AOUT 1709, II
Flandre du 12, nous n'apprenons rien du siège de la citadelle de Tournay. M. le maréchal de Villars fait camper dix ou douze bataillons sous Marchiennes^ qui sont commandés par le comte de la Marck, maréchal de camp, et on travaille à retrancher ce poste, que les ennemis font toujours mine de vouloir attaquer. — M. de Villeras*, sous-introducteur des ambassadeurs, est mort. C'étoit un homme fort aimé des ministres étrangers et fort estimé ici. Uy al,000écus d'appointements à cette charge; celui qui l'avoit avant lui n'avoit que 1,200 francs, et le roi l'avoit augmentée par l'estime qu'il avoit pour Villeras. — On a jugé à Venise que M. de Lorraine devoit être regardé comme l'héritier de tout l'argent et les meubles qu' avoit laissés M. de Mantoue, à la réserve d'un sixième, qu'on adjuge à un bâtard de la maison de Mantoue. Les prétentions que madame la Princesse avoit sur ces effetslà n'ont pas été jugées assez bonnes, non plus que celles du cardinal de Médicis.
*C'étoit le fils d'un secrétaire du président deMesmes et qui toujours encore logeoit chez lui. La vertu , la modestie , la lecture , l'esprit et la capacité de ce Villeras étoient singulières et lui acquirent une estime et une considération qui mérite d'être remarquée dans un homme et un emploi de si petit aloi.
Jeudi 15, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions ; Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne les firent aussi. Madame la duchesse de Bourgogne les fait toujours aux Récollets, hormis à Pâques. L'après-dinée le roi et toute la maison royale entendirent vêpres en bas et puis allèrent à la procession que le feu roi établit en 1638. Madame la duchesse de Bourgogne , qui est assez incommodée dans sa grossesse, entendit vêpres dans la tribune et ne put aller à la procession. Après vêpres le roi fit la distril)ution des bénéfices. Il n'y en avoit point de considérable; le meilleur étoit une abbaye de Bretagne (1)
(1) L'abbaye de Coeitemalouiu. j
qui vaut 3 ou 4-,000 francs et que l'on a donnée à l'abbé Languet, aumônier de quartier de madame la duchesse de Bourgogne, et l'abbé de Maulevrier, nouvel évoque d'Autun, l'a pris pour son grand vicaire à Moulins. — Par les lettres que l'ordinaire a apportées de Flandre, on apprend que la citadelle de Tournay se défend toujours fort bien. Les assiégés ont fait deux sorties qui ont très-bien réussi , et on a fait sauter quelques mines qui ont fait beaucoup d'effet. On croit que M. de Surville pourra tenir jusqu'à la fm du mois, malgré la prodigieuse artillerie des ennemis.
Vendredi i&, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin. Monseigneur alla à Meudon, où il demeurera jusqu'à Marly, où l'on croit que le roi ira jeudi. — M. Phélypeaux, frère de M. le chancelier, qui est conseiller d'État ordinaire et qui a l'intendance de Paris, étant très-incommodé, a demandé la permission de quitter son intendance; c'est la plus considérable de toutes celles du royaume et pour le revenu et pour l'agrément. — M. de Torcy vint avant souper chez madame de Maintenon et fut quelque temps avec le roi. M. Voisin vint aussi parler au roi avant le souper et lui apporta une lettre du duc de Noailles, qui, par une marche outrée , étoit arrivé à Figuières, où les ennemis avoient un bataillon et trois escadrons. Nous y avons fait six ou sept cents prisonniers et nous n'y avons perdu personne. Si les guides qui menoient deux petits corps séparés que le duc de Noailles faisoit marcher par le chemin des montagnes n'eussent point égaré nos troupes, l'action auroit été plus grande, car nous aurions encore enlevé fort facilement deux autres quartiers des ennemis, car les mesures pour cette entreprise avoient été fort bien prises. — Madame la duchesse de Mantoue vit le roi incognito chez madame de Maintenon; elle étoit en robe de chambre. Le roi la reçut fort gracieusement et lui parla avec beaucoup d'à-
mitié (1). 11 la trouva fort embellie. Madame la duchesse d'Elbeuf, sa mère, étoit avec elle. Après que le roi l'eut entretenue quelque temps, sans lui parler d'aucune affaire , madame la duchesse de Bourgogne la mena dans le cabinet de madame de Maintenon, où il y avoit beaucoup de dames, et madame la duchesse de Bourgogne fut une heure à causer avec elle en particulier et lui témoigna les mêmes bontés et la même amitié qu'elle avoit eues autrefois, dont madame de Mantoue fut charmée. Elle lui promit même de chercher tous les expédients pour la voir sans que le cérémonial embarrassât. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry virent aussi madame de Mantoue dans ce cabinet, et le soir, après souper, elle retourna coucher à Vincennes. Elle verra Monseigneur durant son séjour à Meudon et toujours incognito *.
* Madame de Mantoue et madame de Courcillon, belle-filie deDangeau, étoient filles des deux sœurs; ainsi la relation est ampoulée. Elle étoit dans son premier deuil et s'en servit, et de l'accès de sa mère chez madame de INIaintenon , pour être reçue de la sorte ; ce fut pour n'y retourner de sa vie. La duchesse de Mecklenbourg, sœur do M. de liUxembourg , ni son mari, qui, comme ils parlent en Allemagne, en étoit duc régnant, n'ont jamais vécu incognito. Le mari ne voyoit personne par bêtise, et l'on en peut juger par le compliment qu'à un retour d'Allemagne il fit au roi , à qui , apparemment faute de trouver mieux, il dit qu'il le trouvoit fort crû. Pour sa femme, elle alloit au souper et partout, et souvent au Palais-Royal et à Saint-Cloud et voyoit tout le monde. On sentoit bien qu elle u'étoit pas morte aux petits manèges adroits de prétentions ; mais les duchesses ni les princesses étrangères ne lui ont jamais cédé en pas un lieu. Il est pour-
' (1) « Madame de Mantoue s'est présentée à la cour et a été fort bien reçue rn particulier du roi , de madame la duchesse de Bourgogne et de madame de Maintenou. Elle a un trop nombreux équipage, en femmes surtout, vu le temps , cherchant à trafiquer une ordonnance de 80,000 francs qu'on lui a donnée. Elle vouloit louer une grande maison sur le quai, auprès de l'hôtel de Bouillon, luais elle n'a pu en venir à bout sans caution bourgeoise. « ( Lettre (le la marqttisc d'Huxelles, du 9.1 août.)
tant liiea assuré que ui la maison de Mecklenbourg ni cette souveraineté ne le cédera ni à celle de ]\Iantoue ui à la maison Gonzague.
Samedi il , à Versailles. — Le roi tint conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz jusqu'à une heure et demie. L'après-dlnée il travailla avec M. Voisin jusqu'à cinq heures et puis alla se promener dans les jardins. — Le roi a donné l'intendance de Paris, que quitte M. Phélypeaux, à M. Bignon , l'intendant des iinances, et lui a promis la première place de conseiller d'État vacante, et jusques-là garde dans le (conseil la place d'intendant des finances, si bien que, quand il sera conseiller d'État, il gardera son rang du jour qu'il a été intendant des finances, comme cela s'est fait pour MM. de Caumartin et d'Armenonville. Il cède sa place d'intendant des finances à M. de Bercy, gendre de M. Desmaretz, qui lui donne les 200,000 écus qu'il lui en avoit coûté. — M. d'Hanovre est arrivé à l'armée ennemie en Allemagne, lui a fait passer le Rhin et est venu camper auprès de Landau. M. le maréchal d'Harcourt a repassé le Pihin à Kehl et s'est mis dans nos hgnes de LauterJjourg. On ne croit pas qu'il se passe rien de considérable en ce pays-là.
Dimanche 18, à Versailles. — Le roi tint conseil d'État, travailla l'après-dinée avec M. Pelletier et puis alla tirer. Monseigneur vint ici de Meudon pour le conseil; il y retourna diner et y emmena madame la princesse de Conty et quelques dames, qui revinrent ici le soir avec elle. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars parti de hier matin. Ce maréchal mande qu'il y a eu une petite action à un fourrage que les ennemis faisoient auprès d'Orchies, oii nous avions battu l'escorte de leurs fourrageurs et pris quelques chevaux. Le prince Charles, maréchal de camp, étoit à cette affaire, et M. de Lamljesc, son neveu, y étoit aussi ; ils s'y sont fort bien comportés tous deux. Le roi en fit compliment à la chasse à M. le comte de Brionne
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et puis à M. le Grand, qui y arriva, et lui dit : « Je suis fort content de votre fils et de votre petit-fils, qui commence fort bien. » Par ce courrier du maréchal de Vil lars on a eu une lettre de M. de Surville du 15. limande que les ennemis avancent fort peu; Il n'a perdu depuis le siège de la citadelle qu'un capitaine du régiment de Vexin et peu de soldats. Les ennemis n'ont pu encore démonter ses batteries de canon et de bombes, qui les incommodent fort dans leurs tranchées.
Lundi 19 , à Versailles. — Le roi tint le matin conseil de dépêches. Il travailla l'après-dinée avec M. de Pontchartrain et sortit à cinq heures pour aller se promener à Trianon. — H y a déjà quelques jours que le roi d'Espagne a demandé que les grands d'Espagne qui sont en France prêtassent le serment de fidélité au prince des Asturies, ce qu'ils ne font aucune difficulté de faire, en y mettant la même clause qu'ont mise les chevaliers de la Toison françois, qui est de ne rien faire contre le service et les intérêts du roi leur maitre. Ils prêteront serment au premier jour *. On a demandé au marquis de Léganez, Espagnol qui est à Vincennes prisonnier, de prêter ce serment. Il a répondu fort sagement qu'il n'avoit jamais refusé de le faire en Espagne au roi son maître, qu'il étoit tout prêt de le faire encore et au prince des Asturies, mais qu'étant prisonnier ici du roi de France il ne pouvoit rien faire sans sa permission, qu'il alloit lui faire demander. Il l'a demandée et a prêté son serment entre les mains du duc d'Albe, ambassadeur du roi son maître.
* Cette cérémonie des cortès ou des États assemblés à Madrid, pour reconnoître le prince héritier et lui prêter serment , est particulière à l'Espagne sur tous les autres royaumes hérétlitaires. Cest une ospècid'inauguration anticipée, dont l'origine mèneroit à une dissert;ilion trop étendue. Ou remarquera seulement que, depuis l'union des lispagnes sur la tête de Charles V, aucun de ses rois n'a été [couronné et n'a d'habits de cérémonie , ni par conséquent les grands d'Espagne ni aucune grande charge ou dignité. Il y a eu depuis ces corlès-ci
d'autres cortès pour reconnaître le feu roi Louis I", lors de l'abdication du roi son père , et la mort de ce jeune roi en a occasionné d'autres au retour au trône de Philippe V, et pour jurer le nouveau prince des Asturies. En pas une de ces occasions on n'a demandé aucun serment aux grands d'Espagne françois ou établis on France.
Mardi 20 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla avec M. Voisin l'après-dinée. — 11 y eut le matin un assez 'grand désordre à Paris. Des pauvres qu'on avoit fait assembler pour travailler à ôter une butte qui est sur le rempart du côté de la porte Saint- Denis s'impatientèrent de ce qu'on ne leur distribuoit pas assez vitale pain qu'on leur avoit promis et commencèrent par piller la maison où étoit ce pain. Ils se répandirent ensuite dans les rues de Paris en assez grand nombre, pillèrent les maisons de boulangers et de pâtissiers, marchèrent à la maison de M. d'Argenson. On fut obligé de faire marcher les gardes françoises et suisses qui sont dans Paris; les mousquetaires même montèrent à cheval. Le désordre, qui avoit commencé à sept heures du matin, fut apaisé à deux heures après midi . U y eut quelques gens de tués de cette-canaille, parce que l'on fut obligé de tirer dessus, et on en a mis quelques autres en prison. Le maréchal de Boufflers, qui par hasard étoit à Paris et qui se trouva près de l'endroit où se faisoit le désordre, y alla dans son carrosse, mit pied à terre, leur parla, les exhorta. 11 vint le soir en rendre compte au roi, qui l'a renvoyé à Paris pour y donner ses ordres. On craint qu'il n'arrive encore quelque désordre demain, qui est jour de marché, et quoique dans la sédition d'aujourd'hui il n'y ait point eu de dessein formé, on ne laisse pas d'en craindre les suites, la misère étant fort grande par la cherté du pain. — Madame de Mantoue allaàMeudon et vit Monseigneur dans sa petite galerie du château neuf. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry y étoient. Monseigneur lui fit beaucoup dhonnètetés, malgré l'incognito. Elle étoit partie de Vincennes
;Y midi, et le peuple dans le faubourg' Saint-Antoine, voyant passer deux carrosses à six chevaux, commencoit à dire des insolences, et elle fut fort aise de trouver les mousquetaires qui la tirent passer.
Mercredi 21. à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État. — Le premier président du parlement et le procureur général vinrent ici recevoir les ordres du roi sur le désordre qui arriva hier dans Paris. Tout y a été fort calme aujourd'hui, et le pain a été en abondance dans les marchés par les sages précautions qu'on avoit prises. M. de Boufflers agit de concert avec le duc de Tresmes, gouverneur de Paris, et avec le maréchal de Choiseul, doyen des maréchaux de France, qui étoit hier à sa maison de campagne quand le désordre commença. Le roi lui a fait dire, par le maréchal de Boufflers , qu'il lui feroit plaisir dans ces temps-ci de ne se point éloigner de Paris. On a mis des corps de garde aux deux hôtels des monnoies et on fait faire des patrouilles la nuit dans ce quartier-là. On fait porter à la Bastille huit mille mousquets ou fusils qui étoient dans la maison de Titon, qui est celui qui fournit des armes pour toutes nos troupes. M. de Boufflers, qui a la confiance du roi, laisse au duc de Tresmes, connne gouverneur de Paris, tous lestlehors de l'autorité, et ils agissent de concert en tout (1). Ils oui iravaillé avec le cardinal de Noailles et le premier pr»'"sident, le procureur général, le prévôt des marchands, le lieutenant général de la police et le procureur du roi. MM. de Bouftlers et de Tresmes sont venus rendre compte ce soir au roi de ce qu'ils ont fait. Le roi leur a ordonné de retourner demain à Paris.
(1) '<■ M. le maréchal de Boufflei'sy lut joint comme un aide de camp, paire que les pauvres ont confiance en lui et qu'il a conservé tant de crédit dans le régiment des gardes que l'on prétend que les compagnies qui sont ici en feront mieux leur devoir, par rapport particulièrement à l'égard de leurs femmes, accusées de se trouver souvent dans la mêlée, n {Leiire (le la marquise d'flïtxclles , du 2,'} août. )
T. xni. i>
18 lOURTNAL I)K DA-KOKAT'
Jeudi 22^ à Marly. — Le roi tint le conseil d'État ; il n'a pas .'ucoutumé d'en tenir le jeudi. M. le chancelier étoit allé hier après diner à Pontchartrain et M. Desmaretz à Paris ; ainsi il n'y eut à ce conseil que monseigneur le duc de Bourgogne, MM. de Beauvilliers, de Torcy et Voisin. On croit que c'est un courrier de M. de Bergeyck, arrivé à M. de Torcy, qui a fait tenir ce conseil-là. Le roi, après son dîner, partit de Versailles, vint courre le cerf dans ce parc ici. Au retour de la chasse iJ se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. Monseigneur diua de bonne heure à Meudon et arriva ici pour lâchasse. Madame la duchesse de Bourgogne vint ici sur les cinq heures et passa par le parc pour éviter le pavé . Elle ne se coucha point en arrivant, quoiqu'elle se ménage beaucoup dans cette grossesse-ei. — M. de Boufflers et le duc de Tresmes , qui revinrent hier de Paris et que le roi y renvoie, furent longtemps le matin à travailler avec M. de Pontchartrain. — Nous avons à ce voyage-ci deux dames qui n'y étoient point venues encore, qui sont mesdames de Lambesc et de Polignac , qui sont nouvelles mariées et toutes deux fort jolies.
Vendredi 23, à Marly. — Le roi travailla avec son confesseur jusqu'à midi; ensuite M. de Torcy entra chez lui et en sortit un moment après pour aller quérir Monseigneur, avec qui il rentra dans le cabinet du roi. L'après-dinée le roi et Monseigneur coururent encore le cerf. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent dès le matin courre le cerf à Saint-Germain avec les chiens de M. le comte de Toulouse, qui au retour leur donna à souper chez lui. M. Voisin travailla le soir avec le roi chez madame de Maintenon. — Il est arrivé un courrier du comte de Gramont, qui commande en Franche- Comté. On ne dit point le sujet de son voyage , mais on croit que cela pouiroit bien regarder un corps de troupes que les ennemis en Allemagne font marcher du côté des places frontières et qu'on dit même qui a déjà passé le
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Rhin à Rhinfels. — On eut hier des lettres du due de Berwick du 16. Il mnude que les ennemis sont toujours à Conflans, qu'il leur est arrivé cinq ou six mille chevaux, qu'ils font demeurer dans les gorges de montagnes un peu derrière eux, pour les faire subsister plus aisément. Us disent toujours que M. de Savoie doit arriver, mais on n'a point de nouvelles qu'il soit parti de Turin.
Samedi 24, à Marly. — Le roi se promena le matin dans les jardins. Madame de Maintenon étoit en chaise fermée à côté de son chariot, et dans un autre chariot étoient mesdames deDangeau, de Caylus et Voisin. L'après-dînée le roi alla tirer, mais avant que de partir pour la chasse il travailla avec M. Voisin, avec qui il ne de voit travailler qu'au retour; mais ce ministre, qui attendoit la fièvre le soir et qui l'a déjà depuis quelques jours sans qu'il en eût voulu parler, l'avoit envoyé prier de vouloir bien changer l'heure. — On reçut des lettres du camp près de Lérida du 14. M. de Staremberg étoit venu camper sur la Sègre vis-à-vis de notre camp, et les deux armées se canonnoient depuis deux jours. On ne croit pourtant pas qu'il se passe rien là de considérable, parce que les gués qu'il y a à la Sègre ne sont que pour passer au plus deux hommes de front. M, de Bezons y est encore avec le reste des troupes qu'il doit ramener en France et il a ordre de revenir, car on peut avoir besoin de ces troupeslà ailleurs.
Dimanche 25, à Marly. — Le roi tint le conseil d'Etat ; le chancelier n'y put pas être parce qu'il avoit été un peu incommodé la nuit à Versailles. M. Voisin n'y put pas être non plus parce qu'il a encore la fièvre. L'après-dlnée le roi travailla avec M. Pelletier. Il alla ensuite se promener dans les hauts de Marly, où il vit jouer les bons joueurs dans le grand mail, et au retour il travailla avec M. Desmaretz chez madame de Maintenon. — Il arriva un courrier de M. de Villars. Les armées sont toujours dans la même situation. Nous avons du pain et un peu d'ar-
gent;, et la désertion de notre année est finie. On a reçu une lettre de M. de Surville du 20. Les ennemis sont maîtres de l'angle saillant de la contrescarpe,, mais ils n'osent s'y établir ni entrer dans le chemin couvert, à cause des mines qui leur ont déjà tué beaucoup de gens. Si les vivres ne nous manquent point dans la citadelle, on espère qu'elle pourra durer jusqu'au 17 de septembre.
— Le roi d'Espagne a donné la Toison au marquis de Listenois^ gendre de madame de Mailly; le roi et madame la duchesse de Bourgogne avoient écrit en sa faveur.
Lundi 26, à Marlij. — Le roi, après la messe, travailla avec iM. de Pontchartrain jusqu'à son diner. L'aprèsdinée il alla courre le cerf. Monseigneur étoit à la chasse.
— On prendra dimanche le deuil pour l'infant, quoiqu'il n'ait vécu que sept jours. Le roi et Monseigneur ne le prendront point. Madame ne le prendra point non plus, comme belle-mère de la reine d'Espagne, et on ne le porte point de ses enfants. La cour portera ce deuil six semaines. Le roi et la reine d'Espagne ont pris le deuil pour l'infant parce qu'en Espagne les pères et mères le portent de leurs enfants. — On ne doute plus de la défaite entière du roi de Suède auprès de Piilta\\a et que ce prince n'ait passé le Borysthène à la nage. M. Cronstrom, son envoyé qui est à Paris, avoit pourtant mandé à M. de ïorcy que son maître , après un combat qui avoit duré quatre jours, avoit battu les Moscovites, qu'il en avoit tué soixante-dix mille et qu'il en avoit pris huit mille et n'avoit eu que dix mille hommes de son armée tués.
Mardi 27, à Marlij. — Le roi tint le conseil de finances. M. le chancelier y vint; son incommodité n'a eu aucune suite. Le roi alla tirer l'après-dinée. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Montrouge. Il y a infiniment moins de gibier dans ces parcs ici et dans toutes ces plaines qu'il n'y en a\ oit les années passées. Monseigneur avoit envie d'aller
cette année à Fontainebleau, mais son voyage est rompu. M, Voisin ne put pas venir travailler avec le roi le soir chez madame de Maintenon. Il est encore un peu abattu de la fièvre et des remèdes. Il y envoya Pinsonneau porter des paquets au roi et il y demeura quelque temps. — Les ennemis en Allemagne ont fait passer douze ou quinze cents chevaux à Rhinfels ;, et les Suisses les ont laissés passer sur les terres et dans le faubourg de Bàle, contre les conventions avec la France. C'est M. de Mercy qui commande ce corps, et il a marché en Huningue et Brisach pour y faire un pont pour y faire passer dix bataillons qui sont delà le Rhin.
Mercredi 28, à Marhj. — Le roi tint le conseil d'État ; M. Voisin, qui se porte beaucoup mieux, y vint l'aprèsdînée. Le roi courut le cerf et au retour de la chasse il se promena dans les jardins, où il fait toujours travailler à de petites choses pour s'amuser. — Il arriva un courrier du maréchal d'Harcourt, qui mande que, sur la marche des ennemis à Neubourg, il avoit envoyé huit escadrons à M. du Bourg, qui étoit dans la haute Alsace avec dix escadrons et quelques Ijataillons, avec ordre de marcher vers Neubourg et d'y attaquer les ennemis forts ou foibles. Il compte que du Bourg y pourra arriver le 26. M. d'Hanovre avoit fait mine de vouloir attaquer nos lignes de Lauterbourg , mais ce n' étoit apparemment que pour empêcher M. d'Harcourt de faire aucun détachement. — Le roi a donné au second fils du maréchal d'Harcourt le régiment d'Auxerrois, dont le colonel, qui étoit M. d'Anfreville, estmortde maladie. Ces régiments-là, qui ontété mis sur pied en 1 68i, se vendent entre 40 ou 50,000 francs. — Le connétable de Navarre*, fils unique du duc d'Albe, mourut à Bercy près de Paris. 11 n'avoit pas vingt ans, et son père et sa mère l'aimoient tendrement et sont dans une violente affliction.
*Ccv;iiii titre de connétiihk' de Naxiirre. qui [)uiii' If ropos de ces |)iivs-l;i ne fut ((lie lrn|) réel dans la ma isoii de Heaiimont. bâtards de
Philippe III, dernier roi de ISavarre de la branche d'Évreu.v, de la maison de ?>ance, tomba par la dernière fille et héritière de cette maison de Beaumont dans celle de Tolède par son mariage avec le second fils du fameux duc d'Albe, du fils aîné duquel la ligne s'éteignit , et celle de celui-ci a subsisté jusqu'à présent. Ils avoieut toujours prétendu que la grandesse étoit attachée à ce titre de connétable de Navarre , sans l'avoir pu obtenir jusqu'à ce que Philippe V l'accordât à ce duc d'Albeci pour son fils. Il étoit unique, et ils Taimoient avec tant de passion qu'ils déployèrent tous les vœux et toutes les dévotions d'Espagne pour sa guérison, jusque-là que la duchesse d'Albe ne se défendit point de lui avoir donné des reliques broyées en poudre en lavement. Klle étoit dame d'atours de >'otre-Dame d'Atocha, la plus grande dévotion d'Espagne, qui est une image de la Vierge dans l'église des Dominicains, tout à un bout de Madrid et du parc du Buen-Retiro; (î'est un honneur brigué par les plus grandes dames de la cour ; les plus riches sont préférées , parce qu'elles entretiennent à leurs dépens cette image, qui a des profusions de pierreries et à qui on change à tous moments de robes et de dentelles magnifiques, dont la duchesse d'Albe ne la laissoitpas manquer, et y envoyoit tout ce qu'il y avoit de plus beau à Paris avec une grande dépense.
Jeudi 29, à Marhj, — Le roi se promena dans les jardins et alla tirer Taprès-dinée. — M. le maréchal de Bezons a ordre de revenir d'Espagne , quoique le roi d'Espagne l'eût prié de demeurer; il doit avoir reçu ses ordres le 21 . — On lit à Notre-Dame, à Paris, le service de M. le Prince. Le P. Gaillard prononça l'oraison funèbre. M. le cardinal de Noailles ol'ficioit, mais il sortit avant J 'oraison funèbre, parce qu'il avoit été réglé que le P. Gaillard adresseroit la parole à M. le Duc. Le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, l'université et la ville y étoient. Aux cérémonies où le parlement marche le gouverneur est toujours entre le premier et le second président. Les princes qui menoientle deuil étoient dans les hauts bancs au-dessus et à côté du parlement, et ces princes étoient M. le Duc, M. le duc d"Enghien, M. le prince de Conty et M. du Maine. Avant que l'oraison funèbre commençât , les princes allèrent à l'offrande. Un héraut d'armes commençoit les révérences; ensuite M. des Granges, maître des cérémonies^ qui fit signe
ensuite à M. le Duc, et quand M, le Duc eut fini ses révérences un autre héraut d'armes venoit faire les siennes^ et M. des Granges ensuite , qui fit signe à M. le duc d'Enghien de marcher, et on faisoit la même chose pour M. le prince de Conty et pour M. du Maine. Après avoir salué l'autel, on saluoitle clergé, qui est à la droite de l'autel, et puis la représentation. Ensuite les princes qui mènent le deuil, et après les princes le parlement. Ensuite la chambre des comptes, la cour des aides, l'université et la ville. La chambre des comptes est dans les bancs hauts de la gauche. La cour des aides en bas à gauche. L'université à droite en bas et la ville à gauche au-dessous de la cour des aides*.
*Peu à peu les princes du sang reprirent leur rang sur les cardinaux, qui ne leur donnoient pas la main chez eux, du temps des cardinaux premiers ministres, témoin la célèbre aventure du grand Coudé avec le cardinal de Lyon.
Vendredi 30 , à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdînée et au retour se promena^ et après sa promenade M. Voisin entra dans son cabinet, et un moment après Monseigneur y entra aussi, qui avoit reçu avis par une lettre que 31. le Duc avoit écrite à madame la Duchesse que M. du Bourg avoit battu et entièrement défait les ennemis qui avoient passé le Rhin. Cet avis étoit venu à M. le Duc par un officier du régiment de M. le comte de Charolois, son fils , lequel officier étoit à l'action et qui avoit été chargé par tous les officiers du régiment de venir demander à M. le Duc le régiment pour le major. M. de Sainte-Aulaire, qui en étoit colonel, a été tué à l'action, et le lieutenant-colonel n'y étoit pas. M. du Bourg écrit un mot à M. le Duc et lui mande simplement que ce régiment a fait des merveilles. M. du Bourg a envoyé un officier principal à M. d'Harcourt, son général, et M. d'Harcourt apparemment enverra cet offlcier-là au roi. M. du Bourg n'a point écrit au roi ni au ministre.
et sans l'arrivée de cet officier du régiment de Charolois on ne sauroit rien de l'action, et il est dans l'ordre que M. d'Harcourt l'apprenne au roi. Cet officier de Cliarolois assure M. le Duc que nous avons deux mille cinq cents prisonniers, qu'il y a eu quinze cents hommes tués et plus de mille noyés en voulant repasser le pont et que nous n'avons pas perdu trois cents hommes.
Samedi 31 , à Versailles. — Le roi se promena le matin et l'après-dinée dans ses jardins à Marly et revint ici le soir. Monseigneur alla diner à Meudon et y coucha. M. Voisin avoit travaillé avec le roi à Marly avant sa promenade, et le soir, chez madame de Maintenon, il y mena M. d'Anlezy, qui lui apporta la nouvelle du combat de M. le comte du Bourg en Allemagne, que l'on apprit hier indirectement par l'officier du régiment de M. le comte de Charolois. Le comte de Breiner a été tué dans cette affaire. Mercy s'est sauvé à Bàle avec en^iron cent cinquante chevaux, et est blessé. On a pris beaucoup d'étendards et de drapeaux, le canon et presque tous les bateaux de cuir dont les ennemis avoient fait leur pont. La victoire est encore plus grande qu'on ne la croyoit. Dans l'équipage des ennemis qu'on a pris on a trouve la cassette de M. de Mercy ^ où il y a des papiers d importance et par lesquels on découvrira des eommerces qui pouvoient devenir dangereux à l'État. On en a déjà quelque connoissance. M. du Bourg doit envoyer dans deux jours le comte de Fontaine, qui apportera les étendards et les drapeaux. Les ennemis, quoique beaucoup plus forts que nous, ont fait une très-foible résistance ; le combat n"a pas duré une heure. Nous avons deux mille ciuq cents prisonniers, dont la plupartont des Idessures dangereuses. M. du Bourg donne de grandes louanges à MM. d'Anlezy et Coadt, ses deux maréchaux de camp. Il loue fort aussi le comte de Fontaine, le comte de Tallard, M. de Lautrec et M. de Clermont, fils de M. du Chàtelel, qui à la tète de son régiment, qui est fort nou-
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veau, a l)attii les vieux cuirassiers de l'empereur. Il leur a pris leurs étendards et leurs timbales.
* Il y aura lieu de parler ailleurs de cette cassette de Mercy ; c'est le même qui eu 1734 vint commander en chef l'armée impériale en Italie contre la France , l'Espagne et le roi de Sardaignc.
Dimanche 1" septembre , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État le matin. Il fut enfermé l'après-dinée avec M. de Boufllers, qui étoit entré par les caliinets de derrière et qui fut longtemps avec lui. Le roi ensuite alla tirer et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Pelletier. — Par les dernières lettres de Madrid, on apprend que la reine d'Espagne est fort incommodée. On craint môme que son mal ne soit long. — 11 arriva un courrier de M. deBerwick, qui mande que M. de Rebender, général des troupes de M. de Savoie, avoit voulu attaquer, auprès de Briancon, une maison où M. de Dillon avoit mis quelques palissades. Cette maison s'appelle la Vachette, et Dillon trouvoitle poste assez important pour le vouloir soutenir, M. de Rebender avoit trois mille hommes de pied et deux cents chevaux. Dillon a détaché quelques compagnies de grenadier s avec les piquets commandés parle chevalier de Montmorency. Us ont atta([ué les enueuiis par la droite et par la gauche, en ont pris ou tué au moins sept cents, parmi lesc[uels il y a (juarante officiers, et ont rechassé le reste bien avant dans la montagne. L'action s'est passée le 28 au matin. — Madame tle Moussy * mourut ces jours passés à Paris. Elle étoit sœur du premier président de Harlay et avoit toujours vécu avec lui et avec son fils dans la plus intime union. Cependant, par son testament, elle leur ùte tout ce qu'elle a pu leur ôter, pour le donnei- à une communauté où elle étoit fort attachée et à des hôpitaux. — Monseigneur alla de Meudon coucher à Petit-Bourg. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Beri-y sont partis après diner pour y aller et ils en reviendront tous mercredi.
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* Madame do Moussy étoit veuve sans enfants du dernier de cette ancienne et iliusti-e maison de Senlis, anciennement seigneurs de cette ville et du pays d'alentour, qui lui avoit donné son nom, au(juel la longue possession de l'office, alors des premiers de la couronne, de grand bouteillier de France, fit joindre par habitude ce nom à l'autre en les appelant le Bouteillier de Senlis. Madame de IMoussy, aussi profonde , aussi réservée , aussi composée que son frère, qu'elle imitoit et de\ ant qui elle trembloit , passa sa vie sous même toit et à même table que lui, dévote et archidévote d'habit, d'air austère et de conduite extérieure. Il faut croire que toutj répondoit; la simplicité n'y paraissoit guère ni la vérité dans son testament , où il ne se trouva rien pour sa famille, avec laquelle elle avoit toujours paru si intimement unie. C'étoit une femme de beaucoup d'esprit, mais qui ne se communiquoit point et ne marchoit que par ressorts.
Lundis, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée après avoir travaillé avec M. de Pontehartrain. — On sut à midi que le maréchal de Boufflers étoit parti le matin en berline avec des chevaux de poste et qu'il s'en alloit en Flandre. Beaucoup de gens crurent d'abord qu'il s'en alloit pour quelques négociations , mais on en fut désabusé le soir. Il part comme un homme bien zélé et bon citoyen pour aller aider le maréchal de Villars et ne préfend point commander l'armée. Le maréchal de Villars a lui-même souhaité qu'on envoyât quelque général en ce pays-là pour prendre sa place en cas qu'il fût blessé ou qu'il tombât malade, et comme on croit que la citadelle de Tournay est prise présentement , les ennemis pourroient bien nous venir attaquer dans notre camp, leurs forces étant rassemblées. M. de Surville, n'ayant plus de vivres dans la citadelle, avoit mandé à M. de Villars qu'il battroit la chamade le 1" du mois au plus tard. — L'abbé de Sainctot, frère de l'introducteur des ambassadeurs, est mort. Il avoit une belle abbaye auprès de Sens et quelques bénéfices simples. Madame Bontemps, femme d'un des quatre premiers valets de chambre du roi, mourut aussi ces jours passés à Paris.
Mardi 3, à Versailles. — Le roi tint le conseil de
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finances et travailla ensuite longtemps avec M. Desmaretz. L'après-dinée il travailla chez lui avec M. Voisin, alla ensuite se promener à Trianon, et au retour de sa promenade, après qu'il fut entré chez madame de Maintenon , M, Voisin lui mena le comte de Fontaine, qui lui apporta les drapeaux et les étendards pris sur les ennemis au combat qu'a gagné M. du Bourg". Plus on apprend les détails de cette affaire, et plus on la trouve considérable en elle-même et par les suites qu'elle pou voit avoir. Il est sûr que le dessein des ennemis étoit de passer en Franche-Comté, et M. d'Hanovre, qui avoit fait semblant d'attaquer les lignes de Weissembourg pour empêcher le détachement que le maréchal d'Harcourt fit si à propos, n'ayant pu réussir dans ce dessein, avoit fait repasser le Rhin à son armée pour envoyer encore des nouvelles troupes à M. de Mercy. M. d'Harcourt, bien averti de tous ces mouvements, étoit venu au Fort-Louis et l'auroit toujours suivi, le Rhin entre deux. M. d'Hanovre, averti dans sa marche de la défaite entière de M. de Mercy, remarcha en arrière. M. de Fontaine n'a point apporté au roi les papiers qui étoient dans la cassette de M. de Mercy. M. du Bourg les avoit envoyés àM. d'Harcourt, son général, qui a envoyé au roi tout ce dont Sa Majesté devoit être informée. — Monseigneur et monseigneur le duc de Berry revinrent le soir de Petit-Bourg ; monseigneur le duc de Bourgogne en étoit revenu dès le matin.
Mercredi h , à Ver milles. — Le roi tint le conseil d'État et l'après-dinée il alla tirer. — M. de Surville avoit baltu la chamade le f"" de ce mois; mais la capitulation se rompit parce que les ennemis, sachant qu'on manquoit de vivres dans la citadelle, vouloient que la garnison fût prisonnière de guerre et vouloient faire pendre les déserteurs de leur armée qui étoient dans la place. On avoit recommencé à tirer de part et d'autre, et on mande du 1" et du 2 qu'on faisoit plus grand feu que jamais. On ne croit pas que cela puisse durer plus d'un jour ou deux ,
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car on manquoit absolument de pain, et l'on compte que la place est présentement rendue. Elle auroit duré encore fort longtemps s'il y avoit eu des vivres , car cette citadelle étoit encore meilleure qu'on ne le pouvoit croire. On est persuadé que dès que les ennemis en seront maîtres ils marcheront à nous pour nous attafjuer ou marcheront à quelque autre entreprise plus considérable. — j\[. de Berwick mande que dans le combat qu'a donné Dillon auprès de la Vachette les ennemis y ont encore perdu plus de monde qu'on n'avoit dit d'abord. Leur armée en ce pays-là et la nôtre sont toujours, dans la même situation. M. de Savoie ne lésa points joints et est encore à Turin. — M. l'abbé de Polignac a permission de revenir ici de Rome pour ses affaires particulières et a son congé pour trois mois.
Jeudi 5, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. — Il arriva un courrier de M. de Villars, qui mande que la citadelle de Tournay capitula la nuit du 2 au 3, et que le 3 au soir l'armée ennemie se mit en marche et passa l'Escaut à Anthoin, entre Tournay et Mortagne. On croit que leur dessein est d'aller faire le siège dé Mons. Dès que M. de Villars eut appris que les ennemis avoient repassé l'Escaut , il manda à M. d'Artagnau, qui commandoit notre camp retranché auprès de la Bassée, et à tous les officiers généraux qui commandoient des corps séparés de s'approcher de Valenciennes, et lui, qui étoit campé auprès de Douai, vint à Valeneiennes avec le maréchal de Boufflers et commença à faire passer l'Escaut à ses troupes. Il avoit envoyé le chevalier de Luxembourg avec trente escadrons sur la Trouille. Nous avons peu de troupes dans Mons, et les vivres n'y sont pas en abondance. L'électeur de Bavière en est sorti ; il est allé à Maubeuge, d'où il viendra à Compiègne. On compte qu'il y arrivera mercredi ou jeudi. M. de Villars marche ])our empêcher les ennemis de l'aiic !♦• siège de Mons.
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M, le maréchal de Boiifilers et lui sont dans une parfaite intelligence. Ils marcheront à Quiévrain quand M. d'Artagnan les aura joints.
Vendredi 6 , à Versailles. — Le roi lut enfermé le matin avec son confesseur et alla tirer l'après-dinée. — On avoit commandé l'après-dinée seize gardes du corps avec un brigadier, et on les fit- marcher en môme temps prenant le chemin de Paris. Sur cela le bruit se répandit qu'on vouloit faire arrêter quelqu'un, mais on sut le soir que ces gardes ne marchoient que pour s'aller mettre en relais sur le chemin de Chantilly , où Monseigneur et monseigneur le duc de Berry vont demain, et ils avoient fait un petit mystère de ce voyage pour surprendre M. le Duc et madame la Duchesse, qui y sont depuis quelques jours et qui y ont mené beaucoup de dames. — On n'a point eu de nouvelles de Flandre. — Ladéfaitedu loi de Suède est confirmée par plusieurs endroits, elle général Levenhaupt a été contraint de se rendre et de capituler pour quinze mille Suédois qui étoient avec lui, ne pouvant repasser leBorysthène. Le roi de Suède s'est retiré chez les Tartares, qui sont en guerre contre les Mosco vites et viennent de perdre aussi une bataille contre les généraux du czar. On assure que, depuis, le roi de Suède s'est retiré à Okzakow, place appartenant aux Turcs, ([ni est à l'embouchure duBorysthène, dans la mer Noire.
Samedi 7, à Versailles. — Le roi tint le conseil de linances et travailla ensuite jusqu'à une heure et demie avecM. Desmaretz. L'après-dinée il travaillaavecM. Voisin. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry partirent pour aller à Chantilly, où ils arriveront sur les trois heures et en reviendront mardi au soir. Le roi, après avoir travaillé avec M. Voisin, alla se promener dans les jardins. — Le roi fait M. du Bourg chevalier de l'Ordre. Il donne à M. d'Anlezy le cordon rouge vacant par la mort de Narbonne. 11 donne une pension de 1,000 écus à M. de CoiuU : c'étoient les deux maréchaux de camp
de la petite armée de M. du Bourii. Il fait le comte de Fontaine Ijrigadier et lui donne pour son fils une compagnie dans son régiment, à la place d'un capitaine qui a été tué dans l'action. — Toute notre armée de Flandre marche, mais M. d'Artagnan ne sauroit arriver sur FAuneau que le 6 ou le 7 ; quand il aura joint M. de Villars , on compte que nous serons aussi forts que les ennemis.
Dimanche S, à Versailles. — Le roi, avant que d'aller à la messe, fut quelque temps enfermé avec M. Voisin, qui lui mena M. de Ravignan. Après la messe, avant que d'entrerau conseil, il fit entrer le duc d'Albe, qui avoit des lettres àlui donner deLL. MM. CC. La santé de la reine d'Espagne se rétablit un peu. L'après-dlnée le roi entendit vêpres dans la tribune enbaut, et puis il se promena dans les jardins. — Ravignan a rapporté que la garnison de la citadelle de Tournay a été envoyée à Condé. On leur a laissé leurs armes et leur bagage, et quoiqu'ils soient prisonniers de guerre, on adonné àM. de Surville deux pièces de canon. Les ennemis veulent que ces soldats-là soient échangés contre ceux qu'on leur a pris à Varneton. Il est sorti de la citadelle trois mille hommes sous les armes. iXous n'avions pas tant de leurs prisonniers, mais ils consentent de rendre les nôtres pourvu que dans la suite on leur tienne compte de l'excédant. Ils donneront aussi la liberté à Surville et à Ravignan, à condition que quand nous aurons des prisonniers de même rang nous les renvoyions aussi. — Les ennemis repassèrent l'Escaut la nuit du 3 au 4 et ont marché si diligemment qu'ils passeront le 5 la Haisne au-dessus de Mons, et on croit que le 6 au soir ou le 7 au matin ils auront passé la Trouille. M. de Villars marcha le 'i- et étoit à Quiévrain le 6 au matin. Toute sou armée qui la joint alloit passer l'Auneau quand Ra\ignau est parti. M. le maréchal de Boufflers est avec M. de Villars et y est allé comme volontaire. Le roi nous a dit qu'il commanderoit une des ailes
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et que cela lui faisoit grand plaisir. Les deux marécliauv sont iort contents r un de l'autre.
Lundi 9, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dînée. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry sont encore à Chantilly. La grossesse de madame la duchesse de Bourgogne continue. Elle se porte beaucoup mieux que dans les autres grossesses. — Il arriva un courrier de M. de Villars ; ce maréchal mande qu'il marche aux ennemis et qu'il va passer l'Auneau. — M. Ducasse n'est point encore parti pour mener le duc de Lin ares au Pérou et ramener ensuite les galions. On espère toujours le faire partir à la fin d'octobre. — On a donné des sommes d'argent assez considérables pour faire venir des blés par mer, et les Génois ont fait des propositions sur cela qu'on examine et qu'on acceptera. — M. Amelot, notre ambassadeur en Espagne, doit être parti de Madrid; on l'attend ici incessamment. Il paroit que l'on est fort content de lui ici . On dit aussi que madame la princesse des Ursins revient, mais nous ne croyons pas qu'elle revienne sitôt.
Mardi 10, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances à son ordinaire, et l'après-dînée alla se promener dans les jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry revinrent de Chantilly. — Il arriva un courrier de Madrid par lequel on apprend que le roi d'Espagne, sans avoir pris avis d'aucun de ses ministres, étoit parti en poste avec une fort petite suite pour aller se mettre à la tête de son armée en Aragon. Il a pris ce parti-là sur la nouvelle qu'il a reçue que M. de Staremberg, qui commande l'armée de l'archiduc, avoit passé la Sègre et s'étoit emparé de Balaguier, où il y avoit deux bataillons qui ont été faits prisonniers de guerre. — On mande de Flandre que M. d'Artagnan , avec les troupes qui ctoient dans le camp de Lens, avoit joint le maréchal de Villars, et toute notre armée doit avoir présentemeni passé l'Auneau. Les ennemis ayant passé la Trouille, il n'y a plus