‹ Journal; (volume 4)Chapitre 10 sur 11 · OCTOBRE I71G. 4G · texte numérisé non relu

OCTOBRE I71G. 4G

faites sur le corps de doctrine. — Les dernières lettres que l'on a reçues de Vienne portent que le siéi^-'e de Temeswar va bien : on espère en être maître à la fin de ce mois; que la blessure du prince de Portugal est fort légère, que ce n'est qu'une contusion au genou par la chute de son cheval tué d'un coup de canon sous lui.

* D'Efliat étoit petit-ûls du maréchal d'Efûat, fils du frère aîné de Ciuq-jNIars, graud écuyer de France, exécuté à Lyon avec M. de Thou, lils du célèbre liistorieu, et petit-fils du premier président du parlement de Paris. D'Effiat étoit chevalier de l'Ordre et premier écuyer de M. le duc d'Orléans après l'avoir été de Monsieur. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit , grand chasseur et fort sobre , mais sans âme et parfaitement scélérat. 11 était intimement uni de tout temps avec M. le chevalier de Lorraine, qui gouvernoit Monsieur, à qui son aimable figure avoit donné sur lui un tel empire qu'il le gouverna le reste de sa vie. Madame, première femme de Monsieur, le fit chasser; il s'en alla à Rome, où, désespérant de sa fortune tant que j\Lidame vivroit, il envoya un poison à d'Efûat, que celui-ci jeta adroitement dans un pot d'eau que les garçons de la chambre de IMadame tenoient dans une de ses antichambres à Saint-Cloud dans une armoire, pour l'avoir sous la raainpour Madame; un d'eux y surprit d'Effiat, que le hasard avoit fait trouver seul dans cette antichambre après le dîner, et lui demanda avec émotion ce qu'il faisoit dans celte armoire. D'Effiat, sans s'étonner, lui fit excuse, et dit que mourant de soif, il avoit cherché là un verre d'eau à boire, et fit semblant d'essuyer un verre de quelques-uns quiétoient là , puis entra dans l'appartement. Deux heures après , l'affaire de Madame fut faite. Le roi, outré de la plus sensible douleur, et dans la dernière inquiétude sur Monsieur, envoya chercher secrètement la nuit qui suivit la mort de Madame. [Purnon (1 ), premier maître d'hôtel de Madame], qu'il jugea bien avoir été du complot, et se le fit amener par les derrières de son appartement. Dès qu'il le vit : « Regardez-moi bien, lui dit-il, et soyez sur de la vie , et que vous ne serez jamais recherché si vous me dites tout; mais si vous me mentez , comptez aussi que vous êtes mort sans ressource. Madame est morte empoisonnée , je le sais; mais je veux savoir tout lereste. » Il n'y avoit de présents que deux valets affidés et principaux, et un officier des gardes du corps, qui ne l'étoit pas moins, qui avoit amené cethomme. Il ne se déconcerta point; il conta

(1) Ce nom manque clans le texte de l'ailclilion. Nous le rétablissons d'après les Mémoires de Saint-Simon , tome JI, page 22C, de rédition in-12 donnée par M. Chéruel.

au roi le fait du chevalier de Lorraine , celui du marquis d'Effiat; comment le comte de Beuvrou, leur ami et capitaine des gardes de Monsieur, oncle paternel du duc d'Harcourt, étoit du complot, et par qui le poison apporté. « El mon frère, lui demanda le roi, le savoit-il ? — Monsieur, répondit l'homme, nous le connoissons trop, et nous nous sommes bien gardés de lui livrer ce secret. » Alors le roi, soulagé au dernier point, renvoya cet homme libre, qui n'a pas reçu depuis le moindre mauvais traitement. Celui qui écrit ces notes a su cette anecdote de M. Joly de Fleury, procureur général du parlement, qui l'a su lui-même de la bouche d'un des trois témoins, et elle a paru digne de trouver ici sa place. Le bruit qui se fit en France et en Angleterre de ce genre de mort, qui ne put être ignoré de personne, et l'amère douleur du roi , pensèrent perdre les empoisonneurs ; mais la peur que quelqu'un d'eux osât y impliquer Monsieur fit tant d'impression sur le roi , quoique assuré par ce qu'on vient de rapporter, et les apparences étoient si fortes contre ce prince, qui en effet en a toujours été cru l'auteur, que le roi aima mieux laisser tomber toute recherche et toute punition. Le merveilleux est que sachant ce qu'il savoit et ce dont personne au monde ne doutoit sur le chevalier de Lorraine , il l'ait rendu à Monsieur, et que pour tenir ce prince soumis à toutes ses volontés, ce même chevalier de Lorraine ait joui toute sa vie d'une espèce de faveur marquée, d'une considération du roi très-distinguée, et que, par raison proportionnée , d'Effiat ait toujours été bien avec lui, qui sur la fin de son règne s'y mit extrêmement bien en se rendant et livrant à M. du Maine. Le maréchal de Villeroy, son ami, par les anciennes liaisons que par M. le Grand, son beau-frère, il avoit eues fort étroites avec le chevalier de Lorraine, en fut le médiateur, et s'en servit lui-même au même usage après la mort du roi. L'esprit et la supériorité du marquis d'Effiat chez Monsieur avoit imposé à M. le duc d'Orléans dans sa jeunesse ; ces impressions d'estime de sa capacité s'étoient augmentées par les soins de l'abbé Dubois , qui dans sa petitesse s' étoit attaché à d'Effiat et par lui au chevalier de Lorraine, et leur étoit redevable de sa première fortune au Palais-Royal ; il leur étoit resté uni et avoit mis son maître en respect devant eux. D'ailleurs d'Effiat , prodigieusement riche et sordidement avare , obscur même pour sa vie ordinaire et débauchée, quoique avec mesure pour sa santé, ne laissoit pas d'être initié dans certaines bonnes et fortes compagnies où il avoit l'art de primer-, toujours plein de vues, d'ambition, de désir de dominer et de gouverner; d'une politique qui se ployoit à tout et souvent avec bassesse, mais dont il trouvoit le moyen d'éviter le mépris et d'en recueillir gré; livré à la robe, aux jésuites, à tout ce qui pouvoit conduire , avec un artifice , une souplesse et une connoissauce du monde qu'il n'employoit qu'à propos, et qui lui avoit acquis une con-

sidératiou qu'auginentoit sa rareté à se produire , qu'il ménageoit avec une singulière adresse. Aussi le vit-on dans toute la régence tenir toujours le haut bout partout où il se trouva , toujours à l'écart d'oi^i il ne l'espéroit pas, toujours en garde de se commettre , et toujours recherchant avec art pour se faire rechercher et employer dans les affaires de la plus grande confiance , comme il le fut dans toutes celles du parlement et de la Constitution. Du reste haut , jaloux , à la longue insociable, parce qu'avec beaucoup d'humeur et de défauts il vouloit être le maître partout, ne mettre jamais rien du sien au jeu , usurper tout pour soi , et avec l'écorce de probité que l'art, le jugement et le grand monde donne, tromper tout le monde à son plaisir. A la flu le régent le connut à revers, ne s'y fia et ne l'employa plus guère, mais toujours en mesure et en respect avec lui. Sa mort, qui arriva le 3 juin 1719 , à quatre-vingt-un ans , eut quelque chose de si étrange qu'il n'y a pas moyen de l'omettre, puisqu'on le sait de gens siîrs à qui Commiuges, homme d'honneur et très-sûr aussi, l'a raconté. C'est ce Commiuges qui a si souvent été aide de camp du roi , toujours bien avec lui et fort mêlé avec la bonne compagnie de la cour, quand il faisoit tant que d'y vouloir bien être ; c'est lui aussi dont l'énorme grosseur, quoique fort grand , a fait donner son nom aux plus grosses bombes. Il étoit ami intime du marquisd'Effiat etlié avec lui par la débauche et par la chasse. D'Efflat, qui^ à une rare et légère goutte près, avoit passé une vie entièrement saine, tomba malade à Paris , mais d'un mal qui ne menaçoit pas et ne l'empêchoit pas de s'amuser avec ses compagnies obscures. Sans être plus mal, il se renferma davantage , et vers une heure, toujours la même, du soir il faisoit sortir ses valets de sa chambre, prenoit bien garde qu'il n'en restât aucun , et demeuroit seul dans son lit très-longtemps sans qu'ils osassent rentrer pour quoique ce fût, qu'il ne les sonnât. Peu de temps après ils entendoient un bruit dans la chambre de leur maître, et lui-même qui crioit souvent quoiqu'ils fussent bien assurés qu'il y étoit seul et qu'il n'y pouvoit être entré personne ; aucun d'eux n'osoit lui eu parler, mais tous étoient également surpris, curieux et effrayés. Après plusieurs jours de suite que la même chose étoit arrivée, ils résolurent enfin d'en parler à Commiuges, comme au meilleur ami de leur maître et qui avoit le plus de confiance , d'habitude et de liberté avec lui. Commiuges eut peine à les croire, mais il résolut de voir par lui-même ce qui en étoit. Il vint plus tard chez le marquis d'Effiat qu'il n'avoit accoutumé et que sa compagnie etoit déjà sortie ; d'Effiat, fâché de le voir arriver si tard , lui demanda pourquoi il avoit tant différé ce jour-là, et après quelques moments le pria de s'en aller. Commiuges dit qu'il n'en feroit rien, et qu'il u'étoit pas venu le voir pour n'y être qu'un moment ; l'autre redoubla ; et celui-ci à s'opiniâtrer et a ne le vouloir pas laisser ainsi tout seul. Enfin, d'Effiat, à bout, lui dit: «Com- T. XVI. 30

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minges . en deux mots, vous êtes de mes amis comme je l'ai toujours cru, ou vous n'en êtes pas? Si vous n'en êtes pas, vous ne me sauriez faire un plus grand plaisir que de me laisser en repos ; si vous en êtes, allez vous-en, et ne me demandez pas pourquoi; mais j'ai des raisons essentielles de vous en prier, et je compte que vous ne vous le ferez pas dire davantage. )i Comminges n'eut plus de repartie, et sortit; mais ce propos l'ayant confirmé dans la pensée que ce que les valets lui avoient dit étoit vrai, il demeura avec eux, et assez tôt après il entendit luimême ce vacarme tel qu'ils le lui avoient représenté. Il revit assidûment son ami à des heures éloignées de le faire soupçonner de curiosité , et n'a jamais osé lui en parler, ni lui demander pourquoi il l'avoit prié de sortir de sa chambre. D'Effiat vécut assez peu de jours depuis , et mourut sans que personne ait pu pénétrer la vérité d'une chose si extraordinaire. 11 étoit veuf sans enfants d'une Olivier Leuville, qui étoit morte quarante ans avant lui, gouvernante des enfants de IMonsieur, entre les maréchales de Clérembault et de Grancey. Il ne s'étoit point remarié , et laissa des biens immenses dans un grand ordre au duc Mazarin, petit-fils de sa sœur, et à la fille de Sourdis , sou cousin germain , veuve du fils de Saint-Pouanges.

Dimanche 4, à Paris. — Conseil de régence le matin. — MM. les cardinaux de Rohan et de Bissy et l'archevêque de Bordeaux portèrent Taprès-dlnée à M. le duc d'Orléans les remarques qu'ils ont faites sur le corps de doctrine. Le maréchal d'Huxelles et le marquis d'Effiat y étoient, et M. le duc d'Orléans y fit entrer aussi l'ancien évèque de TroyeS;, qui se trouva chez lui. On espère présentement que nous pourrons revoir l'union dans l'Église. — Madame de Chiverny* est déclarée gouvernante de Mesdemoiselles; il y a déjà quelques jours que l'on ne doutoit pas de ce choix-là"; M. de Chiverny, son mari, est gouverneur de M. de Chartres. — Les six commissaires nommés par le conseil pour la taxe des gens d'affaires s'assembleront chez M. de Fourqueux, procureur général de la chambre de justice, pour avoir tous les papiers qui leur sont nécessaires sans les transporter, et pour éviter la préséance entre ces deux présidents à mortier et les trois conseillers d'État, qui sont les commissaires pour cette affaire**.

* IMadame de Clieverny étoit Jeanne , sœur de Saumerv, sous-gouverneur de monseigneur le duc de Bourgogne , puis du roi son fils. Son bisaïeul étoit venu de Béarn, où il étoit jardinier du roi de Navarre, que Henri IV, parvenu à la couronne, mit à Chambord , dont le fils devint concierge et le petit-fils capitaine. C'étoit un homme de mérite dans son état , et qui avoit servi avec honneur. Il avoit épousé une sœur de M. Colbert , avant sa fortune , dont il eut ce sous-gouverneur, madame de Cheverny et d'autres enfants. M. Colbert maria cette fille à Cheverny, qui étoit Clermout-Gallerande , et dont le père , maître de la garde-robe du roi et chevalier de l'Ordre, s'étoit ruiné. M. de Beauvilliers , devenu gouverneur des enfants de France , en fit Saumerv un des sous-gouverneurs , puis fit mettre Cheverny comme menin de monseigneur le duc de Bourgogne avec d'O et Gamaclies. Il l'avoit auparavant aidé à être menin de ÎNIonseigneur et aller envoyé à Vienne, puis ambassadeur en Danemark. C'étoit un homme que la misère de ses premières années avoit abattu , et que la richesse des dernières ne put relever; homme d'honneur, de mérite pourtant et de bonne compagnie. M. de Saint-Simon, qui étoit de ses amis , le fit mettre dans le conseil des affaires étrangères et le poussa auprès de ■M. le duc d'Orléans, qui le fit gouverneur de son fils et conseiller d'État d'épée , et par convenance ensuite , sa femme gouvernante de ses filles , lorsque madame de Marey se retira tout à fait. C'étoit une femme qui avoit de l'esprit , mais qui en place en voulut trop avoir : ce couple en gros parut plus digne d'être employé avant de l'être qu'il ne répondit à ses emplois après qu'on les leur eut donnés. Ils moururent sans enfants , riches de successions tardives et d'une épargne à laquelle leur longue pauvreté les avoit accoutumés , et de laquelle ils ne se purent défaire. Resnel, de même nom que le mari , hérita de tout ce qu'il put lui donner ; c'étoit un homme bien reçu partout et qui avoit des amis.

** Les présidents à mortier du parlement de Paris, qui ne sont autres pourtant que les présidents à mortier des autres parlements , seroieut indignés de faire comparaison avec eux , quelque haut que depuis quelque temps ces magistrats le portent dans leur province , qui n'y regardent aucun homme de qualité comme pouvant approcher d'eux ; chose dont on ne peut assez s'étonner, et qui cependant a tellement prévalu depuis quelques années , qu'elle a soumis toute la plus haute noblesse des provinces. Il n'a pas tenu à ceux de Paris de s'y élever de même, et on a vu dans les démêlés des pairs avec le parlement dans cette régence , ces présidents proposer pour accommodement modeste la housse et le tabouret pour leurs femmes, et n'y être pas contredits par les gens de qualité , quoique la règle des rangs ne soit plus que dans la robe, où les présidents à mortier dominent pour le moins autant que les princes du sang font à la cour. Ils n'ont pas laissé de

trouver les conseillers d'État , qui leur disputent et qui ont osé ne leur céder nulle part. Les uns, fiers de leur présidence, qu'ils assurent ne faire qu'une en plusieurs et ne pouvoir être présidée que par le chancelier, comme les conseillers d'État le font eux-mêmes, prétendent être au-dessus de magistrats qui ne font que la fonction de conseiller. Ceux-ci, orgueilleux de casser les arrêts rendus par les autres, disent qu'ilsjugent toutes les justices, et conséquemment que les officiers, quels qu'ils soient, leur sont subalternes , puisqu'on en appelle à eux , mais en cela pareils aux maîtres des requêtes, qui ne s'égalent pas aux mortiers ; ils ajoutent d'autres raisons tirées de l'histoire et des exemples, et se sont maintenus dans la possession de ne point céder comme membres du parlement principaux du tribunal suprême de tous les autres, et où ils sont assis dans des fauteuils, le roi censé présent, pour réformer les jugements du parlement de Paris et de tous les autres,! toutes les fois qu'on s'en plaint et qu'il y a lieu de le faire. Il est pourtant vrai qu'il n'est point de conseiller d'Etat qui ne voulut troquer sa place contre un mortier de Paris , ni de ceux-ci qui y voulût consentir. L'une est plus personnellement flatteuse, parce que c'est une dernière récompense du mérite, qui ce s'achète point; l'autre, ruineuse par son prix, soutient mieux les familles par la facilité moderne d'y faire succéder les enfants à leurs pères , et par la considération qui , sans fondement aucun , s'y trouve attachée : on dit sans fondement, parce qu'il n'est point de conseiller, de ceux qui ont réputation d'être ce qu'ilsappellent forts, ni de premier président de chambre particulière, dont on n'aitcent fois plus besoin que d'un président à mortier, quinedistribue, ne donne d'audience, ni ne rapporte, et dont la voix le plus ordinairement ne se peut donner que lorsque l'arrêt est fait. Mais ad populumphaleras, qu'ils soutiennent avec une morgue, un concert et un artificeextraordiuaires,et qui leur réussità souhait.

Lundi 5, à Paris. — Conseil de régence Faprès-dinée, et ces conseils se tiendront à l'avenir le matin. M. le chancelier tenoit les lundis matin le conseil des parties, et comme il est obligé d'être au conseil de régence il remet le conseil des parties à samedi matin. — M, le cardinal de Noailles revint de sa retraite du mont Valérien, où il va tous les ans, et M. le duc d'Orléans lui communique les remarques qu'ont faites les évêques qui étoient assemblés chez M. le cardinal de Rohan, sur lesquelles M. le cardinal de Noailles donnera sa réponse. — M. le duc d'Orléans alla le soir à Saint-Cloud voir Mademoiselle, sa fille, qui a la fièvre avec des vomissements, ce qui fait

craindre la petite vérole ; la fièvre est pourtant beaucoup diminuée ce soir.

Mardi G, à Paris. — L'abbé Servien tomba hier au soir en apoplexie dans une maison où il soupoit; on l'emmena diligemment chez lui, où il arriva sans connoissance ; il est mort aujourd'hui*. Il avoit le prieuré de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers dans Paris. Ce bénéfice est d'un très-bon revenu , donne un beau logement dans Paris, et il y a beaucoup de bénéfices à sa collation ; il avoit outre cela les abbayes de Saint- Jouin de Marne en Poitou et de Perreneuf en Anjou. La connoissance ne lui est point revenue, et il n'a pu recevoir ses sacrements. — M. Hénault, qui étoit fermier général il y a un an, a fait son accommodement avant que d'être taxé; il avoit déclaré 2,500,000 francs de bien, outre 500,000 francs qu'il avoit donnés au président Hénault, son fils, et 500,000 francs à madame de Jonsac, sa tille. Il donne au roi 1,250,000 francs sur les effets de son bien, à choisir; parmi ses effets il y a 100,000 francs comptant.

* Ou a parlé de l'abbé Servien, de sa famille, de sa personne et de sa vie , ailleurs dans ces notes , et assez pour en dispenser ici. On dira seulement que sa Ou fut semblable à sa vie, et qu'il mourut chez Marcel, danseur de l'Opéra et maître à danser, où il avoit soupe et où il . tomba en apoplexie.

Mercredi 7, à Paris. — M. le duc d'Orléans alla à midi à Saint-Cloud voir Madame et mademoiselle de Valois, qui s'étoit trouvée mal lundi; mais elle n'a plus de fièvre et ne garde plus son lit. — M. d'Angennes est mort; il a couru des bruits qu'il étoit mort de trois coups d'épé« et non de la petite vérole. Il étoit colonel du régiment de Normandie, qui est un des six vieux corps. — Le maréchal de Montrevel est à l'agonie. Il n'a qu'un petit emploi dont on puisse disposer, qui est la lieutenance générale de Charolois, et oùil n'y a que 1,800 francs d'appointements; cependant, il a un brevet de retenue de près de 50,000 francs sur cette charge, à ce que l'on dit dans sa famille.

Il vaquera par sa mort une cinquante-cinquième place dans l'ordre du Saint-Esprit^ et il ne restera plus que douze maréchaux de France.

Jeudi S, à Paris. — La chambre de justice jugea le nommé Lempereur, subdélégué de l'intendant de Picardie à Montdidier; il est condamné aux galères pour neuf ans, à 20,000 écus d'amende et à faire amende honorable à Montdidier. — Plusieurs gens demandent le régiment de Normandie, et M. le duc d'Orléans l'a voulu donner à M. delaFare, qui l'a refusé par honnêteté pour Belle- Tsle, à qui il a fait manquer la charge de colonel général des dragons, sans qu'il y eût de sa faute. La Fare en particulier auroit été bien dédommagé par le régiment de Normandie, mais il ne l'acceptera pas si on ne fait quelques grâces à Belle-Isle. — M. d'Ângennes laisse tout le bien dont il peut disposer à madame la maréchale de Montesquiou, sa parente; on croyoit qu'il avoit rendu au curé de Saint-Sulpice deux obligations de 20,000 écus chacune qu'une dame lui avoit données, mais il n'a point voulu les rendre, et tous ses papiers sont sous le scellé.

Vendredi 9, à Paris. — On parle fort d'un traité de ligue défensive entre la France et rx\ngleterre; on dit même qu'il a été signé à Londres. On n'en sait point les conditions; elles se content différemment. — On a des lettres de Copenhague qui portent qu'il y a quelques brouilleries entre le czar et le roi de Danemark, et que la descente qu'ils dévoient faire dans le pays de Schonen est remise au printemps. — Les six commissaires nommés pour la taxe des gens d'affaires s'assemblent chez M, de Fourqueux, procureur général de la chambre de justice, où ils trouvent tous les papiers qu'ils ont à examiner, et outre cela on évite une décision entre les conseillers d'État et les présidents à mortier, et ces messieurs se placent à mesure quils arrivent.

Samedi 10, à Paris. — Conseil de régence l'après-dinée, et puis M. le duc d'Orléans alla à la Meute voir madame

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de Berry. Il avoit travaillé avec M. le cardinal de Rohan depuis midi jusqu'à deux heures. M. le cardinal de Noailles a donné par écrit laréponse aux remarques que les évèques qui s'assembloient chez le cardinal de Rohan avoient faites au corps de doctrine, et on espère fort qu'ils s'accorderont enfin. Le cardinal de Noailles a demandé à M. le duc d'Orléans de faire venir les évèques de son parti, et le cardinal de Rohan a permission aussi de faire venir les évèques qu'il jugera à propos d'avoir ici. Ils auront tous ordre d'être ici au 20 de novembre, et en attendant le cardinal de Rohan va à Saverne pour terminer toutes les affaires qu'il a dans l'évêché de Strasbourg. M. le duc d'Orléans est fort content de voir cette affaire en si bon chemin, et c'est une grande joie pour le public. Dimanche 11, à Paris. — Conseil de régence le matin. — Le maréchal de Montrevel mourut à dix heures du matin*; il touchoit du roi près de 100,000 francs par an. On a ouvert son testament : il laisse à madame sa femme quelques diamants qu'il avoit; il donne au maréchal de Villeroy, son parent et son ancien ami, quelques vases et quelques urnes de porcelaine du Japon ; à la duchesse du Lude un service entier de ces porcelaines, qu'on dit qui est très-beau. Il laisse au chevalier de Maugiron, pour qui il avoit beaucoup d'amitié, une partie de sa vaisselle d'argent; il en avoit beaucoup et de vermeil doré. On espère qu'avec cela 3,000 louis qu'on lui a trouvés, beaucoup de meubles et le brevet de retenue qu'il a sur la lieutenance générale de Charolois, il y aura de quoi payer ses dettes; il n'a nul fonds de terres.

* Le maréchal de Montrevel est un homme qui se trouve aussi dans ces notes , mais qui sûrement ne se rencontrera dans aucune histoire de son temps ; sa mort mérite d'être racontée. Ce favori des sottes , des modes, du maréchal de Villeroy et presque de Louis XIV , et qui ne pouvoit être nommé que pour ce à quoi il avoit la moindre part, sa naissance distinguée et sa valeur brillante, mourut pourtant d'un saisissement de peur. Plus femme] que les femmelettes qu'il avoit

courtisées toute sa vie, et aux dépens desquelles il avoit vécu , il en avoit les misères , et entre autres, il ue craignoit rien tant qu'une salière renversée, qui selon lui pronostiquoit les derniers malheurs. Dînant chez Biron , devenu enfin duc-pair à la majorité , et longtemps après maréchal de France , la salière fut renversée et tout le sel répandu sur lui. Il pâlit; à l'instant il se trouva mal. Il se tint pour mort ; il le dit. Il fallut sortir de table et l'emmener chez lui ; personne ne put lui ôter cette opinion , et la frayeur qui s'empara de lui fut telle que le soir même la fièvre le prit, et quatre ou cinq jours après le mit au tombeau. Ce fut une perte pour ses créanciers, qui ne fut pleurée d'aucun autre. Il ne laissa point d'enfants d'une femme qu'il avoit sucée, puis fort maltraitée et délaissée , et qui l'avoit épousé par amour.

Lundi 12, « Paris. — Conseil de régence le matin, — M. le duc d'Orléans voulut encore donner le régiment de Normandie à laFare, qui persiste à le refuser, à moins que l'on ne fasse quelques grâces à Belle-Isle, et Belle-Isle presse laFare d'accepter le régiment. — Mademoiselle de Nicolaï, fille du premier président de la chambre des comptes, mourutici, de la petite vérole, dans un couvent. Elle étoit brouillée avec M. son père; elle lui a envoyé demander pardon quelques jours avant que de mourir, mais en s'excusant fort sur les embarras de la famille, madame le Camus, lalieutenante civile, sagrand'mère, ayant exigé d'elle qu'elle ne vivroit point avec M. de Nicolaï. C'est une grande succession pour son frère, car elle n'en a qu'un du premier lit, de M. de Nicolaï. — Le maréchal de Montrevel, quelques jours avant que de mourir, pria M. d'Arpajon, qui est fort ami de M. Legendre, de lui écrire une lettre de réconciliation, et on conte cela différemment, car il y en a qui disent que c'est pour lui demander pardon, et les autres que ce n'est simplement que pour lui dire qu'il lui pardonne en mourant.

Mardi 13, à Paris. — M. le duc d'Orléans a donné la lieutenance générale de Charolois, qu'avoit M. le maréchal deMontrevel, à Saint-Christophe, qui a été longtemps lieutenant des gendarmes d'Orléans; on lui donne sur le pied qu'il n'y a point de brevet de retenue, et jusque ici

M. de la Vrillière , à qui M. le duc d'Orléans a ordonné de l'examiner, n'en a point trouvé dans ses papiers. — L'abbé de Brancas, frère du duc, est mort * ; on conte sa mort différemment. 11 n'avoit qu'une petite abbaye en Poitou, qui ne vaut que 2,000 francs, mais on lui en faisoit espérer une considérable. — L'empereur a condamné Langallerie à une prison perpétuelle sur le traité qu'il avoit fait avec les Turcs. — Le conseil de guerre a fait arrêter quelques entrepreneurs des fourrages, à qui on demande compte de beaucoup d'argent qu'ils ont reçu et qu'on prétend qu'ils n'ont pas employé. — J'appris qu'il y a environ un mois que le duc d'Olonne acheta le régiment d'infanterie du comte de Sanzay.

* Cet abbé de Brancas avoit la cervelle mal timbrée, et se jeta dans la rivière. Des bateliers l'en retirèrent en vie , mais il mourut quelques heures après.

Mercredi 14 , à Paris. — M. le duc d'Orléans fut saigné par précaution. — Suzy, lieutenant des gardes du corps de la compagnie de Noailles, est mort. C'est à la Billarderie à monter à la lieutenance ; il est non-seulement le premier enseigne de cette compagnie, /nais le plus ancien enseigne de tout le corps. On ne sait point encore qui aura l'enseigne, si on le prendra dans la cavalerie ou si ce sera un exempt des gardes. — La chambre de justice a condamné à être pendu un sergent des tailles de Guéret. — Madame de Magnac, veuve d'un lieutenant général qui étoit fort estimé, est morte ici, après une longue maladie. — On mande de Madrid que le duc d'Havre, colonel du régiment des gardes wallonnes, ayant fait quelques représentations au roi d'Espagne sur ce qu'on réformoit deux bataillons de ce régiment, a été cassé et exilé. M. de Mérode, lieutenant-colonel de ce régiment, qui étoit avec lui , a été mis prisonnier dans le château de Ségovie , et on a donné le régiment au prince de Robecque.

Jeudi iô, à Paris. — M. le duc d'Orléans prit médecine, qui ne l'empêcha pas de donner des audiences le matin et l'après-dinée. — Les six commissaires nommés pour la taxe des gens d'affaires s'assemblent trois fois la semaine, et feront environ cinquante taxes par jour; on croit même que, comme l'on veut finir ces affaires-là promptement, ils auront ordre de s'assembler tous les jours. — Les lettres de Madrid nous apprennent 'que le •26 du mois passé la duchesse d'Albe épousa l'abbé de Castiglione, que nous avons vu ici portant ce nom et qui en Espagne s'appeloit l'abbé de Gonzague. Le roi d'Espagne l'a fait grand de la première classe ; on le nommera présentement le duc de Solfarino, qui est un duché de sa maison. Le pape lui a permis de conserver les pensions qu'il avoit sur des bénéfices, et qui sont considérables.

Vendredi 16 , à Paris. — Le roi Jacques, qui est toujours à Avignon, a envoyé un courrier à Maréchal, premier chirurgien du roi, pour le prier de lui envoyer diligemment un chirurgien accoutumé à faire la grande opération ; Maréchal y a envoyé son neveu, n'y pouvant aller lui-même. Ce pauvre petit roi est accablé de bien des malheurs etfait grand pitié, — La lieutenance de roi de Charolois avoit été donnée à Saint-Christophe, comptant qu'il n'y avoit point de brevet de retenue ; mais M. de la Vrillière en a trouvé un dans une cassette des affaires secrètes, et ce brevet de retenue est de 48,000 livres, comme la famille du maréchal de Montrevel Favoit toujours dit. Cette charge auroit peine à être vendue si cher si on la vendoit ; ainsi on la laissera aux créanciers pour en tirer ce qu'ils pourront, et M. le duc d'Orléans a promis à Saint-Christophe de lui faire quelques autres grâces quand l'occasion s'en présentera.

Samedi 17, à Paris. — Il y eut conseil de régence l'après-dinée. — Madame la duchesse de Berry revintle soir delà Meute, et M. le duc d'Orléans alla souper avec elle. — Madame deBrassac, la jeune, fille du feu maréchal de

Tour ville ;, a la petite vérole, et on a envoyé chercher en diligence madame de Brassac, sa belle-mère, qui estàAnet avec madame la duchesse de Vendôme, dont elle est dame d'honneur. — Le président Portail, qui est un des six commissaires pour la taxe des gens d'affaires, est allé à la campagne, d'où il ne reviendra qu'après les fêtes de la Toussaint; on dit qu'il est mécontent de ce qui s'est passé dans leur dernière séance, et qu'il veut s'en retirer tout à fait. — La duchesse d'Olonne tomba malade le soir. Les médecins ne doutent point que ce ne soit la petite vérole. Elle la craignoit fort, mais cela ne l'empêcha pas de s'enfermer avec son mari, et en s'enfermant elle prit congé de toute sa famille, leur disant : « Je prendrai sûrement la petite vérole, et j'en mourrai; mais il faut faire son devoir. » Dimanche ISy àParis. — Conseil de régence le matin. — Madame la duchesse d'Orléans alla à Saint-Eustache entendre le Te Deum que l'on y chanta pour la guérison de M. le duc de Chartres. On avoit chanté de pareils Te Deum à Saint-Sulpice pour la guérison de M. le Duc, et à Saint- André pour la guérison de M. le prince de Conty *, — Il arriva le matin un courrier de iM. le duc de Lorraine, qui mande à M. le duc d'Orléans que le 2 de ce mois les Impériaux avoient attaqué la palanque de Temeswar, qui en étoit la principale fortification, et l'avoient emportée après une longue et vigoureuse résistance; que les Impériaux y avoient eu deux officiers généraux tués, six colonels, six majors et douze à quinze cents hommes et beaucoup d'autres officiers et soldats blessés, et que l'on croit que les Turcs, qui se sont défendus vaillamment, y ont encore perdu plus de monde. — Madame la duchesse d'Olonne a la petite vérole.

* Avant cette régence on u'avoit jamais ouï parler de feux de joie chez personne , quelle qu'elle fiit , ni de Te Deum dans aucune église de Paris que pour les choses publiques, ou pour le rétablissement delà santé du roi, de la reine, et fort rarement de leurs enfants après un grand péril ; mais tout sans exception vint en ces temps au pillage^ et

des princes du sang , pour qui ces feux de joie et ces Te Deum commencèrent d'être entrepris , ils tombèrent bientôt après jusqu'à des particuliers.

Lundii9, à Paris. — Conseil de régence le matin, et au sortir de ce conseil M. le duc d'Orléans alla à la Roquette, chez le duc de Noailles, où ils travaillèrent jusqu'à six heures. Il s'agissoit d'examiner quelques taxes que les commissaires ont faites sur plusieurs gens d'affaires. M. le duc d'Orléans soupa dans cette maison, où M. le duc de Noailles lui donna la comédie italienne ; il y avoit à ce souper mesdames les maréchales de Villars et d'Estrées, mesdames de la Vallièreetd'Épinay. Madame la duchesse de Berry alla à la Comédie Françoise, quoiqu'elle eût eu hier au soir un peu de fièvre en sortant de l'Opéra. Madame la duchesse d'Orléans alla à Saint-Cloud voir M. le duc de Chartres, qui y est depuis huit jours, dans la maison de M. Terrât. — Madame d'Armenonville a la petite vérole; elle est femme de M. d'Armenonville, secrétaire d'État. Sa fille s'est enfermée avec elle, malgré toute sa famille, qui l'en vouloit empêcher.

Mardi 20, à Paris. — M. le duc d'Orléans travaille tous les mardis avec le maréchal de Yillars, le duc d'Antin , le maréchal d'Huxelles et le maréchal d'Estrées séparément; ils lui rendent compte de ce qui s'est passé dans les conseils dont ils sont présidents. M. le duc d'Orléans alla souper au Luxembourg avec madame la duchesse de Berry. — On a eu le détail de l'action du 2 de ce mois à la palanque de Temeswar. Les Impériaux l'attaquèrent avec trente bataillons et deux mille cinq cents grenadiers à la tète de l'attaque. Le duc de \Yurtemberg, qui commandoit à l'attaque, fut blessé dangereusement. Les Turcs étoient sur le haut du parapet delà palanque, le sabre à la main, et se sont défendus durant cinq heures. On croit que le siège ne durera pas jusquau 20 du mois. Le duc d'Aremherg avoit été blessé quinze jours auparavant, d'un assez grand coup au visage, mais qui n'est pas dangereux.

Mercredi 21 , à Paris. — La diicliesse d'Olonne est morte ; elle a fait un testament par lequel elle laisse à mademoiselle deCulant, la cadette de ses deux sœurs, tout ce que les lois lui permettent de donner. Elle étoit fille de mademoiselle d'Uzès^ première femme de M. de Barhezieux^ et ses deux sœurs qui restent sont filles de la d'Alègre. — On mande de Madrid que la reine d'Espagne a ôté la place de dame du palais àla duchesse d'Havre. — On mande de Vienne que la grossesse de l'impératrice se confirme. — M. l'abbé de Seignelay, qui quitta le petit collet il y a quelque temps et qui s'appelle présentement le comte de Seignelay, doit épouser mademoiselle de Valsassine, Flamande, qui est élevée ici chez une dévote. On attend pour achever le mariage l'agrément de M. de Valsassine, son père, qui est présentement sujet de l'empereur et qui est actuellement à Vienne.

Jeudi ^2, à Paris. — La Billarderie , le plus ancien enseigne des gardes du corps et de la compagnie de Noailles^ monte à la lieutenance vacante par la mort de Suzy, etFauvel;, le plus ancien exempt, monte à l'enseigne. — Les six commissaires pour la taxe des gens d'affaires s'assemblent tous les jours et même les dimanches et les fêtes. Le duc de Noailles assiste presque toujours à ces assemblées, et dans douze ou quinze jours on verra paroitre quelques-unes de ces taxes. — On a des nouvelles de Saxe qui disent que le prince de Furstemberg , stathouder de cet électoral, est mort; mais nous n'en avons encore aucune nouvelle par la famille. — On mande de Copenhague que tous les préparatifs qu'on avoit faits pour la descente dans le pays de Schonen sont devenus inutiles. On ne parle plus même d'exécuter cette entreprise au printemps; leczar n'a pas voulu s'y engager.

Vendredi 23, à Paris. — M. le duc d'Orléans alla à lOpéra, dans la loge de madame la duchesse de Berry, et puis alla souper au Luxembourg avec elle. — M. deGuémadeuc, guidon des gendarmes, est mort ; on lui avoit coupé

l'épaule il y a six mois, qui étoit une opération dont il n'y avoit point d'exemple. Il étoit retourné depuis ce temps-là en son pays de Bretagne ; il n'a pas assez ménagé sa santé, à ce que l'on prétend. On dit qu'il avoit plus de 100,000 livres de rente. — On mande de Pologne que le traité du roi Auguste avec les confédérés est fort avancé ; que les troupes saxonnes sortiront du royaume ; que les confédérés se sépareront quinze jours après leur sortie. Ce qui retarde la signature présentement, c'est que les confédérés demandent que le prince Dolgorouki, médiateur, fasse sortir présentement les troupes moscovites qui sont dans le royaume.

Samedi 2i, à Paris. — Conseil de régence Taprès-dinée. Il V aura un conseil de régence extraordinaire mardi pour les affaires delà taille proportionnelle. — M. le duc, d'Orléans a eu la bonté de m'accorder les honneurs du Louvre, et j'ai commencé à en jouir*. — On mande de Madrid que le prince de Robecque y est mort; on venoit de lui donner la charge de colonel des gardes wallonnes, qu'avoit eue le duc d'Havre. — On a fait l'opération au roi d'Angleterre, qui esta Avignon, et on mande qu'elle a été très-lDien faite. — M. de Buzenval , capitaine lieutenant des chevau-légers de la reine , a vendu sa charge à Fargis, qui lui en donne iO,000 écus qui est le prix auquel ces charges sont fixées.

* On le répète, tout tomba en pillage. Le chevalier d'honneur de la reine, sa dame d'honneur et sa dame d'atours avoient usurpé les honneurs du Louvre, c'est-à-dire d'entrer en carrosse dans la cour réservée même du palais où étoit le roi. La date, on ne la donnera point ici, parce qu'on l'ignore, mais toujours est-il vrai que cela s'est souffert ainsi pendant la vie des deux dernières reines espagnoles ; il n'y avoit que cette entrée de carrosse et de chaise à porteurs avec les porteurs de livrée , sans aucun autre honneur ni distinction quelconque. A la mort de la reine , ces trois charges auprès de madame la Dauphine se trouvèrent remplies par le duc de Richelieu , la duchesse de Richelieu, puis la du(-hcsse d'Arpajon et la maréchale de Rochefort , qui par eux-mêmes avoient les honneurs du Louvre et plus. La Dauphine, qui

lui succéda et qui ne vit jamais de belle-mère , du moins reconnue , eut la duchesse du Lude pour dame d'honneur, qui n'avoit pas besoin des honneurs du Louvre par sa charge , la comtesse de Mailly pour dame d'atours , et Dangeau pour chevalier d'honneur, à qui cette charge fut rendue et qui l'avoit achetée de l'autre Dauphine chèrement du duc de Richelieu. Dangeau n'avoit osé prétendre du temps de l'autre Dauphine ce qui n'étoit attaché qu'au chevalier d'honneur de la reine , et n'osa par conséquent y songer sous la seconde , ni madame de IMailly, non plus , quoique nièce de madame de IMaintenon , et qui pour sa charge en sut bien profiter. Ce fut donc un réchauffé étrange que ces honneurs du Louvre qui furent donnés à l'un et à l'autre pour avoir eu des charges qui ne les leur avoit pas acquis : ils prétextèrent que cette Dauphine dernière étoit la mère du roi. Le régent , large de tout et qui aimoit à confondre toutes les distinctions , leur donna celleci d'autant plus facilement que madame de Mailly, enterrée à sa campagne et très-rarement à Paris , n'en pouvoit faire usage , ni Dangeau guère plus à son âge et hors de toute mesure.

Dimanche 25, à Paris. — Conseil de régence le matin. — Nous eûmes des lettres de Saxe qui nous confirment la nouvelle de la mort du prince de Furstemberg. Mesdames ses filles en hériteront peu, quoiqu'il laisse de grands biens; elles ne l'avoient quasi jamais vu, et il paroissoit par toutes ses lettres qu'il n'étoit pas trop content d'elles, quoiqu'elles prétendissent n'avoir aucun tort à son égard. — Quand Madame sera revenue de Saint-Cloud à Paris , comme elle aime fort les spectacles, les comédiens françois et les comédiens italiens joueront sur le théâtre de l'Opéra, chaque troupe une fois la semaine. Madame ne veut point voir les spectacles ailleurs que dans sa loge , et il y aura souvent des danses et de la musique de l'Opéra dans les entr'actes de la comédie françoise.

Lundi 26, à Paris. — Conseil de régence le matin. — Madame d'Armenonville mourut hier au soir, de la petite vérole ; elle étoit femme de M. d'Armenonville, secrétaire d'État. Mademoiselle sa fille s'étoit enfermée avecelle, quoique l'on eiît fait l^eaucoup d'efforts pour l'en empêcher. On a ouvert le testament, et elle donne 100,000 écus à sa fille; elle peut bien lui faire ce présent-là, car elle étoit

fort riche. Elle aimoit sa fille éperdùment, et avoit encore été fort touchée de ce qu'elle s'étoit enfermée avec elle. — M. de Rioms , lieutenant des gardes de madame la duchesse de Berry et qui avoit depuis peu acheté un régiment d'infanterie , achète présentement le régiment de dragons qu'avoit M. de Saint-Amour. On appelle ce régiment le régiment de Languedoc, et c'est le dernier des quatorze qui sont conservés.

Mardi 27, à Paris. — Il y eut un conseil de régence extraordinaire l'après-dinée, dans lequel le projet de la taille proportionnelle fut approuvé ; on va travailler à l'exécuter, mais ce ne sera que pour l'année 1718. [.es tailles qu'on va imposer présentement pour 1717 s'imposeront à l'ordinaire, mais on exhortera les habitants de chaque paroisse de tâcher à l'imposer entre eux dès cette année. Il y a déjà quelques paroisses dans le royaume où cela se pratique, et on s'en trouve fort bien. On croit que cette nouvelle manière de lever la taille fera un grand bien au royaume, et il y a déjà longtemps qu'on examine les propositions qui ont été faites sur cela. — M. le duc d'Orléans reçut le matin un courrier de M. duc de Lorraine, qui lui mande la prise de ïemeswar ; la place se rendit le 13 de ce mois par capitulation.

Mercredi 28 , à Paris. — Le roi alla l'après-dinée se promener dans la plaine de Grenelle, où l'on ne l'avoit point encore promené. — Madame la duchesse d'Orléans alla à Montmartre, où elle demeurera huit jours; elle n'y a mené avec elle que la duchesse Sforce. — On a arrêté un libraire qui avoit imprimé des écrits fort insolents, et on a mis aussi en prison quelques-uns de ceux qui les débitoient. — M. le duc d'Orléans a envoyé un courrier à M. le cardinal de Rohan pour lui dire qu'il seroit à propos qu'il nommât un autre prédicateur pour la Toussaint et pour r Avent, parce que le P . de la Ferté, qu'il a nommé, n'a point de pouvoir de M. le cardinal dé Noailles, son archevêque; mais ce courrier ne sauroit être arrivé assez à temps pour

que M. le cardinal de Rohan puisse faire aucun changement là-dessus.

Jeudi 29, à Paris. — M. le duc d'Orléans fut à Saint- Cloud voir Madame, et fut assez longtemps enfermé avec elle dans son cabinet ; il y va presque tous les deux jours, et lui rend beaucoup de devoirs et lui marque beaucoup d'amitié et de considération. — Madame la Princesse est allée à Maubuisson ; madame la Duchesse, la jeune, y est allée avec elle, et elles y demeureront jusque après les fêtes. Madame la princesse de Conty, fille du feu roi , revint de Choisy, où elle a fait un assez long séjour. — On mande de Madrid que le régiment des gardes wallonnes, vacant par la mort du prince de Robecque, n'a point été rendu au duc d'Havre, comme quelques gens l'avoient cru, parce que ce duc avoit eu permission de se rapprocher de Madrid, ce qui faisoit juger qu'il se raccommoderoit. Ce régiment est donné au marquis de Richebourg , vice-roi de Galice depuis sept ou huit ans. — La chambre de justice est en vacance pour huit jours.

Vendredi 30, à Paris. — L'abbé Couturier vint chez madame de Ventadour pour lui demander l'heure que le roi entendroit le sermon dimanche; il compte que c'est à lui de prêcher parce qu'il est nommé par M. le cardinal de Noailles. — On croyoit que l'on sauroit demain la taxe de quelques gens d'affaires, mais on ne les saura que le samedi de l'autre semaine. — On avoit dit que M. d'Antin avoit eu ordre de faire raccommoder la grande salle des machines des Tuileries; mais comme cela ne se peut faire sans beaucoup de dépenses, et qu'on ne songe qu'à les diminuer, on ne travaillera pas sitôt à cette salle. On parle de grands retranchements dans la maison du roi sur les tables; on veut supprimer la table du grand maitre, qui coûte environ 80,000 francs; on parle aussi de supprimer celle de chambellan, que Livry tient, ce qui dirainueroit fort les revenus et les commodités de sa charge. On voudroitque toutes ces diminutions (car il y a

T. XVI, 3t

482 JOURiNAL DE DAISGEAU.

beaucoup d'autres changements) allassentà 500,000 francs d'épargne par an.

Samedi 31 , à Paris. — M. le duc d'Orléans a recommencé à voir le roi, qu'il n'avoit point vu depuis la petite vérole de M. de Chartres, et le conseil de régence s'est tenu l'après-dinée aux Tuileries. — Madame la duchesse deBerry alla l"après-dinée aux Petites CarmeUtes, où elle couchera deux nuits ; elle n'a mené avec elle que mesdames d'Aydie et de Mouchy. — On a donné le guidon des gendarmes au prince de Montauban , frère du prince de Montbazon. — M. le duc d'Orléans, à qui les contestations des deux prédicateurs furent portées, régla que ce seroil le P. de la Ferté* qui prècheroit demain, et on attendra que les cardinaux soient tous deux ici, comme ils y seront le 20 du mois, pour décider avec eux qui prêchera l'Avent ; on craint que cette petite affaire ne mette quelque aigreur entre ces deux cardinaux.

* Ce P. de la Ferté qui s'étoit fait jésuite malgré le maréchal son père, n'étoit pas à se repentir depuis longtemps de s'être laissé duper et enlever dans la sottise et l'ignorance de sa première jeunesse. 11 n'étoit point du tout fait pour être jésuite , et sans ses vœux auroit succédé depuis longtemps à la dignité de duc et pair, éteinte dans sa maison par la mort du duc de la Ferté, son frère , sans garçons. Il ne s'étoit pas même toujours bien accordé avec les jésuites , qui à la fin le malmenèrent et le retirèrent à la Flèche , où il vécut et mourut enfin tristement . De cette étrange entreprise et encore plus étrangement soutenue contre les droits de l'ordinaire, on en laisseles réflexions qui se présentent d'ellesmêmes et qui appartiennent à l'affaire de la Constitution; entreprises de toutes parts, de toutes couleurs et de toutes espèces.

Dimanche 1" novembre, jour de la Toussaint, à Paris. — Le roi entendit la grande messe dans la chapelle en bas, M. l'évèque deFréjus officia ; la duchesse de la Ferté quêta. L'abbé de Breteuil, comme maître de la chapelle, étoit sur un tabouret, en rochet et en camail; il parut que les aumôniers du roi n'étoient pas contents de le voir en cette place, ni avec son camail. Le P. de la Ferté prêcha l'après-dinée. M. l'évèque de Châlons, frère de M. le car-

dinal de Noailles, étoit allé le matin chez M. le duc d'Orléans, et lui avoit parlé à plusieurs reprises et avec force pour tâcher à lui faire changer la décision sur le prédicateur du jour, mais il n'en put rien obtenir. M. le cardinal de Noailles est très-mécontent du P. de laFerté d'avoir osé prêcher, et devant le roi, sans avoir de pouvoir de lui ; on dit de plus qu'il se plaint un peu de M. Tévèque de Fréjus d'avoir officié sans lui en avoir fait au moins un compliment.

Lundi 2, à Paris. — MM. les aumôniers du roi se sont plaints à M. le duc d'Orléans de ce que l'abbé de Breteuil avoit été assis hier à la messe du roi sur un tabouret et de ce qu'il y étoit en rochetet en camail. M. le duc d'Orléans en a parlé au cardinal de Polignac, qui a vendu la charge de maître de la chapelle à l'abbé de Breteuil. On va s'informer de ce qui se pratiquoit sur cela par M. l'archevêque de Reims , qui avoit eu la charge n'étant que abbé, cjuelques années avant que d'être archevêque. — Madame la duchesse de Berry retourna au Luxembourg après avoir passé deux jours aux Carmélites de la rue de Grenelle, où elle a accoutumé d'aller toutes les bonnes fêtes. M. le duc d'Orléans alla à Saint-Gloud voir Madame. — On mande de Madrid que la reine d'Espagne est grosse ; on ne parle plus d'un voyage que le roi devoit faire à Valladolid pour sa santé.

Mardi S, à Paris. — M. le duc d'Orléans alla à Montmartre voir madame la duchesse d'Orléans, qui y est depuis huit jours, et elle lui a promis d'en revenir demain ; elle s'y est fort amusée à faire planter pendant le séjour qu'elle y afait, M. le duc de Chartres, qui a demeuré quelque temps depuis sa petite vérole chez M. Terrât, à Sèvres, est revenuau Palais-Royal, et n'est pointmarqué, et même ilacrù et parolt plus fort qu'il n'étoit avant sa maladie. — La petite vérole fait toujours beaucoup de désordre dans Paris; l'ainé des petits-fils du ducd'Antinra,etlefrère de mademoiselle de .Montauban, fille d'honneur de madame

la duchesse du Maine , en est mort ; c'étoit un fort joli garçon, et que M. le duc de Chartres aimoit chèrement et qu'il a fort pleuré. — Madame la comtesse de Mailly a obtenu les honneurs du Louvre ; elle étoit dame d'atours de madame la Dauphine, et les dames d'atours ont droit d'entrer au Louvre; mais durant la vie du feu roi il y avoit eu quelques raisons qui avoient empêché le roi de la laisser jouir de cet honneur. Je m'étois trouvé dans le même cas.

Mercredi k, à Paris. — Madame vint de Saint-Cloud dîner avec M. le duc d'Orléans, et après dîner elle alla voir madame la grande-duchesse, qui est très-mal et qui a pris depuis peu une maison à la place Royale. Jusque ici elle n'avoit point eu de maison à Paris ; elle n'en avoit que dans le voisinage. Madame la duchesse d'Orléans revint de Montmartre, et elle entendit la comédie italienne avec Madame, M. le duc d'Orléans et mademoiselle de Valois. On fait revenir mademoiselle de Montpensier du couvent de Saint-Pol, proche Beauvais, où elle étoit, et madame la duchesse d'Orléans la gardera auprès d'elle présentement. Madame la duchesse de Berry entendit la comédie de sa loge. On recommença le soir, après la comédie, à jouer au lansquenet chez madame la duchesse d'Orléans, et on recommencera demain à y jouer chez madame la duchesse de Berry. On jouera trois fois la semaine chez l'une et l'autre de ces princesses, et le mardi, qui est le jour où on ne jouera point chez elles, on jouera chez madame la princesse deConty, lanière.

Jeudi 5, à Paris. — La chambre de justice, qui avoit été huit jours en vacance, a recommencé à travailler. — Madame la Duchesse, la jeune, eut hier la fièvre, qui s'étoit augmentée cette nuit ; on craignoit ce matin la petite vérole, mais le soir elle se trouva beaucoup mieux. — Madame de Sagonne, fille du fameux Bernard, mourut de la petite vérole; c'étoit une femme fort répandue dans le monde et que l'on aimoit à voir dans toutes les bonnes

maisons; son pauvre père en est désespéré. — On recommença le soir à jouer chez madame la duchesse de Berry ; on jouera chez elle les jeudis , les samedis et les dimanches , et chez madame la duchesse d'Orléans les lundis , les mercredis et les vendredis. — Le comte de Guines est mort de la petite vérole ; il étoit lieutenant des chevaulégers d'Anjou, et avoit acheté depuis fort peu de temps cette charge du comte de Tavannes, à qui il en avoit donné 40,000 écus.

Vendredi 6 , à Paris. — M. le duc d'Orléans entendit l'opéra dans la loge de madame la duchesse de Berry, et alla ensuite souper avec elle au Luxembourg. M. le duc d'Orléans a promis au chevalier de Rieux , qui est dans les mousquetaires depuis longtemps, de lui donner le guidon qui vaquera dans la gendarmerie par la promotion qu'on y va faire; mais on ne sait pas encore à qui on donnera la compagnie vacante, parce que le plus ancien sous-lieutenant de ce corps est le sous-lieutenant des gendarmes d'Orléans, qui jusque ici n'ont point roulé avec les autres compagnies; on croit que M. le duc d'Orléans veut qu'elles y roulent présentement, ce qui paroît trèsjuste, et en ce cas ce sera le chevalier de Matharel qui aura la compagnie.

Samedi 7, à Paris. — M. le duc d'Orléans revint à quatre heures du malin du Luxembourg, où il avoit soupe hier avec madame la duchesse de Berry; cela ne l'a pas empêché de travailler dès le matin à son ordinaire, mais ses yeux en souffrent un peu, et il y a une assez grande fluxion. — Il y eut conseil de régence l'après-dinée, et c'est M. des Forts qui y fit le rapport de la taxe des gens d'affaires; il y en a eu cmquante-et-un de taxés, et leurs taxes montent à près de seize millions. On continuera tous les samedis à faire de pareilles taxes. — La duchesse de Richelieu, la jeune, mourut àdix heures du soir, de la petite vérole; il n'y avoit que deux jours qu'elle étoit malade. Elle étoit fille du marquis de Noailles, et madame sa mère,

qui ne l'a pas quittée durant sa maladie, avoit épousé en secondes noces le duc de Richelieu, père de celui-ci, qui est fils de mademoiselle d'Acigné , seconde femme de M. son père.

Dimanche 8, à Paris. — Il y eut conseil de régence le matin. M. le duc d'Orléans fait rouler ses deux compagnies de g-endarmerie avec les quatorze autres, et le chevalier de Matharel, qui étoit sous-lieutenant de ses gendarmes et le plus ancien du corps, monte à la compagnie vacante. Cernay ala sous-lieutenance, le chevalier de Casteja a l'enseigne^ et on donne au chevalier de Rieuxle guidon qu'on lui avoit promis. — Le duc de Louvigny , fils aine du duc de Guiche , a été fort mal toute la nuit, et la petite vérole a paru ce matin ; la duchesse de Guiche, sa mère, et madame de Louvigny, safemme, le verrontdurantsa maladie. — La plus forte des taxes qui furent réglées hier est celle de Châtelain, qui avoit donné une déclaration de dix millions, surquoi il prétend qu'il en devoit sept, dont la plus grande partie est à plusieurs particuliers de la ville de Tours; il est taxé à 2,300,000 hvres.

Lundi 9, à Paris. — Conseil de régence le matin. On tiendra quelquefois des conseils de régence les mercredis quand les commissaires pour les taxes jugeront qu'il est du bien du service qu'on s'assemble. — Aubert, président des comptes à Rouen, est taxé à 1,200,000 francs; le nommé Ferlet, payeur des Cent Suisses, à 900,000 francs ; Lavieuville , l'aîné, à 600,000 francs; son frère cadet à 340,000. On aura des listes chaque semaine de toutes les taxes, mais elles ne seront pas encore imprimées. — Le P. le Tellier avoit eu permission d'aller prendre les eaux à Aix-la-Chapelle; il y est arrivé trop tard. lia demandé la permission de demeurer à Liégejusqu'à la nouvelle saison, et on la lui a accordée. — Le P. de la Ferté a prié M. le duc d'Orléans de le dispenser de prêcher l'Avent, ne voulant pas être un sujet de discorde entre MM. les cardinaux de Noailles et de Rohan. M. le duc d'Orléans lui a

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dit : ce Mon père, je vous loue du parti que vous prenez, et cela me soulage. » — M. l'abbé de Fleury, quia été sous-précepteur des enfants de France , a été nommé confesseur du roi; il n'est d'aucun des partis sur la Constitution et est homme très-eslimé.

Mardi 10, à Paris. — M. le duc d'Orléans entendit un opéra nouveau (1) ; il étoit avec madame la duchesse d'Orléans , mademoiselle de Valois et mademoiselle de Montpensier, qui est revenue aujourd'hui de son couvent; et en arrivant on a voulu lui faire voir l'opéra. Madame la duchesse de Berry étoit dans la loge du roi, etavoit pris plusieurs autres loges pour les dames qui Favoient suivie. — Sur les remontrances qu'ont faites les aumôniers du roi de ce que l'abbé de Breteuil avoit pris le camail à la messe du roi, le jour de la Toussaint , il y a été ordonné de ne le plus porter ; on a jugé qu'il n'en devoit point avoir, — M. le duc d'Orléans a fait dire aux ducs de Richelieu et d'Olonne qu'il vouloit que dans le deuil où ils sont de la mort de leurs femmes ils suivissent la dernière ordonnance, qui est d'abréger les deuils de la moitié; il y avoit quelques gens qui n'avoient pas suivi cette ordonnance, et on veut qu'elle soit exécutée.

Mercredi 11, à Paris. — La fluxion que M. le duc d'Orléans eut ces jours passés sur les yeux est entièrement passée; on l'exhorte fort à ne pas veiller. Cette fluxion ne lui a pas fait discontinuer un moment son appMcation aux affaires. M. le duc d'Orléans alla le matin à onze heures au Luxembourg voir madame la duchesse de Berry, qui a été saignée du pied. — On devoit rembourser Poultier de la somme de 800,000 francs qu'il avoit donnée pour la charge d'intendant des finances, qui fut supprimée avec les autres ; son père avoit été dans les affaires, et sa famille étoit recherchée, elle jour même qu'on a fait les premières

(1) Htjpermnestre, poëme de Lafont, musique de Gervais.

taxes, on s'est accommodé avec lui, et il en est quitte , lui et sa famille, pour les 800, 000 francs qu'on lui de voit rembourser. — Il s'est présenté depuis quelques jours un moine de Franche-Comté qui prétend pouvoir en deux heures de temps apprendre à écrire à un enfant. Il avoit de bons certificats de ce qu'il avançoit; on lui en a fait faire encore ici Texpérience, et il a réussi, et son secret paroît même très-facile à exécuter , quoique la proposition eût paru d'abord fort extraordinaire.

Jeudi 12, à Paris. — Il y eut grand jeu le soir chez madame la duchesse de Berry, qui garde son lit à cause de sa saignée du pied. — Mademoiselle Voisin, fille de M. le chancelier, est morte de la petite vérole, dans son couvent ; il ne reste plus à M. le chancelier qu'une fille à marier. — M. le cardinal de Noailles a interdit les trois maisons de jésuites qui sont dans Paris, et a retiré les pouvoirs qu'il avoit continués à quatre ou cinq de ces pères; il permet seulement au P. Gaillard de confesser la reine d'Angleterre, au P. de Linières de confesser Madame, et au P. de Trévoux de confesser M. le duc d'Orléans. — On donne au duc de Saint- Aignan , notre ambassadeur à Madrid, une gratification de 10,000 écus, qu'on fait payer comptant à la duchesse de Saint- Aignan, sa femme, qui est ici et qui n'attendoit que cet argent-là pour l'aller trouver à Madrid.

Vendredi 13, à Paris. — Il y eut plus de soixante hommes taxés par les commissaires de la chambre de justice ; cette taxe va à quatorze millions ; elle sera demain portée au conseil de régence. On n'en sait point encore le détail; on sait seulement que M. de Yieucour est taxé à 3,200,000 livres. On avoit dit que M. Portail ne vouloit plus être commissaire dans ces taxes, mais cela n'est point vrai ; et depuis qu'il est revenu de la campagne, où il a passé quelques jours pour ses affaires particulières, il travaille tous les jours avec les cinq autres commissaires. — La banque de M. Law augmente beaucoup de crédit et

Ts'OVEMBRE 1716. 4ȏ

il n'y a guère de journée où il n'y passe plus d'un million*. — Le maréchal de Ghàteaurenaud est à la dernière extrémité ; son fils a la survivance d'une des deux lieutenances générales de Bretagne qu'il avoit. Le maréchal commandoit par commission dans toute la province , et on ne doute pas que cet emploi ne soit donné au maréchal de Montesquiou.

* Cette banque deLaw, son système du Mississipi, ou, comme depuis on le nomma, compagnie des Indes, a fait tant de bruit dans le monde et un renversement si général , qu'on ne croit pas devoir des notes sur ce qui compose une véritable histoire. Plusieurs de la régence , qui y étoient contraires par rapport au régent, qu'ils vouloient contredire en s'acquérant de la réputation , et les ennemis de ce prince n'osèrent au fait et au prendre s'y opposer ouvertement , et la plupart après en profitèrent à pleines mains. Le maréchal de Villeroy céda , mais n'en prit point , et le duc de Saint-Simon ne céda ni ne prit. Il tint en opinant au conseil de régence le même discours qu'il avoit tenu au régent, et dont il ne put jamais le faire départir : que la banque avoit bien du bon et de l'utile, en se tenant aux bornes exactes d'avoir toujours autant d'argent que de billets pour faire hardiment et sûrement face , ce qui doubloit tout l'argent de l'État; qu'il en seroit d'avis dans une répubjique ou dans un pays comme l'Angleterre , où le commerce , les subsides., la monnoie et tout oe qui est finance est pleinement républicain, mais qu'il n'en pouvoit jamais être d'avis en France, sous un pouvoir despotique , où un ministère détruit l'ouvrage du précédent, et où les goûts , les intrigues , les besoins de jeter, et l'avarice d'un favori ou d'une maîtresse renversent en un instant , et pour leur unique intérêt, ce qui ne peut être utile que par une administration sage et uniforme et une confiance publique que rien ne puisse ni tromper ni altérer.

Samedi Ik, à Paris. — La taxe faite hier par les commissaires a passé au conseil de régence. M. des Forts en a fait le rapport comme la première fois, et on croit que ce sera toujours lui qui le fera, — Le marquis de Coëtquen, qui est en Bretagne, y commandera jusqu'à ce que l'on y envoie un maréchal de France , et personne ne doute que ce'maréchaine soit le maréchal de ]\Iontesquiou, qu'on fera partir incessamment. Le marquis de Coëtquen servira de

maréchal de camp sous lui, et aura 1 8,000 francs d'appointements; on n'y enverra point de lieutenant général. On regarde le maréchal de Chàteaurenaud comme mort, car ou ne croit pas qu'il passe la journée de demain. — On fit le matin, au conseil des parties , l'adjudication pour la construction du pont de Blois, auquel on va travailler incessamment, et il est adjugé à 900,000 francs; ces adjudications-là ne se font pas d'ordinaire au conseil, elles se font à la grande direction.

Dimanche 15, à Paris. — Conseil de régence le matin. — Le roi vit hier l'après-dlnée dans son calîinet le moine qui apprend à écrire en deux heures; il parut que cela l'amusoit et le divertissoit fort. — Le maréchal de Chàteaurenaud mourut à cinq heures du matin ; nous n'avons plus que onze maréchaux de France, et il y a présentement cinquante-six places vacantes dans l'ordre du Saint-Esprit. — On imprime un mémoire de M. le duc du Maine en réponse à celui de M. le Duc. Ce mémoire est fort long, à ce que l'on dit, et fort hien fait ; il l'a fait voir à M. le duc d'Orléans, à madame la duchesse d'Orléans et à M. le comte de Toulouse avant que de le faire imprimer. On croit que M. Davisar^ avocat général du parlement de Toulouse, a fort travaillé à ce mémoire. — Ammonio a été mis en prison pour n'avoir pas voulu donner sa déclaration.

Lundi 16, à Paris. — Conseil de régence le matin. — Le marquis de Coëtlogon, le plus ancien lieutenant général de la marine , a demandé la charge de vice-amiral qu'avoit le maréchal de Chàteaurenaud; on veut hien la lui donner, mais il y a un lirevet de retenue de 40,000 écus sur cette charge pour madame de Chàteaurenaud, sa helle-fiUe. Ce hrevet n'a été accordé que depuis trois jours, et M. de Coëtlogon n'en savoit rien; il n'a point voulu accepter la charge à cette condition-là; il lui en auroit coûté 40,000 écus pour n'avoir que 7,000 livres de rente d'augmentation , car la vice-amirauté ne vaut que 2 V, 000

francs, et il en a 17,000 par sa charge, car les lieutenants généraux delà marine ont 5,000 francs d'appointements et 1,000 francs par mois quand ils sont dans les ports , et on lui donnoit ces 12,000 francs, parce qu'étant du conseil de marine il étoit censé être actuellement dans le service. — On eut nouvelle que l'archiduc étoit mort le 4 de ce mois; il n'avoit pas encore sept mois.

Mardi 17, à Paris. — M. Daguesseau mourut le matin, après une longue maladie; il avoit plus de quatre-vingtdeux ans*. C'étoit un homme d'un grand mérite et d'une grande réputation ; il étoit un des deux conseillers du conseil royal sous le feu roi, et il entroit en cette qualité au conseil de régence quand il s'agissoit des affaires de finances. 11 étoit, outre cela, un des plus anciens conseillers d'État, et souhaitoit en mourant que cette place pût être donnée à M. de Guerchois, son gendre, et intendant de Franche-Comté ; M. le procureur général, son fils, en a parlé à M. le duc d'Orléans. — Madame la duchesse d'Orval est morte ; elle avoit environ quatre-vingt-dix ans **. Il revient, par sa mort, à l'abhé d'Orval, son beau-fils, et à mademoiselle de Chausseraye, un péage dont ils avoient obtenu la survivance et qui vaut environ 10,000 livres de rente. — La seconde taxe des gens d'affaires a monté à quatorze millions. — On eut la confirmation de la mort de l'archiduc.

* M. Daguesseau, père du procureur général qui devint tôt après cliancelier, étoit un magistrat de l'ancienne roche , qui sans le moindre orgueil, sans opinion de soi-même, qu'il laissoit tout entière aux autres, étoit magistrat depuis les pieds jusqu'à la tète, sans la moindre pédanterie ; doux , juste , religieux , très-capable et très-éclairé , avec beaucoup d'esprit et de connoissance, souverainement modeste et représentant les temps purs et anciens de ceux de son état, dans ses meubles, dans son ordinaire, dans son équipage gris à deux chevaux pour aller à Versailles. Il avoit exercé l'intendance de Languedoc avec l'amour des peuples, l'utilité du roi et une belle probité qu'il y laissa, les regrets et une vénération générale. Ses dépêches étoient écrites avec tant de netteté et de précision , qu'on n'en put jamais faire d'extraits. Sou

mérite le fit donc conseiller d'État de bonne heure , le fit charger des économats, et le porta très-promptement à la place de conseiller au conseil royal des finances , avec l'acclamatioa publique, qu'il mérita de plus en plus. Sa femme étoit de la même trempe et avoit aussi beaucoup d'esprit , et comme lui un désintéressement et une modestie singulière.

** Madame d'Orval étoit sœur de Palaiseau et d'Harville, duchesse à brevet et veuve du duc d'Orval , chevalier de l'Ordre en i633, premier écuyer de la reine et second fils du fameux Maximilien de Béthune , premier duc de Sully, à laquelle dignité son arrière-petit-fils a depuis succédé par l'extinction de la branche directe ; mais de ce second mariage il n'y eut point d'enfants.

Mercredi 18, à Parts. — On a donné àCoëtlogon * la vice-amirauté sans lui faire payer le brevet de retenue ; il l'avoit bien méritée par ses services, et cela a fait grand plaisir à M. le comte de Toulouse et à toute la marine. On a donnéj outre cela, à Coëtlogon la grand-croix de l'ordre de Saint-Louis qu'avoit aussi le maréchal de Châteaurenaud. On a donné à Harletoire, lieutenant général de la marine , la pension de 4,000 francs qu'avoit Coëtlogon de son cordon rouge, et à Champigny , chef d'escadre et qui est du conseil de la marine , le cordon rouge de 1,000 écus qu'avoit Harteloire. — M. deRioms, qui avoitacheté un régiment d'infanterie depuis quelques mois, Fa troqué contre un guidon de gendarmerie qu'avoit M. de Courtomer. Ce régiment lui avoit coûté 10,000 écus; il donne le surplus de l'argent, à quoi les guidons de gendarmerie sont taxés. M. de Kioms gardele rang de colonel.

* Coëtlogon étoit un des plus braves hommes qui portât épée , un des meilleurs honmies de mer que le roi eût eus, et un des plus capables et des plus heureux capitaines qui aient été à la mer, après les Turennes de la marine. Sa douceur, sa justice, saprobitéetsa vertu ne furent pas moindres dans tous les degrés de cette milice par où il passa jusqu'aux premiers avec une haute estime dans la marine, et beaucoup de réputation chez les étrangers et les ennemis. 11 acquit , comme ou le voit ici , le grade de vice-amiral avec une délicatesse et une pureté singulières ; il le conserva encore avec plus de désintéressement. On se fiU passé eu 1724 de le faire chevalier de l'Ordre, ainsi que beaucoup d'autres de

cette étrange promotion , et on acheva de rendre ridicule celle des maréchaux de France faite le même jour en ne Vy comprcnaut pas. Sa piété , sa modestie , le murmure de toute la marine , le cri public , même des étrangers , lui firent porter cette injustice sans plaintes ; mais quelque temps après il se retira dans une des maisons de retraite du Noviciat des Jésuites pour ne penser plus qu'à sou salut, qu'il préparoit de plus en plus depuis longtemps par de grandes aumônes et par toutes sortes de bonnes œuvres. Là, d'Antin et M. le comte de Toulouse firent tout ce qu'ils purent pour obtenir de lui, à force d'argent, sa charge de vice-amiral pour le second (ils que madame la comtesse de Toulouse avoit de sou premier mariage avec le fils aîné de d'Antin, et qu'il a eu depuis du maréchal d'Estrées; on passa même jusqu'à lui montrer le bâton de maréchal de France, mais Coëtlogen fut inflexible. Il répondit constamment qu'il nevendroit point ce qui ne lui avoit point coûté d'argent , et qu'il ne feroit point ce tort au corps de la marine , de priver ainsi de leur fortune ceux que leur ancienneté et leurs services dévoient faire arriver après lui à l'état de vice-amiral. On sut cette belle et généreuse action , moins par lui que par les gens qui lui furent détachés, et par les plaintes du peu de succès. La marine en fut comblée, et le public y applaudit. Malade de la maladie dont il mourut dans un âge fort avancé , son neveu , car il n'étoit point marié , touché avec raison de voir son nom privé de l'illustration qu'il avoit si bien méritée en la personne de son oncle , fit tant que M. le comte de Toulouse obtint, pour l'honneur de la marine , le bâton dont le mourant ne pouvoii plus jouir. Son confesseur lui annonça cet honneur; il répondit qu'autrefois il y auroit été fort sensible, mais qu'il lui étoit entièrement indifférent dans ces moments, où il voyoit plus que jamais le néant du monde qu'il falloit quitter, et il pria son confesseur de ne lui parler plus que de Dieu et de ce qu'il convenoit à nue âme qui alloit paroître devant lui , et dont il s'occupa uniquement en effet , sans penser un moment depuis à son bâton, qu'il ne posséda pas quatre jours. Une promotion si singulière rappela celle de M. de Castelnau , mortellement blessé devant Dunkerque, que le cardinal IMazarin ne fit maréchal de France que six semaines avant sa mort et après s'être bien assuré par tous les médecins et les chirurgiens qui le voyoient, qu'il n'en pouvoit jamais revenir.

Jeudi 19, à Paris. — M. le duc d'Orléans alla l'aprèsdinée à Saint-Cloiid voir Madame , et le soir, madame la duchesse d'Orléans y alla souper avec elle ; Madame doit revenir de samedi en huit jours. — Le maréchal de Montesquiou partira dans peu de jours pour aller commander en

Bretagne en la place du feu maréchal de Cbàteaurenaud, et M. de Coëtquen servira sous lui dans laprovincecomme maréchal de camp. 11 aura 18,000 francs d'appointements, et on n'y enverra point de lieutenant général. M. le duc de Noailles a reporté à 31. le duc d'Orléans le brevet de retenue qu'il avoit donné à la marquise de Chàteaurenaud sur la charge de vice-amiral ; M. le duc d'Orléans ne le vouloit pas reprendre et le faire payer à la marquise de Chàteaurenaud. M. le maréchal de Montesquiou vend au duc de Melun la lieutenance générale du pays d'Artois 90,000 livres; elle vaut 6,000 francs de rente.

Vendredi 20, à Paris. — Les commissaires pour la taxe des gens d'affaires porteront demain au conseil de régence la taxe qu'ils ont faite sur soixante et dix hommes ou environ, et cette taxe montera à près de vingt-six millions. Rancy et Romanet sont taxés à plus de quatre millions chacun. — M. le cardinal de Rohan arriva de Strasbourg; mais la plupart des évêques qui ont été mandés ne sont pas encore arrivés. — M. de Basville, ancien conseiller d'État et intendant depuis longtemps en Languedoc , demande avec instance qu'on donne sa place de conseiller d'Étatà M. de Courson, son fils, intendant à Bordeaux; la place vacante dans le conseil, par la mort de M. Daguesseau, n'est pas encore remplie, mais tout le monde croit qu'elle est destinée à M. de Saint-Contest.

Sarnedili, à Paris. — Conseil de régence l'après-dinée, où on approuva la taxe que les commissaires avoient faite. M. des Forts fît le rapport, et apparemment ceseratoujours lui qui le fera. — M. le cardinal de Rohan eutunelongue audience de M. leduc d'Orléans, et il espère toujours que les affaires de l'Église pourront s'accommoder. — M. le duc de Tresmes a obtenu la survivance de premier gentilhomme de la chambre pour le marquis deGesvres, son fils, et il conserve le brevet de retenue de 500,000 francs qu'il' avoit sur cette charge. On lui a donné aussi la survivance delà capitainerie de Monceaux, à laquelle est joint

ÎSOVEMBRE 171G. 495

le petit gouvernement de Valois, et cela vaut 8,000 livres de rente au moins; elle leur est encore plus importante qu'à d'autres, parce qu'ils ont leur duché en ce pays-là.

Dimanche '12, à Paris. — Conseil de régence le matin. — M, de Rancyavoit été taxé par les commissaires à 4,500,000 livres , et au conseil de régence d'hier, la taxe fut diminuée de 100,000 écus. M. de Romanet est taxé à 4,453,000 livres et Cliarpentier àplus de trois millions. — La belle-fille de M. Rouillé du Coudray étoit accouchée heureusement; mais deux heures après sa couche la petite vérole a paru , et on la croit en très-grand danger. — Le czar a donné part ici du voyage qu'il veut faire en Hollande ; on dit qu'il a dessein de venir passer l'hiver à Paris. — M. Rouillé du Coudray, conseiller d'Etat de semestre , monte à la place d'ordinaire vacante par la mort de M. Daguesseau. M. d'Armenonville y prétendoit parce qu'il a la séance dans le conseil bien au-dessus de M. Rouillé, et cela parce qu'il agardé la place qu'il y avoit eue comme intendant des finances , mais M. Rouillé est plus ancien conseiller d'État que lui.

Lundi 23, à Paris. — Conseil de régence le matin. — La troisième liste des gens d'affaires est publique; elle monte à vingt-six millions,et cela joint aux deuxpremières taxes fait plus de cinquante-six millions. — La proposition qu'a faite M. de Basville de céder sa place de conseiller d'État à M. de Courson, son fils, est agréée, maison change quelque chose à la manière de l'exécuter : M. de Saint-Contest est assuré d'avoir la place de semestre, et il sera devant M. de Courson ; comme il manque encore , par la démission de M.deBasville, une place d'ordinaire, on ladonne à M. Foucault, le plus ancien des conseillers d'État de semestre. — On a demandé à M. le duc d'Orléans son agrément pour le mariage de la fille de madame la maréchale de Boufflers avec le fils du duc de Popoli , gouverneur du prince des Asturies. Le duc de Gramont, père de la maréchale de Boufflers, ditqu'il nese môle point de ce mariage.

Mardi 24 , à Paris. — M. le duc d'Orléans , qui donne audience les mardis à midi à tous les ministres étrangers, ne laisse plus entrer personne à cette heure-là dans l'endroit où il leur donne audience. Ce prince est présentement dans le nouvel appartement qu'il a fait accommoder. — M. le cardinal de Rohan alla le soir chez M. le cardinal de Noailles ; ils furent une heure et demie ensemble et leur conférence se passa avec beaucoup de politesses de part et d'autre ; cependant le public est persuad é que les affaires qu'ils traitent ne s'accommoderont pas sitôt qu'on avoit espéré. — M. de Saint-Contest aura la place de M. de Basville et M. de Courson celle de M. Daguesseau; on a fait ce petit changement-là afin qu'on ne dise pas que le fils a eu la charge du père, mais cela revient au même.

Mercredi'ib, à Paris. — M. de Richelieu et M. de Gacé ne seront pas encore jugés demain, parce que M. le comte de Toulouse veut assister à la fin de ce jugement comme il a déjà assisté au commencement. M. Je Duc témoigne du chagrin là-dessus par rapport à toutes les affaires qu'il y a déjà entre les princes du sang et les princes légitimés, et on a jugé plus à propos de remettre le jugement de cette affaire ; on croit pourtant qu'on la finira la semaine qui vient. — L'abbé Dubois , qui est à la Haye depuis quelque temps , y a la qualité d'ambassadeur extraordinaire, et M. de Châteauneuf l'a aussi. L'abbé Dubois a le pas devant parce qu'il est conseiller d'Etat, et M. de Châteauneuf demandoitfort instamment laplace de conseiller d'État que l'on vient de donner à M. de Saint-Contest; on parle fort différemment et fort incertainementdu succès de leurs négociations.

Jeudi 26, à Paris. — M. de la FeuiJlade fut reçu pair au parlement comme duc deRoannois. — On a donné à M. de Guerchois l'expectative de la première charge de conseiller d'État qui vaquera. Il est intendant de Franche- Comté, fort estimé, et gendre de feu M. Daguesseau, qui

avoitchargé en mourant M. le procureur général, son fils, de demandercettegrâce-lààM. le duc d'Orléans. — M.Romanet a déjà payé sa taxe de 4,453,000 livres, comme elle avoit été arrêtée au conseil de régence de samedi; on est content au dernier point de son procédé et des discours qu'il a tenus aux autres fermiers généraux, ses confrères.

Vendredi 27, à Paris. — On portera demain au conseil de régence la taxe quiaété réglée aujourd'hui au conseil de finances, et qui montera à vingt-six millions. On n'en sait pas encore le détail ; on sait seulement que Crozat est taxé à 6,600,000 livres et Rivié à 3,400,000 livres. — M. de Jonsac sortit le matin de la Conciergerie, par arrêt du parlement qui a ordonné un plus ample informé pendant un an; il y avoit eu quelques avis beaucoup plus sévères. — Bernard, fameux banquier, qui a rendu de grands services dans les temps les plus fâcheux et de fort grands encore depuis la régence, offre de donner six millions pourvu qu'on ne le taxe point; on prétend qu'une taxe diminueroit son crédit dans les pays étrangers.

Samedi 28, à Paris. — Madame revint de Saint-Cloud, où elle a passé tout l'été. — L'abbé de Pomponne prêta , l'après-dînée, serment entre les mains du roi , de la charge de chancelier de l'ordre du Saint-Esprit; nous y assistâmes, le maréchal de Tessé et moi, comme ayant été ses commissaires. M. le duc d'Orléans étoit à côté de la chaise du roi, et entra ensuite au conseil de régence, qui dura quatre heures .A ce conseil de régence la taxe de Rivié, qui étoit de 3,400,000 livres, a été diminuée de 400,000 francs , et avant qu'on entrât à ce conseil il avoit apporté un petit bordereau des fonds qu'il vouloit donner pour payer trois millions ; on a été content de son procédé, et il est, lui, le plus content du monde. A l'égard de Prondre, on en a usé différemment, car on a augmenté sa taxe, et elle est réglée à 1,900,000 francs.

Dimanche 29, à Paris. — Conseil de régence le matin. La taxe faite hier au conseil de régence commence à être T. XVI. 32

publique, et on en a la liste. Manon est taxé à 2,700^000 francs, Ogier à 1,700,000 livres, et le total de cette taxe monte à vingt-six millions. Je ramasserai toutes les listes, mais il seroit trop long de les mettre ici. — On mande de Londres que la princesse de Galles est accouchée d'un enfant mort et qu'elle est fort mal elle-même. — M. le duc d'Orléans entendit l'opéra avec Madame, dans sa loge, où elle étoit avec les princesses ses petites-tilles ; il y aura toutes lessemaines sur le théâtre de l'Opéra une comédie françoise et une italienne , afin que Madame, qui aime les spectacles, les puisse voir ; mais elle ne les veut voir que de sa loge et ne les point aller chercher. — Madame Desmaretz? se trouva fort mal le soir, et on [craint qu'elle n'ait la petite vérole.

Lundi 30, à Paris. — Conseil de régence le matin. — M.M. de Richelieu et de Gacé seront jugés demain. M. le comte de Toulouse assistera à ce jugement; pas un des autres princes n'y seront à cause de la parenté. Les princes du sang ne sont pourtant pas obligés de se récuser, mais ils ont l'honnêteté de le faire presque toujours*. — M. de Saint-Contest quitte la place qu'il avoit dans le conseil deguerre ; il y avoit eu une assemblée de plusieurs conseillers d'État chez M. Pelletier, où l'on a jugé que la place qu'il a dans ce conseil ne lui convenoitplus, étant devenu conseiller d'État; il s'est soumis à leur avis. Ils ont de grandes prétentions qu'ils prétendent fondées sur de bons arrêts et sur une longue possession, et il est à craindre que cela ne fasse des embrouillements dans les différents conseils dont les conseillers s'opposent fort à leurs prétentions**. — La petite vérole de madame Desmaretz s'est déclarée aujourd'hui***.

* Dangeau, toujours gracieux , l'est ici aux priuces du sang outre mesure. Les princes du sang se récusent comme les autres pairs, et comme eux ne se peuvent récuser en matière de pairie ou de procès criminels des pairs uniquement. En ce procès, ils n'étoient point récusables. Madame la Princesse, femme du héros et mère du dernier

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prince de Condé, grand-père de M. le Duc et de M. le prince de Conty, étoit cousine germaine du grand-père du duc de Richelieu. 11 n'y avoit donc plus lieu à récuser pour parenté ; mais ce prétexte fut pris aux cheveux pour la querelle des princes du sang avec les bâtards sur le traversemeut du parquet que les princes du sang s'étoient vantés d'empêcher de fait aux légitimés.

** Rien de si merveilleux que les nouvelles et très-nouvelles prétentions de la robe. Celle des conseillers d'État de ne céder qu'aux ducs et aux officiers de la couronne parut pour la première fois lorsque laHoussaye, intendant d'Alsace, fut nommé par le feu roi pour aller a Bade, troisième plénipotentiaire, avec le comte du Luc, alors ambassadeur en Suisse , et le maréchal duc de Villars, qui étoit le premier, figurant avec le i)rince Eugène, qui tous deux, convenus de tout par leur signature à Rastadt, ne se dévoient trouver à Bade (l) que pour y consommer la paix discutée là entre tous les autres plénipotentiaires et l'y signer avec eux. Du Luc n'étoit pas encore conseiller d'État d'épée , et la Houssaye l'étoit de robe , qui ne voulut pas lui céder la seconde place. Le feu roi, à qui cette rare prétention fut entièrement nouvelle, la trouva d'abord fort mauvaise, mais dans ces fins de sa vie il passoit tout et ne se soucioit de rien. Il se contenta donc de s'en moquer et de nommer Saint-Coutest intendant de Metz , qui ji'étoit que maître des requêtes, au lieu de la Houssaye ; il crut par cet expédient mortifier les conseillersd'État, etne fit que confirmer leur prétention. Lors de laformation des conseils par M. le duc d'Orléans, le duc de Saint-Simon lui proposa un expédient tout à fait raisonnable, et qui tranchoit court à tout ; ce fut d'y régler les rangs sur le modèle des états généraux du royaume, où, après les pairs et les officiers delà cohronne, l'église précède la noblesse, et celle-ci le tiers état. La robe, qui a tâché dans les derniers temps d'en former un quatrième, n'y a jamais prétendu disputer rien à la noblesse : par conséquent tout étoit fini en le réglant de la sorte; mais Canillac soutenu du duc de Noailles, qui courtisoient dès lors bassement la robe , s'y opposèrent tellement que la confusion s'y mit et que les conseillers d'État y causèrent , et lors et dans la suite, des embarras ridicules et continuels. Saint-Contest, qui le trouvoit ainsi lui-même , eut grand'peine à se résoudre de quitter le conseil de guerre , mais il ne put résister aux antres conseillers d'Etat.

*** Cette madame Desmaretz, fille de Béchameil, surintendant de ^lonsieur, femme de Desmaretz , qui avoit essuyé tant de diverses fortunes, avoit fait sa main lorsque sou mari étoit coutrôleur général ; elle s'étoit fiée de tout à un nommé la Fontaine , dont son mari avoit

(1) En Argovie (Suisse ).

fait la fortune, qui se moqua d'elle après la mort du roi et la dernière chute de Desmaretz ; cela lui troubla le sang de sorte qu'elle pensa mourir de cette petite vérole, et qu'elle en releva folle. On espéra la guérir; mais la folie augmenta de manière qu'il la fallut enfermer, et elle est morte en cet état plusieurs années après. C'est la mère de Maillebois , qui à si bon marché a fait une si grande fortune et fut chevalier de l'Ordre en 1724.

Mardi 1" décembre, à Paris. — MM. de Richelieu et de Gacé furent jugés au parlement et renvoyés absous de leur prétendu combat. M. le comte de Toulouse étoit à ce jugement; il n'y avoit que lui de prince. — On a donné à M. le grand prévôt un brevet de retenue de 100,000 écus; M. de Sourcbes, son père, en avoit un de la même somme. — Lainée des deux filles de madame de Seiguelay, qui n'avoit que sept ans, et qui étoit dans un cou- Aent, mourut de la petite vérole le seizième jour de sa maladie; madame de Seignelay n'a point de garçon. — Le marquis d'Estampes a reçu tous les sacrements; il a vu madame sa femme, avec qui il étoit fort brouillé et ils se sont réconciliés. M. d'Estampes est capitaine des gardes de M. le duc d'Orléans^ et le comte d'Estampes, son second fils, a la survivance de cette charge; le marquis de Mauny, son fils aine, est fort brouillé avec lui, et il ne le voit point.

Mercredis, à Paris. — On acceptera l'offre que Bernard a faite de donner six millions; il lui en est dii davantage par le roi. Une sera point taxé; mais on lui fera donner sa décharge par la chambre de justice comme à ceux qui auront été taxés, afin qu'il ne puisse être recherché à l'avenir. On n'a point voulu le taxer de peur de diminuer son crédit dans les pays étrangers que Ion veut conserver. C'est un homme utile à l'État, qui a fait de grandes avances dans les temps les plus fâcheux, et il en a fait encore depuis la mort du roi. On porte tous les jeudis matin à S. A. R. les taxes qui ont été réglées dans la semaine. Le vendredi on les porte au conseil de finances, et le samedi

au conseil de régence, où on leur donne la dernière conclusion.

Jeudi 3, à Paris. — Le marquis d'Estampes mourut après une longue maladie; il laisse beaucoup de biens, mais il y a beaucoup de désunion dans sa famille. Il y a présentement cinquante-sept places vacantes dans l'ordre du Saint-Esprit. — Le comte de Croissy, que l'on vouloit renvoyer ambassadeur en Suède, a prié qu'on en nommât un autre en sa place, et cela lui a été accordé; mais il n'y a encore personne de nommé. — On donne à M. le duc de la Force la place de vice-président du conseil de finances qu'avoit le marquis d'Efliat avant que d'être du conseil de régence; il y a 20,000 francs attachés à cet emploi. — Les lettres de Londres portent que milord Marlborougli est mort dans une de ses maisons de campagne ; mais cette nouvelle n'est pas bien sûre.

Vendredi 4, à Paris. — M. le duc d'Orléans fut longtemps enfermé avec M. le'cardinal de Noailles, et S. A. R. espère toujours que les affaires de l'Église s'accommoderont. On porta au conseil de finances la cinquième taxe, qui ne passe pas dix millions. — On a nouvelle que M. de Bonnac, notre ambassadeur à Gonstantinople, y arriva le id'octobre. M. desAlleurs,àqui il succède dans cet emploi, en devoit partir quelques jours après son arrivée ; mais on apprend qu'il est encore trop incommodé pour se mettre en chemin. — Par les lettres de Rome du 17 du mois passé, on apprend qu'on enverra incessamment à M. le cardinal de Noailles une lettre de tous les cardinaux qui sont à Rome pour l'exhorter à recevoir la constitution Unigenitus.

Samedi ô, à Paris. — Conseil de régence Faprès-dinée, et on n'y a rien changé à la taxe qu'on avoit portée hier au conseil de finances. M. Hénault est taxé à 1,100,000 francs ; quelques-uns de ce conseil disoient qu'il en devoit payer davantage, mais il avoit fait des propositions, il y a plus d'un mois, que M. le duc d'Orléans avoit ac-

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ceptées, et on a voulu lui tenir parole. S. A. R. dit même en parlant de Hénault : « Il est plus habile que moi, mais il faut tenir ce que l'on a promis. — Madame d'Auxy^ belle-fille de madame de Yillefort, sous-gouvernante du roi, a la petite vérole ; c'est grand dommage, car c'est une des jolies femmes de France. Elle a été élevée par madame de Maint enon, et pendant qu'elle étoit enfant ses naïvetés amusoient le roi, qui lui a fait beaucoup de petites grâees.

Dimanche 6, à Paris. — Conseil de régence le matin. — Il arriva un courrier de Rome, qui apporte un bref du pape à S. A. R. et une lettre des cardinaux qui sont à Rome à M. lecardinal deNoailles. Cette lettre est signée des trois cardinaux chefs d'ordre et au nom du sacré collège ; on espère toujours que cette lettre, qu'on attendoit depuis assez longtemps, produira un bon effet. — On avoit eu des lettres de Londres qui portoient que le duc de Marlborough est mort dans ses terres; cette nouvelle ne s'est pas trouvée véritable, mais il est toujours fort mal. — Par les dernières lettres de Vienne, on apprend que le comte du Luc, notre ambassadeur, est considérablement malade; on croit même qu'il a de l'eau dans la poitrine. Le médecin de l'empereur en a grand soin, et on dit même qu'il le soulage.

Lundi 7, à Paris. — Conseil de régence le matin. — On a jugé les affaires que le comte de Hanau avoit ici; il marie sa fdle unique au prince de Hesse-Darmstadt, àqui on donnera l'investiture des tiefs que le comte de Hanau a dans l'Alsace et dans le pays Messin*. — La comtesse de Roucy est à l'extrémité; elle étoit dame du palais de la dernière dauphine, et elle jouissoit de la pension de 2,000 écus attachée à ces places; elle étoit fdle unique de la duchesse d'Arpajon, dame d'honneur de la première dauphine. — On a nouvelle que le prince de Lewenstein, frèrealné de madame de Dangeau, est parti de Vienne pour aller prendre possession du gouvernement du Milanois.

* Ces fiefs étoient en Alsace ou dans le pays Messin à la nomination du roi, faute de mâles quelques-uns, et quelques autres à celle de l'évêque de Metz, mais qui faute de foi et hommage de ce prélat par des difficultés qui s' étoient trouvées à la rendre , tomboient à la nomination du roi. Ce fut un très-gros présent, et qui auroit mieux: siée [sic] à des sujets du roi qu'à des Allemands; il est vrai qu'il n'y avoit point alors d'ouverture de fief, puisque le comte d'Hanau vivoit, mais il n'y avoit qu'à attendre , sans faire cette grâce anticipée à ce comte vivant delà le Rhin, pour marier sa fille à un prince aussi sujet de l'Empire.

Mardi S, à Paris. — M, le duc d'Orléans mena le matin le duc de la Force au conseil de finances, et l'installa dans la place de vice-président de ce conseil qu'avoit le marquis d'Effiat avant que d'être du conseil de régence ; les appointements attachés à cette place sont de 20,000 francs et les conseillers de ce conseil n'en ont que 10,000. — La comtesse de Roucy mourut le soir à Paris ; elle laisse deux garçons, dont le comte de Roye, l'alné, est marié richement. Le cadet est le vidame de Laon, qai n'a que seize ans et qui , par le testament de sa mère, est réduit à sa légitime aussi bien que sa sœur, qui est dans un couvent, mais qui n'est pas religieuse. Ses autres sœurs le sont, et on leur donne à chacune une pension de 500 francs *.

* Il n'y a plus d'enfants de la comtesse de Roucy que l'archevêque de Bourges et ses deux riches nièces à marier.

Mercredi 9, à Paris. — Le roi après son diner descendit dans la chapelle en bas, et tint sur les fonts le fils de l'ambassadrice de Portugal, qui est accouchée ici depuis quelques mois ; madame la duchesse de Berry fut la marraine. Le cardinal de Rohan, oncle de l'ambassadeur, fit la cérémonie. — Il y a ordre aux évêques de ne point recevoir les brefs du pape et de les remettre au maréchal d'Huxelles, qui est à la tête des affaires étrangères. M. le duc d'Orléans a chargé l'abbé de Maupeou, agent du clergé, d'écrire aux évêques, de l'ordre de S. A. R. C'est une formalité qui a toujours été en usage et qu'on a jugé à propos de faire exécuter fort exactement, surtout en cette occa-

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sion, si lesévèques ne sont pas tout à fait contents du style de la lettre de l'abbé de Maupeou.

Jeudi 10, à Paris. — M. le duc d'Orléans donna des audiences toute la journée à son ordinaire, et le soir il alla faire un tour à l'Opéra, où il va souvent pour se délasser. 11 a remis à demain matin l'audience que les premiers gentilshommes delà chambre lui demandoient. — On supprime la charge de triennal du trésor royal, et c'est Montargis qui a cette charge; on supprime aussi tous les triennaux, mais ce ne seront pas toujours les derniers reçus qui seront supprimés ; on conservera les deux que l'on croira qui seront les plus propres à s'acquitter de ces emplois. — Crozat a déjà payé quatre millions de sa taxe. Il avoit demandé des commissaires, prétendant être taxé trop haut et que son plus grand bien venoit du profit qu'il avoit fait sur les vaisseaux ; on n'a pas jugé à propos de lui en donner.

Vendredi 11, à Paris. — M. le duc d'Orléans jugea le matin, en faveur des premiers gentilshommes de la chambre, l'affaire qu'ils avoient contre Fontanieu sur ce qui regarde l'ameublement de l'appartement du roi, et à midi il monta dans sa chaise de poste et alla diner à la Meute avec madame la duchesse de Berry, qui y étoit allée du Luxembourg. Il donna le soir une longue audience au cardinal de Bissy, et en avoit donné une le matin au cardinal de Noailles, comme il fait tous les vendredis. — La sixième taxe des gens d'affaires fut réglée au conseil de finances; on en sait encore fort peu de chose, et on croit qu'il y aura quelques diminutions pour deux ou trois particuliers honnêtes gens et qui ont de la protection. Fontanieu est de ce petit nombre ; il est taxé au conseil de finances à 700,000 francs.

Samedi 12, à Paris. — Le roi après son diner reçut plusieurs chevaliers de Saint-Louis, parmi lesquels est M. de Fervaques, homme de mérite, mais qui a quitté le service il y a déjà quelques années. Le roi ensuite fit

prêter le serment de surintendant des bâtiments au duc d'Antin et àîVI. de Bellegarde, son lils, qui en a la survivance. M. le duc d'Orléans vit recevoir les chevaliers de Saint-Louis et prêter les deux serments au duc d'Antin et à son fils, et puis entra au conseil de régence ; il avoit le matin donné une longue audience au cardinal de Rolian et à l'archevêque de Bordeaux. — Le duc de Villeroy a obtenu la survivance de la charge de capitaine des gardes du corps pour le marquis de Villeroy, son fils; mais il ne l'exercera qu'à vingt-cinq ans, et il n'en a que vingt-deux. Dimanche 13, à Paris. — Conseil de régence le matin; et comme toutes les affaires qu'il y avoit ne purent pas finir, on le rassembla encore l'après-dinée. M. le cardinal de Rohan présenta au roi le P. Boursault, théatin, qui prêchera le jour de Noël ; il n'y a point eu de sermon devant le roi durant tout l'Avent *. — Le duc de Guiche a obtenu la survivance de colonel des gardes françoises pour le duc de Louvigny, son fils ; cette nouvelle n'est pas encore publique ; on a des raisons pour ne la pas déclarer de quelques jours. — Le second mémoire des princes légitimés a été vu par M. le duc d'Orléans, et on va l'imprimer. — Le duc de Valentinois sera reçu demain pair au parlement; aucun des princes ne s'y trouvera : ils lui ont promis tous de n'y point aller pour éviter toute dispute entre eux.

* Cette indécence fut également scandaleuse pour la cour et pour la religion.

Lundi 14, à PariSé — Conseil de régence le matin. — M. le duc de Valentinois fut reçu pair au parlement. M. le premier président n'y étoit point, parce qu'il est fort incommodé depuis quinze jours ; ce fut M. le président d'Aligre qui tint la séance, le président de Novion, qui est son ancien , ne la pouvant pas tenir. — M. le duc d'Orléans fit venir le soir les gens du roi chez lui; on ne dit point pourquoi, mais le public est persuadé que

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cela regarde les affaires de Piome. — Le second mémoire des princes légitimés est imprimé. — Madame Fouqaet mourut ces jours passés; elle avoit quatre-vingt-quatre ans. Elle étoit veuve de feu M. Fouquet, surintendant des finances; elle étoit fort retirée depuis plusieurs années , menoit une vie fort sainte ; les pauvres perdent beaucoup à sa mort.

Mardi 15, à Paris. — La survivance du régiment des gardes pour le duc de Louvigny commence à être plus répandue ; mais cependant ils n'en reçoivent pas encore les compliments. Le duc de Louvigny est colonel du régiment de Piémont ; il cède ce régiment à M. de Lesparre, son frère, qui le vendra. Lesparre est colonel du régiment de Bourbonnois, qu'il gardera. — Le traité du roi de Pologne avec les confédérés est signé; mais les ratifications ne sont pas encore venues. Il paroit même que les confédérés veulent faire des demandes nouvelles avant que de ratifier ; ils insistent surtout [^pourj qu'on fasse sortir les troupes moscovites qui sont en Pologne, et qui avancent toujours dans le pays. — Les six deniers qu'on donne d'augmentation à chaque soldat et dont les capitaines auront les deux tiers , coûteront au roi 700,000 francs par an*.

* Broglio l'aîné, flls et frère des deux Broglio maréchaux de France eu 1724 et en 1734, étoit un homme de beaucoup d'esprit, d'aucune mesure et déshonoré sur toutes sortes de chapitres, qui à force d'intrigues, d'audace et d'esprit avoit arraché une direction de Voisin, beau-père de son frère et le maître de la guerre et de bien d'autres choses dans les derniers temps du feu roi ; et ce même Broglio , par les mêmes voies et par une débauche propre au temps , s'étoit initié aux soupers du régent, puis dans son cabinet, et lui fit faire cette augmentation pour se gagner les troupes plus qu'à M. le duc d'Orléans, et se rendre par là un personnage nécessaire. Tous deux s'y trompèrent lourdement : le prince , par une augmentation fort pesante aux finances, qui ne tint lieu de rien , et dont le gré des troupes ne s'aperçut seulement pas; l'autre en demeurant dans l'opprobre qu'il méritoit a tant de titres, avec cet odieux de plus. Il fut enfin tout à fait noyé depuis, sous le ministère du cardinal de Fleury, et sa direction ôtée sans récompense et eu pur chatiuient de ses audacieux propos et

de son insolence. Il finit par marier son fils à la fille de Bezenval, colonel du régiment des gardes suisses, et longtemps employé dans le Nord, à condition expresse que son fils ne serviroit point, et que lui ni sa femme ne verroient jamais ni le roi, ui la reine, ni la cour.

Mercredi 16, à Paris. — Le parlement rendit un arrêt pour défendre de recevoir ni bulle ni brefs de Rome^ s'ils ne sont autorisés de lettres patentes enregistrées. — M. le Duc et M. le prince de Conty se sont plaints à M. le duc d'Orléans de quelque chose qu'on avance dans le second mémoire des princes légitimés, ce qui va faire encore un nouvel embarras. — Madame la duchesse d'Orléans se trouva fort mal le soir, elle fut obligée de se mettre au lit; cela ne l'empêcha pas de laisser jouer chez elle comme à l'ordinaire. Elle fut saignée, et on espère que cela n'aura point de suite. — Le traité de ligue entre la France, l'Angleterre et la Hollande est conclu à ce que l'on dit ; mais on n'a pas nouvelle qu'il soit encore signé.

Jeudi 17, à Paris. — Le roi alla se promener à la plaine de Grenelle, où il savoitque l'on devoit passer par les armes un soldat qui avoit déserté, et il y voulut aller pour lui faire grâce. Le roi témoigna même beaucoup d'impatience que le prisonnier arrivât, et dès qu'il fut à portée de lui, il cria : « Grâce ! » Et l'on voyoit le plaisir qu'il avoit à la faire. La promenade fut courte ; il ne l'avoit faite que pour cela, et le temps étoit fort vilain. — Le mal de madame la duchesse d'Orléans, qui l'a obligée à se faire saigner hier au soir, n'a été qu'un étourdissement ; mais les médecins lui ont conseillé de garder encore son lit. — Un chevalier de Saint-Lazare , qui avoit fort mal à propos parlé au chapitre que je tins et qui avoit offensé deux officiers de l'ordre, fut exilé; M. le duc d'Orléans vouloit l'envoyer à la Bastille , mais j'aimai mieux qu'il fût exilé.

Vendredi 18, à Paris. — La nouvelle taxe des gens d'affaires, qui est la septième , montera à dix-neuf millions; elle sera portée demain au conseil de régence, et

il y a quelquefois quelques petits changements. — M. de Chamillart eut une assez grande vapeur et la langue fort enflée, la tête fort embarrassée, ce qui l'obligea de se faire saigner promptement, — L'affaire du duc de Brancas* pour les juifs de Metz est réglée comme il le souhaitoit; ils seront solidaires, et il en tirera par an 24,000 livres, dont madame la comtesse de Fontaine a le quart, et ils toucheront présentement deux années parce qu'il y a déjà un an que le don leur est accordé ; mais il y avoit eu des difficultés qui en avoient jusque ici retardé l'exécution. — La taxe des gens d'affaires, qui a été réglée aujourd'hui au conseil de finances, monte à plus de dixneuf millions, et le plus fort de ces taxés est Voigny, qui est condamné à 2,700,000 francs.

* Ce duc de Brancas étoit pauvre, et vivoit comme il pouvoit. Il avoit eu divers retours en sa vie ; à la fin Dieu le toucha. Il s'éprouva en secret sous la direction de gens de bien, en menant extérieurement sa vie ordinaire , et un matin, au sortir d'im souper avec M. le duc d'Orléans, il monta en chaise de poste et s'en alla au Bec, oii il fit dix ans durant une solitaire et très-austère pénitence. 11 fit même indirectement vœu de n'en jamais découcher. Cette contrainte fut plus forte que lui ; il s'en fit relever par le pape, et bientôt après il quitta cette retraite pour revenir à Paris, dans une maison joignante l'institution des Pérès de l'Oratoire, que la retraite du Charmel, puis du chancelier de Pontchartrain, avoit sanctifiée et illustrée ; mais ce pauvre homme, trop foible et trop léger, ne put y suivre leurs traces.

Samedi 19, à Paris. — Il y eut conseil de régence l'après-dinée , où la taxe des gens d'affaires passa comme elle avoit été réglée hier au conseil de finances ; c'est la septième taxe, etlessept assemblées montent présentement à cent vingt-six millions. — MM. les princes légitimés ont mis à la marge d'un article de leur second mémoire le discours que leur a tenu M. le duc d'Orléans, et il leur a permis de faire imprimer cette addition. M. le Duc n'en est pas content, et s'en plaint à M. le duc d'Orléans. — Les affaires de l'Église prennent un assez bon chemin, à ce que croient les gens qui voient ces affaires-là de plus

près que nous; mais le public est persuadé du contraire.

— Les bals commenceront samedi à l'Opéra et le dimanche ensuite à la Comédie , et il y en aura tous les jours à l'un ou à l'autre , et les vendredis même il y en aura à tous les deux. On croit que cela ne réussira pas si bien que l'année passée et qu'ils se nuiront les uns aux autres, outre que les taxes des gens d'affaires empêcheront bien des familles d'aller aux spectacles présentement.

Dimanche'iO, à Paris. — Conseil de régence le matin.

— La chambre de justice a congé pour huit jours, et il n'y aura point de taxe de gens d'affaires cette semaine ; on espère que toutes les taxes seront réglées à la fm du mois de mars. — On fera mardi le bilan de la banque de M. Law, qui a loué l'hôtel d'Avaux, qui est à M. le premier président et dans la rue Sainte-Avoie. Malgré la dépense qu'il a fallu faire pour l'établissement de cette banque^ on compte que le profit des intéressés montera à huit sur cent, quoiqu'il n'y ait pas encore cinq mois qu'elle soit établie. — M. le Duc fait travailler à un mémoire pour répondre aux deux raémoiresdes princes légitimés. — On mande de la Haye que le traité de ligue entre la France, l'Angleterre et la Hollande devoit être signé avant-hier ; mais on croit ici qu'il y aura quelque retardement et qu'il se conclura pourtant bientôt.

Lundi 21, à Paris. — Il y eut conseil de régence le matin. — On dit que M. le duc d'Orléans doit consulter des gens considérables de l'épée et de la robe et les consulter séparément, pour savoir s'il peut juger l'affaire des princes du sang, et en cas qu'il la puisse juger, de quelle manière il la jugera. — H y a une lettre de M. l'archevêque de Reims à MAL les cardinaux et évêques qui s'assemblent chez M. le cardinal de Rohan; cette lettre est très-forte pour soutenir la Constitution en décidant que l'affaire est jugée, et il paroit en même temps une lettre qu'on prétend faite par plusieurs curés du diocèse de

Paris, et qui n'est pourtant signée d'aucun ; et cette lettre est terrible contre la Constitution. On ne sauroit s'empêcher de craindre que ces lettres n'aigrissent encore fort les esprits; celle des prétendus curés est d'une grande violence: on ne la voit encore qu'en manuscrit, mais on assure qu'on va la faire imprimer pour la répandre dans tout le royaume. Elle est adressée à M. le cardinal de Noailles pour l'exhorter à ne se relâcher en rien, attendu que la bulle renverse la religion et est contraire à la bonne morale. Les évèques en sont scandalisés au dernier point. Mardi 22, à Paris. — On fit le bilan de la banque de M. Law. M. le duc de Noailles y vint de la part de M. le duc d'Orléans, le duc d'Antin , le maréchal d'Estrées et plusieurs de ceux qui y ont des actions y étoient aussi. On a trouvé que le profit en étoit aussi grand qu'on avoit dit ces jours passés, qui a été de huit pour cent en moins de cinq mois. Il paroit que les banquiers de Hollande voudroient bien que cette banque ne fût pas établie. — MM. les princes du sang font travailler à un mémoire pour répondre aux deux mémoires des princes légitimés.

— Madame de Marsilly, mère de la marquise de Villette, est morte ici, chez madame sa fille; elle étoit fort vieille, fort retirée, et il y a longtemps qu'elle ne voyoit personne.

Mercredi 23, à Paris. — Il n'y aura point de taxe cette semaine ; on se repose un peu à cause des bonnes fêtes, et les commis de la chambre de justice, qui travaillent prodigieusement, ont besoin d'un peu de repos. — Le traité de ligue entre la France, l'Angleterre et la Hollande est entièrement réglé , et on compte qu'il sera signé les premiers jours de l'année ; il n'y a plus qu'une petite formalité qui en retarde la signature. — Le czar est arrivé en Hollande; il attendra à Amsterdam la czarine , sa femme , qui doit l'y venir joindre. On dit qu'il a grande envie de venir faire un tour à Paris , mais cela est fort incertain.

— Madame de Dernières, intime amie de feu madame de Louvois, est morte.

Jeudi 2i, à Paris. — iMadame la duchesse de Berry entendit la messe de minuit à Saint-Sulpice ; elle avoit donné à dîner à M, le duc d'Orléans, qui fut chez elle jusqu'à six heures et qui alla le soir aux PP. de l'Oratoire. Madame la duchesse d'Orléans alla entendre les messes de minuit à Montmartre, et revint coucher à Paris. — Le baron Sparre , ambassadeur de Suède, doit retourner auprès du roi son maître avant Pâques, et il ne paroit pas qu'on songe à renvoyerun autre ambassadeur en sa place. — Le comte de Konigsegg-, nommé depuis longtemps am- ])assadeur pour l'empereur en France, a toujours une maison louée ici ; on ne sait point ce qui retarde son arrivée. Il est à Bruxelles, où le marquis de Prié remplit présentement l'emploi qu'il y avoit.

Vendredi 25 , à Paris. — Le roi entendit dans sa chapelle en bas la messe , le sermon et vêpres , et tout cela fort sérieusement et sans témoigner aucune envie d'en sortir. L'archevêque de Toulouse officia et le P. Boursault, théatin, prêcha ; la duchesse de Tallard quêta. M. le duc d'Orléans alla entendre la grande messe à Saint-Eustache, sa paroisse. — Le mariage du fils de M. d'Estaing avec mademoiselle de Fontaine-Martel, qui se traite il y a déjà longtemps, est entièrement réglé. On est demeuré d'accord de toutes les conditions, quoique M. d'Estaing le père n'ait pas le gouvernement de Douai qu'il avoit espéré, parce que M. de Pommereul, parent proche de madame de Fontaine-Martel, l'avoit en quelque façon promis en faveur de ce mariage,, dont M. le duc d'Orléans a donné avec plaisir l'agrément à M. d'Estaing.

Samedi 26, à Paris. — H n'y eut point conseil de régence. Monsieur le duc d'Orléans donna le matin une longue audience au cardinal deNoailles, qui allal'aprèsdinée chez M. le cardinal de Rohan; on espère toujours quelques accommodements, mais il y a quelques évêques du parti du cardinal de Noailles qui ne veulent recevoir la Constitution d'aucune façon que ce soit^ et tout ce qui

se passe en Sorbonne embarrasse encore cette affaire, — Il y eut comédie italienne sur le théâtre de l'opéra et bal après souper, comme il y en avoit l'année passée ; et demain il y aura bal à la Comédie Françoise , et tous les jours de la semaine il y en aura sur l'un de ces deux théâtres pendant tout le carnaval.

Dimanche 27 , à Paris. — Le roi , après la messe ^ fît prêter le serment au marquis de Villeroy de la survivance de la charge de capitaine des gardes du corps, qu'il n'exercera qu'à vingt-cinq ans. S. M. signale contrat de mariage du fils de M, d'Estaing avec mademoiselle de Fontaine-Martel. M. le duc d'Orléans avant que d'entrer au conseil de régence, vint chez le roi, et en sortant de ce conseil il y revint encore, et vit prêter le serment et signer le contrat de mariage. — M. de Fervaques rachète le régiment de Piémont, dontil a déjà été colonel, et on lui redonne son rang de brigadier; il paye à M. de Lesparre 25; 000 écus, qui est le prix à quoi sont taxés les vieux corps. — Les bals commencèrent à la Comédie Françoise ; on dit que la décoration de la salle est magnifique ; M. d'Aydie a 4,000 francs de pension sur ces bals-là.

LuncU'iS, à Paris. — Conseil de régence le matin. — M. de Bonneval est arrivé devienne. L'empereur lui a donné congé pour trois mois ; il revientici pour solliciter des lettres d'abolition qu'on lui a promises*. — M. le Duc fera voir le mémoire qu'il fait faire à M. le duc d'Orléans , avant que de le faire imprimer; c'est une réponse aux deux mémoires des princes légitimés. Il paroît que l'aigreur augmente entre ces princes au lieu de diminuer, et ce nouveau mémoire, qu'on dit qui sera très-fort, y va encore mettre un nouveau degré d'aigreur. — Ou dit que la foule est bien moins grande aux bals qu'elle n'étoit l'année passée.

* Ce fut un pernicieux exemple que cette grâce accordée à M. de Bonneval. Sa naissance est connue ; sa valeur l'étoit aussi, et il avoit, de la capacité à la guerre; mais tout le reste en étoit bien étrange, ainsi que les causes et la manière de sa désertion aux ennemis en pleine

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guerre. Ils ne s'en trouvèrent pas mieux que nous. Longtemps favori du prince Eugène, à qui il dut tout, et logé chez lui, il lui manqua tellement pour des misères de femmes, qu'il lit des vers cruels contre lui, les avoua, et signala son ingratitude en toutes les manières qu'il put. Il espéra se soutenir malgré lui, mais cette lutte ne put durer longtemps ; il fut obligé de sortir de tous les Pays Héréditaires (1) : il s'offrit à qui en voulut, jusqu'aux Moscovites, et partout le prince Eugène se fit un point capital de le faire refuser. Retiré à Venise, muni de tous les meilleurs plans qu'il avoit pu avoir des places d'Hongrie , il fit son traité avec les Turcs, passa de Venise à Constautinople, s'y fit circoncire, et donna le premier exemple d'im renégat d'un nom connu. Il fut méprisé et fort surveillé, et a eu de quoi dans ce monde se repentir amèrement d'une démarche si désespérée. Il avoit épousé à Paris une fille de Biron, longtemps depuis duc et pair et maréchal de France, qui avoit été la raison de sa grâce ; il s'en alla en Allemagne trois semaines après, et n'est jamais revenu depuis.

Mardi 29, à Paris. — Le grand chambellan , les gentilshommes de la chambre, le grand maitre et les maîtres de la garde-robe présentèrent un mémoire à M. le duc d'Orléans, sur ce qu'ils prétendent par leurs charges faire auprès du roi dès qu'il sera entre les mains des hommes; ils n'avoient rien prétendu sur cela pendant que le roi a été entre les mains des femmes*. — M. d'Estaing épousa mademoiselle de Fontaine-Martel. — M, le comte du Luc a demandé et obtenu son congé; mais sa mauvaise santé, qui lui a fait prendre ce parti-là, Fempèche de pouvoir se mettre en chemin. — Il y aura assemblée des chevaliers de l'Ordre vendredi chez le roi; on ôte le dixième sur la pension des chevaliers, mais nous ne profiterons de ce petit intérêt que l'année qui vient, par des raisons qui seront expliquées vendredi à l'assemblée.

* L'exemple de ce qui étoit demandé étoit aussi récent qu'il pouvoit l'être, puisque le père du maréchal de Villeroy, gouverneur du feu roi, s' étoit trouvé dans le même cas; mais tout étoit tourné en prétentions et en disputes, qui par des mezzo termine devenoient toujours favorables à qui avoit tort, par la facilité du régent et peut-être sa po-

(1) Ce qui compose à peu prèti l'emijire d'Autriche d'aujourd'hui. T. XVI. 33

514 , .JOURNAL DE DAKGEAU.

litique. Il ne put pourtant, à cette fois, donner au maréchal ce qu'il préteudoit.

Mercredi 30, à Paris. — Onavoit dit qu'il n'y auroit point de taxe cette semaine , mais il en paroitra une samedi de plus de deux cents personnes , et qui montera à plus de trente millions. — Par les dernières nouvelles que Ton a euesde Londres, on apprendqu'ily a de grands changements dans le ministère d'Angleterre. — On attend touslesjourslanouvelle delà signature du traité de ligue entre la France, l'Angleterre et laHollande. MM. les États Généraux souhaitent depuis longtemps d'être traités par le roi de hautes puissances ; l'empereur les en traite , mais jusque ici le roi leur écrivant ne leur donne que de la seigneurie; ils espèrent en cette occasion-ci être traités plus honorablement.

Jeudi 31, à Paris. — Le roi d'Espagne demande que le prince des Asturies soit reçu chevalier de l'ordre duSaint- Esprit; le feu roi le lui avoit promis. On verra demain à l'assemblée , chez le roi , la forme dans laquelle cela se doit exécuter. Leduc dePopoli, son gouverneur, nommé depuislongtempschevalier del'Ordre, n'apoint encore été reçu; mais il a permission de porter le cordon bleu , parce que ses preuves sont reçues; il sera reçu en même temps que le prince des Asturies. — M. d'Aubonne, intendant de Soissons , est rappelé ; on envoie en sa place M. de Nointel, fils du conseiller d'État, et qui étoit intendant en Auvergne. L'intendance d'Auvergne n'est point encore donnée, et l'on parle de la donner à un homme qui n'est point maitre des requêtes, ce qui affligeroit fort tous les maîtres des requêtes , qui en sont fort alarmés.

2^ APPENDICE A L'ANNÉE n^5.

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