‹ Journal; (volume 2)Chapitre 3 sur 17 · BRIGADIERS · texte numérisé non relu

BRIGADIERS

MM. Hautefort, des mousquetaires,

Chevalier de Sully ,

Saint Second,

Calvo ,

Chevalier de Balivière,

Imécourt, des gardes du corps , , Marquis de Grancey,

De ri le du Vigier,

Reauvau, gendarmerie,

Montberon,

Marquessae-Hautefort ,

(\) C'est-.i-<iiro (lu l('^itllent de l;i Heine.

DECEMBRE 1701i. 73

MM. Broglio, MM. Glodoré ,

Duc de Brissac, Montviel.

Chevalier de Chamillart,

Dimanche 24, à Versailles. — Le roi alla à vêpres en l^as ; il soupa à neuf heures et entra à dix dans la chapelle en haut avec toute la maison royale, et ils n'en sortirent qu'après avoir entendu les trois messes. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry avoient communié le matin. Le roi, qui étoit fort en peine de la santé du P. de la Chaise, apprit qu'il se portoit mieux et qu'il seroit en état de venir ici à la fin de la semaine ; ainsi S. M. et Monseigneur comptent de faire leurs dévotions dimanche. -:— Le roi vit le matin à son lever le chevalier de Hautefort; il l'appela et lui dit : « Je vous oubliai hier à la promotion; mais vous n'y perdrez rien, je vous fais brigadier et vous ferai mettre sur la liste dans votre rang. » Parmi ceux qui ont été faits maréchaux de camp, il y a six mestres de camp de cavalerie, qui sont : Vaillac, Jeoffreville, Vivans, le comte de Horn, le marquis du Châtelet et Forsat; il n'y a parmi ces six-là qu'un ancien régiment, qui est celui de Vivans, et le roi en a donné l'agrément au jeune marquis d'Heudicourt. M, le prince de Tarente aura celui de Jeoffreville; M. de ChemeroUes, fils de M. de Saumery, aura celui de Vaillac; la Billarderie , lieutenant-colonel du régiment de Brissac, aura celui du Châtelet, et le neveu de Forsat aura le sien. Je ne sais point encore qui aura celui du comte de Horn. — Le marquis de Gouvernet mourut subitement à Paris. Il ne paroissoit guère en ce pays-ci; il avoit une petite sénéchaussée en son pays qui est depuis longtemps en sa maison et que le roi donne à son fils. — Candau arriva de Perpignan après le souper du roi ; M . de Beauvilliers le présenta à S. M., à qui il donna une lettre du roi d'Espagne, qui partit le 15 de Perpignan et qui devoit arriver le 10 à Figuiera dans ses États, comme il l'avoit

'4 lOllRINAL DE DANGKAU.

résolu. — On a nouvelle que le roi de Pologne fivoit fait nu'ttre en li])«'Hé le ninnjuis de Bonnac, qui s'en va à Varsovie irom er le roi de Suède , auprès de qui il a la qualité d'envoyé de France.

ÏMudi ^Ti , à Versantes. — Le roi et toilte la maison royale assistèrent :\ toutes les dévotions de la journée. — M. de Marsin arriva le matin au lever du roi; S. M., ajjrès son lever, lui donna audience dans son cabinet et le soir il le fit venir chez madame de Mainlenon, où il l'entretint pendant deux heures. M. Desgranges, maître des cérémonies, arriva de la conduite dli roi d'Espagtie jusqu'à Id Irontière de son royaume, ayant soin qu'on lui fournit partout ce qui lui pouvoit être utile et commode cl empêchant toutes les cérémonies qui n'auroient fait quO l'embarrasser. — C'est le marquis de Meuse, de la maison de Choiseul, à qui le roi a donné l'agrément pout" acheter le régiment du comte de Horn. — L'entre[)rise que Laubanie avoit faite sur Etersheim a manqué ; les ennemis avec huit mille hommes marchoient au secours; nous n'y avions envoyé que deux mille hommes, qu'on a jugé à propos de faire retirer. NoUs y avons perdu vingt soldats et un capitaine de grenadiers irlandois. — On a eu nouvelle ([ue le duc d'Albcmarleétoit mort dans les terres de la duchesse sa femme en Languedoc ; il venoit d'être l'ait lieutenant général de la marine, et l'on ne sait si le roi remplira cette place, parce (ju'il étoit surnuméraire. Il y en avoit déjà un de surnuméraire quand M. de Nesmond mourut.

Mardi 26, à y'ersaiUes. — Le roi donna le matin audience à l'envoyé de M. de Lorraine, et l'après-dlnée il alla tirer. Monseigneur courut le loup et puis alla coucher àMeudon, où il demeurera (juelques jours. — M. «le Rlainville, (pii conimand»' A Namiu", a lait enle\<M'si\ com- [»agniesde cavalerie dans le faubourg d'Auroy à Liège; c'est le chevalier du Rdzel t|ui a fait cette petite expédition-là et qlil a ramené plus de cent chevaux (;t quelques

prisonniers à Huy. — M. le chevalier de Rohan, fils du duc de Rohan, qui étoit capitaine de cavalerie, a l'agrément du roi pour acheter le régiment de dragons de Sainte-Hermine, dont il donne environ 80,000 livres — Les ennemis se sont saisis de Bitche et de Hombourg ; on croit qu'ils les veulent faire refortifier et s'y établir. Nous envoyons des troupes pour prendre possession des places que M. de Lorraine a sur la Sarre, et il pourroit bien se passer cel hiver quelque action en ce pays-là. — Le maréchal de Villars, qui avoit permission de revenir ici, a reçu un contre-ordre à Metz, et nos troupes qui sont en Alsace font quelques mouvements; nous n'ien savons point le sujet. — L'ambassadeur de Venise doit venir ici samedi avec les carrosses du roi comme ambassadeur extraordinaire pour faire satisfaction au roi, de la pari de la république, au sujet de quelques bandits vénitiens qui furent pendus il y a quelques mois à Venise, quoiqu'ils eussent des commissions de M. de Tessé qui mar^ quoient qu'ils étoient officiers dans les troupes du roi.

Mercredi 27, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Monseigneur, qui est à Meudon, courut le daim avec les chiens de M. le comte de Toulouse dans le bois de Boulogne. Madame de Main tenon a de temps en temps un peu de fièvre ; cependant elle sort tous les jours et elle dina hier chez madame de Dangeau. — Le jeune comte de Montrevel a l'agrément pour acheter le régiment de Limousin, qui est à vendre depuis le mois de janvier, qui est le temps que le marquis de Bouligneux, qui en est colonel, fut fait maréchal de camp. — M. de Kerouart, capitaine lieutenant des gendarmes ou des chevau-légers de Berry, vend sa charge au marquis d'Uliers, qui est sous-lieutenant dans la gendarmerie; je ne sais pas bien juste combien il en donne; Kerouart étoit ancien officier et ne fut pas fait brigadier à la promotion du mois de janvier ni à celle de ces jours passés, quoiqu'on eût fait beaucoup de ses cadets. Il y avoit deux

76 JOURNAL DK DANGEAU.

jiisfaiicorps ))lons vacants, l'un par la mort du maréchal (le, Loraes et l'autre par celle du chevalier de Lorraine; le roi, ces jours passés, en donna un à M. de la Feuillade, et il a donné l'autre ce matin îV M. de Courtenvaux. — Le roi a donné au fils de M. Desmarets, l'ancien intendant des finances, l'acrément pour un rétriment d'infanterie, et on croit qu'il achètera celui de M. de Goesbriant, son beau-frère, qui est présentement à Naples avec son régiment. Le chevalier de Tillière achète h^ régiment de Médoc, qu'avoit Baycrs, qui se retire.

Jeudi 28, à Versailles. — Le roi a choisi M. de Rrillac pour remplir la charge de premier président de Bretagne; il donnera 20,000 écusàM. de la Faluère, qui en avoit donné cette même somme-là, mais qui n'avoit que 10,000 écus de brevet de retenue. — Le roi donna au jeune marquis d'Alègre l'agrément pour acheter le régiment du roi de dragons, que le comte de Nogent avoit acheté 40,000 écus du marquis d'Alègre, son père; il le veut vendre présentement 50,000 et assure même qu'il les refuse d'un homme qui sera agréable au roi. — Il arriva un courrier du comte de Château-Renaud, qui est encore à Saint-Jacques en Galice, où plusieurs soldats et matelots des vaisseaux que nous avons perdus ;\ Vigo le viennent rejoindre et qu'il fait repasser en France. 11 y en a l)eaucoup moins de tués ou de prisonniers qu'on ne Tavoit cru d'abord. — M. le Premier a demandé au roi, pour le marquis de Vassé, son gendre, l'agrément pour acheter un régiment de dragons, que le roi lui a donné.

Vendredi 29, à Versailles. — Le roi donna le matin audience à M. Gualtieri, nonce ordinaire, (jui parla fort éloquemment et tort sagement ; c'est par l'entremise du l)ape que l'accommodement se fait avec la république de Venise et que l'ambassadeur de cette réj)ubli(pie vient demain en qualité d'and)assadeur extraordinaire faire une n'paration ]nd)lique à S. M. Le roi répondit au nonce sur tous les ])oints de son discours avec une précision et

une dignité dont le nonce et tous ceux qui pouvoient entendre furent charmés. — Le comte de Roucy arriva le soir; il a fait une diligence extraordinaire et est arrivé presque en même temps qu'un courrier qui étoit parti deux jours avant lui. M. de Vendôme l'a envoyé porter au roi la nouvelle de la prise de Governolo , qui s'est défendu trois ou quatre jours. Le prince Eugène avoit levé une partie de ses quartiers pour tâcher à le secourir, mais il n'a osé l'entreprendre. Il en a retiré la garnison et y a fait mettre le feu, qu'on éteignoit quand le comte de Roucy en est parti;, qui étoit samedi. M. de Vendôme a prié le roi de donner une pension et une croix de Saint-Louis à un lieutenant des grenadiers qui y a fait une très-belle action, et le roi accordé l'un et l'autre. Le marquis de Luzar, colonel du régiment des gardes de M. deMantoue et que le roi a avoit fait brigadier, a été tué à ce siège, et Mirabaut, colonel d'infanterie, y a été blessé . Ce régiment des gardes de M. de Mantoue étoit le régiment d'Albergotti et avoit été auparavant au comte d'Elfîan-Monfairrin; il étoit tout composé de sujets de M. de Mantoue, tant officiers que soldats, et M. de Mantoue trouva ce régiment si beau quand il arriva à notre armée d'Italie qu'il pria le roi de le lui donner pour en faire le régiment de ses gardes, et le roi pour dédommager Albergotti, à qui il l'ôtoit, lui donna 12,000 livres de pension. — Louvigny, intendant delà marine à Brest, y est mort subitement d'apoplexie ; il étoit également estimé de la cour et des officiers de la marine. — Le roi dina de Ijonne heure et alla se promener à Marly, où il demeura jusqu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne partit d'ici à quatre heures pour aller à Meudon voir Monseigneur, qui avoit couru le loup le matin ; elle revint ici pour le souper du roi. — Le roi a donné le gouvernement de la citadelle de Nancy à M. de Serment, qui étoit lieutenant de roi de la citadelle de Metz. — Le roi envoie Julien, nouveau maréchal de camp, et Parat^ bri-

18 JOllHNAI. UK DANGEAU.

^juliur il'iufjnilerir, ^KJiir réduire les mauvais couvei'tis des Ce yen ne», qui font l)eaucoup de désordres en ce [);iys-là n\ dimt \v noiiiUrc auuin«':iile. Je nr sais point les ti'oupos qu on donni! à Julien pour cette e.vpédition-là.

Samedi 30, à Versailles. — Le roi, après son lever, donna audience à ranil)assadeur de Venise, qni fut reçu avec les honneurs des ainbassadeui's extraordinaires , la ré[)ul)lique lui ayant donné ce titre pour ce jour-là seulement et pour rendre plus authentique la réparation qu'elle fiiisoit au roi. Cet aml)assadeur dit, dans son discours, qui fut long', que les gens qui avoient été punis à piorl n' avoient été condamnés que par un trii)unal sul)alterneet que la répul)li([ue auroit bien voulu que cela eût pu se réparer ; qu'elle venoit avouer sa faute et prioit S. M. de l'oublier. Cela fut accompagné de toutes les soumissions que le roi pouvoit désirer; la réponse du roi fut haute et honnête. — L'après-dinée le roi fut longteuips enfermé avec le P. de la Chaise, qui ensu'te alla chez Monseigneur. — On apprit la mort du cardinal Cantelmi, archevêque de Naples; il étoit frère du duc de popoli , chevalier des ordres du roi, et étoit fort attaché au roi d'Pspagne. Il vaque par cette mort une onzième place dans le sacré collège. On avoit mandé il y a quelque temps de Madrid que le cardinal de Salazar étoit mort, mais cela ne s'est pas trouvé vrai, et il est étonnant (jue les principaux ministres, qui se sont trouvés auprès de la reine d'Espagne et qui avoient mandé cette nouvelle, fussent si mal informés.

I)imanche3iy à Versailles. — Le roi et Monseigneur lirent leurs dévotions à la cnapelle à hem*es différentes; madame la duchesse de Bourgogne les lit aussi aux Ué- CoUets. Le roi toucha les malades dans la galerie bas.se (Je la qour des princes. L'après-dinée S. M. et toute la maison royale entendirent vêpres des Pères et puis allèrent au siilut; on appelle vêpres des Pères quand il n'y a pas de musique. Entre vêpres et le salut, le roi travaillai la

distribution des bénéfices , il donna l'évèché de la Hoclielle au doyen et grand vicaire de Clermont, qui s'appelle Champflour*; cet évèché est affermé 63,000 livres; il y a environ pour 10,000 livres de charges; ainsi il en reviendra encore plus de 50,000 Ij/res à l'évêque. — Le maréchal de Villars arriva hier au soir; il n'a eu permission de venir que pour très-peu de jours. Les ennemis avoient mis des troupes dans Bitclie et dans Hombourg ; ils les ont déjà retirées de Bitche et n'ont laissé que cent hommes dans Hombourg. — On nous avertit pour le chapitre des chevaliers de l'Ordre, qui se doit tenir demain matin, et le bruit se répandit que le roi vouloit nommer le comte de Marsin pour remplir une des places vacantes. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus à Lesperou; ilen avoit déjà 2,000 comme ayant été gouverneur de Kirn .

* Ce Champflour étoit un homme de rien , qui avoit été exilé pour s'être signalé contre les libertés de TÉglise gallicane , et que les jésuites et Saint-Sulpice, peu d'accord d'ailleurs, mais beaucoup en faveur de Rome, firent récompenser d'un évèché si fort au-dessus de lui , et dont il leur témoigna dans la suite une fatale reconnoissance. C'étoit im homme de bien, sans esprit, sans savoir et sans aucune sorte de lumière , sans monde encore moins , bien concitesté [sic] et un véritable excrément de séminaire.

ANNÉE nos.

Lundi V janvier, à Versailles. — Le roi, le matin avant que d'aller à la messe, assembla le chapitre des chevaliers de l'Ordre. M. de Torcy y rapporta les preuves des ducs de Medina-Sidonia et d'Uceda ; les preuves des deuxautres Espagnols qui furent admis à la Pentecôte ne sont pas encore arrivées ; ensuite le roi nous dit qu'il enverroit au cardinal Porto-Carrero la permission de porter le cordon bleu , en attendant qu'il y ait une place vacante parmi les huitprélats associés à l'Ordre*; etpuisS. M. nous dit qu'elle avoit résolu d'admettre dans l'Ordre le comte de Marsin, des services duquel elle étoit très-contente et dans la guerre et dans les ambassades et que le roi d'Espagne lui avoit fort recommandé. Le roi, à son ordinaire, donna de grande sétrennes dans la famille royale. — Le marquis de Montrevel avoit eu l'agrément pour le régiment de Limousin; mais comme le marché n'a pu se conclure avec le marquis de Bouligneux, qui en est colonel, le chevalier de Givry en a traité avec la permission du roi, et l'achète 6i,000 livres ; Bouligneux est maréchal de camp de l'hiver passé.

* Ce fut une chose sans exemple qu'un prélat surnuméraire dans l'Ordre , et qui n'a pas été imitée depuis ; aussi étoit-ce mi homme sans exemple que le cardinal Porto-Carrero, qui avoit mis, sans traité ni négociation aucune , la couronne d'Espague sur la tête à IMiilippo V, et qui se conduisoit avec un parfait désintéressement. I.e roi lui envoya une croix du Saint-Esprit de diamants, d'un grand prix. Pour ■Marsin, on en parlera ailleurs.

Mardhl, à Versailles. — L^Toi, (jui iw va plus à la comédie depuis plusieurs années, dit à son petit couchor, au marquis de Gesvres, qu'il venoit d'apprendre que les comédiens avoient joué le soir devant Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne une petite pièce fort licencieuse, et qu'il puniroit leur insolence. Il lui commanda en même temps de faire venir les comédiens et de les avertir de sa part ([ue , si jamais ils retomboient dans une faute approciiante ou que même ils en jouassent à Paris de si scandaleuses, ils sero i en t cassés sur-le-champ. — M. le chevalier de Maulevriei'^ brigadier d'infanterie, arriva de l'armée d'Italie. 11 a assuré S. M. que depuis la prise de Governolo le prince Eugène avoit abandonné beaucoup des quartiers qu'il avoit au delà du Mincio; il y a pourtant encore quelques troupes dans Sacchetto. M. de Vendôme continue à faire liombarder Bercello, dont la garnison est considérablement diminuée. L'ambassadeur de Venise assure que la inortalité y est si grande qu'il y a toute apparence que c'est d'une maladie coutagieuse. Le bruit court en ce pays-là que le prince Eugène fait de fortes instances auprès de l'empereur pour olitcnir la permission d'aller faire un tour à Vienne; il presse fort pour qu'on lui envoie des troupes, et on ne croit pas qu'il lui reste plus de douze mille hommes.

Mercredi 3, à Versailles. — Le roi a donné l'intendance de la marine de Brest à M. Robert, intendant aux lies de l'Amérique et qui avoit été nommé depuis quelque temps pour être intendant de Dunken^ue ; il n'est pas encore arrivé en France. Cette intendance est beaucoup plus eonsidérabl(î(|ue celle de Dunkiîniue. Cv. M. Uobert est frère d(î M. Koberl le procureur du roi. — (Mi mande de Londres <|ue le comte de Marlborough * a été fait duc avec une pension de 5,000 livres sterling sur les postes tant que la reine vivra. Cette princesse a fait dire au parlement que, si elle avoit pu, elle auroit rendu la pension héréditaii'e aussi bien que l'honneur. — Les

lettres de Bâle et de Francfort assurent que M. l'électeur de Bavière étend ses quartiers le long du Danube, qu'il a de grands magasins à Ulm et à Memmingen , qu'il lève de nouvelles troupes et que les États de Souabe et de Franconie n'ont encore pris aucune résolution sur toutes les propositions qui leur ont été faites de la part de Fempereur. — M. du Héron, notre envoyé en Pologne, est arrivé ici depuis quelques jours, le roi de Pologne n'ayant pas jugé à propos de le détenir plus longtemps à Thorn, de peur d'irriter de plus en plus la^épublique ; il le fit conduire jusqu'aux frontières du royaume.

* Ce comte de Marlborough, qui s'est rendu si fameux à nos dépens dans la suite, étoit Churchill en son nom et d'une ancienne noblesse, mais sans lustre. Le duc d'York fut amoureux de sa sœur, dont il eut le duc de Berwick et une fille trop connue sous le nom de madame de Walgraff, du mari qui voulut bien l'épouser à Saint-Germain , dont elle eut milord Walgraff, élevé catholique en France et qui vers trentecinq ans se fit protestant pour sa fortune , fut envoyé à Vienne et depuis à Paris, oîi il succéda au frère du célèbre Walpoole dans Tambassade de France. Le duc d'Ybrk, devenu roi sous le nom de Jacques II, fit Churchill, frère de sa maîtresse, capitaine de ses gardes, auquel il se fioit entièrement lors du commencement de la révolution et que ses milords et ses troupes commençoient à branler. Il alloit partir pour aller dîner chez Churchill, au camp sous Londres , lorsqu'un saignement de nez l'arrêta et donna le temps au comte de Feversham , autre capitaine de ses gardes et général d'armée , frère des maréchaux de Duras et deLorges , de l'avertir de la trahison qu'il venoit de découvrir pour le livrer de chez Churchill au prince d'Orange, qui fut vérifiée, et aussitôt Charchill se retira avec sa compagnie vers ce prince. La femme que Churchill épousa devint la plus chère favorite de la princesse de Danemarck, qui, devenue reiiie en 1702, ne songea qu'à faire la fortime de son mari, que ses qualités de cour et de guerre surent porter fort au delà de celles d'un particulier.

Jeudi k , à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla deux heures avec M. le maréchal de Villars et M. de Ghamillart. — M. de Crécy a eu l'agrément du roi, pour son tils, du régiment de Boulon ois; il l'achète

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50,000 francs du marquis (le Vibraye, qui vient d'être fait maréchal de camp. — Le mariage du due de Morlemart avoit été presque arrêté avec mademoiselle de Caderousse, ([ui vient de mourir, (ït madame; de Montespan , jurande tante de ce duc, songe aie marier présentement avec mademoiselle de Guiscard, à qui Langlée, son oncle, assure 800,000 francs de son bien. Elle en aura encore tout au moins autant de son père, qui lui assm'e la terre de Magny, qui vaut près de iO,000 livres de rente. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui mande au roi que la Secchia s'est débordée et que le débordement a été si violent qu'il a emporté une partie des digues, et que les quartiers des ennemis sont fort séparés par là.

Vendredi 5, à Versailles. — Le roi tint conseil l'aprèsdînée; il n'a pas accoutumé d'en tenir les vendredis. — M. de Vendôme manda par le courrier de hier qu'il espéroit que les débordements de la Secchia lui donneroient le moyen d'attaquer quelques-uns des quartiers des ennemis qu'ils ne sauroient plus secourir, l'inondation de cette rivière leur ayant ôté toute communication; mais on craint <[ue les mauvais chemins n'empêchent M. de Vendùnie de pouvoir mener du canon et de faire marcher beaucoup de troupes, — Le roi a donné à Coyzevox, fameux sculpteur, 4,000 francs de pension, et lui fait payer 4,000 pistoles pour le Mercure et la Renommée, cpii sont deux belles ligures équestres placées au bout du jardin de Marly , au-dessus de l'abreuvoir. — Julien vient ici pour recevoir les ordres du roi pour réduire les mauvais religionnaires, qui se sont soulevés en Languedoc; sa petite armée sera composée du régiment de dragons de Fimarcon et d'un nouveau régiment de dragons qu'on lève en ï^anguedoc et de trois ou quatre mille hommes d'iiifau- Iciie de bonnes troupes.

Samedi 0, à Versailles. — Le roi ik; sortit point de tout le yniv. Il entra de Ixiniir Ikmiic chc/, niadainc de Maiiilenon, où il y eut une loterie charmante pour madame la

JAINVIER 1705. ' 85

duchesse de Bourgogne et pour ses dames ; et toutes les loteries que le roi fait comme cela sont toujours gratis, sans qu'il en coûte rien. Il y avoit à celle-ci beaucoup de bijoux, de belles étoffes et même des lots d'argent. Après la loterie , il y eut une grande collation, où l'on fit les Rois. Madame la duchesse de Bourgogne ne s'étoit couchée qu'à six heures du matin , ayant fait médianoche chez elle avec beaucoup de dames et après le médianoche étant allée réveiller quelques-unes de celles qui n'avoient point soupe avec elle. — Le roi a permis au comte de Tessé de venir ici pour deux mois. M. de Vendôme mettra pour commander dans Mantoue , en son absence, qui il jugera à propos ; le roi lui en laisse la disposition. — On mande de Rome que le cardinal Grimani , après avoir eu une longue audience du pape , dont on croit qu'il n'est pas sorti content , étoit parti de Rome la nuit même, déguisé en cavalier avec une grande perruque et une épéeà son côté; on ne sait s'il va à Vienne, ou s'il ne retourne point dans le royaume de Naples pour tâcher d'y exciter encore quelques mouvements.

Dimanche 7, à Versailles. — ■ Le roi, qui doit aller demain à Marly pour y passer la semaine, a commandé qu'il n'y eût plus que deux tables de dix-huit couverts chacune; il supprime la troisième, y voulant mener moins de dames. Madame la duchesse d'Orléans, qui est fort incommodée dans sagrossesse, et madame la Duchesse, qui n'attend que le moment d'accoucher, ne seront point de ce voyage, et le roi n'y mènera point les dames les plus attachées à elles, afin qu'elles leur tiennent compagnie ici. — Desalleurs, notre envoyé auprès de M. l'électeur de Cologne, est revenu ici depuis quelques jours, et l'on parle de l'envoyer ambassadeur en Portugal en la place de M. Rouillé, qui demande à revenir. — L'infanterie qu'on donne à Julien sera composée des deux bataillons de Hainaut, detrois bataillons qu'on tire des troupes des vaisseaux et des galères, de quatre cents miquelets qu'on fait venir de

Ciifulonne et d<^ plusieurs compagnies franches (pfcna levéesen Languedoc. Le nouveau régiment de dragonsqu'on a levé en ce pays-là sera commandé par le marquis de la Fare, ancien capitaine de dragons, qui sert présentement en Italie; son père est baron des Etats (1), elle roi l'a choisi sur la nomination de M. du Maine, gouverneur de la province. Le roi lève huit de ces compagnies et la province a levé les quatre autres à ses dépens, et auroit voulu choisir le colonel.

Lundi 8, à Marhj. — Le roi partit de Versailles aussitôt après son dîner et se promena ici jusqu'à la nuit. Monseigneur , monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent tous trois séparément voir le roi et la reine d'Angleterre. Madame la duchesse de Bom^îTOgne fut longtemps seule enfermée avec la reine, ce qui arrive toutes les fois qu'elle va à Saint- Germtiin. — Le maréchal de Villars prit congé du roi à Versailles. 11 demeurera le reste de Thiver à Strasl)ourg, d'où le marquis d'Huxelles a permission de revenir. — Le roi fit Julien chevalier de Saint-Louis, quoiqu'il nait servi que dix ans dans ses troupes, et que le roi n'en reçoit plus présentement qu'ils n'y aient servi au moins vingt ans. Julien prit congé de S. M. après avoir été reçu, et s'en va en diligence en Languedoc, où il servira sous les ordres du comte de Broglio, ancien lieutenant général, et qui commande depuis longtemps dans celte province. — Le roi lit ces jours passés une promotion de quarante chevaliers de Saint-Louis dans la marine, dont les principaux sont : Langeron, lieutenant général, et M. d'O, qui est chef d'escadre.

Mardi 9, (/ Marlj/. — Le roi se promena tout le matin, et toute l'api-ès-dint-e dans ses jardins, où il fait heaucouj) d(; changements. — Il y a deux jours (ju'à \ Crsailhîs on

(l)L)ci> hiats (le Ixiu^iitxlix .

vola monseigneur le duc de Bourgogne; outre l'argent qu'on lui prit, on prit encore 400 pistoles à Moreau, son premier valet de chambre ; ce prince lui a redonné cette somme , et Moreau se défendant de la recevoir, monseigneur le duc de Bourgogne lui dit : (c Je ne vous ai jamais parlé en maître qu'aujourd'hui, et je vous commande de la prendre ; et c'est parce que vous ne me demandez jamais rien que je veux vous donner. » — M. de Guiscard parla au roi à Versailles sur le mariage de sa fille, et Langlée en a parlé au roi aujourd'hui. Il donne à sa nièce 100,000 écus présentement et lui assure 500,000 francs de plus. Elle aura du moins autant de son père que de son oncle ; le duc de Mortemart, qu'elle épouse, a 20,000 écus de rente en fonds de terre, dont il jouit présentement. — On eut nouveUe qu'une frégate du roi avoit péri sur les côtes d'Espagne, auprès du Passage ; elleétoit commandée par le chevalier de Sanzay, frère de mademoiselle de Sanzay qui est chez madame la princesse de Conty.

Mercredi 10, à Marly. — Le roi tint conseil à sou ordinaire; tous les ministres sont de ce voyage ici, — On a des nouvelles d'Angleterre qui portent que la tempête y a fait périr neuf vaisseaux de guerre et beaucoup de petits bâtiments. Les Hollandois ont fait une perte plus considérable au Texel; on croit qu'ils y ont perdu plus de quatre-vingts vaisseaux marchands, chargés richement. — M. le duc de Beauvilliers marie mademoiselle de Saint- Aignan, sa sœur d'un second lit, à M. de Marillac, fils du conseiller d'État^ qui est colonel et brigadier d'infanterie; en faveur de ce mariage , M. de Champigny, l'oncle du garçon , lui cède , avec l'agrément du roi, le gouvernement de Béthune moyennant 40,000 francs d'argent et 8,000 francs de pension; il est fort vieux et fort incommodé. Ce gouvernement vaut du moins 12,000 livres de rente. Le roi donne à mademoiselle de Saint-Aignan 4,000 francs de pension et M. de Beauvilliers lui en donne deux ; on compte que M . de Marillac, après la mort de

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s(in père et de sa mère , aura plus do 50,000 livres de rente, et c'est un garçon fort estime dans les troupes.

Jeudi 1 1, àMarlif. — Le roi alla l'après-dlnée iV vSaint- Germain voir le roi et la reine d'Angleterre , qui a j)rié S. M, de faire du bien à Tabbé Rizzini, envoyé de Modône, qui en a grand besoin, ne touchant plus rien du duc son maître, et le roi a fait ce que la reine d'Angleterre a désiré là-dessus. — M. Bouchu, intendant de notre armée d'Italie, est convenu avec les ministres de M. de Modène de ce que ses États doivent fournir aux troupes du roi, moyennant quoi ce duc pourra jouir et gouverner les revenus de son pays comme il le jugera à propos ; mais ces peuples-là sont fort ruinés. — M. le marquis de Coigny, lieutenant général, marie sa lîlleau marquis d'Harcourt, * qui est sous-lieutenant présentement dans la gendarmerie; il est de même maison que le duc d'Ilairouri et d'une branche aînée. — M. le duc d'Orléans envoie l'abbé Dubois** en Espagne pour ses affaires, qui sont tr«>simportantes; il s'agit de le faire appeler à la couronne d'Espagne, au défaut des enfants de monseigneur le Dauphin ; il a été oublié dans le testament du roi d'Espagne ; mais ce n'a été qu'une faute de style, que les Espagnols conviennent .qu'il faut corriger en l'expliquant mieux; et le droit de M. le duc d'Orléans est incontestable, parce qu'il y a dans le testament qu'on appelle à la succession de la monarchie les descendants de Marie-Thérèse et ceux d'Anne, dont M. le duc d'Orléans est petit-fils. L'abbé Dubois, qui a vu le roi d'Espagne à Montpellier, n'arrivera à Madrid que dans deux mois pour laisser à S. M. G. le temps de régler ses autres alïaires en ce payslà. On a nouvelle que ce prince arriva le 22 de laulr(î mois à Barcelone , où il a si-jourin'^ deux jours. Il arriva le 6 à Notre-Dame de Montserrat, où il a séjourné un jour, et c'est d'où il écrit; il demeurera deux jours à Sa ragosse et arrivera le 16 à Madrid, où il est attendu de ses [jcuples avec une grande envie de le revoir. Il a

VU, partout où il a passé, de grandes démopstrations de joie.

* Soit vérité , soit envie , ou ne dispute point à ce marquis d'Harcourt d'être de l'ancienne maison d'Harcourt , comme on le dispute fort et ferme aux Beuvron et au duc d'Harcourt par conséquent. On prétend même qu'ils n'ont pas toujours été reconnus par les autres, et la liaison entre eux est légère ou nulle , quoique la fortune de ceux-ci eût pu et dû la serrer.

** De l'abbé Dubois, que nous verrons à peu près maître de l'État et cardinal, il faut attendre l'apogée d'un si furieux caprice de fortime et sa courte durée pour en parler plus intelligiblement.

Vendredi 12, à Marly. — Le roi a donné àReignac, qui commande à Limbourg, le cordon rouge de l'ordre de Saint-Louis , vacant par la mort de Wagner, colonel des gardes suisses ; il y a une pension de 3,000 livres qui y est attachée. — Le premier président de Besançon mourut il y a quelques jours, il s'appeloit Jobelot. — M. d'Usson, lieutenant général, qui commande à Louvain , a fait passer la Meuse à deux cents grenadiers ou dragons qui ont brûlé de grands magasins de fourrages qu'avoient les ennemis. — L'ambassadeur de Venise a reçu des lettres dans lesquelles lui mande que le 30 du mois passé le prince Eugène étoit on à Venise, qu'il y avoit même été à l'opéra et au bal, qu'il se de voit embarquer quelques jours après pour passer à Trieste d'où il ira droit à Vienne. La plus commune opinion est qu'il n'y va que pour presser les secours dont il a un extrême besoin ; il y a quelques autres gens qui croient que l'empereur le fait revenir pour lui donner le commandement de l'armée qui doit agir contre l'électeur de Bavière; c'est le comte Guido de Staremberg qui commandera l'armée d'Italie en son absence.

Samedi 13, à Versailles. — Le roi revint ici à six heures après s'être promené toute la journée à Marly. Le soir il y eut comédie. Monseigneur le duc de Bourgogne est un peu incommodé; depuis quelques jours il soupe seul chez lui et se couche de bonne heure. — M. de Vendôme n'a pu rien entreprendre sur les quartiers des

ciinrniis, p^ce que les chemins sont impi'atical>les et ([if on n'a pu mener le cjinon. — Un François (jui »'t«>it aupivs de M. l'électeur de Bavière est arrivé ici et assure Tort que S. A. E. est très-ferme dans ses enp^agements, et qu'il se croit en état de ne rien craindre de l'empereur pour cet hiver. — M. le Premier a acheté pour M. de Vassé, son gendre , le régiment de dragons de Gévaudan ; il en donne 80,000 francs, et par le premier marché qu'il avoit fait il n étoit obligé d'en donner que 72. Il a (lonn»'; le reste par pure honnêteté. M. de Sainte-Hermine a vendu le sien 90,000 livres au chevalier de Rohan, et M. d'Asfeld a vendu le sien 8'*, 000 francs au fils de M. de Bouville, le conseiller d'État.

Dimanche ik, à Versailles. — Le roi ne sortit point de toute la journée , et dès qu'il eut dîné il envoya chercher le duc d'HiU'court, Tallard, Bosen et Montrevel; il n'y avoit ici que Tallard et Bosen , les deux autres étoient à Paris. Tallard entra le premier dans le cal)inet du roi, et S. M. lui dit qu'elle le faisoit maréchal de France. M. Bosen arriva ensuite, à qui le roi fit la môme grâce, et le roi commanda à M. de Chamillart de mander au duc d'IIarcourt et à Montrevel qu'ils vinssent remercier S. M., (|iii les venoit de nommer maréchaiLV de France, et d'envoyer des courriers à iMM. de Chamilly , d'Huxelles, de Tessé et Vauban, à qui le roi a fait le même honneur. M. de l'ontchartrain fut chargé aussi de S. M. de mander au comte d'Estrées, qui est malade à Paris , et au comte de ChiUeau-Benaud, qui est encore en Espagne, que le roi les avoit faits maréchaux de France ; ain.si en voilà dix nouveaux, et il y en avoit déjà neuf; il n'y avoit jamais eu une si grande promotion ni tant de maréchaux de France àlafois. — Madame la Duchessi! accoucha d'une lille; elle en a présentement cinq et deux princes. Je ne sais point encore comment on appellera la princesse tpii vient de naître; l'ai née s'appeUe ma(l(!nu)is('ll(^ de Bourbon, la seconde mademoiselle de Charolois, la troisième madc-

moiselle de Sens, et la quatrième mademoiselle de Clermont. L'ainée et la quatrième sont nourries à Fontevrault.

Lundi 15, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Trianon. Monseigneur prit médecine. — On mande d'Allemagne que l'envoyé de l'électeur de Bavière assistoit depuis quelques jours aux assemblées de la diète de Ratisbonne, comme il avoit fait avant les violences qu'on lui fit il y a quelques mois. Cet électeur continue à presser la ville de Ratisbonne de lui faire savoir si elle veut accepter la neutralité qu'il lui offre, à condition qu'elle ne reçoive aucunes troupes. La diète en avoit donné avis à l'empereur, et comme il n'a fait aucune réponse , elle s'assambla extraordinairement le 19, et résolut unanimement d'accepter les propositions de l'électeur. — J'appris que le cbevalier de BuUion, durant la campagne passée , avoit acheté de M. de Béon le régiment de Bassigny, dont il lui a donné 44,000 francs. — Damigny, brigadier d'infanterie, a été fait gouverneur ou commandant de Neubourg sur le Rhin avec 12,000 francs d'appointements. — Voici le rang des dix maréchaux de France nouveaux suivant leur ancienneté de lieutenant général, qui règle leur rang quand ils sont faits maréchaux de France en même jour*.

• 28 juin 1678 Chamilly.

V2 décembre 1684. . . D'Estrées, qui fut fait viceamiral en survivance de son père.

Février 1688. . . . Château-Renaud.

/ Vauban.

24 août 1688 j Rosen.

( D'Huxelles.

17 avril 1692 Tessé.

I Montrevei.

30 mars 1693 ' Tallard.

( D'Harcourt.

92 JOURNAL DE DANGFAU.

Voici le ranj; dos nouf man'chaux do Franco qui rosioiont, et la date du jour (ju'ils ont ou cette dignité-là.

En 1 G 75 Duras.

En 1681 D'Estrécs.

ICIioiseul.

Villeroy.

Joyeuse.

En 1693 j lîoufflers.

I INoailles.

\ Catinat.

En 1702 Villars.

Le nouveau maréchal d'Estrées s'appellera le maréchal de Tourpes , pour le dislina^uer de son père.

*Cpsdi\ maréchaux arrivèrent par différents cliemins. Chamilly étoit imp-andct jîros lionime, fort vaillant, riioniu'iir et la proliité niènic,^ la lourdise a Tavenant, qui, jointe à laf;c et aux chagrins, ne s'éloipuoit guère de Tinihécile. Il étoit frère d'un homme du premier mérite, et qui alloit à tout malgré M. de I.ouvois , si la mort de ses blessures ne lui dît pas envié [sic] le bâton de maréchal de France et celui de capitaine des gardes du corps, qu'eut depuis .AI. le maréchal de Lorges, qu'il étoit sur le point d'avoir tout a la fois. Il avoit fait trop de peur à Louvois pour le pardonner à son frère, dont le mérite militaire, illustré par la défense de Grave d'iuie si grande réputation, irrita encore le dépit. Il ne put empêcher le roi de s'en servir, de lui donner divers gouvernements et commandements, et enfui le gouvernement de Strasbourg dès qu'il fut maître de cette ville ; mais Louvois le lui fil bien payer. Il y tint toujours des eommandauts en chef de l'Alsace, et en bannit ainsi Chamilly. Barbezieux suivit les traces de son père; mais Chamillart lui ayant succédé, Chamilly commença à respirer, mais non à espérer, parce qu'il regardoit sa fortune perdue. Le roi avoit envie de le faire chevalier de l'Ordre parmi tant de militaires qui le furent en IfiSS : Louvois l'avoit empêché. Madame de Chamilly etojt une de ces femmes singulièrement accomplies , qui se faisoit aimer et respecter partout, quelque résolution qu'on piH prendre de n'en rien faire. Une piété solide, toujours égale et soutenue depuis sa première jeunesse, mais qui n'éloit jamais que pour elle, une grâce, mie aisance, un esprit du monde naturel et né avec elle , bien de res|)rit et du sens, beaucoup de conuoissance des gens à qui elle avoit affaire, des vues et de la justesse à concevoir et à agir, qui ont souvent fait gémir l'inflexible Louvois contre sa jiropre haine; toujours gaie, mais ton

jours décente, infiniment faite pour la société. Généreuse, noble et magnifique même par son goût, riche et laide héritière sans avoir jamais déplu avec une singulière laideur. Son mari et elle étoieut depuis leur mariage dans l'union la plus intime. Elle séchoit de sa situation , souvent aussi de sa bêtise, et y suppléoit avec tant d'art qu'en faisant tout, jusqu'à ses fonctions , il sembloit qu'elle ne se mêloit de rien , et que le mari faisoit tout jusqu'au détail du ménage. Jusqu'alors elle n'avoit pu vaincre la terrible barrière du père et du fils ; mais elle se trouva amie de la femme de Chamillart, leur successeur, qui procura à Chamillyle commandement delà Rochelle et de tous ces pays-là, qu'avoit eu longtemps le maréchal d'Estrées , et de là enfin ce bâton tant désiré de maréchal de France.

Le comte d'Estrées fut plus heureux. Lorsque M. Colbert voulut ressusciter la marine , il tira son père du service de terre, où il étoit lieutenant général avec distinction, pour le mettre à la tête de ce corps. Il y eut des actions si brillantes que le public s'impatienta longtemps de la jalousie de Louvois pour la marine qui lui retarda plusieurs années le bâton. Tout ayant changé de face, Seignelay procura au fils la survivance inouïe de la charge de vice-amiral qu avoit le père, mais avec stipulation expresse d'un certain nombre d'années à passer par tous les degrés , et qu'il ne seroit réputé lieutenant général que du jour qu'il en serviroitmais cette dernière condition , Seignelay, maître de l'expédition , la laissa en arrière, et quand il fut question de cette promotion-ci, il se trouva que le comte d'Estrées étoit lieutenant général du jour de sa survivance en 1684, quoi qu'il n'en eût servi que longtemps après. La condition oubliée surprit le roi, qui avoit bonne mémoire ; mais le crédit alors brillant des Noailles, soutenu, pour ce fait-ci, de celui de Pontchartrain, ami des Estrées, le maintint , l'emporta, et le comte d'Estrées, qui avoit toujours fort bien servi et que sa femme avoit de plus mis à la mode, passa , et fut maréchal de France à quarante-deux ans et trois mois , avec la singularité d'avoir son père encore vivant maréchal de France. 11 prit , pour se distinguer de lui, le nom de Cœuvres, que son grand-père avoit rendu illustre avant d'être maréchal de France.

Château-Renaud avoit mérité son bâton par plusieurs actions heureuses , par une grande valeur et par de la capacité dans son métier, hors duquel c'étoit un buffle , à qui l'on ne pouvoit pas parler ; bon homme et honnête homme d'ailleurs. Il étoit déjà vieux ; il étoit Breton et parent de madame de Cavoie. Il vint souvent à Marly après qu'il fut maréchal de France , et désoloit les gens de la cour à qui il se joignoit dans le salon. Cavoie, qui, avec peu d'esprit, avoit acquis, par l'habitude, l'élite de la bomie compagnie de la cour, avoit tout auprès de Marly uue maison charmante à Lucieunes, où la fleur des pois alloit souvent pendant les Marlys, et où l'on savoit tout , et où il se brassoit

94 JOURNAL DE nANGKAU.

(jMi'lqui'fois pliisk'urs choses v\ snns ris(|iii' , parce que Cnvoie étoit fort bien auprès du roi. M. de Lauztin , malin comme nn sinpe cl qui fort craint n'étoit de rien nulle part , s'avise de s'accoster de CiiAteau-Renaud, et de lui doinier avis que Cavoie et sa femnu' se plaignoiejit un peu de lui ; qu'il u'alloit jamais à Luciemies; qu'ils n'en prioient personne, mais qu'étant leur parent et maréchal de France ils sentoienl cette ncgiifîence, parce qu'ils étoient glorieux ; qu'il lui conseilloit d'y aller souvent , parce que ces gens-là avoient beaucoup d'amis, et qu'il ne fa II oit point se brouiller avec eux ; que leur façon encore étoit d'avoir l'air de n'aimer pas qu'on allAt à Lucieimes , quoiqu'au fond on leur fit le plus grand plaisir du monde , mais que chacun avoit ses manières, et qu'il l'en avertissoit pour que la réception ne l'effarouchât pas et ne lui fît pas prendre le change ; et surtout y aller souvent, et sans jamais qu'ils s'y attendissent; puis il lui demanda le secret , et lui fit mille amitiés. Le maréchal, comblé d'un si sa'utaire avis, ne tarda pas à le mettre en usage. Ce fut une bombe à Luciennos ; les visages s'y allongèrent , la conversation tarit; M. et madame de Cavoie ne se contraignirent pas, et par leur mauvuise réception fortifièrent les avis de M. de liauzun. Finalement , ils eurent beau faire pour éconduirele maréchal : ce futime lèpre dont leur maison fut entichée, dont ils ne purent la guérir, et qui les désola , eux et leurs familiers. Ce ne ftit que longtemps après qu'ils découvrirent d'où leur venoit ce bon office. Il futaprès jusqu'au roi, qui eu pensa mourir de rire , et les gens de Luciennes de désespoir. Pontchartrain le fils étoit engoué de Château-Renaud et ne contribua pas peu à le faire maréchal de France malgré la triste aventure de Vigo, qui étoit malheureuse, où il n'avoit pas tort, mais qui avoit grand besoin de ce secours.

Rosen, très-ancien gentilhomme livonien et bien allié, à ce qu'assura INF le prince deConty à son retour de Pologne à des gens à qui il auroil dit la vérité de quelque façon que ce fiU ; il avoit eu la curiosité de s'en informer bien, (^étoit un excellent officier de cavalerie , bon même à mener une aile, mais rien de plus; brutal partout, hors à table, et fâcheux dans le commandemert. D'.illeurs , sous une mine de rcître, de l'esprit , de la finesse et instruit. Il parloit ma' françois par art , connoissant le faible (bi gouvernement pour les étrangers et son mépris pour les François. !• s'étoit enrôlé jeune , gueux et libertin, et pour des maraudes avoit tiré au billet. Il avoit un camarade de chambrée, maréchal de lacam )agne [sic], qui étoit entré aux Invalides ; il l'assistoit, et tous les ans l'envoyoit quérir, lui dornoit bien à dîner avec lui cl le renvoyoit la bourse largement garnie. Ce maréchal de France finit en lionnne sage, couraiieux et chrétien , dans i"ie espèce de retraite domestique très-honorable.

Vauban , la valeur même , la bouté , la vertu , la probité même ,

sous un extérieur rude , grossier et brutal , étoit de bien loin le premier homme de son siècle dans Fart des fortifications et des sièges et dans celui d'y ménageries hommes , et parmi cela la simplicité même. Le roi, sous lequel en personne il eu avoit tant fait d'éclatants , crut se faire maréchal de France lui-même et couronner ses propres lauriers par le bâton qu'il lui donna avec complaisance. Ce fut le premier qu'obtint ce genre de mérite militaire ; son amour pour le roi et pour l'État ne l'en rendoient pas moins digne que sa capacité et ses actions. Huxelles étoit tout autre chose : un matois rusé, appliqué à son fait, età son faitimique, à son fait en tous genres, sans jamais s'en détourner ni faire un pas inutile ; l'ami et le serf le plus assuré à tout des ministres et de qui il pouvoit espérer, tant qu'il en avoit affaire et rien par delà ; un silence artificieux qui présentoit à croire rien moins que ce qui étoit en lui, avecime grosse physionomieenfoncée,chargée"d'une grosse perruque qui faisoit dire que c' étoit une bonne tête, tandis qu'elle ne l'étoit que pour Rhinbrard (1) ; toute sa \ie vêtu de la même pièce de drap gris, son habit toujours boutonné et sans or que le bouton , nul vestige de cordon bleu, et le Saint-Esprit caché sous la perruque, malpropre et l'air d'un grand et gros marchand de bœufs ; tout d'une pièce avec de petits yeux enfoncés, très-vifs, qu'il renfonçoit encore sous de gros sourcils , et le sourire malin ; avec cette apparente simplicité , glorieux tant qu'il pouvoit , et sous prétexte de paresse ne se levoit guère de sa chaise ni ne faisoit de visites qu'utiles ; le plus libertin de son temps avec choix et la débauche grecque sans rougir ; à l'armée presque jamais à cheval, et toujours pour les partis foibles. Il craignoit tout, et sa valeur n'étoit pas bien décidée , mais il étoit si timide d'esprit que cela pouvoit lui avoir donné cette réputation. Le premier écuyer, Bermghen , et lui étoient cousins germains et amis intimes. Il n'avoit point de goût pour le mariage, et comme ils étoient enfants du frère et de la sœur, l'espérance de sa succession lui altachoit le premier. L'alliance surprenante de celui-ci , gendre du duc d'Aumont , et par conséquent propre neveu de M. de Louvois, avec qui il étoit intimement lié , avoit mis Huxelles dans la même privance. Le ministre avoit trouvé son homme en lui , et l'avoit avancé tant qu'il avoit pu et mis hors de page avant sa mort. Ou a vu qu'il fut accusé d'avoir rendu 3Iayence de concert avec lui pour éviter de finir la guerre. Barbezieux et Pontchartrain pendant sa faveur, ami aussi intime et parent du premier écuyer, ne lui furent pas moins favorables. Il trouva moyeu de percer jusqu'à madame de Maintenon et de se frayer le chemin à tout. Il ne songea pas moins au futur et ne se mit pas moins bien auprès de jNIonseigneur, par sa

(1) Il est évident que Saint-Simon a voulu dire Rembrandt.

96 JOURNAL DE DANGKAU.

Maiiitcnonà lui, qui étoil mademoiselle Cliouin; sa bassesse étoit telle que de la rue neuve Saint-Augustin, où il logeoit, au petit Saint-Antoine, où logeoit eette fille danphine, il cnvoyoil tous les jours des têtes de lapins à sa chienne. La vérité est que, dès que Monseigneur fut mort, ses visites et lenvoi à la «hienne cessèrent tout d'un coup sans (ju'elle en ait ouï parler une seule fois depuis. Il revint au maréchal quelle en étoit surprise : « Je ne sais pas pourquoi , répondit-il froidement , je ne la connoissois presque point , et je n'avois aucun accès auprès de Monseigneur. » Je n'en dis pas davantage. Il etoit vrai pourtant qu'il étoit admis à tout chez la Chouin, et qu'il voyoit souvent .Monseigneur eu particulier, et que ce prince eu parloit avec la plus grande opinion du monde.

Tessé avec moins d'esprit et d'affectation fit sa fortune comme l'autre, et la poussa bieu plus loin avec la singularité d'être devenu maréchal de France sans avoir essuyé coup de mousquet (1). C'étoit un lusé Mauceau, poli, doux, ayant le jargon des fennues et du grand monde , fort répandu , mais toujours à sou fait et toujours tout aux ministres et à la faveur. Louvois,dout il étoit l'homme à tout faire , le poussa et le lit chevalier de l'Ordre en 1688, n'étant que maréchal de camp , et lui lit créer la charge de mestre de camp général des dragons. La fortune le porta sans cesse , et il fut redevable à la modération et peut-être à l'indigualiou méprisante du sage Catinat de n'être pas perdu. Sa figure noble prévint le roi, et les valets ne lui servirent pas moins que les ministres. Sa fin a été subite de rage et de désespoir; son cœur fut trouvé fendu.

Montrevel primoit par la naissance et par une brillante valeur. Sa profession de galanterie, qui le lia au maréchal de \ illeroy, le fit goOter au roi , qui , sans son indiscrétion , lui alloit donner la compagnie des chevau-légers de la garde. Il le confia au maréchal de la Fenillade, qui dans l'insUiut en alla faire sa cour a Colbert , qui eut le temps de sauver son gendre. Le roi fut Innglenips aie pardonner a Montrevel, mais ce goût réciproque de galanterie le raccommoda a la fin. C'etoit d'ailleurs la plus glorieuse et en tout genrt'. et précisément à la guerre la plus inepte créature qm existât, et qui s'étoitfait une langue en musicjue, dont l'harmonie destituée de tout sens imposoitaux sols et faisoit rire les autres. Il etoit fort pauvre, et en prenoit où il pouvoit , gros joueur, i;ran<l dépensier, sans ordre , grand valet pour sa fortune ou pour ses besoins, et glorieux jusqu'à l'extravagance [)Our tout le reste. Tel tpi'il étoit, le roi l'aimoitel se complut à le faire maréchal de France. Salin

(I) Tessé fut Mess.- au siép- «le Veillane en 10'.) I et au siéfîo <ie Mantonft en 170Î!. Voir le Journal de Dunycuu , tome III, pa^e .Ji."., et tome VIII, liages :t7'i et .'{77.

a été ridicule : il est réellement mort de peur, d'une salière renversée sur lui.

Tallard excelloit dans toutes les parties du courtisan et de l'homme du monde ; une société délicieuse , un commandement charmant , brillant d'esprit et de vent, dévoré d'ambition, se distillant en projets, jamais content dans la plus complète fortime. Ses talents militaires ont été funestes à l'État, ses vues de cour l'ont encore été plus h l'Église. Son amitié , sa probité , sa fidélité étoient d'un courtisan parfait , et il est mort enragé au sein des honneurs et des richesses et de toutes sortes de dignités et d'établissements.

Harcourt, qui ne paroissoit rien promettre dans sa première jeunesse , ne fut pas longtemps à tenir ce qu'il ne promettoit pas. Sa surprenante laideur étoit réparée par un regard plus surprenant qu'elle ; l'esprit, la hauteur et une sorte de douceur mâle lui sortoient par les yeux ; l'ancien commerce de Beuvron, son père, avec madame de Mainlenon dans leur jeunesse poussa sa fortune, qu'il sut porter à son comble. C'étoit un homme délicieux à vivre à qui n'avoit point à s'en défier, et contre les grâces duquel les plus instruits de ce qu'il étoit avoient à se tenir en garde. Il vouloit plaire au goujat et au plus inutile valet, comme 'au général et au ministre, et il pouvoit en ce genre tout ce qu'il vouloit. M. de Louvois et madame de Maintenon furent donc d'accord en sa faveur ; Barbezieux fut son ami intime , et après eux Chamillart tant qu'il en eut besoin, lequel il culbuta après, pour plaire à madame de Maintenon, qui l'avoit fait et qui le vouloit détruire. 11 avoit tous les talents hors ceux de la guerre , et, ce qui est peut-être unique, il l'entendoit assez pour sentir tout ce qui lui manquoit, tellement qu'arrivé par cette voie il ne chercha plus qu'à marcher par d'autres et abandonner celle-là. Ce n'étoit pas qu'il y fût inepte ; mais les grandes parties lui défailloieut, et il s'en étoit aperçu le premier. D'ailleurs plein de sens, de justesse et d'esprit et parfaitement dissemblable au maréchal de Villeroy, il comprenoit combien le conseil étoit plus stable et plus utile que le commandement des armées , et que ces deux emplois ne se pouvoient accorder. Il se trouva si noyé de fortune qu'il ne sut presque où se laisser entraîner, et que par toutes ces raisons il eut besoin de toute son adresse pour éviter d'aller commander en Italie et retarder la promotion des maréchaux de France (1). Ou peut dire qu'il ne fit que ramasser le bâton en passant. Il ne s'étoit jamais caché de dire que, s'il n'avoit que ce but , il ne serviroit jamais ; que tout son objet étoit d'être duc , et quand il le fut , et que l'Espagne l'eut initié aux affaires, il compta tout pour rien s'il n'étoit ministre.

(1) Voir l'addition du •}.•). janvier 1705, tome Vllf, page 9.90. T. 'IX.

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Madaino do \Iaiut*'iioii l'y porloil di* lutit son crédit ; «.-Ile on eut parolo ot tout otoit arrôto pour a doii\ jours do la. Ou on out vonl,ot l'on rompit la inosuro. Il n'y put jamais rovonir; jamais aussi il no son oon- Sola, ot co no fut tpio malgré lui qu'il so réduisit on 1713 a oonuuandor los armoes. Il avnit du savoir, beaucoup do leoturo , boaucoup do justosso et plusouoore de séduisant; son talent ol son goût étoit pour lo gouvornonient . Il se nuisit à force do parler au roi de ses ministres avec lo dernier mépris. La hauteur l'eût domino si l'ambition n'eût été plus forte; mais l'avarioo surmonta l'une ot l'autre. La lin dosa vio fut affreuse ot longue par dos apoplexies qui lo roudiront muet ot presque immobile on lui laissant goûter toute l'horreur do cet état. On a soupçonne qu'il fut empoisonné en Espagne , ot il est vrai que depuis la grande maladie qu'il y eut il ne s'étoit jamais bien remis. La peine extrême que faisoit au roi l'odeur du tabac, elle désir extrême d'IIarcourt do se lever tout obstacle aux conversations fréquentes lui flt quitter tout à coup lo tabac dont il faisoit un grand usage depuis nombre d'années. On crut queles humeurs privées de ce cours avoient causé SOS apoplexies ; on lui flt reprendre le tabac , mais il n'étoil plus temps. Jamais son pays de Normandie ne produisit de nourfisson si délié ni si digne d'une telle patrie. «

Mardi 16, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly. Monseig^neur alla diner àMeudon, oi^i il demeurera quelques jours. Madame de Maintenon eut un tort violent accès de fièvre. — Depuis que iM. le maréchal de Villeroy est revenu ici, il a cédé au duc de Villeroy, son fils, la capitainerie de Corbeil et de la forêt de Sénart , et a supprimé la lieutenance qu'on avoit donnée à M. le chevalier de Lorraine. Le roi veut (|u il n'y ait <jue des anciennes lieutenances qui subsistent et détend qu'on donne de nouvelles commissions. — M. le comte de Melun, qui avoit un régiment de cavalerie qui sert en Italie, se retire , et le roi a trouvé bon quesoniVèr»;, le vicomte de Gand, (jui étoit capitaine dans le réuinuMil, rachète. — Il y aune alTaire considérable en Sorbonne (1) qui fait beaucoup de bruit; quarante doc-

(I) C'ftsl ce (|u'on .iiiiM'ilt' le cas de conscience qui excita une uramJe afl'aire en 1701 ; niai.s nous m parlerons en 170.^ à l'tKXuisiuti «le la Itiille I nieaiii Domini, etc. (Aotecludur de l.uijiivs.)

teursont approuvé et signé des propositions que MM. les évoques de Meaux et de Chartres soutiennent erronées et capables de rétablir le jansénisme , que les papes et le roi ont tant travaillé à abolir.

Mercredi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Madame la duchesse de Bourgogne alla voir Monseigneur à Meudon et revint souper avec le roi. — L'armée de l'empereur qui doit agir contre M. de Bavière se grossit tous les jours ; elle sera commandée par le comte Schlick; le principal pays de cet électeur est couvert par rinn et par le Danube. Il a sur l'Innla place de Braunau, qui est très-bien fortifiée, et il a présentement sur le Danube Ulm, Donauwerth, Ingolstadt et Straubing, qui est entre Ratisbonne et Passau ; on compte qu'il a vingl-cinq mille hommes de troupes réglées et bien des milices ; cependant il presse fort pour avoir des secours de ce pays ici. Il touche du roi ou du roi d'Espagne plus de 100,000 écus par mois. — M. de Médavy, qui commande les quartiers les plus proches du lac de Garde , avoit assemblé plusieurs bateaux sur lesquels il a fait emliarquer une partie de l'infanterie qui est à ses ordres ; ils ont traversé tout le lac, et sont allés entre Riva et Torbole pour faire contribuer ce pays, qui est à l'empereur ; mais ils ont trouvé beaucoup de milices armées sur les bords de ce lac, et Médavy n'a pas jugé à propos d'exposer les troupes pour une chose qui n'étoit pas capitale. On soupçonne les Vénitiens d'avoir donné aux Impériaux l'avis de cette entreprise, sans quoi elle auroit pu réussir aisément. Médavy est revenu dans ses quartiers.

Jeudi 18, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à Marly. — H y a des lettres de Guastalla du 5, qui portent que la garnison de Bercello avoit demandé à capituler, et que M. de Vendôme n'civoit pas voulu leur accorder tous les articles qu'ils demnndoient dans la capitulation ; il ne veut pas leur laisser emmener tout le canon; il y en

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a beaucoup dans la place et c'est toute l'artillerie du duc de iModène. M. de Vendôme resserre de plus en plus les ennemis dans leurs postes. Alliergotti, qui commande à Modène, a fait avancer quelques troupes vers le Bolonois. — On mande de Lorraine que ce duc, après avoir demeuré quelques jours à la Chartreuse de Nancy , alloit l'aire sa résidence à Mirecourt. La princesse dont madame de Lorraine vient d'accoucher est morte (1). Les dames de Hemireraont ont député à Lunéville pour prier M. et madamo de Lorraine de trouver bon qu'elles élisent pour a])ljesse la princesse leur fdle , qui n'a je crois que deux ans. — Comme le roi et M. de Chamillart n'ont eu aucune nouvelle ni par M. de Vendôme ni par le chevalier de Bezons, qui commande le quartier le plus proche de Bercello , il n'y a pas d'apparence que cette place capitule.

Vendredi 19, à Versailles. — Le roi donna le matin après la messe une longue audience au maréchal de Villeroy dans son cabinet. L'après-dlnée S. M. alla tirer. — Vendeuil, lieutenant général et lieutenant des gardes du corps, étant obligé par ses intirmitésde quitter le service, a envoyé à S. M. la démission du gouvernement de Pecquaye, qu'il avoit depuis quelques années, et le roi a donné ce gouvernement à son fils, qui étoit page de la cliaml)re il y a deux ans. Ce gouvernement vaut 14 ou -15,000 livres de rente, qui sont payées par les États de Languedoc, et la grâce que le roi fait au fils marque bien l'estime et l'amitié qu'il avoit pour le père. La lieutenance qu'il avoit dans les gardes a été donnée à Marnais , premier enseigne de la compagnie , -et l'enseigne au chevalier de la Villeneuve, qui en étoit aide-major, et l'aide-majorité au chevalier de Vernassal , un des plus anciens exempts.

(1) Cela ne s'est pas trouvé vrai. (ISote de Daugenti. )

Samedi 20 , à Versailles. — Le roi alla raprès-dinée se promener à Marly, cVoù il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur revint de Meudon. Il y devoit avoir le soir comédie ici; mais Monseigneur contremanda les comédiens parce que c'étoit l'anniversaire de la reine mère, et ce respect-là a été fort approuvé au bout de trentesept ans, car elle mourut en 66. — Le roi a fait une promotion de chevaliers de Saint-Louis pour les officiers de ses armées de terre. On a donné la croix à cinq cent douze estropiés ou qui avoient plus de trente ans de service , et le roi nous dit qu'il y en avoit encore plus de cinq cents autres qui méritoient le même honneur et qui avoient le service nécessaire , que le roi a réglé à trente ans. — On eut des nouvelles de M. de Vendôme du 8. Ce qu'on avoit mandé de la capitulation de Bercello n'étoit pas véritable ; mais on croit que la garnison y sera bientôt réduite. On continue à bombarder la place avec plus de succès que les premiers jours. M. de Vendôme assemble quelques troupes, et c'est apparemment pour attaquer les quartiers des ennemis les plus proches de nous ; ils ont encore celui de Bondanella en deçà de la Secchia.

Dimanche 21, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur ne sortit point, et joua le soir à l'ordinaire chez madame la princesse de Conty. — M. le duc de Gesvres* vint ici avant-hier parler au roi; il veut se marier malgré toutes ses incommodités; il a près de quatre-vingts ans. Le roi lui conseilla fort de n'en rien faire ; il lui dit beaucoup de bonnes raisons qui dévoient l'en empêcher, mais il ne gagna rien sur lui. Il veut épouser mademoiselle de la Chesnelaye , petite-tille de madame de Soyecourt et qui aura même un bien considérable; ce mariage fera encore beaucoup de tort au marquis de Gesvres, son fils. — Le mariage du duc de Mortemart avec mademoiselle de Guiscard est entièrement rompu. — Le roi eut nouvelle que les ennemis,

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après avoir canon?!.' et l)om])arclé durant trois jours le chAteau de Sallenihouri; , en avoient lev»i ],. sirj^e; ce château sert fort h la communication du pays du Luxembourg avec Bonn. Lacroix avoit jet(^ quelque mondi^ dans ce eliAtrau et a fait entrer un convoi dans Bonn : le roi a paru très-content de LacroLi sur tout ciela ; les ennemis avoient assez de troupes devant Saffembourp: et il n'y avoit pas deux cents hommes dans le château.

* Cp duc de Gesvres étoit le fléau de sa famille et un des méchants hommes du monde. Il ne se remaria (Jue pour faire mal et dépit à .SOS enfants. I>a première luiit de ces noces il fit au lit si énormément que la pauvre épousée eut gnind'hâte de sauter en place [.sîc,J et grand besoiu de changer de tout. Elle s'en dédommagea bien par la suite.

Lundi 22, à Versailles. — Le roi prit médecine , et tint Taprès-dinée le conseil qu'il auroit tenu le matin. Monseigneur ne sortit point de tout le jour ; il alla au conseil à son ordinaire et puis il y eut comédie. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui ;\ pris le poste de Bondanella, qu'occupoient les ennemis et qui est en deçà de la Secchia ; ils y avoient fait un grand retranchement. M. de Vaubecourt, lieutenant général, fut chai\g-é de cette attaque; il avoit avec lui M. d'Esteing , maréchal de camp, et le chevalier de Luxembourg pour brigadier. Les ettnemis avoient quatre cents hommes derrière ces retranchements. T'n lieutenant-colonel qui les commandoit les abandonna, disant qu'il alloit leiu- chercher du secours. Nos troupes attaquèrent avec iàni de vigueur que les retranchements furent emportés en moins d'une heure. (>n a lait quatre cents prisonniers, parmi lesijuels est le principal officier qui hU demeuré avec eux; il y a eu plus de deux cents hommes des l'e\irs tu^és ou \w\\^s dans la Secchia. Les paysans ont assun^ M. de VaubiMMuirt <pril ne s'est pas sa\nV' vingt-ciUii hommes.; nous n'y avons peivlu que douze ou <piinze soldats. L'action a été fort vii;()ur(Mise , et VaubccourI mandr que le chevalier de Lu.vemi)ourg s'y vst fort distingué.

Mardi '23, à Marly. — Le roi signa le matin à Versailles le contrat de mariage du duc de Gesvres avec mademoiselle delà Chesnelaye, à qui madame deSoyecourt, sa grand'mère, assure après sa mort 200,000 francs. Je ne sais pas ce qu'elle aura d'ailleurs ; je crois que cela approche de 100,000 francs. — Le roi vint ici aussitôt après son diner et ne rentra qu'à la nuit dans la maison. — Traversonne, major du régiment des gardes, étant obligé par sa mauvaise santé de quitter le service , le roi a donné cette charge à M. de Bernière, qui n'est pas un des plus anciens capitaines du régiment. Cette majorité vaut 17,000 livres de rente , et donne lieu de parler souvent à S. M. Traversonne aura la compagnie de Bernière à vendre, et outre cela le roi lui donne 8,000 francs de pension. — On a reçu des lettres de M. l'électeur de Bavière du 10 de ce mois. On assure présentement qu'en comptant ses milices qui sont bonnes il a plus de quarante mille hommes sur pied. — Madame la duchesse de Quintin est de ce voyage pour la première fois. On ne dansera que le premier voyage. Le mariage de mademoiselle de Saint- Aignan se lit à Vaucresson chez M. le duc de Beauvilliers, son frère.

Mercredi 24, à Marly. — Le roi ne fut pas si longtemps au conseil qu'à son ordinaire; il en sortit avant midi pour aller voir planter dans son jardin; on n'y travaille guère qu'à cela durant la gelée. — On eut des lettres du roi d'Espagne du 13 de ce mois. Il compte toujours d'arriver le 16 à Madrid. Il fait lever en Espagne dix-sept mille hommes de pied et six mille chevaux ; l'argent pour cette levée est déjà entre les mains du cardinal Porto-Carrero. On mande que ces levées-là qui sont déjà commencées se font fort facilement , et on espère que cela contiendra le roi de Portugal, qu'on craignoit qui entrât dans l'alliance de l'empereur, des Anglois et des Hollandois. — Le roi donne au marquis deLavardin, qui n'a que dix-huit ans, la lieutenance générale de Bretagne , qu'avoit son père ,

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qui vaut plus do /i 0,000 livres de rente et sur lacjuelle il n'avoit (ju'un brevet de retenue de 50,000 écus. Il épouse mademoiselle de Noailles*, fille du duc »'t c'csl en partie en faveur de ce mariaire que le roi donne la eliarge. Voilà cin(| tilles de M. de Noailles mariées à de grands seigneurs; il en a encore trois ou quatre à marier.

* Ce mariage de mademoiselle de Noailles fut un étrange mariage. Lavardiii avoit épousé en premières noees une sœur du duc do Clievri'use , dont il n'avoit que le marquis de la Châtre, et en secondes noces une sœur du maréchal et du cardinal de Noailles, dont il avoit ce fils unique et deux filles qui épousèrent depuis le duc de Chaulncs et IU'rinij;lien, premier écuyer après son père, mort sans enfants bientôt après lui. Lavardin, mécontent des ISoailles et sentant bien que son lils pouvoit aisément trouver beaucoup mieux, avoit eonstammcul résisté à ce mariage, et en mourant l'avoit défendu à son fils sous peine de sa malédiction, à ses tuteurs sous peine de sou indignation et de trahir sa dernière volonté , et conjuré le cardinal de Noailles avec confiance de ne le pas souffrir. Celui-ci s'y opposa en effet tant qu'il put ; ^nais les tuteurs et le petit garçon furent gagnés. Les Noailles l'éblouirent , les parents les craignirent et le mariage se bâcla (1).

Jeudi 25, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute Taprès-dlnée dans ses jardins. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent sur les six heures. Le roi et toute la maison royale allèrent les recevoir à l'ordinaire dans le petit salon , jusqu'oii ils arrivent en chaise. Ils furent quelque temps enfermés dans le cabinet du roi , et puis le roi d'Angleterre joua dans le grand salon avec monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne et toutes les dames ; la reine d'Angleterre dcMHMira avec le roi et madame de Maintenon, et j\ huit heures l^L. MM. BB. retournèrent à Saint-(iermain. — Au retour de la promenade, avant que le roi d'Angleterre arrivât , le roi travailla avec Mansart et lui fit changer

(I ) Saint-Simon a bilTé la lif;ne suivante, qui terminait cette addition. « On v»!i ra i>ifnt<H l'effet «le la malt'ilictioii du pôic, dont la IxHino et ancienne maison périt avec ce tils. » Voir l'addition ilii '.ÎO novembre 1703.

un clssein d'un ouvrage qu'il fait faire au bas de ce qu'on appelle ici la rivière, parce que S, M. le trouva trop magnifique pour un petit lieu comme Marly. — M. de Monasterol, envoyé de M. l'électeur de Bavière, et Siméoni, qui étoit avec lui, sont revenus sans avoir pu passer pour joindre cet électeur. Il y a quelques mois qu'on assuroit qu'ils l'avoient joint ; cela s'est trouvé faux.

Vendredi 26, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins; la gelée empêche qu'il puisse chasser. — On mande de Pologne que le cardinal primat fait assembler un synode pour examiner si l'élection du roi de Pologne a été canonique ; on prétend qu'il y a eu beaucoup de nullités dans cette élection et qu'elle est contre toutes les formes. Le roi de Pologne avoit prié le nonce d'agir auprès du cardinal primat, pour rompre cette résolution , mais le nonce ne s'en est mêlé que foiblement. Le roi de Suède continue à ne vouloir point d'accommodement que le roi de Pologne ne soit déposé, et on croit que plusieurs grands seigneurs de Pologne sont dans ses intérêts, — Le marquis de Gramont, qui commande dans Rhinberg, a fait attaquer une redoute que les ennemis avoient fait faire fort proche de la place. On l'a emportée l'épée à la main, on a tué ou pris tous ceux qui la défendoient ; cependant cette place est si fort resserrée et la disette de vivres si grande qu'on croit qu'on sera obligé de l'abandonner.

Samedi 27, à Versailles. — Le roi partit de Marly à cinq heures pour revenir ici. Monseigneur alla de Marly à Meudon diner et revint ici le soir pour la comédie. — M. le comte d'Évreux traite avec M. le comte d'Auvergne*, son oncle , de la charge de colonel général delà cavalerie, dont il lui doit donner 200,000 écus ; la charge ne vaut pas 20,000 livres de rente. Le roi en a donné l'agrément au comte d'Évreux ; mais il veut qu'auparavant il serve dans la cavalerie , et pour cela il va acheter un régiment de cavalerie, et vendra celui d'infanterie qu'il a.

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M. le cardinal de Bouillon lui donne au moins 100,000 francs pour lui aider A, payer cette charge. — Les ennemis asseinhlonl des frou[)es auprès de Traerbach , dont on croU (ju'ils V(Mil«'nt faire le si%e. \a. ville est tn's-;iisée à prendre, mais le château est très-bon, et, s'ils l'attaquent, on song-era à le secourir, et nous en aurons le loisir. On croit nirnie qu'on y fera marcher le maréchal de Tallard.

* Lo coinlc d'Auvergne avoit ou la charge de colouel général de la ravalerie de M. de Turenne à sa mort. Il étoit aneien lieutenant général et avoit bien et longtemps serAi. Il avoit essuyé tous les dégoiits possibles dans cette charge par M. de Louvois, qui haïssoit M. de Turenne et tout ce qui lui apparteuoit. Le roi depuis lit tout ce qu'il put pour engager le comte d'Auvergne de la vendre à M. du Maine sans en pouvoir venir à bout. Cela acheva de le rendre nul dans la cavalerie, et à la fin il ne servit plus, et, pour consoler M. du IMaine, on mit les carabiniers on corps à la fin de 1693, connue ils sont encore aujourd'hui, sous M. du Maine. A la fin, dégoûté d'ailleurs de servir, le comte dKvreux, devenu ami de jM. le comte de Toulouse, obtint l'agrément de la charge de son oncle, que sa persévérance atout souffrir conserva dans sa maison.

Dimanche 28, à VermUles. — Le roi eut nouvelle de l'arrivée du roi d'Espagne à Madrid ; il y entra à cheval le 17 de ce mois, marchant à côté du carrosse delà reine, qui étoit allée au-devant de lui à .Guadala.xara, qui est à deux journées de Madrid. — On mande de Vienne que le 8 le prince Eugène y arriva, et lelend«;main il eut audienc<î de LL. MM. 11. 11 demande de grands secours d'hommes et d'argent sans lesquels il est hors d'»''tiit d<.' pouvoir soutenir la guerre en Italie; mais comme il est impossible de lui fournir ces secours présentement, on pourroit bien le retenir à Vienne et l'employer contre l'électeur de Bavière. L'empereur a neuf mille honim<;s de troupes réglées près de la rivière d'Eus, sur les contins de la haute Autriche. L'électeur de Bavière a fait marcher (quelques IroujK's vers h' haut l*alalina}, «pii on! <aus<'' un»- ::rande «'ponv.inte sur les li-onlièrcs dr Bohème, doni lous les habitants de la campagne se réfugient dans les villes.

Lmidi 29, à Versailles. — Le roi entretint longtemps le maréchal de Tallard, et lui ordonna de se tenir prêt à partir pour aller commander ses troupes sur la Moselle, Il aura quatre lieutenants généraux et six maréchaux de camp dans son armée. Il s'en ira droit à Metz et à Luxembourg et marchera au secours de Traerbach si les ennemis en attaquent le château. — Le roi a envoyé au cardinal de Médicis un brevet pour être protecteur des affaires de France, conjointement avec celles d'Espagne, et depuis ce cardinal a fait mettre sur son palais à Rome les armes de France et celles d'Espagne à la place de celles de l'empereur qui y étoient durant qu'il avoit la protection des affaires de l'empire. — On mande de notre armée d'Italie que les quatre cents François qui avoient été envoyés en Hongrie au commencement de la guerre étoient arrivés, il y a quelques jours, à l'armée impériale et avoient ensuite été échangés avec pareil nombre de prisonniers allemands.

Mardi 30 , à Versailles. — Le roi envoie le maréchal de Montrevel, pour commander en Languedoc, où les soulevés continuent à faire de grands désordres. On dit que M. le comte de Broglio reviendra de ce pays-là pour ne pas servir sous M. de Montre vel, qui étoit moins ancien lieutenant général que lui. — M. de Meyercroon donna part au roi de la naissance du prince Georges , second fils du roi de Danemarck , né le 6 de ce mois. — Le roi a donné la charge de premier président de Besançon au sieur Boisot, qui en étoit procureur général. — Le mariage du duc de Gesvres avec mademoiselle de la Chesnelaye se fit hier à Paris; et on a envoyé à Rome pour avoir la dispense de celui de M. de Lavardin avec mademoiselle de Noailles, parce qu'ils sont cousins germains. — Le marquis de Varennes, d'Ussonet Surville, lieutenants généraux, vont servir sous M. de Tallard; Imécourt, le chevalier du Rozel, le chevalier d'Asfeld, Sousternon et Jeoff reville, maréchaux de camp, serviront aussi dans son

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armée. Le ln'uit coui't parmi les ennemis que rélectcur de Brandel)Oiirg- viendra commander leur armée sur la Moselle.

Mercredi 31, à Versailles. — Le roi alla se pronii.'ner l'après-dinée à Marly ; il y passa encore hier l'après-dlnée. — Toutes les armées sont réglées ; il y aura en Flandre vingt-sept lieutenants généraux et vingt-cinq maréchaux de caxnp dont voici la liste :

MM. Ximeuès , Busca, Gacé , Coigny,

Milord Berwick, D'Usson, Artagnan, Duc de Roquelaure , Chevalier de Gassion, La Motte , Comte de Sohe, Pracomtal , D'Alègre, Duc de Luxembourg,

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