Journal;
Jeudi 1" aoïit, à Marly. — Le roi courut le cerf l'après-dînée; Monseigneur. et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse avec lui. Madame est toujours à ces chasses-là dans une petite calèche qui suit immédititement celle du roi, et quand le capitaine des gardes court en calèche il est après la calèche de Madame. Madame la duchesse de Bourgogne gardera le lit jusqu'à dimanche; on dit la messe dans sa chamhre, et le roi la vient voir plusieurs fois dans la journée. — Le chevalier de Rais arriva de Tournay, où il servoit comme colonel réformé; M. Voisin le mena le matin chez madame de Maintenon, où le roi étoitallé après la messe. Il a apporté la capitulation de la ville de Tournay. M. de Surville fut obligé de battre la chamade le 28 au soir, la capitulation fut signée le 29 à minuit, et le chevalier de Rais en partit le 30 au matin. Il a permission de rentrer dans la citadelle, pourvu qu'il soit de retour dans six jours. Il a passé par notre armée, qui se retranche entre l'Escaut et la Scarpe, et il est reparti après dîner pour arriver à Tournay et rentrer dans la citadelle dans le temps que les ennemis lui ont prescrit. Le chevalier de Rais a rendu cojnpte nu
T. Mil. t
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roi de l'élat où étoieni; la garnison et la place, A l'égard de la garnison , elle n'étoit au commencement du siège que de quatre mille cinq cents hommes ; nous y en avons eu quinze cents tués ou blessés, ainsi il ne restera que trois mille hommes pour entrer dans la citadelle, où l'on trouvera six cents invalides dont il n'y en a pas trois cents en état de bien servir. Il y a de la farine pour trois mois et beaucoup de munitions de guerre. On y fait entrer un troupeau de cinq cents moutons et quelques vaches. M. de Surville y doit être entré le dernier du mois, qui étoit hier. A l'égard de la ville, il y avoitaux trois attaques des brèches de trente à quarante toises. Les ennemis avoient cent douze pièces de canon en batterie et beaucoup de mortiers. Ils y avoient emporté d'assaut l'ouvrage à corne des Sept Fontaines et le bastion qui étoit entre les deux ouvrages. Ils avoient emporté aussi le réduit qui est dans l'ouvrage à corne , mais M. de Surville l'avoit repris et l'a gardé jusqu'à la fin. Ils se préparoient à donner l'assaut à la place par les trois attaques la nuit du jour que M. de Surville battit la chamade. Pendant le siège de la ville il y avoit une attaque à la citadelle dont on ne nous avoit point parlé et qu'ils ont continuée pendant la capitulation, et c'est cette attaque-là qu'ils continueront, car ils se sont obligés de ne la point attaquer par la ville.
Vendredi 2, à Marly. — Le roi travailla l'après-dhiée avec son confesseur et puis alla tirer. Il donna le matin une longue audience à M. le duc d'Orléans, qui nous parut fort soulagé et fort content en sortant du cabinet du roi, où l'on espère que les affaires que ce prince a eues en Espagne par la prison de Flotte se termineront sans plus grand éclat. — Les ennemis ont donné le gouvernement de la ville deTournay à milord d'Albemarle, qui est dans le service des HoUandois. — Il est arrivé à Dunkerque un vaisseau d'un pays neutre qui y a apporté beaucoup de blé, dont on y avoit grand besoin. — Les
États de Bourgogne donnent an roi 900,000 francs de don gratuit. Le roi leur en a remis 100,000 et a écrit une lettre très-obligeante à M. le Duc, qui les a tenus, et lui envoie permission de revenir ici, et même il est sur la liste de Marly. — Tous les désordres qu'il y a eus en Languedoc et à Rouen sont entièrement apaisés, mais la haine des Normands pour l'intendant de Rouen paroît encore fort violente.
Samedi 3, à Marly. — Le roi, après dîner, alla courre le cerf et ne fut pas si content de la chasse qu'à l'ordinaire. A son retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin. — M. le maréchal d'Harcourt a laissé Saint-Frémont à Haguenau pour commander dans nos lignes et passa le Rhin, il y a déjà quelques jours, à Altenheim, où il fait subsister nos troupes aux dépens du pays ennemi. M. d'Hanovre n'est point encore arrivé à leur armée qui est derrière leur ligne de Dourlach. Ils ont quelques petits corps séparés dans les gorges des montagnes pour nous empêcher de pénétrer plus avant dans leur pays. — M. de la Bretauche, qui avoit été détaché en Flandre avec quatre cents chevaux et cent grenadiers , trouva deux cents hussards des ennemis qui attaquoient un petit parti d'infanterie que nous avions ; mais la peur prit à nos quatre cents chevaux, qui virent quelques troupes sur une hauteur voisine, qu'ils prirent pour la tête de l'armée ennemie et ne songèrent qu'à fuir sans combattre. Les hussards en ont pris ou tué près de cent cinquante. La BretaucJie se tint avec les cent grenadiers et fit fort bien son devoir dans cette malheureuse action. Les troupes que nos cavaliers avoient vues sur cette hauteur étoient de notre garnison de Tournay, qui avoient eu permission de mener à Douai les l^lessés du siège.
Dimanche k, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État etalla tirer l'après-dinée. Madame la duchesse de Bourgogne se leva pour aller à la chapelle et dhia avec le
roi, mais elle se mit au lit l'après-dinée et ne se releva que pour le souper du roi. Au retour de la chasse le roi travailla avec M. Pelletier. — 11 y a d'assez grands désordres à Naples, et le cardinal Grimani a été obligé de se retirer au château neuf. Le peuple crie dans les rues : Vive le roi Philippe V; mais comme on n'est point en état d'envoyer des troupes en ce pays, ces troubles s'apaiseront apparemment bientôt.
Mémoire des troupes qui viennent (T Espagne en Roussillon.
Bataillons. Escadrons.
Normandie 3 Flech 3
Auvergne 2 Putauges 2
La Couronne 2 Vignau 2
Aiigoumois 1 Germineau 2
Barrois 2 Parabère 2
Royal-artillerie. ... I Dhagons.
Oléron 2 Bouville 3
2^ bataillon de Labour, i
Le maréchal de Bezons n'étoit pas encore parti de Léridale 25 du mois passé, et le bruit couroit que M. de Staremberg, avec le renfort qui lui est venu d'Italie, vouloit venir attaquer l'armée du roi d'Espagne qui est commandée par le comte d'Aguilar.
Lundi 5, àMarly. — Le roi, après son dîner, alla courre le cerf, et après lâchasse il travaillaavec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — Par les nouvelles qu'on a de Turin, M. de Savoie n'en étoit pas encore parti le 29 ;. mais il en devoit partir deux jours après, pour aller se mettre à la tète de son armée, dont la plus grande partie est dans la Tarentaise, vers Conflans. M. de ïhouy est avec lui petit corps de nos troupes de ce côtélà, et se retire à mesure que les ennemis avancent. On croit que leur dessein est de venir prendre Chambéry, qui
n'estpasen état défaire une grande défense. Uy a d'autres avis qui portent qu'ils veulent aller au haut du Rhône, et M. le maréchal de Berwick a mandé ces bruits-là à M. le Duc, qui n'est pas encore parti de Dijon et qu'on croit qui pourroit bien demeurer encore quelque temps en Bourgogne et ramasser quelques milices pour s'opposer aux courses que les ennemis voudroient faire sur la frontière de cette province. — Ce n'est point M. d'Avarey qui commandera les troupes qui resteront en Espagne; ce sera le chevalier d'Asfeld, qui d'abord avoit été destiné à cet emploi. On croyoit que sa mauvaise santé l'empêcheroit d'accepter cet emploi, mais il se porte mieux.
Mardi 6, à Marly. — Le roi, avant que d'entrer au conseil de finances, vit chez madame de Maintenon M. de Ravignan, que lui amena M. Voisin. Le conseil de finances fut fort court, et le roi tint ensuite conseil d'État. Le soir, chez madame de Maintenon, le roi vit encore Ravignan avec M. Voisin, et dans le cours de la journée M. de Torcy parla plusieurs fois au roi. Ravignan sortit de la citadelle de Tournay avant-hier. Il a eu des passe-ports pour venir ici et doit rentrer le 8 dans la citadelle. On ne doute pas qu'il n'apporte ici quelques propositions. On raisonne différemment là-dessus , mais les plus sensés croient que cela ne regarde que des propositions sur la citadelle. Ravignan est reparti ce soir. — Parles nouvelles qu'on a de Hollande , il y a lieu de croire qu'il y a eu un grand combat entre les Suédois et les Moscovites, près de Pultawa, et que le combat a été désavantageux au roi de Suède. lly a même des lettres qui portent qu'il y a été tué; mais ces nouvelles varient si souvent et sont si incertaines, aussi bien que celles qu'on a de Pologne, qu'on n'y sauroit ajouter foi.
Mercredi 7, à Mari y. — Le roi tint le conseil d"État et courutle cerf l'après-dinée. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. — M. deThouy, ayant eu ordre de se retirer de Conflans en Tarentaisc et de se
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rapprocher de Freterive, fut attaqué par les ennemis, qui chargèrent son arrière-garde. E a perdu cinq ou six cents hommes à cette affaire, qui ont été tués ou pris. M. de Savoie étoit encore le 29 à Turin. — M. de Lamoignon, qui avoit cédé sa charge de président à mortier à son fils aîné, mourut à Paris après une longue maladie. C'étoit un homme fort estimé en ce pays-ci et qui avoit toujours eu une grande réputation à Paris et dans le parlement. Il avoit eu 2,000 écus de pension du roi et le gouvernement de Montlhéry, qui vaut 800 livres, et le roi avoit trouvé bon qu'il cédât Tun et l'autre à son fils aine. Il a encore un autre fils, qui est avocat général. 11 avoit trois filles, dont Fune avoit épousé le président de Maisons, qui est morte sans enfants ; la seconde avoit épousé le président de Maniban à Toulouse, qui est un des hommes de la robe le plus riche, et la cadette a épousé le président de Nicolaï.
Jeudi 8, à Marhj. — Le roi donna le matin une audience de trois quarts d'heure à M. Tévêque de Tournay, qui a eu permission de venir ici saluer S. 31. L'après-dmée le roi alla tirer. — M. le prince Eugène avoit voulu faire chanter le TeDeum à l'évêque de Tournay, qui étoit un acheminement pour lui faire prêter le serment de fidélité; il insista même sur cela durant trois jours. L'évêque refusa tout ce qu'on lui proposa, et M. de Marlborough obtint pour lui qu'il reviendroit en France, et il partit de Tournay le matin du jour que l'on y fit chanter le Te JJeum. Le roi est fort content de la conduite qu'a eue cet évêque durant le siège et lui a promis d'avoir soin de lui. — M. le Duc vouloit demeurer en Bourgogne sur ce que le maréchal de Berwick lui avoit mandé que les ennemis tàcheroient à faire pénétrer quelque cavalerie dans la Bresse ; mais le roi a ordonné à M. le Duc de revenir, louant fort son zèle pour son service, mais ne le voulant pas laisser dans un pays où il n'y a qu'un régiment de dragons, avec quoi il ne pourroit pas remédier au
mal que les ennemis poiirroient faire. — M. le maréchal de Villars mande que le prince Eugène avoit marché le 6 et étoit venu camper sa droite à Marc et sa gauche à Orchies.
Vendredi 9, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlner. Il a déclaré qu'il n'iroit point cette année à Fontainebleau. — On attend avec impatience des nouvelles de Madrid, parce que, par les dernières lettres qu'on a eues, qui sont du 28, la reine avoit une g-rosse fièvre. — Par les lettres du 7, qu'on a eues de l'armée de Flandre, on apprend que les ennemis avoient fait encore un petit mouvement ce jour-là; ils ont étendu leur droite jusque sur la Scarpe, laissant Orchies dans leur centre. M. de Villars a laissé M. d'Albergotti dans son camp de Denain près Valenciennes et est campé près de Douai, d'où il se portera aux retranchements près deLens, où est M. d'Artagnan, ou aux retranchements que commande M. d'Albergotti, selon les mouvements que fera le prince Eugène. Il y a des lettres -de Mons qui portent que Dolet , lieutenant de roi de Tournay, avoit été tué dans la citadelle d'un éclat de bombe, mais aucunes lettres de notre armée n'en parlent. Ravignan devoit rentrer hier dans la citadelle, et l'on dit ici que les propositions qu'il avoit apportées n'ont pas été acceptées par le roi. Les ennemis offroient de ne plus attaquer la citadelle en cas qu'on s'engageât de la rendre le 5 septembre si elle n'étoit point secourue dans ce temps-là. — On sut au coucher du roi que madame la duchesse de Gréquy étoit tombée en apoplexie à Paris et qu'on ne croyoit pas qu'elle pût passer la journée de demain.
Samedi 10, à Versailles. — Le roi se promena le matin et l'après-dlnée à Marly. Il travailla avec M. Voisin en sortant de table jusqu'à cinq heures, avant que d'aller à la promenade. Monseigneur alla dîner à Meudon et revint ici pour le souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne revint ici sur les six heures par le grand parc
pour éviter le pavé et se mit au lit en arrivant, et elle se releva pour aller dans le cabinet du roi après souper, — Madame la duchesse de Créquy mourut à Paris. Elle avoit été dame d'honneur de la reine après madame de Richelieu; elle l'étoit encore en 1683 quand la reine mourut. Elle avoit une pension de 15,000 francs. Elle n'avoit d'enfant que la duchesse de la Trémoille, morte avant elle, et la duchesse de la Trémoille n'avoit laissé d'enfants que le duc de la Trémoille d'aujourd'hui et la duchesse d'Albret. Le duc de la Trémoille, qui s'étoit fait porter de l'armée à Arras, est assez considérablement malade, et on lui a envoyé son congé pour revenir. — Le camp que commandoit le chevalier de Luxembourg auprès de Kievrain a rejoint notre armée.
Dimanche 11 , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, travailla l'après-dinée avec M. Pelletier, alla ensuite se promener à Trianon, et au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin. Monseigneur, messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent coucher à Rambouillet chez M. le comte de Toulouse, d'où ils doivent revenir mardi. Madame la duchesse de Bourgogne alla faire collation à Folichancourt, d'où elle revint pour le souper du roi. — M. le grand prieur, qui étoit retiré à Chàlons en Bourgogne, en est parti pour sen aller à Venise et n'en a point demandé la permission au loi. — Ricousse mourut ici. Il avoit été envoyé du roi en Bavière. Il avoit 3,000 francs de pension, partie sur le trésor royal et partie sur l'ordre de Saint-Louis. — Par les lettres de Flandre du 9, on apprend que le prince Eugène avoit fait faire un mouvement à quelques troupes, comme s'il eut voulu faire attaquer Marchiennes, où nous avons deux bataillons; mais les ennemis n'entreprirent rien ; cela se passa en quelques légères escarmouches. Le maréchal de Villars, qui fut averti que les ennemis s'approchoientde ce poste, y fit marcher quelques troupes et y vint en diligence lui-même.
Lundi 12, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec M. de Pontchartrain. Il alla tirer l'après-dînée et travailla le soir avec M. Voisin. — Le capitaine des gardes de M. le maréchal de Villars arriva à Paris, et comme il étoit fort las, il a envoyé ici ses paquets. On crut d'abord qu'il y avoit quelque chose de considérable; mais ce capitaine des gardes n'étoit venu que pour des affaires particulières du maréchal. Les armées sont si proches qu'il est aisé de croire qu'il y pourroit avoir quelque événemento Le siège delà citadelle va fort lentement; ils ont commencé à y faire une seconde attaque, mais ils n'abandonnent pas la première. — Il arriva un courrier du maréchal de Bezons, qui avoit demeuré en Catalogne'quelquesjours plus qu'il ne croyoit, parce que M. de Staremberg avoit marché comme voulant attaquer l'armée d'Espagne, que le maréchal ne vouloit pas abandonner dans cette conjoncture-là; mais M. de Staremberg s'est retiré, et les troupes qui viennent du royaume de Valence sont arrivées et celles que l'on a fait venir d'Estramadure prêtes à arriver. Ainsi, n'y ayant plus rien à craindre pour l'armée qui demeure en Catalogne, le maréchal de Bezons ramène en France ce qui y restoit des troupes que le roi fait revenir.
Mardi 13, à Versailles. — Le roi tint le conseil de linanceset travailla ensuite jusqu'à une heure et demie avec M. Desmaretz. L'après-dinée il travailla avec M. Voisin jusqu'à cinq heures et puis il alla se promener dans les jardins. Monseigneur manda le soir au roi qu'il coucheroit encore aujourd'hui à Rambouillet et qu'il arriveroit demain matin pour le conseil. — Le duc d'Albe a eu cette nuit un courrier de Madrid. La reine d'Espagne est entièrement guérie. Les lettres sont duO. On mande que Miguel Ponce a attaqué deux mille hommes que M. de Staremberg avoit laissés sur la Noguera. 11 étoit plus foible qu'eux, cependant il les a battus et en a pris ou tué sept cents. — H y a du changement parmi les in-
tendants de province. M. de Bouville, qui étoità Orléans, a demandé à revenir; il est conseiller d'État ordinaire et beau-frère de M. Desmaretz. On envoie en sa place M. de la Bourdonnaye, qui étoit à Bordeaux et dont on étoit trèscontent, mais M. de Ribère, son beau-père, a demandé en grâce au roi qu'on le rapprochât d'ici. On envoie en sa place M, de Courson, qui étoit à Rouen, et on donne l'intendance de Rouen à M. de Richebourg. On change M. Turgot, qui étoit en Touraine ; on l'envoie à Moulins en la place du fils de Mansart, qui est rappelé. On a rappelé de Caen le fils de feu M. Foucault et on y envoie M. de la Briffe*.
* Être intendant et fils de Basville étoit un grand titre pour tout oser avec impunité. Courson ne ressembloit à son père que par l'audace. Il étoit brutal, ignorant, grossier, paresseux, insolent à l'excès; joint a tout cela une friponnerie reconnue de toute sa province. Il n'en fallut pas moins pour qu'elle osât crier bien haut et pour en obtenir non la punition , mais la délivrance ; ce fut aux dépens de la Guyenne, où il ne se corrigea de rien. Peut-être l'y verrons-nous friser la corde en plein conseil de régence. Je ne sais si ces Mémoires s'étendent jusque-là. Le fils de Mansart n'avoit eu cette intendance que par son père; livré par sa mort à son peu de mérite, il ne se put soutenir; il devint gendarme pour se parer de ses créanciers et mena une vie obscure et misérable. Le fils de Foucault étoit un fou d'esprit, qui tomba depuis d'abîme en abîme et qui y est resté. Tels sont souvent ces rois des provinces qu'on abandonne sans réserve entre leurs mains. Celui-ci longtemps depuis n'en fit que plus de fortune, causa la disgrâce comblée de des Forts, contrôleur général, son beaufrère , et sut se conserver en place de conseiller d'État et de conseiller au conseil royal de finances.
Mercredi 14, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État
et entendit vêpres l'après-dînée dans la tribune. Il s'enferma ensuite avec son confesseur, d'où il ne sortit que pour aller chez madame de Maintenon. Monseigneur et messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry revinrent ici à neuf heures du matin. — On a découvert une conspiration â Strasbourg tramée par quelques gentilshommes qui y sont établis. — Par les nouvelles de