‹ Journal; (volume 3)Chapitre 5 sur 20 · T. MIT · texte numérisé non relu

T. MIT

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Elle n'a qu'une sœur, qui n'a pas encore huit ans et qui, à peu de chose près, sera aussi riche qu'elle. Outre ce bien-là, il y a de grandes prétentions et sur Neufchâtel et sur M. de Savoie, qui leur doit plus de deux millions (1).

Vendredi 7, à Versailles. — Le roi fut enfermé le matin avec son confesseur et l'après-dlnéeil alla se promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne est ù la fin de son terme; cependant elle ne sent encore aucunes douleurs. — On a nouvelle que l'abbé de Pomponne est arrivé à Florence; ainsi il n'y a plus d'espérance d'accommodement avec les Vénitiens, et Mocenigo, ambassadeur de Venise, qui est à Paris, dont on a toujours été trèscontent ici, ^e prépare à partir avec douleur de sa part et fort regretté de tous ceux qui le connoissent. — On mande de Rome que la santé du pape est fort mauvaise ; ses jambes, qui étoient ouvertes et qui par là donnoient du soulagement à ses maux, se sont refermées, et on le croit en très-grand danger.

Samedi S, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz. Il alla se promener à Trianon l'après-dinée , et le soir il travailla avec M. Voisin chez madame de Maintenon. Le soir il y eut comédie chez madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur alla dîner à Meudon et en revint pour la comédie. — Depuis deux mois le pain a diminué de prix à Paris tous les marchés ; le pain des pauvres n'est plus qu'à deux sols et le plus beau pain n'est qu'à quatre sols quelques deniers (2). — Dufey, capitaine aux gardes,

(0 « M. de Coiucillon se retrouve en péril parce qu'il est venu des diauipignons à sa plaie et d'autres accidents. » (Lettre de la marquise d'Huxelles, du C lévrier. )

(2) « L'abondance revient à Paris, le pain à meilleur marché. La foire du faubourg Saint-Germain est fort belle, et on y joue gros jeu. Ou n'en a pourtant pas plus d'argent, mais on trafique de tout ce qu'on peut. » (Lettre de la marquise â'Httxellcs, du 1 "> février, )

qui a la jambe coupée depuis longtemps, a demandé permission de vendre sa compagnie. — On reçut à l'Académie M. de Lamotte en la place de M. Corneille qu'on appeloit le jeune Corneille quoiqu'il eût plus de quatrevingts ans. M. de Lamotte fit une harangue fort éloquente, fort sage et qui reçut de grands applaudissements.

Dimanche 9, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État; il alla tirer l'après-dinée, et le soir il travailla chez madame de MaintenonavecM. Pelletier. — M. d'Iberville, qui revient d'Espagne, a eu une assez longue audience du roi, chez madame de Maintenon. Les Espagnols paroissent plus attachés que jamais au roi leur maître et ont fait un décret par lequel ils lui donnent tout l'argent et toute l'argenterie des églises pour soutenir la guerre, déclarant traîtres à la patrie tous les archevêques et les évêques qui voudroient s'y opposer dans leur diocèse. Plusieurs ont déjà donné leur consentement, et ilparoît qu'il n'y aura point d'ecclésiastiques dans le royaume qui s'y veulent opposer.

Lundi 10, à Versailles. — Le roi, après la messe, signa le contrat de mariage du duc de Luynes avec mademoiselle de Neufchâtel. Nous le finies ensuite signer, comme on a accoutumé de faire, à toute la maison royale. Il y a deux embarras dans ces occasions-là : le premier sur Mademoiselle, parce que son rang n'est pas encore réglé avec les princesses du sang mariées et elle ne se trouve point en lieu public où il puisse y avoir de la cérémonie, quoiqu'elle soit ici depuis quatre ou cinq mois. Le second embarras est sur madame du Maine, qui ne veut point signer après les filles de M. le Duc, son frère, et mademoiselle de'Bourbon . D'ordinaire, quand on signe les contrats, elle signe après madame sa mère en laissant une place pour les signaturesde mesdames les princesses de Conty. Ainsi madame du Maine, qui seroit obligée de signer audessous de mademoiselle de Bourbon, ne signe point du tout. Le roi dhia de bonne heure et alla se promener à

Marly ; au retour il travailla chez madame de Maintenon

avec M. de Pontcliartrain,

Mardi 11, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz. Il alla tirer Taprès-dînée, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin. — Le roi, en travaillant hier au soir avec M. de Pontcliartrain, fit le second fils de M. de la Rocheguyon capitaine de vaisseau, dont M. de la Rochefoucauld, son grand-père , a été fort touché et en a témoigné aujourd'hui au roi une grande joie, et le roi lui a témoigné toute l'amitié et la bonté qu'il pouvoit désirer. — On parle fort du mariage du comte de Louvigny, fils aine du duc de Guiche, avec mademoiselle d'Humières, qui est fille unique et très-grande héritière. La duchesse d'Aumont la douairière, sa g-rand'mère, lui donne dès à cette heure 20,000 livres de rente, et le duc de Gramont, grand- père de Louvigny, lui donne 1 0,000 francs de pension ; ainsi ils jouiront de 30,000 livres de rente, et le duc de Guiche les loge et les nourrit.

Mercredi 12, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État et allaTaprès-dînée se promener à Trianon. — La duchesse. d'Albe, qu'on croyoit hors d'espérance d'avoir desenfants, est grosse de plus de trois mois. C'étoit une femme dans la dernière affliction depuis la mort du connétable de Navarre, son fils. — Les États de Hollande doivent se rassembler le 12 de ce mois, qui est aujourd'hui, et cela nous fait croire que le courrier que nous avons à la Haye pour les passeports de ncJs plénipotentiaires , sera de retour dans quelques jours. — Madame de Ribeyra-Grande, fille de M. deSoubise, mourut à Lisbonne il y a cinq mois ; on n'en a su la nouvelle que ces jours-ci.

Jeudi 13, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly. — Cet officier des gendarmes quiavoit pris le nom de Ghavigny * a été entièrement découvert. Il étoit ûh d'un juge de Beaune qui s'appeloit Gliavignar. Il avoit acheté, il y a quelques années, pour

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son fils, qui vient d'être reconnu^ une lieutenance de roi de Touraine, que M. de Thouy lui a voit vendue et dont il n'est pas encore achevé de payer, non plus que M. de Duras, qui lui avoit vendu le guidon des gendarmes, et ils l'ont tous les deux arrêt entre les mains de M. de Pons, (|uele roi a choisi pour remplir cette charge, qu'on a taxée à 20,000 écus. Elle avoit coûté plus de 80,000 francs au faux Chavigny,

* Jamais impudence ne fut pareille, ne sembla punie avec plus d'éclat et ne Ta été moins en effet. Ce Chavigny en conserva le nom, alla pour quelque temps en pays étranger, et trouva moyen de se soutenir au dehors par les ministres, le reste de ce règne, et d'y être continuellement employé après , à la honte et d'eux et de la nation. Il y reçut forces avanies , qu'il sut avaler comme l'eau, et aller toujours à son fait. Il est encore employé en Angleterre avec toute la confiance de nos premiers ministres et tout le mépris des Anglois. Peu d'hommes ont plus d'esprit, d'adresse, de souplesse; il est fort instruit, rampant à l'excès, et haut, comme s'il ne lui fût jamais rien arrivé, suivant les occasions. Son frère, sans ressource pour l'Église, s'est fait président à mortier à Besançon, où il domine la province, et tous deux ont mis force foin dans leurs bottes. L'un et l'autre ctoient les âmes danmées et les plus chers confidents du cardinal Dubois, et tous deux eu étoient parfaitement dignes. •»

Vendredi 14, à Versailles. — Le roi travailla le malin avec son confesseur et alla l'après-dinée se promener à Trianon. — Dupont, brigadier d'infanterie, homme de grande réputation sur le courage et que le roi avoit mis pour commander dans la citadelle de Pampelune pendant qu'il y avoit des troupes de France, a eu ordre, depuis son retour d'Espagne, d'aller commander à Landrecies. — L'évêqued'Évreux, fils de l'eu madame d'Heudicourt et qui n' avoit été fait évêque que depuis la mort de sa mère, qui n' avoit pas même ses bulles, est mort depuis quelques jours.

Samedi 15, à Versailles. — Le roi fut réveillé à sept heures du matin, parce qu'il avoit donné ordre qu'aux premières douleurs que scntiroit madame la duchesse de

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Bourgogne on entrât dans sa chambre. Il s'habilla fort vite Bipassa chez cette princesse, qui étoit dans les i^randes douleurs et qui accoucha à huit heures trois minutes et trois secondes. Leroi nousdit d'abord que c'étoit un duc d'An- jou. M. le cardinal de Janson l'ondoya dans la chambre même, et puis madame la duchesse de Vantadour l'emporta sur ses genoux dans la chambre qu'on lui avoit préparée auprès de monseigneur le duc de Bretagne, son frère, et le roi le fit suivre par un capitaine des gardes du corps, et ce fut le maréchal de BouffLers qui fut choisi pour cela. Il avoit déjà ftiit cette fonction-là à un autre accouchement de madame la duchesse de Bourgogne i^l). Le roi,

(1) "On étoit attentif sur le temps que cette princesse acœucheroit, tant parce qu'on étoit persuadé qu'elle étoit à terme| qu'à cause qu'il y avoit déjà du temps qu'elle avoit senti quelques douleurs qui avoient donné lieu de croire (lu'elle accoucheroit plus tôt que l'on n'avoit cru et qu'elle avoit senti ses douleurs à diverses reprises, ce qui étoit cause qu'on attendoit incessamment le moment de sou accouchement , que les princes , qui pour leurs intérêts particuliers doivent être présents, à de pareils accouchements ou du moins dan>. des lieux d'où ils puissent savoir ce qui se passe sans pouvoir être trompés, ne quittoient point Versailles, et les habits du roi demeuroient toutes ICvS nuits dans la chambre de Sa Majesté , afin de gagner le temps qu'il auroit fallu perdre pour aller chercher sa garde-robe.

« Enfin le samedi 15 de.ce mois , sur les sept heures du matin , cette princesse commença à senthles premières douleurs de l'accouchement, et, comme l'enfant se trouva mal tourné , on crut d'abord que le travail pourroit être rude, et que cette princesse n'accoucheroit qu'avec beaucoup de peine ; mais M. Clément, quia déjà accouché plusieurs fois cette princesse, qui est dejuiis |ieu de retour d'Espagne, où il a accouché la reine, etjdont le savoir est grand aussi bien que l'expérience, remit aussitôt l'enfant dans la situation qu'il devoit être, de manière que cette princesse accoucha sur les hiùt heures demiquart, ce que les faiseurs d'horosco|)es seront bien aises d'apprendre. Je vous dirai cejjendant, sans me vouloir mêler d'en faire, qu'il a de tout temps passé pour constant que les enfants qui naissoient le jour etoient plus heureux que ceuxqui veuoient au monde pendant la nuit. Comme ce prince est arrière-petitlils du roi, rien ne inarcpie mieuv (|ue le ciel bénit la itostérité de ce monarque, et d'ailleurs il est très -avantageux à un État d'avoir beaucoup de princes dune même race, d'autaut (jue lorsqu'il passe d'une race à une autre, il arrive souvent des démêlés qui causent de grands désordres. » (Mercure de févriei', pages '>03 à 207. )

Le Mercure ne pouvait se croire si bon prophète et supposer que cet arrière-petit-fils du roi serait en effet son successeur.

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après la messe, tint le conseil de finances comme à l'ordinaire; Taprès-dlnée il alla se promener à Trianon. — Le courrier qu'on avoit envoyé en Hollande et qu'on a retenu quatorze jours en ce pays-là arriva ici le soir. M. de Torcy en vint apporter la nouvelle au roi pendant que nous étions à son coucher. Après que nous fûmes sortis, le roi le lit entrer, et il demeura un quart d'heure avec le roi. Tout ce que nous savons de la nouvelle qu'il porte, c'est que les passeports ne sont point encore arrivés. Monseigneur alla le soir à la comédie dans la salle ordinaire, et on- laisse le théâtre dans l'antichambre de madame la duchesse de Bourgogne pour y rejouer la comédie quand elle sera en état de s'y faire porter dans un fauteuil. Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin.

Dimanche 16, à Versailles. — Le roitintle conseil d'État, qui fut plus long qu'à l'ordinaire. On renvoie un autre courrier en Hollande. On ne nous dit rien des lettres qu'on areçuesni de celles qu'on y a répondu, mais tout le monde est persuadé que les passeports arriveront par le courrier qu'on fera partir demain. Le roi alla tirer l'aprèsdinée et passa chez madame la duchesse de Bourgogne avant que d'aller à la chasse. Il y revint encore au retour et puis encore en sortant de chez madame de Maintenon avant son souper. Le roi, à la messe, fit chanter le Te Deum pour la naissance de monseigneur le duc d'Anjou et a donné ordre qu'on le chantât jeudi à Paris. Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Pelletier.

Lundi 17, à Versailles. — Le roi dîna de Iwnne heure et alla se promener à Marly. Il vint trois fois dans la journée chez madame la duchesse de Bourgogne aux mêmes heures que hier et continuera de même durant ses couches. — Le courrier pour Hollande partit le matin à cinq heures, et on compte qu'il arrivera jeudi à la Haye. On espère qu'il sera de retour dans dix jours avec les passe-

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ports. — L'évêque de Lombez est mort; il avoit plus de quatre-vingt-dix ans. C'étoit le fameux dom Gosme, Feuillant, fameux prédicateur, qui avoit souvent prêché devant le roi. — On apprend par des lettres de Londres que la duchesse de Marlborough a perdu les bonnes g-ràces de la reine Anne, sa maîtresse, et qu'elle veut venir en Flandre avec le duc son mari quand il y repassera. — Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. Monseigneur alla le soir à la comédie.

Mardi 18, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et alla se promener à Trianon l'après-dlnée. Monseigneur alla diner à Meudon, où il demeura huit jours; madame la princesse de Conty et beaucoup de dames sont de ce voyage ; il y a beaucoup de courtisans aussi. Madame la duchesse de Bourgogne a eu la fièvre de lait et un peu de mal au côté ; mais elle se porte assez bien présentement. — Plusieurs gens ont demandé au roi le gouvernement de Sarrelouis, qu'avoit M. de Choisy; cependant le roi ne sait pas encore qu'il soit mort. — Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin.

On fit à mon fils un pansement fort rude avec des poudres brûlantes ; il souffrit plus que le jour qu'on lui coupa la cuisse.

Mercredi 19, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla tirer l'après-dînée. Monseigneur vint ici de Meudon pour le conseil; il vit madame la duchesse de Bourgogne après le conseil et puis s'en retourna diner à Meudon. — M. de Pons, que le roi a choisi pour acheter le guidon des gendarmes, avoit traité de son guidon de gendarmerie avec un gentilhomme de Provence qui est colonel d'un nouveau régiment d'infanterie et qui lui en donnoit 44,000 francs ; mais le roi n'en a pas voulu donner l'agrément. — M. l'évêque de Nimes (1) est mort. Il est uni-

(1) Flédiier.

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versellement regretté; il s'est rendu illustre par une vie exemplaire et par beaucoup de beaux ouvrages. Il étoit de l'Académie francoise.

Jeudi 20, à Versailles. — Le roi dîna au sortir de la messe et alla à Marly. Il continue à aller trois fois le jour chez madame la duchesse de Bourgogne. — On chanta à Paris le Te Deum pour la naissance de monseigneur le duc d'Anjou. — Le mariage de M. de Louvigny avec mademoiselle d'Humières est entièrement réglé, et le roi permet que le duc de Guiclie cède sa duché à son fils et lui conservera toujours son rang. Le roi a déjà permis plusieurs fois qu'un père cédât sa duché à son fds : en cette occasion-ci la grâce est plus grande , parce que le grand-père, le père et le fils, tous trois en vie et se portant bien, seront ducs quoiqu'il n'y ait qu'une duché dans leur maison.

Vendredi 21, à Versailles. ■ — Le roi travailla le matin avec son confesseur et alla l'après-dinée se promener à Trianon. Monseigneur alla de Meudon à Paris voir l'opéra, et plusieurs dames qui ne sont pas du voyage de Meudon y allèrent dîner, et Monseigneur les mena à l'opéra. — On a donné un arrêt fort sévère pour défendre dans Paris les jeux de hasard, comme les dés, la bassette, le pharaon, lehocaetle lanscpienet, sans excepter personne, de quelque condition que ce soit. — M. le duc de Beauvilliers cède la charge de premier gentilhomme de la chambre au duc deMortemart, son gendre et sonneveu ; cela ne sera public que demain, et on n'en sait pas encore les conditions.

Samedi 22, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, alla à Marly l'après-dinée et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin. En sortant de son cabinet pour aller à la messe, M. de Beauvilliers lui présenta M. de Mortemart pour le remercier. Le roi lui parla lopins obligeamment du monde. J'étois auprès d'eux et j'entendis avec plaisir tout ce que le roi dit à M. de Mortemart. Le duc de Tresmes se trouve présente-

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nient le plus ancien des gentilshommes de la chambre. Le roi conserve à M. de Beauvilliers le brevet de retenue de 400;,000 francs sur la charge. — Madame de Louvois vint ici et vit le roi au retour de Marly. Elle lui apprit la mort de M. l'archevêque de Reims, qui travailloit avec son secrétaire à midi et demi (Ij. Il se trouva mal en travaillant et étoit mort à une heure. Madame de Louvois, qu^on avoit envoyé chercher dès qu'il se trouva mal, le trouva mort. Elle demanda au roi pour l'abbé de Louvois, son fils, la charge de maître de la chapelle, qu'avoit M. de Reims.

Dimanche 2^, à Versailles. — Le roi tint le matin le conseil d'État, alla tirer l'après-dinée et travailla le soir chez madame deMaintenonavec M. Pelletier. — M. l'archevêque de Reims a fait madame la marquise de Créquy, sa nièce, sa légataire universelle et l'abbé de Louvois son exécuteur testamentaire. 11 donne à cet abbé sa maison à Versailles, l'argenterie de sa chapelle, qui est magnifique, et une belle tapisserie. Il donne aux moines de Sainte-Geneviève sa bibliothèque, qui est une des plus belles de l'Europe. Il ne laisse aux enfants de M. de Louvois que ce qu'il n'a pu leur ôter, qui est la maison de Paris, rue des Francs-Bourgeois, et qu'il avoit héritée de M. le Tellier, son père. Le reste du bien qu'il avoit eu de sa famille est changé de nature. On croit que la marquise de Cré-

(1) Chdrlos-3Iaurice le Tellier, beau-frère de la marquise de Louvois. « Il venoit de travailler avec M. l'ilon, ce laineux procureur si géuéralement estimé , à une transaction pour un de ses amis (|n'il estimoit beaucoup et <ju'il bonoroit de son amitié, et ce prélat avoit apostille de sa main tous les articles de cette transaction, à la(|uelle il avoit été longtemps fort appliqué. Il dit ensuite qu'il aAoit mal à Li tète, et |)eu de teini)s après que son mal augmentoit beaucoup. On lui dit de se mettre sui- son lit pour se reposer, et à peine y eutil été un moment qu'on lui t;\ta le pouls et que l'on connut que le pouls remoutoit et que ce prélat commençoit a perdre connoissance. Ou courut à Saint-Gervais, et le vicaiiede cette paroisse accourut aussitôt avec les saintes builes; mais à peine eut-il fait la première onction qu'on remarqua qu'il n'avoit plus du tout de connoissance, et il mourut aussitôt après. » {Mercure de février, pages 261 à 26;{.)

quy aura plus de 500,000 écus par être sa légataire universelle ; car, outre qu'il avoit un gros bien de sa famille, il jouissoit d'un bien immense en bénéfices.

Lundi'2k,à Versailles. — LeroiallaàMarly de fort bonne heure, et au retour il travaillachez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. Madame la duchesse de Bourgogne fut assez incommodée; cela ne l'empêcha pas de voir madame la duchesse de Mantoue, à qui elle avoit mandé deux jours auparavant qu'elle la verroit lundi. Madame de Mantoue vit ensuite le roi chez madame de Maintenon. — Leduc de Luynes, mon petit-fils, épousa le matinàSaint-Sulpice, àParis, mademoiselle de Neufchàtel, et la noce se fit le soir très-magnifiquement chez madame de Neufchâtel. Gomme ils sont extrêmement jeunes tous deux, le duc de Luynes n'ayant que quatorze ans et demi et la demoiselle treize ans, on ne les laissa qu'un quart d'heure dans le lit, les rideaux ouverts et tous ceux qui avoient été à la noce étant dans la chambre.

Mardi 25 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, alla se promener l'après-dinée à Trianon et travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maintenon. — Le duc de Mortemart prêta serment le matin pour la charge de premier gentilhomme de la chamljre, et M. de Beauvilliers paya pour lui les 2,000 écus pour la prestation du serment. M. de Beauvilliers jouira des revenus de la charge pour payer l'intérêt de ses dettes, et cela reviendra toujours à M. de Mortemart, parce qu'il est son héritier naturel. — Le roi signa le contrat de mariage du duc de Lou vigny avec mademoiselle d'Humières, et le mariage se fera lundi à Paris. — La Cour des Chiens, qui étoit en réputation d'être un homme fort riche et qui avoit des maisons magnifiques dans Paris, est mort. On dit que ses héritiers veulent renoncer à sa succession. 11 devoit beaucoup à des particuliers, mais il prétendoit qu'il lui étoit dû encore davantage par le roi.

Mercredi 26, à Versailles. — Le roi prit médecine et

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l'api-ès-diiiée il tint le conseil d'État. Monseigneur revint de Meudon pour le conseil, et n'y retourna point. Il y eut le soir comédie. Madame la duchesse de Bourgogne a eu la fièvre pendant vingt-quatre heures, et les médecins connurent bien que c'étoit une fièvre que l'on a souvent dans les couches et qui s'appelle le poil, et qui n'auroit aucune suite. — Un courrier, qui étoit parti il y a huit jours pour la Hollande, revint le soir, et le roi dit à son souper que les passeports étoient arrivés. Nos plénipotentiaires, qui ne prendront pas cette qualité-là les premiers jours en Hollande, demeureront à Saint-Gertrudemberg et de là viendront aux conférences au Moerdyk. On les y attend mercredi prochain ; mais ils n'y pourront être que quelques jours après par des ordres qu'il faut apporter pour leur départ, qui sera les premiers jours de la semaine qui vient.

Jeudi 27, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly; durant son dîner le maréchal d'Huxelles arriva, et le roi, en sortant de table, le fit entrer dans son cabinet. — Nos plénipotentiaires ne pourront partir que mardi ou mercredi. — Voilà présentement un archevêché et quatre évèchés vacants ; Reims, Évreux, Nimes, Lombez et Saint-Pol , et beaucoup de grandes abbayes, dont les principales sont celles qu'avoit l'archevêque de Reims, qui sont : Saint-Rémy dans Reims, Saint- Étienne de Caen, Sainte-Bénigne de Dijon, Breteuil. Il avoit encore quelques autres bénéfices moins considérables. — Par la mort de l'archevêque de Reims, M. de Marillac devient doyen du conseil, et cela vaut 5,100 fr. de plus qu'aux autres conseillers d'État ordinaires.

Vendredi 28, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec son confesseur et alla se promener à Trianon Taprèsdinée. — En sortant du souper du roi, madame de Fimarcon se jeta à ses pieds fondant en larmes. Son fils, qui étoit malade depuis longtemps, est mort en province. Elle demande le régiment de dragons qu'il avoit, qui est

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un des quatorze anciens régiments. Elle a un autre tils pour qui elle voudroit l'obtenir, ou, si le roi le trouve trop jeune, avoir la permission de le vendre. — L'électeur de Bavière, qui a toujours demeuré à Compiègne depuis être parti d'ici, est arrivé à Paris et verra ici le roi dans son cabinet mardi. Il entrera par le petit escalier. Il ne verra ici que le roi. — La Faye, capitaine aux gardes, soupçonnant Rousseau d'avoir fait des vers contre lui et sa femme, l'a insulté dans la rue des Bons-Enfants et même dans la cour des cuisines du Palais-Royal. M. le duc d'Orléans demanda au roi le matin qu'on l'envoyât au For-l'Évêque pour avoir manqué de respect à sa maison. Le roi l'envoya en prison, et le soir même M. le duc d'Orléans demanda au roi qu'on le fit sortir (1).

Samedi 1" mars, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et alla l'après-dinée se promener à Marly. Monseigneur alla se promener à Chaville. Le soir le roi travailla avec M. Voisin chez madame de Main tenon. — Le roi a donné le régiment de Fimarcon à de Foix, qui en étoit lieutenant-colonel et brigadier. 11 est encore fort en état de servir quoiqu'il ait plus de soixante ans. — M. de Choisy, gouverneur de Sarrelouis, mourut mercredi dans son gouvernement après une longue maladie. — M. l'abbé de Grandpré *, qui avoit plus de quatre-vingt-huit ans et qui étoit frère aine du maréchal de Joyeuse, est mort ; il

(1) « M. de la Faye, capitaine aux gardes, ayant soupçonné M. Rousseau, fameux poëte , un peu satirique , briguant une place à l'Académie , d'avoir fait une chanson fort offensante contre lui et sa femme , l'a excédé de coups <le plat d'épée, ensuite de quoi la Faye en a averti le roi. De l'autre côté, on s'est plaint à monseigneur le duc d'Orléans que cette violente action s'étoit commise dans son Palais-Royal, ce que le prince trouve fort mauvais. Le parterre prend parti, et on attend ce que Sa Majesté décidera sur cela... La Faye, capitaine aux gardes a couché une nuit au For-l'Évêquepour satisfaire à monseigneur le duc d'Orléans', et les coups de plat d'épée seront réparés à l'égard de Rousseau par un accommodement; il y aira une espèce de désaveu et quatre milita francs cjuil donnera à l'offensé. Ainsi on ne laissera pas de chanter, ce que l'on n'a jamais tant fait. » ( Lettres de 'a marquise a'Hvxdles, d*»s 58 lévrier et ."J mars. )

lin JOURNAL DE DANGEAU.

laisse deux ou trois al)ljayes vacantes. — Un trésorier de Madame, nommé Davou, qu'elle avoit cassé il y a quelques mois et qui lui avoit volé plus de 100,000 écus , voyant entrer des archers dans sa chambre qui venoient l'arrêter, s'est jeté par la fenêtre et s'est tué.

* Cet abbé de Grandpré ou de Joyeuse étoit un imbécile , et qui en avoit aussi tout le maintien ; il ne l'avoit pas été de corps comme d'esprit. On l'appeloit l'abbé Quatorze, et les dames lui avoient donné ce nom; quelque prodigieux que cela soit, elles méritent être crues, et cela avoit passé en telle notoriété que la ^ singularité fait surmonter ici sur la honte de le rapporter.

Dimanche 2, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire. Il alla tirer [raprès-dinée, et le soir il travailla avec iM. Pelletier chez madame de Maintenon.

Le matin M. Maréchal, premier chirurg-ien du roi, trouvant la plaie de mon fils * en mauvais état, et l'os de la cuisse qu'on lui coupa sur le champ de bataille à Malplaquet, le 1 1 septembre, se trouvant carié, fut obligé de luirecouper cet os et beaucoup de chairs qui étoient revenues trop vite et qui étoient mauvaises. Cette opération fut aussi douloureuse que quand on lui coupa la cuisse et étoit très-difficile à faire. Mon fils fut en si grand danger et l'a été encore si longtemps depuis que je n'eus pas la force de continuer ces Mémoires, et je ne les ai recommencés que deux mois après quand il n'y eut plus rien à craindre pour sa vie; si biea qu'il est presque impossible qu'il ne se soit passé beaucoup de choses qui ne sont pas venues à ma connoissance durant ce temps-là. J'avois chargé seulement un secrétaire d'écrire sur des feuilles volantes ce qu'il apprendroit de certain , et c'est ce que je fais copier présentement.

*Ce Courcillon, fils unique de l'auteur de ces Mémoires, étoit un original sans aucuae copie, beaucoup d'esprit et d'ornement dans l'esprit, un fonds de gaieté et de plaisanterie inépuisable, dont il y a des contes sans fin , une débauche effrénée , et effronterie à ne rougir de rien. Madame de Maintenon le garda avec des soins de mère, par amitié pour la sienne, dans une maladie qu'elle seule et madame de Dangeau

ignoroient , et dont Courcillon faisoit des farces pour se consoler de l'ennui qu'il avoiteu de cette compagnie. 11 en fit d'une autre espèce quand on lui coupa la cuisse ; mais la plus rare fut lorsqu'on la lui recoupa. Le danger étoit grand; Dangeau et sa femme le tournoient pour le faire venir à la confession. Cela l'importuna ; il connoissoit son père et il se délivra à cette importunité. Il feignit d'entrer dans ce qu'il lui insinuoit, et lui dit que, puisqu'il en falloit venir là, il vouloit aller au mieux, qu'il lui fit donc venir le P. de la Tour, mais qu'il ne vouloit jamais ouïr parler d'aucun autre. A ce nom Dangeau frémit de la tête aux pieds; il venoit de voir combien son assistance à la mort de M. le prince de Conty et de M. le Prince avoit étrangement déplu. Il n'osa jamais courir les mêmes risques , d'autant que survivant son fils il en porteroit l'iniquité. De ce moment il ne fut plus mention de confession de sa part , et Courcillon , qui ne vouloit que cela , n'en parla pas aussi davantage. Dangeau avoit un frère abbé , pédant, grammairien, le meilleur homme du monde , mais fort ridicule. Courcillon, voyant son père au chevet de son lit fort affligé, ^se prend à rire comme un fou et à le prier d"aller pleurer plus loin , parce qu'il fait en pleurant une si plaisante grimace qu'il en faut mourir de rire , et de là passe à dire que sûrement, s'il meurt, l'abbé se mariera pour soutenir la maison, et à en faire une telle description en plumet et en parure que tout ce qui étoit là ne put se tenir d'en rire aux larmes.

Lundi 3, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et s'alla promener à Marly; au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. — Le duc de Louvigny, fils aine du duc de Guiche, épousa à Paris mademoiselle d'Humières, fdle unique et grande héritière, dont le père, qui étoit fils du second lit du feu duc d'Aumont, avoit pris le nom dHumières, en épousant la fille cadette du maréchal d'Humières, qui avoit obtenu du roi que celui qui épouseroit sa fdle seroit duc et porteroit le nom et les armes d'Humières. On croyoit même que celle qui s'est mariée aujourd'hui seroit obligée à porter toujours le nom et les armes d'Himiières; cependant elle n'a pris par son contrat de mariage que le nom d'Aumont, dont elle a pris aussi les armes sans même les écarteler de celles d'Humières.

Mardi i, à Versailles. — Le roi donna audience le matin à l'électeur de Bavière, qui depuis deu.x jours étoit

venu de Compiègne à Paris. Il entra dans le cabinet du roi parles derrières, et l'audience fut tout à fait en particulier. Cet électeur dîna chez M. de Torcy et retourna coucher à Paris, où il. demeurera quelques jours, et puis il retournera à Compiègne. On croyoit qu'il iroit faire sa demeure à la Meute, mais il a mieiix aimé rester à Compiègne, où il a fait venir mademoiselle de Montigny avec sa famille. 11 y a longtemps qu'il a un grand attachement pour elle . — Le roi tint le matin conseil de finances à son ordinaire. L'après-dînée il donna audience à l'abbé de Polignac et le soir il travailla chez madame de Main tenon avec M. Voisin. — .Al. le Duc mourut à trois heures du matin à Paris *. Il étoit rentré hier à riiôtel de Condé à dix heures du soir, où étoit madame la Duchesse avec les princesses ses filles, et il comptoit de les mener ce soir-là aux bals qu'on trouveroit dans Paris. Quand il entra à 1" hôtel de Condé il revenoit de chez madame de Bouillon et avoit déjà perdu connoissance en entrant chez lui, et la connoissance ne lui revint point. Madame la Duchesse, le voyant en cet état, envoya ici faire prier madame la princesse de Conty, M. du Maine et M. le comte deToulouse de venir l'aider dans son malheur, ce qu'ils firent dans le moment, et madame la princesse de Conty, qui arriva la première, trouva M. le Duc mort. Elle ramena ici madame la Duchesse à six heures du matin. Madame la princesse de Conty en arrivant alla chez Monseigneur, qu'elle fit éveiller. Monseigneur s'habilla diligemment et alla chez madame la Duchesse et puis monta chez le roi avant que personne y fût entré. Il apprit au roi la mort de M. le Duc, et en même temps le roi donna à M. le duc d'Enghien, son fils aine, la charge de grand maitre de sa maison et le gouvernement de Bourgogne qu'avoit M. le Duc, son père (1).

(1) » Monseigneur le Duc est mort suhifeinont; la mort des grands frappe liien da> anlage que celle des antres. Avanf-liier, à sept iieures du soir, rêve-

'\fARS 1710. 113

* M. le Duc ne jouit pas longtemps du plaisir de la délivrance d'un père fâcheux et d'un beau-frère qui en plus d'une sorte avoit fait le malheur après le désespoir de sa vie. Il fut attaqué d'accès violents de niauv de tête qui redoublèrcnt-sur la fin à l'excès, et qui obligèrent madame la Princesse, pour qui il avoit de la considération et de l'amitié , de le presser de changer de vie et de penser à lui ; il le lui promit enfin pour après le carnaval, qu'il voulut passer à son ordinaire. IMadanie la Duchesse vouloit courre le ;bal le mardi gras avec plusieurs dames; mais cela ne se pouvoit qu'avec M. le Duc, et ils étoieut l'un et l'autre à Paris pour cela. Tandis qu'elle s'amusoit à préparer la mascarade, il alla à l'hôtel de Bouillon, puis voir le duc de Coislin, déjà bien malade et fort de ses amis. Revenant de là à l'hôtel de Condé souper pour aller après courre le bal par la ville, il se trouva si mal sur le pont Pvoyal qu'il tira son cordon, et qu'il fit monter auprès de lui le seul laquais qui le suivoit , qui le soutint quelque temps ; mais en chemin il perdit conuoissance et ne la recouvra plus. Ce laquais lit arrêter le carrosse à un petit degré qui donnoit dans les garde-rohes de M. le Duc ; on le porta par là sur son lit. Madame la Duchesse et sa compagnie furent bientôt averties par les cris de la maison; tout ce qui fut tenté ne servit pas à la moindre chose ; en deux heures cela fut fini. On lui trouva un corps étrange dans la tête, qui, parvenu a une certaine grosseur, le tua. INladame la Duchesse demeura fort surpri.se, et si elle fut affiigée, ce fut de perdre le plaisir qu'elle s'étoit proposé de courre le bal; peut-être d'autres souvenirs troublèrent-ils l'extrême soulagement d'une délivrance trop tardive; mais enfin ce fut une délivrance dont elle ne tarda pas a sentir tout le prix. 11 éîoit fort des amis du comte de Fiesque, et depuis très-longtemps soupant avec lui et quelques autres familiers dans la petite maison de la Thouanne à Saint-îMaur, qui lui venoit d'être donnée dans la déroute de ce trésorier pour joindre à la sienne; sans être ivre ni r'icn d'approchant on se mit en dispute sur un fait d'histoire , M. le Duc d'un avis , le comte

nant de i'iiôtol rie P)Ouilion on ce quartier, ayant tirti le cordon de son carrosse sur le pont Royal, le valet de pied qui descendit le trouva en tel état qu'il n'eut qu'à monter poui' le soutenir, et le carrosse ne fut pas plus tôt arrivé a riiôtel de Condé que le prince n'eut plus de conuoissance; enlin il mourut à trois heures du matin suivant, âgé de quarante et un ans, et laissant trois princes, cin(| princesses, la sixième n'étant plus à compter, à cause (|u'elle est iirol'esst! à Fontevrault. Le roi a donné toutes les charges et gouvernements, qui vont à 200,000 livres de rente, à monseigneur le Duc d'aujoiud'hui... Madame la princesse de Conty, fdie du roi, vint sur-le-champ quérir madame la Duchesse, qu'elle a menée à Versailles, laquelle se trouvoit ici afin d'aller en masque avec, bien des dames, conviées à l'honneur de sou|)er avec elle dans son iiùtel. ■■ ( Leffre de la marquise d' ffuxclles, du ') mars. ) T. xni. ^

1(4 JOURNAL DK DANGFAU.

■ de Fiesque de l'autre ; grand débat tant et si bien que voilà M. le Duc aux gros mots, puis à jeter une assiette au comte de Fiesque et à le poursuivre d'injures gagnant la porte, et à le chasser plus bonteusement qu'un laquais fripon. La compagnie effarée s'entremit sans succès, la porte demeura fermée sur le comte de Fiesque, qui devoit coucher là et à qui le curé donna son lit jusqu'au matin, qu'il envoya chercher une voiture pour regagner Paris. M. le Duc et lui furent longtemps sans vouloir ouïr parler l'un de l'autre ; à la fin pourtant on les raccommoda et si bien qu'ils demeurèrent amis , et que M. le Duc, honteux apparemment, se piqua d'une assiduité auprès de lui en sa dernière maladie peu d'années après, et qui fut longue, qu'il y alloit plutôt deux fois par jour qu'une, et qu'il le servoit lui-même autant que les propres domestiques du comte de Fiesque. M. le Due étoit fort capable d'amitié, de rompre des glaces et de toutes les façons pour ceux qu'il aimoit , et de leur être fidèle ; mais il étoit terrible avec ses amis , et pas un d'eux n' étoit un moment en sûreté avec lui. Outre ces fougues qu'un rien provoquoit et dont la crainte tenoit chacun continuellement en garde et en malaise , il avoit des pointes de railleries perçantes, et à table il faisoit des chansons en face qui emportoient la pièce et qui demeuroient à toujours. 11 en porta bien aussi le talion, et plus cruellement qu'homme de France. Avec cela il choisissoit mal ses amis , et pour un très-petit nombre qui lui faisoient honneur, et qui encore n'étoient les siens que par un engagement qu'ils n'osoient rompre, il en avoit d'autres dont qui que ce soit n'auroit voulu. 11 étoit jaloux d'eux, curieux de leurs parties, boudoit et faisoit des sorties quand il s'aperce voit qu'on l'évitoit, et se mettoit de leurs parties quand il en demeuroit à les faire enrager. Il avoit de l'esprit et quelque savoir, mais rien en comparaison de M. le Prince et de M. le prince de Conty ; de la valeur autant qu'eux , et comme il avoit l'esprit hardi de soi et peu mesuré, il eut peut-être plus brillé à la guerre que son beau-frère. Il avoit de la politesse, mais l'orgueil même, l'insolence même dans son orgueil et dans ses entreprises, avec une fougue de tourbillon que rien ne pouvoit arrêter, violent aussi et plein d'humeur ; mais bon avec ses valets, et ni avare ni injuste. Il avoit même commencé à se faire honneur aux états de Bourgogne , et pour réparer bien de mauvaises choses couvertes de l'autorité de M. le Prince et de la sienne, et par travailler de bonne façon au bien de la province et des particuliers. Nulle bassesse de cour, comme sou père et son beau-frère ; c'étoit en tout un iiommequi, avec quelques excellentes parties, en avoit beaucoup plus et de désagréables, et de terribles, et d'insupportables. 11 avoit passé sa vie à êtrejalouxde madame la Duchesse, a l'adorer, à la faire enrager et à être fort malheureux ensemble. Sa mort fut un soulagement pour la cour, pour le monde et pour tous, excepté un très-petit nombre de gens.

MVP.S i-IO. H.-,

Mercredi 5, à Versailles. — Le roi prit les cendres le matin ù la messe et puis tint le conseil d'P^tat à son ordinaire. M. de Xaintrailles vint le matin parler au roi de la part de madame la Princesse, qui est fort affligée de la mort de M. le Duc, son fils, et qui souhaite passionnément et avec grande raison que le roi mette la paix dans sa famille. M. le Duc étoit en grand procès avec madame la princesse de Conty, la dernière veuve, madame la duchesse du Maine et mademoiselle d'Enghien, ses trois sœurs. Le roi témoigna à Xaintrailles qu'il le désiroit fort et qu'il alloit y travailler. Le roi pria ensuite Xaintrailles de vouloir demeurer auprès de M. le Duc comme il avoit été auprès de M. son père, et lui parla avec beaucoup de bonté et lui marqua l^eaucoup d'estime, ce qui engage Xaintrailles, malgré sa mauvaise santé et l'esprit de retraite dans lequel il est depuis longtemps, de demeurer auprès du jeune prince, dans la charg-e qu'il avoit auprès de M. le Duc, son père. — M. le maréchal d'Huxelles et M. l'abbé de Polignac, nos plénipotentiaires, partirent de Paris pour aller à Saint-Gertruydemberg, où ils trouveront deux députés des États Généraux pour entrer en conférence sur la paix. — Le roi fit un règlement pour le rang de Mademoiselle et des princesses du sang mariées et régla aussi le rang de madame du Maine avec les filles de M. le Duc, ses nièces; voici le règlement :

Le roi, connoissant qu'il est également de sa bonté comme de son autorité de terminer, dès leurs premiers commencements, les questions qui paroissent s'élever entre les princesses de son sang au sujet de leur rang et de leur préséance et de prévenir même celles qui pourroient s'élever à l'avenir, a jugé à propos d'expliquer ses volontés par le présent règlement que S. M. veut et ordonne être ponctuellement exécuté dans tous ses points.

I. — Les filles de France mariées ou non mariées conserveront entre elles et avec les femmes des fils de France le rang que leur naissance ou celle de leurs maris leur don ne .

1H; journal de DAJSGKAU.

II. — Parle mol de fils et fille de France S. M. entend non-seulement les enfants du roi, mais aussi tous ceux qui sont de la ligne directe aînée et héritière présomptive de la couronne.

III. — Les femmes des petits-fils de France auront rang avant les petites-filles de France, quand même celles-ci seroient filles des aînés et les autres femmes des cadets.

IV. — Les femmes des petits-fils de France garderont entre elles le rang de leurs maris.

V. — Les petites filles de France non mariées tiendront entre elles le rang que leur naissance leur donne par rapport à la descente de l'aîné et à la proximité de la couronne.

VI. — Si une petite-fille de France se trouve mariée à un prince du rang inférieur aux petits-fils de France, elle jouira du rang de sa naissance avec les petites-filles de France non mariées, pourvu toutefois que le roi le lui ait conservé.

Vil. — Les petites-iillesde France non mariées auront rang avant les princesses du sang.

VIII. — Les femmes des princes du sang auront rang avant les princesses du sang non mariées, quand même celles-ci seroient filles dun prince aîné du mari des princesses du sang mariées.

ÏX. — Les femmes des princes du sang garderont entre elles le rang de leurs maris.

X. — Les princesses du sang non mariées garderont entre elles le rang de leur naissance suivant le droit d'aînesse de la branche dont elles descendent, en sorte môme que cette aînesse se perpétue dans la branche et que la princesse sœur de celui qui se trouvera aîné de la branche ne puisse passer qu'après la fille de cet aîné et ainsi du reste.

XI. — Les princesses du sang mariées à un prince ou autres de rang inférieur aux princes du sang jouiront toujours de leur rang (>ntre les princesses du sang non

MARS 17 10. It7

mariées, pouivii néanmoins que le roi leur ait conservé leur rang" de princesses du sang-.

Fait à Versailles le 12 mars 1710. — Signé: LOUIS, et plus bas : Phelippeaux *.

' Les conquêtes des princes du sang , par le moyen des bâtards qui avoient auuuUé toutes les règles et plus encore s'il se peut les particulières des bâtards, avoient ouvert un champ libre à toutes prétentions. jMadame la duchesse d'Orléans, peu contente de voir borner à soi le grand et nouveau rang de petite-fille de France , voulut essayer malgré M. son mari d'en tirer quelque bribe pour ses enfants comme arrière-petits- fils de France. Elle tenta, elle essaya, elle évita. Tant que cela fut ténébreux, parce que l'âge de ses enfants l'étoit, ou n'y prit pas garde; mais à la fin il fallut venir au but, et il éclata parle refus qu'elle fit aux femmes des princes du sang de les laisser passer ni signer devant ses filles. Jamais en aucun état égal fille n'avoit imaginé de précéder femme , et les princes du sang , déjà assez blessés de toutes les différences dont on les avoit séparés d'avec ;>! . le duc d'Orléans , ne portèrent pas tranquillement l'extension qu'on tâchoit d'y faire ajouter. Cela balança quelque temps, mais sans aucun avantage pour les fillet; de madame d'Orléans que de s'abstenir de signer et de se trouver en compétence. A la fin le roi, se trouvant pressé des deux côtés, donna le règlement que les Mémoires racontent et prit le temps de la mort de M. le Duc pour se servir de cette occasion à empêcher madame d'Orléans de se brouiller de plus en plus là-dessus avec madame la Duchesse. Madame d'Orléans fut outrée de dépit ; M. d'Orléans n'en fit que rire et approuva le règlement.

Jeudi 6, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly. Le roi en donnant à M. le Duc d'Enghien les charges qu'avoit M. le Duc, son père, n'axoit point songé à la capitainerie d'Alaser, que M. le Prince, son grand père, avoit obtenue du roi et qui est un grand embellissement pour Chantilly. Le roi l'a donnée aujourd'hui à M. le duc d'Enghien. — M. de Broglio, brigadier et colonel d'infanterie, fils aîné du comte de Broglio, lieutenant général qui a longtemps commandé en Languedoc, épouse mademoiselle Voisin, et le roi lui donne 8,000 francs de pension, comme il donne toujours aux filles des ministres quand elles se marient. — U. de Pelleport, maréchal de caïup, épouse mademoiselle de Ville-

itH JOURNAL DE DANGEAU.

fort, fille de la sous-gouvernante de monseigneur le duc d'Anjou. La noce se fera ici chez madame Voisin. C'est madame de Caylus qui fait ce mariage; M. de Pelleport est de ses parents.

Vendredi 7, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, son confesseur, etl'après-dlnée il alla se promener à Trianon. — Les ennemis avoient assemblé quelques troupes, mais on a su aujourd'hui que ce n'étoit que pour mettre des munitions de bouche dans les villes qu'ils ont nouvellement conquises et où le pain étoit fort cher et particulièrement à Lille. — Il a couru beaucoup de bruits du départ du roi de Suède de Bender qui se sont trouvés tous faux , et les dernières nouvelles qu'on en a rendent le temps de son départ fort incertain, surtout depuis que le Grand Seigneur a renouvelé la trêve avec les Moscovites.

Samedi 8, à Versailles. — Le roi tint le conseil de linances à son ordinaire et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin. — Par les lettres de Madrid on apprend que le roi d'Espagne en doit partir le 2.3 du mois qui vient pour aller se mettre à la tète de son armée en Aragon. Ce sera le marquis de Villadarias qui la commandera sous lui; c'est celui qui commandoit dans Charleroy quand M. de Luxeml)0urg le prit et qui s'appeloit Castille. Il y a déjà longtemps qu'il est capitaine général , mais il étoit retiré chez lui en Andalousie depuis le siège de Gibraltar. Le roi d'Espagne avoit fait demander au roi, par le duc d'Albe, M. de Vendôme pour aller commander son armée *.

* il y avoit longtemps que les affaires d'Espagne se trouvoic-nt eu grand danger et avec peu ou point d'espérance de ressources de France , où l'on étoit bien embarrassé à se défendre. Cette situation donna lieu à ^I. de Vendôme détacher d'en proflter pour se tirer de la sienne, qui lui devenoit tous les jours plus insupportiible et qu'il voyoit s'approfondir tous les jours de plus en plus. Kn Espagne aussi ils manquoient tout à fait de généraux ; on y soulagea le roi eu le délivrant de M . de Vendôme , et on se llalta de montrer, par le mettre

MARS i710. 119

à la tête des armées , que la France s'iiitéressoit toujours essentiellement aux événements de ce pays. C'est ce qui fit l'affaire de INI. de Vendôme , qui aima mieux se confiner avec des gens presque aux abois que de supporter l'abandon et la disgrâce dans un lieu où il avoit vu toute la France à ses pieds, et Monseigneur en donner l'exemple.

Dimanche 9, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil d'État. L'après-dînée il alla au sermon et ensuite il se promena dans ses jardins. — M. le duc de Berwick achète la terre de Houarty, appartenant à la succession de MM. de la Frette. Elle est bien bâtie, mais d'un assez médiocre revenu. On croit qu'il aune bonne raison pour vouloir acheter une terre en France. — M. de Torcy a demandé au roi un cabinet dans le Louvre, à Paris, pour y mettre toutes les dépêches des ambassadeurs et toutes les instructions qu'ils ont eues , afin qu'après la mort de ceux qui auront la charge de secrétaire d'État des affaires étrangères, tous les papiers qui regardent les négociations ne puissent être détournés par la famille de ceux qui auront eu la charge. M. de Torcy a ramassé tout ce qui s'est passé depuis l'année 1662. M. de Croissy, son père, qui est mort dans cette charge, avoit commencé de ramasser tous ces papiers-là. Le roi a accordé depuis quelques mois à M. de Torcy ce qu'il lui demandoit; l'on travaille pour cela à un cabinet qui est au-dessus de la chapelle où le roi entendoit la messe quand il étoit au Louvre*.

* Jusque fort avant dans le ministère de M. de Croissy il n'y avoit presque aucun papier des affaires étrangères; les héritiers des secrétaires d'État de ce département avoient eu tout ce qu'ils avoient laissé, et pareillement ceux des ambassadeurs et des autres ministres employés au dehors, les dépêches et les mémoires de leurs négociations. Cela étoit d'une dangereuse conséquence en rendant public avec le temps les plus secrètes affaires de l'État, qui en attendant étoient entre les mains des particuliers et quelquefois des beurrières. Croissy ramassa ce qu'il put trouver épars de iM. de Lyonne , et ainsi en remontant , et de même ce qu'il put recouvrer des ministres et des négociations au dehors. Torcy, son fils, continua cela avec plus de soin ,

120 JOURNAL DE J)AiNGKAU.

et y mil un grand ordre dans un dépck public, aux Petits Pères, avec un commis chargé de ce soin. Outre que c'est un recours souvent nécessaire d'y trouver beaucoup de choses et de leçons, c'est un moyen d'empêcher les étrangers d'acheter de ces importants papiers , comme plusieurs ont fait , et les ambassadeurs et autres ministres au dehors V doivent a leur retour remettre leurs instructions et tous les papiers qui leurrestent. M. deLouvoisena fait autant au\ Invalides, pour tout ce qui regarde la guerre, de sorte que l'un et l'autre étant joint fournira un trésor pour l'histoire, depuis cet établissement. Les papiers de 1\1. de Chavignv, que le roi voulut retirer de cette famille après la mort de l'ancien évêque de Troyes , valurent en 1733 un régiment a son petit-neveu, taudis que persoune même de la première qualité n'en pouvoit obtenir. MM. de Pontchartrain en ont fait un aussi à cet exemple pour la marine et la maison du roi.

Lundi 10, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly ; au retour il travailla chez madame de xMaintenon avec M. de Pontchartrain. — Madame de Lassay mourut à Paris après une assez longue maladie. Elle étoit fille de feu M. le Prince, et d'une femme ^ euve et de .crande qualité. M. le Prince avoit été fort longtemps sans la vouloir reconnoitre et la faisoit appeler mademoiselle de Guenani, qui est l'anagramme du mot d'Enghien. Madame la Princesse Tavoit pri.se en grande amitié et souhaita fort que M. son mari la reconnût et m'employa même pour cela auprès de lui, parce qu'il m'honoroit fort de son amitié. M. le Prince se rendit aux prières de madame la Princesse et aux justes raisons qu'elle m'avoit chargé de lui dire. 11 la reconnut donc et la fit appeler mademoiselle de Chateaubriant, et, quel- (pies années après , elle épousa M. de Lassay, qui a été marié trois fois et qui a un enfant de chacun des trois mariages : madame de Coligny du premier, le jeune Lassay , colonel d'infanterie, du second et une fille de ce dernier mariage.

Mardi 11, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil de finances et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin. Monseigneur fut saigné par précaution, comme il se fait saigner de temps en temps. — Le roi

donna à M. de Chamlay un brevet de retenue de 100,000 francs sur sa charge de maréchal des logis des camps et armées du roi. — L'assemblée du clergé commença à Paris auxGrands-Augustins; c'estM. le cardinal de Noailles qui en est président. — On eut la nouvelle de l'arrivée de la flottille qui est entrée dans le Pontal à Cadix. On la croit riche de douze millions d'écus en argent, sans compter les marchandises. C'est un capitaine de vaisseau françois qui en a porté la nouvelle au roi d'Espagne à Madrid. — Le roi a trouvé dans les papiers de M. le Duc quelques abus dans les officiers de sa maison , dont M. le Duc étoit grand maître. Il a cassé deux maîtres d'hùtel, dont il fait vendre les charges moins qu'elles ne valent, et en a interdit un troisième , qui n'a que la survivance de son père. Cela fut déclaré hier (1).

Mercredi 12, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire. L'après-dinéeil entendit le sermon et puis il alla se promener à Trianon. iMonseigneur, après le conseil, alla dîner à Meudon, où il demeurera quelques jours. — M. le prince de Conty alla à Paris donner de l'eau-bénite à M. le Duc, de la part du roi, avec les cérémonies accoutumées. M. de la Trémoille comme duc accompagnoit ce prince ,et le marquis de Hautefort poitoit la queue de son manteau. — 31. l'abbé de Pomponne revint de son ambassade de Venise el fit le soir au cou-

(1) « M. (ie Cainbray, M. Destancliault et M. Uaiinanville, tous tntis maîtres d'hôtel, ont été accusés et interdits, le dernier a\ant ordre de \endre sa ciiarge, parce qu'on dit qu'il \ a six ans qu'il n'avoit été à confesse; les antres sont cassés de trop de dissipation...

" Le bonhomme Carnbray est venu du lit de la ihoiI remercier le roi de la bonne ju.stice qu'il a rendue à la mauvaise con<luite de son fds; Sa Majesté, touchée de ce pauvre père, a promis le rétablissement quand la peine aura été assez longue. ^lonseigneiu' implore mi.séricorde pour le fils de Destancliault...

■< Les trois nwitres d'hùtel ont été rétablis; ils sont jeunes et étoienl accusés lie peu de choses, car il n'y alloit que de fort peu de bouteilles de vin dont ils avoient n'-talt- leurs amis. C'est une pièce qu'on leur a voulu faire; Monseigneur les a pi-otégés. » ( Lettres de la marquise d'/htxelles, des il, l i et 17 mars. )

122 JOURNAL dp: DANGEAU.

clier du roi sa fonction d'aumônier de quartier. — M. de Torcy a acheté le marquisat de Sablé au pays du Maine; cette terre lui coûtera 150,000 francs tant de ce qu'il donne aux créanciers que du pot de vin qu'il a fallu donner au marquis de Sablé pour avoir son consentement, et M. de Torcy jouira de la terre par bail judiciaire en attendant que le décret soit fait. — On a mis aujourd'hui en forme de règlement et par écrit le rang des princesses du sang, que j'ai mis par anticipation au 5.

Jeudi 13, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly. Monseigneur, qui est àMeudon, prit médecine par précaution. — On porta le cœur de M. le Duc aux Jésuites. On portera son corps à Valéry avec les cérémonies accoutumées, et on ne fera point à Paris de service solennel pour lui. — M. Bosc a été fait intendant de Limoges en la place de Montgeron, qui est rappelé de cette intendance. On permet à Bosc de vendre sa charge de maître des requêtes, et il aura des lettres de vétéran, quoiqu'il n'ait pas servi le temps qu'il faut pour les avoir de justice. Il est surintendant de madame la duchesse de Bourgogne , charge qui n'a aucune fonction ; cette princesse lui a fort servi à obtenir ces deux gràces-là du roi, et d'ailleurs M. le chancelier l'employoit fort comme un homme capable d'affaires. — Le roi a prêté aux enfants de M. le duc du Maine le logement de M. l'archevêque de Reims, qu'il n'avoit aussi que par emprunt.

Vendredi iï , à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier. L'après-dlnée il alla au sermon et puis se promener à Trianon. — On a reçu des lettres de madame des Ursins, qui écrit que quelques bontés que le roi et la reine d'Espagne aient pour elle et quelque attachement qu'elle ait pour LL. MM. CC, elle partira de Madrid au commencement du mois prochain. Elle ne mande si c'est pour venir en France ou si c'est pour aller demeurer en Italie; elle dit seulement qu'elle prendra

sa route par Toulouse. — D'Aubarède, ancien lieutenant général et gouverneur de Salins, est mort à Paris. Il avoit quatre-vingts ans et avoit été trépané plusieurs fois. — M. le Bret, premier président de Provence, est mort. Durant sa maladie ce parlement avoit écrit au roi pour le supplier de donner sa charge à son fils en cas qu'il vint à mourir, et depuis sa mort le parlement a encore fait les mêmes instances auprès de S. M. Le fds est déjà intendant de cette province. — Il arriva un courrier du maréchal d'Huxelles par lequel on apprend l'arrivée de nos plénipotentiaires à Saint-Gertruydemberg.

Samedi 15, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin. Alonseigneur le duc de Berry alla dès le matin à Meudon pour courre le loup avec Monseigneur. Monseigneur le duc de Bourgogne y alla l'après-dinée tirer des faisans dans le parc. Ils soupèrent tous deux avec Monseigneur avant que de revenir ici. — M. Pinon, intendant de Bourgogne, est rappelé. On envoie en sa place M. Trudaine, qui étoit intendant à Lyon. On envoie à Lyon M. Mélian, qui étoit intendant à Pau et qui Favoit été de notre armée en Espagne. On donne l'intendance de Pau à M, Camus de la Grange, fds du premier président de la cour des aides ; son frère aîné a depuis quelque temps la survivance de la charge de son père. — M. le ducd'Albe, ambassadeur d'Espagne, est assez considérai )lement malade. On croit toujours laduchesse d'AlJje, sa femme, grosse; il ne leur reste plus d'enfants. Le connétable de Navarre, leur fils unique, mourut à Paris il y a cinq ou six mois. — On a fait repartir ce soir le courrier du maréchal d'Huxelles, et tout ce qu'on sait de nos plénipotentiaires, c'est qu'ils ont déjà eu deux conférences avec les députés des États Généraux.

Dimanche 16, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État. Monseigneur y vint de Meudon et puis y retourna dîner. Le roi alla l'après-dinée au sermon et puis alla

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tirer. Le soir;, chez madame de Mainteiioii . il travailla avec M. Pelletier. — Le roi donne aux enfants de M. le duc du Maine le même rang qu'il a donné à ce prince et a fait entrer dans cela Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne. Le roi en accordant cette gràce-là à M. du Maine lui a tenu les discours les plus sages et les plus tendres qu'on puisse tenir, et ceux qui les doivent savoir m'en ont promis une copie, que je mettrai ici. Le grand-maitre des cérémonies étant absent, le roi fait mettre dans les registres du maître des cérémonies Farticle suivant : « Le roi, étant à Versailles, a réglé que dorénavant les enfants de M. le duc du Maine , légitimé de France, auront comme petits-fils de S. M. le même rang, les mêmes honneurs et les mêmes traitements dont a joui jusqu'à présent mondit seigneur le duc du Maine , » et S, M. m'a ordonné d'en faire mention sur le présent registre*.

* Ce seroit iiou quelques additious pour éelaireir ou s'amuser, ni.iis des dissertations et un juste volume qu'entrer dans le détail des divers degrés, circonstances et appendances, moyens et occasions par lesquels lesbàtards sont devenus, non pas des hommes comme les autres, malgré leur état, mais des dieux pareils aux dieux anciens et plus même qu'eux, puisqu'ils les ont rehaussés infiniment plus qu'ils ne l'étoient auparavant par une fortune dont le roi, qui l'a faite, n'avoit pas la moindre idée d"abord, et n'en a eu qu'à mesure qu'il l'a portée de degré en degré. Ce grand pas toutefois ne fut pas fait sans peine ; madame de ^laintenon y mit toute sou industrie, et l'arracha plus qu'elle ne l'obtiut. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne ne répondirent à ce que le roi leur en dit que par un morne silence ; le comte de Toulouse ^ qui n'avoit eu aucune part aux démarches de M. du Maine, fut bien aise qu'on le sût et qu'il ne l'approuvoit pas. La cour fut consternée au milieu des compliments qu'elle n'osa refuser à M. et à madame du Maine. Le roi, qui n'ignora pas comment cette grâce étoit reçue du monde , se repentit tellement de l'avoir faite qu'il fut au moment de la révoquer : M. du Maine en eut toute la ]wm, et madame de Maintenon eut besoin de tout son art pour l'empêcher. Il arriva même une assez plaisante bagatelle là-dessus, et qui montre l'embarras où elle fut , et qu'elle n'oublia pas jusqu'à des riens pour maintenir son ouvrage. Le roi le lui reprochant et montrant sa peine de celle qui pa-

roissoit dans toute la cour, elle tâcha d'aftbiblir en lui ces impressions, et se mit à lui dire qu'il étoitsi peu exactement informé que jusqu'au duc de Saint-Simon avoit été témoigner sa joie à M. du Plaine. 11 la fit répéter, et sur ce qu'elle l'assura que M. du Maine le lui avoit dit, il se tourna à madame la duchesse de Bourgogne, devant qui cete se passoit, et lui dit, comme en se consolant, que, puisque celui-là y avoit été, il falloit donc bien qu'il n'y eût pas tant à redire dans ce qu'il avoit t'ait. Madame la duchesse de Bourgogne ne répondit rien , et madame de Maintenon continua. Il faut savoir que M. de Saint-Simon passoit pour être fort attaché à son rang et pour trouver fort amer tout ce qui le blessoit. 11 n'avoit point fait de compliments aux bâtards sur les premiers degrés de grandeur qu'ils avoient obtenus , et cela avoit été trouvé fort mauvais sans que pourtant on eût voulu se fâcher; et c'étoit pour cela même que M. du Maine s'étoit vanté de sa visite à madame de ^laintenoii , qui en avoit fait si bon usage pour soutenir le roi dans ce qu'il avoit fait. Le lendemain madame la duchesse de Bourgogne voulut savoir ce qu'avoit fait et ce que pensoit ^I. de Saint-Simon , et le lui fit demander de sa part par madame de \ogaret, qui étoit fort de ses amis et de sa femme. Saint-Simon lui dit qu'il étoit vrai que, sachant combien le roi avoit été piqué qu'il n'eût fait jusqu'alors aucun compliment aux bâtards sur leurs agrandissements de rangs et voyant que personne ne s'en dispensoit en cette occasion-ci , il avoit cru ne devoir pas s'attirer quelque éclat pour un défaut de compliment qui n'empêcheroit pas une chose faite ; qu'il étoit entré et étoit sorti fort sérieusement de chez M. du Maine avec un compliment fort court , et qu'il étoit surpris qu'il se fût vanté de si peu de chose , si courte , si froide et si forcée; que pour la chose en elle-même il la détestoit comme la nouveauté la plus injuste, sous laquelle son impuissance baissoit la tête , et qu'il prioit madame la duchesse de Bourgogne d'être persuadée qu'il ne penseroit jamais sur ces choses-là que de la même façon et comme il avoit toujours fait , mais de lui en garder le secret , parce qu'il ne vouloit pas se perdre et fort inutilement. Elle fut très-contente de cette réponse. On a rapporté cette anecdote curieuse pour montrer combien peu volontiers le roi se porta à cette élévation des enfants de j\I. du IMaine, combien il la sentoit nouvelle , injuste, désapprouvée et combien peu il tint qu'il ne la révoquât aussitôt qu'accordée. Qui lui eût dit ce qu'il fit peu après , il ne l'auroit jamais pu croire , comme plus anciennement il n'eût pas imaginé rien d'approchant de ce qu'il fit jusqu'alors. L'entreprise de madame du Maine de ne céder pas aux filles de M. le Duc à l'occasion de la prétention des filles de M. le duc d'Orléans de ne céder pas aux femmes des princes du sang, et le dépit qu'elle témoigna du règlement qui intervint là-dessus, fut un des grands véhicules de ce (|ue le roi lit pour ses enfants, en coiisolatiou de ce (|u'elle

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se plaignoitde perdre par le règlement pour clleinênie et pour M dti IMaine.

Lundi i"!, à Versailles. — Le roi tint le conseil des dépèches , et après son dîner il alla se promener à Marly . — L'assemblée du clergé accorde au roi vingi-quatre millions pour le rachat de la capitation, qui montoit à deux millions par an. Ils emprunteront ces vingt-quatre millions au denier douze, ainsi ils ne payeront par an que ce qu'ils payoient. — M. de Pons a fini son affaire pour le guidon des gendarmes du roi et a vendu le guidon que le roi lui avoit donné dans la gendarmerie à M. d'Urban,quiaété nourri page du roi et quia toujours servi depuis. — Le marquis d'Herville-Palaiseau a acheté le régiment de cavalerie de Chartres qu' avoit M. de

Mardi 18, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla assez longtemps avec M. Desmaretz. L'aprèsdînée il alla à Trianon et travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maintenon. Monseigneur revint le soir de Meudon, où il étoit depuis mercredi. Il n'y a point de comédie ici pendant qu'il n'y est pas. — M. le comte de Toulouse a rendu visite aux enfants de M. le duc du Maine, son frère, qui ne lui ont pas donné la porte; c'est l'usage établi entre les princes du sang. M. le prince de Bombes a déjà servi le roi en cette qualité , lui donnant la serviette à son diner et la chemise à son lever. — Le roi a donné à Davignon, major des gardes du corps, le gouvernement de Salins, qu'avoit d'Aubarède ; ce gouvernement vaut 15,000 livres de rentes et n'oblige point à résidence.

Mercredi 19, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire. M. le cardinal de Noailles le harangua à la tête du clergé et fit un très-beau discours (1). Madame la duchesse de Bourgogne alla à l'autel qui est dans la

(1) Ce (discours est rapporté dans le Mercure du mois de mars, pages 3l'i et siiiv.

tribune de la chapelle se relever de ses couches. Le roi, l'après-dlnée, entendit le sermon etpuis alla tirer. M. d' Antin a assuré le roi qu'à la Pentecôte il entendra la messe dans sa chapelle nouvelle, qui sera fort magnifique. — Le roi envoie M. de Bonac, neveu de M. de Bonrepaux, commander dans le pays de Foix, dont il a acheté lalieutenance de roi pendant qu'il étoit en Pologne. Il en a prêté le serment depuis quelques jours. — Les comédies recommencent depuis que Monseigneur .est revenu de Meudon, et il y en aura trois fois la semaine.

Jeudi 20, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf dans le parc de Marly. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. M. le président de Mesmes prit sa place à l'Académie françoise et fit un discours dont on fut très-content. — Tout le monde croit ici que M. d'Antin sera chargé par le roi de travailler sous M. le Duc aux affaires qui regardent la charge de grand maitre de la maison. Ce fut lui que madame la Duchesse chargea de porter au roi le portefeuille de M. le Duc, où étoient tous les mémoires qu'avoit faits ce prince pour travailler à réformer les abus et les dissipations que quelques officiers faisoient dans la maison du roi. S. M. avoit déjà voulu charger, il y a (juelquesjours, M. d'Antin de cette commission-là, dont il avoit prié le roi de le dispenser. On est persuadé présentement qu'ill'y obligera, ce qu'il est capable de bien faire et que madame la Duchesse souhaite fort.

Vendredi^!, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier. L'après-dinée il entendit le sermon etpuis alla à la volerie pour la première fois de l'année. — M. le maréchal d'Estrées a acheté du duc d'Estrées, son cousin , la terre de Nanteuil, dont il lui donne 487,000 francs. Il a aussi acheté de lui la capitainerie de Villiers-Gotterets, qui convien t fort au seigneur de Nanteuil et il ne l'a payée que 10,000 francs. Toute la terre de Nanteuil relève du roi, et les lods et tentes nuroient été

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considérables, mais le maréchal n'en paye rien, étant chevalier de l'Ordre.

Samedi ^2, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et alla l'après-dînée se promènera Marly. Au retour, M. de Pontchartrain entra dans son cabinet et lui apprit avec beaucoup de détails l'arrivée de la flottille à Cadix. Elle entra le 2 de ce mois dans le Ponlal; elle étoit escortée de deux vaisseaux de guerre françois et de quatre vaisseaux marchands françois aussi. Le roi d'Espagne en tirera pour lui trois millions d'écus; on croit qu'il y en aura ]>ien autant pour les marchands françois.

— Le soir le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin.

Dimanche 23, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État. Il n'y eut point de sermon l'après-dinée ; il est remis pour le jour de la Notre-Dame, qui est mardi. — Le roi a donné à madame la Duchesse la pension de 30,000 écus qu'avoit M. le Duc, sans quoi elle ne seroit pas à son aise. Elle n'a que 25,000 francs de douaire et ce que le roi lui avoit donné en mariage, qui étoit 100,000 francsde pension et un million au denier vingt sur la maison de ville.

— On eut nouvelle que les Suédois, commandés par le généial Steinliock, avoient gagné contre les Danois une grande bataille dans la province de Schonen.

Lundi 2i, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly. Au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain ; M. de Torcy y vint ensuite après que M. de Pontchartrain en fut sorti. — On mande de Londres qu'il y a d'assez grands désordres entre les protestants et les anglicans au sujet des sermons du ministre Sacheverel; il y a même eu beaucoup de gens tués la nuit dans les rues. — Le roi a nommé M. d'Antin pour travailler sous M. le Duc aux deux charges qu'a ce prince, qui sont celle de grand maître de la maison et celle de gouverneur de Bourgogne.

MARS 1710. . i2ft

Mardi 2ô, jour de la Notre-Dame, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances avant que d'aller à la messe, où il fut accompagné de toute la maison royale. L'aprèsdinée il entendit le sermon et puis travailla avec M. Desmaretz jusqu'à Theure du salut, où il alla ensuite. — Le roi a donné la charge de premier président de Provence à M. le Bret, fils de celui qui vient de mourir. Il étoit déjà intendant de Provence, et le roi avoit fait quelques difficultés de donner ces deux emplois-là au même homme. — Un envoyé du prince Ka§otzki, qui est à Paris, assure qu'il a reçu une lettre du prince son maître, qui lui mande qu'il a gagné une grande bataille contre les hoiipes de l'empereur et qu'il leur a tué deux mille Piascieiis et six mille Allemands.

Mercredi ^G, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire, et pendant qu'il y étoit il arriva un courrier de nos plénipotentiaires. Comme les lettres sont en chiffres, le roi ordonna à ses ministres de revenir le soir chez madame de Maintenon, où M. de Torcy apporteroit ces lettres déchiffrées. Il alla l'après-dinée se promener à Trianon, et au retour il tint le conseil qu'il avoit indiqué le matin. — L'intendance de Rochefort et de la Rochelle, qu'avoit M. Begon , mort depuis quelques jours , a été donnée à M. de Beauharnois. Cette iutendance vaut 1 2,000 écus de rente, et on est intendant de terre et de mer. — M. de Roussillon a acheté pour M. de Chatte, son fils , le régiment Dauphin-infanterie. Il en donne 80,000 francs à M. de Rochechouart , frère du duc de Mortemart, qui n'est plus en état de servir.

Jeudi 27 , à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf à Marly; Monseigneur étoit à la chasse. — M. de Rouvroy, capitaine de vaisseau, a acheté pour son fils, qui est sous-lieutenant aux gardes, le régiment de dragons qu'avoit le chevalier de la Vrillière et qu'après sa mort le roi avoit donné à vendre à M. de la Vrillière,son frère. U l'achète 20,000 écus en rentes sur

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la maison de ville au denier vingt. Ce régiment est le premier après les quatorze qui furent conservés à la paix.

Vendredi 28, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier; Faprès-dinée il alla à la volerie. — Le roi a fait une promotion d'officiers généraux, et cela sera achevé de régler demain quand M. Voisin travaillera avec le roi. — L'assemblée du clergé a déjà trouvé quatre ou cinq millions, et si la paix se faisoit, les vingtquatre millions qu'ils donnent pour le rachat de leur capitation seroient trouvés fort vite. — Le gouvernement de Sarrelouis, vacant par la mort de M. de Choisy, n'est pas encore donné.

Samedi 29, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, et après son dîner il alla se promener à Marly . Le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Voisin et fit la promotion des officiers généraux. On en sait déjà quelques-uns, mais cela ne sera public que demain m atin.

Dimanche 30, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla au sermon l'après-dlnée et puis alla tirer. Le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon.

Liste des officiers généraux.

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