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qui vaut un peu plus que celui de Saint-Dizier. Espinac, sous-lieutenant des gendarmes Dauphin , a vendu sa charge 30,000 écus à Carmain, celui qu'on disoit qui avoit acheté le régiment du roi de dragons dont le comte de Nogent est colonel.
Mercredi k, à Ver milieu. — Le roi et toute la maison royale entendirent ténèbres dans la tribune, et puis le roi alla se promener à la Ménagerie. Monseigneur s'enferma avec le P. de la Chaise, et madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Cyr et puis s'enferma avec son confesseur. — M. de Pontchartrain amena au roi un officier de la marine nommé Barère, qui est revenu de l'Amérique sur le vaisseau du chevalier de Roucy qui est arrivé au Port-Louis ; cet officier a apporté la nouvelle quelesAnglois etlesHollandois, au nombre de deux mille, assistés de c[uelques Indiens, après avoir attaqué durant deux mois le fort Saint-Augustin dans la Floride, en avoient levé le siège précipitamment à l'arrivée d'un détachement de deux cents Espagnols partis de la Havane et commandés par des officiers françois du nombre desquels étoit celui qui apporte la nouvelle, qui se loue fort de la bonne volonté des Espagnols. Les ennemis ont abandonné leur canon, quelques petits vaisseaux de guerre et les bâtiments de transport. Cet officier nous a appris aussi que les Anglois s'étoient encore revenus remettre à Darien, et qu'après y avoir demeuré quelques jours à intention de s'y établir ils avoient encore al^andonné ce poste, tant par le mauvais air et les incommodités qu'ils y souffroient que sur ce qu'ils apprirent que Ducasse, qui commande à Carthagène , se préparoit à les venir attaquer. Demuin, un de nos capitaines de vaisseau, qui s' étoit fort distingué au combat contre l'amiral Bembovv, est mort de ses blessures.
Jeudi 5, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. L'abl)é Mongin prêcha à l'absoute et fit un fort lieau discours. T. i\. 11
16Î TOIÎRNAJ. DE DANC.EAU.
Mouseigueui' le Dauphin avojt fait son bon jour à la paroisse avant (jue la Cèpe con)menc;U; madame 1j| (Juchesse de Bourgogne Ut aussi son bonjour à la pjiroiijsp. Après ténèbres, le roi, >lonseignenr et madame la duchesse de Bourgogne allèrent tous trois séparénJent à Marly voip cii^u^pte caj'pes d'iij^e beauté extrj^ordipftire que M. le I*ren>jer a données au roi. 8. M. a gardé Jes trente plus belles et a donné les i^utres à, Monseigneur, qui est aussi dans ce gpùt-là e^ qui fait f^ire une fontaine à Meudon, près des allées des niarronpiers, où il fera mettre ses belles carpes. — On n^apde de ^lijydrijd que toutes les petites divisions qu'il y avoit entre le cardinal d'Estrées et la princesse des Ursins sont entièrement finies et que tout est trancjuille dans le palais. — Le 28 du mois dernier, M. de Grign.an, lieutenant de roi de Provence , prit au npm de S. M. possession de la ville et pripcipauté d'Orange, et lit fermer tes temples dans la ville et dans tout le pays. M. le prince de Conty, qui étoit en possession de cette pripjcipauté, a cédé tous ses droits au roi. — Par tes nouvelles qui viennent de Hollande , il paroit que l'élepteur de Brandebourg et les Jltats-Généraux sont mécontents les ups des autres; ce prince avoit un parti en Zélande qui vouloit le rendre maître de Flessipgue et le taire stathouder.
Vendredi 0, à yersailles. — Le roi et toute ta maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. S. }\. tropvale serinon de la Passion fort beau (1). Ap^'ès ténèbr''s le roi s'enferma avec le P. de la CliM-ise, copipie il fait toujoiirs la veille des joprs qu'il yeut fajre ses dévojtiops. Monseigneur alla se proniener à jtfeudon et imdame la duchesse de Bourgogne à la Ménagerie. — |) arriva pn courrier de M. de Vilhi^'s. (ie iparéclial uwpde au roi que les troupes se raccoipp^odepl fort; qu4i les recrues,
.Il •>,.<
(1) il i'l;iil clii I'. l.uiiilKird, ji-siiidv
les officiers , les chevaux pour remonter la cavalerie , les apmes , les habillements , tout arrive, et qu'il espère qu'avs^at le 15 de ce niois il sera bien près de M. le prince de Bade, qui est encore à Stolhofen. M. l'électeur de Bavière mande qu'il a fait passer des troupes dans le haut Palatinat, qu'il n'a rien à craindre de ce côté-là, et que dès qu'il apprendra que M. de Villars marche il marchera aussi de son côté ; ce qu'on avoit dit du comte de Stirum qu'il avoit pris Amberg est faux. — Les nouvelles qu'on a de Languedoc portent qu'on y est fort content du maréchal d^ jl^ïoqtrevel. Toute la noblesse paroit fort affectionnée au seryice du roi. Nous aurons bientôt quinze ou se^ze bat^iljpns en ce pays-1^ ; après^ quoi on espère pouvoir entièrerpien|; réduire les fanatiques, qui ne laissent pas de faipe encore des désordres assez considérables.
^afr^edi 7, à Ver^aiflle^. r—.Le roi £^lla faire son bonjour à la paroisse , touolia les malades et à six heures alla dans la tribune avec toute la maison royale entendre compiles,. Après son dîner, il s'étoit enfermé avec le P, de la Chaise pour faire la distribution des bénéfices. Le plus considérable étoit la prévôté de Ninies , qui vaut 2,000 écus de rente, qvfi a été donnée à l'abbé RoJ^ert, qui y çtoit chanoine et grand vicaire de l'évêque ; il est frère de M. Robert, procureur du roi du Chàtelet. L'abbaye de Saint-Sauve a été donnée à madame de Rochebonne et la prévôté de Mâcon à l'abbé de Chavigny . Une petite alibaye en Ffanche-Çpmté, qui s'appelle Goylle, ^ l'alîbé Doroz, ftls du procureur général de Besançon. — On eut des lettres de M. le maréchal de Tallard, qui partit de Metz le 3, qui étoit mardi ; il doit s'aboucher aveq M. Iç maréchal de Villars à Saverne, où ils prendront leurs mesures, qjour bien exécuter les ordres du roi. — Les six lieutenan|s généraux qui doiveut servir sous M. de Villars pour aller eu Pavière sont : dn Bourg, du Rozel, Clérembault, Druy , Magnac et Saint-Mauris. On avoit nommé Lannion pour servir dans cette arniée-là, où il auroit été le premier
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lieutenant g^énéral ; mais on a changé cette disposition-là. — On a eu des nouvelles d'Espagne, qui ronlirment la réconciliation de M.M. d'Estrées avec madame des Ursins.
Dimanche S. jour de Pâques , « Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes ies dévotions de la journée. — M. le comte d'Évreux a vendu le rég-iment de Blaisois, dont il étoit colonel ,!iM. de Sauvebo'uf, (jui est dans les mousquetaires du roi ; il lui en donne VV,000 francs. Le comte d'Évreux n'achètera point de réç-imentde cavalerie, conmie on l'avoitdit ; mais il servira de brigadier de cavalerie, en attendant qu'il ait la charire de colonel g-énéral dont il a traité avec le comte d'Auvergne, son oncle. — Il arriva un courrier de M. de Bavière, qui a apporté deux lettres , une pour M. de Cliamillart et une pour M. de Torcy ; chacune de ces lettres étoit enfermée dans quatre boutons. Tout ce que les courtisans ont pu pénétrer ce soir, c'est que M. de Bavière se croit en état de résister aux troupes de l'empereur, mais qu'il ne laisse pas d'attendre les troupes de France avec grande envie de les savoir en marche. Il est arrivé au comte Schlick un renfort de quatre mille heiducjues , et le comte Stirum a présentement huit mille chevaux de la meilleure cavalerie de l'empereur. M. de Villars doit achever de passer le Rhin le 10 et le 1^ ; ils dévoient se voir, M. de Tallard et lui, auprès de Saverne, hier, qui étoit le 7.
Lundi 9, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur alla avec madame la princesse de Conty se promenju- à Trianon et puis à la Ménagerie. Madame la duchesse de Bourgogne alla aussi à Trianon et puis à la Ménagerie, dont elle fit les honneurs h Monseigneur; et madame de Maintenon y vint de Saini-Cyr, où elle étoit' allée dès le matin à son ordinaire. — On mande de la Haye qu'après l)ien des conseils tenus entre les États-( Généraux et M. d(! Marlbo.vmgh ils avoieni entin résolu de faire le siège de Bonn, «ju'ils doivi'jil conimencer avant
la fin du mois ; ils ont déjà un corps de troupes considérable assemblé à Mulheim . — M . de Glérembault n'est point un des lieutenants généraux de l'armée de M. de Villars, comme on l'avoit cru ; c'est M. de Blainville qui y va, et l'on envoie M. de Ximenès commander à Namur en sa place. — Nous avons déjà beaucoup de nos troupes qui ont passé le Rhin à Huninglien, à Neubourg- et à Rheinau, où nous avons un pont. — M. de Monasterol prit congé du roi; il va joindre M. de Villars et servira de lieutenant général dans l'armée de M. l'électeur, son maître. Ce prince a pris encore une petite place sur l'Inn, qui s'appelle Neubourg, qui est entre Scharding et Passau.
Mardi 10, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée et puis alla à la volerie. Monseigneur alla diner à Meudon et revint ici pour le souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne alla voir la duchesse de Guiche à Puteaux, et ensuite elle monta jusqu'au haut du mont Valérien et visita toutes les loges des religieux, retourna faire collation à Puteaux et revint ici à dix heures. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui partit de Casal- Maggiore le 4, où ce prince avoit donné rendez-vous à M. de Vaudemont, dont la santé est si bien rétablie qu'il monte présentement à cheval ; ils ont pris ensemble les mesures pour commencer la campagne. Les ennemis ont abandonné il y a déjà quelques jours San-Felice , et on croit même qu'ils abandonnent Final , si bien qu'ils n'auront plus aucuns quartiers qui couvrent la Mirandole. Toutes les recrues sont arrivées à notre armée d'Italie , dont M. de Vendôme est parfaitement content. — L'équipage de monseigneur le duc de Bourgogne a ordre de partir de demain en huit jours, qui sera le 18, et l'on croit qu'il partira bientôt lui-même ; il n'ira plus visiter les places maritimes de la Flandre françoise et espagnole, comme on l'avoit dit il y a quelque temps.
Mercredi 11 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur le duc de Bourgogne
l(i(. JOTTRNAL DK DAINGfcAU.
alla souper ;\ la Ménafrerie avec madame la duchesse de Bourirogne et monseigneur le duc de Berry, qui y étoienl allés sëpan'-mnit dès cin([ heures. Monseiiiiieur le duc de Berry y étoit venu à pied, et madame la duchesse de Bourg-ogne y étoit venue de Trianon, où elle avoit dîné, et elle avoit beaucoup de dames avec elle. Après le souper à la Ménagerie, on dansa aux chansons fort gaiement , et puis niesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry montèrent en carrosse avec madame la duchesse de Bourgogne et revinrent au souper du roi. — On mande de Londres «pion y a reçu deu.\ mauvaises nouvelles en môme temps, qui les jettent dans une grande consternation. La plus cruelle pour eux c'est qu'à la lin de janvier le feu Jirit à Porto-Reale , capitale de la Jamaïque ; pendant que les hal)itants étoient <\ travailler à éteindre le feu, un tremblement de terre , aSsei ordinaire dans cette Ile-là, se lit sentir avec tant de violence que ces habitants s'enfuireiit lous à la campagne et laissèrent ])rùler la ville, qui a été entièrement consumée. C'étoit là où ils avoietit toutes leurs marchandises et tous leurs effets ; ils com[)tent que la perte qu'ils y ont faite est de plus d'un million de livres sterling. Il faut que toute la colonie angioise songe à s'aller établir dans un alitre endroit de l'Ile. Ils ont perdu dans le port quelques-uns de leurs bâtiments, où le feu s'est porté de la ville. Voilà qui leur Oie tous moyens de faire dfes entreprises sur l'Amérique. I^a seconde nouvelle, c'est un soulèvement à (ilasgow en Ecosse àu sujet de la religion. Toute TÉcosse est presj)ytérienne, et où y a voulu introduire defe ministres de la religion ahglicline. On fi envoyé des troupes en ce pàys-lù pour tacher de réprimer ces désordres et obliger les Écossois .i souffrir dans leur pays la religion àng lien île connue on souffre les presbytéri(!ns en Ahgldten't;. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus au comte dT^ès, mestre de cjinq» (!«' cavalerie, ijui sert en Italie et (|iii s y est tiistingué la (leinièiT campagne.
Jeudi 12, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée. MonseigneuralleldineràMeiidon, oùmesseigneurslesducs de Bourgogne et de Berry allèrent l'après-dinée avec madame la duchesse de Bourgogne; on s'y promena fort, et ils y soupèrent très-gaiement. Il n'y avoit avec eux que les dames de madame la duchesse de Bourgogne et madame de Noailles. Ils ramenèrent Monseigneur et arrivèrent ici avant que le roi fût sorti de son souper. — Le roi eut des nouvelles de M. l'électeur de Bavière du 29. Ce prince, marchant à Amljerg, que le comte de Stirum vouloit assiéger, détacha le 28 un de ses lieutenants généraux pour passer la Fils, qui est la rivière qui passe à Amberg. Le comte Stirum avoit fait un détachement de son côté de huit cents cuirassiers et de cinq cents grenadiers, que commandoit le prince d'Aiispach, que nous avons vu ici. Les Bavarois les attaquèrent; ils les défirent entièrement, en tuèrent cinq ou six cents , firelit beaucoup de prisonniers. Le prince d'Anspach y fut blessé, et l'on a nouvelle qu'il mourut le lendemain à Nuremberg^ où il s'éloit fait porter. Une heure avdht que de mourir il fit venir son frère unique , que nous avons vu ici avec lui , et lui fit promettre de ne plus aller à l'armée et de se marier, afin que sa branche ne manquût pas. Le comte de Stirum, depuis cet échec, ne songe plus ausiéged'Anibefg et se retire en Franconie. ^ On eut nouvelle que M. Ducasse revenoit de Garthagène avec l'escadre qu'il commandoit en ces pays-là, et en apportoit beaucoup d'argent pour le roi d'Espagne. — Puységur, maréchal de canq) et pour qui le toi a beaucoup d'estime, étoit demeuré lieutenant-colonel du régiment du roi; S. M. lui ôte cet emploi et lui a promis de l'en dédommager. Il donne cette lieutenance-colonelle à Dul^arail, qui commaridoit le détachement du régiment du roi quand il travailloit à Marly. — Il arriva un courrier du maréchal de Tallard, qui mande que les troupes de M. de Villars sont presque couq)ietes et en bon état. On ne sait pas encore bien précisément ce
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(|iril mènera de bataillons et d'escadrons avec lai; mais son armée sera du moins de trente mille honnnes, et il en demeurera encore à M. de Tallard plus que nous n'en avions l'année passée en Alsace. Ce mai'échal mande aussi au roi que M. le prince de Bade ne sauroit rassembler que douze mille hommes au plus.
Vendredi 13, à VersaiUes. — Le roi dina à onze heui'es, alla tirer et puis revint à Trianon, où il vit jouer au mail messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry. Monseigneur partit d'ici avant neuf heures , alla courre le loup et coucher à Meudon, oii il demeurera quelques jours; madame la princesse de Conty et plusieurs dames sont de ce voyage. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener à Asnières par complaisance pour la maréchale de Cœuvres, qui a envie d'acheter cette maison. — Le roi donna le matin au président du Metz, pour son fils, la survivance de la charge d'intendant des meubles de la couronne ; cette charge vaut du moins 10,000 livres de rente. — Le roi a fait Vallière maréchal de camp et l'envoie servir sur les côtes de Bretagne. — Le soir, chez madame de Maintenon , le roi travailla avec monseigneur le duc de Bourgogne et M. le maréchal de Villeroy aux projets de la campagne en Flandre; ce maréchal prendra congé du roi avant le voyage de Marly. — Madame la comtesse d'Almond mourut à Saint-Germain; elle étoit une des dames delà reine d'Angleterre , qui Taimoit fort. Elle avoit été nourrie avec elle à Modène ; elle étoit de la maison de Montécuculli. — Le roi donna ces jours passés au duc de Berwick une augmentation de 8,000 francs de pension; il en avoit déjà douze; si bien ((u'il en a vingt présentement.
Samedi iï, à VersaiUes. — Le roi, après son dîner, alla sur la pelouse qui est à côté du parc de Meudon et y lit la revue de ses gendarmes et de ses chevau-légers, qui étoient habillés de neuf et plus magnifiquement (pie jamais. Le roi fut très-content des hommes, des chevaux et
de rhabillement. Ils ont ordre de marcher en Flandre les premiers jours de la semaine où nous allons entrer. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient àla revue, et quand elle fut finie le roi entra par le parc et alla voir Monseigneur. Madame la duchesse de Bourgog-ne, qui étoit à la revue aussi, alla à Chaville, où elle ne demeura pas longtemps; elle revint ici de fort bonne heure. Les équipages de monseigneur le duc de Bourgogne qui dévoient partir jeudi ne partiront que huit jours après. — M. Bombarda, trésorier de M. l'électeur de Bavière et son agent ici depuis le départ de M. de Monasterol, a reçu des lettres de M. Félecteur son maître, qui lui mande le détail de l'action où le prince d'Anspach a été tué ; elle est encore plus considérable qu'on ne l'avoit dit d'abord. Le comte Stirum se retire, et M. 1" électeur de Bavière le poursuit. — M. le comte de Brogiio, qui leva l'année passée un régiment d'infanterie en Languedoc, l'a vendu à M. de Bandeville , qui en donne, je crois, 11,000 écus. Dimanche 15, à Versailles. — Le roi alla tirer. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Meudon voir Monseigneur ; il y eut un grand jeu. Monseigneur y a donné un logement ce voyage au marquis de Beauvau, Lorrain, neveu de du Charmel et qui est gros joueur. — Les officiers qui doivent servir en Allemagne avec M. de Tallard ont ordre de se rendre à Strasbourg le 1" de mai, et ceux qui doivent servir en Flandre doivent se rendre le même jour à Bruxelles. — M. l'électeur de Cologne mande au roi qu'il a reçu des lettres; dans l'une on lui écrit que l'empereur est mort , et dans l'autre qu'il est à l'extrémité; cette nouvelle a l^esoin de confirmation. — On mande de Nuremberg que depuis le combat où le prince d'Anspach a été tué le duc de Wurtemberg retiroit les troupes qu'il avoit avec le comte de Stirum , les renvoyoit en son pays et demandoit la neutralité non-seulement pour sesÉtats, mais pour tout le cercle de Souabe, dont, il est directeur. U faut encore une confirmation. — On
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mande de Laneuedoc que Julien ayant su que cinq cents fanatiques, hommes ou femmes, étoient assemblés, il y avoit ni.irclK' et les ;>voit tous pris. On enverra les hotnmés aux ualôres, et les fetiimes sont en prison.
fAindi 16, « Versaillea. — Le roi alla raprès-dinéé se promener à Marly. Monseiinleur le duc de Bouiiroirne et madame la duchesse de lîouruogne allèrent dîner chesB la duchesse du Lude, où ils passèrent toute Triprès-dlnée. Ijc soir Monseigneur à Meudon fit chanter l'opéra <{u'a fait monseigneur le duc dOrléails. — Les lettres d'Espagne du 31 [jortent que les levées continuent à se faire trèsheureusement ; à la fin de mai ils auront sur pied ringi nlille hommes d'infanterie et neuf mille chevaux. Ils mandent que le Portugal demeurera dans la neutralité, quoique les Anglois et les HoUandois fassent courir le bruit qu'ils ont fait le traité avec cette couronne pour attaquer l'Espagne. — On eut des lettres du 7 de ce mois, de San- Benedetto. M. de Vendôme avoit appris de ce jour là, par ce (jueliii avoit mandé M. d'Albergotti, qui est à Modène, (pie les ennemis uvoient aiwndonné Filial ; ainsi ils n'ont plus aucuns quartiers qui couvrent la xMirandole. Des six mille Suisses que l'on attendoit dans le duché de Milan , il y en a déjà trois mille d'arrivés. On compte que M. de Vendôme va bientôt entrer en action , et (jue notre armée sera séparée en deux corps, dont Tun sera commandé par M. de Vaudemont, et l'on mande que M. le g^rand prieur doit servir sous lui ; il est parti aujourd'hui de Paris. — Le roi tint le matin chapitre de l'Ordre , où les preuves du cardinal Porto-Carrero et du comte de Benavente furent admises. Le cardinal est de la, niai.son de Boceanegra, génoise d'origine, et le comte, de la uiaison do Pimentcl, une des plus illustres d'Espagne.
Mardi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer- l'après-dlnée. .Messei^iienrs les ducs de Bourg^ognc et de Berry allèrent à .Meudon voir .M()iis»'igneur et revinrent ici à ueuflieures. — Il arriva un courrier de M. le maréclud de Villai^s, qui
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partit de l'abbaye de Schutter dimanche à cinq heures du matin et qui a fait ime très-ïi^randë diligence. Lb maréchal mande au roi que son armée est en três-boh état. Il e&voie l'ordre de bataille à S. M., qui nous dit le soir à son petit coucher que Villars inarchOlt droit au prince de Bade pour l'attaquer dans ses retranchemëhts , où l'on ne croit pas ici que le prince Louis l'attende. Oh assure pourtant qu'il lui est venu du renfort, et ehtre autres quatre mille hommes des troupes de Hdllàhde. Nous comptons ici que ledimaiiche le maréchal de Villcirs aura marché sur la Quinche vers Offenbourg . Il lui faudra encore deux jours de hiarche pour arriver aux retranchements des ènnériiis. M. de Tallard, qui est à StràsbOtttg, passera le Rhin et se iiehdrà à portée de dontiet là nidîh à M. de Villars. Schutter est le chemin par où il a fallu |3asser polir venir de Huningheh, de NeulDOttrg et de Rheiiiau, où la plupart de nos troupes ont passé. Celles qui auroht passé à Kehl joindront appàreminent sur la Quinche.
Mercredi 18, à Mûrly. — Le roi partit à quatre heures de Versailles pour venir ici, où il demeurera dit jours. — Tous les officiers de l'armée de Flandre et de l'armée qui doit dèiheùi'er sur le Rhin prirent congé du roi le matin , hofmis ceux qui sont de Marly et qui ne prendront fcongé qu'à la fin du voyage. — Le maréchal de Villeroy eut le soir ici, chez madame de Maintertoil j tlhë loûgtle audiehee du rOi. — Pat* l'ordre de bataille que le fiiàréchal de Villars envoya hier au roi, il a soixante-quinze escadrons et cinquante-quatre bataillons ; il reste jiu maréchal de Tallard quarante escadrons et trente-deux bataillons. Tous celix de l'armée du maréchal de Villars sont des bataillons colonels ou d'anciens l^ataillons de distinction. — On a des lettres de Madrid du 5, qui confirment tout ce qu'on mandoit par les lettres du 31. Il n'y a point de confirmation à la nouvelle que mandoit M. de Cologne de l'extrémité où se trouvoit l'empereur ; ce qu'il
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y a de certain, c'est qu'il est Tort incommodé. — Par les lettres que plusieurs particuliers ont reçues de rarmée de M. de Villars on aprend tpie le prince Louis de Bade esta I\ai>t<jdt, où il fait îles remèdes violents. — iMonsrij^ncur vintde Meudon ici, et madame la duchesse de Bour;.;ogne, avant que de venir ici , alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre.
Jeudi 19, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et vit jouer au mail messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry. L'après-dlnée il alla à Saint-Germain voir LL. MM. BB. Le roi d'xVngleterre a eu un peu de lièvre ces jours ici. — Le maréchal de Villeroy prit congé du roi comme il montoit en carrosse pour aller à Saint-Germain. — Le maréchal d'Estrées est parti pour aller à Brest, où il va commander et dans toute la Bretagne comme les années passées. — Le roi, qui est très-content de M. de Vaudemont, lui envoie son portrait par amitié et lui écrit de sa main une lettre très-obligeante et trèsjolie (1). — Les équipages de M. le comte de Toulouse sont partis pour Toulon, et ce prince compte de s'y rendre au commencement du mois de mai; il y trouvera vingt gros vaisseaux de guerre ; mais ce ne seroit pas pas assez pour tenir contre les Anglois et lesHollandois, s'ils entrent dans la Méditerannée avec quarante vaisseaux, comme ils l'assurent dans toutes les nouvelles qui nous viennent de ce pays-là.
Vendredi'^0, à Marly. — Le roi, au sortir de la messe.
« Voici, (lit le Mercure de mai, page 1(57, une copie de la lettre de Sa Majesté. »
De Marly, le 1<» avril I7();{.
Si les occasions de récompenser dignement vos services sont plus rares <pic je ne souhaiterois, je vcii\ au moins, en attendant qu'elles se présentent, v<tus doimer une lt;;^cre maripie de l'estime et de l'alTei lion particidièie (|ue j'ai pour vous. Conservez le portrait (pie je vous envoie connue une assurance de mes sentiments; la simplicitc du |ire.sent doit' vous faire voir ipu* je n'ai pas voulu (pi'il ertt d'autre prix (pie celui (pie vous y mettre/ vous-nu^me.
Signé : Louis.
alla courre le cerf ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa petite calèche, et Madame étoit seule dans une autre. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la chasse avec le roi , et Monseigneur courut le loup à Lotie. S. M. se promena toute l'après-dinée dans ses jardins ; madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient à sa promenade. — L'envoyé du roi à Genève mande que les lettres de Nuremberg du 11 portent que le comte de Stirum quittoit la Franconie et marchoit avec toutes ses troupes pour joindre le prince Louis de Bade, qu'il croit trop foible pour pouvoir résister à l'armée de France. Il mande aussi que ces mêmes lettres assurent que M. l'électeur de Bavière s'étoit rendu maître de Ratisbonne, parce que les ministres de l'empereur empêchoient, par toutes sortes de chicanes, les magistrats de demeurer dans la neutralité. Cette ville ne s'est point défendue, et la diète ne s'est point séparée. M. l'électeur de Bavière, n'ayant plus rien à faire dans le haut Palatinat, avoit repassé le Danube et marchoit au comte Schlick, qui étoit encore rentré sur les terres de l'électorat, dont apparemment il se retirera bien vite .
Samedi 21, à Marly. — Le roi travailla longtemps l'après-dinée avec M. de Pontchartrain, quoique ce ne fût pas le jour qu'il a accoutumé d'y travailler, et sur les cinq heures il alla se promener malgré la pluie. — On mande de Flandre que les HoUandois ont coupé une de leurs digues , et mis sous l'eau tout le pays qui est entre Hulst, l'Écluse et le Sas de Gand. Ils ne veulent point être inquiétés de ce côté-là pendant qu'ils feront le siège de Bonn. Ils assurent dans toutes leurs gazettes que cette place-là doit être investie avant le 20 du mois et que M. de Marlborough commandera à ce siège. Les provinces de Frise et de Groningue ne veulent point consentir que MM. d'Owerkerke et d'Opdam soient feldmaréchaux , si l'on ne fait aussi le prince de Frise feldmaréchal. — Il n'est point arrivé de courrier de M. de
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YilJars, piais on a^les lettres par porc^in^ire ^u 16. jCp iiîî^récbal étoit pp jour-là à Wils^et. pn compte loiyoïq^ qu'il uiarcho aux retraurhemenis du prince Louis, qu'on croit qui a 1;^^ M^îuig (iprrière son camp et le ruisseau de Pade devant lui. On parle si diversen^ent du nombre du ses troupes qu'on n'en peut rien écrire d'assuré.
Dimanche 22 , à Marly. — Le roi tint conseil le mutin comme 4 son ordinaire, et laprès-dlnée il travailla jusq^'^ cinq hpures avec M. de jGhamillart, après quoi il s'plla promener dans ses j.jirdins. Monseigneur étoit à la promenade. — Q|) eut nouvelle cps jours passés que deux frpgjaltes du roi ^voient pris sur les Angiois le iov\ de Gambie ^w Guinée^ qu'ils pnt rançonné le fort pour la somnie de 100, OQO éci^s et en ont enlpvé toji^tp^ les marchandises et deux cent cinquante nègrps. Le sieur de la Rocque, papitaine de y^isse^u, a été tup pjiï" les nègres , etlp sfieur de Saint-Vandrille , capitaine de frégate, ramène lefj ftpgres et les inarchandjses d;)ns nos ports. — I) îjipriva le ^oir pn courrier de J^ï. de Cbamillar); qai revenoit de Stri^bom'g, d'où \\ étoit parti le 20. Il apporta des lettres de M. Villars du 18 au soir, deSaltzbach, qi^j ,est ),e vijlage Je plus proche 4w heu où fut tué M. de Turennepp |.67.V M. dp Villars mande qu'il a été reconnoître les retranchements (des ennemij-- sur leur droite , avec Ml)!, de Glérembault et de Blainville, qu'ils onf trouvé tpès-bons ; il devpil; s']ep,approcbpr I/b lendemfiin par leur gauche, qui sera peut-être pli^s aisée à attmjuer, O même courrijL'r apporta des lettres de M. de Ti).llard du 2Q i\]i majtfi^ ; ce maréchqil devoit passer le Rjiin ce jour-là m^iije sur le ponjt de Kehl et .se prépjiroit à fairii une grantle marche ce jpur-là.
Limdi-i:i, à Èfarly. — Le r,oi tint conseil le matin à son ordinaire, .etaprè^ son dîner il courut le cerf; et le soir il travailla avec M Pelloti«'r<hez mad.iMKMlc Maintenon. — 11 arriva uu couj^inde liouii. M. d Alègie mande que Qe sopalp dernier .courrier qu'il euytirra; que les trpupes
ennemies approchent 4e sa place, et qu'il croit qu'elle sera investie le Lendemain. La Croix, qui est dans un château à deuxUeues de la place, piandela même chose. — Le rpia encore différé de huit jours les équipages de monseigneur le duc de Bourgogne, et ils ne partiront qu'au commencement 4,e mai. — Toutes les troupes destinées à servir en Laiïguedoc y sont arrivées ; il y a présentein.ent vingt bataillons , les troupes de la marine , les miquelets et deux régiments de dragons, M. de Montrevel l^et deux bataillons ep Viyarais; les passages de l'Ardèche sont fort bien gardés , et on espère que les fanatiques ne pénétreront pas dans ce pays-là, d'où il seroit encore plus malaisé de les chasser que des Ce venues. M. de ftjpntrevel a fait désarmer tous les bourgeois de Nimes et d'Uzès; plusieurs habitants de ces deux villes-là sont soupçonnés d'être favorables aux fanatiques et d'en avoir même retiré chez eux.
Mardi 24, à Marly. — Pendant que le roi étoit au ponseil, il arriva sur les onze heures un garde de M. de Villars qui partit de l'armée le 21. Ce maréchal a fait visiter la gauche des retranchements des ennemis par M. de Blainville av,ec vingt-cinq bataillons , qui auroient cpmnaencé l'attaque si l'on avoit trouvé que cela fût praticable, et toute l'armée étoit sous les armes, et la prière faite; mais M. de Blainville a trouvé la gauche encore mieux retranchée que la droite, et l'on commence à croire qu'il u'est pas possible de les attaquer par aucun epdroit. — L'après-dinée, sur les cinq heures, pendant que le roi travailloit avec M. de Pontehartrain, il arriva un .courrier de Dunkerque. M. de Pontcbartrain alla lire les lettres , et puis amena ce courrier, qui est lieutenant de vaisseau et fils de feu Jean Bart, que le roi avoit fait chef d'escadre. S. M. le fît entrer dazis son cabinet. 11 apportoit la nouvelle que Saint-Pol , capitaine de vaisseau, avec une frégate de trente ou quarante canons, avoit attaqué un convoi de vaisseaux luarchands
escortés par deux vaisseaux de .guerre anplois. Saint-Pol n'avoit avec lui que deux frétiates frauçoises, une osteiidoise et quelques petits bâtiments d'armateurs. Saint- Pol, après un assez loni; combat, a abordé et pris le plus fjTos vaisseau, qui étoit percé pour cinquante-huit canons, et après l'avoir pris il a fait le signal aux petits l)i\timents qu'il avoit avec lui. qui ont pris huit ou dix des vaisseaux marchands. Voilà le quatrième vaisseau de guerre que Saint-Pol a pris aux ennemis.
Mercredi 25, à Marhj. — Le roi tint conseil tout le matin , et travailla avec M. de Chamillart raprès-dinée jusqu'à cinq heures. 11 alla ensuite faire un tour dans son jardin, et au retour de sa promenade M. de Torcy lui apporta des lettres de M. Rouillé, notre ambassadeur à Lisbonne, qui mande que le roi de Portugal l'a fort assuré qu'il demeureroit fidèlement dans la neutralité; une partie de ses ministres avoient été fort él)rnnlés par les offres avantageuses et les promesses magnitiques des Anglois et des Hollandois, qui faisoient courir le bruit jusque dans sa cour même que le traité étoit conclu. Le duc de Cadaval, gendre de M. le Grand, a fort bien soutenu les intérêts de la France et de l'Espagne , et Ton est fort content ici du roi son maître et de lui , qui a la principale part aux affaires de ce pays-là. — M. le comte de Verue, qui a été longtemps colonelde dragons et qui veut rentrer dans le service, achète du maréchal de Villars la charge de commissaire général de la cavalerie ; il en a l'agrément du roi et il en donne 20,000 livres. — On eut des lettres de Lunéville, qui nous apprennent (pie le marquis de Beauvau étoit mort; son fils, qui est en ce pays ici présent(Mnent , croyoit être assuré d'avoir la charge de capitaine des gardes qu'avoit son père; mais M. de Lorraine Ta donnée à M. le prince d'HarcourI, (pii est à sa cour depuis quelque temps tt (pii a (l(''j,i une ])ension de lui.
JfwU 2(i, à Marlfi. — Après la messe, le loj monta
dans sa petite calèche découverte avec madame la duchesse de Bourgogne , et malgré la pluie et la boue, alla courre le cerf. Madame étoit seule dans un petit soufflet. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à cheval. La chasse fut fort belle, et ils en revinrent à une heure. L'après-dlnée le roi alla se promener dans ses jardins , et à huit heures le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent et soupèrent ici, ce qu'ils n'avoient pas fait depuis la mort du roi Jacques II. Avant souper il y eut une loterie chez madame de Maintenon pour LL. MM. BB., madame la duchesse de Bourgogne, les dames de la reine et nos dames du palais. Le hasard fit que la plupart des gros lots furent pour les Angioises, qui est ce qu'on souhaitoit. — Comme LL. MM. BB. part oient pour retourner à Saint- Germain, il arriva un valet de chambre de M. de Chamillart, qui étoit à l'Etang et qui envoya au roi une lettre du maréchal de Villars venue par un courrier parti de l'armée du 23 au matin. Ce maréchal mande au roi qu'il fait marcher quelques brigades d'infanterie pour attaquer un village qui est à la tête et dans le centre des retranchements; qu'il espère en se rendant maître de ce poste trouver quelques facilités à entrer dans les retranchements , et que dans une heure il alloit faire commencer l'attaque de ce village. Il mande qu'il a élal)li quelques batteries à la portée du pistolet des retranchements , et que beaucoup de rendus l'ont assuré que notre canon faisoit un grand désordre dans leur camp et qu'ils avoient déjà eu un colonel et un major tués. Il fera partir un courrier le lendemain pour apprendre à S. M. ce qui se sera passé. Par ce même courrier de M. de Villars on a des lettres que M. l'électeur de Bavière lui écrit, par lesquelles il lui mande qu'il trouvera aux débouchés des montagnes tous les vivres et tous les rafraîchissements dont son armée pourra avoir besoin , et qu'il y enverra de ses troupes pour le joindre. Il l'instruit même de tous les endroits par où il peut passer
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les uiontufines, M. tie Rfonasterol . qui est avec M. de Vill;ii*s, écrit A M. deTorcy, à qui il mande tout ce détaillà oonime rélecteur son niaitre lui a mandé et conlorinément ji la lettre que H. A. E. ;y écrite à M. de Villars. On est fort ipquiet ici , car l'entreprise de M. de Villars paroît difficile à exécuter.
Vendredi -27, « Marly. — Le roi en s'habillant dit aux courtisans qu'il vouloit prévepir la curiosité qu'ils auroient en voyant arriver M. iip Cliair)illaf t , qu'il l'avoit envoyé quérir et que ce n'étoit point pour lui porter aucunes nouvelles qu'il venoit ce matin. On passa toute la journée dans l'attente d'un courrier d'Allemagne, et il n'en vint point. L'après-dinée, chez madame de Maintenon , le roi lit une petite loterie pour quelques dames du palais qui avoient hier eu la discrétion de ne point être à celle qui se fit hier, afin de laisser gagner plus de lots aux Angioises. — Pendant que le roi étoit à la promenade, le maréchal de Tessé lui dit que le conmiandeur de Hautefeuille, se sentant hors d'état de pouvoir guérir, avoit envoyé quérir les chevaliers qui sont ici et qui sont chargés des affaires de l'ordre (1), et leur avoit dit de prendre possession de sa vaisselle , de ses tableaux , de ses meubles, alin que rien ne s'écartât. Il leur a mis entre les mains un contrat de 200,000 francs qu'il a sur la ville. Il a mandé à son neveu de ne plus le venir voir. Il ne garde plus que deux valets auprès de lui et ne veut plus voir que son confesseur. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy, qui écrit de Bruxelles; il mande qu'il a trouvé toute la cavalerie qu'il a vuv parfaitenient belle; il n'avoit point encore vu l'infanterie. — Les troupes liollandoises, qu'on croyoit (pii alloient investir lionn, s'en sont «''loignét;s, et les généi'aux ennemis sont allés tenir un conseil de guerre à Dusseldorf.
(I) L'onire deMalU'
Samedi 28, à Versailles. — Le roi ne partit qu'à la nuit pour venir ici. Monseigneur alla de Marly diner à Meudon et revint ici le soir. — Sur les quatre heures, il arriva à Marly un des gens de M. de Chamillart, qui apporta au roi des lettres de M. de Villars, qui mande qu'il étoit impossible d'attaquer les retranchements du prince Louis sans trop exposer l'armée du roi ; qu'il alloit se retirer et se mettre en état de passer les montagnes pour joindre M. de Bavière, selon les ordres qu'il en a de S. M. On ne dit point encore quel chemin il prendra; ils sont tous fort étroits et fort difficiles. — M. de Vendôme avoit nommé, pour la charge de maréchal des logis de son armée^ le baron Palavicini, sujet, ofticier et même un peu favori de M. de Savoie; le roi n'a pas jugé à propos qu'un étranger remplit cette place-là. Il y aura trois lieutenants généraux françois dans l'armée que commandera M. de Vaudemont, qui sont : M. le grand prieur, Saint-Frémont et Albergotti, et cinq maréchaux de camp, qui sont : MM. de Murçay, Goesbriant, Vaud"ey, Langal-
lerie et , et outre cela tous les officiers généraux des
troupes de M. de Savoie.
Dimanche 29, à Versailles.. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. S. M. a envoyé des ordres plus précis que jamais à M. de Villars pour passer en Bavière et de tenter l'impossible pour cela. — Le prince d'Auvergne *, qui avoit été condamné ces jours passés à avoir le cou coupé, fut hier effigie en Grève. — Les troupes hollandoises qui dévoient faire le siège de Bonn se partagent en deux corps, dont l'un, à ce que l'on dit, est destiné à joindre M. le prince Louis de Bade et l'autre à venir sur la Moselle : ils font toujours courre le jjruit qu'ils veulent assiéger Traerbach. — Le roi fait venir quarante escadrons de l'armée de Flandre vers Luxembourg , et il y a un détachement de six-vingls gardes du corps qui marchent à Rocroy , où ils demeureront jusqu'à nouvel ordre; cela coniirme un peu le bruit qui court depuis quelques jours
180 JOURNAL I)K DANGKAU.
que monseigneur le duc de Bourgogne ira coniuiander une armée vers la Moselle ei peut-être môme en Alsace.
— \j\ marquise de Kichelieu, qui escalada les murailles du couvent des Angloisos du faubourg Saint-Antoine , est arrivée en Angleterre , où elle espère trouver (juehjue protection. — Ia- duc de Moles, Napolitain, (jui étoit .unbassadcur d'Espagne à Vienne et qui y fut arrrlt- (|u»'l(|ue temps après la déclaration de la guerre, a entin déclaré que tout s' étoit fait de concert avec lui , qu'il étoit dans le parti de l'empereur, et même a fait un manifeste pour justiiier sa conduite, qui est une pure trahison.
* Ce priuce d'Auvergne n'avoit, de sonaveii, nul sujet de niéoontentemeut ; bêtise, car il l'étoit fort , et son oncle le cardinal lui tournèrent la tète. Ses biens de Berg-op-Zoom , l'idée du maréchal de Bouillon, gendre du prince d'Orange et fondateur de la république desl'rovinces-Unies , la parenté l'n Hollande des Wassenaer, dont étoit la seconde femme de son père, et celle de sa mère, tout cela, joint aux intrigues de son oncle , lui (it espérer qu'en faisant im coup d'éclat qui le rendit irréconciliable en France, le feroit rapidement monter au stathoudérat, que le roi Guillaume avoit laissé vacant. Il prit donc le service d'Hollande , y fut en effet très- promptemeut et très-grandeu)ent avancé et n'oublia aucune injure, aucune insulte contre la France pour se bien mettre avec ses ennemis. Sa famille, ne pouvant parer ici le procès criminel , fit les derniers efforts pour en tirer avantage et le faire instruire en pairie ; mais elle ne put parvenir en cela à la moindre distinction par dessus le plus petit gentilhomme, ni cacher ce qu'elle avoit tenté pour l'obtenir.
Lundi 30, à Versailles. — Le roi se fit saigner, et ce fut du bras droit, chose qu'il n'aime point et qu'il n'avoit jamais faite. Dans toutes ses maladies il a toujours été saigné du briis gauche. Ce fut Gervais qui le saigna.
— Les équipages de monseigneur le duc de Bourgogne partent jeudi, et vont droit à Reims, où ils recevront leur ordre pour le reste de leur marche ; cela confirme dans l'opinion ([u'on a (pie ce [jrincc n'ira pas en Flandre celte année. — Le che\alier de lA'jay, capitaine aux gardes. achète Ï5,000 écus le gouvernement d'Aire, que le roi avoit