‹ Journal; (volume 5)Chapitre 10 sur 65 · VIE DE DANGEAU · texte numérisé non relu

VIE DE DANGEAU

qui estoif beau, en proposant toujours smi sentimenl avec une modestie qui le faisoit encore plus aimer et estimer. »

Et à la date du mercredi l<s de septembre :

h Aujourd'hui la compagnie a assisté au service qu'elle a l'ait dire dans l'église des Révérends Pères Cordeliers, pour le repos de l'àmc de feu monsieur le marquis de Dangeau. Sa famille, àqui on avoil des billet (sic), y a assisté; entre autres, madame la duchesse de Luynes et madame la marquise de. Gourcillon. »

« Le feu roi, dit Fontenelle , a honoré publiquement M. le marquis de Dangeau de ce témoignage, qu'il ne rendit jamais de mauvais office à personne auprès de Sa Majesté. lia eu toutes les grâces et toutes les dignités qu'une ambition raisonnable lui pouvoit promettre. 11 n'a jamais eu le désagrément qu'elles ayent fait une nouvelle surprenante pour le public. M. de Dangeau avoit été en liaison particulière avec les plus grands hommes de son temps, le grand Coudé, M. de Turenne, et les autres héros de toute espèce que le siècle du feu roi a produits. Il connoissoit le prix, si souvent ignoré ou négligé d'une réputation nette et entière et il apportait à se la conserver tout le soin qu'elle mérite. Ce n'est pas là une légère attention , ni qui coûte peu , surtout à la cour, où l'on ne croit guère à la probité et à la vertu, et où les plus foibles apparences suffisent pour fonder les jugements les plus décisifs, pourvu qu'ils soient désavantageux. Ses discours, ses manières, tout se sentoit en lui d'une politesse, qui étoit encore moins celle d'une homme du grand monde, que d'un homme né officieux et bienfaisant, n

Ces derniers mots de Fontenelle sont le plus exquis jugement que l'on puisse porter sur Dangeau; qu'y ajouterions nous?

Si nous avons donné quelque étendue à notre étude sur le marquis de Dangeau, c'est que nous avons pensé qu'il était de premier intérêt pour le long Journal que nous publions, de faire connaître au plus grand jour possible l'importance et le crédit de son auteur ; puis nous avons trouvé juste de faire raconter par ses contemporains l'une des existences les plus miroitantes et les plus universelles du grand siècle, la vie d'un courtisan, plein de vanité, diton, et qui dans les plus minutieux mémoires que jamais homme ait entrepris de son temps, s'est entièrement oublié lui-même avec la plus délicate simplicité. Nous avons essayé de montrer ( chose qui n'est point nouvelle) comment de grands littérateurs tels que Saint-Simon ou le fils de son notaire avaient aisément raison, au moyen de quelques mensonges revêtus d'une forme charmante, d'un patient et scrupuleux témoin tel que Dangeau, qui ne songe à mettre dans l'histoire que de la vérité et de l'honnêteté. Nous au-

xcvi VIE DE DANGEAU.

rons fait voir par surplus comment il est devenu facile aujourd'hui de reconstituer, avec les incalculables détails que nous fournissent les dépôts publics et les recueils du temps, la biographie du plus ordinaire personnage des derniers siècles. Après les pages nombreuses que nous venons d'entasser autour du nom du marquis de Dangeau,nousne voulons point dire cependant que ce soit là le plus ordinaire personnage de son siècle. Il était de la grande génération de 1660, ami (vient de dire Fontenelle) de Turenne et de Condé , et aussi de Ninon, de la Vallière, de Montespan, de Boileau,de Sévigné et deMaintenon. Dans une cour où les plaisirs, les magnificences etlesjeux tinrent une place au moins égale à celle des affaires, Dangeau, le plus beau joueur de la table du roi, le colonel de son régiment, son envoyé extraordinaire, Dangeau poète aimable, adroit cavalier des carrousels de Monseigneur et aide de camp du roi dans les campagnes de Flandre, Dangeau fut un véritable et très-important personnage; c'est le type du courtisan dans son sens le plus noble, le plus intelligent, le plus généreux. Son bonheur a été son crime. La fortune constante et toujours souriante de cette longue carrière a plus incommodé qu'aucune autre le bilieux Saint- Simon, dont les Mémoires ne sont que le long factum d'une ambition déçue et impuissante. Tout vient à Dangeau, les gouvernements, les maîtrises, les ambassades, les honneurs, les privances; tout s'écarte de Saint-Simon, qui voudrait tout avoir et se croit digne de tout. Saint-Simon, nous l'avons dit plus haut, a traité Dangeau comme toute jeunesse ambitieuse traite la génération à laquelle elle doit succéder, et dont elle est impatiente d'hériter. Il n'en restera pas moins acquis que, dans la grave et magnifique cour de Louis XIV, Dangeau représente la loyauté , la fidélité, la bonne grâce et le bon esprit, aussi bien que son Journal représente la vie de cette cour dans sa plus sincère et naïve vérité.

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