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donné à M. de Marsin pour le vendre. — M. le maréchal de Villars devoit arriver le 27 à Offembourg sur la Quinche ; il y doit demeurer deux jours pour prendre son pain et tout ce qui lui est nécessaire de tirer de Stras- Jîourg pour tenter de passer les montagnes et de joindre M. de Bavière. — On mande d'Italie que l'armée commandée par M. de Vendôme et les troupes qui demeureront sur la Secchia aux ordres de M. de Vaudemont doivent entrer en action le 1p du mois où nous allons entrer. — Monseigneur alla dîner à Meudon ; madame la Duchesse et beaucoup de dames étoient de ce diner. Il y eut ensuite grand jeu, où étoient tous les joueurs de la cour et de Paris; c'est le lansquenet qui est revenu à la mode.
Mardi 1" mai, à Versailles. — Le roi tint un petit conseil de dépêche avant que de tenir le conseil de finance parce qu'il n'avoit pas pu finir hier toutes les affaires qu'il y avoit au conseil de dépèche. 11 alla sur les cinq heures se promener à Trianon. — M. le marquis de Vérac, lieutenant général en Poitou , servira de lieutenant général dans les troupes qui sont aux ordres de M. de Chamilly. Il a eu besoin d'une lettre de service pour cela, mais il a son rang du jour qu'il a été lieutenant général de la province. M. le comte de Chamilly, maréchal de camp de la dernière promotion, servira sous son oncle en cette qualité-là. — M. le maréchal de Villars n'a point écrit depuis le 25 ; on compte qu'il ne pourra entrer dans la montagne qu'aujourd'hui tout au plus tôt. Il y a quelque changement dans les officiers généraux de son armée ; d'Usson servira sous lui, et Magnac, par sa mauvaise santé, n'est pas en état d'y servir. M. de Tallard a repassé le Rhin, mais il n'est campé qu'à demi-lieue de Strasbourg. — Brulart, capitaine de cavalerie, achète de Champrond, son beau-frère, la compagnie des gendarmes de Berry, dont il donne plus de 45,000 écus. Il ne s'est présenté aucun officier de ce corps pour acheter cette charge , et Dauvet des Marets achète de Dromesnil
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la compap:nie des chevau-légers Dauphin, dont il donne A peu près le mèrae prix. Dauvet étoil enseigne dans le corps.
Mercredi 2, à Versailles. — Les États de Bretagne haranguèrent le roi après son lever ; c'étoit l'évêque de Nantes qui portoit la parole ; il est de la maison de Beauvau. Après diner le roi alla tirer. — Le soir, connue le roi sortoit de chez madame de Maintenon pour aller souper, Chavigny lui apporta un pa([uet de M. de Chaniillart , et nous sûmes au souper que M, de Blainville étoit entré dans la vallée de la Quinche et y a voit attaqué et pris le château de Haslach, où il y avoit cent quatre-vingts hommes, qui ont été faits prisonniers de guerre. Haslach est à trois lieues de Gengenbach plus avant dans la montagne. M. de Blainville marche avec vingt bataillons et trente escadrons; M. de Villars le suit avec le reste de l'armée, qui est de trente bataillons et trente escadrons. M. de Tallard est au delà du Rhin avec son armée, qui observe les mouvements du prince Louis. — On eut nouvelles que les HoUandois, après l)ien des irrésolutions, s'étoient enfin déterminés à faire le siège de Bonn ; cette place fut investie le 26, et le bruit qui avoit couru qu'ils séparoient leur armée se trouve faux.
Jeudi 3, à Versailles. — Le roi après son dîner alla se promener à Marly. Monseigneur le duc de Bourgogne se prouiena dans les jardins ety vint joindre madame la duchesse de Bourgogne, qui s'y est promenée tous ces joursr.'i. — Mademoiselle de Langeois se maria; le roi a augmenté sa pension de la moitié, et elle a quehpie bien de sa maison. Elle éj)ouse | M. llouel, capitaine aux gardes]. — M. deMadaillan, huguenot, qui s'étoit retiré à Genève, en est revenu et s'est converti; le roi lui donne 2,000 francs de pension. Il est d(^ même maison (pie le uiartjuis (!«' Lassay; Iriii' M(>m est Madaillaii. — Le couimandenr de Hautefeuille mourut à Paris; durant sa maladie \v, r-oi a parlé plusieurs fois de lui avec estime et amilié.
Vendredi h, à Versailles. — Le roi alla tirer et puis revint se promener à Trianon , où madame la duchesse de Bourgogne alla le trouver et se promener avec lui. Monseigneur alla diner à Meudon , où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly. — M. le maréchal de Villeroy mande que les ennemis qui attaquent Bonn ouvrirent la tranchée la nuit du lundi au mardi 1" de ce mois. — J'appris que M. le duc d'Orléans avoit donné une pension de 12,000 francs à Longepierre * , qui étoit autrefois attaché à M. le comte de Toulouse. — M. de Béchaiilèil** mourut à Paris. Il étoit surintendant de la maison de M. le duc d'Orléans^ comme il l'avoit été de feu Monsieur ; cette charge lui valoit 30,000 livres de rente. Il étoit outre cela surintendant des lîàtiments de ce prince et avoit pour cela 9^,000 francs d'appointements et 6,0ô6 francs de pension. M. le duc d'Orléans ne remplit point la charge de surintendant de sa maison , et il donne à M. Térat, son chancelier, celle de surintendant de ses bâtiments, et M. Térat a prié M. le duc d'Orléans de ne lui donner ni les appointements ni la |3ensiôn qui y étoit attachée , lui disant qu'il étoit assez riche pour n'en avoir pas besoin et que, n'ayant point d'enfants, il ne lui faut que l'estime et les J)onnes grâces de son maître pour le rendre heureux.
* Ce Lougepierre, homme de peu et bel esprit de professiou, fut assez désagréable , mais intrigant à tout faire , avoit mis son pied dans tous les souliers qu'il avoit pu, et à force de manège s'étoit fourré chez M. le comte de Toulouse. Il patricotta avec madame d'A.rmaguac de coiffer son maître de sa (111e , qui s'en entêta si bien qu'il pria le roi de lui permettre de l'épouser. Elle étoit parfaitement belle, moins parfaitement neuve, et quoique ce mariage fût pour le moins égal , le roi, qui dans ces temps étoit encore bien loin du degré où successivement, madame de Maintenon parvint à le monter depuis pour ses bâtards, et (pii alors avoit fort à regret marié M. du Maine et ne vouloir point marier celui-ci , le refusa tout plat. Il ne fut pas longieinps a démêler la fusée : I.ongepierre fut chassé; madame d' Vrmagnac sourdement, mais longuement disgraciée; M- le Ciraud même,
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avec tout sou ascendant sur le roi, en fut longtemps en peine. Il se coula chez M. le duc d'Orléans, où il intrif^ua encore, et ne réussit nulle part, sinon à être espion et rapporteur gratuit du duc de IVoailles.
** Héchanu'il étnit beau-père de Desmarets, qui fut depuis contrôleur général des linauces après en avoir été is^uoniinieuseuicnt cliassf", et du comte de Cossé devenu duc de Brissac par la mort du frère de la dernière marédiale de Villeroy sans enfants, et père de Noiutcl, pour qui Monsieur obtint l'intendance de Bretagne et une place de conseiller d'I^^tat. CeBechameil avoit été fort dans les affaires, mais avec bonne réputation , et aimoit sinsjulièrement la bonne compagnie de la cour, qu'il attiroit cbez lui par le jeu , par la cbère la plus exquise et par le goût le plus raffiné en tout. C'est lui qui a fait ce qu'il y a de plus beau à Saint-Cloud pour la maison et pour les jardins, et le roi leconsultoit quelquefois sur les siens. Il dépensa des trésors à Nointel en Beauvoisis , où il menoit grande compagnie. Ce fut à cette occasion que le comte de Fiesque fit ct'tte chanson si plaisante de son entrée dans Nointel, dont le refrain est «Vive le roi et Béchameil son favori,» du ridicule de laquelle il n'est jamais revenu , et dont le roi avec toute sa grave majesté rit aux larmes. Il avoit été bien fait et au gré des dames. Il prétendit ressembler au comte de Gramont. Le comte deGramont, levoyaut un jour devant lui au\ Tuileries, paria qu'il lui donneroit un coup de pied de toute sa force dans le cul, et que Béchameil , au lieu de se fAcher, l'en remercieroit ; et en effet il le fit, puis lui demanda mille pardons, et lui dit qu'il l'avoit pris pour son neveu, dont l'autre fut comblé d'aise et de reconnoissance.
Samedi 5, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à la Ménagerie et puis se revint promener dans ses jardins, oii madame la duchesse de Boiiri^oii'ne le vint joindre à nie royale (1). — Il arriva hier un officier de la marine envoyé par M. Ducasse, qui est arrivé à la Rochelle revenant de rAm(''rique avec trois vaisseaux chargés de 300,000 piastres pour le roi , qu'il a reçues à la Vera-Cruz de lacontadorerie, par ordre du roi d'Espagne. Cet argent est pour payer une partie de la dépense <{ue nous avions faite pour envoyer l'escadre^de Ducasse en ce pays-lA, où
(1) L'ilc royale ou l'ile d'amour était une grande pièr« dVau sitin'cii l'cxtri'inilc (les jardins de N'ersailiesdii rnte du midi. Ci'lte pièce d'ciu aeleromblec et reinpIaa'P par un jardin anglais, connu sdus le nom <1p Jardin du Roi.
il a mené de l'infanterie pour mettre dans les places du roi d'Espagne. Un vaisseau de cette escadre est péri à la Havane, mais on en avoit retiré la charge, les agrès, le canon, si bien qu'on n'y a perdu que la carcasse du vaisseau. — On eut nouvelle qu'il étoit arrivé à Bayonne 7,500,000 livres pour le roi, de l'argent de la flotte que M. de Château-Renaud amena à Vigo l'été passé. — Les troupes de M. le duc de Savoie qui doivent servir dans notre armée d'Italie sont en marche, et l'on compte qu'elles sont entrées d'hier dans le Milanez. Le prince de Piémont a la petite vérole à la Vénerie, où madame la duchesse royale, sa mère, s'est enfermée avec lui. — Le roi a fait donner 2,000 écus au chevalier de la Vallière, à la prière de madame la princesse de Conty ; et cette princesse outre cela lui donne 4,000 francs de son argent pour lui aider à rétablir sa brigade, qui a beaucoup souffert la campagne dernière.
Dimanche 6 , à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsdinée avec M. Chamillart, et pendant qu'il étoit avec ce ministre, M. de Villars arriva. Il est capitaine devaisseau, mais il sert cette année volontaire auprès du maréchal de Villars, son frère. Le roi le fit entrer d'abord dans son cabinet; il jugea aisément que la nouvelle étoit bonne, et effectivement elle ne peut pas être meilleure. Tous les défilés des montagnes sont passés"; les retranchements qu'avoient faits les ennemis en plusieurs endroits sont forcés ; notre armée est entrée dans la plaine, marche sur trois colonnes et elle n'est plus qu'à trois heures de Piottweil et de Willingen. M. de Villars campa le 2 à Saint-Georges. Il avoit dans sa marche canonné et attaqué le château de Hornbourg. Les ennemis avoient derrière ce lieu-là trois mille hommes de troupes réglées et mille hommes de milice , qui , après avoir fait une décharge, se sont retirés fort précipitamment. On leur a pris dans leur retraite deux ou trois cents hommes, mais on ne s'est point amusé à les poursuivre. Nous avons laissé
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VVoll'ac à iiotrt' i:;iuche, avnnt que de venir ;i llornhouri^. Nous n'avons perdu qu'environ trente soldats et trois officiers subalternes; le petit Chaniarande. colonel du rég'iment de la Ilelne, a été blessé très-léuèrenient. La jonction avec M. de liavière est présentement sûre; on nentend point parler du prince de Bade.
Linuli 7, à Vemailles. — I^e roi «'iitcndit la messe dans son lit et puis prit médecine ; il tint conseil l'aprês-tllnée, et Monseigneur vint ifci, deMeUdoli, pour le conseil et après le conseil y tetourna coucher. — M. de Vill?lr<^, qui arriva hier ici, nous dit que M. son frère avoit mené (piarante pièces de campagne et quatre pièces de vingt-quatre ; je crois qu'on ira à Willingen plutôt qu'à Rottweil et que cette })lace n'est guère en état de soutenir un siège. Il avoit des vivres encore pour cinq jours, et M. duChiVtelet, maréchal de cailip , lui a amené un cOnvoi escorté de douze cents chevaux. MM. de Clérembault et de Saint-Maurls, lieutenants généraux, sont demeurés à Oifembourg avec trois escadrons etquatre bataillons. M. deTallard y campa le mercredi 2, et ces deux lieutenants généraux serviront dans son armée. Le détadiement des troupes de M. W'lecteur de Bavière doit joindre M. le maréchal de Villars aujourd'hui. — On a des nouvelles de Bonn; la ti'.'inchée n'y a «Hé ouverte (pie le 3, et ce (ju'on avoit mande à M. le maréchal de Villeroy qu'elle étoit ouverte dès le 30 n'étoit pas vrai ; ils travailloient aux lignes. — On mande de Vienne que la cadette des archiduchesses est morte; c'étcMt la plus jolie de ces princesses. — On es- [)éroil depuis huit ou dix jours que madame la duchesse de Bourgogne étoit grosse, mais nous avions ordre de n'en rien diie; nos espérances sont finies, et même elle a senti des douleurs ce soir, n'a point .soupe avec le roi et n'a pu m«>me aller le voir dans son cabinet après souper.
Mardi 8, à Versailles. — Le roi travailla avec M. de (]|i;imillai't ra|)iès-din('e juscpi'à cin(| heures et puis s alla promènera Trianon,oùil lait l'aire un appartemeiil
nouveau pour lui dans l'endroit où étoit la comédie, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. le chancelier jusqu'au souper. Monseigneur courut le loup à Meudon ; monseigneur le duc de Bourgogne étoit h la chasse avec lui et y demeura à souper. — Il arriva sur les cinq heures un courrier de M. de Saint-Contest, intendant à Metz, <^ul envoyoit un paquet que le marquis d'Alègre avoit trouvé moyen de faire passer à Luxembourg et que le comte d'Autel avoit fait passer à Metz. Le marquis d'Alègre écrit du 1*^' de ce mois qu'il croit que les ennemis n'ont guère plus de ^dngt mille hommes à ce siège, mais qu'ils débarquent une prodigieuse quantité de canon et de mortiers. — Il arriva le soir le capitaine des gardes de M. de Vaudemont, On crut d'abord qu'il apportoit quelque nouvelle considérable d'Italie ; mais nous sûmes bientôt après qu'il étoit venu pour apporter au roi des lettres de remerciement de ce prince du portrait et de la lettre obligeante que le roi lui avoit écrite en le lui envoyant. — On sut le soir que madame la duchesse de Bourgogne étoit blessée ; le roi alla la voir avant que de se mettre à table. Le voyage qu'on devbit faire demain àMarly est différé de huit jours à cause de ce malheiir-là, qui nous afflige fort ici.
Mercredi 9 , à Versailles. — Le roi, avant que d'aller à la messe, entretint longtemps dans son cabinet le cardinal de Noailles ; il lui donne audience comme cela tous les mercredis , et cela n'empêche point qu'il ne tienne le conseil comme les autres jours. L'après-dinée, S. M. vint voir madame la duchesse de Bourgogne , qui gardera le lit neuf jours; Clément même seroit d'avis qu'elle le gardât quelques jours de plus. Le roi au sortir de chez elle alla tirer, revint changer d'habit etsepromener àTrianon, rentra au retour chez madame la duchesse de Bourgogne, où il fit asseoir toutes les dames. — Il arriva un courrier du maréchal de Villeroy, qui doit asseml)ler rarmée ces jours-ici. — 11 arriva un courrier de M. de Vendôme, qui
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doit commencer à ag-ir avant le 15. Les troupes de M. de Savoie sont arrivées dans le Milanez et sont très-belles; elles sont commandées par Deshayes, gentilhomme françois, qui avoit eu une fort méchante affaire en ce pays-ci. — Le roi, avant que de souper, vint encore voir madame la duchesse de Bourgogne avec Monseigneur, qui est revenu de Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne y a passé presque toute la journée.
Jeudi 10 , à VermiUes. — Le roi alla se promener à Marly , où il vit trente-cinq belles carpes de couleur que M. le prince lui avoit fait apporter de Chantilly. Avant que de partir, il ^ntra chez madame la duchesse de Bourgogne et y retourna encore avant souper. — On eut hier au soir nouvelle que M. l'électeur de Bavière avoit détaché quatre mille hommes pour conduire un grand convoi à l'armée de M. de Villars. S. A. E. en personne suit ce convoi avec dix mille hommes de ses meilleures troupes; il étoit déjà à Pfulendorf, qui est une petite ville impériale, à l'entrée du comté de Furstemberg , et devoit marcher le lendemain à Friding, petite ville sur le Danube, qui est à la maison d'Autriche. Il n'y a de Friding que huit licmes de France à Dutlingen, jusqu'où l'on croit que le maréchal de Villars s'est avancé ; on assure qu'il s'est rendu maître de Willingen. — Le soir on déclara que monseigneur le duc de Bourgogne iroit commander notre armée sur le Bhin. On a envoyé ordre à ses équipages de marcher en Allemagne par la Franche-Comté. — Les dernières nouvelles qu'on a de Languedoc portent que Planque, lieutenant-colonel de Rouergue et brigadier, avoit battu les fanatiques, qui s'étoient assez bien défendus d.Mis une ferme où ils s'étoient retirés. On en a tué quatre cents au moins; on en a pris quatre seulement, qu'on lit pendre le lendemain dans Alais. Cette troupe étoit la meilleure et la mieux armée qu'eus«ent les fanati(iues; ils l'appcloient la troupe des cavaliers. Nous avons perdu à cette occasion trente
soldats et un capitaine de Rouergue. Nous y avons eu quelques officiers irlandois blessés.
Vendredi 11^ à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée et puis se promener à Trianon. A son retour, il entra chez madame la duchesse de Bourgogne, où étoient venus de Saint-Germain LL. MM. BB. Le roi se mit dans le petit cabinet avec la reine et madame de Main tenon, et pendant cela le roi d'Angleterre alla voir monseigneur le duc de Bourgogne et puis revint jouer à la dupe avec madame la duchesse de Bourgogne. LL. MM. BB. allèrent ensuite voir Madame et madame la duchesse d'Orléans et puis remontèrent en carrosse pour retourner à Saint- Germain. — On mande de Nancy que le prince d'Harcourt a remis à M. de Lorraine la charge de capitaine de ses gardes qu'il venoit d'avoir, et même sa pension qu'il avoit depuis la mort de M. de Commercy. — Un vaisseau marchand de Saint-Malo est revenu de l'Amérique si richement chargé qu'on croit qu'il apporté plus d'un million en lingots. — Il y a des lettres de Suisse qui portent que l'armée de M. de Villars est dans des quartiers auprès de Villing et que ce maréchal a déjà établi pour deux millions de contributions et six cent mille rations de fourrage pour la cavalerie.
Samedi 12 , à Versailles. — Le roi, en sortant de table, entra chez madame la duchesse de Bourgogne , comme il fait tous les jours depuis qu'elle est au lit ; il alla ensuite se promener à Marly, d'où le vilain temps le fit revenir de meilleure heure qu'à l'ordinaire. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy, qui, ayant assemljlé son armée le 7 et le 8, marcha le 9 au matin entre Tongres et Maestricht, où les ennemis avoient six mille hommes de cavalerie cantonnés qui, sur l'avis qu'ils eurent de sa marche par un transfuge des troupes d'Espagne , se retirèrent fort promptement à Maestricht. Le maréchal de Villeroy détacha Souternon, qui battit quelque petit parti et prit des tralneurs, et lui marcha à ïongres, qu'il fit som-
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mer. Le commandant, i|uiétoit le baron d'Else, Uri^adief, n'pondit (juil rtoit «mi «'tat (!«' s«' drlV-ndr»' ef fit tirer. En même temps le maréchal de Villeroy lit avancer le panon, qui tira jusqu'à la nuit ; et le tO au matin , la brèche étant presque en état qu'on y anroit pu monter, les assiégés battirent la chamade. Le duc de Berwick, qui commandoit, leur dit qu'il falloit se rendre à discrétion , sinon qu'il alloit les faire emporter. Us demandèrent un quart d'heure pour délibérer entre eux, et au bout du (jnart d "heure ils se rendirent à discrétion. Il y avoit dans la place deux bataillons bien complets , bien habillés et bien armés, beaucoup d'équipages et entre autres celui du duc de Wurtend)erg', un de leursofficiers généraux, qui envoya dès le soir même un trompette au maréchal de Villeroy, le priant de lui permettre de racheterson équipage. Il y avoit plus de quarante officiers à ces deux bataillons, dont l'un est hoUandois et l'autre écossois.
Dimanche 13, à Versailles, — Le roi ne veut point qu'on fasse l'échange des prisonniers ; il veut que le cartel soit réglé, et la princesse de Danepiark n'y veut point consentir, si on ne la reconnoit reine d'Angleterre; ainsi cela demeurera en l'état où cela est, chacun g^ardant ses prisonniers. — Il arriva un aide de camp de M. de Villars, parti le 9 de Donesching', où est ce maréchal. Il n'a point voulu attaquer Willingen, qu'il a laissé sur sji gauche. Il a cru que ce siège retarderoit sa marche de deux ou trois jours, et le prendra toujours quand il voudra. Il arriva dès le k à Donesching- et détacha cinq cents chevaux, commandés par M. d'Aubusson, mcstre de canq), pour aller j)orter de ses nouvelles à M. dv Bavière; cet électeur en avoit tic'taché aussi ciu<jc<;nts de son arm(''e pour venir joindre celle de M. de Villars. Cesdeux troupes se trouvèrent, serecoimure;nt «ît la joie fut grande de paît et d'autre; tous nos cavaliers revinrent ivres. S. A. E. devoit s'aboucher, deux jours après, avec le maréchal et prendre leurs mesures pour ce qu'ils entreprendront.
Notre cavalerie est cantoi^nép dans un pays fort abondant, où elle se raccommodera bientôt^, et en attendant on étq,blit de grandes contributions dans tout le pays. M. de Villars a défendu qu'on brûlât et empêche la maraude tant qu'il peut; il espère en venir à bout. Il a avec lui cinqufinte de nos meilleurs bataillons et soixante escadrons. Le roi lui a envoyé pouvoir de donner l'amnistie de sa part à tous les déserteurs qui voudront rentrer dans les troupes et de faire des brigadiers s'il croit en avojr besoin ou s'il y en a d'assez heureux pour faire des actions qui méritent des récompenses pareilles.
Lundi 14, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée et puis changer d'haliit à Trianon, où il se promena jusqu'à la nuit. 11 vient tous les jours deux ou trois fois che^ madame la duchesse de Bourgogne, qui garde le lit, niî^is qui est en parfaite santé. Monseigneur courut le loup et puis revint manger chez madame la princesse de Conty et se promener avec elle dans le parterre. — M. le prince Louis de Bade est toujours dans son camp de Stolhofen. 11 en a détaché seulement deux liataillons, qu'il a envoyés au comte de Stirum , qui a quitté le haut Palatinat et la Franconie et s;'est avancé sur le Necker pour couvrir le pays de Wurtemberg. Le comte Schlick lui a envoyé aussi les quatre mille Saxons qu'il avoit dans son armée, et s'est mis derrière Passau avec ces deux renforts-là. (jC comte de Stirum n'a pas dix-huit mille hommes. — M. le maréchal de Villars souhaitoit que madame sa femme passât en Bavière, et il avoit donné tous les ordres pour cela; mais le roi ne l'a pas jugé à propos, et l'on croit qu'elle reviendra à Paris. — M, le maréchal de Tallard s'est rapproché de Strasbourg ; il est campé entre Kehl et W'istet et il y trouve moyen de faire subsister la cavalerie sans qu'il en coûte rien au roi. Il envoya, il y a quelques jours, le chevalier du Hozel avec un régiment de cavalerie pour chasser les hussards qui avoient fait une course assez avant en Alsace, d'où ils emmenoient un assez gros
butin ; le chevalier du Kozel les attendit au sortir d'un défilé, et, quoique plus foilde qu'eux de beaucoup, il les attaqua, les délit, reprit tout le butin, en tua plus de cinquante et en prit du moins autant. Il ne perdit que deux ou trois cavaliers à cette action-là, et les hussards y ont perdu l'homme le plus considérable qui fut parmi eux.
Mardi 15, à Versailles. — Le roi, avant que d'entrer au conseil, donna audience au nonce ordinaire, qui lui rendit des lettres de l'empereur et de l'impératrice qui donnent part à S. M. delà mort de l'archiduchesse leur fille. Le roi en prendra le deuil au retour de Marly, où l'on va après demain pour en revenir la surveille de la fête de la Pentecôte. — Le roi a envoyé à M. de Tallard la commission de commander en Alsace, comme l'avoit M. deVillars avantqu'il alli\t joindre M. de Bavière. L'arméede monseigneur le duc de Bourgogne sera plus forte que celle de M. de Villars, et il arrive tous les jours des troupes à M. de Tallard ; on croit même qu'elle sera en état d'entreprendre quelque chose de considérable. — Les dernières nouvelles qu'on a de Bonn sont que les ennemis ouvrirent le i) la tranchée au fort de Bourgogne. On dit que M. de Cohorn, qui conduit les travaux de ce siège, prétend, après la prise du fort, établir des batteries qui ruineront aisément, (juoique la rivière entre deux, les murailles de la ville, qui ne sont pas terrassées de ce côté-là, et qu'ensuite il fera passer l'infanterie dans des bateaux, qui pourront monter à la brèche. Nous croyons cela ici plus dilticile qu'il ne le croit. — Les dernières nouvelles qu'on a du Languedoc c'est que les fanatiques commencent à se déceler les uns les autres; celui qui avoit le plus de réputation parmi eux a été dénoncé. Quelques dragons l'ont surpris dans une maison ; il s'est sauvé sur le toit et on l'y a tué.
Mcrcrcili IG, ù Versailles. — Le roi lr;»\.iil];i jns(pi'à cinq licnies l'après-dinée avec M. Chainill.iil. Il <li»il arrivé le malin un coni rier de M. de Tallard. Les Icllres n<'
furent déchiffrées qu'après le diner. Mouseigneur le duc de Bourgogne étoit chez madame la duchesse de Bourgogne, qui garde encore le lit. Le roi l'envoya chercher; il fut quelque temps avec S. M., et nous sûmes quand il en sortit que son départ étoit réglé. Il partira le 28, qui sera le lendemain de la Pentecôte, et ira coucher ce jourlà à Villacerf. — M. de Tallard a envoyé chercher quelques haillis de l'Ortenau, et leur a déclaré que si M. le prince de Bade ne faisoit payer incessammentet au double les désordres que ses troupes ont faits à un village près de Strasbourg qui payoit contribution, qui est à M. de Chamlay , dont même ils ont brûlé la maison par son ordre, en ce cas-là il feroit faire des exécutions militaires dans son pays qui iroient bien au delà du dommage que ses troupes avoient fait; les baillis ont promis qu'on y satisferoit au plus tôt. — Le maréchal de Coeuvres prit congé du roi ; il va commander sous M. le comte de Toulouse dans la Méditerranée.
Jeudi 17, à Marly. — Le roi entendit vêpres à Versailles et puis vint ici, où il se promena jusqu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne se leva, alla à la messe avec Monseigneur, et on l'apporta le soir ici en chaise; elle ne s'en trouva point incommodée, et monseigneur le duc de Bourgogne recommença à recoucher dans son lit avec elle. — On a eu des nouvelles de Bonn du 11. Les ennemis avoient emporté ce jour-là le fort de Bourgogne l'épée à la main. La tranchée à la ville, qui fut ouverte la nuit du 3 au i, étoit poussée jusqu'à vingt toises de la contrescarpe; les assiégeants ont plus de cent pièces de canonen batterie, et l'on compte que la première nouvelle qu'on aura sera la reddition de la place. Les nouvelles qu'on en avoit eues par M. de Cologne ne se sont pas trouvées vraies. — M. le maréchal de Coeuvres prit congé du roi à Versailles ; il s'en va commander notre flotte de la Médiferranée sous M. le comte de Toulouse , et ce prince doit partir au commencement du mois qui vient pour se