‹ Journal; (volume 3)Chapitre 4 sur 20 · LETTRES DE LA MARQUISE D'HUXELLES AU MARQUIS DE LA GARDE · texte numérisé non relu

LETTRES DE LA MARQUISE D'HUXELLES AU MARQUIS DE LA GARDE

Le [jeudi] 12 septembre 1709.

Il est arrivé deux courriers d'Espagne , Tun du roi, qui fait de grandes plaintes de M. le maréchal de Bezons , l'autre de ce maréchal, lequel rend compte de sa conduite à notre monarque. On dit que Sa Majesté a dit qu'elle lui avoit ordonné de s'en revenir; mais on prétend que, s'il étoit demeuré comme le chevalier d'Asfeld , et le comte d'Aguilarl' avoit proposé le premier, en ayant eu de grosses paroles avec lui, l'archiduc étoit perdu en Catalogne , une lettre qu'on a interceptée à M. de Staremberg portant quil falloit hasarder l'armée pour vaincre ou mourir; enfin les Espagnols ont été abandonnés des François , et leur arrière-garde a été un peu endommagée. Le roi d'Espagne a pris un parti qui lui fait beaucoup d'honneur; il a laissé à Madrid la reine sa femme régente, et a prié madame la princesse des Ursins de demeurer auprès d'elle

(l)Toutesces lettres portent pour susciiptioa : Pierre-Latte en Dauphiné. — Au mnitre de la poste pour faire tenir à Monsieur, Monsieur le marquis de la Garde, — à la Garde.

La marquise d'Huxelles, fille de ^'icolas de Bailleul, président à mortier au parlement do Paris, avait épousé en premières noces, en 1644, François de Brichanteau, marquis de Nangis, maréchal des camps et armées du roi, tué la même année au siège de Gravelines; l'année suivante elle se remaria à Louis Chàlons du Blé, marquis d'Huxelles, lieutenant général des armées du roi, et perdit encore son second mari devant Gravelines , lors d'un nouveau siège de cette ville en 1658. La marquise d'Huvelles mourut le 29 a\ril 1712, âgée de quatre-vingt-six ans, et eut pour fils Nicolas du Blé, marquis d'Huxelles, maréchal de l'rance en 1703.

Antoine Escaiin Adhémar, marquis de la Garde, était delà môme famille que le marquis de Grignan , gendre de madame de Sévigné. Il fut gouverneur des ville et châtellenie de Fumes, et mourut en son château de la Garde le 8 août 1713, Tigé de quatre-vingt-dix ans.

30 APPENDICK.

jusqu'à son retour, car elle avoit pris congV* de Leurs Majestéspour ne le pas recevoir, ayant la nation contreelle et surtout les grands. On dit qu'elle veut aller à Rome s'établir. La reine avoit témoigné à M. Amelot qu'elle lui seroit extrêmement obligée s'il vouloit demeurer pour l'assister de ses conseils pendant qu'elle seroit seule; mais il s'en est défendu, sur l'ordre exprès qu'il a reçu de s'en revenir et étant parti de Madrid le même jour que le roi d'Espagne. On l'attend à Versailles le 20 de ce mois.

Les trois régiments du Roi , de Picardie et de Piémont ne sont point entrés dans Mons.

M. deCoëtquen, ayant été fort blessé à la première canonnade du 10, a eu la jambe coupée au-dessous du genou , à Maubeuge. Il a écrit depuis à madame sa mère qui est partie avec madame sa femme.

Le [ vendredi] (3 septembre 1709.

11 se répandit hier un bruit de paix entre les deux armées, qui fut suivi d'un autre bien différent , car il s'est donné un combat d'infanterie très-rude le 11, où les ennemis ont perdu autant de monde que nous; mais nous nous sommes retirés. M. le maréchal de Boufflers a été obligé de le faire , étant revenu au Quesnoy en très-bon ordre. M. le maréchal de Villars est blessé au genou; madame sa femme l'est allée trouver de Yei^sailles cette nuit. Madame la duchesse de Guiche partit hier, parce que le duc étoit déjà arrivé au Quesnoy blessé à la jambe. Tout le reste est une si grande confusion qu'il en faut attendre une relation mieux éclaircie; mais les nouvelles de la cour sont que le mal n'est pas si grand qu'il s'est présenté d'abord ici. La cavalerie n'a point donné, et on en ressuscite beaucoup.

Voici ceux que l'on dit tués et blessés jusqu'à présent : M. le maréchal de Villars blessé au genou. M. le duc de Guiche, Albergotti , Goesbriant, blessés. Chemeraulf,

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Palavicin , d'Angennes , Charost, tués ; Béthune , blessé, et des gardes : Montaran , Montgon et Brillac, blessés. M. de Coiircillon . dangereusement. Tournemine, la jambe cassée. Gondrin et le duc de Saint- Aignan , deux coups de sabre sur la tête. Le chevalier de Croy , tué. Le marquis de Nesle, blessé.

Madame de Dangeau est allée pour assister M. de Courcillon, son fils; mais on croit qu'elle ne le trouvera pas en vie, ayant eu la cuisse emportée d'un coup de canon.

Le roi a reçu hier à onze heures du soir le courrier de M. le maréchal de Boufflers; ce général a jugé à propos , après un horrible carnage de part et d'autre, de faire une retraite. On assure qu'il l'a faite en très-bon ordre et qu'il n'a pas perdu un seul canon. Notre armée est la droite au Quesnoy, la gauche à Yalenciennes. Les ennemis, diton, ont perdu autant que nous. Marlborough , blessé. Le duc d'Albemarle, tué.

Il est sûr que M. le duc de Noailles a battu les ennemis en Catalogne près Girone', mais ce n'est pas consolation.

A Paris, le 1 lundi] <6 septerabie «709.

Lesennemis sont devant Mons, et M. 'le maréchal deBoufflers est retourné quasi au même poste , ayant mis la ri- \ière d'Haineau devant lui. Hors le champ de bataille, il en coûte plus à l'armée ennemie qu'à nous. M. le mar- (juis de Nangis a apporté l^eaucoup de drapeaux et d'étendards. M. le maréchal de Boufflers commandoit la droite et M. le maréchal de Villars la gauche. On dit que c'est quand le roi a envoyé le premier que l'autre a été pourvu de la duché-pairie, car il n'étoit que duc simplement. Sa blessure a été consultée dans l'école de chirurgie à Saint-Gôme ; il ne laisse pas d'y avoir du danger. Les premiers chirurgiens ont été accompagnés de beaucoup de garçons qu'on a envoyés, et, connue on rend compte à M. Maréchal, premier chirurgien du roi, de tout

ce qui se passe, il lui est écrit qu'on n'a jamais tant coupé de bras , de cuisses et de jambes.

M, le prince de Lambesc s'est retrouvé prisonnier, un peu blessé , les ennemis l'ayant renvoyé. Je ne sais si on donnera des listes. Onavoit fait M, de Coëtquenetle fils de M. de Dangeau morts depuis leurs blessures , mais on les ressuscitoit hier, sans grande espérance.

Les ennemis, de leur confession , sont en perte de quinze ou vingt mille hommes. On compte six de leurs lieutenants généraux tués , savoir : le prince de Nassau , stathouder de Frise ; le comte de Tilly : Top ; Spar ; Cadogan ; le sixième demeurant au bout de la plume.

On a envoyé de l'argent à l'armée , et on a déboursé 50,000 francs pour faire partir les chirurgiens.

Madame la duchesse de Luxembourg s'est trouvée dangereusement malade à Rouen , la fièvre étant survenue à un étouffementdont elle se plaignoit depuis longtemps.

On fait encore Briord tué, dans la gendarmerie.

M. le duc de Chàtillon est allé trouver M. le duc de Luxembourg, son frère, à Rouen, qui est au désespoir. M. de Clérembault , en arrivant chez lui hier de ses terres de Poitou, apprit inconsidérément cette mauvaise nouvelle, qui suspendit en lui tout sentiment; M. le marquis d'Ambres et M. de Buzenval me le rapportèrent. Le bruit de la rue est que cette belle duchesse est morte Ijien jeune et bien vivante dans un grand lustre. 11 faut que ce soit d'un abcès ; on auroit pu gager sur sa vie.

Il y en a qui disent que la pairie de M. le maréchal de Villars n'est pas sûre; au moins sa sœur n'en convient pas.

A Paris, le [mercredi] 18 septembre 1709.

M. le marquis de Nangis est arrivé. Il a été une heure avec le roi et a apporté trente-sept ou quarante drapeaux ou étendards, qui seront portés à Notre-Dame ; il y aura une messe célébrée par M. le cardinal deNoailles. Notre

SEPTEMBRi; 1709. 39

armée étoit toujours sur l'Haineau , et les ennemis sur Mons, où il n'y avoit encore rien de commencé pour le siège. Ils sont maîtres de Saint-Guillain, d'où cent cinquante hommes que nous y avions se sont retirés.

On dit que l'on a mandé à M. le maréchal d'Harcourtde venir en Flandre avec M. le maréchal de Boufflers ; en ce cas M. le comte du Bourg pourra rester seul en Allemagne.

La blessure de M. le maréchal de Villars va son train ; et on en espère bien. Il n'est point pair, comme ondisoit, au moins madame de Varange ville [le nie] (1), qui est demeurée ici.

Les nouvelles de M. de Coëtquen sont bonnes. [M. de Courcillon] n'est point mort, mais sa cuisse a été coupée; toute sa famille y est allée.

M. le marquis de Charostest mort, à ce que l'on prétend trouvé sur le champ de bataille , non expiré , mais blessé de quatre coups de fusil. Enfin c'a été un carnage épouvantable, et la valeur françoise n'a jamais tant éclaté, au dire même des ennemis. Ils sont fort honnêtes aux prisonniers, et M. le prince Eugène a pris grand soin du petit prince de Lambesc, qui a pensé être tué de sang-froid de ceux qui l'avoient pris. Le prince d'Auvergne a paru fort empressé aussi à secourir les François, et le fils de M. de Flamarens, qui est dans la gendarmerie, écrit à son père qu'il a eu grand soin de lui ; on le renvoie même sur sa parole; pour le prince lorrain, ils en faisoient façon à cause de sa qualité.

M. l'archevêque de Rouen a retiré chez lui M. [ le duc de] Luxembourg; la mort de madame sa femme fait [pitié?] [Mesdames de] Palavicin et de Chemerault n'en font pas moins; elles se sont retirées aux religieuses Récollettes ; les deux maris amis, car ces quatre personnes n'en faisoient qu'une, ont été tués ensemble et enterrés

(1) Ces mots et ceux que nous avons mis entre [ ] dans la suite de cette lettre se trouvaient aux angles et sont déchirés.

10 AI'PEiNDICE.

dans la même fosse. On donne de grandes louanges particulièrement à M. et à madame de Palavicin.

Je n'ose, Monsieur, me donner l'honneur quasi de vous parler de M. de Rochelionne; mais, quoiqu'il soit de son état, recevez-en des compliments et en faites pour moi à monsieur le comte de Grignan, que je remercie du souvenir dont il m'a honorée dans sa lettre à M. le marquis d'Ambres. Je ne tiens plus madame de Simiane auprès de vous.

A Taris, le [vendredi] 20 septembre 1709.

Le prince Eugène et le duc de Marlborough ont dit à ceux qui sont déjà revenus sur leur parole qu'ils vouloient faire le siège de Mons. On dit que M. le chevalier de Luxembourg y a jeté un régiment de dragons; il n'est pas impossible qu'il n'y aitencoreune action pour l'empêcher.

M. le marquis de Nangis s'en est retourné, après avoir présenté au roi trente-quatre drapeaux ou étendards, quasi tous anglois et hoUandois.

Le roi d'Angleterre a été reconnu de la nation angloise, combattant à pied à la tète de nos grenadiers et n'ayant pas voulu cacher son ordre. Milord Schelton, qui avoitété pris deux jours auparavant le combat et reçu du milord Marlborough, lequel l'a renvoyé ici, rapporte qu'il Favoit bien reconnu aussi et qu'il s'en étoit éloigné par respect, l'appelant pourtant le prince de Galles, mais lui donnant beaucoup de louanges. On ne se peut faire plus d'honnêtetés que les deux Anglois s'en sont faites , Marlborough ouvrant sa Ijourse à l'autre, qui en prit 50 pistoles pour le conduire ici; enfin tous les Anglois ont ])u à la santé du roi d'Angleterre, c'est-à-dire les soldats.

On dit oui et non pour le retour de M. le maréchal dHarcourt en Flandre, où M. le maréchal de Bouftlers est sur l'Haineau et à Keverain.

M. le maréchal de Yillars se portoit assez bien de sa blessure par les derniers venus, M. deCoëtquen de même,

SKPrEMBrvi:i70j). a

et on espéroit de M. de Courcillon , quoique la cuisse coupée bien haut; mais il n'a pas été blessé d'un coup de canon, c'est d'un gros mousquet. Il n'y a pas de doute de la mort de Briord ni de celle du marquis de Charost, dont le roi a donné le régiment à M. le duc de Béthune. Le chevalier de Croy est revenu nu comme la main, que l'on disoit tué. 11 y en a de ressuscites, mais on n'a point donné de liste exacte.

Le roi de Suède se retrouve vivant et guéri, à ce que disent les étrangers, à l'embouchure du Borysthène, vers la mer Noire, chez les Turcs.

Il s'écrit de Strasbourg que le comte de Mercy a rejoint en bonne santé, avec les débris de son corps, le général Tunghen et qu'ils font mine de vouloir remonler sur leur bête; mais les Suisses sont en colère et ne les laisseront point passer. Notre ambassadeur les a harangués comme il faut.

Le [lundi] 23 septembre 1 709.

On vouloit hier que les ennemis se fussent retirés de Mons, mais on n'en disoit rien à Versailles, sinon qu'ils n'avoient pas encore ouvert la tranchée et qu'on travailloit à des fascines. Le fils de M. de Flamarens a encore apporté qu'étant allé le lendemain de Faction sur le champ de bataille avec le prince Eugène et le duc de Marlborough, milord Schelton aussi , on avoit jugé qu'il pouvoit y avoir vingt-cinq mille hommes , un tiers des nôtres et les deux autres tiers des leurs. C'étoit un spectacle horril)le à voir. Le roi va mercredi à Marly pour jusqu'à la Toussaint. Il a lait un maréchal de France, qui est M. d'Artagnan ; on le dit le plus ancien, et que M. le maréchal d'Harcourt demeure en Allemagne.

M. Amelot arriva avant-hier. Le bruit court que le roi d'Espagne lui a donné une grandesse pour M. de Chalais et faire le mariage de sa fdle avec lui, madame la princesse des Ursins ay;uit pu être de cette affair<' . atin de

42 VPPEXDICE.

mettre les honneurs dans la maison de M. son premier mari; d'autres disent M. de Lanti, Romain, fils de feu madame sa sœur.

M. le maréchal de Villars est pourvu cette fois de la pairie^ Sa Majesté l'en ayant gratifié ; saLlessurevabien, mais elle sera longue à guérir. On dit celle de M. le duc de Guiche de même, que M. de Coëtquen se tirera de la sienne , mais que le dévoiement survenu à M. de Courcillon le met en grand danger.

M, le duc de Béthune n'avoit point de nouvelles hier que le roi leur eût conservé le régiment de Charost, et M. de Saint-Laurent n'avoit pas encore celui de Nice, qui vaque par la mort de son fils. Les deux brigades des gardes étoient seulement données.

M. de Barbezières ne croyoit pas mourir en arrivant de Chantilly; ces deux gouvernements de Saint-Quentin et de Gravelines ont beaucoup de demandeurs , entre lesquels on nomme M. de Biron.

Madame de Vaubecourt dit qu'il n'y a point de grandesse.

A Paris , le [ mercredi] 23 septembre 1709.

Le bruit qui a couru que les ennemis ne faisoient plus le siège de Mons a été fondé sur leur inaction. On dit à présent que ce dessein continue et qu'ils attendoient seulement leur grosse artillerie, qui est arrivée.

Le roi n'alla point à la chasse avant-hier, mais il donna une longue audience à M. Amelôt et l'embrassa, à ce que l'on dit.

La disposition, à ce que l'on prétend, des gouvernements de Saint-Quentin et de Gravelines comme des emplois de guerre vacants se fera à Marly.

Les nouvelles d'Espagne sont que Staremberg a repassé la Segra, sur le liruit de l'approche de Sa Majesté Catholique.

L'abbé de Poligiiac revient ; on ne sait pas positivement

pourquoi ce retour , mais il est fort bien avec le ministre. On veut que ce soit pour aller à la paix ; d'autres nomment M. Amelot.

Le marché de la maison de madame de Villetaneuse lut signé hier avec M. le duc de Roquelaure à 130^000 livres, compris les glaces.

M. Voisin a fait un grand changement dans les Invalides pour les officiers.

M, de Chamillart est revenu à petit bruit, mais il doit retourner au pays du Maine faire l'acquisition de Courcelles. Je ne sais s'il ne songe point encore au bourg d'Averton.

Madame de Bouillon est allée passer quinze jours auprès de M. de Vendôme à Anet.

A Paris, le [jeudi] 26 septembre 1709.

M. de Buzenval est revenu balafré et prisonnier du comte de Lotron. Tous ceux qui reviennent font horreur du champ de bataille.

M. de Livry est entré dans Mons avec onze cents hommes. La garnison y est foible, composée de Wallons et de Bavarois. Il n'y a point de nouvelles sûres que la tranchée y soit ouverte.

Il a couru aujourd'hui un Ijruit à Paris que M. le marquis de Nangis avoit le régiment du Roi, le gouvernement de Gra vélines se donnant à celui qui le commande à présent. On a dit encore que M. le maréchal de Villars demande le gouvernement de Saint-Quentin pour le comte de Villars, son frère.

Il s'écrit de Madrid que le roi d'Espagne est arrivé le 11 à Saragosse, reçu à merveille, excuses à M. le maréchal de Bezons et une si belle disposition dans l'armée qu'il y auroit un combat si 8taremberg ne repassoit la Sègre.

La mercede de M. Amelot est véritablement la grandesse pour marier mademoiselle sa fdle à un grand sei-

4 4 APPtADICE.

gneur de France. Le comte de Veraguas a l'emploi des finances, qui promet 60,000 pistolesà M. le duc de Noailles pour faire le siège de Girone.

Le [vendredi] 27 septembre.

On dit toujours Mons assiégé ; mais il n'y a point encore de tranchée ouverte. M. de Livry s'y est jeté avec douze cents hommes. Le fils de M. de Buzenval est revenu sur sa parole prisonnier. C'est une chose épouvantable que l'état où se trouve la gendarmerie ; vous y avez perdu , Monsieur, un sujet de réputation. Le fils de ce pauvre Briord se tournoit encore à merveilles ; enfin nous avons bien vu tuer du monde. Dieu vous conserve et moi aussi. M. l'abbé de Polignac revenant de Rome à Paris ne fait pas de si tristes réflexions. La mort de madame la duchesse de Luxembourg ne laisse pas d'être une belle matière, sans qu'il soit question de politiquer ni de songer à être plénipotentiaire. Le pauvre M. de CléremlDault court risque d'en mourir plus tôt que de son âge, la fièvre lui étant survenue.

A Paris, le [ mercredi] 2 octobre 1709.

II y a confirmation de l'ouverture de la tranchée à Mons du 26 au 27. Le temps se fait mauvais , et il arrive des troupes à notre armée.

On est à tout moment dans l'attente d'une action en Espagne, un courrier de M. le maréchal de Bezons, qu'on a renvoyé au même instant, ayant apporté que le roi étoit comme en présence avec ses ennemis.

M. Amelot n'a point été à Marly, mais prendre du repos dans sa maison à Issy.

Le roi reviendra le 12. On dit que les gouvernements se doivent donner aujourd'hui. On saura aussi sur quoi fondé le bruit qui a tant couru de M. le marquis deNangis pour le régiment du Roi. Il faut changer : c'est M. de Mérin ville qui a les gendarmes de la Reine et M. de Buzen-

OCTOBRK 1709

val les chevau-lég'ers. Toute la gendarmerie est remplie.

Je crois avoir mandé que M. de Sur ville est à Marly et madame la comteste de Tessé, grande d'Espagne, pour la première fois.

M. le prince de Vaudemont est revenu de Commercy.

Je n'ai rien ouï dire de M. le maréchal de Villars depuis les dernières nouvelles que tout alloit mieux. Les autres blessés n'avoient point d'accidents. Le régiment d'Alsace a vaqué par la mort du lilsde M. de iMontcault, qui en étoit colonel, mort chez les ennemis, la jambe ou cuisse coupée.

: A Paris, le [ vendredi ] i octoI)ie 1709.

Le temps est contraire au siège de Mon s , et les nouvelles en sont assez incertaines. On veut que rien ne manque au dedans à présent et que M. de Livry soit brigadier à cause du monde qu'il y a introduit. On parle aussi d'une sortie que nous avons faite, au dommage des ennemis.

Il n'y avoit point encore hier au soir de nouvelles du retour de M. le premier chirurgien du roi, mais on disoit M. le maréchal de Villars revenu de ses accidents et les autres blessés se portant bien. Le duc de Saint-Aignan et quantité d'autres sont à Cambray, dont M. l'archevêque fait prendre beaucoup de soin, particulièrement du premier.

On dit que M. de Chartres d'à présent supplie le roi de le dispenser comme indigne, il s'écrit d'un autre côté que madame la princesse des Ursins ne juge pas que l'archevêché de Tolède le soit de M. le cardinal de la Trémoille.

La mort du grand-duc est imprimée dans la gazette d'Hollande, mais c'est le grand prince, qui étoit fort malade par les derniers avis d'Italie.

Voici les régiments donnés : le régiment Royal de la marine à M. Desmaretz ; celui de M. Desmaretz à un parent de M. d'Artagnan; le régiment de Charust ;\ M. le

AC APf'E-NDlCK.

duc de Béthune pour iM. sou petit-fils et pour vendre : le régiment de Croy à un frère du mort ; le régiment de Montcault à un autre frère du défunt.

A Paris, le [ lundi ] 7 octobre 1709.

Les nouvelles de M. le maréchal de Villars sont fort bonnes aujourd'hui, ce bon état attribué à la visite de M. le premier chirurgien du roi. On dit même que madame la maréchale de Villars écrit qu'elle espère bientôt ramener M. son mari.

Je ne sais rien des mouvements de notre armée ; on dit des ennemis qu'ils continuent leur siège, où le temps devient pluvieux et mauvais.

Il y en a qui veulent qu'il soit difficile au roi d'Espagne de pouvoir attaquer Staremberg dans son poste, où il s'est bien retranché et muni de subsistance.

L'électeur de Bavière a été reçu à Chantilly de la manière qu'il convient au plus beau lieu du monde, soit pour la chasse et autres plaisirs, monseigneur le Duc en faisant bien les honneurs. Il en reviendra à la cour le 18.

La sérénissime république de Venise s' opposant aux menaces de s'en ressentir sur la parenté du cardinal Ottobon , s'il acceptoit la protection de la France que le roi lui a donnée en la place du cardinal de Médicis , Sa Majesté lui a déclaré la guerre et a fait dire à son ambassadeur qu'elle rappeloit M. l'abbé de Pomponne, mais que pour lui Mocenigo , très satisfait de sa conduite personnelle en cette cour, il pouvoit en toute sûreté attendre ici les ordres de ses maîtres.

f A Paris , le [ vendredi ] M octobre 1709.

Le retour de M. Maréchal n'étoit pas encore certain. Le roi a envoyé 100,000 francs aux blessés de l'armée. On dit que M. le maréchal de Boufflers a tout pouvoir pour

agir au secours de Mons. Les ennemis y ont pris un petit ouvrage détaché des fortifications de la ville.

L'électeur de Bavière est retourné à Gompiègne , et il n'a point été question de mademoiselle de Montigny. Il s'est fort diverti à Chantilly, et c'est la maladie de monseigneur le Duc qui l'a fait retourner. Madame la Princesse et madame la Duchesse se sont rendues auprès de Son Altesse Sérénissime, laquelle on a saignée et purgée avec del'émétique; elle se portoit mieux hier. Il étoit question de goutte et de grands vomissements.

La cour revient demain à Versailles, et Monseigneur ira lundi à Rambouillet, sa suite avec lui, M. le comte de Toulouse se proposant de bien recevoir tout le monde. Monseigneur le duc de Berry sera de la partie.

M. de Bagnols fut attaqué, il y a deux jours, d'apoplexie et mourut sans connoissance ; madame sa femme s'est retirée aux Récollettes. M. et madame de Coulanges revinrent de Choisy , et on se fait écrire chez eux. C'est M. de Harlay qui monte à la place de conseiller d'État ordinaire, et M. Bignon remplit la place vacante qu'on lui avoit promise;

Le commandant de Toulon, qui étoit M. de Charmasem, est mort aussi; on dit que cela lui valoit 18,000 livres de rente.

A Paris, le [lundi ) <4 octobre 1709.

Leroid'Espagneestretourné àMadrid, après lui avoir été impossible de combattre Staremberg; le comte d'Aguilar l'a suivi. C'est M. le maréchal de Bezons qui est resté au commandement de son armée, le chevalier de Caylus commandant les Espagnols sous lui ; le combat de celui-ci, l'ayant oljligé de quitter la France , l'a fort avancé , car il n'était que major clans le régiment de Lautrec. Le maréchal de Bezons a envoyé un courrier ici , parti le 2, pour

48 APPi:\nicR.

demander au roi la permission de recevoir Ui Toison d'or^, dont le roi d'Espagne l'a voulu gratilier.

C'est le grand inquisiteur qui a eu rarclievêché de Tolède : il est dominicain , et étoit archevêque de Saragosse.

On ne sait guère de nouvelles du siège de Mons; mais il y en de très-bonnes de la blessure de] M. le maréchal de Villars, dont M. Maréchal a rendu compte à Sa Majesté? qui adonné au comte son frère le gouvernement de Gravelines, comme celui de Saint-Quentin à M. de Montesson , des gardes du corps : cette affaire fut déclarée hier.

M. de la Trémoille ne pouvant aller présider aux états de Bretagne, étant son tour, le roi a commis en sa place M. le prince de Léon', qu'il a sratifié d'une somme de 1,000 pistoles.

C'est de la cassette que les 100,000 francs pour les blessés de l'armée ont été tirés.

M. de Bernières, intendant de Flandre . arrive f ii ])0'<(e. on ne sait encore pourquoi .

F.f iinai'dil 15 octobre I70f»,

Le roi n'a pas permis à M. le maréchal de Bezons d'accepter la Toison d'or, et on dit que Sa Majesté lui ordonne de s'en revenir et de ramener nos troupes d'Espagne.

M. le maréchal de Berwick reviendra duDauphiné en Flandre pour nous commander, atin de donner le moyen ;V xM. le maréchal de Bouftlers de se venir reposer, en ayant grand besoin et se trouvant fort incommodé.

M. le président de Mesmesa vendu sa charge de prévôt de l'Ordre -200,000 francs à M. de Pontchartrain , avec la permission du roi de porter toujours le Saint-Esprit, Sa Majesté en ayant accordé le brevet.

M. de Bernières n'est point encore repassé; son voyage adonné de la curiosité. On dit que c'est alîn de prendre des mesures pour mieux pourvoir aux hôpitaux et à la

OCÏOBRR 1709. 49

conduite des munitionnaires, attendu que M. Maréchal a représenté au roi qu'il éloit mort bien des blessés faute de médicaments et que les troupes étoient nourries d'un si mauvais pain qu'on pouvoit les mettre en danger de périr.

Monseigneur le Duc continue d'être malade à Chantilly , son mal étant une espèce de goutte qui a paru et lui a donné d'autres accidents, qui sont des vomissements. On disoit hier qu'il étoit venu un de ses médecins pour consulter M. Fagon.

Mons va son train, mais on n'en dit point de nouvelles.

On dit que le traité de M. de Savoie avec l'empereur est à renouveler, comme les gazettes l'ont imprimé, mais qu'il demande gros.

A Paris, \c (jeudi) 17 octobre 1709.

M. le maréchal de Beruick arriva hier au soir à Versailles et salua le roi; il a été ce matin à Saint-Germain voir apparemment madame sa femme, etrevenu à(]haillot poiu' la reine d'Angleterre , étant parti de là pour aller en Flandr(!. M. de Bernières a pris la même route ce matin aussi.

Les lettres de Valenciennes du 13 portent que les assiégeants de Mons y vont lentement, la pluie les ayant fort inconunodés; qu'ils s'attachent au côté par lequel il fut pris quand le roi l'assiégea et que, nonobstant leui' peine, il se fait à Bruxelles des préparatifs comme s'ils vouloient encore assiéger Maubeuge ; c'est au moins leur bruit.

M. le maréchal de Villars s'est trouvé plus mal depuis le départ de M. Maréchal. Le Dran lui a fait une petite incision pour tirer un petit os qui vouloit sortir, dont il s'est bien trouvé. On attendoit une litière pour ramener M. de Conrcillon, et M. de Coetqueu est en étal de revenir de son côté. Laguérison de M. le duc de (iuiclie T. xiii. 4

.',0 APPKiNDICK.

n'est pas si avancée. M. le comte de Broglio a battu un parti ennemi au fourrage , commandé par un comte de Lobkowitz ; il y a bien eu des gens tués , des prisonniers et des cbevaux pris avec leurs trousses.

Le roi donne à M. de Pontchartrain un brevet de retenue de la somme entière de 205,000 livres de la charge de prévôt de l'Ordre, et M. le chancelier la paye en quatre ans, 50,000 livres chacun. Monseigneur le Duc est toujours incommodé à Chantilly; le roi y a envoyé un ordinaire s'informer avec empressement de sa santé.

Les troupes d'Espagne reviennent assurément.

Le roi n'a point donné à M. le duc de Béthune la liberté de vendre le régiment ; c'est pour le fils du second lit ; mais comme il est encore trop jeune, le lieutenant colonel le commandera avec une commission particulière.

A Paris, le [ lundi] 21 octobre 1709.

Les nouvelles de Mons sont incertaines : les uns disent une contrescarpe prise, les autres non. Le corps de M. de Luxembourg a été renforcé assez considérablement pour couvrir Charleroy.

M. de Saint-Frémont amène un détachement de di^v bataillons d'Allemagne, qui doivent arriver demain à Charte ville et à Mézières.

Il y a des lettres de M. d'Arpajon du 2 qui portent que nos troupes d'Espagne commençoient à défiler.

M. le maréchal de Berw ick ne vit point la reine d'Angleterre en passant ; il n'en eut pas le temps , et , après avoir été enfermé trois heures avec le roi , il lui promit de partir de Saint-Germain à deux heures après minuit , oe qu'il fit. Les quatre maréchaux apparemment auront décidé de ce qui se peut faire pour le secours de la ville assiégée.

Les fermes des postes ont été renouvelées, et le roi a

OCTOBRl. I70H. .11

gratifié M. de Torcy de iO,000 écus en six ans, à payer 20,000 francs par an.

Il y a bien du bruit parmi tous les munitionnaires ; on dit qu'il s'est présenté une compagnie nouvelle et qu'on attaque M. de la Cour, auquel on a envoyé garnison chez lui. On dit aussi qu'il loue à madame la duchesse de Mantoue cette grande maison appelée l'hôtel de Travers , bâtie pour M. de Chamillart, qui a coûté furieusement , en ayant encore une plus belle au bout de la rue Richelieu.

M. le duc de Lauzun, qui vient souvent chez M. le marquis d'Ambres, me demanda fort de vos nouvelles hier. Monsieur, en se souvenant avec plaisir de votre ancienne amitié et me priant de vous faire cent mille compliments de sa part, ce dont je m'acquitte avec autant de joie qu'il m'en a paru en lui.

M. l'évêque d'Évreux est mort.

Le [mercredi] 23 octobre 1709.

On ne sait pas trop de nouvelles du siège de Mons ; on dit du li les contrescarpes prises. On ignore aussi le sujet du voyage de M. le prince Eugène à Bruxelles ; on a dit même qu'il pourroit passer en Hollande.

Le conseil s'est tenu entre les quatre maréchaux , mais avec de la difficulté, suivant le bruit, pour conclure ce qu'il y a de meilleur àfaire, M. le maréchal de Boufflers ne revenant point.

M. de Courcillon a donné de l'inquiétude depuis quelques jours, étonne l'a pas trouvé en état de revenir.

C'est en dix-huit mois que la charge de prévôt de l'Ordre se doit payer à M. le président de Mesmes. M. le duc de Lauzun prête 50,000 francs à M. le chancelier, un quart dans le total en billets de monnoie.

Monseigneur le Duc est toujours incommodé à Cliautilly, Monseigneur vient demain ù Meudon, M. le comte de Tou-

r.2 APPENDICE.

lousf a bien lait les honneurs, avec grande dépense , A Rambouillet.

M. de Chaniillart partit toutseul , il y a huit jours, pour Courcelles. Madame la duchesse de laFeuillade et madame de Cany l'ont suivi deux jours après; niadann; de Cliamillart étoit restée avec madame de Dreux jusqu'après la lète, afin d'achever le délogement; mais elles partiront ensuite, et on dit que c'est pour longiemps quant à M de Chamillart.

A Paris , le [ jeudi j 2^ octobre <709.

Mons s'est rendu le 21 ; les conditions ne s'en disent pas encore ce soir. Il se fait un camp retranché à Maubeuge et un autre à Gharleroy. Le prince Eugène n'avoit pas fait de séjour à Bruxelles et étoit revenu à son armée. M. le maréchal de Villars avoit de l'inflammation à sa plaie, causée par un cruel abcès et un os qui paroissoit fêlé ; on espère pourtant que ce ne sera rien, mais il esta craindre que sa guérison ne soit longue. M. de Courcillon se reporte bien et avec sa même tranquillité.

On dit que le prince royal de Prusse se veut faire catholique et que l'électeur de Brandebourgs son père , demande des jésuites au pape pour l'instruire , disant ne le vouloir pas contraindre sur le choix de la religion ; cette vocation étant reportée à prendre déjà des mesures pour se faire élire roi des Romains. L'électeur d'Hanovre, pouvant aussi songera la même chose, expose au Souverain Pontife qu'ayant dans son électorat beaucoup de sujets de notre communion qui en demandent la lil)erté, il est bien aise de leur accorder , demandant aussi au pape des pères de la société pour s'établir dans ses États.

M. l'abbé de Polignac a été malade et saigné deux fois depuis son arrivée, logeant chez madame de Mailly, dame d'atours à Versailles. On y a fait l'opération à mailnme la comtesse de Saint-Gérnn.

M. l'avocat général le Nain est mort ce matin , en trois jours, de la fièvre et d'une fluxion sur la poitrine, âgé de trente-huit à quarante ans. C'est une grande perte pour le public, car il étoit rempli de tout le mérite de sa profession et de la vertu de sa race.

A Paris, le [ vendredi ) iï octobn- 1709.

Monsa capitulé le 20. La garnison étoit foible, mais la place ne manquoit pas de vivres. Les Espagnols sont sortis avec quatre pièces de canon , deux mortiers , et ont été conduits à Namur , les François à Condé et les Bavarois à Maubeuge. Le prince Eugène vouloit retenir le comte de Bergeyck pour lui faire rendre compte à Tempereur des revenus des Pays-Bas depuis la mort du roi d'Espagne ; mais enfin on est convenu que son frère et son neveu demeureroient en otages pour le payement de ce qui est dû à la ville.

Du [ lundi] 28 ocloi)re.

On a dit que les ennemis'marchoient du côté de Charleroi; cependant il s'établit que l'on parle du quartier d'hiver partout, que le général des Prussiens a déjà pri« congé des alliés en Flandre et qu'on a vu beaucoup d'expéditions au bureau de M. Voisin.

M. le duc de Guiche est revenu sans être en état de marcher. On continue de dire que M, le maréchal de Villars ne le pourra faire de longtemps et qu'il court risque de boiter. Pour M. de Courcillon, ce sera un miracle s'il en revient.

Il fut dit hier que les vomissements de monseigneur le Duc étoient revenus au bout de quatre jours qu'il ne s'en étoit pas senti.

Feu M. révè(juc de Chartres a donnt- tout sou patrimoine ;i son neveu, l'évèque d'aujourd'hui, comme sa

54 APPEIVDICK.

chapelle et ses livres , dont madame sa sœur et autres héritiers ne sont pas bien contents. Le roi y a joint l'abbaye d'Igny, qui vaut 12 ou 1^»,000 livres de rente ; ainsi le jeune prélat aura de quoi soutenir l'épiscopat et les pauvres de son diocèse , se proposant toujours indigne d'une telle charge. On dit aussi que l'abbaye nouvelle est en rendant celle qu'il avoit.

M. de Pontchartrain fut reçu hier à Versailles prévôt de l'Ordre ; tous les commandeurs etchevaliers, ayant été avertis , s'y sont trouvés.

Mademoiselle de la Motte d'Argencourt est morte à Chaillot.

A Paris, le [ mardi ] 29 olobre 1709.

On a envoyé à M. le maréchal de Villars une litière du roi pour le ramener. On dit qu'il fera son établissement à Versailles , et que Sa Majesté lui donne le logement de feu monseigneur le prince de Conty, se portant de mieux en mieux de sa blessure.

M. le duc de Guiche est allé porter ses béquilles aussi à la cour.

On dit que madame la duchesse de Gramont a conclu son marché, et qu'elle paye à M. de Chamillart la somme de 80,000 livres de l'Étang, qu'elle achète.

L'électeur de Bavière arrivera le ô du mois prochain à Paris et logera chez M. de Monasterol, où il tiendra table soir et matin. Madame de Monasterol, lui cédant la place, s'est déjà retirée chez madame la présidente d'Osembray, où elle habitera autant de temps que l'électeur sera dans sa maison. Il verra le roi à Marly, qui s'y en va le lendemain de la Toussaint. Tout se passera incognito.

La gendarmerie aura, comme l'année passée, les quartiers d'hiver en Normandie. Il vient bien des troupes dans la généralité de Paris, et les chemins pourront bien

n'être pas sûrs. Le carrosse de Reiras a été volé depuis deux jours.

La charge d'avocat général n'est pas encore remplie ; M. Chauvelin la demande pour son fils, qui a été admiré au conseil, dans le rapport qu'il a fait de l'affaire de madame de Cauvisson .

Madame la comtesse d'Uzès a acheté l'hôtel de Rambouillet sous son nom et remboursé de même mademoiselle de la Motte, qui s'est trouvée , depuis sa mort , créancière d'une somme de 20,000 livres prêtée à feu M. de Montausier ou à madame sa fille. «

A. Paris, le [ jeudi] 31 octobre.

Le prince Eugène a déclaré à un de nos François qui a été dans Mons que, comme il a toujours fait part de sa marche , il auroit bien voulu ne se pas retirer sitôt , mais qu'enfin leur campagne étoit finie , les Brandebourgeois et autres alliés ayant voulu se retirer. Nous nous séparons donc aussi, et tous les quartiers d'hiver sont partis.

C'est le roi qui a proposé à M. le maréchal de Villars de se venir établir à Versailles pour être plus proche de Sa Majesté et de son premier chirurgien , lui ayant prêté le logement de feu monseigeur le prince deConty, qui est plus commode que le sien. Il partira après demain du Quesnoy, s'il est en état; car on compte qu'il en a encore pour longtemps.

M. Chauvelin est avocat général moyennant 4-00,000 francs, 350,000 pour la fixation de cette charge, le roi gratifiant du surplus le fils de feu M. le Nain.

L^ambassadeur de Venise a représenté ici que c'est un malentendu que ce qu'on leur a imposé , et que sa république ne prétend point exclure de leurs conseils la famille des Ottobons , en ayant écrit au cardinal, qui en écrit lui-même au roi. Ainsi on croit cette affaire en terme d'accommodement.

M. le duc de Guiclie eut la dernière lois une longue audience de Sa Majesté ; on croit qu'il fut question d'examiner beaucoup de choses touchant le régiment des gardes.

Le roi va à Marly le 2 pour y célébrer la Saint-Hubert. Le logement de monseigneur le Duc est déjà marqué pour l'électeur de Bavière en cas qu'il y veuille aller le 7 , ce que l'on ne sait point encore.

Les troupes qui revenoient d'Espagne ont reçu un contre-ordre.

Fin du stTinoii du u. 1'. de la Rue, inononcé devant le roi i Versailles le I" jour de novembre 1709.

a Car enfin, ù mon Dieu, vous êtes irrité contre nous, et vous êtes justement irrité. Votre colère se déclare par les fléaux dont nous sommes frappés et accablés. La nature s'intéresse à vous venger; de là vient que nous voyons les saisons dérangées et les éléments confondus. Il semble que ce n'est qu'à regret que le soleil nous prête sa lumière^ et l'or et l'argent paroissent être rentrés dans les entrailles de la terre, qui les a produits. Nos péchés sont montés jusqu'à votre trône, Seigneur; mais vous avez promis que vous ne mépriseriez pas un cœur humilié , et vous en voyez au pied de vos tabernacles qui ne sont pas indignes de vos attentions. Sire, je vous parle avec d'autant plus de liberté que les vérités que j'avance à votre peuple sont les sentiments intérieurs de votre cœur. Le commencement de votre règne a été amer et difficile ; la fin en est encore plus laborieuse, et l'intervalle qui touche à ces extrémités a été semé de lis et de roses. Peut-être avez-vous négligé de les renvoyer à Dieu seul ; il les reprend et sa justice se dédommage. C'est de là que viennent tant d'ennemis, que dis-je, Sire, des ennemis: Ce sont des instruments dont la Providence se sert pour achever le grand ouvrage de votre sanctification. Encore

un peu de temps, les verges des iniidèles seront jetées au l'eu. Nous avons lieu de croire que sa miséricorde étoit contente dans le grand coml)at où la victoire a paru revenir à vous; elle est retournée encore une fois, mais teinte du sang de vos ennemis. Ne puis-je donc pas vous dire aujourd'hui, Sire, en finissant ce discours, ce que disoit autrefois Jésus-Christ à saint Pierre en lui lavant les pieds : Laissez-moi faire ce que vous ne comprenez pas aujourd'hui, un jour vous le comprendrez. Mes voies vous sont inconnues ; les routes dans lesquelles je vous fais entrer vous paroissent étrangères; mais, quand le rideau sera tiré et que le petit nombre de jours sera écoulé, vous verrez que je n'ai pensé qu'à vous rendre heureux dans l'éternité que je vous souhaite. »

Le jésuite, Monsieur, ne vous déplaira pas; je n'ai point d'autres nouvelles aujourd'hui.

A Versailles, le [vendredi] l""^ novembre.

Le roi a donné Févèché d'Évreux à M. l'abbé d'Heudicourt; l'abbaye deFontenets, diocèse d'Autun, à M. l'abbé de Masnadau; l'abbaye de Saint-Calés, diocèse du Mans, à M. labbé Clément; l'abbaye de l'Aumosne ou le petit Clteaux, diocèse de (^hartres, àM. l'aliljé du Pré; labbaye de Menât, diocèse de Clermoiit, à M. l'abbé d'Harcourt ; l'abbaye de Saint-André de Vienne à M. l'archevêque de Vienne; l'ablmyc de Notre-Dame de Vertus à M. l'abbé de Saron.

Le t samedi] 2 novembre \70'J.

Madame la princesse de Conty a été prévenue de toutes sortes d'honnêtetés du roi, par un ordinaire de sa part, pour prêter le logement de feu monseigneur le prince de Conty à M. le maréchal de Villars, cet emprunt fondé sur ce qu'il sera vacant apparemment la première année de

son deuil. Sa Majesté prend grand soin de ce maréchal, et on dit qu'elle Tira voir. Quant à sa plaie, M. Maréchal ne fait pas d'état de ce que les chirurgiens en ont écrit en dernier lieu, répondant de le guérir.

On dit que les maréchaux de France reviendront tous , et que M. le chevalier de Luxembourg, M. le comte de Villars, Puiguyon et un autre resteront pour le quartier d'hiver, le premier du côté de Gharleroy et le second à Maubeuge, où notre armée travaille à des camps retranchés.

M. de Torcy a acheté le marquisat de Sablé et Bois-Dauphin 450,000 livres.

On dit que le marché de madame la duchesse de Gramont pour l'Étang n'a pas eu de conclusion, et que M. de Chamillart en prétend vendre les matériaux aux architectes.

Du [lundi] 4 novembre 1709.

M. le maréchal d'Artagnan demeurera en Flandre. L'électeur de Bavière est attendu ici ; tous les lustres et autres ornements sont empruntés de M. de Monasterol pour la décoration de sa maison, où il logera, et de madame d'Arcques, qui prétend lui donner une fête dans la sienne. Ce qu'il y a de meilleur, c'est que M. Desmaretz lui prépare de l'argent comptant. 11 ira voir le roi le lendemain de son arrivée, mais sans coucher à Marly.

Il s'écrit de Genève et de Gènes que les Impériaux ont surpris Casai, cette nouvelle méritant confirmation, mais étant importante.

Le roi a déclaré pour son ambassadeur à la Porte M. des Alleurs, M. Feriol revenant guéri pourtant, mais hors d'état peut-être de continuer ses fonctions.

On parle toujours de l'acquisition de l'Étang pour madame la duchesse de Gramont; elle a été proposée à M. Voisin, mais il répondit qu'il ne vouloit point avoir

JVOVEIVIBRE 1709. 59

de maison que celle du roi, parce que cela le détourneroit de la seule application qu'il vouloit avoir, laquelle étoit celle du service.

L'affaire du Port-Royal des Champs est finie par la bulle de réunion du pape à celui de cette ville et le jugement de l'officialité. M. d'Argenson a été prendre avec plusieurs carrosses les vieilles religieuses au nombre de quatorze ou quinze qui y étoient, et on les sépare dans d'autres couvents à Saint-Denis , à Rouen , à Chartres et au Mans. On disoit hier que ces maisons-là ont déjà écrit pour supplier qu'elles n'y fussent point envoyées et que le Port-Royal de Paris ne veut! point aller à la campagne, où les bâtiments deviendront des fermes seulement.

Le [mardi] 5 noTembre 1709.

Ce fut il y a aujourd'hui huit jours que M. d'Argenson se présenta aux portes, du Port-Royal des Champs de la part du roi. Elles lui furent ouvertes, et la volonté de Sa Majesté ayant été déclarée à la mère prieure, elle assembla le chapitre, afin de la faire savoir; cela dura jusqu'à midi sans mouvement aucun ni pleurs des religieuses, mais un silence respectueux accompagné de soumission à ses ordres, La prieure demanda à M. d'Argenson s'il voudroit bien leur donner le temps de faire leur petit paquet; comme il lui répondit qu'il ne s'en étoit pas expliqué avec le roi , mais qu'il le prendroit sur lui , elle l'en remercia, disant que, n'en ayant pas l'ordre, il n'y avoit qu'à partir sans aucun paquet, mais un bâton et le seul bréviaire. Il y avoit huit carrosses et quelques chaises, où toute cette pauvre troupe fut mise. On a laissé des soldats dans le monastère pour le garder. On prétend que le roi dit à M. de Chevreuse, la chose répandue, qu'il lui avoit ôté des voisines et que la prieure s'y étoit comportée fort sagement, M. le duc de Beauvilliers appelé à la con-

MO APPEINDICF..

versatioii. Elles ne dînèrent point, parce que les sœurs converses du corps de la communauté ne purent rien apprêter , mais on leur lit prendre un peu de pain et de vin. Voilà, Monsieur, de quoi méditer dans vos prières, en présence de Dieu.

Sœur Louise-Anastasie du Mesnil, prieure, envoyée à Blois, auxlTsulines,etla sœur Françoise-Agnès de Sainte- Marthe dans la même ville, à la Visitation. Sœur ,

sous-prieure, à Rouen, et sœur Euphrasie Robert aux Ursulines, à Mantes ; elle a quatre-vingt-six ans et est pa-. ralytique. Sœur Anne-Cécile, âgée de quatre-vingt-sept ans, et sœur Madeleine-Cécile Chantres , à Amiens. Sœur Apolline conduite de Beauvais à Compiègne, sœur Marie- Catherine Isalis et sœur Céline Benoise à Meaux. Sœur Marguerite-Lucie Pépin, nièce de M. Varet, et sœur Sophie Flexelles à Autun. Sœur Françoise-Agathe le Juge et sœur Gertrude du Vallois à Chartres. Sœur Françoise-Madeleine le Vavasseur et sœur Amédée de Sainte-Marie le Couturier à Nevers et à Moulins. Sœur Justine, converse, reçue pour être du chœur, suivant le vœu de madame de la Feuillade, àSoienv au Perche. Sœur Tarcile, sœur Blandine, converses, aux Ursulines de Saint-Denis. Sœur Anne- Marie, converse, aux Annonciades de Saint-Denis. Sœur Opportune, sœur Basilice, qui sont deux sœurs, et sœur Aurélie à Chartres et à Saint-Denis.

A Paris, le [ mercredi] 6 novembre 170P.

L'électeur de Bavière arrive aujourd'hui et va demain à Marly. Le roi a chargé M. d'Antin du soin de sa personne pour la conduire et lui donner à manger. Le comte de Bergeyck est revenu ici, et tout le monde revient de l'armée. Du côté des ennemis on se sépare aussi, et on dit que le prince Eugène et le duc de Marlborough vont à la Haye faire un tour, après quoi le premier reviendra à Bruxelles et l'autre passera en Angleterre , l'ayant écrit

NOVKMBRE 1709. 61

à M. le maréchal de Berwick, avec lequel il a un commerce d'oncle à neveu. Ce maréchal est attendu en cette cour comme celui de Boufflers.

On avoitmis M. de Courcillon en marche , mais il s'en est trouvé si mal qu'il a fallu s'arrêter à Cambray. On ne disoit point hier que M. le maréchal de Villars y fût encore.

Le bruit couroit à Paris que la paix de M. de Savoie étoit faite, cela fondé sur la prise de Casai, dont il n'y avoit pas de certitude entière; mais le retour de nos troupes d'Espagne étoit certain, et on citoit M. Voisin pour l'avoir dit.

Monseigneur le Duc est guéri et doit bientôt revenir. Marly est nombreux , et on en nomme entre autres qui n'avoient pas accoutumé d'y aller. Madame la duchesse d'Orléans est demeurée à Versailles à cause de sa grossesse; Mademoiselle et monseigneur le duc de Chartres, comme une petite cour de dames de ses amies auprès d'elle [sic].

On dit Quéljec en Canada assiégé par eau et par terre par les Anglois.

A Paris, le [ vendredi ] 8 novembre 1709.

M. le marquis et madame la marquise de Dangeau arrivèrent avant-hier ici avec leur blessé dans une litière, en cinq jours de marche, ne s' étant arrêtés à Cambray <pi'à cause de la Toussaint. 11 n'y a quasi point d'exemple du courage et de la patience de M. de Courcillon ; son tempérament lui a sauvé la vie. On le mène à Versailles pour être dans le commerce, à portée d'avoir de la compagnie au logement de M. son père. M. le maréchal de Villars s'étoit mis en marche à leur départ du Quesnoy et devoit coucher avant-hier à Chaulnes, On comptoit dix jours pour le voyage, lui en brancard, la litière du roi suiv;ml. I.'os n'est pas fêlé, à ce (jne l'on espère; mnis il

62 APPENDICK.

y a des incisions, et il a beaucoup souffert de la vivacité même de son tempérament. 11 n'est pas assuré que M. le duc de Guiche de sa blessure ne demeure un peu boiteux. Il se dit qu'il a rendu auprès du roi de bons offices à MM. les officiers des gardes, l'ayant désabusé de beaucoup de reproches contre la vérité.

L'électeur de Bavière arriva avant-hier aussi. Il avoit dhié à Chantilly, où monseigneur le Duc n'a plus de vomissements, mais il faut l'appuyer, et sa tête tourne encore. L'Altesse Électorale alla voir le roi hier à Marly et revint souper chez madame d'Arcos à une fête préparée; madame de Bouillon , madame d'Albret , madame de Montbazon, comme beaucoup d'autres , priées. Ce prince doit aller ce soir à l'opéra. Monseigneur le recevra à Meudon. J'ai oublié le nom dont il est appelé. Le prince Eugène et le duc de Marlborough lui ont renvoyé de Mons sa vaisselle d'argent et généralement tout ce qui lui appartenoit. Il y avoit grande provision de vin de Champagne et de Bourgogne, quoiqu'il n'en boive point, étant sobre, mais fort gaillard.

M. du Buisson, conseiller d'État et intendant des finances ayant le département des bois, a reçu tous ses sacrements. Il laissera beaucoup de bien, s'il meurt, sans héritiers de grand relief. On ne lui donne que M. l'abbé le Pileur, supérieur de beaucoup de maisons religieuses

A Paris, le [lundi] \^ novembre 1709.

Le procurateur de Venise, appelé Foscarini, que nous avons vu ici ambassadeur, écrit de la Haye à celui de la République en notre cour qu'il n'a jamais tant entendu parler de paix, qu'on en parle où il est et où il arrive des plénipotentiaires de tous côtés, les logements y étant si chers qu'il en coûte des sommes immenses , jusqu'à dire 15, 20, 30,000 francs de notre monnoie pour chaque maison .

M. le maréchal de Boufflers s'en revient, visitant les places du côté de la mer.

M. le maréclial de Yillars doit arriver demain droit dans son hôtel à Paris. Il y a un bruit même qu'il veut y attendre un meilleur état pour aller à Versailles , non point chez madame la princesse de Conty , mais à son logement.

On attend monseigneur le Duc à l'hôtel de Condé, s'il s'est trouvé, suivant son projet , en état de partir de Chantilly.

L'électeur entendit hier la messe aux Théatins et passa au dedans dans une chambre où l'attendoitM. le cardinal d'Estrées ; ils furent assez longtemps ensemble. Il y a eu un second souper chez une comtesse de Remond, qu'il a établie ici comme madame d'Arcos ; mais les dames venues à Compiègne y sont demeurées. Son séjour ici ne sera pas long, ses équipages , où l'on compte trois cents chevaux, marchant déjà à Namur. Il va demain à Marly et coucher à Versailles, où il demeurera deux jours pour tout voir et chasser. M. d'Antin lui en fera les honneurs. On ne parle point de Meudon.

Si madame de Mantoue ne peut soutenir ici sa grandeur, marchant avec tout l'attirail de souveraine , elle parle de s'en aller à Venise au mois de mai , se mettre au palais du feu duc son mari , qui y est rempli de ses trésors. Madame la marquise de Béthune dit pourtant que l'électrice de Bavière, sa nièce, n'a pas de pain auprès de cette république et qu'elle en viendroit chercher en France sans le pape , qui l'en empêche pour ne pas empirer davantage la condition des princes ses enfants auprès de l'empereur .

A Paris, le [ vendredi ] 1 S novembre < "09.

Le maréchal de Boufflers est arrivé tout droit à Marly ; M. le maréchal de Villars avant-hier ici , en grand équi-

page, ayant à la suite de son brancard la litière du roi, trois ou quatre carrosses à six chevaux, plusieurs chaises et une nombreuse escorte de gens à cheval. 11 parut hier à son hôtel, dans un grand accompagnement domestique, sur un canapé, avec une robe de chambre magnifique que madame de Varange ville, sa belle-mère, lui adonnée, et il répondit à mon compliment que sa plaie alloit de mieux en mieux. On Fa pourtant trouvé fort changé.

M. de Coëtquen est aussi de retour avec une jambe de moins, mais il n'en est pas maigri.

On prétend que c'est l'électeur qui a moyenne permis- .sion à M. le comte delaMothe de revenir à la cour comme il étoit, même d'avoir l'honneur de faire la révérence au roi, à Marly présentement, et que mademoiselle de Montigny y a fort contribué , étant allée attendre chez lui , au Fayet, que S. A. E. aille à Namur pour s'y rendre. Cette Altesse doit faire une chasse de cerf aujourd'hui avec Sa Majesté, dîner àSaint-Cloud demain, où monseigneur le duc d'Orléans le doit recevoir. Le voyage de Meudon ne paroît pas si certain, à cause du cérémonial apparemment, le départ se disant après cela pour la semaine prochaine.

Une des saintes religieuses du Port-Koyal, qu'on dit être celle de quatre-vingt-sept ans, distribuée à Amiens, y est morte entre les mains de l'évêque.

A Bordeaux, le [ samedi ] 16 novembre 1709 (I i.

Voilà toutes les troupes arrivées d'Espagne. On attend demain M. le maréchal de Bezons pour le recevoir avec les honneurs dus à son bâton. Un prisonnier qui arrive de Barcelone nous a fait le portrait de l'archiduc, qui n'est pas beau, le disant encore fort pauvre. Les peuples ne voudroient ni de Philippe V ni de lui, cependant il a

(I) Lettre trans(rit»j dans la conv^iinndMini' il,' la iiKii-(|iii:^c d'HiiNclles.

\OVP.MBRF. 1709. 6'.

nombre de gTaiidsqiii lui sont attachés, elle nom d'Aiitriche y a bien des partisans. Le temps nous apprendrale reste.

A Paris, lu 1, mercredi ] 20 novembre l'o'j.

11 se faut promptement dédire de la prétendue sentence donnée à Évreux ; c'a été un faux bruit qui a couru, et cette malheureuse affaire ne sauroit au plus tôt être jugée qu'à Noël; mais, comme on a fait des tentatives pour forcer la prison et sauver les prisonniers morts ou -vifs, M. de Luxembourg a fait ordonner cinquante hommes de la ville qu'il en rend responsables, afin d'y avoir toujours une garde de vingt-cinqhommes ; cette dépense étant aux fraisde la ville, qui en est bien lasse et bien fatiguée.

L'électeur doit partir aujourd'hui pour Compiègne, où il attendra le retour des chanoinesses de Mons, qui doivent venir ici pour voir Paris et la cour pendant trois ou quatre jours, après quoi S. A. E. les mènera à Namur. Monseigneur le duc d'Orléans a excellé; jamais fête na été mieux entendue ni plus magnifique. L'électeur arriva à midi; on vit le chAteau, les promenades. On trouva au retour deux tables servies dans le grand salon, de vingtcinq couverts chacune ; il y en avoit encore d'antres autre part. Le dhier commença à trois heures. Les portes de Saint-Cloud furent ouvertes, ce qui fit une grande affluence de spectateurs, et, après qu'on eut bien mangé et longtemps, tout fut abandon né au pillage. La compagnie passa dans un endroit où madame Hulot chanta; on donna aussi une grande musique italienne et on termina la fête par un jeu de pharaon, que l'électeur aime.

Le comte de Sagonne, fds de feu M, Mansart, vend sa charge de maître des requêtes, se met aux mousquetaires, achète un régiment et quitte la plume pour l'épée. C'est une vérité et non un conte pour rire.

Vous pouvez souffrir vos douleurs, Monsieur, comme un saint que vous êtes , mais il n'v parolt pas à la lettre T. xiri. 5

6fi APPENDICE.

dont vousm'avez honorée, ni que votre esprit s'affoiblisse. Vous employez un bon auteur pour répondre sur l'événement du Port-Royal ; les hommes à l'égard de Dieu sont des mouches et ses desseins impénétrables. La foi nous apprend que nous n'y verrons clair qu'en l'autre monde ; j'ose vous assurer que j'irai jusqu'aubouten celui-ci, à vous rendre ce qui dépend de la plus fidèle de vos très-humbles et très-obéissante servante [ sic ] .

A Paris, le [ vendredi ] 23 norembre 1709.

L'électeur de Bavière a détourné les chanoinesses de Mons de venir ici; il partit avant-hier à trois heures après midi et les aura trouvées à Compiègne, où il demeurera encore trois semaines , à cause des réparations qui se font à son logement de Namur. M. de Torcylui apporta, auparavant que de partir, un manchon de renard noir de la part du roi, avec une attache d'un gros diamant au milieu, estimé 25 ou 30,000 écus, les huit qui l'environnent n'étant pas de pareille grosseur, mais assez considérables pour faire estimer le présent 150,000 francs. M. de Monasterol présenta au ministre, de la part de son maître aussi, une bague d'un seul diamant qui vaut 1,500 pistoles. M. de Torcy fit supplier l'électeur de trouver bon qu'il la refusât, disant qu'il l'auroit bien acceptée dans un autre temps, mais qu'en celui-ci il ne lui étoit pas possible, et en effet il ne l'a pas prise.

Il est arrivé de la Haye un agent de Wolfenbuttel qui a dîné publiquement chez M. de Torcy; on raisonne fort sur ce voyage et on prétend qu'il est question de paix.

J'entendis dire hier à M. de Vaubourg que le traité des Génois venoit d'être signé et qu'on auroit le blé en janvier, février et mars au plus tard.

M. le maréchal de Villars fut rencontré avant-hier, allant à Versailles dans son brancard , environné de beaucoup de gens à cheval, la maréchale le suivant à deux carrosses à six chevaux.

Il y a eu ici une aventure à qui reculeroit. M. ei madame de Montbazon sortant de chez madame de Montauban par la cour des cuisines du Palais-Royal^ les chevaux déjà sortis à moitié, madame de Mantoue survint avec son cortège^ qui en prit la bride et boucha le passage de la rue des Bons-Enfants. Comme cela fit beaucoup de bruit, les écuyers descendirent et trouvèrent M. de Montbazon, qui leur dit que, s'il avoit été seul, il auroit reculé pour la moindre dame du monde, mais que madame sa femme ne cédoit point. La souveraine s'en alla, qui a porté sa plainte à M. de Torcy. Madame de Montbazon en a parlé au roi; Sa Majesté Fa renvoyée à M. de Bouillon. Il n'y a encore rien de décidé, et on croit même qu'il n'y aura point de décision et que chacune demeurera dans sa prétention.

A Paris, le [samedi] 23 novenabre 1709.

Madame de Bourgogne a été dîner en particulier chez madame Desmaretz, accompagnée de madame de Maintenon, de madame de Caylus et de madame Voisin ; je crois que les autres dames en sont toujours, sans les nommer.

M. l'abbé de Polignac l'est, dans le bruit de la ville, pour aller à la Haye à la négociation de la paix. On dit qu'il a dit que les jésuites avoient raison et que le pape ne s'étoit point encore expliqué .

La reconnoissance de Charles III est dans des termes si ménagés pour Philippe V que le Saint-Père veut contenter tout le monde, [sic]

On dit le roi de Danemark entièrement résolu de faire une descente dans Tile de Schonen et que sa flotte a déjà mis à la voile ; ce sera une grande diversion dont nous poui'rons profiter. Il n'est point éclaircice que peut faire ici l'agent du Gottorp, qui connoit particulièrement M. de Torcy.

M. le maréchal de Villars est arrivé à bon port à Versailles; on dit que le roi l'a envoyé jvisiter et que ma-

88 APPENDICF.

dame de Maintenon l'a «'1»'" voiv. ay.iiU donipuré assez lonertemps avec lui.

Du ( luiiili ] 2ri novemhrc.

On dit cet agent du prince d'Holstein-Gottorpreparti pour laHaye, d'où il n'estpas venu sans avoir vu le pensionnaire Heinsius, le prince Eugène , le duc de Marlborough et le comte de Zinzendorf, plénipotentiaire de l'empereur au congrès. On dit encore que l'on a vuvenirsamedià Meudon, Monseigneur y étant le matin, M. l'abbé de Polignac dans une chaise de poste de M. de Torcy , avec un courrier de cabinet.

Le duc de Noailles est arrivé , peut-être M. le maréchal d'Harcourt l'est-il dès hier.

Monseigneur le duc de Bourgogne a été voir M. le maréchal de Yillars; sa visite même fut longue,

M. l'évêque de Senez a envoyé ici son neveu avec une pièce d'or qu'un homme lui a communiquée , dont il a fait faire même l'épreuve devant lui. Cette pièce a passé par l'examen encore de tous nos connoisseurs , se trouvant du meilleur or du monde et du titre de nos louis M. Oesmaretz a renvoyé le neveu de Févèque de Senez , autrefois le P. Torentier de l'Oratoire, pour lui amener l'homme de la pierre philosophale , n'y ayant aucune découverte qu'il ne faille examiner, car le ministre n'est pas encore persuadé,

A Paris, le [ mercredi 1 27 novembre IT09.

M. l'abbé de Polignac ne s'est point trouvé parti, étant àla cour dans son mouvement ordinaire auprèsdu ministre. 1/agent du prince d'Holstein-Gottorp ne l'est pas aussi, mais il n'attend que le moment, son voyage regardant la paix et un éclaircissement, à ce que l'on dit, des préliminaires que les ennemis disent n'avoir jamais entendus comme on les a publiés.

M. le maréchal d'Harcourt parut hier au matin devant le roi, qui lui dit; après sa révérence faite, être fort content de sa campagne et qu'il ajoutoit à ^sa dignité de duc la pairie ; ainsi le voilà pair comme M. le maréchal de Villars.

Il se fit dimanche un grand vol. Un corps d'orfèvres, de vingt ou trente, s' étant servis de la Monnoie de Reims, où l'on a de l'argent du soir au matin de sa marchandise , ce qui se remet à six semaines à Paris , faisant voiturer une somme de 190,000 livres sous l'escorte de cinq ou six dentre eux, cette somme fut attaquée et volée en deçà le Mesnil, à cinq ou six lieues d'ici, par seize ctivaliers bien montés et armés, ayant des manteaux rouges uniformes. On court après, et il y en a qui les croient rentrés à Paris.

Il y a un grand manifeste du roi de Danemark , dans la gazette d'Amsterdam, des motifs qui lui font déclarer la guerre au roi de Suède , et la descente s'est faite dans l'ile de Schonen, où il est en personne. On dit qu'un des articles porte qu'il n'en veut point à l'Allemagne suédoise et que les Hollandois prétendent qu'il ne retirera point ses troupes de leurs hautes puissances.

A l'aris, le [ vfiitiredi J if> novembre 1709.

On dit raccommodement rompu pour les Vénitiens et que M. l'abbé de Pomponne, l'amliassadeur du roi, comme le leur, qui doit partir d'ici , se rencontreront sur la frontière pour être échangés. Le cardinal Ottobon demeure protecteur de la France , de son choix et de sa volonté , aux dépens de ce qui peut arriver à ses parents.

Il ne s'est encore rien découvert des voleurs , habillés de bleu , non de rouge , mais uniformes. On a encore volé dan s la forêt de Fontainebleau un officier qui venoit dans unechaise rouhintc, lequel avoit 200 pistoles sur hii ; les voleurs au noml)re de quatre cavaliers.

7n APPENDICE.

Il s "est formé une difficulté entre M. le maréchal de Villars et M. le maréchal d'Harcourt pour la pairie , le dernier étant le premier duc et l'autre le premier pair, à savoir qui passera devant ; c'est au roi à le régler.

L'homme d'Hollande est reparti.

M. le maréchal d'Harcourt a repris le bâton, afin d'achever son quartier, qui finit l'année. Les officiers qui ont servi sous lui en Alsace en sont fort contents et disent que c'est un général fort attentif à pourvoir aux besoins , n'ayant point pris de sauvegardes ni profité d'aucune chose.

M. de Caylus achète un guidon dans la gendarmerie ou pour mieux dire madame sa mère ; c'est M. de Chenoise qui vend.

A Paris, le [dimanche] 1*' décemhre 17(19.

On a supprimé tous les imprimés affichés aux sacristies touchant la prétendue abjuration de la religieuse du Port-Royal , morte à Saint-Julien d'Amiens : on dit que c'est par ordre de M. le cardinal archevêque.

On est à savoir si nous aurons la paix ou non , et on dit que le roi s'est déclaré y consentir, pourvu que ce fût sans préliminaires.

i\I. le maréchal deBezonsest arrivé ; mais M. le maréchal d'Harcourt se trouva mal hier. Sa langue s'étant épaissie, il fut saigné et a pris de l'émétique. M. Fagon traite cela de vapeurs, et sa raison n'a point été attaquée.

Le roi a décidé en faveur de M. le maréchal de Villars.

Hyadeux voleurs pris, un qui s'appelle Gratte-Lardon , dans la cave duquel on a trouvé de l'argent , des montres et des tabatières. Le procureur du roi a dit chez M. le duc de Tresmes qu'il avoit déjà ouï parler de ce nom-là comme d'un fripon. On croit qu'il n'est question que de canaille de Paris.

M. le marquis de Gesvres achète le régiment du grand fauconnier, qui n'est pas eu bonne santé.

Du £ lundi ] 2 décembre 1709.

Je ne sa vois point que madame de Cauvisson eût perdu son procès tout d'une voix au conseil ; M. Chauvelin , devenu avocat général , lequel passe pour une des merveilles du monde dans sa profession , en étoit rapporteur.

Je ne savois point aussi que mademoiselle de Montigny Mt arrivée à Paris avec deux sœurs chanoinesses de Mons et quatre autres dames de ses amies. M. le maréchal de Villeroy donna hier à dîner à cette compagnie, qu'il mena le soir à l'opéra. Le séjour ici doit être court. Mademoiselle de Montigny se fait peindre , que l'on trouve belle et de riche taille.

M. le maréchal d'Harcourt se porte bien.

A Paris, le [jeudi] 12 décembre 1709.

Madame la duchesse d'Orléans accoucha hier, à huit heures du matin, d'une princesse, qui fut amenée l'aprèsdlnée au Palais-Royal par madame la comtesse de Marey, la gouvernante , parce qu'il n'y avoit point de logement pour elle à Versailles. C'est la quatrième, mais Mademoiselle est déjà en âge d'être mariée. Il n'y a qu'un prince auquel le bruit de la ville donne M. le maréchal de Bezons pour gouverneur.

M. Voisin a déclaré à sa dernière audience qu'on donneroit au mois de janvier prochain de l'argent comptant aux troupes pour la remonte et les recrues et qu'il y aura des l)illets de monnoie pour les ustensiles. M. Desmaretz a promis à la sienne , ici aujourd'hui, qu'on payeroit à l'hôtel de ville , l'intention étant qu'il n'y ait qu'un quartier en arrière.

Le contrat de M. le duc de Villars-Brancas avec mademoiselle de Moras a été signé par Sa Majesté auparavant

•j'i APPKi\mCt.

le dépari pour Marly. Il y a bien des incrédules siu- les biens de la demoiselle; mais M. le duc de Biancas y prolitera en revenu, et c'est 15,000 francs au lieu de 10,000 qu'il aura quant à l'argent comptant. L'origine de l'extraction de la tille est encore contestée , qui est lavorisée de madame la duchesse du Maine.

Tout ce qui revient d'Espagne porte que le roi catholique augmente beaucoup ses troupes et qu'il y a bien des François qui ont pris parti avec les Espagnols. Tous les officiers ont rapporté de l'argent, au lieu qu'on se plaint ici de n'en avoir guère.

Il se dit que le comte de Bergeyck a demandé au roi la permission de faire passer les Wallons en Espagne ;, mais que Sa Majesté a répondu qu'il lesfalloit pour la garde des places espagnoles aux Pays-Bas.

Le [vendredi] 13.

Le mariage de M. le duc de Brancas se fera à Sceaux aux dépens de madame du Maine; celui de M. de Pons et de madame la marquise de la Baume se fait lundi , plus par amour que par la bourse, M. de Pons n'ayant qu'une charge d'enseigne dans la gendarmerie ou de guidon que le roi vient de lui donner, et madame de la Baume , en douaire et dot, 10,000 livres de rente. M. son père y a signé sans vouloir s'engager à plus.

A Paris, le [lundi] 16 décembre 1709.

.l'entendis dire hier, oùje fréquente , qu'il y avoitdes lettres de la Haye du dernier ordinaire , portant que cet agent du prince d'Holstein-Oottor}) ropartoit pour revenir ici et qu'ils avoient eu de grandes conférences ensemble, M. de Puységur et lui, que l'on ne sa voit point passé en Hollande. On en augure la paix; mais il s'écrit de Bruxelles que tous leurs préparatifs sont à la guerre,

DÉCEMBIU: 170î>. 73

le prince Eugène y opinant toujours, et l'état en [étant déjà signé de toutes les provinces.

On prétend qu'il y a des nouvelles du roi de vSuède , du J-2 et li octobre, par Vienne et par Constantinople, ce prince étant encore à Bender , si blessé qu'on Favoit cru mort, mais qu'il avoit commencé à vouloir mettre un soulier.

Le roi de Danemark' poursuit sa pointe, se déclarant n'en vouloir ])oint à l'Allemagne ni à songer d'en retirer ses troupes , non plus que des Hollandois ; c'est en gros le sujet de la pièce.

On croit que madame la marquise deNesle est hors de danger de sa petite vérole ; le chevalier de Nangis et madame de Coligny ne l'ont point quittée.

C'est ce soir la noce du duc de Villars à Sceaux , où la favorite de madame du Maine y sera traitée suivant la magnificence de cette princesse.

On dit que M. de Marivaut se meurt; il n'a point été échangé; il est lieutenant général avec de la réputation.

M, le comte de Grécy, plénipotentiaire, homme profond dans la politique et de l'Académie françoise , est mort âgé de quatre-vingts ans , ayant laissé de grands biens; on les f;iit monter à un million ou 1,200,0(K) livres. Il laisse un fils, colonel dun régiment d'infanterie, et une tille qui aura 3 ou 400,000 francs en mariage.

Ce que l'on a toujours appelé le jeune Corneille est mort à quatre-vingt-cinq ans, pauvre comme Job , laissant aussi une place à remplir entre les beaux esprits.

Leiils de feu M. de Breteuil , neveu de l'introducteur, contre la disposition de son père et la volonté de madame sa mère , a brûlé sa robe rouge de conseiller pour prendre le parti de l'épée. Madame de Breteuil est Courtebonnc et fort riche de son côté, touchant de parenté à M. le duc de Béthune,

A l'ans, le (lundi] 18 décembre «709.

On espère toujours le retour de M. de Pettecum. Il se dit aussi que la république de Venise se raccommode avec roi.

M. de Luxembourg est à Paris pour prendre la garde noble de MM. ses enfants. Il y a eu un avis de quatre parents , monseigneur le Duc ayant bien voulu se mettre à la tête des quatre paternels qui sont nécessaires en cette occasion , les trois autres étant MM. les ducs de Bouillon, de la Trémoille et de Tresmes. On ne m'a point nommé les maternels , ' mais M. de Luxembourg n'a point vu M. ni madame de Clérembault. M. de Vienne, conseiller au parlement , a fait seulement ses compliments ; ce duc retourne à Rouen fort consolé et fort charmé d'y être.

M. de Marivaut est mort; il y a eu de la dispute pour son enterrement, qu'il avoit réglé lui-même à 1,000 francs; mais la paroisse demandoit davantage , ce qui fit hier un retardement qui donna l'impatience aux conviés. M. de Crécy a été porté à sa terre avec plus de dépense et d'ordre dans le convoi, en luminaire et tenture, grand nombre de prêtres et de gens. Il y en a qui disent qu'on y a vu un écuyer en long manteau, un laquais portant la queue et lui tenant un carreau sur lequel étoit une couronne de comte. Son emploi a été les négociations dont il s'est fort bien acquitté, et il afini parla paix de Ryswick, en qualité de second plénipotentiaire.

La paillette se crie dans les rues , revêtue de toutes les formalités, ce qui intéresse toute la robe; la question est de savoir si elle produira autant d'argent qu'on le prétend.

Point d'autres nouvelles aujourd'hui.

A Paris, le [vendredi] 20 décembre 1709.

La stérilité des nouvelles continue. Nous avons encore M. Desmaretz qui donne audience ce matin; pour M. Voisin, il se déclare n'en vouloir donner qu'où sera le roi, qu'il ne veut point quitter,

M. Pettecum s'attend, mais très-incertainement.

Le bruit court que M. d'Imberville est allé à Madrid faire quelques propositions de la part du roi au roi d'Espagne; c'est un envoyé qui a été en Lorraine.

M. de Luxembourg s'en retourne à Rouen, toutes les expéditions de la tutelle laites. Il jrétend qu'il a tenu à madame de Clérembault plutôt qu'à M. son mari qu'il ne les ait été voir.

Il est arrivé un incendie épouvantable à Rouen, le feu s'étant mis par accident dans l'abbaye de Saint-Amand, où madame de Louvois a été élevée par les abbesses de la maison de Souvré; elle est entièrement consumée, à la réserve de l'église. Il y a eu dix-huit personnes de tuées, entre autresun chanoine de la cathédrale ; ce couventrebàti tout à neuf, où l'on avoit employé 180,000 livres. La perte est estimée 100,000 écus. On a envoyé toutes les religieuses chez leurs parents; la ville même auroit été en risque, si le vent n'eût cessé.

Leliuaixli] 24 déceralne 1709.

Le roi alla voir M. le maréchal de Villars dimanche après le sermon. Le spectacle fut beau en noral)re de courtisans et de gardes rangés dans la galerie. La maréchale se trouva avec son fils à la porte du logement. On croit que le maréchal s'y attendoit; il étoitsur un canapé, en robe de chambre. Le roi l'embrassa fort, et après les questions sur l'état de sa blessure, où il fut répondu qu'on avoit toute espérance de pouvoir se remettre eu campagne au

76 APPEiNDICE.

printemps, le monde se retira. Le roi demeura seul, approchant deux heures , avec ce maréchal ; celui d'Harcourt est demeuré à Luciennes chez M. de Cavoie , qu'on dit ne pas se porter si bien.

M. le maréchal de Joyeuse n'est pas revenu aussi en lïonne santé, étant quasi paralytique d'un côté et parlant tort mal. Il ne veut point de médecins ni faire aucun remède , mais continuer son régime et vivre avec sa cour ordinaire chez lui.

Il y a eu une si grande contagion àla petite vérole de madame deNesle, qui en est guérie, que madame sa mère, duchesse de la Meilleraye, l'a prise, madame de Coligny et le marquis de Nesle, son mari.

J'apprends que comme madame la maréchale de Villars s'étoit retirée , et que M. son mari eut dit à Sa Majesté que c'étoit dans un cabinet là auprès, il alla lui faire une petite visite en son particulier, la louant fort et lui disant qu'il lui rendoit la liberté de revenir auprès de son mari.

Le courrier de Lyon a été arrêté et volé sur la grande route.

A Versailles, le 24 décembre I70i».

Le roi a donné l'ab))ayede Toussaints, dansla villed'Angers, ordre de Saint-Augustin , à M. l'abbé de Bruss\, grand vicaire d'Angers; l'abbaye de Mureau, ordre de Prémontré, diocèse de Tout, à M, labbé de l'Aigle, grand vicaire de Toul ; Tabbaye de la Bussière , ordre de Clteaux, diocèse d'Autun^ à M. l'abbé Morey; l'abbaye, de Saint-Seine , ordre de Saint-Benoît , diocèse de Langres , à M. l'abbé de Vissac ; l'abbaye de Villeloin, ordre de Saint-Benoit, diocèse de Tours, à M . l'abbé de Lée; l'abbaye de Bellefontaine , ordre de Saint-Benoît , diocèse de la Rochelle, à M. l'abbé le Hoy-Chavigny ; l'abbaye des Roches, ordre de Saint-Benoit, diocèse d'Auxerre,à M. l'abbé de Visnich, grand vicaire d'Auxerre; l'abbaye de Turpenay.

DKCEMBRF. 170î> T7

diocèse de Tours, ù M. l'alîbé du Vignau ; la coadjulorerie de l'abbaye de Saint-Pierre du Puy, à Orange, à madame de la Fare. M. de Morey a été longtemps chapelain du roi; il est premier président du présidial d'Autun. Il a rendu l'abbaye de Tarpenay, qui vaut pour le moins autant que la Bussière. L'abbé du Vignau est fds du lieutenant des gardes du corps qui est mort. M, l'abbé de Vissac est de la maison de la Fayette.

Le [ vendredi ] 27 décembre.

Mesdames les princesses du sang ont été voir madame laduchesse d'Orléans, qui est en couches et qu'on voit; Mademoiselle y a gardé son rang, qu'elles disputent ; mais pour faire voir qu'il n'y en avoit point à garder , elles se sont mises au-dessous de madame la princesse d'Épinoy. Les mémoires ont été présentés au roi de part et d'autre avec chaleur, mais le roi ne l'a point décidé.

Monseigneur le Duc est allé à Chantilly passer les fêtes.

Le [lundi] 30 décembre 1709.

La stérilité des nouvelles continue. Le froid se fait sentir et nous fait présentement plus de peur que la guerre, à cause de l'année passée.

Toutes les étrennes sont supprimées du côté de la ville et de la cassette du roi, dont on dit que les pensions courent risque de l'être aussi.

M. Desmaretz a la goutte à Versailles; M. Voisin se porte bien. Il y en aqui disent que M. de Trudaine vient intendant H Dunkerque et qu'on envoie M. de Barillon en Roussillon. Quant à celui-ci, n'ayant point encore ouï parler de lui pour pareils emplois, ce sera un coup d'essai.

Les malades de la petite vérole vont leur train, tantôt mieux, tantôt plus mal, mais il y a de l'apparence qu'on lessauvera tous. M. le duo de la Meilleroye n'est pas

sauvé auprès des femmes d'avoir abandonné la sienne, pris de l'argent destiné au ménage et de s'être allé loger chez M. le duc d'Albret; d'un autre côté on n'est pas maître de la peur.

M. Févêque de Bayeux avoit reçu tous les sacrements ces jours-ci; il est fort vieux , Nesmond de sa famille. On dit son évêché de 10,000 livres de rente.

M. le maréchal de Villars se dit toujours en état de pouvoir se remettre en campagne au mois de mai , mais on ne sait, à ce que disent les chirurgiens.

M. le maréchal d'Harcourt se tient à Luciennes, qu'on fait moins parler pour être en volonté ou possibilité de retourner au commandement.

On nomme atout M. le maréchal de Berwicksous monseigneur le duc de Bourgogne, qui marque , à ce qu'on prétend , du désir de ne pas rester oisif. Enfin le public se dédommage par discourir et mettre sur le tapis une chose que je tiens bien apocryphe, qui est qu'on remet l'abbaye de Saint-Denis comme elle étoit,pour ladonner à l'électeur de Cologne, sauf à remplacer les dames de Saint-Cyr, qui pourroient peut-être mieux s'accommoder des bâtiments du Port-Royal des Champs que du leur, ce lieu abandonné se trouvant magnifiquement édifié. C'est pour remplir le papier; car il n'y a point d'apparence, et que l'électeur de Cologne puisse perdre dans un traité de paix son électoral ecclésiastique.

ANNEE i7]0.

Mercredi 1" janvier, à Versailles. — Le roi, à onze heures et demie , descendit dans la chapelle en bas , accompagné des chevaliers de l'Ordre, qui étoient en fort petit nombre. Il y a présentement trente-trois places vacantes dans l'Ordre , deux d'ecclésiastiques et trente et une de chevaliers. L'après-dînée le roi et toute la maison royale entendirent vêpres dans la chapelle en haut (1). Le roi n'a point pris cette année 30 ou 40,000 pistoles qu'on avoit accoutumé de lui donner du trésor royal pour ses étrennes. 11 a voulu qu'on les envoyât en Flandre pour payer les troupes qui sont en garnison , et il n'a point donné d'étrennes à la famille royale, comme il avoit accoutumé de faire. Il a défendu aussi à la ville de Paris de donner des étrennes, ce qui ne laissoit pas d'aller assez haut (2) . — Caraman, lieutenant-colonel des gardes,

(1) « Il y eut avant-hier un monde effroyable à Versailles. Le roi s'inclina en général et dit qu'il remercioit toute la compagnie, mais qu'il falloit aller prier Dieu que nous eussions une meilleure campagne que l'année passée. Il ne se rencontra que quatorze chevaliers à la procession. » (Lettre de la marquise d'Huxelles, du 3 janvier. )

(9.) « Le roi a reçu sa cassette ; il n'est point encore mention d'aucun retranchement, comme on disoit Le prévôt des marchands se sera présenté ce matin avec des bijoux de la part de la ville , car pour les étrennes ordinaires , il a été dit qu'on les avoit retranchées. C'est M. le duc d'Aumont qui est entré en année. 11 y a une dépense à faire pour les draps du roi et autre linge, indé|)endamment de la garde-robe ; les marchands n'ayant point voulu livrer leur marchandise sans argent comptant, ni M. Desmaretz donner autre chose que des assignations sur M. Mailly duBreuil, dont on ne pouvoit avoir de raison, ce temps-ci approchant; et M. le duc d'Aumont, ayant demandé à M. Desmaretz

80 TOURNAT. DK DANCFAU.

([uitlc. ri IrToi (lomic la lieiitenance-colonelle à Saillant, qui étoit premier capitaine et qui commande présentement dans Namiir. Il a donné à Montfron la compagnie de grenadiers quVivoit Saillant, (lîivaujnn ;inra à vendre la compagnie de Montgon.

Jeudi 2, à Versail/es. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly. A son retour madame la duchesse du Maine, qui est revenue de Sceaux, où elle avoit demeuré si.\ ou sept mois , lui présenta la duchesse de Villars. Elle s'appeloit, étant fille, mademoiselle deMoras; elle a eu 200,000 écus en mariage, et sa mère est encore en vie, dont elle aura beaucoup de bien. Le père du marié, qui est le duc de Brancas, a cédé la duché à son fils et lui fait prendre le nom de duc de Yillars, et pour avoir cédé sa duché et consenti au mariage on lui a donné quelque argent comptant et on lui assure 2,000 écus de pension sur le bien de la mariée. C'est madame la duchesse du Maine qui a fait ce mariage, et elle en fit la noce les derniers jours qu'elle a été à Sceaux. Cette princesse aime depuis longtemps mademoiselle de Moras, qui étoit fort attentive à lui faire sa cour. — M. d'Albaret, qui est premier président de Perpignan, étoit aussi intendant de Roussillon et de la petite armée qui est en ce pays-là. Le roi lui laisse la présidence de Perpignan, lui donne 2,000 écus de pension et lui ùte Fintendance de Roussillon et de l'armée, qu'on donne à M. de Barillon , maître des requêtes et fils de M. de Barillon qui étoit ambassadeur

Id perrnis.sion de l'exécuter lui-même, ce qui Jui fut permi.s, alla l'autre jour en personne lui dire que si les marchands n'ctoient satisfaits, il alioit faire d»'pendre ses tableaux pour les mettre en gage. Comme il parut beaucoup de chaleur et d'apparence d'exécution à ce premier gentilhomme de la chambre, il a fait payer les marchands. M. Miot, associé de M. lîourvalais, disant aussi n'avoir point d'argent pour payer les mousquetaires, des assignations tirées sur lui de la part de .'SI. le contrôleur général, s'éfant trouvé investi il'une brigade , im officiera la tète, voulurent y manger et y coucher; le plus court a été de payer, afin de congédier l.i oiniiagoie. » ( l.eUrc de la viarr/iiise iV Hiirellcs du 1" janvier.

en Angleterre. — Le roi, avant que d'aller à Marly, avoit tenu le conseil d'Etat qu'il auroit tenu hier si ce n'eût point été le premier jour de l'an, et comme il ne put pas linir toutes les affaires qu'il y avoit au conseil, il les finira demain dans un conseil qu'il tiendra l'après-dinée. Ve7idredi S, à Versailles. — Le roi donna le matin une assez longue audience au cardinal de Janson dans son cabinet, et l'après-dinée il tint le conseil d'État. — H y a de grands changements dans les intendances de la marine. M. de Montmor, qui étoit intendant des galères, emploi où il y a 12,000 francs d'appointements, le quitte, et on le fait intendant de l'armée navale, qui n'a que 6,000 fr.incs d'appointements, et pour le dédommager on lui permet de vendre sa charge de maître des requêtes, qui ne vaut que 1,000 francs par an et dont il tirera 160,000 francs, et on le fait maitre des requêtes honoraires. On donne à M. Arnoud l'intendance des galères, qu'il a déjà eue autrefois, et il quitte l'intendance des classes, charge que le roi avoit établie pour M. de Bonrepaux , du temps de M. de Seignelay, et l'on donne cette charge à M. de Beauharnois, qui étoit intendant de l'armée navale. — M. Voisin va souvent chez M. le maréchal de Villars et a de grandes conférences avec lui. On a donné à ce maréchal pour cet hiver rappartemont de feu M. le prince de Conty, et le roi alla voir ce maréchal le dernier dimanche de l'Avent après le sermon et fut deux heures enfermé seul avec lui, où il avoit fait porter des papiers pour travailler. Le roi n'avoit été chez aucuns particuliers depuis le maréchal de Gramont, qu'il y a plus de trente ans qui est mort*.

* Le maréchal de Villars étoit encore hors d'état de se faire porter. Le roi lui avoit prêté le logement de Î\I. le prince de Conty, dans la galerie basse de l'aile neuve, pour l'avoir sous sa main. Il voulut enfin l'entretenir lui-même, et, comme le maréchal ne pouvoit sortir de dessus sa chaise longue , il falloit bien que le roi l'allat trouver -, mais comme il étoit fort poli aux dames, en sortant de chez le maréchal, il entra dans la chambre de la maréchale, lui dit qu'il vouloit lui rendre

r. Mil. fi

82 JOURNAL DK DANGEAU.

une visite, et lui en fit une en ettet. Cela étoit si peu en usage depuis bien des années que cela fit un grand éclat de faveur.

Samedi k , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et Taprès-dlnée alla tirer. — On sut le matin que M. le duc d'Orléans avoit congédié madame d'Argenton*. Ce prince a eu de la peine à s'y résoudre, mais il n'a pu le refuser plus longtemps au roi, qui souhaitoit fort qu'il se séparât d'elle, pour qui son attachement étoit fort grand et fort public. Madame la duchesse d'Orléans a eu dans tout cela la conduite et la patience d'un ange. M. le duc d'Orléans donna un dîner à l'électeur de Bavière durant le séjour qu'il a fait à Paris, et à ce diner madame d'Argenton y étoit avec toutes ses amies, et le roi fut fort blessé de cela. C'est mademoiselle de Chausseraye qui a porté à madame d'Argenton la lettre de M. le duc d'Orléans. Elle sortira bientôt de Paris, et son dessein est d'aller au couvent de Gomerfontaine en Normandie, où elle a une de ses sœurs. On dit que M. le duc d'Orléans fera payer toutes ses dettes à Paris, qui sont assez considérables ; elle faisoit une prodigieuse dépense. Elle avoit été fille d'aonneur de Madame et s'appeloit mademoiselle de Sery. Elle avoit l'honneur d'être parente de feu madame la maréchale de la Mothe.

* Ce repas de Saint-Cloud fut des plus licencieux. Le roi avoit supporté d'autant plus impatiemment ce que j\L d'Orléans avoit fait pour sa maîtresse qu'il n'avoit pas cru le devoir empêcher , après la conduite qu'il avoit eue lui-même pour les siennes , et le ridicule voyage de Grenoble avoit achevé d'irriter le roi conti-e elle. L'affaire d'Espagne, sans cesse aigrie par Monseigneur et par d'autres plus à portée que lui de son coeur et continuellement attisée par madame de Maintenon, avoit rendu M. le duc d'Orléans encore plus odieux au roi que sa maîtresse. L'éclat de la fête de Saint-Cloud fut la dernière goutte d'eau qui fait répandre le verre déjà trop plein. Un ami de i\L d'Orléans (1), en arrivant de la campagne, où il avoit été fort longtemps ,

(1) Saint-Simon lui-même. Voir ses Mémoires, tome Mlf <le l'eilition in-li» publiée par M. Chéiiiel.

trouva la disgrâce prête a éclater par un exil. Il parla a ce prince avec tant de force qu'il l'ébranla; mais comme il connoissoit sa foiblesse, il s'adjoignit le maréchal de Bezous , quoique sans liaison avec lui , et qui n'avoit osé attacher le grelot. Ces deux hommes passèrent trois jours de suite avec lui ou ensemble, ou se relayant , en sorte qu'à force de l'obséder et de lui dire les choses du monde les moins ménagées et les plus propres à le déterminer ils l'emportèrent à la fin. Ce ne fut pas sans larmes de la part de l'amant et sans de violents combats. Ils l'engagèrent enfin à écrire à madame d'Argenton sans la voir et à aller lui-même porter au roi et à madame de Maintenon la nouvelle de cette résolution. Le roi en fut également aise et surpris, madame de Maintenon également surprise et affligée ; cela déconcertoit les seconds projets qu'elle avoit substitués aux premiers sur l'affaire d'Espagne, et ne se put tenir de montrer sa mauvaise volonté. Cela fit sentir à l'ami qui avoit été l'inventeur et le consommateur de ce renvoi de la maîtresse la nécessité de raccommoder la femme, qui depuis longtemps étoit mal avec sou mari, pour émousser par elle la haine de sa gouvernante , et se servir d'elle au besoin auprès du roi. Cet ami eut grand'peine à persuader M. le duc d'Orléans ; il n'avoit pas la moindre liaison avec madame la duchesse d'Orléans, cela lui donna encore plus de force et il réussit enfin , et les remit parfaitement ensemble. Ce fut une grande joie pour le roi et un nouveau coup de poignard pour madame de Maiutenon , d'autant plus terrible qu'il n'y eut pas moyen de ne pas entrer dans les sentiments du roi là-dessus; mais le dépit perça, et d'elle, et de gens à qui elle étoit intimement unie et à qui cela faisoit un contre-temps fâcheux et durable. Tout cela se fit en même temps ; M. le duc d'Orléans exigea de son ami de voir sa femme, pour être le lien entre eux ; elle sut par la duchesse de \ illeroy ce qu'elle devoit à cet ami de son mari , elle lui en parla avec larmes et la plus vive reconnoissance et en termes les plus forts. Leur liaison a duré plusieurs anjiées. Ou s'est étendu sur cette curiosité parce qu'elle est la clef de beaucoup de choses.

Dimanche 5 , à Versailles. — Le roi tint le matin conseil d'État et alla à vêpres dans la tribune. L'après-dinée madame la duchesse de Bourgogne fit les Rois avec monseigneur le duc de Bourgogne, avec monseigneur le duc de Berry et beaucoup de dames. Il n'y eut à souper avec le roi que Madame et M. le duc d'Orléans, Après le souper monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry retournèrent chez le roi comme à l'ordinaire. — Madame

la princesse de Conty, fille de l'eu M. le Prince, dispute à M. le Duc son frère la donation que lui a faite M. son père par son testament et même ce qui lui a été donné par son contrat de mariage avec madame la Duchesse, fille du roi. Madame du Maine se joint avec madame la princesse de Conty sa sœur, mais mademoiselle de Condé, leur troisième sœur, ne s'y joint point. Madame la Princesse leur mère tâche à mettre la paix dans sa maison et a beaucoup de biens dont elle peut disposer; mais jusquesici il n'y a point d'apparence à aucun accommodement, car les esprits paroissent fort aigris. Ils ne se sont quasi point vus depuis la mort de M. le Prince, et les procédures pour plaider sont prêtes à commencer.

Lundi 6, à Versailles — Le roi tint le matin conseil de dépèches et entendit vêpres l'après-dinée, avec toute la maison royale, dans la tribune. — Madame d'Argenton, ayant perdu toutes espérances de regagner les bonnes grâces de M, le duc d'Orléans qu'en se soumettant à l'ordre qu'il lui a donné de sortir de Paris, vouloit aller à Gomerfontaine, couvent en Normandie, où elle a une de ses sœurs ; mais ce couvent est sous la protection particulière de madame deMaintenon, qui a jugé qu'une pareille pensionnaire n'y étoit pas propre. Ainsi madame d'Argenton a été obligée de changer de dessein, et elle se retire chez M. son père, qui est à treize ou quatorze lieues de Paris. Elle vend sa maison, qui avoit l'entrée dans le Palais-Royal et qui est fort petite, mais fort magnifique (1). M. le duc d'Orléans paye toutes ses dettes dans Paris, qui ne vont pas à 100,000 francs. Elle jouira de 1-0,000 livres de rente ; mais la plupart des fonds de ce revenu-là sont à M. le chevalier d'Orléans, son fils.

Mardi 7 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances ;

(1) « On va voir comme une rareté la maison de madame d'Argenton où, Coypela peint un triomphe de l'Amour siirle> Dieux, comiiaralileau festin de Raphaël, des IJieiix aussi , à Home. » ( Lctlredcla marquise d'J/uxe/les, du 13 janfier.)

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M. Desmaretz^ qui a la goutte, s'y lit porter, mais iln'avoit pu être au conseil ni hier ni avant-hier. Monseigneur alla dès le matin à Meudon, où il demeurera huit jours. iMadame la duchesse de Bourgogne, qui est entrée dans son neuvième mois, fut saignée ; il y eut musique chez elle, et on attendit le roi pour la commencer ; il y demeura assez longtemps. 11 y avoit beaucoup de dames, que le roi lit toutes asseoir, et on laissa même entrer beaucoup de courtisans outre ceux qui entrent de droit en suivant le roi. — M. le chevalier de Léon , troisième fils du duc de ce nom, a acheté un régiment nouveau que M. de Canillac des mousquetaires avoit levé pour le marquis de Pont-du- Château, son neveu; mais M. de Pont-du-Chàteau le père n'a pas voulu que son fils servit. M. de Rolian achète ce régiment pour son fils 13,000 francs. Le chevalier de Rohan, second fils de M. de Rohan, est colonel de dragons et brigadier; leur frère aine, qui est le prince de Léon, n'est point dans le service et il tient les États de Bretagne.

Mercredi 8, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État. Il avoit entretenu le cardinal de Noailles avant que d'aller à la messe, comme il a accoutumé de faire iouv les mercredis. Monseigneur vint de Meudon au conseil et y retourna diner. Le roi vint à six heures chez madame la duchesse de Bourgogne, où il y eut musique. — Le roi a indiqué l'assemblée du clergé au 10 de mars; les dernières assemblées n'avoient été indiquées qu'au 10 de mai , mais on a hâté de deux mois parce qu'on veut faire racheter la capitation au clergé, ce qui montera à vingtdeux millions. — Il y a longtemps qu'on n'a eu de nouvelles sûres du roi de Suède, mais on ne doute pas qu'il ne soit guéri de sa blessure. Il a reçu toutes sortes de bons traitements à Bender par les ordres du Grand Seigneur, qui lui donne même des troupes; on le croit présentement ariivé à Jassy en Moldavie.

Jeudi i), à Versailles. — Le roj diiia de bonne heure et

alla se promener à Marly. Il y eut comédie chez madame la duchesse de Bourgogne. On a fait faire un théâtre dans la grande pièce de son appartement (Ij- Le spectacle fut fort beau. Il n'y avoit que des dames considérables et des courtisans. Le théâtre est magnifique et agréable, et on l'y laissera jusqu'au carême afin que madame la duchesse de Bourgogne puisse encore voir la comédie dans son appartement après ses couches (2). — Le baron de Bergeyck avoit pris congé du foi pour aller trouver l'électeur de Bavière, qui est encore à Compiègne, et même il étoit déjà parti de Paris ; on lui a envoyé un courrier qui l'a trouvé par delà Senlis, et il est revenu à Paris. On dit qu'on ne l'a fait revenir que sur des nouvelles qu'on a eues d'Espagne, mais on ne nous dit point quelles sont ces nouvelles-là.

Vendredi 10 , à Versailles. — Le roi alla à Trianon, où il fait beaucoup planter. Madame la duchesse de Bourgogne garde encore sa chambre ; on croit qu'elle n'accouchera qu'à la fin du mois. — M. Voisin a fait payer un million au nommé la Cour des Chiens, qui se mèloit de beaucoup d'affaires pendant que M. de Chamillart étoit en place. Il y a des marchands de Paris qui ont acheté 400,000 francs une charge qu'il avoit et qui s'engagent à donner des habillements pour les troupes. — Montplaisir, enseigne des gardes du corps , mourut le mois passé. Le roi a donné sa place à Saint-Hilaire, qui étoit le plus ancien exempt et qui est encore fort incommodé de la blessure qu'il a reçue à la bataille. — Le chevalier

(1) Cette pièce, désignée autretui^ soii^, II- nom d'antichambre de la reine, était celle où se tenait le grand couvert lorsque la reine y mangeait en public. L'ancien plafond, peint par Vignon le fils et qui représentait Mars avec les attributs de sa planète, a été remplacé depuis par un tableau de Paul Véronèse, représentant Saint-Marc couronnant les verlus théologales.

(2) « M. de Courcillon fut présenté au roi avant-hier; les chirurgiens le tiennent hors de danger. Il se fit porter le soir à la comédie, où étoit madame de Bourgogne, qui a été saignée. » ( Lettre de la marquise dHuxelles, du 10 janvier. )

de Braucas, colonel d'un nouveau régiment d'infanterie, mourut le mois passé. Le roi a donné ce régiment-là au marquis de Brancas, son frère, maréchal de camp, qui revient d'Espagne.

Samedi 11, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances; il travailla ensuite avec M. Desmaretz, qui a la goutte, mais qui ne laisse pas de se faire porter au conseil. — 11 arriva il y a quelques jours au Port-Louis un vaisseau de la compagnie des Indes, nommé le Saint-Louis. Il avoit porté à la mer du Sud des marchandises qui lui avoient été payées en argent. De là il a passé par les Philippines, de là à Pondichéry sur la côte de Coromandel (1). C'est le principal établissement des François dans les Indes orientales. Sur ce vaisseau étoit M. Hébert, frère de M. Hébert, ancien curé de Versailles, nommé pour être directeur dans les Indes en la place de M. Martin. L'argent qu'on avoit apporté de la mer du Sud avoit été employé à acheter des marchandises du pays, comme toiles peintes, mousselines, etc. Quoique ces sortes de marchandises soient défendues dans le royaume, le roi, pour donner moyen à la compagnie de payer ses dettes, lui a permis de vendre cette cargaison, et l'adjudication s'en doit faire à Nantes. C'est le premier vaisseau qui ait fait le tour du monde.

Dimanche 12, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État ; Monseigneur y vint de Meudon quoiqu'il eût été saigné hier, s' étant trouvé incommodé depuis quelques jours d'un hoquet, à quoi il est assez; sujet. Madame la duchesse de Bourgogne recommença hier à sortir; elle alla à la messe à la tribune et le soir chez madame de Maintenon. Il y eut encore hier une comédie chez madame la duchesse de Bourgogne, où l'on trouva le spectacle fort beau. — Madame la duchesse d'Orléans accoucha le 11 du mois

(1) « C'est, ajoute le Mercure, une navigation qui n'avoit point encore été entreprise. »

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passé d'une quatrième fille, qui s'appellera mademoiselle de Montpensier. L'ainée s'appelle Mademoiselle, la seconde mademoiselle de Chartres et la troisième mademoiselle de Valois. Elles n'ont de frère que M. le duc de Chartres, à qui on parle de donner pour gouverneur le maréchal de Bezons. J'ai appris depuis quelques jours que le roi avoit ordonné à ce maréchal d'accepter la Toison, que le roi d'Espagne avoit voulu lui donner pendant qu'il commandoit l'armée en Catalogne.

Lundi 13, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly; au retour il travailla avec M. de Pontchartrain, comme il faittousles lundis. Il y eut comédie chez madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur le duc de Berry alla avec M. le comte de Toulouse coucher à Rambouillet. — M. le maréchal d'Artagnan a pris le nom de maréchal de Montesquiou, qui est son véritable nom*. Un de ses neveux qui avoit un nouveau régiment d'infanterie est mort. Il a demandé ce régiment pour le frère de celui qui vient de mourir, et le roi le lui a accordé. Ce maréchal est encore en Flandre, où il commandera tout l'hiver. — Le roi fait racheter la paulette à toute la robe en payant les deux tiers en argent et un tiers en billets de monnoie ou en billets sur l extraordinaire des guerres. On tirera un gros argent de celte affaire si elle peut s'exécuter, et on donne à ceux qui prêteront l'argent pour payer le rachat de la paulette l'hypothèque avant ceux qui ont prêté l'argent pour acheter les charges.

* Les Mémoires, toujours plus que mesurés, passent ici sous silence uu furieux éclat qui arriva sur le changemeut de uom du maréchal d'Artagnan, qui s'avisa de prendre le sien de jMontesquiou. ^f. le Duc entra en furie de ce qu'il osoit porter le nom de l'assassin du prince de Coudé, tué étant blessé, prisonnier, appuyé contre un arl)re, et de sang-froid, après la bataille de Jarnac, par ^lontesquiou, capitaine des gardes du duc d'Anjou, depuis Henri III; c'étoit tirer' l'affaire de loin. M. le Duc étoit la cinquième génération de ce prince de Condé : Montesquiou le tua par ordre signé de son maître, et que les siens di-

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seul conserver daus leurs archives , qui ue rend ni la pièce ni l'aclc meilleur. Ce Montesquieu étoit issu de germain du grand-père du maréchal, et, si comme d'autres le prétendent, c'étoit le fils et non le père, ce fils et le père du maréchal étoient enfants des issus de germains d'autre part. Ce prince de Coudé étoit frère du roi de Navarre, dont Louis XIV étoit l'arricre-petit-fils'; ainsi l'arrière-petit-neveu de ce prince de Coudé pourtant avoit trouvé bon et permis au maréchal de prendre le nom de jMontesquiou. La fougue de^I. le Duc fut telle qu'il ilt tous les plus furieux vacarmes et qu'il protesta que , si le maréchal ne quittoit ce nom , il lui passeroit son épée au travers du corps en quelque lieu qu'il le rencontrât. C'étoit un sanglier] dont le maréchal se gara avec soin, mais qui ne lui fit pourtant pas changer de nom. La mort de jM. le Duc ne tarda pas heureusement pour lui de le délivrer d'un état si violent , et il faut croire qu'il ne s'y seroit pas exposé, au \ ol que les princes du sang commençoient à prendre , ou plutôt celui-ci , le seul en âge d'homme qui restoit en vie , s'il y eût eu moyen d'imaginer rien d'approchant.

Mardi ik , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, et après le conseil de finances travailla encore longtemps avec M, Desmaretz. L'après-dinée il donna une longue audience dans son cabinet au baron de Bergeyck, qui s'en retourne en Flandre. Le soir, chez madame de Maintenon, le roi travailla avec M. Voisin. Monseigneur revint de Meudon, où il étoit depuis huit jours. — M. de Pontchartrain vint à neuf heures du soir chez madame de Maintenon trouver le roi et lui apporta la nouvelle qu'il étoit arrivé à Marseille plus de cent mille charges de blé qui vient de Turquie ; la charge est plus pesante que le septier. — Madame de Boufflers la veuve est morte; c'étoit une femme qui ne venoit point à la cour. Elle étoit fille de feu M. du Plessis-Guénégaud, secrétaire d'État, et avoit épousé le frère aine de M. le maréchal de Boufflers.

Mercredi 15, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État et alla se promènera Trianon Faprès-dinée. Il y eut encore le soir comédie chez madame la duchesse de Bourgogne, mais ce sera la dernière dans son appartement jusqu'après ses couches, parce que le roi veut que les

90 JOURNAL Dt DAINGEAU.

officiers qui sont ici puissent avoir le divertissement de la comédie et qu'il ne peut pas y avoir de place pour eux chez madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur ]e duc de Berry revint de Rambouillet, où il étoit allé avec M. le comte de Toulouse ; il va presque tous les jours chez M. le Grand, où il y a* un gros lansquenet. — M. d'Armentières, qui est premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, avoit à vendre une charge de chambellan chez ce prince. Il l'a vendue à M. deFargis, fils de feu Delrieux, qui étoit maître d'hôtel du roi. — Nous avions deux vaisseaux de guerre, commandés par M. de Pas de Feuquières, qui, pendant que les vaisseaux chargés de l)lé arrivoient à la côte de Provence, ont combattu contre deux vaisseaux ennemis, l'un de soixante et l'autre de quatre-vingts pièces de canon, et les ont pris à la vue de Monaco. — Monseigneur étoit à la comédie chez madame la duchesse de Bourgogne.

Jeudi 16 , à Versailles. — Le roi dîna de bonne heiu'e et alla se promener à Marly. — Desormes , colonel du régiment de Barrois, est mort. Le roi a donné ce régiment à M. de Reraiancourt-Boufflers, qui fut fait brigadier après avoir été dans Lille, durant le siège, avec son régiment, qui est un des régiments levés en 1702, et ce nouveau régiment a été donné à un Choiseul qui étoit capitaine d'infanterie depuis longtemps. — M. le prince de Conty est maladcj et, comme il est d'une complexion fort délicate, on craint que sa maladie ne devienne dangereuse. — Le roi a donné l'agrément pour acheter la compagnie aux gardes qui est à vendre à Varenne, lieutenant dans ce corps, dont le père y avoit été capitaine et est mort gouverneur de Landrecies. L'argent qu'on tirera de la vente de cette compagnie sera pour M. de Caraman, qui a quitté la lieutenance-colonelle, et la compagnie que l'on vend est celle de M. de Caraman, Saillant ayant choisi celle de Montgon pour en faire la lieutenance-colonelle, parce que Montgon est devenu capitaine des grenadiers.

Vendredi 17, à Versailles. — Le roi fut enfermé le matin avec son confesseur et alla l'après-dinée se promener à Trianon. — Madame la princesse de Léon accoucha le matin à Paris d'un garçon. Son mari, avant que de partir pour aller tenir les États de Bretagne, avoit supplié le roi de vouloir nommer quelqu'un de sa cour pour assister aux couches de sa femme, parce qu'il savoit que M. et madame de Rohan, ses père et mère, avec qui il est toujours fort brouillé, vouloient assister à cet accouchement et même y mener le chevalier de Rohan, son frère, qu'il regarde présentement comme son plus cruel ennemi, et M. le prince de Léon craignoit qu'ils ne dissent on ne fissent quelque chose qui pût nuire à la santé de sa femme dans son accouchement. Le roi le lui avoit promis et y envoya hier au soir le duc d'Aumont, qui, à une heure après minuit, a fait avertir M. et madame de Rohan que la princesse de Léon étoit en travail. Ils y sont venus tous deux et n'y ont point amené le chevalier de Rohan.

Samedi 18, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finances, travailla encore longtemps avec M. Desmaretz. L'après-dinée il alla â Trianon et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin, — Madame la Princesse vint hier ici ; le roi lui a donné une assez longue audience. Elle voudroit bien mettre la paix dans sa famille et que des commissaires nommés par le roi puissent terminer le procès qui va commencer; maisilparoit jusqu'ici que les parties ne veulent point de commissaires. — Le soir il y eut comédie dans la salle des comédies. — On a élu à Paris, à l'Académie, M. de Lamotte (1 ), qui est un très-bon poëte, en la place de M. Corneille, qui avoit plus de quatre-vingts ans, mais qu'on avoit appelé longtemps le jeune Corneille pour le distinguer du fameux Corneille, son frère aine. On a élu aussi M. le prési-

(1) Lamotte-Houdard.

92 JQLIRlNÂi; DE DAiNGliAU.

dent de Mesnies en la place de M. de Crécy, qui avoit été plénipotentiaire à Ryswick.

Dimanche 19, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla tirer Faprès-dinée et le soir travailla avec iM. Pelletier chez madame de Main tenon. — Le clergé fait un fonds de 12,000 écus par an, destiné à soulager les diocèses qui peuvent avoir souffert ; mais depuis quelque temps de ces 12,000 écus on avoit fait six gratifications extraordinaires de 2,000 écuschacune, que le roi faisoitdonner à des cardinaux et même quelquefois à des prélats à qui ilvouloit doirner quelques marques de distinction, et cela pour leur aider à payer leurs décimes. L'archevêque de Reims en avoit une. Quelques diocèses de Provence , qui ont souffert de la course que M. de Savoie fit en ce pays-là, ont demandé au clergé une petite partie de ce fonds-là pour leur soulagement, ce qui leur a été accordé , mais les cardinaux prétendoient que cela ne diminuât point leur pension et que le clergé fit un nouveau fonds ou que le roi voulût bien diminuer cela sur ce que le clergé lui donne. M. Desmaretz rapporta hier cette affaire au roi, et MM. les cardinaux ont perdu leur cause.

Lundi 20 , à Vei'sailles. — Le roi dina au sortir de la messe et alla se promener à Marly. Au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontckartrain . Monseigneur et messeigneurs ses enfants coururent le loup. Il n'y eut point de comédie le soir, parce que c'est l'anniversaire de la reine mère; il n'y en a jamais ce jour-là. Il y a quarante-quatre ans quelle est morte. — M. le marquis de Guemadeuc, gouverneur de Saint-Malo, est mort; ce gouvernement est fort joli, et beaucoup de gens le demandent. — Le maréchal de Villars commença hier à sortir. On Je porte dans un fauteuil; il ne peut pas encore mettre le pied à terre. Les chirurgiens assurent tous qu'il sera en état de faire la campagne.

Mardi 21, à Versailles. — I^ roi tint le conseil de linances et alla tirer l'apvès-dinée; le soir il travailla avec

M. Voisin chez madame de Maintenon. Monseigneur alla diner à Meudon avec madame la Duchesse et revinrent pour le souper du roi. — Madame la duchesse de Foix est à l'extrémité ; on ne croit pas qu'elle passe la journée de demain. Elle meurt avec beaucoup de religion et de fermeté. — Le roi a donné le gouvernement de Saint- Malo au comte de Lannion, qui est, je crois, le plus ancien lieutenant général de ceux qui sont dans le service; il est présentement chez lui en Bretagne. On avoit fort espéré ce gouvernement-là pour M. de Coëtquen dans sa famille; ses terres principales sont proches de Saint- Malo, et ce gouvernement-là a été longtemps dans sa maison.

Mercredi 22, à Versailles. — Le roi prit médecine et l'après-dinée il tint le conseil4'État, qu'il tient tous les mercredis. Le soir il y eut comédie dans l'appartement de madame la duchesse de Bourgogne. On n'a pas voulu qu'elle descendit en bas, parce qu'on la croit trop près d'accoucher ; elle a déjà senti quelques douleurs de reins. Le maréchal de Villars se fit porter à la comédie et compte toujours d'être en état de servir cette campagne. — Madame la duchesse de Foix mourut le soir à Paris. Elle n'a jamais eu d'enfant; c'est M. le duc de Roquelaure, son frère, qui est son unique héritier, et la succession est fort considérable. Elle donne au maréchal d'Huxelles 70,000 francs ; on ne doute pas que ce ne soit pour donner à M. de Foix. Elle a écrit à M. de Roquelaure pour le prier de pardonner à madame la princesse de Léon, sa fdle; elle lui mande qu'elle meurt avec la consolation de croire qu'il ne lui refusera pas cette grâce-là.

Jeudi 23, à Versailles. — Le roi donna le matin au cardinal de Noailles l'audience qu'il lui donne les mercredis et que sa médecine empêcha de lui donner hier. Cette audience est toujours après son lever avant que d'aller à la messe. Le roi dina de bonne heure et partit à midi pour aller se promei>er à 'Marly.

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Vendredi 24, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec son confesseur. L'après-dinée il alla se promener à Trianon, et au retour le maréchal de Villars fut assez longtemps enfermé avec lui. Le soir il y eut comédie chez madame la duchesse de Bourgogne.

Samedi 25 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz. L'aprèsdinée il alla se promener àTrianon, et au retour il travailla avec M. Voisin chez madame de Maintenon. Le soir, à cinq heures , il y eut des marionnettes chez madame la duchesse de Bourgogne pour monseigneur le duc de Bretagne; c'étoit lui qui étoit en place, et madame la duchesse de Bourgogne se mit auprès du théâtre comme une particulière. On avoit convié tous les enfants de la cour, qui étoient au premier rang, et les dames étoient derrière.

Dimanche 26, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'Etat le matin et l'après-dinée et ne sortit point de tout le jour. Il travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Pelletier. — Le maréchal d'Harcourt se trouva assez mal la nuit. On le saigna diligemment; il a de grands engourdissements au bras et à la cuisse. On lui donnera demain de l'émétique, et après demain il partira pour s'en aller àBourbonne. Sa langue s'étoitun peu épaissie, mais la tète n'a point été embarrassée *.

* M. d'Harcourt avoit uue passion démesurée d'entrer dans le conseil, et madame de Maintenon l'y portoit de toutes ses forces. Elle l'avoit initié auprès du roi par l'Espagne , et s'en étoit bien servie après pour perdre Chamillart. Le commandement de l'armée , auquel , faute de mieux, il lui avoit bien fallu se résoudre, étoit uue occasion d'entretenir le roi qu'il ne laissoit pas oisive. Le roi avoit une aversion extrême pour le tabac et sentoit de fort loin ceux qui en prenoient ; Harcourt y étoit fort accoutumé ; mais il s'étoit aperçu que cet usage du tabac abrégeoit du côté du roi ses conversations avec lui , et il voulut s'ôter cet obstacle. 11 ne prit plus du tout de tabac , et l'on crut qu'à la longue les humeurs, n'ayant plus ce véhicule d'écoulement , lui causèrent des apoplexies. Il cacha cette première attaque du mieux qu'il put, mais sans se réconcilier avec le tabac. La mort du roi flt sa paix avec cette

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herbe , par l'avis réitéré bien des fois des médecins ; comme elle ne pouvoit plus être alors obstacle à ses plus ardents désirs , il se rendit à leurs instances ; mais il n'étoit plus temps , et les humeurs avoient pris un cours, sous lequel on le vit succomber de la manière du monde la plus terrible.

Lundi 27, à Versailles. — Le roi, avant que d'aller à la messe, donna une assez longue audience à M. le duc d'Albe; il n'y avoit que M. de Torcy. Au retour de la messe le roi dîna et à midi alla à Marly (1).

Mardi ^S, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz. L'aprèsdinée il alla se promener à Trianon, et au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin.

Mercredi 29 , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, qui dura plus longtemps qu'à l'ordinaire . L'après-dinée le roi alla se promener à Trianon. — On sut le soir que le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac étoient choisis pour plénipotentiaires et qu'ils partiront pour aller traiter la paix dès que les passeports seront arrivés.

Jeudi 30, à Versailles. — Le roi dina de bonne^ heure et alla se promener à Marly. — M. le duc de Noailles a donné son régiment de cavalerie à l'aîné de ses frères cadets.

Vendredi 31, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec son confesseur et alla l'après-dlnée se promener à Trianon. Le roi après son lever donna une assez longue audience dans son cabinet au maréchal d'Huxelles, On ne sait point encore quand les plénipotentiaires partiront. On a envoyé un courrier à la Haye pour les passeports.

Samedi l*"^ février, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances ; il entendit vêpres l'après-dînée , et le

(1) La concision du journal de Daiigcau pendant finel<|iips jonrs s'expliqiu- par le p-issage de la lettre de la n>arquise d'Huxelles <;ité au 0 février.

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soir il travailla avec M. Voisin chez madame de Maintenon .

Dimanche 2, à Versailles. — Le roi , avant que d'aller à la messe, tint le chapitre des chevaliers de l'Ordre, où l'on admit les preuves de M. du Bourg, que M. de Torcy rapporta, et le roi a envoyé permission à M. du Bourg de porter l'Ordre ; ensuite le roi marcha à la chapelle précédé des chevaliers. Il y eut procession dans la cour. L'après-dinée le roi entendit le sermon du P. Gaillard , vêpres et le salut. Madame la duchesse de Bourgogne n'alla ni au sermon ni à vêpres, parce qu'elle est assez incommodée; cela ne l'empêcha pas pourtant d'aller au salut.

Lundi 3, à Versailles. — Le roi tint le conseil de dépêches et alla l'après-dinée se promener à Marly. Le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M, de Pontchartrain. — Il arriva un Hollandois qui a longtemps demeuré à Ypres et qui prétend avoir mission de M, Hensius, pensionnaire des États de Hollande, Il dit que ce ministre l'a chargé d'offrir ici de joindre le royaume de Naplesà la Sicile, qui reste encore au roi d'Espagne, et de renouveler parla le royaume des Deux-Siciles, pourvu que le roi d'Espagne cède les autres royaumes à l'archiduc. Il ne paroît pas que les ministres aient fait grand cas de cet homme-là.

Mardi 4, à Versailles. — Le roi tint le conseil de iinances et alla se promener à Trianon l'après-dhîée ; au retour il travailla avec M. Voisin chez madame de Maintenon. — Le roi a découvert depuis quelques jours que M. de Chavigny l'avoit trompé. On le lui avoit présenté comme un homme de grande qualité se disant de la maison de Chavigny-le Roy, qui est présentement éteinte, et cet homme ici, étant d'une famille fort basse, avoit produit de fausses lettres et trompé M. de Soubise, qui l'avoit présenté au roi conmie son parent et avoit obtenu pour lui l'aurément d'un guidon de gendarmes que le roi

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avoit donné à vendre à la duchesse de Duras après la mort de M. de Bournonville, son père, qui en étoit souslieutenant. Il avoit servi cette année à Farmée en cette qualité, et le roi avoit donné une abbaye considérable à son frère. On leur a fait avouer toute la fourberie. On 6te l'abbaye au frère, parce que les bulles ne sont pas encore expédiées, et le roi permet qu'on vende le guidon ; mais S. M. défend à tous les deux frères de se présenter jamais devant lui.

Mercredi 5, à Versailles. — Le roi prit médecine , et l'après-dlnée il tint le conseil d'État qu'il auroit tenu le le matin. Comme les couches de madame la duchesse de Bourgogne s'éloignent, on croit qu'elle s'est trompée sur temps de sa grossesse. Il y a comédie chez elle les lundis, les mercredis et les samedis. — M. de Matignon avoit demandé au roi ces jours passés, pour le comte de Thorigny son fils, l'agrément du régiment Dauphin-infanterie, qui est à vendre, parce que M. le comte de Rochechouart, qui en est colonel, ne peut plus servir, et le prix en étoit fait à 80,000 francs, et M. de Thorigny, qui a un petit régiment nouveau, le vendoit à un des fils de M. d'Ambres, qui lui en donnoit 14,000 francs; mais le roi a refusé l'agrément du régiment Dauphin à M. de Matignon, parce que M. son fils, quoiqu'il soit colonel depuis six ans, n'a point encore fait de campagne.

Jeudi 6, à Versailles. — Le roi, après son lever, donna l'audience au cardinal de Noailles qu'il lui donne tous les mercredis et qu'il ne lui donna point hier à cause de sa médecine. Le roi dîna de bonne heure etallaàMarly. — Le duc de Luynes, mon petit-fils, doit épouser incessamment mademoiselle de Neufchàtel. Il n'a pas encore quinze ans, et la demoiselle n'en a que treize. On apportera le contrat à signer au roi lundi, car tout est réglé présentement. M. de Chevreuse assure presque tout son bien au duc de Luynes, et mademoiselle de Neufchàtel jouira, du jour deson mariage, de 80,000 livresde rente.

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