'abbé d'Estrées y devoit demeurer pendant la campagne; cela n'empêchera pas le duc de Gramont de partir incessamment, parce qu'il veut suivre le roi d'Espagne à l'armée, et il ne prendra la qualité d'ambassadeur que quand l'abîmé d'Estrées sera parti. Le roi a fort approuvé ce parti-là. — jM. de Harlay, qui a été plénipotentiaire à la paix de Rys- Avyck, mourut la nuit à Paris; il étoit conseiller d'Etat ordinaire. Le roi fait monter en la place d'ordinaire M. Chauvelin, qui étoit le plus ancien des conseillers d'Etat de semestre, et donne à M. Foucaut*, intendant à Caen, la place de conseiller d'État de semestre. — Il arriva le soir un courrier de M. le maréchal de Yilleroy, qui est campé à Waseges ; il fait raccommoder les lignes, et celles que les ennemis avoient abattues et celles que les pluies avoient éboulées. Il mande au roi qu'il enverra un courrier en cas que les ennemis fassent quelque mouvement pour le venir inquiéter, mais qu'il n'y a pas d'apparence qu'ils y songent.
* "M. Foucaut s'est fait uu nom dans la republique des lettres par le goût fin et cher de sa curiosité en médailles et en antiquités de toutes sortes, qu'il rechercha dès sa jeunesse. C'étoit un fort honnête homme et qui ne fut pas heureux en son fils.
Jeudi 3, à Marin . — Le roi partit de Versailles aussitôt après son diner pour venir ici . Monseigneur y arriva sur les six heures revenant de Meudon et avoit pris, en passant à Versailles, madame la princesse de Conty. Madame la duchesse de Bourgogne partit un peu après le roi ; elle ne vient qu'au pas depuis sa grossesse , qui s'avance toujours fort heureusement. Il y a plus de cinquante dames à ce voyage ici; la maréchale de Villars en est pour la première fois. Il y a beaucoup de logements d'augmentation. — Le roi assure à M. l'abbé d'Estrées* la première place vacante parmi les huit prélats associés à l'ordre du Saint-Esprit, comme ill'avoit promis au car-
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dinal F*orto-Carrero, (jui a eu celle du cardinal de lionzi. Il y a peu d'exemples d'abbés qui aient eu l'Ordre ; à la création on le donna à l'ai)!)»' des Chastelliers, (|ui »''toit de la maison du Lude. Le roi dit le matin au duc d'Albe qu'il étoit li'ès-content de cet abbé, mais qu'il avoit souhaité revenir de l'ambassade où il ne se croyoit pas en état de pouvoir servir utilement. Le duc d'Al'oe remercia le roi de ce qu'il avoit choisi le duc de Graniont pour cet emploi, et assura S. M. que ce choix-là feroit grand plaisir aux Espay-nols. — Le maréchal de Cœuvres prit congé du roi le matin à Versailles, et va à Brest attendre M. le comte de Toulouse, qui partira à la lin de ce voyage.
* Tout concourut à faire à l'abbé d'Estrëes cette grâce sans exemple : la petite envie de faire dépit à madame des Ursins et de mortifier le roi et la reine d'ïlspagne, qui, pour lui faire plaisir, avoient insisté au rappel de eet ambassadeur; le crédit brillant alors des .Noailles, joint a la considération du cardinal d'Estrées, et un dédommagement tacite au maréchal de Cœuvres de soumettre son bâton à M. le comte de Toulouse, qui, tout amiral qu'il étoit , ne lui auroit pas connnandé s'il n'avoit été bâtard du roi. Le cardiual Porto-Carrero étoit l'unique exemple d'une place dans l'Ordre assurée d'avance avec la permission de le porter, et l'abbé d'tstrées eut comme le cardinal de Jauson a attendre pour le porter que la place filt vacante. Mais ce qui étoit sans exemple étoit de le donner à un abbé, car l'abbé des Chastelliers, qui étoit Daillon et oncle paternel du grand-père du duc du T.ude, grand maître de l'artillerie, avoit été nonnné a revêché de Luçon , puis à celui de Maillezais, dont le siège a été depuis transféré à la Rochelle , desquels il ne voulut point , et fut tôt après sa promotion nommé à l'évêché de Bayeux, qu'il accepta, et mourut en IGOO; et depuis lui nul abbé, même nommé évèque, n'avoit eu l'Ordre. Ce qui acheva encore d'y déterminer le roi pour l'abbé d'I-'-strées fut qu'il s'éloit déclaré qu'il ne le feroit point evèque, et que dans la nécessité où il se vouhU croire de quelque récompense d'éclat pour lui il ne pouvoil lui donner que celle-là.
Vendredi V, àMarli/. — Le roi , apns son dîner, courut le cerf dans son i)arc; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la cluisse. — Il arriva iiicr au s(»ir lin courrier de M. (!<■ Vciidôinc, (pii mande ([iic loute notre cavalerie est préscnlemeni i-emonlt-e, «pTil lui est déjà
arrivé quatre mille hommes des recrues qu'on lui a envoyés par mer, qui sont bien habillés et bien armés. M. de Saint-Frémont^ qui commande à Modène, a pris un château dans les montagnes du Modénois vers le pays de Gênes qui auroit pu soutenir un siège et aider à la communication des troupes ennemies qui sont sur la Secchia avec les troupes qu on leur auroit voulu envoyer par mer. M. le grand prieur songe toujours à attaquer Révère , et il y doit marcher le 7 de ce mois; mais le roi lui a mandé de ne point faire cette entreprise à moins qu'il ne voie une sûreté évidente d'y réussir. — On mande de Kome que le cardinal Costaguti est mort ; il y a présentement quatorze chapeaux vacants dans le sacré collège. — Le chevalier de Montre vel , mestre de camp de cavalerie , a vendu son régiment au comte de Montrevel^ son neveu, fils de celui qui fut tué à Nerwinde. — On mande de Hollande que le général Cohorn , qu'ils estimoient le meilleur de leurs officiers, étoit mort à la Haye après une longue maladie.
Samedi 5, à Marly. — Le roi alla après diner courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Marly et en revint avant la chasse du roi. — Lacroix^ fameux partisan , partit de Vianden , dans le pays de Luxembourg, il y a quelques jours, avec deux compagnies franches qu'il commande, et alla s'embusquer à trente lieues de là entre Nuis et Cologne, et attaqua un bourg où il y avoit quelques troupes des ennemis qui n'éloient point sur leurs gardes; il en a tué quelquesuns, leur a pris soixante chevaux et tout leur bagage, et en revenant de là il a pris encore en chemin des charrettes chargées d'armes pour les troupes de M. de Brandebourg. 11 en a emporté tout ce qu'il a pu et a Ijrisé le reste. H est revenu à Vianden sans avoir perdu pas un homme de sa troupe. Le roi lui fait présentement quitter ce pays-là et l'envoie en Languedoc avec ses deux com-
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pae:nies de cavalerie et ses deux compatr ni es d'infanterie. — I^e roi de Suède fait redemander d l'empereur les deuv princes Sohieski , que le mi dr Polos^ne a fait enlever en Silésie sur les terres de l'empereur, et l'assemblée de Varsovie est plus animée que jamais contre S. M. Polonoise depuis l'enlèvement de ces priilces, et tous les palatinats qui sont joints avec le cardinal primat se joindront avec le roi de Suède pour se faire faire justice de cet enlèvement.
Dimanche 6, à Marly. — Le roi tint conseil le matin et se promena toute raprès-dinée ; Monseigneur suivit le roi à la promenade. — M. le Bret, premier président et intendant de Provence, a prié le roi de lui donner pour adjoint en cette intendance , ou du moins pour travailler sous lui, M. le Bret, son fils, qui étoit intendant à Pau, ce que S. M, lui a accordé. On n'a pas encore décidé si le fils aura le titre d'intendant on s'il n'en fera que les fonctions; on envoie à Pau en sa place M. Mélian, son beaufrère. — M. l'abbé de la Trémoille étant à Naples de la part du roi, il s'en retourne à Rome, où il est auditeur de rote. On envoie en sa place M. des AJleurs, ;V qui on donne 2V,000 livres par an el 12,000 livres pour son équipag-e; le bruit se répand même qu'on pourroit bien l'envoyer plus loin et pour des affaires plus importantes que celles de Naples, mais cela n'est point encore déclaré. — M. le maréchal de Tessé a été considérablement malade à Greno])le, et les lettres qu'on avoit reçues du 30 faisoient croire que sa maladie étoit très-dani;ereuse ; mais par les nouvelles qu'on a eues aujourd'hui on le croit hors de danî^er. 11 a même écrit de sa main au ministre et <\ sa famille, et il y a des bruits que M. de Savoie lui a envoyé un homme de confiance pour faire des propositions d'accommodement; ces bruits-là ne nous paroissent pas ici bien fondés.
Lundi 7, à Marly. — Le roi eut un peu de dévoiement la nuit, ce qui l'empêcha d'aller courre le cerf, comme il
Tavoit résolu; mais il se porta bien toute l'après-dlnée et se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. — M. le cardinal de Furstemberg est assez malade à Paris depuis deux jours/ et comme il a près de soixante et quinze ans, on craint que son mal n'ait des suites fâcheuses. — 11 arriva un courrier de M. de Vendôme. M, le grand prieur doit attaquer aujourd'hui Révère, et l'on compte que le siège n'en sera ni long ni difficile. — M. le maréchal de Villeroy a achevé de rétablir les lignes sans qu'aucunes troupes des ennemis se soient présentées pour troubler les travailleurs. Il est retourné à Bruxelles, a renvoyé toutes nos troupes dans leurs quartiers, et a mandé que les officiers généraux qui sont encore ici y pouvoient demeurer jusqu'au 10 du mois de mai. — Les dernières nouvelles qu'on a de Pologne sont que le général Renschild a attaqué et battu les troupes que le roi de Pologne avoit assemblées en partant de Cracovie. Peu s'en est fallu même que le roi de Pologne n'ait été pris; il marche audevant d'un secours que lui envoie le czar.
Mardi 8, à Marly. — Le roi se lève un peu plus tard qu'à l'ordinaire par complaisance pour son premier médecin ; il ne se sent plus du tout de la petite incommodité qu'il eut hier, et il a couru le cerf après son dîner. — M. l'évêque deMeaux, qui a soixante et dix-sept ans, est à l'extrémité à Paris. — Les propositions que l'empereur faisoit aux mécontents de Hongrie par l'envoyé de Hollande n'ont rien produit, ce qui a augmenté la consternation qui étoit déjà à Vienne. — Par les lettres qu'on a d'Espagne du 26 on apprend que S. M. Catholique étoit encore à Placensia, et le duc de Berwick avec l'armée à Alcantara. — Le roi donne à M. le duc de Gramont 20,000 écus pour son équipage, 5,000 livres par mois pour ses appointements et 12,000 livres par an en la place des franchises que les ambassadeurs n'ont plus à Madrid. — Le roi a donné au baron Spaar, qui a passé tout l'été dernier auprès du roi de Suède, 1,000 pistoles
de gratification pour la dépense qu'il a faite en revenant de Pologne ici.
Mercredi 0, à Marly. — Le roi fit l'après-dinre la revue de ses gendarmes et clievau-légers, cju'il trouva plus beaux que jamais ; ils partiront samedi de Paris pour aileron Flandre. — M. le cardinal de Fursteniberg, qu'on croyoit hors de danger depuis deux jours, perdit toute connoissance l'après-dlnée. — Le maréchal de Villars prit congé du roi l'après-dinée ; il emmène avec lui madame sa femme, et elle est partie de Marly avec lui. — Ln ville de Madrid lève à ses dépens un régiment des gardes pour la reine d'Espagne, à qui tous les Espagnols témoignent un grand attachement. — Le comte de Vernon, ambassadeur de Savoie, a ordre de partir demain de Paris; M. du Liboy, gentilhomme ordinaire du roi, qui est auprès de lui depuis quelque temps , le conduira jusqu'à la rivière du Var, qui sépare la Provence du comté de Nice ; M. Phélypeaux , noire andjassadeur à Turin , se trouvera là, et on en fera l'échange. Je crois qu'on a choisi cet endroit-là comme un lieu qui est incontesta- Ijlement frontière, au lieu que si on leùt mené au Pontde-Beau voisin, qui paroitla frontière la plus ordinaire, il y auroit eu de l'embarras, parce que nous sommes présentement maîtres de la Savoie, que nous ne reconnais- .sons plus, par conséquent, comme un État appartenant au duc, et que le duc n'auroit pas voulu recevoir au mont Cenis , qu'il ne regarde pas lui comme la frontière de ses Etats.
Jeudi iO, à Marly. — Le roi apprit à son lever que M. le cardinal de Furslendjerg * étoit mort à six heures du matin à Paris (1); en môme temps S. M. envoya
(1) « M. lecarHitial de l'iirsteinhei'g iiiuurut liicr an iniiliii ashc/. soiiilaiiicinont, puistiu'il n'y a point en de sanvinrnts, à ce (|ii(' l'on ilil; il est \ rai (|u on ni' II' cru>oil pas si mal la m illi-. On allrihuo sa ninrt à un excès ilo eoli're (l'aNoir su le lirsonlri- ilc ses alfaiics, ou il a \oulii pi iietier, n'.i^ant pa> un siil poiH' linili r seuliMiient le la cire dans sa i^lianihie. Kniin il nieuil accalile
( AVRIL i704. 481
Blouin, son premier valet de chambre , à M. le cardinal d'Estrées, qui étoit ici dans sa chambre, pour^lui dire qu'il connoissoit sa modération et que peut-être il auroit balancé à lui demander l'abbaye de Saint-Germain, et qu'il la lui donnoit avec plaisir; cette abbaye est affermée 70,000 livres. Le petit marché et le préau He la foire ne sont pointcompris dansle bail, qui en valent encore 8,000. M. le cardinal de Furstemberg n'avoit plus d'autres bénéfices en France; il en avoit eu plusieurs qu'il avoit donnés à ses neveux. Il étoit évêque de Strasbourg, dont M. l'abbé de Soubise est coadjuteur. 11 avoit l'abbaye de Stavelo et de Malmedi, dont le prince François , frère de M. le duc de Lorraine , est coadjuteur. Il étoit grand doyen de Cologne. Le roi lui donnoit une pension de 2,000 écus par mois. Il avait des confiscations en Alsace qui valoient environ 20,000 livres. Il étoit prélat associé à l'Ordre; l'abbé d'Estrées, qui avoit l'expectative de la première place, n'aura pas longtemps attendu. Il avoit soixante-quinze ans. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui mande que dix-huit cents hommes des ennemis ont fait une course dans la Savoie et ont attaqué le village de Chaumont, dans lequel nous avions un bataillon nouveau, dontMarsilly est colonel. Il s'est défendu à merveille, s'est retiré avec ordre en abandonnant le village, et dès que les ennemis s'en sont éloignés il a repris son poste ; on a trouvé cinquante hommes des leurs tués et quinze officiers. — Le roi courut le cerf Faprès-
<le créanciers, sans avoir rie quoi se faire enterrer. Sa maladie a été un vomissement On flit que ce pauvre cardinal de Fursteniberg paroissant un
peu revenu de son assoupissement, ce qui ne dura qu'un instant, M. de Strasbourg se récria disant : « Ah! le bienheureux moment! » Un bénédictin, assistant le mourant, répondit : « Dites pour vous, Monseigneur. » On ne sait encore aux dépens de qui la pompe funèbre se fait, mais elle est magnifique. Madame Dangeau a mené chez elle, à la Place, la comtesse de Fursteniberg, assez mal voulue du public, mais qui ne laisse i)as d'avoir une bonne pension de douze mille francs. » {Lettres de la marquise d'Hiixelles, de.s H et 14 avril 1704. )
4«»? ÎOTT.NAT. r»F, HANOPM'.
(llnée uvec les chionsdeM. 1r duc du Maine ; Mon'j^iicrneur et messeigTieura ses enfants (^toient A lu ehasse.
< * J[^ cardinal de Furslcinberg a fait tant de bruit dans le moudc et a sa place si assurée dans les histoires qu'il suffit de parler de ses dernières année^, qui, bien que sous la pourpre et dans un superbe siège, sont pourtant assez obscures. Il avoit une nièce, née comtesse de Wallenrod , comme ils parlent «mi Vlicmagne , veuve en premières noces de François- Antoine, cQUite de la JVlarek, qui, malgré l'inégalité du mariage de sa mère, inic sou père, ayant des liis . épousa en secondes noces, ne laissa pas de succéder à ses frères, qui n'eurent point de postérité ; mais avec un grand obscurcissement. C'étoit la branche de [Lumain], seul reste de In maison d'Altene ou d'\ltemberg, dont les aînés ont eu les duchés de Berg, de Clèves et de Juliers et le comté de la iMarck. Une autre branche a été si considérable en France sous le nom de ducs de INevers, fondus avec cette dignité dans les Gonzague, devenus après leurs aînés ducs de Mantone, et une autre branche encore a eu Bouillon, Sedan, Jamets, Raucourt et autres fermes que le vicomte de Turenne sut mettre dans sa maison, et fut fait maréchal de France par Henri IV pour épouser cette héritière , dont il conserva tous les biens par la même protection, sans en avoir eu d'enfants. Cette comtesse de la Marck eut des enfants de ce mari, qu'ellejperdit de bonne heure , dont l'un est aujourd'hui le comte de la Marek, chevalier du Saint-Esprit, lieutenant général et (|ui a été ambassadeur en Suède et employé en diverses cours. Dès ce premier mariage, on parloit fort d'elle et du cardinal , lors le P. Kgon , et la vérité est que ce comte de la Marck, chevalier du Saint-Esprit , lui ressembloit scandaleusement. Il la remaria à un comte de Furstcmberg, lils de son frère, et ont depuis toujours vécu ensemble sous même toit. Le neveu la laissa encore veuve et plus libre. C'étoit une belle femme et d'esprit, mais grande, grosse et forte comme un Suisse, haute merveilleusement, d'une prodigalité sans mesure eu tout, »'t qui jouoit sans cesse le plus furieux jeu du monde. Elle dominoit le cardinal avec un tel empire qu'elle l'effacoit dans sa propre maison , et quoicpi'il jouît de plus de 500,000 livres de rente, elle le mina si parfaitement (pi'il passa les dernières années de sa \iehuit et dix mois etsouviMit plus, a Temprunl du château de la Bourdaisiere , près de Tours, (jui étoit à l'auteur de ces Mémoires, avec huit et dix valets , et chacun leur poulet. Ce fut elle qui fit avec madame de Soubise le marché de la coadjutorerie de Strasbourg , et qui conserva ainsi une grande considération a la cour, où elle vcnoit assez peu, et ne paroissoit guère debout au souper (|iie io roi ne cherchât a lui dire (|uel(jue chose. Il echappoit queUpiefois au cardinal des gcmissenjents secrets
de sa captivité et de sa riiine , mais il mourut dans ses tei-s. On voyoit bien encore qu'il avoit été fort beau ; mais qu'il .eût été un politique et un personnage si considérable , on ne pouvoit s'en apercevoir. L'âge , l'accent et la pesanteur naturelle cachoient apparemment ses talents, que les connoisseurs préteudoient y retrouver encore en le recherchant. Après avoir dit le mal, il faut dire le bien. La comtesse de Furstemberg , tombée si de haut par sa perte, vécut encore quelque temps dans le tourbillon comme elle put. Dieu la toucha et lui donna la grâce d'y répondre si bien , qu'elle vendit tout pour payer ses dettes et donner aux pau\Tes. Elle se retira à la Bourdaisière , qu'elle avait achetée a vie. Elle n'y voulut voir qui que ce fût , et cette femme si délicieuse , si superbe , si altière , si délicate et si recherchée en tout y a vécu nombre d'années sous la bure, pansant les pauvres les plus dégoûtants tous les jours , et passant sa vie dans la solitude de corps et d'esprit la plus entière, dans la piété, l'humilité la plus profonde , les pratiques de la plus austère pénitence et de toutes les bonnes œuvres à elle possibles , et y est enfin morte la sainte du pays , consommée de prières, d'aumônes et d'infirmités, toujours humble, toujours gaie , toujours également austère.
Vendredi 11, à Marly . — Le roi se leva un peu plus tard qu'à l'ordinaire; il se promena le matin dans ses jardins et courut le cerf Faprès-dinée dans son parc. — Madame la comtesse de Furstemberg avoit obtenu en 1701 un brevet de pension de 12,000 livres pour en jouir du jour de la mort du cardinal de Furstemberg, qui avoit demandé au roi cette gràce-là pour elle; S. M. lui confirme cette grâce. — Le roi donne au baron de Rosvorm une pension de 2,000 livres. M. le cardinal d'Estrées, à la prière de madame de Maintenon, la lui vouloit donner dès hier au soir sur l'abbaye de Saint- Germain ; mais le roi a voulu qu'il n'en coûtât rien au cardinal d'Estrées et la lui donne. M. de Rosvorm avoit une pension de la même somme du cardinal de Furstemberg, qui lui devoit même le fonds de cette rente-là. — Le pape faisoit pressentir le roi sur le rétablissement du duc de Modène dans ses États; mais le nonce n'a voit pas encore eu d'ordre positif d'en parler à S. M., qui a fait dire au pape par le cardinal de Janson (jue le zèle
de Sa Sainteté pour rtHal)lir les souverains étoii fort louable et qu'il ne tloutoit pas, étant en cet esprit-l;\, qu'il ne travaillât à remettre dans ses États un prince ecclésiastique, électeur de l'empire, qui n'avoit point démérité du Saint-Siège et dont le pays et toutes les places étoient usurpées par des hérétiques. Il est à croire que, si le pape pouvoit obtenir de l'empereur le rétablissement de M. de Cologne, ses instances en faveur de M. de Modène pourroient avoir plus d'effet.
Samedi 12, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly sur les sept heures. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon et revint ici le soir. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Marly après son dîner pour revenir ici ; sa santé continue à être très-bonne, sa grossesse va à souhait. — Le roi, le matin à son lever, à Marly, apprit par l'abbé Bossuet la mort de M. l'évêquede Meaux, son oncle. S. M. donna à cet abbé l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais, qui vaut 25, 000 livres de rente, et l'abbé Bossuet rend rabl)ayedeSavigny,qui vautl 0,000 livres de rente et qui a de très-belles collations. M. l'évêque de Meaux avoit soixante-dix-sept ans. — Le roi donne à M. l'évêque de Sentis, frère de M de Chamillart, la charge de premier aumônier de madame la duchesse de Bourgogne, età M. l'archevêque de Sens la place de conseiller d'État d'église. M. de Meaux avoit outre cela un prieuré en Normandie, qui vaut 10,000 livres de rente, et une pension de 12,000 francs comme ayant été précepteur de monseigneur le Dauphin; il étoit de l'Académie françoise , et c'étoit un homme fort illustre par ses ouvrages. — On eut des nouvelles de M. de Bavière et du maréchal dcMarsin par un capitaine du régiment de Forsat, nommé Dubois, «pii partit d'Augsbourg la nuit du 5 au (5; il étoit venu ;\ pied, déguisé en paysan, depuis Augsbourg jusqu'à Schaffouse. Il n'a apporté qu'une lettre écrite en si petit caractère qu'on a eu pcin*' ;\ la déchiffrer, et il avoit mis celte lettre dans une parlie de son corps qui n est pas
honnête à nommer, afin que s'il eût été pris ou tué en chemin la lettre ne put être trouvée.
Dimanche 13, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée et travailla longtemps le soir chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart, comme il a accoutumé de faire tous les dimanches. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Tallard. Tous les officiers généraux de son armée prennent congé du roi , et il y a grande apparence qu'il entrera bientôt en action. — L'officier qui arriva hier de notre armée de Bavière assure qu'il a vu les huit mille hommes des troupes de Saxe qui étoient dans l'armée de l'empereur en marche pour retourner en Pologne , le roi leur maître en ayant un pressant besoin et leur ayant ordonné de le venir joindre le plus diligemment qu'ils pourr oient, — Il arriva un courrier de M. le grand prieur qui a tout disposé pour le siège de Révère; il devoit passer la Secchia le 8. Le feu sest mis par hasard à la Concorde, qui a été toute brûlée; les princes de la Mirandole y avoient une belle maison. — Le marquis de Gurton , aine de la maison de Chabannes et qui étoit aide de camp de monseigneur le duc de Bourgogne, achète le régiment d'Anjou de cavalerie 2i,000 écus, du comte d'Aunoy, qui a été obligé de le vendre pour payer la maréchale de Créquy, de qui il avoit acheté ce régiment après la mort du marquis de Blanchefort ; et comme le comte d'Aunoy ne veut point quitter le service , le roi lui a donné l'agrément pour acheter un régiment de gentilhomme qui ne coûte que 22,500 livres.
Lundi \k, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; la pluie violente l'empêcha d'aller à la chasse. — Le roi donna 2,000 écus de pension d'augmentation au comte de la Marck; il en avoit déjà 2,000, et on fera payer la comtesse de Furstemberg, sa mère, des 4,000 écus de pension que le roi lui a assurés après la mort du cardinal de Furslemljerg. — Le roi veut que les régimen ts de Furstemberg portent les noms de leurs colonels ;
48f. JOLm.WL Uh DAINGKALI.
celui (1 i nia literie s'appellera la Marck, et ceiuide cavalerie prendra le nom de (>ourcillon, que porte mon fils (1). Du reste, il n'y aura aucun changement dans ces régiments ; ils demeureront sur le pied étranirer comme ils étoient. — La Tour, qui connnandoit à Calais en l'absence du duc deBéthune et([ui avoit 12,000 livres d'appointements, est mort ; il avoit 6ié lieutenant-colonel du régiment de Vivonne et étoit l^rigadier. — Le bruit court à Vienne que le g-énéral Heister a défait un corps des troupes des mécontents commandés par le comte Caroli, que l'action s'est passée près du lac Neusiedel, qui est en Hongrie entre le Danube et la Leitha. — Ce que l'on avoit dit du roi de Danemark, qu'il étoit entré dans l'alliance des Anglois et des HoUandois, est entièrement faux; ce prince connoît bien même qu'il ne pourroit rien faire de plus préjudiciable à ses intérêts. — Le roi, sur les cinq heures, alla voir madame du Maine, qui n'est pas encore relevée de ses couches.
Mardi 15, à Versailles. — Le roi, après la messe, fit entrer le maréchal de Château-Kenaud dans son cabinet et lui dit : « Je crois que vous ne serez pas fAché de savoir que j<! vous donne la lieutenance générale de Bretagne, qu avoit M. de Beaumanoir. » 11 y a 100,000 livres de brevet de retenue à payer pour sa veuve. Le maréchal avoit demandé cette charge au roi l'hiver passé, priant le roi cjue cela ne l'empêchcU point de continuer à servir sur mer, comme l'endroit le plus propre à lui marquer sa recoiinoissance et à mériter ses bontés. — M. le comte de ïoulous*' partit pour Brest; on n'enverra personne cette année en Bretagne pour commander, quand même il
(I)" L(ï roi ayant dit à M. li- iiiar(|iiis de Daup-aii, apn-s la mort «li- M. lo caniinal ilo Fiirstciiibcry, (jii'il i»' voiiloil plus (|U(' le n'^iinPiit de. IM. !»' inaripiis (k- (oiiif illon , son lil», |K)rtiU le nom de l'ur«lembt'i{; , il |H)Uvoit lui iliiiinfi- If nom ou «le rcf;inieiit ili- Daii^i-an, on de rc<;inieiit de Coureillon, M. If inai(|uis «le Daiigeaii a choisi le nom de Coureillon. •■ ( MviiUie d'avril, page 318.)
sera à la mer ; il est amiral et a sous lui trois maréchaux de France pour vice-amiraux. Il est gouverneur de Bretagne et a pour lieutenants généraux dans la province deux maréchaux de France, le maréchal d'Estrées dans le comté Nantois et le maréchal de Château-Renaud dans les huit autres évèchés ; et ce qui augmente l'agrément de cela, c'est que la dignité de maréchal de France est naturellement au-dessus de celle d'amiral. — Il arriva un courrier de M. le grand prieur, qui passa la Secchia le 8 ; il de voit camper le 9 à la Pieve et être le 10 au matin devant Révère ; il mande au roi qu'il lui enverrades courriers tous les trois jours. — Le roi alla l'après-dinée à la volerie ; mais il lit un grand vent qui l'en lit revenir de fort bonne heure.
Mercredi 16, « Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener àMarly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur y alla aussi, et en revint un peu avant le roi pour être à la comédie , où il n'y eut avec lui que monseigneur le duc de Berry et Madame. Madame la duchesse de Bourgogne se trouva un peu incommodée, elle n'y alla point; elle demeura chez madame de Maintenon; elle avoit gardé le lit presque toute la journée. — M, le maréchal de Boufflers demanda le. matin au roi une augmentation de brevet de retenue de 200, 000 francs sur sa charge de colonel du régiment des gardes, que le roi lui accorda sur-le-champ, accompagnant cette grâce de beaucoup de marques d'estime et d'amitié; il avoit déjà 100,000 écus de brevet de retenue. — Le marquis de Prie, aide de camp de monseigneur le duc de Bourgogne , obtint une commission de colonel de dragons réformé à la suite du régiment de la Reine. — Le fils de M. le duc d'Elbeuf épouse mademoiselle d'Armagnac ; le mariage est réglé , mais ils n'en reçoivent point encore les compliments dans la famille. Le roi donne au prince d'Elbeuf la survivance du gouvernement de Picardie et du gouvernement particulier de Montreuii. M. d'Elbeuf donne à son
488 JOURINAL DE DAAGEAU. i
lils 40,000 trancs par an à prendre sur ses gouvernements ; M. le Grand fait valoir le bien de sa fille 4-00,000 francs, la nourrira et la logera, elle et son mari , et Ion dit de plus que le roi donnera 10,000 livres de pension à cette princesse. Le prince d'Elbeuf n'a que dix-neuf ans et sert dans l'armée d" Italie, où il a un régiment de cavalerie. Jeudi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dinée, et le soir, chez madame de Maintenon , il vit une belle carte d'Allemagne et les plans de toutes les places de Portugal, qu'il examina avec beaucoup de soin et d'attention. Je les lui avois portés (1), et il m'ordonna de les confronter avec ceux de M. Pelletier, qui feroit copier ceux qui lui manqueroient. — M. le grand prieur a mandé, par son dernier courrier du8, qu'il avoit détaché Tavagny, brigadier, avec seize compagnies de grenadiers pour attaquer les chiavichelles de Serravalle, qui pourroient empêcher notre navigation sur le PA jusqu'à Révère, ce qui nous seroit d'une furieuse incommodité pour le siège de cette place. — M. le duc de Saint-Simon est dangereusement malade ; on lui avoit fait à Paris une saignée ; on croit qu'il y a eu quelque tendon blessé, ce qui a obligé iMaréchal de lui faire aujourd'hui une très-grande opération (2). — M. de Savigny, cadet du comte d'Estoges, achète le régiment de Saint-André, et Artagnan, neveu du gouverneur d'Arras, achète celui d'Oysonville. Ces deux régiments ne sont levés que de l'année passée , et le roi les a taxés à 12,000 livres. — Les ennemis assemblent un corps de troupes sous Coblentz. Les HoJlandois y ont envoyé douze bataillons; ils avoiont retiré leurs troupes de la ville de Huy pendant que le maréchal de
(1) DanRoau avait fait la campagne do Porliipal pu ic<iV>.
(9.) « Nous avons M. le diu «le Sainl-Siinon fort en pfiil , lui rfant survenu, ensuite d'une saignée, une lumcui' au liras, (iiiel'on a ouvert erainte de la gangrène. Sa petite constitution tait ajipn'hender que ce mal ne soit une coi lupfion du dedans. « ( Lef/re dr la marquise d' llurelles, du 17 avril. )
Villeroy faisoit rétablir les lignes de Wasèges. 11 ne paroit pas qu'ils songent à nous attaquer cette année en Flandre, quelque envie qu'en ait le duc de Marlborough, qui doit être revenu d'Angleterre présentement.
Vendredi 18, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Avant que de partir pour la chasse , il entra chez madame la duchesse de Bourgogne, à qui les médecins feyont garder le lit jusqu'à ce qu'elle accouche. Le roi la revint voir encore au retour de la chasse , et il y passa pour la troisième fois avant souper. Monseigneur partit à huit heures du matin, alla courre le loup et puis à Meudon, où il demeurera jusqu'à mercredi, que le roi doit aller à Marly. Madame la duchesse de Bourgogne ne fera plus de ces voyages-là qu'après ses couches. — Par les dernières lettres qu'on a de Hambourg, on apprend que le roi de Pologne n'a quasi plus aucun palatinat dans son parti; l'enlèvement des princes Jacques et Constantin a achevé d'aigrir les esprits de la nation contre lui. Le cardinal primat, à l'assemblée de Varsovie, a fort déclamé contre lui. La diète pour l'élection d'un nouveau roi est convoquée au 4 de mai, et quelques sénateurs ont soutenu qu'il ne falloit point faire d'électionnouvelle; que celle de M. le prince de Conty étoit bonne et selon toutes les lois du royaume ; cependant ils n'en ont point donné avis ici, ni à ce prince ni au roi , et l'on ne sait ce que le roi de Suède, qui aura un grand crédit dans cette diète-là, penseroit là-dessus. — M. de Vendôme, se promenant avec quatre ou cinq cents chevaux, fit attaquer un parti de deux cents chevaux ennemis, et nous y avons pris le colonel Paul Diach, qui commandoit les hussards de l'empereur.
Samedi 19, à Versailles. — Le roi alla se promener l'après-dinée à Marly. Avant que d'y aller, il passa chez madame la duchesse de Bourgogne ; il la vit encore au retour et puis avant son souper. — Le chevalier de Luxembourg arriva ici sur les six heures. M. de Chamillart, qui
490 JOURNAL DE DANGKAU.
H eu deiixaccès de lièvre, ne put pas le mener au roi, qui ëtoit à Marly. Le chevalier de Luxembouru trouva, auprès de Roquencourt, S. M. qui revenoit; il lui apportoit la nouvelle de la prise de Kevere, que les ennemis avoient presque abandonné. Ils n'y avoient laisse^ que deux ou trois cents hommes, qui ont fait une mauvaise décharge dont ils n'ont blessé que trois errenadiers ; ils avoient levé leur pont et avoient retiré Tartillerie de la place, et tait passer leurs troupes et leurs munitions à Ostiglia. La place étoit très-bonne, quoiqu'elle ne fût que de terre; il faut qu'ils aient bien peu de monde, puisqu'ils n'ont })as voulu songer à la défendre, car la prise en est importante et leur ôte toute communication avec la Mirandole. — Le soir, après souper, le roi étant dans son cabinet avec la l'amille royale , M. de Torcy lui apporta des lettres d'Espagne, et le roi dit aux princesses que madame des Ursins*, sur ses ordres, étoit partie de Madrid pour s'en retourner à Rome. Le roi nous le dit aussi à son petit coucher, et nous en saurons demain plus de particularités; il nous a paru que cette nouvelle faisoit plaisir au roi.
* On n'avoit fait que rire on apparence de la note de madame des TJrsinsà la lettre au roi de l'abbé d'Kstrées : mais madame de Maintenon en vit le roi trop profondément irrité, en sus de tant d'autres choses qui lui déplaisoient dans sa conduite , qu'elle n(! put seule arrêter sa colère. On attendit même le départ du roi d'Espagne de Madrid pour ne pas exposer son obéissance à sa complaisance pour la reine sa fennne, et le coup parut frappé sans retour. La suite fera voir l'adresse , la souplesse et toute l'étendue des ressources des femmes.
Dimanche 20, à VcrsaUlen. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur rcîvinl ici de Meudon pour le conseil, alla ensuite voir madame la duchesse de Rourgogne, et puis retourna tllner ,'i Meudon. — Le roi entretint longtemps Monseigneur avant le constùl sur madame des IJrsins; Monsr,i:;neur, .'i (jui le roi ne cache rien, saxoit les lettres que S. M. avoil écrites pour la faire sortir d Es-
pagne; il y avoit plus de dix-huit mois qu'on en avoit envie ;, et le roi avoit eu des raisons pour ne le pas faire. On fait revenir aussi de ce pays -là le chevalier d'Epène, qu'elle avoit fait enseigne des gardes du roi d'Espagne et qui l'avoit suivi. S. M. Catholique, qui est toujours à Placencia, étoit enfermée trois heures par jour avec lui, et il étoit regardé comme l'homme le plus attaché à la princesse des Ursins. Elle est allée de Madrid à Alcala, qui n'en est qu'à dix lieues ; elle y doit demeurer huit jours pour y assembler son équipage. Le roi d'Espagne lui a envoyé 1,500 pistoles pour son voyage et lui donne 8,000 écus de pension; si elle n'eût pas obéi promptement, on auroit été fort mécontent ici de la cour d'Esrpagne. La reine lui a donné son portrait enrichi de diamants magnihques, et doit envoyer un courrier au roi, qui est un valet de chambre de madame des Ursins , et on croit qu'on l'envoie pour tâcher à la justifier, mais cela ne fera pas changer d'avis ici. — Cinq assez gros vaisseaux ennemis ont été échoués et pris à Vigo; ils étoient chargés de munitions de guerre et de bouche. On dit qu'ils alloient à Nice et à Villefranche. — On a appris par le même courrier d'Espagne que deux gros vaisseaux espagnols, qui avoient été bâtis nouvellement à San- Sébastien et qui étoient destinés pour aller aux Indes, ont été pris par les Anglois. — Il arriva un courrier du maréchal de Tessé, parti de Grenoble le 18 au matin ; la santé de ce maréchal n'est point bonne ; sa jaunisse continue; il amaigrit fort; il est très-foible et a souvent la fièvre. Il mande au roi que six mille hommes des troupes de M.' de Savoie, après avoir rafraîchi la garnison de Montmélian, sont venus devant Chambéry, qu'ils avoient espéré pouvoir surprendre et où ils croyoient que nous avions laissé très-peu de monde. Le commandant dans cette ville, qu'on ne nous a point nommé , fit grand feu sur eux, leur a tué assez de monde, et ils se retirèrent dès le lendemain, ayant été avertis que M. de la Feuillade
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marchoit avec quelques bataillons vers Aiguebelle pour leur couper le chemin de leur retraite.
■ Lundi 21, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf dans le parc de Marly, et, après la chasse, il alla à Marly, où il se promena jusqu'à la nuit. Monseigneur, qui est à Meudon, courut le loup, y revint diner à cinq heures ; madame la princesse de Conty y alla dîner avec lui. — M. le duc de Mantoue arrive incessamment; le roi lui fait préparer le Luxembourg à Paris, où il logera. — Le roi, à son lever, dit à M. de Scnlis qu'il lui donnoit les mêmes entrées qu'avoit M. Tévéque de Meaux, comme précepteur de monseigneur le Dauphin , mais que c'étoit à sa personne et non pas à sa charge -qu'il donnoit ces entrées-là. — Sandraski, lieutenant-colonel réformé dans le régiment de mon fils, a obtenu une commission de mestre de camp. — M. le comte d'Évreux n'a point encore entièrement terminé son affaire avec M. le comte d'Auvergne pour la charge de colonel général de la cavalerie, mais le roi lui donne une commission pour commander la cavalerie en Flandre cette campagne. — Madame la duchesse de Bourgogne eut de la musique chez elle l'après-dlnée; elle se porte bien. On espère qu'elle n'accouchera qu'à terme , mais on ne lui permet plus de sortir de son lit. Le roi la va voir trois fois par jour, et madame de Maintenon demeure avec elle presque toutes les après-dînées.
Mardi 22, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'à quatre heures et alla tirer. Mcsseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent diner avec Monseigneur à Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne passa la journée fort doucement; elle s'accoutume à demeurer dans son lit. — M. de Cronstrom eut sa première audience du roi comm«^ envoyé du roi de Suède; il l'avoit déjà eue comme résident : il est le premier à (pii son niaUre ait donné la ([ualité d'envoyé dans ccUr, cour ici. — i*réfosse, major général de notre armée de Languedoc,
apporta ici le matin la nouvelle de la défaite entière de dix-huit cents hommes des fanatiques; on en a tué huit cents sur la place. M. le maréchal de Montrevel étoit à la tête de la première troupe qui les attaqua, et jugeant bien que ces malheureux fuiroient après avoir fait leur première décharge , il fit occuper par un bataillon de Hainaut et quelques compagnies de grenadiers le seul endroit par où ils pouvoient se retirer. Ce que le maréchal de Montrevel avoit imaginé arriva, et après les avoir rompus ils voulurent gagner l'endroit par où on avoit prévu qu'ils se retireroient. Grandval , colonel de dragons réformé , qui commandoit Hainaut et les troupes détachées, les repoussa sur M. de Montrevel, et ils furent ballottés durant trois heures ; la nuit empêcha qu'il n'y en eût encore davantage de tués. On leur a pris mille fusils, soit des tués, soit des fuyards, et on croit qu'il ne leur reste quasi plus d'armes ; car des dix-huit cents il n'y en avoit que onze cents d'armés. Le maréchal de Montrevel devoit partir le lendemain pour s'en aller en Guyenne , et le courrier a trouvé le maréqhal de Villars à Valence.
Mercredi 23 , à Versailles. — Le roi ne sortit que sur les six heures et alla se promener à Trianon, après avoir été longtemps chez madame la duchesse de Bourgogne. — Le maréchal de Château-Renaud prêta serment le matin pour la charge de lieutenant général de Bretagne, et ira commander cette année dans cette province. On a changé toute la destination qu'on avoit faite là-dessus. Le roi lui a donné 100,000 livres de brevet de retenue sur cette charge sans qu'il les lui eût demandées ; il avoit payé cette somme à madame de Beaumanoir, ainsi la charge ne lui coûtera rien. — Le baron Palavicin , que le roi a fait maréchal de camp et qui va servir en Flandre, arriva ici de l'armée de M. de Vendôme, où il a toujours été depuis qu'il s'est attaché à la France; il n'étoit point retourné à Turin, comme on l'a voit dit. On
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est fort content ici de sa conduite. M. de Chaniillart le mena l'après-dlnée dans le cabinet du roi, avec qui il fut assez longtemps. M. de Savoie lui fait faire son procès. — Il arriva deux courriers, l'un de M. de Vendôme et Faulre de M. de la Feuillade. Il est déjà arrivé à l'année de M. de Vendôme neuf mille hommes de recrues, et toute sa cavalerie est remontée ; on est môme fort content des chevaux qu'on a amenés. M. de la Feuillade mande que les ennemis ont un corps de cinq ou six mille hommes sous Montmélian. On fait revenir en Dauphiné quelques troupes qu'on avoit fait marcher en Provence,
Jeudi 2i, à Marlif. — Le roi dîna à midi, et passa ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne, à qui il dit adieu pour deux jours; il m'ordonna de lui porter des nouvelles de cette princesse dès qu'elle seroit éveillée les matins. Le roi a mené à Marly le prince d'Harcourt et le chevalier de Luxembourg, qui n y avoient jamais été. Monseigneur revint de Meudon , passa à Versailles pour voir madame la duchesse de Bourgogne. Le roi, en partantde Versailles, vint courre le cerf ici dans le parc. Après la chasse, il vit jouer au mail et se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. Le roi et la reine d'Angleterre allèrent à Versailles voir madame la duchesse de Bourgogne, y entendirent le salut, et puis allèrent chez madame du Maine, qui nest pas encore relevée de ses couches.— M. de Mantoue est allé faire un tour à Charleville, et arrivera à Paris à la Pentecôte. Le roi fera tenir sept tables pour lui et ses domestiques; il logera dans le Luxembourg, et sa suite à l'hôtel des ambassadeurs. — Les princes de la Mirandole s'attachent à la France ; le roi leur donne 50,000 livres de pension, en attendant qu'on puisse les rétablir dans leurs États. La princesse de la Mirandole, leur grande-tante, est encore dans la Mirandole , où il n'y a plus que huit ou neuf cents honmies des troupes de remi)ereui' et la plupart des heïduques. — Le roi a donné à Prince, ancien colonel de Navarre» le
commandement dans Calais , qui vaut 12,000 livres de rente. — Dupont, ancien major de Navarre, qui quitta l'année passée pour s'être brouillé avec M. de Maulevrier, son colonel, va commander l'infanterie dans Luxembourg.
Vendredi 25, à Marly. — Le roi, après la messe, se promena dans ses jardins; je lui portai à son diner des nouvelles de madame la duchesse de Bourgogne, qui passe presque toutes les nuits sans dormir ; mais elle ne souffre point, et on espère toujours qu'elle ira jusqu'à la fin de sa grossesse. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent passer l'après-dinée avec elle. Monseigneur s'est amusé à jouer au reversis ces deux derniers jours. — Il arriva un courrier de M. de Ghàteauneuf, qui étoit notre ambassadeur en Portugal et qui est demeuré à Madrid pour quelques jours. Il mande que la reine d'Espagne avoit eu quelque envie d'aller voir la princesse des Ursins pendant le temps qu'elle a demeuré à Alcala, mais elle n'y a point été pourtant, et cette dame en est repartie pour venir à Agreda, et quand elle y sera elle prendra son parti pour passer par la Catalogne ou pour aller par Pampelune. Agreda est dans la vieille Castille, sur les frontières de la Navarre et d'Aragon. Elle mande au roi qu'une autre personne en sa place songeroit à se justifier, mais qu'elle ne songeoit qu'à obéir. — Le roi donna, il y a deux jours, à M. l'évèque de Strasbourg les confiscations en Alsace qu'il avoit données à M. le cardinal de Furstemberg pour le dédommager de ce qu'il perdoit jie son évêché par la guerre au delà du Rhin. M. de Strasbourg, qui jouit présentement de Tévêché, est dans le même cas, et le roi lui fait la même grâce. Samedi 26, à Versailles. — Le roi, après avoir entendu la messe à Marly, alla courre le cerf dans son parc; Monseigneur, monseigneur le duc de Berry et Madame étoient à la chasse avec lui; ils en revinrent tous à midi. Monseigneur le duc de Bourgogne vint ici diner avec madame
la duchesse de Bourgogne. Le roi se promena toute l'après-dînée dans ses jardins de Marly, et ;iprès être arrivé ici il alla chez niadanic la duchesse de Bourgogne et y rentra encore avant son souper. Monseigneur y vint aussi en arrivant avec madame la princesse de Conty. — Le roi, avant que d'aller à Marly, donna î\ M. le cardinal d'Estrées 12,000 livres par an, pour le dédommager de la perte des revenus de labbaye de Stafi'arde, qu'il a en Piémont. — M. des Alleurs prit congé du roi jeudi pour s'en aller à Naples; peut-être qu'il ira encore plus loin, et on croit qu'on le fera lieutenant général pour servir dans une qualité plus honorable dans les lieux où on l'envoie. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade, qui mande que les troupes de M. de Savoie qui étoient sous Montmélian, au nombre de quatre ou cinq mille hommes, s'étoient retirées avec précipitation, sachant que nos troupes marchoient à eux; on ne doute pas même qu'ils ne repassent les monts. — La santé du maréchal de Tassé, qui est encore à Grenoble, ne se rétablit point encore.
Dimanche 27, à Versailles. — Le roi, après son dincr, parla au duc d'Elbeuf dans son cabinet, et ensuite il donna une longue audience au duc de Gramont*, qui part dans deux jours pour l'ambassade d'Espagne. 11 court des bruits ici et à Paris qu'il a épousé une lille à (pii il est attaché depuis longtemps, et qu'il a pris ce parti-là par dévotion ; sa famille en est fort alarmée. — Madame la princesse de Conty a prié le roi que M. Dcsmarets, le directeur général des finances, se mèlàt de gouverner ses affaires, comme s'en môloit M . de Harlay, conseiller dEtat, qui vient de mourir. — Il y a eu encore une petite affaire dans losCévcnncs, dans laquelle les fanaliques ont été battus et ont eu deux cents hommes tués. — M. \c. maréchal de Villeroy a donné ordn; à tous les ofliciers de Flandre de se rendnî à leurs régiments, sur l(;s avis (pi'il a eus que les ennemis assembloient sous Maestricht un
corps de troupes assez considérable ; cependant les officiers généraux de son armée, qui sont ici , n'ont point encore d'ordre pour partir, — Monasterol , envoyé de M. l'électeur de Bavière, prend congé du roi, et va servir dans les troupes de l'électeur son maître , où il est lieutenant général; il reviendra ici après la campagne. Il va trouver M. le maréchal de Tallard, avec qui il demeurera jusqu'à ce que la jonction soit faite ou que les recrues pour l'armée de Bavière soient passées.
* Ce mariage énorme du duc de Gramont étoit fait il y a voit du temps. C'étoit une créature qui s'appeloit la Cour (1) et qui a voit été femme de chambre de la femme de Daquiu , premier médecin du roi , qui l'avoit chassée, et qui servit après, en la même qualité, madame de Livry, femme du premier maître d'hôtel du roi ; des Ormes , contrôleur général de la maison du roi , qui est une charge sous le premier maître d'hôtel , et qui jouoit souvent chez Livry, trouva cette femme de chamhre à son gré. Elle en fut chassée, et des Ormes après Tentreteuoit sansfaçon. Le duc de Gramont, qui le connoissoit fort du jeu etde chez Livry, soupoit souvent avec des Ormes et sa créature, et d'autres gens encore avec eux. Devenue vieille et borgnesse, des Ormes s'en lassa, et le duc de Gramont la prit et l'épousa. Elle avoit beaucoup d'esprit et de montant à gouverner et toute la crasse et l'avarice de ses pareilles. Un si monstrueux mariage et d'un homme rien moins que dévot est encore moins surprenant que l'usage qu'il hasarda d'en faire. Il se mit dans la tête de la parité avec celui de madame de Maintenon, et que de le déclarer, rien ne feroit sa cour davantage par ce témoignage si net de son approbation de celui du roi et par cet exemple qui pouvoit servir à madame de Maintenon à faire déclarer le sien ; mais outre que la parité n'y pouvoit être, c'est que plus elle auroitété et plus elle eût été odieuse , et plus elle eût piqué le roi et madame de Maintenon, et plus les cris de la famille et les bruits du monde les auroient éloignés d'une imitation ; outre que les temps de cette déclaration étoieut dès longtemps passés. Le duc de Gramont n'en recueillit aussi que la plus complète ignominie , la défaveur et le dommage. Il eut beau choisir le moment de son envoi en Espagne et remuer Saint-Sulpice et les dévots, ce fut pour néant , et le roi défendit que sa femme mît le pied dans Versailles et ne prît ni housse ni manteau ducal.
(1) Le V. Anselme la nomiiie Anne Baillet de la Cour, fille de Nicolas Baillet de la Conr et de Marie (Jodefroy.
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Lundi 28, à Versailles. — Le roi dinade bonne heure, et alla l'apiès-dlnée se promener à Marly. — M. le mankliid de Villars est arrivé îY Nîmes; il trouvera les alïaires de ce pays-là eu bon état, la Lande, lieutenant général, que M. de Montrevel avoit envoyé dans les hautes Cévennes, ayant battu un assez gros corps de fanatiques, dont il en a tué plus do huit cents. On leur a plis tous les chevaux et les mulets qui portoient leurs nmnitions et leur petit bagage; on est entré dans une caverne où ils avoient leur hôpital, leur blé, leurs farines et leurs châtaignes; ils y faisoient même de la poudre, et en fournissoient trente livres par jour à leurs camarades; la Lande a détruit tout cela. On dit qu'un de leurs commandants a été tué , et on ne croit pas qu'ils puissent se rassembler. — Quelques ministres étrangers qui sont ici ont eu des nouvelles d'Espagne qui portent que cinq cents Irlandois des troupes (jui ont débarqué avec l'archiduc en Portugal n'ont pas été plus tôt sur la frontière qu'ils ont déserté et se sont venus rendre au duc de Berwick. Ces lettres disent qu'il' y a un grand chanfiement dans le conseil d'Espagne , et que le cardinal Porto-Orrei'o est rentré dans les affaires. On a ôté l'archevêque de Séville et le marquis de Canales.
Mardi 2!» . à Versailles. — Le roi ne sentit que fort tard cl alla se promener à Trianon. Il va tous les jours trois ou ([uatre fois chez madame la duchesse de Uourgogne, qui garde toujours son lit et se porte de mieux en mieux; elle commence à bien dormir les nuits, et on ne d()ut<! plus (pi'ellc n'accouche à terme. — On mande d'Allemagne que le comte Forsgatsch a (piitté le parti de l'emperi'ur et s'est joint aux mécontents de Hongrie, ce qui donne i)eauc()up d'incpiii'tudc^ à Vienne, parce ([ue c'est un homme d'une grande réputation et d'un grand c.n'dit. Un corps de trois mille mécontents, ayant passé la l)ra,ve , a surpris Wirowitza en Ksclavonie, en a tué le gouverneur et a pris toute la garnison ; et l'on mande
de la haute Autriche que cinq mille Bavarois avoient attaqué et forcé les lignes que les peuples de ce pays-là avoient faites pour se mettre à couvert des contributions. — M. de Vendôme doit entrer en action lundi prochain^ qui sera le 5 de mai. On croit qu'il fera le siège de Verue ou celui de Verceil ; toutes ses recrues sont arrivées^ toute sa cavalerie est remontée. — Ce que l'on avoit mandé de deux vaisseaux bâtis dans le Guipuscoa , qui avoient été pris par les Anglois, s'est trouvé faux ; ces deux vaisseaux sont arrivés heureusement à Cadix.
Mercredi 30, à Ver milles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Madame la duchesse de Bourgogne n'a pas été incommodée les dernières nuits, et cela ne lui fait plus de peine de garder le lit; le roi et monseigneur y viennent très-souvent, et monseigneur le duc de Bourgogne n'en part quasi pas. — On mande d'Alsace que le maréchal de Tallard fait de grands préparatifs en ce payslà pour l'ouverture de la campagne , et que le prince de Bade envoie aux Hollandois et aux princes de l'empire courriers sur courriers pour demander de l'argent et une augmentation de troupes. — M. le comte de Toulouse arriva le 20 au Port-Louis, où il visita les quatre vaisseaux de guerre qu'on y arme; il arriva le 22 à Brest et ne poiu'ra pas encore mettre à la mer de quelques jours. — Le duc de Gramont prit congé du roi ; il se hâte de partir pour trouver le roi d'Espagne à l'armée avant qu'on la sépare , ce qu'on a toujours accoutumé de faire en ce pays-là durant les grandes chaleurs. — Le rainais des monnoies, qui est sur, à commencer de demain, et qu'on dit encore qui sera suivi d'un autre dans quinze jours , a fait ouvrir les bourses de t*aris, et on a porté beaucoup d'argent dans les coffres du roi.