‹ Journal; (volume 2)Chapitre 2 sur 17 · lOIlRNAL l)K DANGKAIK · texte numérisé non relu

lOIlRNAL l)K DANGKAIK

salon, en partit un peu après Monseigneui*. Ils avoient ordonné (lu'il y eût ici ('oin<'(lie, mais il y eut un niés«?nlenclu el les comédiens ne vinrent point. Monseigneur joua chez madame la princesse de Conty. — Le roi eut la continuation de la prise de milord Marlhorougli, et on a pris avec lui M. d'Opdam, lieutenant général, et M. de (iildemersheim,qui étoitle député de MM. les Etats Généraux à Tarmée ; ils ont été pris sur la Meuse. On traitera fort liien milord Marlhorout; h, qui en a trés-l)ien usé avec tous nos prisonniers. — M. Tévéque de la Rochelle est mort ; il étoit lils du bonhomme la Frézelière, qui mourut il y a six mois. L'évéché de la Uoclielle est un des beaux bénétices d^Ftance et vaut plus de 12,000 écus de rente. — Valeilles, qui étoit lieutenant de roi dans Kaiserswerth et qui fut fait brigadier après le siège, remercia le roi à la (leseente de son carrosse. S. M. lui a donné le cordon rouge de l'ordre de Saint-Louis quavoit des Hordes, (|ui a été tué à la bataille de Friedlingen ; les moindres pensions des cordons rouges sont de 1 ,000 écus.

Dimanche 12, à VersaiHes. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent dîner à Meudon, el Taprès-dinée ils allèrent à Paris à l'opéra. Après l'opéra Monseigneur retourna à Meudon, où il demeurerajusqu'à vendredi ; madame la duchesse de Bourgogne el monsciuncnr le duc de Berry revinrent ici. — ■ On ap[»ril que milord Marll)orough, qui avoit étéprispar un [«irti de (lueldre sans être connu, avoit été relâché sur un p.isse-port qu'avoit M. de r.ildemersheim pour lui et pour six de ses domestiijues. Il fit passer milord Marlborough pour son é'cuyer vÀ M. d'Opdam pour son secrétaire, et le partisan (piilesavoit prisfut assez simple pour lecroire. — llarriva un eoiu-rier du petit Uenaud, cpii est dans Vigo. Il mande an roi «pie les f-nnemis, ne pouvant |)ri;n(lre eett<' place , s'étoienf renib;ii(pn's . (pi'ils làdioicnl à reh'ver rin([ de nos vaisscanv (jifon n'avoit pu bnilcr cl qu'on avoit fait

NOVEMBRK 1702. 39

échouer, qu'il voit les ennemis mettre à la voile dans le temps qu'il écrivoit sa lettre, que trois cents chevaux venus de Cadix leur avoient apporté tous les secours de vivres dont ils avoient besoin et les avoient très-bien servis, et que les Espagnols avoient tous marqué beaucoup de zèle et de fidélité. Le roi chargea M. le comte de Toulouse, qui alloit à Meudon l'après-dinée, de porter cette Ijonne nouvelle à Monseigneur.

Lundi 13, à Versailles. — Le roi alla se promener Taprès-dinée àTrianon. Monseigneur prit médecine à Meudon, — On eut nouvelle que Traerbach s'étoit rendu le 7 de ce mois. M. de Tallard en faisoit faire le siège par Maisoncelles, brigadier dans les troupes qu'il commande ; le château étoitfort bon etauroit pu se défendre beaucoup plus longtemps. M. de Tallard, durant ce siège, a étendu les contributions fort loin ; il marche présentement vers Sarrelouis avec dix-huit bataillons et trente-quatre escadrons. — Le chevalier de Chamilly, brigadier d'infanterie et colonel du régiment de Béarn , est mort des lilessures qu'il avoit reçues à la bataille de Friedlingen, et son régiment a été donné au comte de Maure , frère cadet du duc de Mortemart et capitaine dans le régiment de Champagne. — Les officiers généraux de Tarmée de Flandre, qui reviennent presque tous, commencent à arriver, et le maréchal de Boufflers a loué une maison pour cet hiver dans Bruxelles; il commandera cet hiver comme il a commandé cet été. Il demande seulement permission au roi de venir faire un tour ici pour se justifier de quelques fautes que ses ennemis prétendent qu'il a faites durant la campagne. — Le roi donne un régiment de cavalerie à lever à..., major du régiment de Berry; il y a beaucoup de gens qui se présentent pour en faire à leurs dépens et des régiment de dragons aussi.

Mardi 14, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à Meudon ; Monseigneur lui fit voir sa chapelle, qui est achevée et que le roi trouva parfaitement belle. Il le mena

40 JOURNAL DE DAISGEAU.

aussi dans son appartement nouveau, qui est tout incu- I>1«'^; le roi !«• trouva fort ai;réal)le, mais il <'n coiidamiK; fort rentrée, et il est malaisé d'en faire une ailleurs qui soit commode. Au retour de Meudon, le roi vit chez madame de Maintenon le maréchal de Villeroy*, qui est arrivé et qui fut encore mieux reçu qu'on ne le pouvoit croire, malgré toutes les bontés et les amitiés que le roi lui avoit témoignées durant saprison.L'empereurn'a point voulu prendre les 50,000 livres réirlécîs pour la rançon des généraux. — On a eu des lettres du roi d'Espagne de Pavie, où il a encore été mieux reçu s'il se peut qu'en aucune ville du Milanez; il doit arriver le 7 à Gènes. Les armées d'Italie sont toujours dans leurs mêmes camps, fort incommodi-es surtout par la puanteur extraordinaire ; on croit qu'on apprendra le décampement par les premières lettres qu'on en aura. Il reviendra peu d'officiers généraux de notre armée, et les quartiers différents où ils commanderont cet hiver ne sont pas encore entièrement réglés. — M. le maréchal de Catinat arriva à Paris. — Le roi à son souper et à son coucher entretint fort encore le maréchal de Villeroy et lui fit conter beaucoup de circonstances de sa prison (1) . — Le chevalier de Pezeux a vendu

(1) '< Il s'en faut de beaucoup, rapporte le Mercure galant , que ce maréclial n'ait élè traité en Alloina^ne comme le prince de VirlemlKTft, l'un des pént-raiix lit' retnpercur ot commandant s.i c^ivalcrie , qui lut pris par M. it^man'-dial de Lorges, a«'t»5 traité en l'rance. Ce prince eut i'iionneur île ^oir le roi; il fut rénale des principaux seif^neurs de la cour, et n'eut que sa parole pour narile. Le roi ne >oulul |)oint en prendre de rançon, et, ipielciues jdurs avant son <lépart, il lut nommé pom- Marly, où Ion a l'honneur de \o\v Sa Majesté plus souvent et de jilus près (ju'.'i Versailles, la cour n'y étant point nombreuse, et chacun s'y communicpiant plus familièrement. M. le mari'chal de Villeroy n'a point vu l'empereur; il a toujours demeure à (irai/,, où souvent il a eu à craindre, (pi()i(|ue ce ne fût pas rinleulion île l'emiiereur, d'être insulte jiar ceux à (piile \in in.-pire de la hrulalité, en sorte qu'il n'a osé s'exposer à Jouir du peu de lilM-rté- (ju'on lui laissoil. I>e menu peuple n'étoit pas plus sa^e et |ilus retenu, et il faut moins s'en étonner; il s'allroM|M)it aidour du lieu où ce maré-chal deuicuroil des ipiil enlendoit dire qu'il y avoil eu (pielque action dans le» armées ;H'il les croyoitavantancuses'pour les amM^es de l'empereur,

Je régiment d'infanterie qu'il avoit levé l'hiver passé à la Fons, qui lui en a donné 10,000 livres argent comptant ; ce M. de la Fons est fils de celui qui étoit intendant d'Alsace.

* Rien n'est égal à la faveur que le roi témoigna au maréchal de Villeroy en ce retour ; elle fut au point de lui parler de tout , et de I u faire souvent communiquer les dépêches étrangères par Torcy. Le chevalier de Lorraine , ami de jeunesse , et d'intrigues , et d'alliance proche du maréchal , et homme de beaucoup d'esprit , le pressa de se

il insultoit M. le maréchal en s'applaudissant , et s'il étoit convaincu du contraire, dont il avoit de la peine à se laisser persuader, il redoubloit ses injures séditieuses. Cela anivoit rarement, tant on prend soin de déguiser ces sortes de vérités dans toute l'Allemagne et d'y chanter des Te Deum lorsqu'on ne devroit songer qu'à des chants lugubres. Voici un fait constant là-dessus et rapporté par M. le maréchal de Villeroy. Ce maréchal dit qu'il n'avoit jamais senti une aussi vive douleur que celle que lui avoit causée l'arrivée d'un courrier de M. le prince Eugène, qui alloit à Vienne porter la nouvelle du combat de Luzzara. Il ajoute que l'usage des courriers de ce pays-là qui portent de bonnes nouvelles est de sonner en passant dans les villes , d'une certaine manière avec une espèce de cornet qu'ils portent ordinairement , et qu'en avant vu passer un sous ses fenêtres il avoit prié son garde de lui dire de quoi il s'agissoit, et qu'après avoir affecté beaucoup de mystère avant que de lui rien déclarer il lui avoit dit enfin que le prince Eugène venoit de gagner la bataille la plus complète qui se fût jamais donnée ; que M. de Vendôme et presque tous les officiers généraux avoient été tués, tout le canon et tout le bagage pris, et qu'il ne restoit plus qu'un petit corps de cavalerie, qui avoit pris la fuite et qu'on poursuivoit de manière qu'il seroit dissipé en fort peu de

temps

« L'empereur, n'ayant plus aucun prétexte pour retenir M. le maréchal de Villeroy, lui envoya dire qu'il lui rendoit sa liberté) sans autre condition que celle de retourner en Italie et de passer par son armée. Cependant M. le maréchal de Villeroy, qui savoit que la rançon des généraux d'armée venoit d'être fixée par le cartel à cinquante mille livres, envoya, sitôt qu'il fut arrivé en Italie et étant encore éloigné de l'armée de l'empereur, un billet de cinquante mille livres à M. le prince Eugène, payable au porteur. Ce prince, qui est né en France , qui n'a pu encore en oublier les manières et qui se sent encore de l'air qu'il y a respiré, renvoya le billet de M. le maréchal de Villeroy à M. le duc de Villeroy, son fils. Il l'assura en même temps qu'il n'avoit jamais songé à prendre de rançon de monsieur son père, et marqua fpie leur entrevue ne convenoit ni à l'un ni à l'autre , et que la dignité de M. le maréchal de Villeroy le dispensoit de se donner la peine de le venir trouver dans son camp. » {Merc«/ede novembre, pages 332 à 338.)

42 JOURNAL DK DANOKAli.

servir de ct niyon sinpuliiT de credil pour l'iitrer dniis le nmsoil, qui étoil le cond)!!' stid)ie i-t assure de toute lortuiie |)our un lioiniuc aussi grandement établi que lui, et de quitter le commandement des armées, où il n'étoit pas heureux. I/intérét du chevalier de Lorraine d'avoir dans le conseil un anu' intime, peu éclairé et accoutumé à être conduit pai lui en beaucoup de clioses ne put le rendre assez éloquent pour le persuader. Il convenoit bien qu'à la manière dont le roi le traitoit et a la nouveauté de lui taire communiquer les dépêches il ne lui seroil pas dillicile d'obtenir d'entrer dansleconseil ;mais il protesta toujours que (piitter le connnandemeiit des armées après les malheurs qu'il y avoit essuyés, ce seroit se déshonorer, et s'en tint la. Il ne mit guère a sentir, (]uand il n'en fut plus temps, combien le conseil du chevalier de Lorraine lui auroit été salutaire; mais le chevalier mourut trop tôt après pour le voir.

Mercredi 15, à Versailles. — Le roi alla raprès-diiu';e se promener à Marly, Monseigneur le duc de lionrgogne mena dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne à Meudon ; ils y virent dhK.'r Monseigneur , ([ui l'aisoit un retour de chasse à cinq iieures. Monsuigneur le duc de Bourgogne se mit à table avec lui, et madame la duchesse de Bourgogne mangea assise sur le bras de sa chaise ; mais elle ne se mit point à taljle, parce qu'il y avoit des courtisans qui mangeoient avec Monseigneur, et il n'y auroit que les princes du sang qui pourroient manger avec elle. — On eut hier au soir des lettres de M. de Villars du 12. Il étoità Saverne avec toute sa cavalerie et une seule brigade d'infanterie; il en a dispersé le reste depuis la Vansenau jusqu'à la hauteur de Neul)ourg. Avant cjue de revenir ;V Saverne, il avoit descendu le long du Rhin jusqu'à la Moeter, où il a ruiné plusieurs redoutes qu'y avoit fait le prince Louis. Ce [)rince est retourne'' vers Bri.sach; il a son quartier général deux lieues en deca.de cette ])lace, toujours au delà du Hhin, et presque toute sa cavalerie est dans les gorges des montagnes i\c Kribourg. On ne dit rien de M. de Bavière, maison croit cpi'il demeure lidèle dans s«!S engagements avec le i(»i;<»ii dit même «prij va augment<^r considérablement le iKunlii-e de ses troupes. — Le roi

donne 4,000 livres de pension à M. de Nesmond pour avoir appris à monter à cheval à monseigneur le duc de Berry ; il avoit déjà 5,000 livres de pension pour avoir appris à monseigneur le duc de Bourgogne .

Jeudi 16, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée. Monseigneur, qui est encore à Meudon, courut le loup. — Le comte d'Estrées, qui revenoit de Toulon, a été oJjligé de rester à Essonne fort incommodé ; on craint même que cette incommodité ne l'oblige à en venir à une opération fâcheuse. — J'appris que don Antonio de Ubilla , segretario del despaclio universal, qui a été fait marquis de Riva depuis quelque temps avoit obtenu du roi d'Espagne la permission d'être assis dans le conseil comme les conseillers d'État; il rapportoit à genoux, et les bons oHices que lui a rendus le roi [sic\ ont déterminé le roi d'Espagne à lui accorder cette faveur. J'appris aussi que le roi d'Espagne, avant que de partir de Milan, avoit accordé les traitements de grand à trois ou quatre Milanois, qui sont....

Voici la liste des officiers généraux qui demeurent en Flandre cet hiver :

Lieutenants généraux. — MM. le marquis de Xiraenes à INamur ; le comte de Gacé à Anvers; le marquis d'Usson sur le Demer ; le comte de Gassion dans le pays de Vaës ; le comte de la Motte à Bruges et à Gand; le marquis d'Alègre à Bonn ; le marquis de Blainville dans le pays de Luxembourg.

Maréchaux de camp. — MM. le marquis de Gramont; le chevalier de Courcelles ; le comte de Caylus; le chevalier du Rozcl ; le marquis de Puységur ; le prince d'Épinoy ; le marquis de Thouy; de Chevilly.

Brigadiers de cavalerie. — MM. de Streiff ; le chevalier d'Asfeld ; le marquis de Silly, des dragons ; d' Achy ; !e prince de Bournonville ; le prince deTalmond ; le marquis de Coëtanfao, de Vaillac.

Brigadiers d'infanterie. — MM. de Seignier; le chevalier de Croissy ; de Tournin ; de Reignac ; de Paratte ; de A aleilles; de Prince; de Hessy ; Julien; le marquis de Vibraye ; Milon , ci-devant commandant de la Chartreuse de Liège.

U JOURNAL DE DANGKAU.

Vendredi 17, à Versailfes. — Le roi lut tout le matin choz inadainc deMaintenon, qui a «'iicorr (jurUjue ressentiment tle lièvre, et Taprès-dinée il alla tirer. Monseigneur revint de Meudon , d'où il ne partit qu'à huit heures du soir. — M. de Catinat est revenu d'Allemagne, et salua le roi, qui lui demanda des nouvelles de sa santé ; le roi ne lui a point donné d'audience particulière, et le maréchal ne lui en demande pas môme. — 11 arriva un courrier de M. de Vendôme qui a quitté son camp de Luzzara et marcha le jour (|u'il décampa pour venir à Gonzaga; on croit qu'il prendra ses principaux quartiers dans le Modenois et derrière le Crostolo. Il laisse M. de Barhezières pour commander dans Mantoue, M. de Tessé lui ayant demandé à revenir à la cour; mais S. M. juge à propos que M. de Tessé demeure et commande encore dans cette place-là cet hiver; ainsi, en cas que Tessé ne soit pas déjà parti de l'armée avant que le courrier arrive, nous ne le reverrons pas cet hiver. Le prince Eugène n'a point songé à attaquer M. de Vendôme dans son décampement et décampa lui-môme le lendemain pour marcher du côté de Révère ; il laisse garnison dans Borgo-Forte et dans Governolo , qu'il fait fortifier. Il occupe outre cela Ostiglia, la Mirandole, la Concorde et San-Benedetto, qui est entre le Zéro et la Secchia; le pays qu'il occupe est petit et les sul)sistances y seront difficiles, mais il a une armée bien disciplinée et qui sait souffrir.

Samedi 18, à Verfiailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut comédie. — On mande de Pologne (jue le manjuis de Bonnac, notreenvoyé auprès du roi de Suède, traversant la Lithuanie pour aller joindre S. M. Suédoise, (|ui n'éfoif pas ene(»i'e en vc temps-là j)arlie de Crac(»vi(>, a voit vU' piispar un parti des troupes d'Oginski; <]ue le roi de Pologne désavouoit l'action et promettoit de le faire remettre en liberté, mais on ne voit point qu'il exécute

ce qu'il a promis là-dessus. Le roi de Suède^ malgré la blessure qu'il se fit à la jambe dans sa chute, continue sa marche vers Varsovie ; son armée s'est avancée jusqu'à Opatow sur une petite rivière qui tombe dans la Vistule au-dessous de Sandomir; le roi suit son armée en litière. On mande que les Cosaques se sont révoltés et qu'ils attaquent Bialacerkiew. — On mande d'Allemagne que l'empereur fait marcher vers les frontières de Bavière les recrues destinées à l'armée du prince Eugène ; l'empereur y envoyé aussi deux régiments de cavalerie et fera marcher deux mille hommes que le roi de Danemark a promis de lui fournir. — On mande de Madrid que la reine d'Espagne avoit fait lever un régiment de gardes, dont on avoit donné le commandement à M. de Castanaga, autrefois gouvernem" de Flandre, et on a appris depuis qu'il étoit mort.

Dimanche 19, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il alla au salut et puis revint chez madame de Maintenon où il avoit passé l'après-dlnée. — Le mariage du duc de Quintin, qui avoit été quasi réglé durant la vie du maréchal de Lorges, son père, avec mademoiselle Chamillart, fut arrêté, et le roi l'a approuvé, mais il n'est pas encore déclaré; nous n'en savons point les conditions. — Des vaisseaux venus de Carthagène à Santander et qui s'étoient séparés du comte de Château-Renaud, se sont trouvés chargés en fraude sans que l'argent et les marchandises qui étoient dessus eussent été enregistrés; on les a confisqués au profit du roi. Cette con- , fiscation vaut plus d'un million. — M. de Boufflers a son congé pour venir faire un tour ici ; il doit arriver incessamment. — Le roi a résolu de faire faire lui-môme les recrues pour l'armée d'Italie et a fait publier une ordonnance par laquelle il règle que les soldats de ces recrues auront, s'ils le veulent, leur congé au bout de trois ans, et entre autres privilèges il leur accorde celui d'être exempts de taille, eux et leurs femmes s'ils sont mariés.

4f5 rOlTRNAI. I)K DANGEAU.

[HMidant les trois ans (jii'ils serviront et cinq ans encore après. Par celte ordonnance «le roi règle le nombre (riioinmes (|ue doivent l'oui-nir chacune des irénéralités dn royaume et les pays conquis, et le total composera dixhuit mille cinq cents hommes.

Lundi 20, à Versailles. — Le roi prit médecine et tint l'après-dlnèe le conseil qu'il auroit tenu le matin. Monseigneur dîna chez madame la princesse de Conty et y joua le soir. Madame la duchesse de Bourgogne, après la messe, alla chez le roi et fut toujours avec lui durant son diner, et ensuite donna à diner chez elle à monseigneur le duc de Bourgogne, et le soir elle alla voir Monseigneur chez madame la princesse de Conty durant son jeu. — On rappelle de l'intendance de Champagne M. de la Bretèche, tils de M. de Pomereu le conseiller d'État; on envoie en sa place M. de Harouis, qui étoit intendant en Franclie-Comté ; on fait venir en Franche-Comté M. de Bernages, qui étoit intendant à Limoges, et on envoie à Limoges son beau-frère, qui est Rouillé des Fontaines, maître des requêtes comme eux tous, mais qui n'avoit point encore été en intendance. — Le mariage de M. de Quintin est déclaré ; M. de Chamillart donne à sa fille 100,000 écus,la logera et la nourrira elle et son mari A Paris et ici. L'évèque de Senlis, oncle de la demois<'lle, hii donne "20,000 livres, et le roi donne au duc de Quintin, 20,000 livres de pension ; on ne dit point encore ce que madame la maréchale de Lorges donneauduc de Quintin, son tils.

Mardi 21, à Versailles. — Le roi donna le matin au- . dienceau nonce exÙMord inaire Fieschi, qui lit ici son entrée ; il l'avoit faite dimanche à Paris. Après avoir eu son audience du roi, il l'eut de toute la maison royal»*. S. M. alla laprès-dlnée à Mari y. Mons<îigneur alla dîner ;V Meudon et levint ici le soii* p(»ur la comédie. — Il arriva un «OUI lier de M. de Vendôme, parti le H. Nous sonnnes pr»^st>ntement à Novi, d'où il va envoyer les trouj>es dans

NOVRMBRE 1702. 47

les quartiers d'hiver. Il avoit marché sur la Secchia, et s'ileCit pu la passer il auroit embarrassé le prince Eugène, qui sépare son armée en différents quartiers par delà cette rivière et qui a peu de troupes présentement, ayant envoyé quatre régiments dans le Tyrol pour subsister plus commodément ; mais M. de Vendôme trouva la Secchia déliordée et fut obligé de revenir à son camp. Le courrier du roi étoit arrivé à l'armée, qui portoit ordre à M. de Tessé de demeurer en ce pays-là; il commandera encore cet hiver dans Mantoue. — Il arriva de Madrid un courrier que M. de Pontchartrain y avoit envoyé; il apporte peu de nouvelles. On apprend seulement par lui que l'argent de la flotte qu'on avoit transporté de Vigo àLugo et deLugo à Villa-Franca étoit en chemin de Villa- Franca à Madrid, où on compte qu'il arrivera au premier jour. — Le roi a donné une pension de 500 écus à la veuve et aux enfants de Ghavagne, qui a été tué à la bataille de Friedlingen .

Mercredi 22 , à Versailles — Le roi alla l'après-dînée se promener à Trianon. Monseigneur ae sortit point de tout le jour. — On a des nouvelles de M. de Bavière dont on est content ; cet électeur tire des contriljutions dupaysde Wurtemberg et s'élargit dans le pays. Le prince Louis de Bade, qui a fait revenir toutes les troupes qu'il avoit en deçà du Rhin, fait courir le bruit qu'il va marcher à cet électeur. Il y a des lettres de Ratisbonne qui portent que plusieurs princes de Souabe et de Franconie ont déclaré qu'ils vouloient demeurer dans la neutralité; il est à craindre qu'ils ne l'aient dit un peu tard. — Il arriva le soir un courrier de M. de Vendôme c[ui apporta la nouvelle que le li M. de Tessé avoit pris la ville et le château de Borgo-Forte, oùle prince Eugène n'avoit laissé que trois cent cinquante hommes, qui sont prisonniers de guerre. M. de Vendôme avoit marché comme s'il eût voulu encore passer la Secchia à la haut^u' delà Mirandole; le prince Eugène, qui crut qu'il en vouloit à cette

place, s'avança de ce côté-hV avec toutes ses troupes. M. de Tessé, qui avoit l'ordre de M. de Vendôme d'att.Kjuer Boriîo-Forte, y marcha, prit d'abord la ville et ensuite attaqua le cliAteau. Le prince Eugène, en étant averti, connut trop tard que la marche de M. de Vendôme n'.ivoit ('t(' (pic pour l'amuser, fit repasser laSecchia ;\ un corps de ses troupes pour tAcher à secourir Borgo-For le; mais ses troupes n'arrivèrent que quand le chAteau capituloit et furent obligées de s'en retourner après l'avoir vu [)rendre à leurs yeux, mais le Pô entre deux. On croit que de Borgo-Forte on marchera àGovernolo.

Jeudi '2:i, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bourgogne alla dîner à la Ménagerie avec ses dames. — Il arriva hier au soir fort tard un courrier du roi d'Espagne parti de Saint-Pierre d'Arène le 15 au matin ; S. M. C. n'attendoit qu'un ventlavoral)le pour s'em- Ijarquer, et ce courrier dit que sur le midi il entendit tirer beaucoup de canon et qu'apparemment c'étoit pour saluer le roi d'Espagne à son départ. — Le cardinal d'Estrées étoit assez incommodé, et on doute qu'il ait pu suivreS. M.C.jen cecas-làM. deMarsin s'embarquera et le suivra jusqu'à ce que le cardinal d'Estrées l'ait joint eu Espagne. — On fit à Paris une opération au comte d'Estrées fort grande et fort dangereuse; le soir après son opération il se trouva un peu soulagé. — M. le duc d'Orléans a donné la charge de capitaine de la porte dans sa maison à Longueville, qui a toujours été tort attaché à hii ; il y a 2,600 livres d'appointements à cette charge. Elle <''l(jit vacante pai* la mort d'un vieil officier de feu Monsieur, que nous ne coniioissions guère. — M. de Coetmatleu, mestre de camp du régiment Colonel, l'a vendu environ 100,000 francs à M. le Brun, lils du premier mari de inadanu; de Courtenay. — L'empereur a donné- ordre pour la libert»' du marcpiis de Vareiines, et on l«; croit présentement arrivé i\ Metz.

NOVEMBRE i702. 49

Vendredi 24, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla courre le daim avec les chiens de M. le comte de Toulouse dans le parc de Marly ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne y alla en carrossC;, et après la chasse elle ramena Monseigneur, à Marly. Le roi, quiétoit revenu de la chasse un moment avant eux, les attendit à l'entrée de l'appartement de Monseigneur, qu'on a fait fort accommoder depuis le dernier voyage de Marly et qui est présentement très-commode. Après l'avoir bien visité, Monseigneur revint ici ; le roi s'alla promener dans les jardins de Marly, et madame la duchesse de Bourgogne fit une grande collation qu'elle prolongea jusqu'à la lin de la promenade du roi afin qu'il la trouvât encore à table. Elle revint ici avec lui dans sa calèche, et le soir il y eut ici comédie. — Le roi a donné le gouvernement [de Thoul et du Thoulois à M. de Maupertuis, capitaine lieutenant des mousquetaires gris, avec un brevet de retenue de 30,000 écus; Maupertuis rend au roi le gouvernement de Saint-Quentin, sur lequel le roi n'avoit point voulu mettre de brevet de retenue, parce qu'il n'en donne point sur le gouvernement des places qui sont destinées à récompenser de vieux officiers qui d'ordinaire ne sont point en état de donner de l'argent. Le gouvernement de Thoul a le rang de gouvernement de province et étoit vacant depuis assez longtemps.

Samedi 25, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdînée. — On eut nouvelle du 17 que le roi d'Espagne avoitun vent favorable et qu'apparemment il arriveroit le lendemain sur les côtes de France. M. le cardinal d'Estrées, qui est entièrement guéri, s'est embarqué avec lui ; M. de Marsin y est aussi, mais il reviendra ici dès que S. M. C. sera arrivée à Marseille ou à Antibes , en cas que cette Eminence continuée se bien porter. — Le roi fera donner durant la guerre, sur des confiscations, 12,000 livres par an au comte d'Auvergne pour le dédommager de pareille

50 JOURNAL I)K DAINGKAU.

somme tjii il ji\ oit conservée sur Berii^-o|>-Zoom pai' Taccommodement (ju'il avoit fait avec le prince d'Auvergne, son iils, apn^'s la moit de sa première femme. — On a nouvelle (pie M. de Tallard est arrivé à Metz avec les troupes (ju'il commandoit. <jui sont fort fatiguées; il a établi des contributions jusiiu'à Mayence depuisavoir pris Traerl)aeh,(pienousf,iisi>ns fortifier. — On mande de Rome que le cardinal Kodolovigo est mort ; il vaque par cette mort une dixième place dansle sacré collège, eton ne parle point encore que le pape veuille faire de promotion. — Le bruit court que la flottille qui vient de Buénos-Ayres est arrivée A, Cadix riche de dix millions de patagons, ce qui feroit près de quarante millions; cette nouvelle a encore ])esoin de confirmation.

Dimanche 26, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Trianon. Monseignenret messeigneurs ses enfants allèrent à Meudon faire une battue et y firent un retour de chasse avant que de revenir ici. — Le duc de Guiche avoit demandé une confiscation du bien que des Hollandois ont en Poitou; cette confiscation est considéral>le. Le roi fera régir les biens de ces gens-là par l'intendant de l*oitiers et donnera au duc de Guiche, durant la guerre, 20,000 livres de pension qui seront payées au trésor royal. Le duc de Guiche a promis le (jtiart de ce qui lui revieudroitàceuxqui lui ont donné l'avis; ainsi il n'aura que 15,000 livres pour lui. — On mande de Madrid qu'une partie de l'argent qui «Uoit sur la flotte y est déjà arrivé ; la junte trouve juste de rembourser au roi toiitee qui lui en a coûté pour faire venir la flotte et pourla[>erfe de ses vaisseaux. — Le cardinal de Salazar, évè(jue de Cordoue, est mort; ainsi voilA prés(Mitement onz»; j)laces vac^mtes dans le sacré collège. — il y avoit cpieltpies lettres d'Alsace du 23 (jui portoientque le prince Louis de Bade avoit fait repasser le Hhin en deçà à une partie de ses troupes sur le pont tpi'il a au-dessous du fort Louis, mais le mariîchal de Villars n'eu mande rien ; il fait for-

NOVKMBRE 1702. 51

tifier Bischweiler, qu'il a cru meilleur à g-arder que Ha- • guenau.

Lundi 27, à Marhj. — Le roi partit de Versailles après son diner et se promena ici jusqu'à la nuit. Monseigneur courut le loup et revint manger ici. — Le marquis de Tessé^ fils du comte de Tessé, arriva le matin à Versailles ; son père l'envoie pour qu'il aille joindre son régiment, qui est dans Bonn, où il aura peine à entrer présentement. Il a apporté le détail de ce qui s'est passé à la prise de Borgo-Forte, où nous n'avons perdu que trois ou quatre hommes. Le prince Eugène avoit passé le Mincio à Governolo pour le venir secourir, mais il arriva trop tard. M. de Vendôme étoit à Mantoue quand le marquis de Tessé en est parti, et il croit qu'on va attaquer Governolo, dont toutes les fortifications sont du côté du Seraglio ; il n'y en a point de l'autre côté du Mincio , ce qui nous en rendra le siège bien plus aisé. 11 assure que l'armée du prince Eugène est si considérablement dépérie qu'il ne lui reste pas quinze mille hommes. — J'appris que le roi avoit donné une pension de 1,000 écus, il y a quelques jours, à M. des Espinets, un de ses écuyers, qui suit d'ordinaire madame de Maintenon quand elle va quelque part dans les carrosses du roi. — On mande de Londres que le prince Georges de Danemark est si considérablemeni malade qu'on ne croit pas qu'il puisse passer l'hiver.

Mardi 28, à Marly. — Le roi, au sortir de la messe, alla courre le cerf. Monseigneur et messeigneurs ses enfants, qui dévoient être de la chasse, n'y allèrent point àcause de la pluie ; la cnasse ne laissa pas d'être fort ijeile, et le roi vint dîner ici à son ordinaire. — Le roi donna ordre ces jours passés qu'on donnât la liberté au jeune Perthuis, qui étoit depuis près de neuf ans prisonnier à Valenciennespour un prétendu duel ; le roi, qui ne se relâche point sur la sévérité de son édit, qui sauve tant de noblesse dans son royaume, l'avoittenu si longtemps en

52 JOURNAL UK DAxNGEAU.

prison parce qu'il y a voit de grands indices contre lui, mais il n'y avoit point de preuves. La famille du comte . d'Albert espère que S. M. songera présentement à le remellre aussi en liberté, parce que son affaire est beaucoup plus iav(>ral)le et que même l'arrêt du parlement la déchargé de l'accusation de duel. — On a des lettres de Vigo du G par l'ordinaire d'Espagne; le peu de vaisseaux ennemis qui y étoient restés avoient remis à la voile, et il n'en paroissoit plus sur toute cette côte. — On mande de Brest ipie les vaisseaux anglois et hollandois qui retoui'noient dans leurs ports revenant d'Espagne ont été battus d'une fort rude tempête , qu'on voyoit à la mer beaucoup de marques de débris, et RI. de Pontchartrain, au coucher duroi, lui dit (ju'un des plus gros vaisseaux d'Angleterre avoit échoué à la côte et qu'on faisoit sortir de Brest un i]e nos vaisseaux pour aller le prendre.

Mercredi 29 , à Marly. — Le roi, après son diner, alla courre le cerf avec les chiens de M. du Maine ; Monseigneur etmesseigneursses enfants étoient à la chasse. — Le roi a donné ordre à M. de Pontchartrain d'écrire à Paris j)our faire sortir de la conciergerie le comte d'Albert, qui y étoit depuis deux ans; il n'a point attendu que la famille du comte d'Albert lui vint demander cette grâce. Outre la punition desdeux ansde prison, cette malheureuse affaire coûte au comte d'Albert le régiment dedragons-daupliin, dont il étoit colonel, le roi punissant jusques aux moindres soupçons de duel, sévérité dont on ne sauroit jamais trop h; louer. — Le roi a envoyé en Espagne le mémoire de ce qui lui est dû des dépenses que la Hotte d'argent lui a causées pour la conduire en Espagne. Il ne compte la perte de ses vaisseaux brûlés à Vigo que V, 500, 000 livres, et cela s'appelle, en terme de commerce, rembourser de l'avarie; il y a outre cela les dépenses qu'a faites S. M. pour cette même tlotte qui sont : l'armement de l'escadre (pic comin.'iiidoif (^(«'f jogoii et de celle, (pie commande acluellenieut Ducassc , le droit de convoi et toute

DfXEMBRE 1702. 53

l'artillerie que le roi a envoyée dans les places espagnoles de l'Amérique ; ces articles-là montent encore à dix millions ; les ordres sont donnés pour la construction de vingi-trois nouveaux vaisseaux, dont une partie pourra être mise à la mer à la fin de l'année qui vient.

Jeudi 30, à Marly. — Le roi ne sortit point de tout le jour, et l'après-dinée il fit une loterie chez madame de Maintenon pour madame la duchesse de Bourgogne et les dames du palais. Sur les six heures le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici ; ils furent quelque temps enfermés avec le roi dans son cabinet, et ensuite la reine passa avec le roi chez madame de Maintenon , et le roi d'Angleterre vint dans le salon jouer avec Monseigneur et toutes les dames à un jeu nouveau qu'on appelle la tontine, qui est à la mode ce voyage-ci. — M. d'Antin achète du duc d'Uzès, son beau-frère, qui quitte le service, le régiment de Crussol pour le donner à son fils quand il sortira des mousquetaires, où il ne fait que d'entrer; il n'a que quatorze ans. — Le roi d'Espagne est arrivé à Marseille, où M. de Grignan étoit allé le recevoir; il a voit débarqué à Antibes. M. Desgranges, maître des cérémonies, l'accompagnera tandis qu'il sera dans le royaume, et le roi ne l'a envoyé auprès de lui que pour empêcher qu'on ne lui fasse aucune cérémonie partout où il passera. — Les États de Languedoc qui sont assemblés ont accordé au roi, dès leur première séance, trois millions de don gratuit et deux millions pour la capitation. Les religionnairesde ce pays-là continuent à y faire beaucoup de désordres, et le roi y envoie quatre régiments pour les réduire.

Vendredi!" décembre, àMarly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Ils revinrent diner ici comme à l'ordinaire. — M. le maréchal de Bouf fiers arriva le matin ; le roi, après son lever, le fit entrer un moment dans son cabinet et l'entretiendra demain au soir à Versailles chez madame de Maintenon. Ce maréchal alla l'après-

Ai JOURNAL l)K DANGKAU.

dinée voir M. de Clmiuillart à TÉtang , rt il n'est point M-ni qu'ils soient lirouillés ensemble, coninieon l'avoitdit. — M. de GtUières partit mardi pour aller à Nancy de la pari du roi. S. M. souhaite mettre des troupes dans cette place, de peur que les ennemis n'y en mettent , mais on ne veut rien ôter à M. de Lorraine ni de sa souveraineté ni de son revenu; on espère qu'il voudra bien laisser entrer nos troupes dans ses places sans se défendre; mais s'il étoit assez mal conseillé pour s'opposer aux intentions de S. M., M. de Tallurd marcheroit avec toutes ses troupes et un gros équipage d'artillerie qu'on a l'ait remonter de Metz jus(pi'au Pont-;Y-Mousson. — Le roi de Poloqne a voit mandé à M. du Héron, envoyé de France, de sortir de ses États; du Héron répondit qu'il n'étoit pas seulement envoyé auprès du roi de Pologne, mais auprès de la république. S. M. Polonoise, peu contente de cette réponse, l'a envoyé prendre dans Varsovie, où il étoitdemeuré, et l'a fait conduire à Tliorn, ce qui est entièrement contre le droit des gens et ce qui apparemment choquera la répid)Iique de Pologne.

Samedi 2 , à Versailles. — Le rcji se promena à Marly jus(pi'à la nuit; le soir il donna ici une fort longue audience à M. de Bouftlers chez madame de Maintenon. Monsei,::ijeur courut le lou[), et le soir il y eut ici comédie, où monseigneur le duc de Bourgogne ne vint point parce (pi'il l'aisoif ses dévotions le lendemain. Madame la duch(îsse de Bourgogne revint de Marly de bonne heure; ses cochers eurent ordre de la mener sur la terre et de la mener doucement ; on a de grandes espérances sur cela de sa grossesse. — Nos troupes doivent entrcT demain dans Nancy; \v. roi alla le matin à Mari) chez .Madame lui en apprendre la n(»u\<^lle. Il lui dit qu'il a\ oit hésité quelque l«'iiq)s à prendre ce paiti-là i)ar la eonsidé'rafion particulière (pTil avoil pour M. de Loi'raine et par sa tendre amiiir- pour niadaïue d<- Lorraine, mais (pie l'intérêt de son Ktal iavuil (»jili::i' i\t' pi« ndre ce parti-là et cju'il espé-i

roit que M. et madame de Lorraine entreroient avec amitié dans ses raisons et ne lui sauroient aucun mauvais gré. — Le roi d'Espagne a reçu des honneurs infinis à Gènes. Ils ont défrayé toute sa suite pendant le temps qu'il a été sur les terres de la république ; il s'est fort promené dans Gènes, s'y est fait fort aimer et se loue extrêmement des bons traitements et des honneurs que l'on a faits à toute sa suite. Il arrivera le 16 de ce mois à Figuières, qui est la frontière de France et d'Espagne ; il a deux cents chaises roulantes qui le suivent en Provence et en Languedoc.

Dimanches, à Versailles. — Le roi, Monseigneur et toute la maison royale entendirent le sermon. — Sur le bruit de l'approche de nos troupes, madame la duchesse de Lorraine, qui étoit à Nancy, s'est retirée à Lunéville, et M. le duc de Lorraine, qui étoit à la chasse, ayant appris qu'elle étoit allée à Luné ville, l'y a suivi ; elle est bien prête d'accoucher. — Mademoiselle de Caderousse , fille unique du second mariage de M. son père avec mademoiselle de Rambures, est morte en Picardie ; elle n'avoit que dix-huit ans et ailoit épouser le duc de Mortemart. — Le roi a donné ordre qu'on arrêtât à Paris tous les Polonois et les Saxons qui s'y trouveront et qu'on ne relâchera que quand le roi de Pologne aura remis M. du Héron, notre envoyé , en liberté. — Depuis la mort de M. de Pomereu, le roi avoit été quelques jours sans nommer celui qui seroit chargé des affaires de Madame; c'est qu'on attendoit M. Ribère, qui étoit à la campagne, à qui le roi avoit destiné cet emploi-là. — La province de Normandie lève deux régiments d'infanterie dont le fils de M. de Matignon, qui n'a que treize ans, en commandera un, et le colonel de

l'autre sera un vieil officier qu'on nomme M. de Le

roi fait lever encore trois nouveaux régiments de dragons dont les colonels doivent être nommés cette semaine ; il y en a déjà eu quatre levés cette année.

Lundi k, à Versailles. — Le roi, au sortir du conseil

56 JOURNAL DE DANGKAU.

de dépêche, où monseigneur le duc de Bourp:op:nc entre depuis quelques années, d«''clarci qu'il vouloit que ce prince cnlrAt dans tous ses conseils ; cela, joint ;iu comniandcnicntdc ses armées, marque assez la haute opinion que le roi a de lui, et tout le monde a approuvé ce que le roi vient de faire. Monseigneur le duc de Bourjrog-ne a reçu les compliments des courtisans, mais il n'en recevra point des ministres étrangers en cette occasion-ci. — Le roi a donné ordre au duc de Berwick d'envoyer des officiers irlandois à Bayonne pour y assembler les Irlandois tpii ont déserté des troupes que les Anglois avoient fait descendre à Cadix; il y en a déjà quelques-uns qui ont pi'is parti dans les troupes d'Espagne, et on tAchera de faire un l)ataillon de ceux qui veulent venir servir en France. — De Creil, ancien capitaine aux gardes , à qui le roi donna une pension quand il quitta le service, est mort subitement à Paris, — Monseigneur alla à Meudon, où il demeurera jusqu'à vendredi, et le roi ira de mercredi en huit jours pour y demeurer jusqu'au vendredi d'apr^s. — Le mariage de M. le duc de Quintin, qui se devoit faire jeudi à l'Étang, est différé pour quelques jours. — Il y avoit quelque dispute entre M. le chancelier et les évoques sur l'impression des livres; la chose a été réglée à l'amiable; on est convenu que les évéques pourront faire imprimer sans permission tous les livres qu'ils voudront faire sur la religion, et que dans les rituels où il est parlé des mariages M. le ch;incclier nommera un examinateur jurisconsulte pour lui rendre compte de ce qui peut regarder l'Ktat. M. l'évéque de Meaux fera imprimer son livre contre M. Simon en y changeant quelque chose que M. le chancelier n'a]>prouvoit pas. Il est aussi convenu «piCiMM. les»''vèques eeiisureronf les livres sur la religion tjuand ils le jugeront à ])i'opos, m;iis ipTils in* diront jain.iis (pi'il falloit leur demander la permission de les imprimer, ce que quelipies-uns d'eux avoient mis dans leurs livres et c'est de quoi se plaignoit le chancelier.

DÉCEMBRr. 1702. 57

parce que c'est lui seul qui doit donner les privilèges pour l'impression. Le roi, qui n'avoit point voulu juger leur démêlé, leur avoit témoigné aux uns et aux autres qu'ils lui feroient plaisir de s'accommoder sans qu'on fût obligé d'en venir à un jugement. — Le roi nomma M. Davéjean pour aller commander à Nancy ; il aura deux lieutenants de roi sous lui.

Mardi 5 , à Versailles. — Le roi, à son diner, dit au maréchal de Catinat qu'il le vouloit entretenir au sortir de table, et dès qu'il eut mangé il le fit entrer dans son cabinet; ce maréchal ne servira plus, et avoit eu dès l'année passée envie de se retirer. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui écrit du 28. Il mande qu'ayant su que le prince Eugène n'avoit laissé dans San-Benedetto qu'une compagnie franche , commandée par un lieutenant-colonel, il avoit détaché sept cents hommes de pied et environ deux cents chevaux pour aller attaquer ce poste. Barbezières, lieutenant général, et Montgon, maréchal de camp , voulurent marcher à la tète de ce détachement, quoiqu'il ne fût pas assez considérable pour des officiers généraux. Les ennemis firent peu de défense et ne nous tuèrent que trois ou quatre soldats. On a tué ou pris toute cette petite garnison que le prince Eugène avoit ordonné à ses troupes qui sont dans les quartiers les plus voisins de secourir, mais on leur en a ôté le temps. Le lieutenant-colonel qui y commandoit et qui a été pris est celui qui avoit eu la commission d'enlever M. de Vendôme dans sa maison il y a quelques mois. On a trouvé dans San-Benedetto quinze mille sacs de grains, qu'on a brûlés n'ayant pas de voiture pour les emmener, et les moines de cette abbaye ont promis d'en faire porter dans notre camp cinq mille autres et ont donné pour cela des otages. Les ennemis n'ont plus de postes en deçà de la Secchia.

Mercredi 6, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly. Messeigneurs les ducs de Bourgogne

58 JOllRNAI- PK DAINGEAU.

et (le Berry allèrent ensemble ù Mt-udon voir Monseif;neur, (jui a\oii couru le loup, et se niin'iit à laUle avec lui au retour de sa clias.se; cela ne les empêcha pas tous deu\ de revenir souper avec le roi. Monseig^neur le duc de Bouri;oe ne entra le matin, pour la première fois, au conseil crttat. — Le roi a donné commission de colonel au lieutenant-colonel du réjJiimcnt de Galmoec, Irlandois qui commandoit le détachement des sept cents honmies (|ui"onl plis San-Benedetto ; c'est un officier (|ui s'est distingué en plusieurs autres occasions durant cette guerre ici, et M. de Vendôme avoit fort prié le roi de lui îiccorder cette gr^ce. — Le roi d'Espagne, pendant qu'il a été à Gènes, a traité le doge d'Altesse et l'a fait couvrir lui et tous les sénateurs comme représentant le corps de la république. Charles-Quint avoit donné de l'Altesse au doge de Gènes et l'avoit fait couvrir lui et quatre sénateurs ; voilà ce qu'on a trouvé dans les registres de ce temps-là. — On ne doute presque plus delà grossesse de madame la duchesse de Bourgogne, et elle se ménage fort présentement. Madame de Maint«;non, à qui (luelques accès de lièvre ont manqué, alla dîner chez madame la chancelièrc; il y avoit bien longtemps qu'elle n'avoit mangé hors de chez elle.

Jeudi 7, à Versailles. — Le roi alla encore l'après-dinée àMarly. M. le duc d'Orléans, soupant avec Monseigneur à Meudoii, eut une grande foiblesse etperditconnoissance ; mais il revint un moment après, et son mal ne lui avoit pris que parce qu'il s'étoit trop retenu ; ainsi il n'y a rien à craindre. — M. le chevalier de Lorraine se trouva fort mal à «piatre heures, et à minuit la connoissance ne lui étoit pas revenue; on ne croit pas (pi'ii puisse vivre vingt-fjuatre heures. Il n'avoit pas été bien guéri de l'atlacpie d'apoplexie (pi'il eut à Fréliionf pendant notre dernier \(»yage de l-'onfaiiiebleau. — On a d(''jà arrêté à Paris «piinze ou seize Polonois de lamilles considérables et on a donné ordre (pToii y aiiélàt « eu.\ qiu y seroient encore.

Le primat et le grand maréchal ont désavoué et fort IjJàmé la violence qu'a faite le roi de Pologne d'arrêter et mettre en prison M. du Héron, envoyé de France. — Par les dernières lettres qu'on à eues de M. de Villars , on assure que ce maréchal avoit fait un grand détachement des troupes qui lui restoient. On mande d'Allemagne que l'empereur rassemble le 'îIus de troupes qu'il peut pour tâcher d'intimider M. l'électeur de Bavière ; les huit mille Saxons que le roi de Pologne a promis à S. M. Impériale sont déjà entrés dans la Silésie.

Vendredi 8 , à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon et allèrent au salut. Monseigneur revint le soir de Meudon. — M. le chevalier de Lorraine * mourut l'après-dinée à Paris sans que la connoissance lui fût revenue. Il avoit quatre grandes abl)ayes dont il y en avoit trois sûrement qui sont de l'apanage de M. le duc d'Orléans, et la quatrième, qui est à Soissons, forme une dispute entre le roi et M. le duc d'Orléans. Voici le fait : Soissons n'est pas de l'apanage de M. le duc d'Orléans, mais ce prince prétend que l'endroit où est cette ablmye est du Valois et qu'il n'a été enfermé dans Soissons que quand on fortifia cette ville, et ce fut le vieux maréchal d'Estrées qui le proposa au roi. Outre ces quatre al)bayes, M. le chevalier de Lorraine avoit encore despensions sur des évèchés, et le roi lui en donnoit une de 20,000 livres; cependant il laisse beaucoup de dettes, ayanttoujours mal gouverné ses affaires quoiqu'il eût Ijeaucoup d'esprit. Le roi a donné à M. le duc d'Harcourt le logement que M. le chevalier de Lorraine avoit ici dans le château, et M. le duc d'Orléans a donné à madame la maréchale de Rochefort celui qu'il avoit à Paris au Palais Royal. — Le duc de Quintin est guéri; sa maladie avoit un peu retardé le mariage qui se fera jeudi. On en portera lundi les articles à signer au roi, et S. M. donne 100,000 livres cà M. de Chamillart plus qu'on n'avoit dit d'abord, si bien

60 JOURNAL HE DVNGEAIJ.

qu'il no lui eu coûtera rieu des 100,000 écus (ju'il donne à sa lillc.

*C".Vtnit l'hommo do Frnneo (jui avoit été le mieux fait, avec un tort beau visagi" , et (|iii juscjn'u la lin (le sa vie avoit conservé le pliispan»! air et le plus audacieux ; aussi l'etoit-il au dernier point, quoi(pie poli extrêmement, mais toujours avec hauteur et plus audacieux avec Monsieur qu'avec personne. Le portt de ce prince pour le chevalier de Lorraine a été si public, si opiniâtrement éclatant ipie rien n'a été si public dans toute l'Europe, et a duré depuis leur jeunesse jusqu'à la fin de la vie >de Monsieur, qu'il a toujours {gouverné en maître absolu , à travers tous les mignons qui se sont succédé les uns aux autres. II fut accusé de la mort de INIadamc, qui l'avoit fait exiler et à qui ni lui ni ^ïonsieur ne le pardonnèrent point , et le marquis d'Effia et le comte de Beuvron furent chassée pour leur part dont on les accusa. Le chevalier de Lorraine passa son exil en Italie et à Rome, d'où on prétend qu'il envoya le poison au marquis d'Efliat. Quelques amiées après, Monsieur fit tant de bruit et de souplesses qu'il les fit revenir, et ne s'en sépara plus. Personne n'avoit plus d'esprit, de vues nidemanégesquclechevalier de Lorraine, et il ne considéra son empire sur ^lonsieur que pour en tirer de quoi vivre et répandre splendidement, comme il fit, à ses dépens, toute, sa vie, et pour en tirer de la considération et des ménagements du roi, à quoi il réussit pleinement en se mettant entre les deux frères |)Our ployer le cadet à toutes les volontés de l'aîné et le tenir bas devant lui. Ce fut à quoi le roi l'employa toujours avec succès, moyeimant des distinctions et des grAces, et surtout beaucoup d'argent à Monsieur et au chevalier. Ou a -VU que ce fut lui qui fit le mariage de la duchesse de (Chartres , et qui en eut parole de l'Ordre avant les dues , (|u'il se fit bien tenir, et qui mit ÎMonsieur dans l'intérêt de la maison de Lorraine, non- seulement contre les ducs en toute occasion , mais encore contre son propre fils et contre les princes du sang pour M. de T-orraine quand il vint en France. Il vécut en cette considération qu'il sut se conserver tout entière par l'habitude, pour le peu qu'il survécut Monsieur. Sa maison se maintenoit im peu en Rohême, et sa tyrannie étoit extrême sur tous ses voisins dans ses abbayes et à Frénjont, maison de chasse et de plaisance (ju'il avoil sur le chemin de Fontaineblea»!, où le roi dînoit souvent en y allant et venant. Il mourut subitement, jouant chez lui à l'hombre. comme la plupart de sa famille, et ne fut guère regretté que de mademoiselle de Lislebonne, (pi'ou croit <|u'il avoil épousée secrètement pour conserver ses bénéfices, qui pouvoit tout sur lui et de laciuelleil sera parlé dans la suite.

Samedi 9, à Versailles. — Le roi, après soulever, donna audience à M. Rosen, qui lui avoit écrit quelques jours auparavant, lui demandant la permission de se retirer, renonçant non-seulement aux espérances que le roi lui avoit données de le faire maréchal de France, mais remettant même à S. M., sans endemanderde récompense, la charge de mestre de camp général de la cavalerie et les pensions qu'il avoit de l'ordre de Saint-Louis, où il est grand croix. Le roi lui parla sur tout cela avec beaucoup d'amitié, mais il demeura ferme, disant toujours qu'il ne vouloit rien que l'estime et les bonnes grâces de S. M., et qu'il éloit trop vieux pour avoir besoin d'autre chose et pour le pouvoir servir. — L'après-dinée le roi donna audience au comte de Coigny et à Artagnan, l'un directeur de la cavalerie et l'autre de l'infanterie de Flandre , et S. M., lesoir, chez madame de Main tenon, tintune manière de conseil de guerre pour ce pays-là où étoient monseigneur le duc de Bourgogne , MM. les maréchaux de Villeroy et de Boufflers et M. de Chamillart, et au sortir de ce conseil le liruit se répandit que M. le maréchal de Villeroy commande cette année en Flandre sous monseigneur le duc de Bourgogne; mais le roi ne l'a pourtant pas déclaré au public. — Le roi d'Espagne lève trois régiments des gardes, un d'Espagnols, un de Napolitains et un de Flamands, qui seront tirés des troupes qu'il a déjà en Flandre et qu'on remplacera d'ailleurs pour n'en pas diminuer le nombre.

Dimanche 10, à Versailles. — Le roi à son lever apprit que M. Bénard-Rezé, sous-doyen du conseil, étoit mort; il y avoit longtemps qu'il ne paroissoit plus en ce pays ici, sa santé ne lui permettant pas d'y paroitre. S. M., au sortirdu conseil, appela M. le chancelier et lui dit: « Nous avons une place vacante, dans le conseil, de conseiller d'Etat ordinaire ; il me semljle que Caumartin est le premier des semestres ; cela est bon, et je ne changerai pas l'usage ordinaire pour lui quoique je m'en dispense

na JOURNAL l)K DANGKAU.

souvent, et pour l.i [)Iace de conseiller d'État de semestre qui vaquera par la promotion deCaumartin , je crois que Bourlui la nn'ritc. Il iiip srri liien «^l j'en suis rr>nieiit. » Le roi oiisuilo dit tout haut aux autres ministres les choix qu'il venoit de faire. — Le roi permit au maréchal de Villeroy de déclarer l'honneur que le roi lui avoit fait de le choisir pour commander la campagne prochaine l'armée de Flandre sous monseigneur le duc de Bourgogne. Nous y aurons encore plus de troupes que la campagne dernière; le roi d'Espagne y aura pour sa part quaranteneuf Ijataillons et quarante-six escadrons de belles et bonnes troupes et en bon état. — ïl n'y eut point de sermon Taprès-dtnée parce qu'il y en avoit eu vendredi et que dans l'A vent il n'y en a qu'un par semaine. — L'espérance de la grossesse de madame la duchesse de Bourgogne continue , et on n'en peut quasi plus douter.

Lundi 11 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se pi'omener à Marly ; il signa le contrat de mariage de M. le ducdeQuintin avec mademoiselle de Chamillart. — M. de Chamilly *, qui étoit notre ambassadeur en Danemark, est revenu et salua le roi le matin. — M. le duc de Coislin al'a le matin au parlement prendre sa place de duc et pair, et l'aprcs-dinée il fut reçu à l'Aca- (h'mie francoise en la place du duc de Coislin, son père, «'( lit une très-ljelle harangue, à laquelle l'abbé de Dangeau, comme directeur, fit réponse pour l'Académie, r— M. (h' Ponch.ii'trnin pjirl.i ;'i tous les capitaines de vaisseau «pii sont ici et leur dit (ju'il avoit ordre du roi de déclarer il tous les officiers subalternes de la marine que S. M. non-seulement ne feroit point monter ceux qu'elle d<''couvriroit qui auroient donné ou promis quehpie argent pour leur avancement X qui que ce pût é{re sans exception, ou que, si même dans la suite des temps cela venoit X se décou\ -ir, il les feroit casser dans (juehpie é*évalion <|u'ils fussent et «piel(|ue bonne action (juils eussent pu fair»' d'ailleurs; mais que s'ils vouloient , avant

DtCEMBRR 1702. 63

la promotion, déclarer qu'ils avoient promis ou donné de l'argent et nommer à qui , loin de leur en savoir mauvais gré, ce seroit un motif au roi pour les avancer et récompenser par là leur bonne foi ; que ce discours-là ne pouvoit jamais regarder les capitaines, parce que ce qu'ils avoient à prétendre étoit trop considérable pour être décidé autrement que par S. M., qui connoissoit tous leurs services. On avoit des mémoires de plusieurs gens qui persuadoient faussement aux officiers que par leur crédit ils les feroient avancer, et, par là abusant de leur simplicité, tiroient de l'argent d'eux, et on a déjà arrêté dans Paris trois hommes convaincus d'avoir fait de pareilles friponneries. Depuis la déclaration que M. de Pontchartrain a fait ce matin de la part du roi, il y a eu des officiers qui ont avoué qu'ils avoient donné ou promis de l'argent à gens qu'ils ont nommés et qui les avoient assurés qu'ils les feroient avancer. Le roi veut ôter toutes sortes de mauvais moyens de parvenir et que ce ne soit que par la vertu et par les services qu'on puisse s'avancer. — On apprit hier que M. Ducasse, qui avoit une escadre de six vaisseaux, dont il en avoit détaché deux pour porter le nouveau vice-roi du Pérou, avoit trouvé par delà la Havane sept gros vaisseaux anglois, qu'il avoit été attaqué par un calme si long qu'ils ont combattu huit jours durant. Quoique Ducasse n'eût que quatre vaisseaux, il a eu de l'avantage sur les Anglois, leur a coulé à fond un de leurs vaisseaux, les a ol:)ligés à se retirer, et lui a continué sa route et a porté à Carthagène et à Porto- Bello cinq ou six cents soldats destinés pour la garnison de ces places.

* Charailly, neveu de celui qui est devenu maréchal de France et fils d'un autre Chamilly, qui l'eût été dès 1G73 s'il ne filt pas mort, étoit homme d'esprit, mais qui s'en croyoit une fois davantage , et qui se blousa en Danemark par des hauteurs et des façons qui le rendirent odieux au roi de Danemark et à ses ministres. îSIais ce qui le perdit plus que ses fautes fut une méprise de dessus de lettre à Torcy et à BarLezieux, où ce dernier, qui se croyoit assez de ses amis, vit un

portrait de soi-même fait à Torcy on espèce de parallèle, dont il fut si ontrt' qu'il le |)erdit auprès du roi , de manière qu'il le demeura ai)rès sa mort , et n'en revint jamais. Quoiqu'il ne trouvât plus à son retour son ennemi en vie , rien ne le put raocrocher.

Mardi 12, à Versailles. — Le roi alla rapivs-dim'e so promener à Triaiioii, et le soir chez madame de Mainteiion il travailla avec M. le comte de Toulouse et M. de Pontchartrain durant trois heures. Fresque toute la promotion de la marine fut rég^léo; mais voici tout ce qu'on en sait : le roi a donné au duc d'Alhemarle, fils naturel du feu roi d'Angleterre, la charge de lieutenant général, vacante par la mort du marcpiis de Nesmond ; le duc d'Alhemarle n'étoit pas un des plus anciens chefs d'escadre, mais le roi n'a pas voulu refuser cette grâce au roi et à la reine d'Angleterre, qui l'en pressoientfort. 11 y a apparence même qu'il n'en jouira pas longtemps, car il est à l'extrémité dans une terre de la duchesse sa fenune dans le Languedoc. Le roi a fait cinq chefs d'escadre; les voici par leur rang : Bellisle-Érard , lîellefontaine , Sel)]jeville, la C.alissonière, le bailli d'Armagnac, tous anciens capitaines, hormis le bailli d'Armagnac, à qui le roi a été bien aise de donner cette distinction comme fils de M. le Grand, ([Uti le roi aime fort, et d'ailleurs le bailli, quoi<pie fort jeune, est homme de mérite. — J'appris que ces jours passés le roi avoit donné la compagnie des gendarmes du la reine, vacante par la mort de Lamarie, à Vertilly, major delagendarmerie, et la charge de major de la gendarmerie àDormoy, major du régiment du roi de cavalerie, qui est un homme que le roi estime fort. Vertilly n'auroil peut-être pas fort désiré de changer son emploi contre; unecompagnie, sans l'espérance prochaine qu'il doit avoir d'être maréchal de camp, auquel cas il n'auroit pu vendre son emploi, et il tirera ôO,000 écus de celui cpi'on lui donne.

Mvrcredi 13, à Meudou. — Le roi , au sortir de son dîner à Versailles, vint ici et il se promena jusqu'à la nuit

avant que d'entrer dans la maison ; Monseigneur le vint recevoir dans son parc. Madame la duchesse de Bourgogne vint en carrosse, mais fort lentement^ et Monseigneur lui avoit fait préparer une petite chaise pour monter les degrés, dont elle se servira pendant qu'on demeurera ici. Monseigneur le duc de Berry est de ce voyage pour la première fois et y viendra toujours comme il va présentement à Marly. — M, Chamillart travailla ici le soir avec le roi et puis retourna à l'Étang, où se firent les fiançailles de mademoiselle sa fille avec le duc de Quintin, — On a donné trois régiments de dragons à lever ; un des colonels est le fils de M. le comte de Chàtillon, qui n'a que seize ans et qui a été blessé cette année en Italie ; le père est premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans. — Le duc de Villeroy revint de l'armée d'Italie ; il servira la campagne qui vient sous M. son père en Flandre. — Le régiment des gardes qu'on tire des troupes qui sont en Flandre pour le roi d'Espagne s'appellera la garde wallone, et le duc d'Havre en sera colonel. — On a nouvelle de l'arrivée du roi d'Espagne à Montpellier.

Jeudi ik,à Meudon. — Le roi, après sa messe, vouloit aller courre le cerf; le vilain temps l'en empêcha, mais il ne l'empêcha point d'être dehors toute l'après-dinée, où il s'amusa à faire ébrancher les marronniers de l'avantcour. Monseigneur fut toujours avec lui. — Monvielle, qui avoit^toujours servi le roi d'Espagne et qui est homme d'esprit et de mérite, a souhaité de revenir en France ; il quitta S. M. C. à Aix et arriva il y a trois jours à Versailles. — M. de Tallard revint lundi; il est un de ceux qu'on croit qui peuvent prétendre à la charge de capitaine des gardes du corps. — Le roi a donné l'appartement qu" avoit monseigneur le duc de Berry à Versailles à M. le duc de Gesvres qui va entrer en année; cet appartement avoit toujours été vide depuis que monseigneur le duc de Berry le quitta pour prendre celui de monseigneur

T.' IX. û

fi« J01JRMA.L DK D/VNGKAU.

le (liRilc Rnuruo^^iuî. — M. le, in;iiéLhal de Villars a \)ermission de levenir; il enverra IjeauccMip de cavalerie de sou armée [)i)iir hivt*ri»er en Lorraine. M. de Callières , avant (|ue d(^ [»arlir de ce pays-là, alla à Lant'ville porter ;\ M. de Lorraine des lettres du roi très-obligeantes, et en môme temps il lui demanda que les troupes de France fussent reçues dans les places que Son Altesse a sur la Sarre comme elles l'ont ét»^- à Nancy.

Vendredi 15, à Meudon. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf dans le parc de Clmville ; Madam e étoit dans sa calèche avec lui ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient avec lui à la chasse. Us revinrent tuus diner ici. .Madame de Maintenon n'a poinl eu de tièvre depuis huit jours. — A la promotion que le roi vient de faire pour la marine, le roi a réglé qu'il y auroit toujours mille officiers parmi lesquels, conmie de raison, on ne comprend pas les gardes marine; à mesure qu'il manquera des ofliciers, lisseront remplis. On a fait trente-huit capitaines de vaisseau, quarante capitaines de frégate, quatre-vingts lieutenants et cent trente enseignes. On ne saura leurs noms ([ue dimanche (1). — (jC roi d'Bspagne a meué M. de Marsin jusqu'à Perpignan, et il doit aujourd'hui prendre congé de lui pour revenir ici. On attend que S. M, C. soit arrivée à Madrid pour disposer de largent qui est venu de la tlotte. On fit partir de i*aris ces jours passés M. Orry (2j, i[U\ est fort instruit du gouvernement des linances d'Espagne, et le roi, avant <{ue de le faire partir, lui douïia une audience dans laquelle il parla avec beaucoup d esprit et de consistance; mais il n'aura en Espagne nul caractère et n'a gira que par les ordres de M. le cardinal d'Estrées, àijui

(l)Vuir la liste de tousœs uflicierstie marim<: dans le Mercure de dt^mbre, |ia^«'.s .'{00 à 322.

(2) M. Orry qui est .uijourd'liiii (17.18) ((iutnilciir ;;('nfrid est son (ils. ( A'o/c (/(/ (lue (le Litjfui'.s. )

DÉCEMBRE 170a. 67

il donnera les mémoires sur ce qu'il croirn à propos pour redresser, s'il est possible, les finances de ce pays-là, qui sont fort en désordre.

Samedi 16 , à Versailles. — Le roi après son dîner à Meudon descendit chez madame la duchesse de Bom'gogne,qui se trouva assez incommodée. Les espérances qu'on avoit de sa grossesse sont finies ; les médecins craignent même qu'elle ne soit biessée. On la fit revenir ici couchée sur un lit dans son carrosse ; elle souffrit de grandes douleurs de reins en revenant, et d'abord elle se mit au lit, où on veut qu'elle soit neuf jours ; elle ne croit pourtant pas être blessée. Le roi, qui étoit ici avant elle, la vint voir dès qu'elle fut arrivée et y repassa encore en sortant de chez madame de Maintenon avant souper. — La duchese de Quintin prit son tabouret au souper du roi ; elle le prendra demain chez madaûie la duchesse de Bourgogne. — M. de la Faluère , premier président de Bretagne, a demandé au roi permission de quitter sa charge, étant fort vieux et fort incommodé. Il n'a que 10,000 écus de brevet de retenue ; la charge lui en avoit coûté 20; elle vaut de revenu 15 ou 10,000 livres, et il y a beaucoup de gens qui demandent à la remplir. — Les trois colonels de dragons que le roi a faits depuis peu sont M. de Chàtillon, que j'ai déjà nommé, le chevalier de Momein et Labastie, fils du lieutenant de roi de Strasbourg.

Dimanche 17, à Versailles. — Le roi a changé le dessein qu'il avoit fait d'aller passer la semaine à Marly, et il devoit se purger aujourd'hui. Il a entendu le sermon et a été au salut, et a rendu plusieurs visites à madame la duchesse de Bourgogne, qui n'est poiiit blessée , à ce que croit Clément ; il est persuadé qu'elle n'a point été grosse. Elle se porte bien et a joué toute l'après-dinée dans son lit. — J'appris que M. d'Orsay, fils du prévôt des marchands de Paris , avoit acheté depuis quelques mois la compagnie aux gardes qu'avoit (iuerchois, qui est présentement

68 JOURNAL DK DANGKAU.

colonel (lu rcl^gimcnt de la Marine. — On a des nouvelles dv M. réletltnii' de Havirre, qui demeure iVniu' dans ses engagements avec les deux rois ; il est avec sa famille :V Ingolstadt, qui est sur le D;niube et l;i meilleure de ses places. 11 demande seulement quel(|ue argent pour lever encore cinq ou six mille hommes, avec quoi il se croira en toute sûreté contre toutes les entreprises que IVmpereur pourroit fiiire cet hiver sur son pays.

Lundi 18 , à Versai/les. — Le roi prit médecine et tint sou conseil Taprès-dinée ; il alla ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne avant que d'aller chez madame de Maintenon. — M. de Callières revint de Lorraine, et le roi a témoigné être fort content de ce qu'il avoit négocié en ce pays-là et de toute sa conduite. — Forceville, ollieier de la marine, arriva; Ducasse l'envoie au roi pour lui rendre compte de son combat contre l'amiral Bembow, qui a duré plusieurs jours, comme je l'ai déjà manjué. Ce combat s'est donné par le travers de Sainte- Marthe à l'est de Carthagène ; un lieutenant de nos vaisseaux qui avoit été fait capitaine à la dernière promotion y a été tué. Ducasse est entré dans le fort de Carthagène avec ses quatre vaisseaux de guerre et les trois vaisseaux de transport qui portoient nos troupes. Le chevalier de Houcy commandoit un de nos quatre vaisseaux de guerre et s'y est fort distingué (1). — Saint-Mauris, maréchal de camp franc-comtois, quis'étoit fort distingué à la 1»ataille de Friedlingen, a prétendu que M. de Villars ne lui avoit pas rendu toute la justice qu'il méritoit et s'est ri'tiré chez lui.

Mardi 19, à Versailles. — Le roi donna une longue auilience A M. d(î Callières depuis sa messe jusqu'à son dhier, cpii fut de indlleure heure qu'à son ordinaire, et

(I) Voir la relation <lc ce combat, railc |i(ii- Diiaisso, dans le Mercure «le janvier 170;{, pases 17a 77.

ensuite S. M. alla à Marly, où elle demeura jusqu'à la nuit. — Le roi a trouvé que le droit de M. le duc d'Orléans sur l'abbaye de Saint-Jean des-Vignes, qui est à Soissons, étoit un droit très-bien fondé ; on a même vu par les provisions de M. le chevalier de Lorraine que le roi lui avoit donné cette abbaye à la nomination de feu Monsieur; ainsi M. le duc d'Orléans, étant en droit d'y nommer, l'a donnée à l'abbé de Sassenage , frère d'un des premiers gentilhommes de sa chambre. Il donne l'ab- Ijaye de Saint-Benoit-sur-Loire à l'abbé de Grancey, son premier aumônier ; ces deux abbayes valent chacune environ 25,000 livres de rente. S. A. R. donne l'abbaye de Saint-Pierre en Vallée à l'abbé de Teseu, qui a négocié à Rome les affaires de Madame contre l'électeur palatin ; et l'abbé de Saint-Pierre , premier aumônier de Madame , aura l'abbaye de Tiron ; ces deux abbayes sont à peu près du même revenu, qui est de plus de 1 0,000 livres de rente. Quoique ces destinations soient toutes faites, cela n'est pas encore public et ne le sera que quand le roi fera la distribution des bénéfices à sa première communion, qui sera à Noël.

Mercredi 20, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit gardé le lit depuis samedi , se leva le soir, alla chez madame de Maintenon et après souper entra dans le cabinet du roi à son ordinaire. Les médecins et Clément conviennent tous qu'elle ne s'étoit point blessée et qu'elle n'avoit point été grosse. — Chemerault, maréchal de camp, arriva ici; M. de Vendôme l'envoie au roi pour rendre compte de ses projets durant l'hiver et recevoir les ordres de S. M., comme le maréchal de Villeroy avoit envoyé l'année passée le chevalier de Bezons. M, de Vendôme devoit se mettre en marche le 15 et arriver le 16 devant Governolo, dont on attaquera la partie qui est en deçà du iMincio, qui est la plus considérable et qui commande même à celle qui est au delà de la rivière. — Le roi avoit envoyé

70 JOI'RNAL l)K DANGEAll.

celte année au roi de Porturiil une eonii)agnie de soixante ffrenadiers commandés par le chevalier de Mézière; le roi les a Ifiit revenir en France. Il donne cette comj)at:nie au manjuisd'Antin pour faire la compay^nie de, erenadiers du second bataillon du rëpiment qu'il vient d'acheter du duc dX'zès; ce répriment portera le nom de Gondriri , et ce second bataillon, cpii avoil toujours «'lé en iiarnison , servira en campajine. Le roi donne une commission de colonel au chevalier de Mézière.

Jeudi 'ii , à Versaillea. — Le roi alla tirer raprès-dinée. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bourg^oirne s'habilla en g"rand habit et recommença sa vie ordinaire. Le soir il y eut comédie, où madame la duchesse de Hourgogne alla. — On eut nouvelle que M. l'électeur palatin étoit tombé en apoplexie. — Laubanie, qui commande à Neubourg comme à Neuf-Brisach , a lait un détachement de ces .tiarnisons pour aller attaquer le château d'Etersheim, qui est la résidence du grand prieur de Malte en Allemagne. La prise de ce château assurera et étendra les contributions que nous tirons parNeuboUrg de l'autre cAté du Uhin. — M. l'élecleur de Cologne est depuis (pielques jours ;\ Namurj il compte d'aller passer le carnaval à Bruxelles. Ses deux régiments de cavalerie et ses deux de dragons, (pii sont en bon état, sont dans des <piaVtiersprès (leiNainur. il n'a (pie six bataillons, dont il en a laissé trois dans Bonn; les trois autres sont A Dinan, où il a ('(»nv(»|ué b's États du pays de Liège aux tètes de No«;l; mais il est à craindre que ces États, au moins la plus uTiinde partie , ne dél'èrent davantage à la convocation qu'en a faite le comte de Zinzendorf, qui est présen- Ument (l,\ns la ville de, Liège, niinistrede l'empenmr.

Vvndridi il, à Vci'saillcs, — Le rui d«'Voit aller t;ourre lecerf le: niiitin au sortir di' la messe, mais le vilain temps l'en empêcha; il diiia <le bonne lieut-e et alla passer l'a- |)rès-diut'e à Marly. Monseip:neur, (pii devoit être de la chasse avec le roi, alla dlnor .V MtMidoii. — Le P. de la

DÉCKMBRE 1702. 71

Chaise , qui se trouva mal, empêcha que le roi et Monseigneur ne se confessassent; ils ont remis au premier jour de l'an à faire leurs dévotions. — 11 arriva le matin deux courriers : l'un est du marquis d'Alègre, qui commande à Bonn, et l'autre de M. de Vendôme. Le marquis d'Alègre mande au roi qu'il a entièrement rétabli le pont de Bonn, qu'il a des bateaux de reste; il a enlevé un quartier des ennemis qui investissent Bonn presque de tous côtés; il y a onze bataillons dans la place, dont il y en a trois de l'électeur, deux d'Espagne et six de France ; il y a aussi dans la place le régiment de dragons de Poitiers; il deniandoit encore quelques troupes, parce que ces bataillons sont foibles et qu'il croit être attaqué cet hiver. L'officier qu'il a envoyé répond de faire entrer les troupes qu'on y voudra jeter. Le courrier de M. de Vendôme est parti du 13; M. de Vendôme marchera le 15, comme Chemerault l'avoit dit, et arrivera le 16 devant Governolo. On attend, les premiers jours de la semaine qui vient, des nouvelles de cette expédition, qui ne laissera pas d'être difficile, la saison étant bien mauvaise pour mener le canon.

Samedi 23, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance , travailla encore longtemps avec M. de Charaillart et le renvoya quérir encore avant son diner ; ainsi il étoit deux heures quand il se mit à table, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec ce ministre , et en sortant ou sut que S. M. avoit fait une promotion de vingtquatre lieutenants généraux , de vingt-cinq maréchaux de camp et de trente brigadiers dont voici la liste.

LIEUTENANTS GÉNÉBAUX.

MM. Comte de Nassau, MM. De Magnac,

De Clérembault, Du Rozel,

De Lomont, Reynold,

De Caylus , Saint Mauris ,

Comte de Gramont, Hautefort,

De Cayeo, Courtebonne,

JOURNAL DK DA^GKAl!.

MM. nivaux illo, Druy, Mont'îoii, Phélypcaux, Arlaiinan, Caraman ,

MM. Comte de Roucy, Suiville, Duc de Charost, D'Antin,

Liancomt, Clumoiault.

M XKKCHAUX DE CAMP.

MM.T)oCliamilly, Hessy, Desal leurs, D'Asf.'ld, Korsat, Galinoy , De Jooffrevillc, Prince de lîirkeiifeld, Vaudrey, Goesbriant, Vibraye, iJérulle, Lée,

MM. Doiinjïtoji, .lulien, Moneault, Sainlc-Jleiminc, Comte de llom, ISogent, Manderseheid, \aillac, Valsemé, Gévaudan, Vivans, Du Châtelet.

MM. Duc de Lesdiguières, La Connelaye, Montgeorgcs, Du Héron, llaffetot, Chepy, Tournon, Rannes,

Clioiseul, la Reine (l) Tillieres, Hautefeuille, Du Hourdet, Choiseul-Beaupré ,

Page 1