‹ Journal; (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · BREF DU PAPE AU ROI · texte numérisé non relu

BREF DU PAPE AU ROI

Notre très- clier lils en Notro-Seigneur, nous avons appris depuis peu cpie «luelques gens (pii semblent «*tre nés pour troubler le re|K)s de l'I-^giise et celui de l'Etat a voient été assez liardis et artilicieiix pour mettre au jour un lil)elle (|ui a |)our titre Cas de cviisclence proposé pur tin confesseur de province toucbdnt un ecclésiastique qui est sous sa conduite et résolu par plusieurs docteurs de la faculté de tliéologie de Paris , par lequel on renouvelle plusieurs articles et erreurs condamnés d'une pernicieuse doctrine ; on soutient même sans obscurité les dogmes héiéli(|ues de.lansénius, éludant |)ar des subtilités captieusei les constitutions aiH)sloli(|ues qui a\ oient été faites il y a déjà longtemps pour les abolir. Votre Mtijesté connoitra assez fiar elle-même, éclairée comme elle l'est des lumières que Dieu lui a données jwur le gouvernement des peujtles , le scantlale que cause aux lidclcs un oii\rage de cette nature et le trouble ipTil apporte ,dans la contluite du spirituel et du tenqKtrel; mais ci)mme il |)aroit (|ue contre ces sortes de gens animés d'une démangeaison continuelle de nouveauté il convient |)lutôt il'user de châtiment sévère (|ue demplovcr les lois et les sanctions (pii ont été publiées jusqu'ici en assez grand nombre, qu'il faut empêcher (|u'un mal tant de fois étouffé et qui se réveille <'ha(|ue jour ne tasse de plus grands progrès, nousavons jugé à propos, ajtrès avoir auparavant condamni' ce libelle sui\ant la coutume du Saint-Siège, d'exciter par nos lettres aposloli(pies le zèle et la pietc de notre très-cher lils l.ouis-Antoine deNoailles, cardinal de la >ainle l.glise roinaiiu>, anhevêtpie de Paris, afin ipi'il agisse plus silriMueut confie les auteurs de ce libelle et coulrp ceux qui l'ont publie, liusqu'il aura euqilo\e I exactitude nécessaire pour les

OÙ il demeurera quelques jours. — Le roi, à la prière de M. de la Rochefoucauld, a donné à Bachelier *, premier valet de garde-robe, la survivance de sa charge pour son fils. — M. le duc de Guiche a l'agrément du roi pour acheter la charge de colonel général des dragons. M. de Tessé en veut avoir plus de VOO, 000 francs; on croit qu'ils s'en rapporteront tous deux à M. de Chamillart, qu'ils prieront d'en régler le prix. — M. le maréchal de Villeroy a obtenu 2,000 francs de gratification du roi pour M. de Saint-Geniez, qui étoit son aide de camp en Italie ; il espère que cette gratification se tournera en pension. Le roi a aussi donné 2,000 francs de gratification au marquis de Prie, aide de camp de monseigneur le duc de Bour-

(lécouvrir, et qu'il impose des peines convenables à ce nombre de docteurs qui, au mépris des constitutions des pontifes romains nos prédécesseurs et des arrêts de Votre Majesté , ont osé signer ce libelle. Dans cette occasion, où il ne .s'agit pas seulement des intérêts de l'Église, dont Votre Majesté est extrêmement touchée, mais aussi des avantages de son royaume , il convient qu'elle appuie le sieur cardinal de toute sa puissance royale, et d'étouffer la témérité des méchants ; que tout le monde connoisse qu'il y a , par la grâce de Dieu , une telle union entre le sacerdoce et l'empire que les esprits séditieux, qui ne mettent point de fin à leurs subtilités trompeuses, ne peuvent pas impunément enfreindre les lois ecclésiastiques et royales. Toute l'Église, notre très-cher fds, est informée, et elle vous félicite d'avoir avec autant de piété que de gloire pour votre dignité royale travaillé comme vous avez fait à extirper toutes les erreurs et toutes les nouveautés contraires à la foi catholique et à la discipline, et particulièrement à arracher jusqu'à la racine les dogmes de Jansénius, et il est présentement de votre religion et de %otre piété de donner la dernière main à l'ouvrage que vous avez commencé et d'employer la puissance que vous avez reçue de Dieu à son service et à celui de l'Église. Ne souffrez donc point, notre très-cher tils , que tant de soins et tant de peines que vous avez appoités pour exterminer de votre florissant royaume la contagion d'une première hérésie devienne inutile et périsse par la malice d'un petit nombre de gens; ordonnez donc qu'on fasse taire les inquiets, qu'on réprime les insolents, qu'on soumette les obstinés, et que la puissance royale réduise et abatte ceux que la modération de l'Égli.se ne ramène point, afin que Dieu donne à votre royaume et y conserve à jamais la paix que vous avez rendue à son Église. Nous souhaitons cependant de tout notre co'ur cette paix à Votre Majesté avec les autres biens; nous lui donnons notre l)énédiction apostolique. Donné à Saint Pierre, sons le sceau du pêcheur, le 13 février 170.'{, et de notre |)ontili(at le troisième.

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go.i^iie; il est neveu de iiiuduiue la maréchale de la Molhe. — Le roi adonnéau marquis deBéthune, qu'on appelle ordinairement lU'thune-Monimespour le distinj^uer des autres,-20,000 c'cus à diminuer sur 40,000 qu'il devoit à la Touanne , dont tous les effets étoient au roi , qui avoit eu la charité de payer tous ceux à qui il avoit fait banqueroute .

* Btirlielier avoit été laquais de M. de la Rochefoucauld, qui lui nvoit fait sa fortune au point de l'avoir fait premier valet de parde-robe du roi ; c'étoit mi des plus hounètes hommes qu'on pilt voir, le plus modeste et le plus reeounoissaut. Il avoit couser\é sur M. de la Rochefoucauld un crédit et une autorité telle que ses amis et ses enfants le ménageoient , et ces derniers avoient souvent besoin de lui auprès de leur père, qui aimoitbien mieux ses valets que.ses enfants, et les ruinoil pour eux. Bachelier se com|)orta toujours avec {grande netteté quoique devenu riche, et son lils n'a guère moins valu que lui. Il a augmente sa fortune, et est devenu premier valet de chambre, que Blouin lui vendit {sic) à la mort de Louis XIV. Gourville, si connu par la ligure qu'il a faite dans la maison de Coudé et par les iMémoirescju'il a laissés, avoit été laquais de M. de la Rochefoucauld le grand-père, et ne l'avoit jamais oublié,quoiqu'il eilt secrètementépousé l'aînée des sœurs deceluici , avec qui il n'en étoit pas moins bien.

Mardi 20, à Versailles. — Le roi sortit l'après-dlnée pour aller tirer, mais il ne fut pas lonj^lemps dehors , et envoya chercher madame de Maintenon,qui étoit à Saint- Cyr. Monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry allèrent dîner à Meudon avec Monseigneur. Après diner , monseigneur le duc de Bourgogne revint ici , et Monseigneur mena madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry à Paris. Ils descendirent à la foire , allèrent ensuite voir les danseurs de corde , et puis Monseigneur retourna à Meudon, et madame la duchesse de Bourgogne ramena ici monseigneur le duc de Borry et madame la |)rincesse de Conly. — 11 arrixa uu courrier de M. tle Veudôuie, (]ui écritdul.'J, d»- S;m-Henedelto, et <pii rend compte au roi dune pelile comsetju'a

fait M. d'AIbergotti ; il envoie à S, M. la lettre qu'il en a reçue et que voici : « Je suis sorti, ainsi que je me suis donné Thonneur de le mander à V. A., avec seize cents hommes de pied, commandés par MM. le chevalier de Luxembourg et Dillon, six cents chevaux, de la garnison de Modène, commandés par MM. d'Estrades, d'Interville et Gaffart, le samedi au soir, à la nuit fermée, de la ville de Modène. Ces troupes ont pris le chemin qui va tout droit aux villages de Massa et de Rivara, dans lesquels étoit en quartier le régiment d'Herbe villiers de dragons. Ces villages sont situés entre Saint-Feliche et Final à vingt milles de Modène ; l'éloigné ment et le mauvais chemin sont cause que nous n'y avons pas pu arriver qu'au grand jour. Nous avons trouvé la garde à cheval , ce qui m'a oliligé d'avancer diligemment avec deux troupes de cavalerie pour tâcher de trouver encore quelque chose dans lem's quartiers , dans lesquels on a pris soixante chevaux , et une quarantaine de dragons , et une partie de leur bagage, le reste s'étant sauvé avec précipitation. Une troupe de dragons d'Estrades, qu'on avoit débandée après eux, àlatète de laquelle étoient M. d'Estrades et M. de Boucliardière, les a poursuivis jusques à ce qu'ils aient trouvé l'endroit où ils se rassembloient. Bouchardière y a eu son cheval blessé et il y a eu cinq ou six dragons tués ou blessés. On croit le pauvre Muet tué, puisqu'il n'en'est revenu que le cheval. Nous sommes venus, longeant le bord du fossé de Saint-Feliche , coucher ici à Cavesso , d'où nous partirons aujourd'hui pour aller passer la journée et la nuit où nous trouverons du fourrage, car il devient très-rare en ce pays-ci. Je suis étonné comme les ennemis vivent où ils sont ; il n y a ni paille ni rien, aussi leurs chevaux n'ont-ils pas la force de se porter; ils meurent de faim dans Saint-Feliche, et si j'avois osé j'aurois fait investir la ville; mais comme il aurait fallu du canon pour prendre la Rocque, il auroit été désagréable de laisser l'entreprise à moitié ; car on ne peut pas se placer

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entre le. retranchement de la ville et la Rocque pour y attendre du canon , des munitions et les ordres de Votre Altesse; et les chemins sont encore trop mauvais pour pioposer d'y mener du canon. »

Mercredi -11,0 Vemailles. — Le roi, après avoir entendu le sermon, alla se promener à la Ménagerie ; madame la duchesse de Bourgogne étoit seule avec lui dans sa calèche; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient de cette promenade. — Le roi a donné 2,000 écus de pension au prince de Talmont ; il en avoit déjà 2,000. — Le roi a donné au cardinal de Médicis , protecteur des affaires d'Espagne et qui va l'être aussi des affaires de France à Rome, l'abbaye de Marchiennes-au- Pont, en Flandre; c'est une abbaye régulière qui vaut 50,000 livres de rente. — Le roi d'Espagne a nommé à l'ambassade de France le duc d'Albe, qui est l'alné et le chef de la maison de Tolède. Le marquis de Castel dos Rios, qui est ambassadeur présentement, s'en ira prendre possession de la vice-royauté du Pérou, où il y a déjà plusieurs mois qu'il est nommé. Les levées qu'on fait en Espagne avancent fort, et on compte que dans le mois de mai on aura sur pied en ce pays-là plus de vingt-cinq mille hommes. Les petites brouilleries du palais ne s'accommodent pas; le cardinal et l'abbé d'Estrées se plaignent toujours fort de la princesse des L'rsins, et elle se plaint fort d'eux et demande toujours qu'on lui permette de retourner à Rome.

Jeudi 22, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Meudon. — Le roi étant le soir chez madame de Maintenon, M. de Chamillart, qui étoit àParis, lui envoyala letli-equeM. de Uieousse, notre envoyé en Bavière, avoit écrite à M. \c maréchal de Villars et que voici :

A Srharding, /c 12 mars.

«Nouspartlmeslr 1 1 «le Srharding A cinfj heuresdu malin,pour aller chercher U- comte SchlirU, «lont les troupes

cantonnoient au delà de l'Inn. Nous tombâmes d'abord sur les régiments de Schlick et d'Hanover, dont les quartiers étoient à portée de mousquet l'un de l'autre. Ils se défendirent assez bien , mais enfin ils furent enfoncés et mis en fuite ; on les poursuivit tant que le pays, qui n'est que bois et défilés, le put permettre. S. A. E. marcha ensuite à un village à deux heures de là , où on lui avoit ditqu'étoit le quartier général. Elle aprit par des prisonniers quele comte Schlick étoit à Passau, où il avoit jeté son infanterie, sur le bruit qui avoit couru qu'on le devoit attaquer, mais que les Saxons étoient dans ledit village avec l'artillerie. On les trouva en bataille au nombre de quinze ou seize escadrons et de quatre à cinq'cents hommes d'infanterie qui étoient pour la garde du canon ; ils nous firent à notre arrivée quelques salves de leur artillerie,et on les amusa par quelques escarmouches en attendant que nos troupes se pussent former, qui pour la plupart du temps nepouvoient marcher qu'un à un. Une partie de notre infanterie qui arriva leur fit d'abord abandonner leur canon, et aux premiers mouvements de notre cavalerie ils marchèrent par leur droite pour se retirer dans un défilé qui n'étoit qu'à demi-portée de mousquet, mais ils y furent poursuivis si vivement qu'ils ont été entièrement défaits. Nous avons cinq cents prisonniers, dix-sept ou dix-huit étendards, quatre pièces de gros canon, quatre mortiers, toutes les munitions de guerre , tout l'attirail d'un pont, et tout le l^agage pillé ; le général major des Saxons prisonnier, un colonel, un lieutenant-colonel, un major, deux capitaines et d'autres officiers. »

Ce même courrier de M. de Villars apporta la nouvelle que ce maréchal, en se promenant avec environ mille chevaux et mille hommes de pied, s'étoit avancé jusqu'à Kintzingen, qui est à l'entrée de la plaine de Weil. Les ennemis avoient deux mille Jiommes dans cette petite ville , on les fit sommer de se rendre ; ils capitulèrent et

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en sortirent. On y a trouvé quarante milliers de poudre , quelques pièces de canon et beaucoup de munitions de bouche. M. de Villars a exijjé des habitants qu'ils raseroient leurs murailles et combleroient leurs fossés dans trois jours , et que s'ils y manquoient on lu'ùleroit leur ville.

Vendredi 23, à Versai lle.s. — Le roi, après avoir entendu le sermon, alla se promener àMarly. Monseigneur alla de Meudon, où il est encore, à l'opéra à Paris. Madame la duchesse de Bourgogne alla après le sermon à l'Étang; elle entra dans, la maison, y vit madame de Chamillart, et puis vint faire collation à la Ménagerie. — 11 arriva un courrier de M. de Villars. Depuis la prise de Kehl, il avoit fait repasser le Rhin à nos troupes; il y avoit même quelques colonels revenus à Paris qui prétendent avoir congé de lui. Il mande au roi que toutes ses troupes sont dans des quartiers fort proches de Strîisbourg, qu'il va les rassembler pour exécuter les ordres qu'il a de joindre M. de Bavière. Le maréchal de Tallard marche à Phalsbourg. — On mande de Danizick que le roi de Pologne, après avoir mis des troupes dans Thorn, dans Elbing et dans Marienbourg , pour les mettre en état de résister au roi de Suède, avoit passé en Lithuanie pour joindre Ogiuski, qui est toujours dans ses intérêts, et attendre là le secours des Moscovites que le czar lui promet. — Madame de Toisy mourut ces jours passés à Paris ; elle a fait madame la duchesse de Noaillos sa légataire universelle. Elle donne au cardinal d'Eslrées 'i.0,0()0 francs pour acheter une petite maison auprès de Paris, (piClle snl)stitu(vau ni<u'(''('lial <le Gruvres, et elle donne 10,000 écus à iM.rle I>;Hii()ii;ii»>ii. iprclle fait son exécuteur testamentaire *

* Madame do Toisy etoit une feniini' de tros-peii, mais de iu'aucoup d'cspril <'t d"hoiiii(''t('f;;il;int('rii', qui <'i>i>it trouvé inoveii do voir la oompagiiio la plus olioisio, i-i (|uaud élit' oui vieilli do la voir avec autorité. On no iaissoit pas de s'en moquer; mais avee tout cela elle tenoit son

MARS 1705. ' tSl

petit tribunal dans Paris, où l'élite de la cour ne dédaignoit pas d'aller. Son mari étoit mort. Le cardinal d'Estrées et toute sa famille la voyoient fort ; les Noailles aussi, qui lui firent leur cour avec tant de cajoleries parce qu'elle étoit riche, sans enfants et qu'elle ne croyoit pas ses parents dignes d'elle , qu'elle donna gros pour le mariage de la duchesse de Guiche, plus gros pour celui de la maréchale de Cœuvres, puis d'Estrées, et qu'enfin son testament fut pour la maréchale de Ts^oailles, à fort peu de chose près (t).

(l) Il est singulier que Saint-Simon n'ait pas plus longuement exercé sa verve sur cette bourgeoise gentilhomme. Il la connaissait sans doute peu et ne savait certainement pas qu'elle se nommait Jappin, car il n'aurait pas manqué d'en profiter. La note nécrologique que le Mercure consacre à cette dame montre ou laisse deviner tout ce que Saint-Simon ne dit pas; c'est, sous une forme polie, un tableau de mœurs plus vrai et surtout plus imprégné de l'esprit de l'époque que l'addition de Saint-Simon. On peut eu juger par la citation textuelle que nous faisons de cette note.

" Dame X. Jappin , veuve de messire François Chaillou , seigneur de Thoisy, conseiller du ici et maître ordinaire en sa chambre des comptes, est morte âgée de soixante et treize ans. Cette dame étoit fille de feu M. Jappin, commissaire général des poudres, qui avoit eu de grands emplois dans l'artillerie et qui est mort secrétaire du roi. Madame Dère étoit scenr de madame de Thoisy. Feu leur père a eu aussi plusieurs garçons, qui ont laissé des enfants du nom de Jappin. M. de Thoisy avoit pliisicui's frères; son puiné étoit doyen del'égUse cathédrale deDeauvais; le troisième étoit conseiller au parlement et un quatrième auditeur en la chambre des comptes. 3Iadame de Thoisy perdit son époux dans la fleur de son âge; depuis ce temps- là elle a mené une vie dégagée des soucis du mariage, auquel elle n'a jamais voulu songer. Elle avoit de grands biens , tant de son chef que de ceux que lui avoit laissés son mari ; personne n'avoit tant d'art que cette dame pour procurer les douceurs et les agréments qui font passer des jours heureux et tranquilles; elle avoit tout l'esprit du monde, et dans l'esprit toute la délicatesse imaginable ; jamais femme ne sut mieux la science des égards et celle du monde; elle avoit un arrangement et une justesse naturelle dans l'esprit qui la faisoient écouter avec un plaisir ravissant et qui faisoient désirer son commerce aux personnes de la cour les plus polies ; aussi recevoit-elle chez elle tout ce qu'il y avoit de plus distingué à la ville et à la cour, et depuis la mort de son mari elle a toujours vécu sur le pied d'une personne de grande considération; plusieurs personnes qualifiées en ont eu pour elle, et ont entretenu avec elle des relations qui feront toujours heaucoup d'iionneur à la mémoire de cette dame. Elle est morte entre les bras du P. Bourdaloue, qui étoit chargé du soin de sa conscience depuis plusieurs années. Elle a fait héritiers M. le cardinal de ZS'oailles et M. le maréchal son frère , ()ui l'a\oienl toujours honorée de leur estime; elle a donné à M. le cardinal d'Estrées quarante mille livres pour acheter une vigne { a la manière d'Italie ) auprès de Paris , et

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Samedi '2ï , à Versailles — Monaisterol, envoyr de M. de Bavière, a reçu des lettres du combat (]ui se donna le 11 auprès de Scharding , et ces lettres portent que la défaite des ennemis avoit été beaucoup plus grande qu'on ne l'avoit dit d'abord. Elles assurent qu'il y a eu quatre mille hommes des ennemis tués sur la place , et (ju'on a treize cents prisonniers et pris plus de quinze cents chevaux. M l'électeur a perdu fort peu de gens. Le comte de Stirum, autre général qui attaipia M. de Bavière, est entré dans le haut Palatinat, entre Nieumark et Dietfurt, qui est sur rAltmtihl qui se jette dans le Danul)e entre Ingolstadt et Batisbonne. On ne dit point encore si M. l'électeur va marcher à lui , s'il attaquera

elle substitue cette vi-^ne à M. le maréchal <ie Cd-iivres , et a l'ait son exécuteur testainenlaire M. le président de Lanioignon, à qui elle fait un legs de dix mille écus. Elle a voulu être enterrée dans l'église des jésuites de la rue Saint- Antoine, aux(|uels elle a laissé par son testament un legs de douze mille livres pour la mission du Canada. Elle a lait (juantité d'autres legs pieux, et a fait plusieurs autres dispositions en faveur <le ses parents et amis. Il se verra peu de testaments qui contiennent d'aussi helles dispositions , un cardinal et un maréchal de France héritiers, un autre cardinal légataire particulier, et un maréclial de France substitué , et enlin un président au mortier exécuteur testamentaire. Cette dame a été ^ isitée pendant s;t maladie par tout ce «[u'il y a de gens de distinction à la cour et à Paris, et M. le Prince lui a fait l'honneur de l'aller voir. Peu de personnes ont eu plus d'amis que cette dame; elleétoit amie déclarée de mademoiselle de Gesvres , dont l'esprit et la délicatesse font juger de tout le mérite qu'il falloit que madame deTlioisy ertt |)our soutenir le commerce qu'elle avoit avec elle. Madame d'Épernon, madame la comtesse lie Martel et la spirituelle madame de Piiugy, si connue |)ar les prcxiuctions de son esprit, éfoieni ses meilleures amies. Feu M. l'évcque de Langres (Simiane), connu par l'attachement (ju'il avoit pour feu M. Gaston de France, avoit pour celte dame une evtréme considération et avoit une gramle conliance en elle. Elle tenoit une tahie ouverte tous les soirs, oii l'on ne voyoit (pie des personnes de >listin( tion par leur mérite et par leur naissiince. Mien ne manquoil à cette table (pie le vin; car, comme ellt; n'en buvoit point , il falloit r|ueceu\(|ui vouloieiit être de ses repas s'imposassent aussi la loi de n'eu point Itoire; mais on doit suflisamment dédommagé de celle abstinence de \ in par la somptuosib', la délicalesso et la propreti" de ce rejias. Madame de Thoisy etoit .Sd'iir de M. le liaron de Franqueville, ipii faisoit .son .séjour «)rdinaire à sa terre près d'Etampes et qui est mort sans enfants; elle a encore un frère chanoine à Verdun. » (Merctirc de mars, pages 322 à 331.)

Passau ou s'il remontera le Danube pour être joint plutùl par M. de Villars. — Le marché de M. de Tessé avec le duc de Guiche pour la charge de colonel général des dragons est réglé; il en donne 100,000 francs argent comptant, 100,000 francs sur la maison de ville, et sa charge de mestre de camp général, qu'il avoit achetée de Mailly 280,000 francs et dont on offre déjà pareille somme.

Dimanche 25, à Versailles. — Le roi, après son diner, alla tirer et ensuite alla à la volerie, où Monseigneur et messeigneurs ses enfants vinrent tous, et chacun en particulier. — Le roi donne au duc de Guiche un brevet de retenue de 280,000 francs sur la charge de colonel général des dragons, et un de 40,000 écus àM. de Hautefeuille, qui achète la charge de mestre de camp général. Il espère vendre le régiment de la Reine, dont il est colonel, 40,000 écus. M. le bailli de Hautefeuille, son oncle, lui donne 40,000 francs pour lui aider à payer la charge.

— Chavigny*, brigadier d infanterie, colonel du régiment d'Auvergne et inspecteur d'infanterie, est mort en Italie. Le roi a donné l'inspection à d'Arennes, maréchal de camp et qui faisoit la charge de major général de l'armée.

— Le marquis de Béthune, fils de celui qui étoit chevalier de l'Ordre, a eu un brevet de mestre de camp; il y avoit douze ans qu'il étoit capitaine de cavalerie. — Madame Guyon **, qui étoit à la Bastille depuis cinq ou six ans, en est sortie avec permission d'aller à une terre qu'elle a en Touraine, où elle sera à la garde de ses parents. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars du 22; on ne dit point encore quand il repassera le Rhin.

* Chavigny étoit Bouthillier, neveu de l'ancien évêque de Troyes, qu'on verra dans le conseil de régence , de la maréchale de Clérenibault, etc.

** Les amis de madame Guyon lui demeurèrent toujours (idèles, et prirent grand'part à ce grand adoucissement qu'ils durent à la charité

(lu cardinal de Noaillos, qui non rocucillit rien moins que de la ncoiiiioissance. La Touraine ne fut pas la dernière époque de cette trop fanicuse dévote.

Lundi 'li'}, à Mariij. — Le roi tint conseil avant que d'entendre la messe, et à midi il alla avec toute la maison royale, et entendirent vôpres ensuite; monseipncur le duc tle Bourgogne avoit t'ait ses dévotions avant (jue d'aller au conseil. L'après-dinée le roi alla au sermon, et puis il vint ici pour y demeurer le reste de la semaine. — M. de Monasterol vouloit prendre congé du roi pour se rendre auprès du maréchal de Villars ; mais M. de Chaniillart lui conseilla d'attendre le retour de Marly. 11 doit arriver uncourrierde M. de Villars, par l'arrivée duquel on saura plus précisément quand il pourra marcher. L'ordre est donné de faire mettre à la Bastille tous les officiers qui sont revenus de l'armée d'Allemai^ne, s'ils ne repartent dans le moment. — L'abbé de Gastries a obtenu de Rome les bulles pour l'abbaye de Monestier, qui lui a été cédée par le cardinal de Bonzi; cette a))l)aye avoit toujours été régulière, et Ion a bien eu de la peine à obtenir qu'elle lût mise en commande; madame lîi duchesse de Bourgogne avoit fort recommandé cette iiiïaire au nonce, pour servir l'abbé de Gastries, qui est son aumônier ordinaire,

Mardi 27, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa petite calèche, et Madame dans une calèche seule. Monseigneur courut le loup. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis, où ils tuèrent cent cin([iiante lièvres, et ils eurent la sagesse de ne point tirer des perdrix, parce qu'elles sont à la pariade. Le roi loua fort Gatelan, capitaine de la plaine, disant qu'il n'y avoit jamais tant eu de gibier, et que personne ne se plaignoit de lui. — M. de Ghamillart, qui avoit couché à l'Étang, amena le matin ici le chevalier de Tressemanes, major

général de l'armée d'Allemagne, que le maréchal de Villars envoie au roi pour lui rendre compte de l'état où sont ses troupes. Les recrues de l'infanterie ne sont point arrivées ; la cavalerie n'est pas remontée ; les bataillons et les escadrons sont fort folioles, et il y a fort peu d'officiers présents ; c'est ce qui a retardé la marche de ce général, que le chevalier de Tressemanes a fort loué au roi ; il assure qu'il n'a donné congé à aucun des officiers qui sont revenus à Paris. On fit le soir repartir un courrier, et le chevalier de Tressemanes ne repartira qu'après-demain.

Mercredi 28, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire , et nous sûmes que les ordres étoient partis hier au soir pour faire marcher en Bavière l'armée de M. de Villars. Le roi approuve sa conduite, que ses ennemis ou ses envieux blâmoient sur sa lenteur à marcher, prétendant même qu'il n'avoit point envie de joindre M. de Bavière. On remédie à tous les inconvénients qu'il avoit représentés sur l'état où sont les troupes. On fait donner les armes dont ils manquoient; beaucoup de recrues arrivent, et presque toute la cavalerie sera remontée ; mais on ne croit pas qu'il puisse marcher que le 8 du mois prochain. — Quoiqu'on eût dit, comme une chose certaine, que les troupes hollandoises étoient retournées dans leurs quartiers, on apprend que seize de leurs bataillons sont arrivés à Langenkandel pour relever les troupes des ennemis qui sont sur la Lauter ; c'est un secours considérable pour le prince de Bade, mais qui ne change rien à la résolution qu'on a prise de faire joindre M. l'électeur de Bavière. Par toutes les lettres qu'on reçoit de Ratisbonne , il paroit que l'avantage qu'a remporté cet électeur sur les troupes de l'empereur est beaucoup plus considérable que ne l'avoit mandé Ricousse. H a plus de mille prisonniers; on a pris quinze cents chevaux que cet électeur a fait racheter pour remonter sa cavalerie; il y a eu plus de quatre

mille hommes tués sur la place, et tout ce qui étoit dans les lettres de M. de Monasterol se trouve vrai, — On a avis que la diète de Bade est terminée , et que les Suisses ont refusé à l'empereur les six mille Suisses qu'il leur demandoit et que les Anglois et les HoUandois pressoient avec de urandes instances qu'on lui accordât. — M. l'électeur de Bavière a menacé les magistrats de RatislDonne de ravager tout leur territoire s'ils ne s'engageoient à ne donner passage dans leur ville à aucunes troupes, et ils s'y sont engagés. — Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne, aussitôt après dîner, allèrent à Saint-Germain voir LL. MM. BB. et la princesse d'Angleterre. — 11 y a déjà longtemps que le l)ruit court que l'empereur est incommodé de la pierre ; on dit que son mal augmente. — Le maréchal de Tallard va marcher en Alsace pour faciliter la marche de M. de Villars et empêcher que le prince Louis ne voulût attaquer son arrière-garde. M. de Tallard étoit encore à Thionville le 2i de ce mois, et ses troupes étoient en différents quartiers sur la Sarre. Jeudi 29 , à Marly. — Le roi, après la messe, alla dans son parc faire la revue de ses deux compagnies de mousquetaires; il les vit fort en détail, et fit séparer le détachement de ce corps qui marche en Flandre cette année. Ilsavoient ordre de partir de Paris le 2, qui sera lundi, et le roi a retardé leur départ jusqu'à jeudi. Il marchera cent quarante mousquetaires de chaque compagnie. Un des cornettes de la première compagnie, nommé des Aubrières, étant si incommodé qu'il ne peut plus marcher, le roi lui donne 4,000 francs de pension, et après sa mort 500 écus à sa veuve et 100 écus à chacun des cinq enfants qu'il a. S. M. donne la cornette à d'Arifax, anci(;n maréchal des logis de la compagnie. — Le roi a donné le régiment d'Auvergne, vacant par la mort du chevalier d»; Chavigny, à <rimécourt le coloiieUrinfanterie, qui est brigadier dans Tannée d'Italie; il étoit colonel du régiment deCotentin, que le roi donne

au petit Destouches, colonel réformé, qui sert dans cette armée-là; il est frère du petit Destouches^ lieutenant d'artillerie. — M. d'Harcourt travailla avec le roi chez madame de Maintenon aux affaires de sa compagnie; Barsum, qui en est lieutenant, ne pouvant plus servir ni à pied ni à cheval, est obligé de quitter. Le roi le regrette fort et lui donne 2,000 écus de pension, outre celle qu'il avoit déjà; et ce n'est qu'en attendant qu'il se présente une occasion de faire quelque chose de plus considérable pour lui. Des Fourneaux, le plus ancien enseigne de la compagnie, monte à la lieutenance, et l'enseigne est donnée à Garagnols, ancien exempt. Si Barsum avoit pu servir seulement à pied, le roi l'auroit gardé, tant ilenétoit content.

Vendredi 30, àMarly. — Le roi, au sortir de la messe, monta en calèche et alla courre le cerf; l'après-dinée , S. M. se promena dans ses jardins jusqu'à l'arrivée du roi et de la reine d'Angleterre, qui vinrent sur les sept heures; ils furent quelque temps enfermés avec le roi, et puis le roi d'Angleterre vint dans le salon voir jouer, et retournèrent à Saint-Germain avant neuf heures. — Il arriva le soir un courrier de M. de Villars, mais il n'est venu que pour recevoir des ordres sur quelques détails et n'a point apporté de nouvelles. — Le roi d'Espagne a fait en Flandre six lieutenants généraux et quatre maréchaux de camp ; les lieutenants généraux sont : le comte de Soye, le prince de Berghes, le comte de Horn, MM. de Covarruvias, de Baye et de Saint-Maurice. Les maréchaux de camp sont : le chevalier de Fourneau, le comte de Vars, lecomtedeRibaucourtetlebaron Vrangel. Ces officiers généraux roulent avec les nôtres. — On mande de Hollande que le duc de Marll3orough est arrivé à la Haye. Il y a déjà quelqaes jours que MM. les États-Généraux ont fait MM. d'Owerkerke et d'Opdam feld-maréchaux. — M. l'alîbé d'Auvergne gagna tout d'une voix, au grand conseil, un procès que lui faisoient quelques moines de

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Cluny, sur la coudjutorerie : ainsi voilù une affaire iinu* sans retour.

Samedi 31, à Versailles. — Le roi, au sortir de la messe àMarly, alla encore courre le cerf; madame la duchesse de B()iirtiog"ne étoit avec lui dans sa petite calèche, et Madame seule dans une autre. vS. M. se promena l'aprèsdinëe dans ses jardins jusqu'à sept heures, et puis revint ici. Monseigneur alla diner à Meudon et revint ici le soir. On a joué fort gros jeu au lansquenet durant tout ce voyage, et tous nos princes, hormis monseigneur le duc de Bourgogne, s'y sont mis. — On mande d'Espagne que le procès de l'amirante est fini; il n'est point déclaré criminel de lèse-majesté, mais il est hanni pour sa désobéissance, et tous les revenus qu'il tiroit de la cour sont confisqués. On envoie à Cadix 100,000 écus d'argent comptant pour travailler aux fortifications qui y sont nécessaires, et c'est M. Arnoul, intendant des galères de France, qui est chargé de l'argent et de la conduite des travaux. Les six millions qui viennent en France pour le roi sont en chemin; il y en a même déjà une partie {urivée à Bayonne, en espèces. Il y a présentement en Espagne huit mille sept cents chevaux sur pied et treize mille hommes d'infanterie ; on en va encore lever huit mille autres. — Madame de Chàtillon, femme du premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, mourut à Paris ; c'étoit une femme de mérite, mais qui ne paroissoit point en ce pays ici.

Dimanche i" avril, jnurde Pâques Fleuries , à Versailles. — Le roi et la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. — On eut des nouvelles de M. l'électeur de Bavière du 21 . Il étoit encore à Scharding, d'où il alloit partir pour marcher droit au comte de Stirum, quia pris quelcpies petites villes dans le haut l*alatinat et s'étoit avancV' jusqutîs sur rAltmuhl. M. l'életeur coMq)toit de faire jnissc-r le Danube à ses trt)upes entre Katisbonne etStraubing, qui est une de ses places.

— La marquise de Richelieu, qui étoit aux Angloises du faubourg" Saint-Antoine, a trouvé moyen d'en sortir en escaladant les murailles ; elle a écrit depuis sa sortie à madame de Bouillon qu'elle alloit chercher quelque pays où elle fût moins malheureuse. — M. de Montre vel a fait publier une ordonnance en Languedoc par laquelle il enjoint à tous ceux qui ont abandonné leurs maisons d'y revenir dans huit jours , à moins de quoi ils seront déclarés rebelles et punis comme tels ; il paroit que les esprits des peuples de ce pays-là ne sont pas dans la situation qu'il seroit à désirer. M. de Broglio, qui commandoit dans la province avant M. de Montre vel, est revenu ici. On avoit dit que les lieutenants de roi de la province serviroient sous M. de Montrevel comme lieutenants généraux; mais cela ne s'est point fait, et même M. de Cauvisson a eu permission de revenir ici.

Lundi 2, à Versailles. — Le roi prit médecine par pure précaution ; madame la duchesse de Bourgogne alla le voir avant que d'entendre la messe, qu'elle entendit avec Monseignem\ S. M. après son dîner tint conseil jusqu'à sept heures du soir ; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne y étoient à leur ordinaire. Madame la duchesse de Bourgogne dina chez madame de Maintenon et puis alla se promener. — Le roi d'Espagne envoie 500,000 écus en Flandi'e pour y payer ses troupes et les subsides qu'il donne à M. l'électeur de Bavière. — Madame la duchesse d'Orléans donne 2,000 écus de pension à madame la duchesse Sforce*. — Il n'y a point eu de diminution sur les monnoies au commencement de ce mois ici, comme il y en devoit avoir ; on l'a remise au i" mai, et elle sera la moitié plus grande. Les louis diminueront de dix sous et ne seront plus qu'à treize francs ; les écus diminueront de deux sous et ne seront plus qu'à trois livres dix sous. — Le comte d'Albert n'a pas pu olitenir d'être colonel réformé ; mais le roi lui a permis d'aller servir dans les troupes de M. de Bavière, qui a

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beaucoup d'amitié pour lui, et pour cela il va à Strasbourg pour passer en ce pays-là avec l'armée de M. de Villars.

* Il est rare que princes et princesses ne soient gouvernés par quelqu'un. La duchosse d'Orléans la fut par madame Sforce,tant que celleci vécut , avec tout empire : elle avoit fort peu de liion , et une nièce de madame de Montespan , qui avoit encore quelque beauté et un os|)rit que le roi avoit paru ijoûter des moments et que madame de Maintenon avoit soigneusement écartée , n'étoit pas pour espérer des crfices de la cour. C'étoit , à un air près de hauteur et d'empire et quclipics singularités, une femme aimable, capable d'amitié et de courage, et qui avoit une infinité de bonnes choses. Le secret et la fidélité y étoient en entier.

Mardi 3, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée; le soir, après son souper, il entretint M. le maréchal de Villeroy dans son cabinet. — Le nouvel ambassadeur de Venise, qui s'appelle Tiei)olo, est arrivé à Paris et aura sa première audience mardi prochain ; les mardis sont les jours que les ambassadeurs viennent ici ou pour leur audience ou pour faire leur cour. — On augmente les troupes que le maréchal de Villars doit mener pour joindre M. de Bavière; il aura cinquante bataillons et quatre-vingts escadrons. On augmente aussi le noml)re des officiers généraux; les recrues arrivent de tous cAtés, et le dernier courrier dit qu'il a trouvé plus de cinq cents officiers en chemin entre Metz et Strasbourg ; les habillements et les armes arrivent aussi, et le maréchal de Villars compte qu'il pourra commencer à marcher le 1 1 . — Beaujeu, lieutenant des gendarmes d'Anjou, ne pouvant plus servir, vendsa charge 45,000 écus, et le roi lui en adonné l'agrément pour Monstiers, enseigne des gendaniies Dauphin et le plus ancien enseigne de la gendarmerie. Il prend en payement pour 28,000 francs le gouvernement de Saiut-Dizier, qui est dans son pays et vaut 1,000 écus (1<; rente; il reste encore à Moiistiers tni autre petit gouvernement, qui est celui de Bibeinoiil. et

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