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épaissie; oependani les médecins disent que ce n'est pas une véritable apoplexie et ne laissent pas de le croire en grand danger. — Le chevalier de Pezé , lieutenant aux gardes, a l'agrément du roi pour acheter la conlpagnie de Tamlionneau , qui a ordre de s'en défaire et qui est prisonnier dans le château de Saumur,
Mardi 25, à Fontahiehleau. — Le roi tint le conseil de finances, qui finit à midi, et travailla ensuite avec M. Desmaretz jusqu'à une heure et demie. Il alla tirer Taprèsdlnée, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Voisin et M. Desmaretz. 11 y eut grand couvert chez madame laDauphine, où dina iM. le Dauphin, comme il dîne toujours avec elle ces jours-là ; monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry y dînèrent aussi et eurent des fauteuils, mais, sur le retour de la table, monseigneur le duc de Berry à la droite de M. le Dauphin, et au c(Mé gauche madame la duchesse de Berry, qui étoit en grand habit pour la première fois depuis ses couches. — Le soir, un peu avant minuit , le corps du maréchal de Boufflers fut porté à la paroisse, où beaucoup de courtisans se trouvèrent. Cent gardes du roi suivoient le corps , avec trompettes et timballes sonnant à la sourdine; c'est un honneur qu'on fait aux capitaines des gardes du corps qui meurent dans le lieu où est la cour, et le roi a eu même la lionté de dire qu'on ne pouvoit faire trop d'honneur à un homme du mérite du maréchal de Boufflers. M. de Luxembourg, qi)i mourut à Versailles, eut les mêmes honneurs , mais on ne les fit point aux maréchaux de Duras et de Lorges, qui moururent à Paris, quoiqu'ils fussent capitaines des gardes aussi.
Mercredi 26, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État et travailla laprès-dînée avec M. de Pontchartrain; à six heures, il alla se promener autour du canal dans sa petite calèche avec madame la Dauphine; M. le Daupliin étoit à cheval à côté de la calèche, et avoil couru le sanglier après le conseil. — On eut des nouvelles de
Flandre que les ennemis avoient ouvert la tranchée à Bouchain la nuit du 22 au 23. — Le chevalier de Maulevrier^ lieutenant général, est mort de la petite vérole; c'étoit un garçon fort estimé. — M. de Torcy eut des lettres de Léopol, du 29 du mois passé, qui ne parlent point qu'il y ait eu de bataille entre les Turcs et les Moscovites ; elles disent seulement que les Moscovites gardoient un point où ils ont été forcés par les Turcs, et que depuis cela les Turcs, avertis qu'il venoit aux Moscovites un grand convoi de sept mille chariots escortés par quatorze mille hommes, les avoient fait attaquer et en avoient tué dix mille et pris le reste aussi bien que tous les chariots.
Jeufli'21, à Fontainebleau. — Le roi, après son dîner, courut le cerf. M. le Dauphin et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse ; madame la Dauphine n'y alla point à cause de la grande chaleur et de la poudre qu^il y a dans la forêt ; cela n'empêcha point Madame d'y aller avec mademoiselle de Bourbon. Madame la Dauphine alla se promener sur les six heures autour du canal, et joua chez elle avant et après la promenade. — M. le duc de Savoie n'est point allé aux eaux de Saint-Maurice, comme on l'avoit dit, mais il fait venir de ces eaux-là à l'abbaye de Tamiers, où il est allé les prendre; il n'est là qu'à sept ou huit lieues de son armée, qui est toujours entre Chambéry et Montmélian. La cavalerie que M. de Berwick attendoit d'Allemagne, de Languedoc et de Franche-Comté est arrivée ; ainsi on ne craint plus que M. de Savoie puisse établir des contributions dans le bas Dauphine.
Vendredi 28 , à Fontainebleau. — Le roi travailla chez lui jusqu'à cinq heures, et puis monta dans sa petite calèche avec madame la Dauphine, et alla se promener autour du canal. Après la promenade, madame la Dauphine se trouva un peu incommodée , et se mit au lit ; le roi après son souper l'alla voir. Le roi s'étoit trouvé un peu enrhumé le matin, mais il se trouva soulagé l'après-dînée.
— Par les ditïérentes lettres qu'on reçoit d'Allemagne, il parolt que l'élection de l'empereur pourroit bien être remise au mois d'octobre. — M. Emo Savio Grande est arrivé ici depuis quelques jours de la part de la république; il est chargé des affaires du commerce, mais il demeurera ici sans caractère.
Samedi 29, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de finances , et travailla encore longtemps après avec M. Desmaretz. U alla tirer l'après-dlnée; il n'est quasi plus enrhumé. Au retour de la chasse, il passa chez madame la Dauphine, qui est dans son lit et qui. Dieu merci, n'est pas bien malade; elle s'étoit même levée le matin, et avoit entendu la messe à son ordinaire dans la chapelle. Le roi, en sortant de chez elle, alla chez madame de Maintenon, où il travailla avec M. Voisin, et après son souper il repassa encore chez madame la Dauphine. — Par les lettres de Flandre du 27, le canon des ennemis n'étoit point encore arrivé, mais les batteries étoient toutes prêtes, et ils comptoient que leurs canons et leurs mortiers arriveroientle lendemain. — Les lettres de Francfort portent que l'élection de l'empereur est remise au 21 du mois qui vient, et toutes les apparences sont quelle sera remise encore au mois d'octobre.
Dimanche 30, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État, et l'après-dinée alla tirer. Au retour de la chasse il travailla chez madame de Maintenon avec M. Pelletier. — M. de Berwick mande que depuis que M. de Savoie a quitté son armée il n'y a eu aucun mouvement de troupes ni de part ni d'autre, qu'il fait des temps horribles en ce pays-là. M. de Savoie proposoit à ses alliés, qui ont des troupes dans son armée, de les faire hiverner en Savoie, où les siennes hiverneroient aussi, et s'offroit même d'y demeurer en personne ; mais le comte Martini, coniinissairc général, s'y est opposé, et veut retourner à Milan pour régler des quartiers en Italie pour toutes les troupes. — Parles lettres d'Espaguo qu'on
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reçut hier, il paroît que le départ de l'archiduc est fort incertain. Ils ont des lettres de Cadix du 11, qui portent que quelques armateurs françois y avoient amené quatre vaisseaux portugais de la flotte du Brésil, et que quelques armateurs poursuivoient le reste de cette flotte ; ils ont reçu aussi àCorella des lettres de Gibraltar que deux cents hommes de cette garnison, en étant sortis sous prétexte d'aller en parti , s'étoient venus rendre avec leurs officiers à leur tête, disant qu'ils n'étoient point payés.
Lundi 31, à Fontainebleau. — Le roi, après son dîner, courut le cerf; madame la duchesse de Berry étoit avec lui dans sa calèche. M. le Dauphin et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse ; madame la Dauphine n'y alla point, parce quelle est encore un peu abattue. Au retour de la chasse, le roi travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — On mande de Flandre que nos hussards ont défait auprès de Cambray les hussards des ennemis, dont on a tué ou pris trois ou quatre cents; le chevalier deBrossia, colonel de dragons, a été tué, et nous n'avons perdu que lui dans cette petite affaire. — M. le comte de Brionne est ici à la dernière extrémité , et a reçu tous ses sacrements ; il a la survivance de la charge de grand écuyér et du gouvernement d'Anjou. — On mande de Hollande qu'on y veut interdire toute sorte de commerce avec la France, hormis celui des lettres et des lettres de change ; mais les provinces deZélande etd'Utrecht s'y opposent. — Un de nos partis, commandé par le brigadier la Croix, avoit passé le Rhin entre liées et Emmerick, et pillé la ville et le château d'Anlîolt sur l'Yssel , et enlevé le fils du prince de Salm pour otage des contrijjutions qu'il a établies eu ce pays-là. Us ont aussi pillé la petite ville de Ter-Burch dans le comté de Zutphen ; ils ont rapporté un furieux butin de cette course-là.
Mardi V septembre, à Fontainebleau. — Le roi tint le couseilde fiiiaiices, et travailla ensuite avec M. Deî-maretz ;
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l'après-dinée j il alla tirer, etlesoir, chez madame de Maintenon , il travailla avee M. Voisin et M. DeSmaretz. — On eut nouvelles qu'il étoit entré dans nos ports de Bretagne quatre ou cinq vaisseaux armés par les Malouins, qui viennent de la mer du Sud fort richement chargés ; ils apportent quatre millions de piastres, et on croit qu'il y a encore de l'argent qui n'a pas été déclaré. — On mande de Flandre que le canon des ennemis a corn-' mencé à tirer devant Bouchain le dinianche 30 du mois dernier. — Le comte de Portmore, qui commandoit les troupes angioises en Portugal, ne pouvant pas s'accommoder avec les généraux portugais, a obtenu permission de la reine Anne de retourner en Angleterre. — On a reçu des nouvelles de Belgrade que le séraskier qui y commande y avoit lait de grandes réjouissances de la victoire des Turcs contre les Moscovites, dont il avoit eu avis par quatre courriers , mais par d'autres endroits il vient des nouvelles toutes contraires, si bien qu'on ne sait plus lesquelles croire.
Mercredi 2, à Fontainebleau. — Le roi prit médecine ; l'après-dinée il tint le conseil d'État qu'il auroit tenu le matin s'il ne se lut pas purgé; M. le Dauphin et monseigneur son frère, après avoir vu le roi à sa médecine, allèrent courre le sanglier. Madame la Dauphine prit médecine, mais cela ne Fempècliapas déjouer toute l'après-dinée chez elle. — M. de Ghalais* prit congé du roi pour s'en aller en Espagne ; on lui donne un emploi dans les gardes wallonnes , et madame des Ursins le veut établir en ce pays-là par un mariage considérable. — Il arriva un courrier de Flandre par lequel on apprit qu'un détachement de notre armée, commandé par le comte d'Estaing, attaqua la nuit du 31 quatre bataillons qui gardoient le poste d'Etrun à la gauche de l'Escaut; ces bataillons furent entièrement défaits, et un maréchal, de camp ({ui les commandoit fut pris. Le même jour le comte de Coigny tomba isur lescorte des fourrageurs des
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ennemis , prit le lieutenant général qui la cominandoit, et nous ramenâmes beaucoup de chevaux au camp.
* Madame des Ursins avoit conservé toute sa \ie un grand attachement pour la famille de son premier mari , quoiqu'elle n'en eût point eu d'enfants. Ce M. de Chalais étoit flls du frère de ce premier mari, à qui son père , qui n'étoit point sorti de sa province , ne domioit , et avoit peu à donner. On le verra dans la suite dans la plus intime confidence de madame des Ursins et tout faire pour son service , devenir grand d'Espagne malgré le roi, et après sa mort eu venir jouir eu France, quitter absolument l'Espagne , et se marier à une sœur du duc de Mortemart, qu'on fit dame du palais de la reine.
Jeudi S, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État ; il n'avoit pas pu finir hier toutes les affaires qu'il y avoit. Il alla tirer l'après-dinée et travailla le soiravec M. de Pontchartrain. — Les affaires des jésuites avec M. le cardinal de Noailles s'adoucissent ; on espère même finir toutes les affaires de ce cardinal avec les évèques qui avoient! écrit au roi une lettre injurieuse contre lui. — M. Emo Savio Grande, qui est ici pour les affaires de la république avec la France , a eu Fhonneur de saluer le roi, dont il a été^fort bien reçu. — L'armée des ennemis en Allemagne a passé le Rhin à Philipsbourg ; elle est venue camper sur le Spierbach ; le quartier général est à Spire. Les conférences à Francfort ont commencé le 25 du mois passé, et l'électeur de Brandebourg a fait demander, par son plénipotentiaire, qu'on fit sortir de Francfort M. Albani, neveu du pape.
Vendredi k, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, et puis il fit venir M. le Dauphin dans son cabinet ; ensuite il passa chez madame de Main tenon, et fit dire au duc de Charost de le venir attendre dans sa chambre quand il sortiroit de chez madame de Maintenon. Sitôt que le roi fut revenu dans sa chambre pour diner, il dit au duc de Charost de le suivre dans son cabinet, et là il lui dit qu'il l'avoit choisi pour son capitaine des gardes du corps*;, qu'il lui don-
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iioit un brevet de retenue de 500,000 Irancs alin qu'il pût payer plus aisément les 500,000 francs de brevet de retenue qu'avoit le maréchal de Boufllers. Il lui ordonna ensuite d'envoyer au duc de Béthune, son père , pour lui apprendre une nouvelle qui lui feroit grand plaisir sûrement ; c'estla même compagnie qu'avoit eue son père et son grand-père. Le grand-père Favoit eue dès le vivant du feu roi, dès l'année 1030, si je ne me trompe, et ils en avoient donné la démission en 1671, le père et le fils, et le roi leur donna la lieutenance de roi de Picardie et les fit ducs tous deux.
* Le cardinal de Richelieu, avoit fait la fortune du vieux Charost, et procuré son gouvernement et sa compagnie des gardes du corps , dont il eut une extrême reconnoissance toute sa vie. 11 eut dans les suites la survivance pour son iils, qui épousa la fille unique du premier lit de M. Fouquetle surintendant; à la disgrâce de ce ministre, on a vu à roccasion de xMIM. de Charost et archevêque de Paris faits ducs et pairs ce qui se passa à l'égard de MM. de Charost père et fils. Celui dont il s'agit, fils de l'un et petit-fils de l'autre, étoit initié dans l'amitié de MM. de Cninbray, de Beauvilliers et de Chevreuse par sa mère , la meilleure amie et l'intime confidente de la fameuse n)adame Guyon. Par là il eut toute la protection de M. le Dauphin, sur qui le roi commençoit à se reposer de beaucoup de choses, parle secours de madame la Dauphine tendrement aimée du roi et de madame de :Maintenon. Charost étoit lieutenant général , mais ne ser\ oit plus depuis quelque temps ; M. le Dauphin se fit un point capital par ces liaisons de le faire ca|)itaine des gardes , et il le fut au gi-and eionuement de toute la cour, qui en conçut un grand respect pour M. le Dauphin et pour son crédit. Le roi, en le lui accordant, lui dit : « Il vous servira plus longtemps que moi, il est juste de vous donner un homme à votre gré, » Malheureusement il ne fut pas prophète.
Samedi 5, à lonlaineblcau. — Le roi tint le conseil de iiuances et travailla ensuite avec M. Desmaretz; l'aprèsdinée il coiu-ut le cerf avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Au retour de la chasse, ou pour mieu.v dire de la promenade, car on ne trouva point de cerf, chose fort extraordinaire dans la forêt de Fontainebleau, le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin. ■ — Le roi a
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donné au marquis de Clerraont, gendre de M. d'U et colonel de dragons réformé, le régiment de drag-ons vacant par la mort du chevalier de Brossia, qui vient d'être tué en Flandre. — On apprit par l'ordinaire d'Espagne que M. de Vendôme et M. de Noailles étoient encore le 24 à Lérida ; qu'on disoit toujours que l'archiduc s'embarqueroit, mais qu'il n'étoit point encore embarqué. Il paroit que le roi d'Espagne témoigne beaucoup d'amitié au comte de Bergeyck, et l'on croit qu'il le mettra dans tous ses conseils et à la tète des affaires de finances.
Dimanche 6, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'Etat; il alla tirer l'après-dinée , et le soir il travailla avec M, Pelletier chez madame de Maintenon. — On mande d'Allemagne que l'impératrice, mère de l'archiduc, a déclaré que son fils ne signeroit point d'autre capitulation que celle de l'empereur Léopold et l'empereur Joseph, et qu'encore ilfalloit y mettre des modifications. Elle a même ajouté que son lils aimeroit mieux n'être point empereur que d'accepter l'empire à des conditions qui lui paroissoient si honteuses. Il n'y a pourtant rien dans la capitulation impériale qu'on a faite àRatisbonne qui ne soit dans les règles, et on ne croit pas que les trois collèges y veuillent rien chang-er ; ils ne le doivent pas du moins. On croit que ce procédé-là, et plusieurs difficultés qui surviennent tous les jours, retarderont bien l'élection du nouvel empereur.
Lundil, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée. M. le Dauphin et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse ; madame la Dauphine et madame la duchesse de Berry y étoient à cheval; le soir le roi trar \ ailla avec iM. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — Toutes les nouvelles qui nous viennent par l'Allemagne et par la Hollande d'un grand combat donné entre les Turcs et les Moscovites sont si différentes quon ne sauroit qu'en croire. Les partisans du roi Auguste publient que le czar a gagné une grande bataille , et les
partisans du roi de Suède soutiennent toujours que les Moscovites ont été entièrement défaits. — Le roi de Danemark est entréavecson arméeen Poméranie, et devoit, le 27 du mois passé, attaquer le passage de Damgarden vis-à-vis de Riljnits; l'armée du roi Auguste le doit joindre bientôt , et il attend aussi bientôt sept mille hommes moscovites. Quand ces troupes l'auront joint, il prétend être en état de faire le siège de Stralsund.
Mardi 8, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de linances, travailla ensuite avec M. Desmaretz ; il entendit vêpres Faprès-dînée en haut dans la tribune avec toute la maison royale. Après vêpres, il travailla chez lui avec M. Voisin; il alla ensuite au salut, et puis il se promena autour du canal, dans une petite calèche^ avec madame la Dauphine. Le départ de Fontainebleau avoit été jusques ici fort incertain \ le roi déclara le soir qu'il partiroit lundi pour aller coucher à Petit-Bourg et qu'il arriveroit le mardi \ 5, à Versailles. — Par les nouvelles de Flandre, on apprend que la gciruison de Bouchain se défend toujours fort bien ; mais la place n'est pas lionne et est rudement attaquée. On croit même que les ennemis sont présentement maîtres de la basse ville; ainsi on ne doute pas que la place ne soit liientôt rendue.
Mercredi 9, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État, etl'après-dinée il courut le cerf ; madame la Dauphine étoit avec lui dans sa calèche. — M. de Harlay, conseiller d'État , demanda au roi son agrément pour le mariage de sa fille avec M. le chevalier de Luxemliourg. Mademoiselle de Harlay est fille unique; elle aura après la mort de son père et de sa mère 1 00,000 livres de rente en fontls do terre, et on lui en donne 20,000 en l;i, mariant. L'estime qu'ilsont pour le chevalier de Luxembourg, qui la mérite très-bien, a fait qu'ils l'ont préféré à plusieurs ofiiciers de la couronne qui la souhaitoient. — M. de Villegagnon, colonel de dnigons, qui a été cassé, étoit venu ici pour tâcher à se justifier; il se présentoit à tout mo-
ment devant le roi, et lui vouloit toujours parler. Le roi lui a fait dire par M. Voisin qu'il pouvoit aller partout où il lui plairoit dans le royaume, mais qu'il se présentât rarement devant lui.
Jeudi 1 0, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée avec les chiens de M. le comte de Toulouse ; madame la Dauphine et madame la duchesse de Berry étoient à cheval. — On mande de Rome qu'on y a avis de la mort du cardinal de Tournon, qui étoit à Macao*; si la nouvelle est vraie, il y a présentement seize chapeaux vacants. — Il étoit dû à laprincesse des Ursins 50,000 écus, tant de ses pensions que de quelque argent qu'elle avoit donné pour le service du roi. Pour la payer, on lui donne 10,000 écus d'argent comptant et 40,000 écus sur la ville, dont on lui payera la rente au denier [dix pendant sa vie, et après sa mort ses héritiers auront la rente au denier vingt. — Au premier voyage de Marly, le roi aura quatorze logements nouveaux à donner et qui seront fort commodes, et l'été qui vient il en aura encore cinq ; si bien que , malgré tous les logements qu'on avoit pris pour faire des cuisines des princesses, il aura plus de logements qu'auparavant, et le roi, depuis un an, étoit fort peiné de n'y pouvoir mener quasi que le service.
* Les affaires de la Chine sont si connues , ainsi que le voyage et le martyre du cardinal de Tournon , qu'on s'abstiendra d'entrer ici en si vaste et si horrible matière.
Vendredi 11, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, et l'après-dinée il alla tirer. M, le Dauphin courut le sanglier; il prend beaucoup de plaisir à cette chasse-là. Il alla dîner à quatre heures avec madame la Dauphine dans le cabinet qui est au milieu de l'étang ; ils trouvèrent à côté de l'allée royale des chaloupes qu'on a fait venir de Versailles, qui les portèrent au cabinet. — On mande de notre armée de Dauphine que les troupes de M. de Savoie commencent à marcher
pour retourner en Piémont. Ils n'ont tiré aucunes contributions du Dauphiné ni de la Bresse ; ils n'en ont pas même demandé. — Le roi permit à ses ministres de s'en aller dimanche après le conseil, et de ne revenir à Versailles que vendredi matin ; il remet à ce jour-là le conseil d'État qu'il auroit tenu mercredi ; il a voulu leur donner le plaisir d'être quelques jours chez eux à la campagne. M. le Dauphin a travaillé un des jours de la semaine avec M. dePontchartrain ; il travailla aussi avec M. Pelletier.
Samedi 12, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de finances, et travailla ensuite longtemps avec M. Desmaretz. Il courut le cerf l'après-dlnée et revint fort tard de la chasse ; madame la Dauphiné et madame la duchesse de Berry, qui y étoient à cheval, en revinrent fort fatiguées. Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin. — On eut des lettres d'Espagne, par lesquelles on apprend que le duc de Noailles doit revenir ici incessamment. — Le bonhomme M. de Serrant est mort en Anjou, où il éloit retiré depuis longtemps; il avoit quatrevingt-treize ans : il avoit été chancelier de feu Monsieur. Quoiqu'il eût donné de gros mariages à ses deux filles, il laisse encore un bien considérable dont madame de V.'iubrun , sa fille ainée , en a la plus grande partie. Sa spccmde fille, qui étoit madame de Maulevrier, est morte depuis quelques années, et ses enfants ne laisseront pas d'avoir encore une grosse succession.
Dimanche 13, à Fontainehleau. — Le roi a tenu le conseil d'État, et après le conseil il donna congé à ses ministres jusqu'à vendredi, voulant leur laisser le plaisir d'être quelques jours à Paris ou à leurs maisons de campagne, où ils sont tous allés. L'après-dinée le roi est allé tirer, et le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. M. le Dauphin et madame la Dauphiné ont dîné à quatre heures dans le petit cabinet qui est au milieu (li^Tétang. M. le Dauphin, après le diner.est allé au salut, ri iii.id.iiiir la Dauphino sVst promenéf» vu p l'étang
et a fait entrer dans sa barqiie les nobles vénitiens qui sont ici, qui ne peuvent trop se louer de ses honnêtetés. Au retour de la promenade, elle a joué au brelan, petit jeu, chez madame de Maintenon. — Le roi a donné ordre à M. le cardinal de Noailles de se trouver mardi à Versailles à son arrivée; le duc de Noailles y arrivera d'Espagne à la lin de la semaine, et on espère qu'il aidera à réconcilier les jésuites avec le cardinal de Noailles, son oncle, ce qui seroitfort agréable au roi.
Lundi ik-, à Pelit-Bourg. — Le roi partit après son diner de Fontainebleau , et arriva ici à cinq heures ; il avoit trois relais. Il y avoit dans son carrosse madame la Dauphine auprès de lui, madame la duchesse de Berry et Madame au devant et la duchesse duLudeà la portière. Un peu après qu'il fut ici, il passa chez madame de Maintenon qui étoit arrivée avant lui et puis s'alla promener dans les jardins en calèche avec madame la Dauphine. Au retour de sa promenade, il rentra chez madame de Maintenon jusqu'à souper. M. le Dauphin et Monseigneur son frère coururent le sanglier dans la forêt de Fontainebleau, et après leur chasse vinrent ici dans leurs chaises, avec des chevaux de poste qui les attendoient à Chailly. — M. Voisin , qui est au Mesnil, sa maison de campagne, envoya un courrier ici apporter au roi des lettres du maréchal de Villarsqui mande qu'avant-hier on avoit battu la chamade à Bouchain. — Au retour de la promenade, M. le Dauphin joua au papillon avec les dames dans l'antichambre de madame de Maintenon, et madame la Dauphine joua au brelan avec monseigneur le duc de Berry, le duc d'Antin, M. le Premier et moi.
Mardi 15, à Versailles. — Le roi, après la messe, se promena en calèche dans les jardins de Petit-Bourg, mais la grande chaleur lui lit accourcir sa promenade. 11 nous lut à son lever une lettre que M. Voisin lui avoit envoyée du duc de Berwick, qui mande que M. de Savoie, qui est revenu de son armée , se retire avec toutes ses troupes. Il
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n'a laissé que onze bataillons auprès d'Exilles, dont il craint que M. de Berwick n'en veuille faire le siège quand il aura repassé la montagne. En attendant, le duc de Berwick le suit pour tâcher de rincomnioder dans sa retraite. — M. de Torcy, qui avoit couché à Savigny chez le marquis de Vins, son oncle, arriva à la fin du lever du roi, et apporta des nouvelles sûres de la défaite des Moscovites par les Turcs. Le czar y étoit en personne, à la tète de soixante mille hommes, dont il y en a eu plus de trente [mille j tués sur la place, et le reste mourant de faim et de misère. Le czar a été obligé de demander la paix, offrant de rendre Azof, de raser les forts , et de brûler tous les vaisseaux qu'il a sur la mer Noire, de laisser retourner le roi de Suède en Poméranie , et même de payer tous les frais de la guerre. Quelque avantageuses que soient ces conditions au Grand Seigneur, on ne sait s'il voudra ratifier le traité que le grand vizir a fait avec le czar. — Le roi partit après diner de Petit-Bourg, ayant dans son carrosse le Dauphin, la Dauphine, le duc de Berry, la duchesse de Berry et Madame ; les deux princes étoient aux portières. En arrivant ici, il trouva le cardinal de Noailles qui Fattendoit à la descente de son carrosse, et quand le roi passa chez madame de Maintenon, il ordonna au cardinal de l'y suivre ; il y fut une demi-heure avec lui, après quoi ce cardinal alla chez M. le Dauphin où il fut assez longtemps. Il ne paroifc pas que l'esprit de Son Éminence soit adouci sur le fait des jésuites.
Mercredi IG, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla ensuite à Marly, où il trouva son nouveau degré fait, qui lui a paru très-beau et très-commode. Au retour, il travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin qui étoit revenu de sa maison de campagne. M. le Dauphin et monseigneur le duc de Berry allèrent tirer dès le malin et au retour de lâchasse allèrent à la Ménagerie où madame la Dauphine les attendoit, et où elle dina fort tard. — Le roi d'Angleterre n'est plus à rarniéeduducde
Berwick; il est revenu ;\ Grenoble, où il prend les eaux de Vais, et, quand il aura achevé de les prendre, il continuera son voyaçe par la Provence et le Languedoc. — Le roi, avant que d'aller à la messe, donna encore audience au cardinal de Noailles, mais elle fut courte. — On avoit commencé à capituler samedi matin à Bouchain, maisonn'avoit pu convenir des articles de la capitulation, et on avoit recommencé à tirer, mais le soir on convint de tout, et nous ne savons pas encore le détail de la capitulation.
Jeudi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dînée. Madame la Dauphine alla diner à la iMénagerie , où M. le Dauphin etmonseigneur le duc de Berry la vinrent joindre après leur chasse; ils étoient allés tirer dès le matin. Les dames montèrent un peu à cheval à la iMénagerie. — On a par Constantinople la confirmation de la victoire des Turcs et de la paix honteuse que le czar a été obligé de faire, maison ne sait pas encore le détail des conditions qui regardent le roi de Suède. — On mande de Flandre que milord d'Albemarle est allé à la Haye pour proposer aux États Généraux quelque entreprise que Marlborough veut faire avant la fin de la campagne; on ne croit pas pourtant qu'ils puissent entreprendre rien de considérable. — Depuis le retour de Fontainel^leau, madame de Seissac paroit à la cour; elle est sœur de M. de Ghevreuse. Elle est belle et riche, cependant elle ne venoit jamais ici.
VendrediiS,à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, et l'après-dinée il se promena dans ses jardins. M. le Dauphin, après avoirbien examiné les affaires du cardinal de Noailles contre les évèques de la Bochelle, de Luçon et de Gap, les a entièrement réglées à Fontainebleau. Il s'est servi pour cet examen-là de l'archevêque de Bordeaux et de l'évêque de Meaux, qui ont admiré la pénétration, les connoissances et l'application de ce prince. M. le cardinal de Noailles, à qui l'archevêque de Bordeaux porta ce jugement, s'y est soumis; on Ta envoyé aux trois évèques qui ne sont pas ici, et on up floiiti'phi'^ ([ii'ils no
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s'y soumettent. Par ce jugement, ces Irois évèques sont condamnés à faire un nouveau mandement, delenvoyer ci avant que de le publier. On le fera examiner par des gens que nommera le Dauphin ; on le fera voir au cardinal pour savoir s'ill'approuve et si 1 en est content, et ensuite le roi lui enverra une lettre de cestrois évèques que S, M . a déjà reçue, et qui sera une réparation de ce qu'ils avoient écrit contre lui. Dans cet accommodement, il n'est point parlé du livre du P. Quesnel ni des affaires du cardinal contre les jésuites; M. le Dauphin nen a point été charg-é par le roi , et ne souhaitoit pas de s'en mêler.
Samedi 19, à Versailles. — Le roi tint le conseil de tinances, et travailla ensuite avec M. Desmaretz; l'aprèsdùiée il alla se promener à Marly, et au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin. M. le Dauphin et monseigneur le d-ucde Berry allèrent tirer. Madame la Dauphine allaàChaillot voir la reine d Angleterre, et, quoi- (ju'il fit un fort vilain temps, elle vouloit s'aller promener a.u Cours et aux Champs-Elysées . La princesse d'Angleterre étoit de la promenade, et ce fut par complaisance pour elle que madame la Dauphine y alla ; elles ne trouvèrent personne ni au Cours ni aux Champs-Elysées, et vinrent à la Savonnerie voir la manufacture à la manière de Perse. Madame la Dauphine remena la princesse d'Angleterre à Chaillot, et puis revint ici ; madame la duchesse de Berry étoit avec elle. — Le chevalier de Ravignan, frère du maréchal de camp qui étoit dans Bouchain, arriva ici. Notre garnison est prisonnière de guerre; mais Bavignan prétend qu'il y a de la supercherie dans la capitulation de la part des ennemis. — Le duc de Noailles arriva ici d'Espagne , et salua le roi après son souper * .
* Leduc de IN oailles arriva d'Espagne perdu dans les deux cours. H avoit imaginé de réveiller le roi d'Espagne , de profiter du triste état de la santé de la reine d'Espagne pour donner une niaitresst' ;i Philippe \ . dont le tempérament se passoit diflicilentent d'une fcunne, de ruiner ainsi le crédit de la reine et celui de mad.uuc des l rsiiis . et de prendre r. Mil. ••'
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son autorité en Espagne. La régularité des mœurs de Philippe V ne put être entamée et l'entreprise échoua ; mais la reine et madame des Ursins, averties , écrivirent tout à madame de Maintenon. qui le dit au roi , et n'eût rien de plus pressé que de faire revenir son neveu. Il fut reçu tout au plus mal, et demeura longtemps en cette situation. Comme il en sortit, passeroit les bornes de ces additions, et seroit la matière de Mémoires-anecdotes fort curieux.
Dimanche 20 , à Versailles . — Le roi tint le conseil d'État, alla tirer raprès-dinée, et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Pelletier, M, le Dauphin et madame la Dauphine allèrent à vêpres et au salut, et après le salut, madame la Dauphine joua chez elle au brelan. — Le maréchal de Villars a souhaité que le roi lui envoyât Ruffey, lieutenant général, pour servir sous lui, Ruffey, qui est officier dans les mousquetaires, étoit demeuré ici parce que c'étoit son rang d'y demeurer; le roi l'a fait partir. — Le roi d'Espagne a donné un petit bénéfice de 5 ou 6,000 livres de rente au petit abbé de Castiglione *, de la maison de Gonzague, Il est en France depuis deux ou trois ans, et le roi lui fait donner de temps en temps quelque argent pour subsister. 11 s'en ira en Espagne avec la duchesse d'Albe quand elle partira, mais elle ne veut point sortir de France que toutes ses dettes ne soient payées, et le roi d'Espagne a promis de lui envoyer de l'argent pour les payer.
* Ce petit abbé de Castiglione étoit un arrière-cadet Gonzague , sans pain , qui abbayoit quelque petit bénéBce ; pilier des appartements du roi a Versailles , reçu ni accueilli nulle part , avec un baragouin et une figure peu revenante. Il s'en alla en effet avec la duchesse d'Albe, qui l'épousa , et qui obtint la grandesse pour lui, sous le nom de duc de Solfarino, avec une pension et une clef de gentilhomme de la chambre. Ils vécurent quelques années en grande union , mais sans enfants. Il la perdit ensuite , fut très-affligé , et sur le point de se faire capucin , puis tout à coup épousa la plus belle fille d'Espagne, une Caraccioli, fille du prince de Saint-Buono, revenu depuis peu de la vice-royauté du Pérou et grand d'Espagne.
Lundi 21 , à Versailles. — Le roi tint encore le conseil d^Etat ; il n'avoit })hs })u liiiirle'^ affairesqu'il \ avoit.
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L'après-dînée, il tnivailla avec >I. do Pontchartrain et puis alla se promener à Trianon. M. le Dauphin, madame la Dauphine, entendirent vêpres, etpuisM. le Dauphin alla travailler chez lui, et madame la Dauphine alla jouer chez elle au brelan. M. Voisin alla sur les sept heures chez M. le Dauphin, et lui porta le consentement des évêques delà Rochelle, de Luçon et de Gap, au jugement qu'il a rendu; il ne s'agit plus présentement que d'exécuter ce qui est porté parle jugement qu'il a rendu. — Un armateur de Dunkerque nommé Dufaux, homme de réputation dans la marine, a pris sur les côtes d'Espagne seize bâtiments anglois chargés de blé pour le Portugal , qui en manque ; le pain est extrêmement cher en ce pays-là. La reine Anne en retire toutes les troupes qu'elle y avoit; les Portugais et les Anglois s'accordent mal ensemble.
Mardi '22, à Versailles. — Le roi tint le conseil de tinances, travailla ensuite avec M. Desmaretz; l'après-dînée il alla tirer, et le soir il travailla avec M. Voisin. — Il y a de grands bruits de paix en Angleterre et en Hollande qui se répandent fort dans Paris par nos négociants qui ont leurs correspondants en ce pays-là; mais les gens qui sont chargés des affaires en ce pays-ci n'en ouvrent pas la bouche et le secret est fort bien gardé. — Il arriva un courrier d'Espagne qui nous apprit la prise de Venasque par M. le marquis d'Arpajon, maréchal de camp. Ce château, qu'on croyoitsi difficile à prendre, n'a duré que trois jours parce qu'on avoit trouvé le moyen d'y porter à bras deux pièces de seize. Nous l'avions assiégé il y a deux ou trois ans, et nous avions demeuré quarante-cinq jours devant; il fallut lever le siège parce que nous n'avions point de canon .
Mercredi 23, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, et l'après-dinée il alla se promener à Trianon. M. le Dauphin, madame la Dauphine, monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry allèrent courre le cerf dans le bois de Boulogne avec l«'s chiens de M. le duc
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du Maine; la chasse lut lort Ijelle , quoique le temps lût fort vilain; il y vint même lieaiicoup de carrosses de Paris, et entre autres la princesse de Conty, qui y mena le prince de Conty son lils, et les princesses ses tilles. M. d'Armenonville y envoyi de la Meutte beaucoup de paniers de fruits; mademoiselle deCliausseraye y envoya aussi de sa petite maison qu'elle a près de Madrid. Madame la Dauphine, après en avoir fait part à toutes les dames qui Favoient suivie, en envoya à plusieurs carrosses qui étoient Vf nus de Paris, à qui elle trouvoit moyen de dire ou de faire dire des choseM)bligeantes, si bien qu'ils s'en retournèrent dans Parr-, , charmés et de sa personne et de ses honnêtetés. Après la chasse qui linit le plus agréablement du monde, madame la Dauphine, sans descendre de cheval, entra à Passy dans la cour de la maison que le duc d'Aumont y a fait accommoder, et puis dans une autre maison de la maréchale d'Estrées la douairière, et descendit ensuite dans la maison de la duchesse de Lauzun , qui lui avoit fait préparer un retour de chasse magnifique. On derneurn à tablf jusqu H liiiit htnu-e>: il ) avoit quntoize dames et iio> deux prince> a table. Les coui-tisans qui avoient suivi mangeoient dans une autre chambre d'où l'on voyoit la grande table; le repas fut fortg-ai. L'on joua au brelan, au lansquenet, au papillon, et onn en repartit qu'à minuit pour revenir ici; mais la princesse d'Angleterre, (jui ;i voit été de la chasse et du souper, s'en retourna lit' liunnt heure i'i Chaillot, d'où elle èt(jit \enue. — Toutes les lettres de Flandre, tant de notre armée que de celle des ennemis, portent qu'ils ne veulent plus rien entreprendre de cette campag ne , et qu'ils ont renvoyé leur canon à Douai.
Jeudi 2i. à Ver.<ailles. — Le roi monta en carrosse à onze heures pour aller diner à Marly : M. le Dauphin y alla uiu' ll^-ur(• .ijirps diui^sa chaise. Madame la Daupbine, après s<L messe, passa chez madame d<' Maintenon, (ju'elle v menadau'^ son eari'O'-st.'. .ivec [r- (luchesst'S du Lude et
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lie Noailles, mesdames de Daiigeau, d'O, de Lévis el de la Vallière. Le roi les reçut dans le salon, leur fit voir l'escalier nouveau, qui est le plus joli du monde, et puis il les mena diner dans Tappartement de madame de Maintenon, où elles furent servies d'une manière nouvelle. Les gens du roi n'y entroient que quand on les appeloit pour porter les plats; le repas fut fort long et fort gai. Après diner, comme le temps étoit fort vilain, le roi donna une petite loterie aux dames; la duchesse de Noailles et madame de Dangeau gagnèrent les deux plus jolis lots. On en repartit à six heures, et le roi ramena dans son carrosse, madamelaDauphine, madame de Maintenon, les duchesses du Lude et de Noailles, mesdames de la Vallière et de Dangeau. M. le Dauphin étoit parti avant le roi pour venir ici au salut.
Vendredi 25, à Versailles. — Le roi travailla avec son confesseur, et alla tirer l'après-dinée, — Le maréchal de Berwick avoit quelques desseins surExilles; mais cela a manqué par la précipitation d'un lieutenant général ou par la lenteur d'un de ses camarades, mais M. de Berwick ne veut se plaindre de personne. Voici ce qu'il écrit :
« Du camp de Modaue, le 20 septembre \7H.
« Le chevalier d' Asfeld s'avança le 1 6 au-dessus de Chaumont, sur quoi les ennemis, craignant dètre attaqués le lendemain des deux côtés et en cas de malheur d'être coupés, se retirèrent le même soir à l'entrée de la nuit, jetèrent les canons de leurs retranchements dans des ravins et brûlèrent les affûts. Ils mirent aussi trois cents hommes dans le château d'Exilles; mais comme, le 17, ils virent (jue M. de Broglio s"étoil retiré des hauteurs des Tétines etde laTuille, ils revinrent laprès-midi se mettre dans leurs retranchements ; sur quoi M. d' Asfeld , qui voyoit leur manœuvre, la Joite entre deux, se retira, le même jour J7, au pays de iM'aiielas, d'où il est venu camper hier, sa droite au (iotteplane et sa gauche à Oulx. Je lai
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renforcé de dix bataillons , et je suis campé ici pour observer les mouvements de l'armée des ennemis. Puisque noire projet sur Exilles a manqué par un contre-temps fàcbeux , il faudra se contenter de vivre le reste de la campagne aux dépens des vallées qui sont au delà des monts. »
Samedi 26, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, et travailla ensuite avec M. Desmaretz; le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Voisin. — Le marquis d'Alègre, qui est prisonnier depuislongtemps, sera échangé contre le comte d'Erpach. Ravignan, maréchal de camp, pris dans Bouchain, et que les ennemis prétendoient même qu'il n'eût pas la liberté de servir étant otage, sera échangé aussi contre un maréchal de camp pris durant le siège de Tournay, et le chevalier de Coëtenfao, officier de gendarmerie, présentement brigadier, mais qui n'avoit que commission de colonel quand i! fut pris à la bataille de Malplaquet, seraéchangé contre le comte d'Athlone, pris aussi durant le siège de Tournay, et qui est colonel d'infanterie. — Le courrier d'Espagne n'a point apporté de nouvelles de M. de Vendôme, le courrier qu'il avoit envoyé à Gorella ayant été pris en chemin. Le bruit du pays est toujours que l'archiduc va s'embarquer à Tarragone, et que l'archiduchesse, qui veut s'embarquer avec lui, a feint d'aller en pèlerinage à Notre-Dame du Monlferrat pour pouvoir sortir de Barcelone.
Dimanche 27, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, qui fut fort long ; l'après-dinée il alla tirer, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Pelletier. M. le Dauphin alla à vêpres et au salut; madame la Dauphine étoit avec lui, et elle joua le reste du jour chez elle au lansquenet, qu'elle a rétabli. Le roi a réglé qu'on iroit à Marly le mercredi 7, pour y demeurer dix jours. — Plusieurs lettres de particuliers qui sont à Madrid portent que le Portugal veut faire sa paix avec l'Espagne, ce que les Anglois et les Hollaudois craignent fort. On
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prétend même que le comte de Portmore, qui commande les troupes angloises et qui est encore à Lisbonne, a déclaré au roi de Portugal que , s'il l'aisoit la paix sans la participation de la reine Anne sa maîtresse, qu'il mettroit le feu à son palais. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Portugais n'ont point voulu que leurs troupes sortissent de leurs quartiers pour faire la campagne d'automne comme les autres années.
Lundi 28, à Versailles, — Le roi tint encore le conseil d'État ; il alla se promener l'après-dinée à Marly, et au retour, il travailla avec M. dePontchartrain chez madame de Maintenon. M. le Dauphin et monseigneur le duc de Berry allèrent tirer. Madame la Dauphine se promena dans les jardins, et au retour de la promenade elle joua chez elle. — Le roi d'Espagne, en donnant la souveraineté des Pays-Bas à M. de Bavière, retint une terre avec 30,000 écus de revenu, qu'il érigeoit en souveraineté pour madame la princesse des Ursins *; il n'avoit point été réglé quelle terre ce seroit. On apprend présentement, par les lettres venues de Gorella, que le roi d'Espagne étoit entré un matin dans la chambre de madame des Ursins avec toutes les provisions nécessaires pour le don qu'il lui fait; le chef-lieu de ces terres-là sera la Roche en Ardenne, et on y ajoutera des terres dans le voisinage jusqu'à la valeur de 30,000 écus de revenu, et cela s'appellera la souveraineté de la Roche en Ardenne.
* La souveraineté de madame des Ursius, qui ue fut eufiu qu'eu idée, la ruina dans notre cour. Le roi fut choqué à re.\cès d'une pensée si haute ; madame de Maintenon, au-dessus de laquelle elle entrepreuoil un si grand vol, la fut beaucoup plus, et ce qui piqua le roi davantage fui qu'une telle affaire se fut brassée sans sa participation. Il ne crut pas devoir s'y opposer, la voyant si avancée et le roi d'Espagne si engagé, mais on commença enfm à sentir le danger d'un crédit si fort sans bornes , et qui alloit à une élévation pareille, aux dépens de l'Kspagne. Le projet de madame des Ursins étoit d'adoucir le roi en lui cédant sa souveraineté , que pour cela elle vouloit sur ses frontières , et d'avoir en échange la Touraine et le pays d' Amboise en souveraineté, sa vie du-
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laiil l't réversible a la couronne après sa mort ; de quitter l'Espaguc et de venir jouir de ses travaux et faire la souveraine dans son pays. Pour ne point perdre de temps , elle envoya en France d'A'ibigny, cet écuyer favori qu'on l'accusoit d'avoir épousé , qui acheta un champ tout près de Tours , sans terres , dépendances ni seigneuries , et qui v bâtit un vaste et superbe château avec des basses-cours et des communs qui étonnèrent la province et firent grand bruit à Paris. On ne comprenoit pas qu'un aussi petit particulier employât tant de richesses a se bâtir une maison qu'un grand prince pourroit à peine remplir, et qui ne seroit qu'une maison de plaisance et de bouteille ; c'est que madame des Ursins, comptant sur la souveraineté de ces pays, n'y avoit pas besoin d'une terre particulière où placer son habitation qu'elle vouloit trouver toute prête. Elle demeura enfin avec ses beaux jardins à celui qui l'avoit bâtie. 11 se maria après la mort de sa maîtresse vers laquelle il ne retourna plus , et ne laissa qu'une fille unique, extrêmement riche, qui porta ses grands biens et ce château au marquis d'Armentières en mariage, après la mort de son père et de sa mère en 1733.
Mardi 29, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite longtemps avec M. Desraaretz ; il alla tirer l'après-dinée ; le soir il travailla chez madame de Maintenon avec MM. Voisin et Desmaretz. M. le Dauphin et madame la Dauphine allèrent à vêpres, et ensuite se promenèrent dans les jardins; sur les sept heures, madame la Dauphine joua chez elle. — Les bruits de paix augmentent fort; il paroit parles lettres d'Angleterre et deHollande qu'on n'en doute point en ces pays-là, mais le roi ni les ministres nen disent encore rien ici. — Le roi ayant su que le prince de Carignan , fils de celui qui étoitmuet et qui mourut il y a quelques années, avoit servi dans l'armée de M. de Savoie, a conlisqué tous les l>iens qu'il avoit en France. Le comte Picon, qui fait les affaires de ce prince à Paris , prétend pouvoir justifier que ce princt,' na point porté les armes contre le roi; mais on doute qu'il puisse le faire, et tous les gensqui louoient des appartements dans l'hôtel de Soissons à Paris, qui appartient à ce prince, ont ordre de ne payer qu'à ceux que le roi commettra pour cela.
Mercredi 30. à Versailles. — Le roi tint le conseil d'Etat,
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et, avant que d'aller à la messe, il avoit été trois quarts d'heure dans son cabinet avec le cardinal de Noailles ; Faprès-dinée il alla se promener à Trianon. M. le Dauphin, après le conseil , alla tirer, et après sa chasse passa par la Ménagerie où étoit madame la Dauphine , qui y avoit dîné. M. le Dauphin est présentement dans l'appartement de feu Monseigneur, et du caveau où Monseigneur couchoit, il en fait une bibliothèque. On a pris pour la part qui revient au roi d'Espagne des meubles de Monseigneur, plusieurs agates, cristaux et prismes d'émeraudes, qui étoient dans le cabinet de Monseigneur; mais il yen avoittantque cela n'en est que mieux, car il yen avoit trop. — Le roi d'Espagne a donné au prince de Santo- Buono la vice-royauté du Pérou, qu'avoit le marquis de Castel dos Rios ; le prince de Santo-Buono est Napolitain, etavoit perdu tous ses biens pour demeurer fidèle à son maître; il avoit été son ambassadeur à Venise.
Fl.\ DU ÏREIZIE.ME VOLUME.
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