LIEUTENANTS GÉNÉRAUX
MM.Marsin,
Lauuion , Locraaria , Dubourg , Clérembault , Marquis de Gramont,
MM. Magnac, Du Rozel , Saint-Mauris , Hautefort, Druy, Roucv.
MAKECHAUX DE CAMP.
MM. Saint-Laurent,
Comte de Gramont, Sailly, Marivault, Flamanville , Blanzac, Chamarande , Légal! , Thianges , D'Esteing, Clieyladet , Due d'Humières ,
MM. Prince Camille, Forsat , Lée,
Dorington , Sainte-Hermine , Nogerit, Manderseheid , Vailiac, Valsemé, Gévaudan, Vivans , Du Chàtelet.
ARMEE D'ITALIE, commandée par M, de Vendôme.
LIEUTENANTS GENEBAUX.
MM. Vaubecourt, Barbezières , Bezons , Médavy, Saint-Frémont ,
MM.Albergotti, Praslin, Zurlauben, Monlgon, Chemerault.
MABÉCHAUX DE CAMP.
MM.Langallerie, MM.P'Arennes, Bouliiîiieux , Galmoy,
Chartogue , Yaudrey ,
Murçay , Goesbriaiit,
Narbonne, Bérulle.
Aubeterre,
11 y a plusieurs des anciens officiers généraux qui ne serviront point : M. le duc du Maine , M; le grand prieur, MM. de Vins , de Bertillac, de la Bretèche, de Mélac. On prend sur rrrmée de Flandre les officiers généraux qui vont sous les ordres de M. de Tallard.
Jeudi V février, à Versailles. — Le roi alla encore l'après-dinée à Marly pour achever d'y régler ce qu'il fait faire au bas de la cascade qu'on appelle la rivière. — 11 arriva un courrier du maréchal de Villars, qui mande que le prince Louis assemble des troupes qui s'avancent vers Huningue. M. de Villars en assemble aussi, et l'on croit que tous les officiers d'Allemagne vont avoir ordre de partir. — Le jeune marquis d'Alègre, qui avoiteu l'agrément pour acheter le régiment du roi de dragons , n'ayant puconvenir duprixavecle comte de Nogent, (|ui en est colonel, a acheté celui de cavalerie qu'avoit le comte de Tillière, qui par sa mauvaise santé est obligé de quitter le service ; c'est lerégiment royal des Cravates , et il l'achète 50,000 livres. — Un capitaine de vaisseau nommé [ Polhecourt ] a attaqué et pris ù. l'abordage un vaisseau angloisoù il y avoit plusieurs officiers et soldats pa.ssagers. L'action a été fort vigoureuse, et voil.V la troisième fois que ce même capitaine a abordé et pris des vaisseaux ennemis. — La Ferronnaye , anci«;n mestre de camp de cavalerie, étant obligé par sa mauvaise santé de ({uitler le service, veudit il y a quelques jours son régiment à son frère , (jui étoit capitaine de cavalerie.
Vendredi 2, à Versailles. — Le roi, avant que d'aller
à la procession des chevaliers , lit assembler le chapitre , dans lequel M. de Torcy rapporta les preuves du marquis de Villarranca et du comte de Marsin ; ensuite on marcha à la chapelle, et après la messe M. de Mfrsin fut reçu. L'après-dlnée , le roi entendit le sermon , vêpres et le salut; toute la maison royale assista à toutes les dévotions de la journée avec lui; monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne communièrent avant la procession. — On mande d'Angleterre que, sur les fortes instances des Hollandois, la reine avoit promis d'augmenter ses troupes de dix mille hommes, mais à condition que la Hollande rompra tout commerce de lettres avec la France et l'Espagne, condition qui sera fort dure et qu'on ne croit pas même qui soit acceptée par les Hollandois. — On mande de Madrid qu'il parolt un commencement de désunion entre les cardinaux d'Estrées et Porto-Carrero , et que ce dernier ne veut plus être de la junte. On croit pourtant que cette affaire se raccommodera. Les nouvelles levées se font en ce pays-là avec beaucoup de succès.
Samedi 3, à Versailles. — Le roi, tous ces jours ici, au retour de la messe, a donné l'ordre de Saint-Louis à plusieurs officiers de ceux qu'il avoit nommés ces jours passés. Il le donna à monseigneur le duc de Bourgogne il y a huit jours , et il ne lui donna point en particulier dans son cabinet comme il avoit fait à Monseigneur quand il le reçut. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la tête de tous les ofiiciers qui furent reçus ce jour-là. — Le roi a donné aujourd'hui pour 25 ou 30,000 écus dépensions à plusieurs officiers ; la plus considérable de ces pensions n'est que de 500 écus, et c'est Dauria , ancien brigadier de cavalerie, qui l'a eue. — Tous les officiers de l'armée d'Allemagne ont ordre de partir, c'est-à-dire les brigadiers, les colonels et tout ce qui est au-dessous; il y a aussi quatre lieutenants généraux et quatre maréchaux de camp qui partent. Les' lieutenants généraux
112 JOURNAL DE DANGKAU.
sont : du Bourg, Clérembault, Saint-Mauris et Magnac; les maréchaux de camp : Cliamarantlc, du CliAtclet , Vivans
et — Le maréchal do Montrevel prit congé du roi pour
aller commander les troupes en Languedoc ; on augmente encore sa petite armée de ([uelques régiments ([u'on fait venir d'Italie. Les soulevés de ces pays-là ont déjà été battus en une ou deux petites occasions et continuent leurs désordres avec beaucoup d'insolences et de cruauté. — L'aprés-dinée le roi alla se promener à Trianon, et le soir il y eut comédie.
Dimanche \, à Versailles. — Le roi , après son diner, entretint longtemps dans son cabinet le maréchal de Tallard, qui ensuite prit congé de S. M. pour aller conunander l'armée de la Moselle. Le roi lui dit qu'il avoit reçu nouvelle que les ennemis, après avoir pris la petite ville de Traerbach, qui n'est point fortifiée et où nous n'avions que cent hommes, s'étoient retirés sans oser entreprendre d'attaquer le château et qu'ils avoient rembarqué leurs canons sur la Moselle. — Busca, lieuîenant des gardes du corps, quitte cet emploi, et le roi donne sa l)rigade à son fils, qui étoit exempt et qui deviendra par là enseigne en la place de Longuerue, qui monte à la lieutenance. Barsum,.lieutenant dans la môme compagnie, qm est la compagnie de Lorges, se retire ne pouvant plus servir; le roi lui donne 2,000 écus de pension. Desfourneaux montera à la lieutenance, et l'enseigne sera donnée à quelque mestre de camp de cavalerie; carie roi fait monter alternativement aux enseignes un exempt et un officier de cavalerie. — Le comte de Poitiers est obligé par sa mauvaise santé à quitter le service ; il est colonel d'un régiment de dragons et a toujours servi avec beaucoup de distinction.
Lundi 5, à Versailles. — Le roi dîna de beaucoup meilleure heure qu'à l'ordinaire. Le conseil de dépèches fut fort court , et après son dîner le roi alla courre le cerf d;ins son parc «le Marly, fit, après lu chasse,
?ÉVRIER 1703. tl3
alla voir les travaux qu'il fait faire à Marly, où il demeura jusqu'à la nuit. Monseigneur alla à Meudon, où il demeurera quelques jours. — J'appris que Flavacourt, fils de celui qui étoit gouverneur de Gravelines et à qui on avoit ôté son emploi, parce qu'on le soupçonnoit de s'être battu , avoit été fait colonel de dragons dans les troupes du roi d'Espagne en Flandre. Il a eu l'honneur de faire la révérence au roi, qui a eu la bonté de lui témoigner qu'il étoit lîien aise de ce que le roi d'Espagne, son petit-iils, l'avoit employé. — Le maréchal d'Huxelles arriva le matin ; on ne sait point encore où il sera employé cette année. — On eut nouvelle d'un grand trem- Ijleraent de terre arrivé à Rome le li du mois passé. Il a endommagé beaucoup de palais; toute la ville crut être abîmée , et le pape donna la bénédiction in arliculo morlis. Ce tremblement fut suivi d'une inondation furieuse; on n'en avoit jamais vu de pareille à Rome, et le 16 au soir, quand le courrier en partit, on sentoit encore des secousses qui causoient de grandes appréhensions. On n'a point de nouvelles de Naples, d'où l'on craint d'apprendre de funestes effets de ce tremblement. Mardi 6, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à Marly, et n'en revint qu'à la nuit malgré le vilain temps qu'il fit toute la journée. Madame la duchesse de Rourg'ogne passa l'après-dinée à jouer chez madame la Duchesse.— Le maréchal de Tessé arriva le matin, revenant de l'armée d'Italie, et le maréchal de Château-Renaud arriva le soir, revenant d'Espagne. — Il arriva avant diner un combler du maréchal de Villars, et depuis son arrivée on a pressé encore davantage les officiers d'Allemagne de partir; on croit que nous avons quelque grand dessein de ce côté-là. Un valet de chambre du roi d'Espagne arriva un peu après. S. M. C. l'a fait partir sans lui donner le temps d'apporter des lettres d'aucun particulier, et l'on croit qu'il s'agit du démêlé qu'il y a à Madrid entre les cardinaux Porto-
Cari'ero cl d'Estrées; on ne nous en dit point encore les détails, — Les Suisses ont consenti, il y a déjà quelque temps, à une levée de quatre mille hommes pour servir le roi d'Espapiie dans le Milanez; il y en a déjà quelques tonipaji^iiies arrivées en Italie. — Depuis que le maréchal de Tessé a quitté Mantoue , on y a mis le chevalier de Bezons pour y commander ; la duchesse de Mantoue n'en est point partie ; elle n'a ])(>iiit suivi le ducsonmari, qui est présentement à Casai.
Mercredi 7, d Vemailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour, et en sortant de son diner il passa chez madame de Maintenon. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent dîner à Meudon avec Monseigneur, qui étoit venu ici le matin pour le conseil. Madame la duchesse de Bourgogne dina chez madame de Maintenon, et sur les trois heures elle alla à Meudon, d'où elle ramena messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry. — Le roi dit à son dhier queson armée d'Allemagne passeroit le Bhin dimanche ou lundi. Le maréchal d(; Villars lui mande, par le courrier qui arriva hier, que les premières troupes passeroient le 1 0. — Outre M. de Kérouert. lieutenant de gendarmerie, qu'on sait il y a longtemps qui veut quitter, il y a encore deux autres lieutenants de ce corps qui demandent à se retirer, cpii sont MM. de Beaujeu et de Dromcsnil. — M. le cardinal de Noailles eut le matin une'audience fort longue du roi. On tAche ;\ terminer doucement l'aflaire des quarante docteurs, mais on a exilé celui qui aété le plusenqdoyéà leur faire faire les signatui'es. — M. deSaiut-Sernin, (jui avoit entrepris de lever un nouveau régiment de dragons, s'él;int mal accpiitti' de son enq)]()i , a été cassé , et on a donné le r(''gimenl d(; dragons au mai'quis de Bannes, colonel réformé, qui achèvera de mettre ce régiment en état de servir.
Jeudi H, à Versai Iles. — Le roi alla se promener Taprèsdhiée à Mîirly. Monseigneur aila de Meudon à l'opcia à
Paris avec madame la princesse de Conty, qui étoit allée diner avec lui. — Il arriva encore un courrier d'Espagne qui est parti de Madrid Ip 27. Les démêlés qu'il y a dans cette cour-là ne laissent pas de faire un petit embarras ici, et on a fait repartir ce soir le courrier qui arriva avanthier. — Lé roi a permis à M. Digny de vendre le régiment de Touraine, dont il étoit colonel; ill'avoit acheté. Il y a eu d'autres colonels qui ont demandé à se défaire des régiments que le roi leur avoit donnés et qu'il ne leur permet pas de vendre. — Les lettres de Metz portent que les ennemis assiégeoient présentement le château de Traerbach, qu'ils y avoient ouvert la tranchée et qu'on entendoit tirer beaucoup de canon ; les ennemis ont quinze ou seize mille hommes à ce siège. — La duchesse de Gesvres prit son tabouret au souper du roi; la duchesse du Lude l'avoit présentée à S. M. à son retour de Marly dans la chambre de madame de Maintenon. — M. de Chamillart a ôté M. Valée, qui avoit chez lui le l)ureau des finances, et a mis en sa place M. le Rebours, parent proche de madame de Chamillart. Le roi donne 4,000 francs de pension à M. Valée.
Vendredi 9, à Vresailles. — Le roi donna le matin une longue audience au maréchal de Tessé ; il en donna hier aussi une fort longue au duc d'Harcourt. Le roi alla tirer l'après-dinée. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer de leur c^té , et , à la chasse , monseigneur le duc de Berry se trouva mal; monseigneur le duc de Bourgogne le ramena promptement ; on le mit au lit et on le fit saigner pour la première fois de de sa vie, il y avoit beaucoup de répugnance , et M. Fagon voyant que cela étoit absolument nécessaire [sic]. — M. de îSeufchâtel mourut cesjours passés à Paris. Il laisse deux lilles, quiserontrichespar les avantages que madame de Nemours lui avoit faits en le mariant. Il étoit bâtard du comte de Soissons, le prince du sang. 11 avoit épousé une sœur du duc de Luxemliourg, qui est présentement brouil-
Iir, JOllRNAI. I)K DANGEAl .
lue avec iiiacUime de Nemours. — On a des lettres de M. l'électeur de Bavière fort fraîches; il marchoit à Neuhourir sur le Danube pour l'attaquer, maison craint que les troupes des Cercles qui en sont proches n'y entrent en jissez grand nombre pom* en)j)ècher ce siège. Neubourg est cl l'électeur palatin.
Samedi iO, à Verrai lien. — Le roi, à son lever, choisit le duc dllareourt pour remplir la charge de capitaine des gardes du corps vacante par la mort du maréchal de Lorges. lly a 500,000 livres de brevet de retenueà payer; le roi lui donne un brevet de retenue de pareille somme, et il n'a point attendu que le duc d'Harcourt le lui demandât. Dans l'audience que le duc d'Harcourt eut ces jours passés , il eut sujet de croire que le roi le destinoit pour remplir cette place. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur revint de Meudon. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme qui n'apporte point de nouvelles considérables ; il dit seulement que l'armée des ennemis est fort dépérie, mais qu'ils at^ tendent de grands secours. Le prince Eugène y doit retourner au commencement du mois de mars ; ce général les assure qu'avant le mois de mai l'empereur leur enverra beaucoup de troupes et de l'argent de quoi les payer. — Le bailli de Hautefeuille , ambassadeur de Malte et grand prieur d'Aquitaine, est à l'extrémité à Paris. On dit même qu'il est mort , mais que sa famille a des raisons pour ne le pas publier ; il a 4-0,000 écus de rente en l)énéfices ou en commanderies.
Dimanche 11, à Veraailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. La maladie de monseigneur le duc de Berry n'a eu aucunes suites, et il recommence X mener sa vie ordinaire. — Le comte de Nogcntavendu le régiment des dragons du roi à M. de Carmain,qtii lui en donne 45,000 écus. (1) M. de Nogent prend en payement pour 50,000
(l)Ce inarclié-làn'a pu se cunclure, ainsi cela nV«l pas vrai. (AotedeDang. }
FEVRIKR 1705. 117
francs une enseigne dans la gendarmerie qu'a M. de Carmain, et la femme de M. de Carmain, qui est fort riche et qui étoit veuve de Lagny, directeur du commerce, paye pour son mari le reste de la somme. — On assure que le dessein des Anglois et des Hollandois étoit d'aller dans l'Amérique, mais qu'ils n'avoient pu convenir entre eux ni avec l'empereur du partage de leurs prétendues conquêtes, et que cela avoit rompu tout leur dessein, et qu'ils prenoient le parti d'aller en Portugal, et que pour cela, au lieu du duc d'Ormond, nommé pour commander les troupes de débarquement, ils a voient choisi le duc de Schomberg, comme un homme dont le nom et la personne sera plus agréable aux Portugais. On dit que ce changement de dessein est ce qui a retardé l'armement de leur flotte, qui devoit être en mer il y a plus d'un mois.
Lundi 12 , à Versailles. — Le roi apprit par un courrier de M. de Villars que M. de Bavière avoit pris Neubourg sur le Danube la nuit du 3 au 4. La place est mauvaise , mais elle est importante ; elle ne s'est défendue que vingt-quatre heures. 11 y avoit dedans deux mille hommes de l'électeur palatin; on en a tué quatre ou cinq cents, et M. de Bavière a envoyé le reste de la garnison dans le dedans de son pays vers Munich. Us sont prisonniers de guerre , et il n'y a point de cartel. Madame l'électrice palatine , la mère, étoit dans la place; elle n'en avoit point voulu sortir, quelques offres que lui eût faites M. de Bavière ; on ne mande point ce qu'elle est devenue. Le comte de Stirum avoit rassemblé quatre mille hommes des troupes de l'empereur pour secourir la place , mais il y est arrivé trop tard. Il avoit voulu engager le cercle de Franconie à se joindre à lui , mais ils se sont excusés disant qu'ils n'étoient point en état de se mettre en campagne. Le courrier de M. de Villars dit que toutes nos troupes achèveront aujourd'hui de passer le Rhin à Neubourg.
118 JOURNAL DE DANGKAU.
MardiiS, à Vcruailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée. Monseigneur courut le loup. Le soir, chez madame de Mainlenon , le roi travailla à son ordinaire avec M. de Pontchartrain ; la séance fut longue , et le roi régla tout ce {jui regarde la marin<; pour cette année, c'est-à-dire ce qu'on doit mettre de vaisseaux à la mer et les olïiciers qui les commanderont. M. Chamillart vint ensuite à neuf heures et demie, et nous sûmes que Hhimherg sétoit rendu, niais que le marquis de (Iramont, tjui connnandoit dans la place, avoit eu la capitulation qu'il avoit désirée et dictée même. 11 y avoit dans la place quatre bons l)ataillons, qu'on envoie à Louvain; il n'y avoit plus (jue pour huit jours de vivres dans la place. — M. de Druy, qui avoit sous ses ordres vingt-cinq bataillons et trente escadrons sur la Sarre, marche en Alsace avec cpiinze bataillons et vingt escadrons et remplace par là une partie des troupes qui ont passé le Rhin avec M. de Villars. Les trente bataillons qui seront de l'armée de M. de Tallard s'assemblent le 13, le lï et le 15.
Mereredi IV, àMar/y. — Le roi, après son dîner, partit de Versailles pour venir ici, où il se promena jusqu'à la nuit. Il y aura des ])als ce \oyage, et on a amené tous les danseurs et toutes les danseuses de la cour. — On ap[)rit par un courrier du marquis de Bedmar, qui passa hier à Versailles revenant de Madrid , que le roi d'Esi)agn»; avoit donné au cardinal Porto - Carrero le conmiandement de son régiment des gardes achevai *; il éloit vacant depuis la mort de Castanaga. On espère toujours (pu: les démêlés ([u'il y a dans cette cour-là liniront l)iciitôt, mais on craint qu'ils ne soient l'omentés l)ar un des grands, qui voudroit avoir part au gouvernement.— IjC comte d'Autel, gouvci-neur de ïiUXcMubourg, mande que les ennemis eouliniuMit le siège du château de Traerbach, qu'ils ont étaldi plusieurs batteries de c«- M(»n rt deux batteries de bombes (pii <ni( dt'jà lait assez, de désordres, et (|iril est à < raiiidre <|ue les tK^ipes
qu'on assemble pour faire lever le siège n'arrivent trop tard.
* On voulut conteuter le cardinal Porto-Carrero de ce bizarre présent du régiment des gardes. IMadame des Ursins avoit empaumé entièrement la reine d'Espagne, et cette reine le roi son mari. Madame des Ursins vouloit gouverner, et ne se put contenter d'une simple influence. Les cardinaux d'Estrées et Porto-Carrero ne s'en aperçurent que quand il n'en fut plus temps, outre qu'ils comptoient sur leur plus qu'ancienne amitié avec elle , le premier ayant toute la confiance de notre cour et le second toute l'autorité quil tiroit d'avoir fait faire le testament de Charles II et d'avoir été deux fois régent avec toute-puissance , n'inîagiuant pas d'avoir à lutter contre une femme, simple dame d'honneur. Cette lutte néanmoins ne tarda pas , et la chute des deux cardinaux en Espagne en fut une prompte suite , et de tous ceux qui avoient eu part au testament ou depuis aux affaires ou à la confiance ou même à la familiarité du roi , excepté trois ou quatre François du bas étage dont elle sut bien s'assurer. Il sera plus d'une fois mention d'elle dans la suite.
Jeudi 15, àMarly. — Le roi, au sortir de la messe alla courre le cerf dans son parc; Monseigneur et messeigneurs • Sfig enfants étoiehtà lâchasse. 11 y avoit plus d'un mois que monseigneur le duc de Bourgogne n'y avoit été; ils revinrent dîner ici à leur ordinaire; Madame étoit à la chasse. Lesoiril y eutbalavant souper, etle roi y demeura presque jusques à la fin (l).Lesdanseusesétoient: madame la duchesse de Bourgogne, madame d'Armagnac, les duchesses de Monaco et de Villeroy, mademoiselle d'Elbeuf, mademoiselle de Melun , la comtesse d'Ayen , mesdames de la Vrillière, de Brancas et de Ghaumont et mademoiselle de Solre ; les danseurs : monseigneur le duc de Berrv, M. le duc d'Orléans, M. le comte de Toulouse , le
(1) « Le soir à sept heures et demie il y eut bal daus le grand salon, (iii'oii peut dire avec justice être le lieu de toutes les maisons royales le plus commode elle plus beau pour uue st;mljlai)lc tète Le bal lïit sérieux et sans mascarades. Les dames y turent fort pan^-s, mais sans roi)es , .selon l'usage de \lariy. Madame Ja ducliesse de Hoursogne se distingua fort et par son ail et par sa danse. » (Mi-rcvre de février, pages ^78 et :^80. )
foiilie de Brionne, les ducs de Monaco, de Luxembourg et de Villei'oy , le chevalier de Sully, les marquis de la ChAtre , de Cirignan et de Brancas. Le eomti- de Brionne tomba en dansant , et se blessa assez pour ne pouvoir plus danser de longtemps. — On mande de Hollande que le comte d'Alhlone, qui commandoit leur armée, étoit mort de maladie à Ulrecht; il étoit feld-maréchal.
Vendredi 16, à Marly. — Le roi après la messe alla courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Monseig-neur alla courre le loup , et messeig-neurs ses enfants demeurèrent ici ; le roi revint dîner à son ordinaire. — Il est arrivé des bateaux de Troyes à Paris ; ainsi l'entreprise de rendre navigal)le la rivière de Seine depuis iNogent jusqu'à Troyes a réussi, quoique jusques ici on l'eût crue impossible. — On mande de Kome que le tremblement déterre du IV janvier a causé une grande désolation dans l'État ecclésiastique ; la ville de Nerva et quelques autres moins considérables ont été presque entièrement ruinées, et les habitants ensevelis sous les ruines. Le désordre a été assez grand aussi dans le royaume de Naples , mais le tremblement a fait peu de mal dans la capitale. — Le roi de Pologne, se trouvant pressé par le roi de Suède , qui veut toujours le faire déposer, rappelle les huit mille Saxons qu'il avoit prêtés à l'empereur sur l'espérance qu'on lui avoit donnée de fivire son accommodement avec le roi de Suède.
Samedi 17, à MarUj. — Le roi courut le cerf le matin dans son y>{\yv\ Madame étoit à la chasse, mais Monseigneur et messeigneui's ses enfants n y étoient pas. Le soir il y eut bal avant souper; mademoiselle de Charolois y dansa j)our la première fois et coucha ici; elle dansa même fort bien, et le roi lui fit beauco4q> d'amitiés. Madame de Maintenon parut un monu'iit un l)al poui- la \oir danser; mademoiselle de Charolois n'a p.is encore dix ans. — Les di\-hnil niillr hommes ck* recrut- <pi'on
FÉVRIER 1705. fil
envoie à l'armée d'Italie sont en marche; la plus grande partie a déjà passé Lyon, et il y en a même qui doivent déjà être arrivés en Italie. Barbezières, lieutenant général dans cette armée , en est parti il y a plus d'un mois ; on ne doute pas que ce ne soit par ordre et pour quelque dessein. On soupçonne qu'il est allé dans la Valteline pour connoitre tous les passages de ce pays-là , et sonder les intentions des Grisons en cas que nous leur demandassions passage sur leurs terres; mais jusques ici ce n'est qu'un raisonnement, et on ne parle point même publiquement de son voyage. — Le bailli de Hautefeuille, qu'on avoit dit mort au roi, est un peu mieux présentement.
Dimanche 18, à Marly. — Le roi tint conseil le matin comme à son ordinaire, et se promena toute l'après-dinée dans ses jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à sa promenade. Le soir après souper il y eutbal; le roi y demeura jusqu'à une heure (1). — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti de Guastalla le 12; il n'apporte aucunes nouvelles, et M. de Vendôme ne l'a envoyé que parce qu'il a ordre d'en envoyer de temps en temps, quoiqu'il ne soit rien arrivé. On fait encore venir cinq bataillons de cette armée pour envoyer en Languedoc, et on y envoie encore un bataillon de l'armée d'Allemagne; mais on commence à espérer qu'on n'en aura pas grand besoin en ce pays-là, et on vient de recevoir nouvelle que Julien avoit attaqué auprès d'Alais sept ou huit cents de ces fanatiques , qu'il en avoit tué trois cents, que le reste avoit jeté les armes et s'en étoit fui dans les montagnes. Julien n'a perdu que deux
(1) « Le bal ne commença qu'après le souper; Sa Majesté y resta jusqu'à minuit et demi; il ne finit néanmoins qu'à deux heures et demie, il lut, ainsi (|ue les deux premiers, sericnv et sans mascarades. On y daiisa, comme aux premiers, toutes les vieilles danses et celles d'Angleterre. Madeiiioiseile de Cliarolois y hrilla tort, et toutes les dames y turent magnitiquement vêtues. » ( Mercure de lévrier, page 283. )
V2'2 lOlIRWAL DK DANGKAU.
soldats à cettealïaii'o, mais nous y en avons perdu ciu- «[uantecejoui'-làaviinliju'il .uTiviU; il avoit Irouvr Tall'aiic conuncnit'c. \a' maréchal de Montrevel éloit arrivé au Pont-Saint-Esprit, et c'est lui qui a envoyé le courrier.
Lundi 19, à Marhj. — Le roi se promena tout 1<' malin et toute raprès-dinée dans ses jardins maleré la pluie. Le soir il y eut bal avant souper. Pendant que le roi y étoit, Nyert, son premier valet de chambre en quart i(îr, lui apj)orta une lettre de M. de Chamillart, qui est à rÉtaiii: el (jui lui mandoit (pie M. de Villars avoit passé le Khin. qu'il est content de toutes les troupes qu'il a avec lui , qu'il lui est arrivé trois bataillons des régiments nouveaux , qui sont en bon état et paroissent quasi connue les vieilles troupes. — Le mariage de M. de Lavardin avec mademoiselle de Noailles se fit le soir à Versailles. — On mande de Hollande <pu' presque toutes les yvovinces ont enlin consenti à l'interdiction de tout commerce avec la France et l'Espagne, comme l'Angleterre l'avoit souhaité, mais avec la restriction que ce ne sera ([ue pour un an et à commencer du mois de mai. Les Anglois vont travailler présentement à lever ou à acheter des princes d'Allemagne les dix mille hommes d'augmentation. La grande flotte angloise et hollandoise ne sera [)rète à mettre à la voile qu'au mois de mai ; ils ont une vingtaine de vaisseaux qui sont présentement prêts à mettre à la mer, et ils l'ont toujours courir le bruit que c est pour les envoyer en Poitugal.
Mardi '20, à MarUj. — Le roi. Monseigneur et messeign<'urs ses cnlants, au sortir delà messe, allèrent couri'e h; cerf. Madame étoit aussi à la chasse, et le roi revint diner ici à l'heure ordinaire. Le soir, après souper, il y eut bal en masque, où il n'entra que des gens masqués; le roi lui-même avoit fait l'aire; une robe; de chaud )re de gaze, <pril mit par-(l<ssus son liabil. Madame la princesse de Conly, <|ui \\r danse |)his aux bals ordinaires, dansa init'dx (|U(' laiiiaiN; on piil à daiisrr la ducluîssc d«' Yen-
tadour, qui alla prendre le roi ; il fit la révérence et alla prendre la princesse d'Épinoy. Monseigneur fit une mascarade qui réjouit fort le roi ; on trouva que son habillement et sa marche, qu'il contrefit, ressembloient fort au vieux duc de Gesvres. Le liai dura jusqu'à quatre heures et demie, mais le roi en sortit avant une heure (1). — Le roi à son coucher commanda au major de son régiment des gardes que ce corps lut prêt le 6 du mois qui vient, pour passer en revue devant lui et pour marcher à Farmée quatre jours après. Les gardes du corps sont commandés aussi pour la revue au 8 de mars et pour marcher ensuite. — M. de Lavardin prend le nom de marquis de Beaumanoir.
(1) 'Le mardi gras le roi courut le matin le cerf dans le parc de Marly. Monseigneur et Madarhe l'y accompagnoient. Sa Majesté fut de retour à midi et un quart et se promena après son dîner dans les jardins. Le souper fut servi à neuf heures et demie, et la mascarade commença à onze heures dans le salon. Le roi défendit expressément qu'on y laissât entrer personne <le quelque considération qu'elle fût sans être masquée, à l'exception des garçons du château, ce qui fut ponctuellement exécuté , même après que le roi se fut retiré pour se coucher. Le roi y entra avec une robe de gaze qu'il mit par dessus son habit ordinaire et un masque. Cet exemple fut suivi, et généralement tous ceux qui se trouvèrent à Marly se masquèrent : capitaine et officiers des gardes du corps , grands et petits officiers de la chambre et de la garde-robe , officiers de la garde françoise et suisse; en un mot tous ceux qui voulurent voir cette fête. Il y eut plusieurs bandes de masques en habits uniformes. Monseigneur et M. le marquis d'Antin figurèrent habillés en vieux seigneurs du temps passé avec des pourpoints, des hauts de chausses larges et des rubans aux côtés, perruques grises , manteaux , rabats et ailes de moulin sur les souliers. Monseigneur le duc de Boingogne, M. le duc d'Orléans et M. le comte de Toulouse entrèrent chacun à la tête de leur troupe, et madame la duchesse de Bourgogne conduisit la sienne de bonne grâce. Les habits de cette troupe étoient simples et sans aucune dorure ; ils étoient de velours bleu avec une ceinture et avec une petite cale , avec une plume sur la tète portée de côté. Outre ces troupes uniformes , il y eut plusieurs masques singuliers de l'un et de l'autre sexe. Les spectateurs eurent un plaisir infini de revoir danser des dames <[ui ont trop tôt renoncé à la danse. -ALulame la duchesse de Bourgogne se distingua fort, et mademoiselle de Charolois surprit tout le monde. Nos \ ieilles danses les jilus vives et relies d'Angleterre furent souvent recommencées. » (Mercure de février, pages 284 à 289.)
121 JOURNAL DE DATSGKAU.
Mercredi "21, à Marly. — Le roi reçut hier au soir des lettres de Julien, qui mande le détail de ce qui s'est passé en Languedoc contre les fanatiques de ce pays-là. 11 croit qu'ils ont encore plus perdu de monde qu'on ne l'avoit <lit dabord ; ceux (pii sont restés ont jeté leurs armes, thi leur a pris dix-huit mulets qui portoient toutes leurs munitions de guerre, M. de Brogiio et M. deBasville sont allés au-devant de M. le maréchal de Montrevel , et il ne paroît pas que ni l'un ni l'autre songent à quitter leui"s emplois dans cette province. — L'affaire des quarante docteurs de Sorbonne est terminée ; ils ont donné par écrit une explication de leurs sentiments, dont M. le cardinal de Noailles et M. de Meaux ont été également contents. — 11 arriva le matin des nouvelles de Traerbach : les ennemis avoient fait sommer Baravy, qui y commande, il leur a répondu qu'il n'étoit point en état de songer à se rendre. Us l'ont fait sommer une seconde fois , le menaçant, s'il ne se rendoit, de ne lui plus donner de quartier; à cela il a répondu que quand ils l'auroient pris ils seroient les maîtres de faire de lui ce (piil leur plairoit ; mais qu'il se défendroit jusqu'à l'extrémité. Après cette dernière réponse, ils ont retiré le canon de leurs batteries, et changent le siège en blocus, qui apparemment ne sera pas long, car M. de Tallard marche et devoit être à Trêves le lî) avec la tête de ses troupes.
Jeudi 22, à Marli/. — Le roi lit dire le matin à M. de Tessé par M. de Chamillart qu'il pouvoit faire revenir son (''quipage d'Italie et que dans peu de jours il sauroil sa destinée pour cette campagne. Sur les huit heures du soir, M. de Chamillart, qui éloit allé à l'Étang, amena au roi, chez madame de Maintenon, le chevaber de la Vrillière, colonel de dragons, (|ue le maréchal de Villars envoie à S. M. pour lui lendr*^ comj)te des heureux commencements de son entreprise sur le fort de Kehl. (le uiar(''chal acheva de passer le Uhin le 1 V, marcha le 15,
le 16, le 17 et le 18, et arriva le 19 sur la Quinche (1) sans avoir trouvé nulle opposition dans sa marche, qui est de près de vingt lieues d'Allemagne. Le prince Louis de Bade n'apas pu apparemment rassembler ses quartiers; il n'avoit que douze bataillons ensemble commandés par le général Pibrac, qui, à l'approche de nos troupes, a fait plier tous les drapeaux, les a emportés et a ordonné à l'infanterie de se sauver dans les bois comme elle pourroit. Les ennemis avoient près de cinquante forts ou redoutes, qu'ils ont tous abandonnés, et dans plusieurs de ces forts il y avoit du canon et des munitions. Ils étoient tous gardés par les milices du pays, qui n'ont point songé à les défendre. Quelques centaines de hussards, dont nous avons formé des compagnies à Strasbourg des déserteurs de l'année passée, et quelques troupes de dragons ont suivi pendant trois heures l'infanterie ennemie, qui se sauvoit dans les bois , et on a pris quelques prisonniers. Le prince Louis avoit été lui-même, le matin du 19, dans le fort de Kehl, où il y a quatre mille hommes de garnison ; c'est beaucoup trop pour une si petite place . Elle fut entièrement investie le 19 au soir, et le chevalier delà Vrillièreen est parti le 20 au matin. On a trouvé beaucoup de magasins de fourrages, et le maréchal de Villars mande au roi qu'il espère que sa cavalerie ne lui coûtera rien cet hiver ; il mande aussi qu'il compte d'établir des contributions assez avant dans le pays. Il croit pouvoir ouvrir la tranchée devant la place les derniers jours de la semaine. Le prince Louis aura peine à rassembler beaucoup de troupes et encore plus à faire lever le siège , la place étant très-difficile à secourir. Notre pont au-dessous de Strasbourg est fait, et nous en faisons descendre un que nous avions fait à Altenheim ; ces deux ponts rendront la communication avec Strasliourg aisée , et on les a faits hors de la portée du canon de Kehl. C'est par le
(1) LaKint/ig.
pont que nous avions à Altenheim que M. de Druy a joint avec les troupes qu'il amenoit de dessus la Sarre. 11 y a présentement dans l'armée de M. de Villars quarante-huit bataillons et soixante-trois escadrons, et ce maréchal se loue Ibrt des troupes.
Vendredi 23, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf et revint dîner ici. Monseitrneur courut le loup. — Le roi a fait partir Lappara pour aller conduire les travaux au siège de Kehl. 11 n'y a que quatre bastions à cette place et deux grands ouvrages à corne; les forts du Rhin et des lies ont été rasés par la paix de Ryswyck. — Barbezières, dont le voyagea été longtemps à se faire et qu'il seroit à désirer qu'il le fût encore, alloit trouver M. de Bavière pour prendre des mesures avec S. A. E. et pour servir dans son armée si elle le jugeoit à propos; mais par les nouvelles qu'on en a eues il étoit encore à Coire. 11 espère toujours pouvoir passer; mais présentement que le bruit de son dessein est répandu , le passage deviendra plus difficile, et on croit qu'il sera obligé de retourner à l'armée d'Italie. — Par les dernières lettres qu'on a de M. de Vendôme, qui sont du IG au malin , ou apprend que l'armée des ennemis est considérablement diminuée ; les Danois ont presque tous déserté , et trois colonels des leurs sont retournés en Danemailv, les troupes n'étant point payées. Quelques colonels allemands même se sont retirés , et on compte qu'il ne leur reste pas plus de dix mille hommes ; que cette armée souffre fort. Le prince Eugène demandoit vingt-cinq iiiillt! hommes d'augmentation , et on ne lui en fait espérer que six, qui ne pourront marcher qu'au mois de mai.
Samedi 2V, « Versailles. — Le roi partit de Marly sur les trois heures , et alla à Saint-Oermain voir le roi et la reine d'Angleterre ; il arriva ici sur les dix heures. Monseigneur le duc de Bourgogne en partit en mèine teinps que S. M. pour venir ici et se confessa en arrivant; il ne
jouera point durant tout le carême. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry s'amusèrent à jouer dans le salon de Marly , et ne revinrent ici qu'à cinq heures. Madame la duchesse de Bourgogne , en arrivant, alla chez madame de Noailles voir la noce (1). — Le roi, en sortant de son diner à Marly , reçut un petit, billet de M. de Ghamillart, qui lui mandoit que M. de yillars écrivoit du 21 que les ennemis avoient abandonné Wilstet, Offembourg et Gengenbach, qui sont sur la Quinche. Offembourg est rebâti , et ils en avoient un peu rétabli les fortifications; c'est l'endroit où l'on croyoit que le prince Louis pourroit rassembler ses troupes, s'il sôngeoit à entreprendre de secourir Rehl. Ce prince a mandé à M. de Villars qu'il le prioit de se ressouvenir de leur ancienne connoissance et d'épargner ses terres , particulièrement sa maison de Rastadt ; il l'a fait rejxitir depuis peu et y faisoit sa résidence ; elle est à dix ou douze lieues de Kehl.
Dimanche 25, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon , et puis le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent au salut. — Par les dernières nouvelles de Madrid, qui sont du 18, on apprend que les affaires entre les cardinaux et la princesse des Ursins augmentoient plutôt que de diminuer. Elle demande toujours au roi la permission de s'en retourner en Italie; elle se plaint fort de MM. d'Estrées, et MM. d'Estrées se plaignent fort d'elle. On espère, quand le courrier du roi sera arrivé là, que les esprits se rapprocheront, et qu'ayant bonne intention ils se réuniront tous pour le service du Toi. On soupçonne le duc de Medina-Celi de nourrir ces divisions dans l'espérance de se faire premier ministre. — M, Desalleurs étant obligé.
(1) 13(1 niaiqui« de Lavardin avec mademoiselle de Noailles.'
128 JOURNAL 1)1, DAIN'dKAU.
par le mauvais état de ses affaires, de ne pas accepter l'ambassade de Portugal, qu'il avoit pourtant demandée, le roi a nommé j)our amliassadeur en ce pays-là M, de Cliàteauneuf;, qui étoit, il y a quelqu«*s anut-es, notre ambassadeur à Constantinople, où il avoit trés-hien servi et qui est homme d'esprit et de mérite et dont les affaires sont en état de soutenir l'ambassade.
lAuidi :2G, à Versailles. — Le roi prit médecine, et tint le conseil laprès-dînée qu'il auroit tenu le matin. Le soii' il y eut comédie ; monseiirneur le duc de liourgoi^ne nira point durant tout le carême. — On a reçu des nouvelles de M. de Bavière du 14 de Munich. Cet électeur, depuis la prise de Neubourg-, a mis ses troupes en quartier le long du Danul)e , avec ordre au comte d'Arcos, son général, de les rassembler en cas qu'il parût quelques troupes qui voulussent venir inquiéter son pays, et S. A. E. s'est mise dans sa capitale, dont il fait rétablir les dehors pour empêcher que les partis que l'empereur pourroit envoyer par Passau ne donnassent quelque in- (juiétude aux habitants de Munich ; et la ville de Nuremberg a fait réponse aux envoyés de cet électeur que le cercle de Franconie n'avoit nulle envie ni de l'attaquer ni de se brouiller avec S. A. E. — Un de nos armateurs a pris un vaisseau de Dantzick; les deux tiers de cette prise sont pour l'abbé de Polignac, à qui le roi a donné la confiscation des vaisseaux de cette ville-lî\ justpi'à ce qu'il soit remboursé de toute la pei'te qu'ils lui ciusèrent quand M. h; prince de Gonty passa en ce pays hV ; et par l'évaluation <|ui en a été faite il lui est dû encore plus de 50,000 écus.
Mardi 27, à Versailles. — Lé roi vouloit aller lirnlaprès-dlnée , mais le vilain temps l'en «Mupêiha. Il donna le mîitin audience de congé à riimliassadeur de Venise, et le lit chevalier; r'est une cén-inoiiie (|iril fait toujoui's quand les ambassadt^urs de Venise prennent congé de lui, et cela leur donne un rang et une distinc-
tion dans leurs habillements à Venise. — Le comte de Gramont parut au lever du roi après une maladie de six mois , durant laquelle on l'avoit cru plusieurs fois mort. — M. le maréchal de Boufflers arriva de Flandre, où il retournera après la revue des gardes, qui sera dans huit jours. — M. Metuin, envoyé d'Angleterre en Portugal, est parti de Lisbonne; S. M. Portugaise n'a été ébranlée ni par ses promesses ni par ses menaces, et veut demeurer dans une neutralité parfaite. Les Hollandois, qui avoient déjà une escadre sur les côtes d'Angleterre avec quelques troupes de débarquement, dans Tespérance que le Portugal leur faciliteroit quelque entreprise sur l'Espagne , voyant qu'ils n'ont rien à prétendre de ce côté-là, font revenir leurs troupes et leurs vaisseaux en Hollande. Mercredi 28, à Versailles. — Le roi, après son diner, avant que d'aller au sermon , entretint M, le maréchal de Vauban, qui demanda en grâce à S. M. de l'envoyer au siège de Kehl, où il croit pouvoir rendre de bons services en conduisant les travaux. Le roi lui dit ; « Mais songez-vous, M.lemaréchal, quecet emploi est au-dessous de votre dignité ? — Sire , lui répondit-il , il s'agit de vous servir, ce que je crois pouvoir faire utilement en cette occasion ici. Je laisserai le bâton de maréchal de France à la porte et j'aiderai peut-être à la prise de la place. Plus vous nous élevez et plus nous devons avoir envie de vous servir. » Le roi ne veut pas lui permettre d'y aller, mais il insiste encore. Au retour du sermon, le roi entra dans son cabinet, où il lit demeurer monseigneur le duc de Bourgogne et M>I. les maréchaux de Boufflers et d'Harcourt. S. M. fut enfermée une demi-heure avec eux; il y fut question d ôter les piques à l'infanterie, qui est un parti qu'apparemment on prendra. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Tallard, qui mande au roi que les ennemis, le voyant en marche pour aller à Traerbach , s'étoient retirés en diligence , une partie à Coblentz el l'autre à Andernach. Ils on^ laissé dans la ville de T. IX. 9
Traerbach l)eaucoup de munitions , leurs malades et leurs blessés. Le commandant du château étoit encore en état de se défendre plusieui's jours; il s'app«41c R.iiavy, et Ton est très -content de lui. — On mande de Toulon que Duquesne , capitaine de vaisseau , avoil pris auprès des Iles Saint-Honorat un vaisseau zélandois richement charcré , que le gros vent avoit obligé de relâcher à une côte assez déserte; cette prise est estimée plus de 100,000 écus.
Jeudi 1" mars , à Versailles. — Le roi alla Vaprès-dlnée se promener à Marly. — On a reçu des lettres de M. le maréchal de Villars du 2i ; la tranchée n étoit pas encore ouverte, mais elle se devoit ouvrir le lendemain. Le 'maréchal de Villars avoit marché avec quatre mille chevaux par delà Gengenbach dans la montagne, pour connoitre tous les endroits par où l'on pourroit marcher i\ lui , si les ennemis songeoient à secourir Kehl ; on croit qu'il n'y a pas beaucoup de canon ni de poudre dans la place , car les ennemis tirent fort peu. Nous avons dix mille pionniers qui travaillent à nos lignes. — On mande de Languedoc que M. de Montrevel est arrivé ;Y Nîmes , (jue M. de Basville et lui sont très-bien ensemble , que M. de Broglio ne revient point et servira sous lui , que les fanatiques font plus de désordres que jamais, qu'ils ont surpris et égorgé dans un village trente dragons du régiment nouveau qu'on a dans ce pays-là. — Le roi a donné au maréchal de Vaul^an les entrées chez lui comme les a iM. de Chamlay ; elles sont moindres (jue celles des brevets de la chambre, mais elles sont plus grandes que celles de la chambre.
Vendredi 2, à Versailles. — Le roi entendit le sermon et puis alla promener ù Triaiion. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Herry allèreni dîner à Meudon avec Monseigneur, et Taprès-dînée Monseigneui' les mena à l'opéra; ils re\ lurent soujxm' ici, et Monseigneur retourna à Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne demeura ici et ne veut point aller aux spec-
tacles durant le carême. — L'ordinaire d'Espagne a apporté des lettres par lesquelles on apprend que les petites divisions qu'il y avoit dans la cour étoient terminées ; le cardinal Porto-Carrero est rentré dans la junte; le cardinal d'Estrées et lui travaillent avec le roi, et il n'y a avec eux dans ce conseil que le marquis de Riva , sécrétai io del despacho wiiversal. On doit envoyer incessamment un courrier de ce pays-là par lequel on apprendra le parti que S. M. C. a pris sur l'argent des galions qui est à Ségovie. — Les cinq vaisseaux que nous armons à Brest et qui seront commandés par le chevalier de Coëtlogon passeront dans la Méditerranée avec les quatre qu'on arme à Rochefort, et nous aurons en Provence vingt autres vaisseaux; si bien que M. le comte de Toulouse aura près de trente vaisseaux dans cette mer-là et partira au mois de mai pour les aller commander.
Samedi S , à Versailles. — Le roi a déclaré à monseigneur le duc de Berry qu'il ne vouloit point qu'il allât encore à l'armée cette campagne. — Le roi apprit par les lettres du chevalier de Graville, son envoyé à Coire , que M. de Barbezières avoit été pris auprès du lac de Constance,, entre Bregenz et Lindau ; ou l'a conduit à Inspruck. Sitôt que M. de Vendôme a su cette nouvelle;, il a mandé au comte de Staremberg, qui commande l'armée ennemie en l'absence du prince Eugène , que les mêmes traitements qu'on feroit à M. de Barbezières, qu'ils savent être lieutenant général dans l'armée du roi, il les feroit au commandant et à toute la garnison de Bercello, que nous sommes maîtres de prendre quand nous voudrons et qui se rendront même selon toutes les apparences sans être attaqués. — On croit que Cherbert, colonel suisse, qui a longtemps servi dans nos troupes, a été pris avec M. de Barbezières ; le roi l'avoit recommandé à M. de Bavière comme un bon officier. — Il arriva un courrier dël Madrid par lequel on eut la confirmation que les cardinaux Porto-Carrero et d'Estrées eutroient daas le des-
132 JOUR^AL UK DAINGKAH.
pacho: on sut en nu^me temps cjue le roi d'Espag^ne prenoit sur l'araent de la flotte deux millions, qu'il conlis(|ue sur les Anglois et les Hollandois, et six millioDs, qu'il emprunte des marchands espa,î?nols et francois, dont il leur tiendra compte. S. M. C, outre cela, a 1 induit qui peut valoir encore deux millions, car il est à raison de cinq pour cent; le reste de l'argent sera distribué aux intéressés selon la part qu'ils y ont, et de l'arj^ent (jue le roi d'Espagne prend il en envoie six millions au roi, pour partie du dédommagement des dépenses que nous avons faites pour la Hotte. — On eut nouvelle que la tranchée a voit été ouverte à Kehl la nuit du 25 au 2G. On a fait un fort grand travail , et nous n'y avons eu que deux soldats tués et trois ou quatre de blessés; les assiégés tirent fort peu, et l'on croit qu'ils manquent de poudre. Nos lignes sont presque achevées, et l'on va détourner la Uuinche et la faire passer à la tête de la circonvallation. — Monseigneur revint de Meudon.
Dimanche 4 , à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon , et ensuite le roi tint conseil, quoiqu'il l'eût tenu le matin à son ordinaire ; mais ce conseil-là avoit été entièrement employé aux affaires d'Espagne. — On eut, par l'ordinaire, des nouvelles du siège de Kehl du mardi 27, qui étoit le second jour de la tranchée ; nous avons poussé un boyau jusqu'à la llaque d'eau qui sert davant-fossé à l'ouvrage à corne; et les assiégés avoient abandonné une redoute de terre ; notre canon avoit commencé à tirer. On croit qu'il y a peu d'eau dans la flaque et quelle ne sera pas malaisée à passer; elle est environ à cinquante toises du chemin couvert. Le prince Louis de Bade tâche à rassembler des troupes. Nous n'avons perdu que deux ou trois st)ldats depuis l'ouverture de la trancht'c. Les assiégés tirent fort peu, ce qui nous confirme dans l'opinion qu'ils ont peu de j>oudre. — M. le comte de Toulouse, qui donne une p<'nsic»n de 2,000 écus au marquis d'O, qui a été .son
gouverneur, a bien voulu que cette pension fût mise sur la tète des deux filles de ce marquis , qui auront par là chacune- 1,000 écus de rente assurés. — Les quarante docteurs dont on étoit mécontent et qui se sont soumis à la décision de M. le cardinal de Noailles, leur archevêque, ont été censurés à Rome, et M. le cardinal de Noailles a fait un mandement qui commence à paroitre et qui est très-beau , très-sage et très-approuvé.
Lundi 5, g, Marly. — Le roi partit de Versailles aussitôt après son diner, et se promena ici jusqu'à la nuit. Monseigneur alla à Saint-Germain pour voir le roi et la reine d'Angleterre ; mais le roi étoit à la chasse, et la reine étoit allée à Maubuisson voir madame de Maubuisson, qui se meurt. Monseigneur envoya avertir madame la duchesse de Bourgogne, qui alloit à Saint-Germain aussi ; elle rebroussa chemin et revint droit ici , et alla joindre le roi à la promenade. — On eut, par l'ordinaire, des nouvelles de la troisième nuit de tranchée à Kehl. On a passé un petit bras de rivière qui étoit à la gauche de notre attaque; on a fait un grand travail de ce côté-là, parallèle à la branche de l'ouvrage à corne que nous attaquons, et nous y avons établi une batterie ; il n'y a eu jusques ici que douze soldats blessés à ce siège. — On a reçu des lettres de Languedoc qui portent que Julien attaqua le 27 dans la petite ville de Genouillac les fanatiques et qu'il y en tua cinq cents ; mais ces lettres ne sont ni du maréchal de Montrev'el ni de Julien ; ce qui fait croire pourtant la nouvelle vraie, c'est que Julien mandoit du 23 qu'il y marchoit.
Mardi 6 , à Marly. — Le roi dina avant midi dans sa chambre. Monseigneur dîna aussi dans sa chambre avec messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry ensemble, et puis ils allèrent dans la plaine d'Ouille voir les gardes françoises et suisses ; jamais ces deux régiments n'ont été si beaux. — Il arriva un courrier du roi d'Espagne, qui est un gentilhomme que M. deMarsin avoit laissé en ce pays-
i:U .IOljl\^AL 1)K I)A.1NGK\II.
là; le cardinal d'Estrées n'avoit nulle connoissance du départ de ce courrier. 11 paroit que madame des Ursins et lui no sont pas !)iea d'accord, et clic demande de retourner en Italie. Les deux cardinaux sont fort bien ensemble. — On reçut des lettres de Tarmée d«' M. le maréchal de Tallard, qui portent qu'ils vont marcher pour se rendre maîtres de Hombourg ; les ennemis en ont retiré leur garnison, mais ils y ont laissé quelques milices. Ce maréchal y devoit arriver le 6, qui est aujourd'hui. Comme ces lettres ne sont que de quelques officiers, et non pas du général, on ne compte pas trop là-dessus ; ce qu'il y a d'apparent, c'est que cette armée-là s'approchera de l'Alsace pour soutenir le siège de Kehl.
Mercredi 7, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et se promena toute l'après-dinée dans ses jardins. — On eut des nouvelles de ce qui s'étoit passé à Genouillac ; l'affaire a été moins grande qu'on ne l'avoit dit d'abord, et il n'y a eu que soixante des fanatiques tué.*». — Le roi, après son petit coucher, reçut une lettre de M. de Chamillart, qui lui mande qu'un courrier arrivant de Kehl apportoit la nouvelle que, le i de ce mois, nous nous étions rendus maîtres d'une manière de demilune qui étoità la tète de la branche de l'ouvrage à corne que nous attaquons. Les assiégés ne l'ont point défendue ; ils tirent si peu que depuis huit jours que la tranchée est ouverte il n'y a pas vingt blessés à l'hôpital. M. le prince Louis de Bade n'est point en état de songer à secourir la |)lace; il presse les Hollandois de lui en\()yer vingt mille hommes, et il y a déjà quelques-unes de leurs troupes qui étoient sur le bas Khin et qui se mettent en mouvement pour le venir joindre ; mais elles n'arriveront pas assez à temps pour tent«M' le secours de Kehl. — M. (l(î Montrevcl a demaMcU'; (juelqiH's officiers généraux, et le roi lui envoie .M, de Caranian, lieutenant général, et AI. de Gevaudan, maréchal de camp; ils sont tous deux
Languedociens, On dit présentement que le comte de Broglio revient de ce pays-là.
Jeudi 8, à Marly. — Le roi, après la messe, alla au haut du parc, où il fit la revue de deux compagnies de ses gardes du corps , qui sont les compagnies de Villeroy et d'Harcourt; le roi les vit fort en détail et pour les hommes et pour les chevaux; il verra demain les deux autres, qui sont les premières. Monseigneur alla à Saint-Germain pour courre le loup, mais il n'y en avoit point de détourné. — On mande de Londres que le vice-amiral Bembow étoit mort à la Jamaïque des blessures qu'il avoit reçues au combat contre Ducasse ; il ne paroit pas qu'on songe en Angleterre à mettre sitôt la flotte à la mer. — On n'eut point de nouvelles du siège de Kehl; on croit que les premières qu'on en aura nous apprendront la prise de l'ouvrage à corne ; les assiégés se défendent mal. — Par le dernier courrier qui arriva de Madrid ces jours passés, on apprend que le duc de Medina-Celi a quitté sa charge de président du conseil des Indes par chagrin de n'avoir pas été consulté sur la destination qu'a faite S. M. de l'argentvenupar les galions. — Le cardinal d'Estrées a envoyé son consentement pour le mariage du duc d'Estrées, son neveu , avec mademoiselle de Tourpes, sa cousine germaine, pourvu que le maréchal de Gœuvres, frère de la demoiselle, en soit content.
Vendredi 9, à Marly. — Le roi, après la messe, alla faire la revue des compagnies de Noailles et de Duras. Monseigneur, qui est un peu enrhumé, ne sortit point. Messeigneurs les ducs de Bourgogne etde Berry étoient à la revue avec le roi et y étoient hier aussi. — L'après-dinée S. M. reçut une lettre de M. de Ghamillart, qui, après la revue, étoit allé à l'Étang; il envoyoit au roi la dépèche du maréchal de Tallard, qui écrit de Trêves du 25. Il mande qu'il avoit déjà fait marcher dix bataillons et quinze escadrons et qu'il alloit les suivre avec le reste de son armée : il laissera la Sarre sur sa gauche, et il assure
I3fl JOURNAL DK DANGKAU.
S, M qu'il arrivera auprès de Strasbourg avant que les troupes que les Hollandois fout marcher vers le liant Rhin puissent joindre le prince Louis. Il mande aussi que le marquis de Varcnnes, lieutenant général dans son armée, avoit pris à discrétion dans Saint-Vandel quatre cents hommes et tous leurs officiers, parmi lesquels est le lieutenant-colonel qui les commandoit. Il a envoyé au roi les huit drapeaux qu'on a pris dans cette petite ville. — Le soir, après le souper, M. de Chamillart envoya au roi la lettre que lui écrit le maréchal de Villars du 6. Nous avons pris l'ouvrage à corne, et nous avons fait un grand logement dans la gorge où nous allons établir des batteries qui verront un peu dans la demi-lune qui est entre les deux ouvrages à corne, et qui feront bientôt brèche au corps de la place. On croit dans notre armée que nous en serons maîtres avant le 15 de ce mois ; on compte qu'il y a plus de trois mille hommes dedans; on croyoit même d'abord qu'il y en avoit davantage. Le roi a mandé au maréchal de Villars qu'il tâche à les prendre prisonniers de guerre et d'attendre quelques jours de plus pour cela en cas qu'il n'y ait rien il craindre du prince de Bade, dont M. de Villars ne mande pas un mot dans sa lettre. M. l'électeur de Bavière a écrit à ce maréchal, du 21, qu'il avoit appris avec grand plaisir qu'il se préparoit à passer le Khin, qu'il ne doutoit pas que ce ne fût pour quelque entreprise considérable. Il ne paroit pas par sa lettre ([ii'il sût qu'on alloit attaquer Kehl ; il mande que l'empereur fait assembler des troupes par delà Passau, mais qu'il se croit en état de ne rien craindre.
Samedi 10, à Versailleii. — Le roi pai'tit de Marly à six heures poiu* venir ici; il n'y retournera pour y demeurer que de lundi en quinze jours. Monseigneur alla dîner à Meudon et revint ici 1«; soir, où ily eutcomédi*-. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry ne revinrent qu'un quart d'heure avant le roi et jouèrent
dans le salon au lansquenet, qui a un peu recommencé ce voyage ici. Monseigneur le duc de Bourgogne revint avec eux, mais il n'avoit point joué à Marly et ne fut point àla comédie ici. 11 demanda hier au roi, à la revue des gardes, s'il avoit choisi l'officier qui devoit servir auprès de lui cette campagne ; le roi lui demanda pourquoi illuifaisoit cette question-là. Il répondit que c'étoit pour prier S. M., en cas qu'elle n'eût encore jeté les yeux sur aucun, qu'il la prioit de lui donner xMontesson comme l'année passée, parce qu'il en avoit été fort content. Le roi lui dit : «Je suis ravi que vous en soyez content, je le suis fort aussi, et c'est lui que j'avois destiné à vous suivre. » — Caraman, qui avait l'ordre d'aller servir en Languedoc, a reçu un contre-ordre. M, de Broglio, qui revient de ce pays-là, a obtenu 4,000 francs de pension, qui seront partagés entre ses deux fils aînés, tous deux colonels. M, de Broglio a une pension de 8,000 livres depuis longtemps.
Dimanche 11, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon. — Le roi a donné à M. de Marsinleg-ouvernement d'Aire pour le vendre; il ne vaut au plus que li,000 livres de rente; il en valoit près de 20,000 au chevalier de Tilladet. On compte que jM. de Marsin le vendra au moins 50,000 écus, — Sainsandoue, qui avoit levé cette année un régiment d'infanterie , est mort à Paris, — On a eu des nouvelles de Languedoc que les troupes de la marine, que nous avons en ce payslà, avoient attaqué et battu quatre ou cinq cents des fanatiques, dont ils en avoient tué soixante. Ils auroient tué ou pris le reste si la nuit ne fût pas venue , mais il étoit plus de cinq heures avant que le combat commençât. Nous avons eu deux ofliciers de la marine Ijlessés à cette affaire-là. Ils ont eu l'insolence de faire frapper des médailles qui sont d'un côté de deux dards croisés et autour trois lettres, qui sont un C, une R et une S. On y donne deux explications : l'une est Cornes Holandus Se-
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vrnnarum, et l'autre Calvinistœ Homanos sacrificate. Il a paru à Paris quelques pièces de cette monnoie-là, et c'est de quoi ils j)ayent leurs troupes. Ces fanatiques sont connn.indés par un nommé Roland, à qui ils donnent le titre (le comte des Cévennes.
Lundi 12, « Versailles. — Le roi, après son diner, monta en calèche pour aller à la Ménai;erie; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche ; monseigneur le duc de Bourgogne y vint un peu après le roi; M. le duc du Maine y vint aussi, et le roi prit plaisir à lui montrer la Ménagerie, qu'il n'avoit pas vue depuis tous les embellissements que le roi a faits dans la maison. Monseigneur lut saigné par pure précaution. — Le roi a donné le régiment d'infanterie vacant par la mort de M. Sainsandoue à M. de Ribère, capitaine dans le régiment du roi ; il est fils de M. de Ribère, conseiller d'Etat. — Le roi a donné à M. le maréchal de Villeroy 100,000 francs pour faire son équipage; il en avoit perdu la plus grande partie quand il fut pris à Crémone, et S. M, lui a fait ce présent-là sans qu'il lui demandât rien, et il n'a quasi pas voulu recevoir son remerciement. — On eut, par l'ordinaire, des lettres de M. de Villars du 1 . Il mande qu'il avoit fait sommer le gouverneur de Kelil, lui disant que, s'il attendoit (jue sa place fût ouverte, il ne lui feroit plus de composition. Ce gouverneur a répondu qu'il avoit fort mal défendu Touvrage à corne , mais qu'il espéroit mieux défendre le corps de la place et qu'il tAcheroit à mériter son estime; mais il n'y a pas d'apparence qu'il se défende longtemps. On ne parle point du tout du prince de Bade.
Mardi 13, à Versailles. — Le roi donna le matin audience de congé à M. de Palmquist, envoyé de Suède; il s'en va en Hollande, amb;issadeur du roi son maître. L'après-dlnéc , le roi alla se [)romen<'r à Marly. Un peu après (pi'il y fut arrivé, M. de Chamillarl y amena M. de Sainte-Hermine, ((lu' le maréchal de Villars envoie
à S. M. pour lui porter la nouvelle de la prise de Kehl, qui se rendit vendredi 9 de ce mois. Nous avons perdu peu de soldats à ce siège par la molle défense des assiégés ; mais les paysans ont tué beaucoup de nos maraudeurs. M. de Villars a mis pour commander dans la place Marcé, brigadier d'infanterie et lieutenant-colonel du régiment de Navarre, et cela en attendant que le roi y ait nommé un gouverneur. — M. d'Anlezy apporta les huit drapeaux que le marquis de Varennes a pris dans Saint-Vandel , qui sont du premier bataillon des gardes de l'électeur palatin. Tous les officiers et soldats de ce bataillon ont été pris à discrétion ; il y a le lieutenant-colonel, vingt-deux officiers et trois cent vingt soldats, outre deux cents hommes de milices, qu'on auroit eu bien de la peine à prendre s'ils avoient voulu se défendre, car nous n'avions là que neuf cents hommes de pied et trois cents chevaux; mais ils ont cru que toute l'armée de M. deTallard suivoit. M. de Varennes se loue fort du régiment de Perri et de Perri lui-même .
Mercredi 14, à Versailles. — Le roi. Monseigneur, messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, madame la duchesse de Bourgogne, après avoir entendu le sermon, allèrent se promener à la Ménagerie. Madame la duchesse de Bourgogne étoit seule avec Monseigneur dans sa calèche en allant, et elle en revint dans la calèche du roi seule aussi avec S. M. Le roi donna beaucoup d'ordres à Mansart sur les changements qu'il veut faire à la Ménagerie. — M. de Monasterol eut des lettres de Munich du 28 du mois passé. M. l'électeur de Bavière, son maître, savoit que Kehl étoit assiégé, et ce prince se préparoit à marcher vers Braunau; il devoit passer l'Inn entre cette place et Passau, à un château qu'il a de l'autre côté de la rivière, qu'on appelle Scharding, pour aller attaquer les troupes de l'empereur que le comte Schlick r-ommande de ce côté-là, et au cas que le comte Schlick n'en veuille pas venir à un combat et se retire, S. A. E.
se prépare à faire le siège de Passau et fera descendre pour cela son gros canon de Braunau. Passau est composé de trois villes : celle qu'on nomme proj)rement Passau est dans la plaine et n'est point fortifiée ; les deux autres se nomment Ilzstad et Innstadt; elles sont sur des hauteurs et îissez bien fortifiées. — Plusieurs gens a voient demandé au roi à être aides de camp de monseigneur le duc de Bourgogne, mais S, M. veut qu'il n'ait point d'autres aides de camp que ceux qu'il avoit l'année passée, dont il est fort content. — Le roi d'Espagne a donné à chacun des six aides de camp que le roi lui avoit envoyés la campagne passée, un diamant de trois cents pistoles et une épée d'or de cent pistoles ; ils sont tous revenus en France. — Dès que le roi eut appris que l'ouvrage à corne de Kehl étoil pris, et que M. de Maulevriers'y étoit fort distingué, quoiqu'il fût parti d'ici fort malade et que son mal même se fût augmenté dans le voyage et au siège, S. M. eut la bonté d'écrire au maréchal de Villars de le renvoyer, quand même le siège ne seroit pas fini. — Le bruit se répand aujourd'hui que le roi envoie quarante l)ataillons et soixante escadrons pour joindre M. l'électeur de Bavière; on dit que M. le maréchal de Villars ira les commander lui-même, mais on ne dit encore aucun détail là-dessus. — Les magistrats de Strasbourg ont demandé en grâce au roi la permission de rétablir à leurs dépens le pont qui va de leur ville nu fort de Kehl, ce qui sera fort aisé, car les piles du pont ne sont pas rompues.
Jeudi 15, à Vermilles. — Le roi après son diner alla se promener à Marly. Monseigneur prit médecine par pure précaution. — Il arriva un courrier de Kehl. M. de Villars mande au roi ({u'il étoit sorti environ trois mille hommes de cette place; on les conduit à Philipsbourg. Il y avoit dansla place un commandant .lu-dessus de V.iuchou, et on y a trouvé ciicon; vingt-six milliers de poudre. Ce qui les a fait rendre si vite, c'est la peur d'être fiiits
prisonniers de guerre ; toute la garnison étoit des troupes des Cercles. — M. le maréchal Rosen, mestre de camp général de la cavalerie, avoit vendu sa charge à M. de Montpeiroux 250,000 francs, à condition que ce maréchal obtiendroit du roi un brevet de retenue du tiers de la somme. Le roi a donné l'agrément à M. de Montpeiroux et il n'a pas voulu lui donner le brevet de retenue; M. le maréchal de Rosen vouloit prendre sur lui toute la somme de ce brevet de retenue qu'on demandoit. Sa proposition a paru trop généreuse, et le chevalier de Rezons, qui étoit l'arbitre de cette affaire-là, a réglé, du consentement des parties, que M. de Montpeiroux payeroit 50,000 écus comptant et s'engageroit pour 50 autres mille francs , et qu'outre cela M. Rosen auroit le régiment de Montpeiroux à vendre, dont il aura 22,200 livres. — Le roi a donné le gouvernement du fort de Kehl à Raravy, lieutenant-colonel d'Orléans, et l'a fait brigadier. C'est lui qui a défendu Traerbach et qui avoit repris la ville de Huy l'année passée. Le roi lui donna commission de colonel pour cette action-là. Le roi remet dedans Traerbach de Rar, qui naturellement en étoit gouverneur et qui n'avoit pu rentrer dans la place quand les ennemis l'eurent investie. — Charpentier, premier commis de M. de Ghamillart pour les routes et les départements des troupes, est mort; son bureau est donné à Jossigny, son neveu, qui travailloit depuis longtemps sous lui ; et la charge de trésorier de l'ordre de Saint-Louis , qui vaque par cette mort, est donnée à M. de Tourmont, autre premier commis qui a le bureau pour les reliefs et pour les pensions des officiers de guerre , moyennant quoi les 2,000 francs de pension qui avoient été donnés au fils de M. de Tourmont sur la charge de trésorier, lorsqu'elle vaqua par la mort de M. Dufresnoy, retourneront à Gardien, neveu de M. Dufresnoy et qui eut son bureau à sa mort ; ce bureauest pour les lettres d'État, pour les passe-ports, etc. Vendredi 16, à Versailles. — Le roi travailla le matin
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deux heures avec M. de Cliainill.irt et y Iravailla euoore le soir chez uiadamede Maintenon lungtemps. S. M., dans le cours de la journée, avoit parlé à deux reprises à M. de Monasterol, envoyé de M. de Bavière. On a reçu des lettres de cet électeur du 3. Il mande que le comte Schlick, général de l'empereur, avoit commencé les hostilités en attaquant le château de Scharding-, qui est à S. A. E. Ce château est sur la rive droite de Tlnn , deux lieues audessus de Passau. M. Télecteur faisoit assembler ses troupes pour marcher droit à lui. — Le roi, après avoir entendu le sermon, alla tirer dans son parc. Monseigneur alla diner à Meudon avec madame la Duchesse , et ils revinrent ici le soir. Madame de Maintenon, qui étoit allée à Saint-Cyr ce matin, en revint avec la fièvre. — M. le grand prieur remercia le roi après son dîner de ce que S. M. lui a permis d'aller servir la campagne prochaine en Italie avec M. de Vendôme, son frère ; il sera le plus ancien lieutenant général de cette armée. On a apposé quelques conditions à cette permission-là, et avant que de la lui donner même le roi a voulu savoir si cela seroit agréable à M. de Vendôme, qui y a consenti. M. du Maine demandoit au roi depuis longtemps cette grâce-là pour M. le grand prieur. — M. de Montrevel a mandé au loi qu'ayant appris que les fanaticjues, au nombre de quinze cents en deux corps, étoient assemblés à deux lieues de Sainte-Hippolyte, il les avoit fait attaquer par deux côtés, à l'un desquels comniandoit Parate , brigadier d'infant<Tie, età l'autre Bombelles, à la tête des troupes de la marine. On en a tué six cents sur la place, et parmi les morts on a trouvé le corps de Koland, qui les comniandoit et à qui ilsfaisoient porter un grand ruban bleu. On poursuivoit le reste de ces misérid)les, et les paysans se joignoienl à nos troupes pour les assommer. La lettre de M. de Montrevel est du 6, et il espère pouvoir bientôt linir cette affaire-là. Nous n'avons perdu dans cette occasion-là que six ou sept hommes, et on se loue fort des miquele.ts qui
étoient avec les troupes de la marine ; on en a fait venir encore d'autres de Roussillon et de Catalogne.
Samedi VI, à Versailles. — Le roi alla à la volerie pour la première fois de l'année. Monseigneur et messeigneurs ses enfants allèrent courre le loup. Madame la duchesse de Bourgogne alla à la volerie, mais en carrosse ; le roi avoit monté à cheval au bout du canal. — On fit partir lanuitpassée un courrier qui porte à M. de Yillars les orches de ce qu'il a à faire présentement ; on ne dit point encore ce que c'est. — M. de la Rochefoucauld a obtenu du roi une pension de i,000 francs pour le chevalier de Pons, colonel réformé et qui est si incommodé qu'il ne peut plus servir, et qui est obligé par là de quitter absolument le service. — Le roi a rétabli M. de Saint-Sernin, colonel de dragons, qui s'est pleinement justifié, et remboursera le marquis de Rannes, à qui on avoit donné son régiment, des dépenses qu'il peut y avoir faites, — M. Digny , colonel du régiment de Touraine , vend ce régiment 72,000 francs au hls de M. Desmarets, autrefois intendant des finances , et il y a encore un pot de vin de 200 pistoles pour madame Digny. On avoit dit il y a quelque temps que M. Desmarets avoit acheté le régiment de M. de Goesbriant, son beau frère, qui est à Naples; mais le marché ne s'étoit pas conclu. — Le soir il y eut comédie.
Dimanche 18, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon, après quoi le roi alla tirer dans son parc. — Les officiers généraux qui doivent servir dans le détachement qu'on fait dans l'armée d'Allemagne sont nommés. Il y a quatre lieutenants généraux et huit maréchaux de camp. Les quatre lieutenants g<'*néraux sont : MM. de Lannion, du Rosel, Magnac et de Druy. Je ne sais pas encore qui sont les maréchaux de camp. On dit toujours que ce détachement est pour joindre M. de Bavière, mais il n'y a rien de déclaré ni même de certain là-dessus. — M. le maréchal de Tessé a
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demandé au roi la permission de vendre sa charge de colonel général des dragons ; on croit que le duc de Guiche l'achètera ; il en est déjà mestre de camp général. — Les troupes hollandoises qui s'étoient avancées jusqu'à Coblentz [Ktiir aller joindre \r. prince de Bade sont retournées dans leurs quartiers autour de Bonn, et on croit toujours que les ennemis veulent attaquer cette place.
Lundi 19, à Vermllles. — Le roi alla l'apr^s-dinée se promener à Marly. — Le roi a reçu un hreidu pape, (]ui lui écrit très-fortement sur la signature des quarante docteurs, priant S. M. de les punir. Voici à l'autre page le bref qu'on a traduit (1). — Monseigneur alla à Meudon
(1) Dangt'au a\ait r(^seivé deux pagos dans son journal pour la transcription de, a» bref, mais dlos n'ont pas été remplies. Le voici tel (ju'il est rapporté dans le Mercure d'avril , pages 6 à 16.