DIRAS
Le comte et le marquis de Charost remettent la charge au roi, qui leur donne 200,000 livres, la lieutenance de roi de Picardie, conserve 3,000 livres de pension au père et 6,000 livres au fils, les fait ducs et pairs l'un et l'autre, et leur donne un billet de sa main par lequel il leur promet de les faire passer au parlement les premiers de huis, avec promesse verbale de leur donner la pre-
mière place de premier gentilhomme de la chambre qui sera vacante, en rendant 200,000 livres et la lieuteuance générale de Picardie.
M. le duc de Duras eut la charge et ne donna que 200,000 livres.
M. le marquis d'Hocquincourt est lieutenant général de Péronne, Roye et Montdidier, et ne reconnoît point M. de Charost.— M. de Charost est lieutenant général de Picardie etHainault, où il a Landrecy et le Quesnoi.
Le premier maître d'hôtel de la reine vaut 25,000 francs par an.
Le gouvernement de Picardie vaut 60,000 livres.
Valentine vend sa charge de maître de la chambre aux deniers, 320,000 livres à Morel; il l'avoit achetée 400,000 livres d'Hinselin. Il eut de Loguet la charge de contrôleur général. Des Sablons n'a la charge que depuis deux ans. Il l'exerçoit auparavant pour La Yallière. Après la mort de Pinau de Bonnefons, il y a quelques années (six à sept ans) , son iils l'eut, mais il n'est entré en fonction que cette année.
Le baron de Beauvais achète sa capitainerie 55,000 écus, et a un brevet de retenue de pareille somme; elle vaut 7,000 livres de rente et environ 5,000 livres de casuel , car les charges de gardes se vendent 600 écus , celles des portes 4,000 francs, et ainsi du reste des autres charges.
Quand le vicomte vendit au baron, il > avoil un an qu'il a\oit vendu sa capitainerie de la Aarenne du Louvre à Catelan, 25,000 écus; elle ne vaut (pie 500 écus , n'a point d'habitation , et les charges ne s'y vendent pas si bien , parce que le pays n'est pas si bon et les paysans ne gagnent pas à y avoir des exemptions; outre cela on est fort gêné par Sceaux, Meudon, Choisy, etc. Avant tout cela on a\oit distrait de la capitainerie (qui naturellement comprend trois ou quatre lieues tout autour de Paris ) quelque chose vers Neuilly, etc., pour la capitainerie de Vincennes.
En 1655, pendant que le prince Thomas étoit grand maître, on créa les douze charges de maître d'hôtel servant par quartier; avant cela c'était des commissions , et le grand maître faisoit servir qui il lui plaisoit. Quand M. le Prince tes int, on lui promit, pour le dédommager, de lui donner quatre charges de maîtres d'hôtel, et neuf de gentilhommes servants qui dépendraient île lui , en sorte que, quand elles viendroient à vaquer, ce seroit lui qui les vendroit. Mais, hormis Charenton, tous avoient des survivances; ainsi on ne lui pouvoit assigner qu'une charge dont il fut apparemment en état d'avoir la disposition; on régla donc qu'outre celle de Charenton , il auroit les trois premières qui se vendroient. Ainsi Mortfontaine ayant acheté du baron de. . ., Cambrai, du frère de feu Duque (pii avoit une survivance, et Montmor 70,000 livres de la Morosière, ces quatre charges sont à la disposition de M. le Prince. Les huit autres sont au roi, et elles sont estimées quelque chose de plus que les quatre autres.
Beauvais a vendu cette année, 1683, près de 100,111111 livres à Courchamp. La survivance de Langlée n'est point restreinte à personne, il l'a en plein, et
ainsi il peut y faire recevoir qui il voudra.
Le 19 mai 1683, le roi a donné à Bachelier, qui a été valet de chambre de
M. de la Rochefoucault la charge de premier valet de garde-robe , il payera
50,000 livres de brevet de retenue qu'avoit Guittonneau. Guittonneau devoit encore à la Yanière 1 0,000 écus du prix de sa charge;
cette charge vaut 50,000 écus
A.NNKK 1684. 99
Hier le roi donna 2,000 écus de pension à M. «le Beuvron.
Les 150,000 livres que le roi donne à mademoiselle de Laval seront prises sur la vente de la lientenance de roi de Wartiguy, qu'on estime 50 ;i <>o,ooo livres (il y a déjà quelque temps qu'elle est à vendre) , et sur la charge il écuyer ordinaire de madame la Daùplrinc; elle n'a jamais été remplie, on l'estime 20,000 écus. Le roi fera le reste des 50,000 écus pour mademoiselle de Laval.
Cette charge d'éeuyer ordinaire a été donnée depuis peu à un écuyer de quartier; je crois que c'est Verneuil ; il donnera 10,000 écus et sa charge, que l'on vendra.
La lieutenance de roi de Berry est à vendre depuis longtemps ; Mareùil la donnerait pour 20,000 écus. Saint-Aoust, qui l'avoit avant lui, en avoit payé 40,000 écus.
On m'a assuré que Maurevert avoit encore présentement la lieutenance. de roi <le Charollois; il avoit autrefois eu celle de Bresse.
Quand M. de Mortemart fut gouverneur de Paris , il songea à vendre sa charge. Le roi ordonna sur cela à Duché de cesser les négociations, disant qu'il lui trouveroit lui-même marchand , et M. de Rochefort donna 750,000 livres de la charge de M. d'Aumont, à quoi le roi joignit 50,000 livres du sien. De ces 800,000 livres, 300,000 furent employées à payer les dettes de la maison , et 500,000 livres à payer la charge de général des galères de M. de Créqui. Cette charge avoit, du commencement de ce règne, 24,000 livres d'appointements. Le roi les augmenta jusqu'à 48,000, et depuis on lui adonné une compagnie de quarante gardes, payée 21,000 livres.
Duché achète de Gaboury une charge et demie 200,000 francs, car ils avoient à Puymorin et lui les trois charges. Ils ont vendu leur triennal à un homme qui n'a pas eu l'agrément, et depuis Puymorin a vendu 180,000 livres. Ils 01donnoient autrefois la dépense de la garde-robe ; mais sous M. de Guitri ou fit un forfait à 40,000 livres, et ils n'ont gardé que les deuils et les extraordinaires.
La Vanière vend 101,000 livres à Guittonneau.
L'hiver avant la bataille de Dunkerque, le comte de Soissons fut général des Suisses .
Le duc de la Vieuville donne au marquis son frère im quartier des appointements de gouverneur, qui est de 9,000 livres.
La charge de chevalier d'honneur vaut 12,000 livres; le fils a la survivance du père. Le lils touche ces 12,000 livres et a encore 3,000 livres. Le tout faisant 15,000 livres, qui esl l'intérêt des 100,000 écus que la marquise eut en mariage. ,
Le marquis de la Vieuville avoit acheté le régiment de d'Albret 60,000 livres, 10,000 livres argent comptant, et le reste pour dettes qu'il avoit prié de payer mais il ne les payoit pas ; il vendit 50,000 livres argent comptant, dont il paya les créanciers de d'Albret.
M. de Caumarin vendit sa lieutenance a M. do Mottes son beau-frère; M. des Mottes mort, sa charge fut donnée à Montai, qui fa vendue à M. de . . .
M. deMontrevel m'a dit que sa charge de Bresse valoit 1,200 écus du roi et le reste du pays payé par le trésorier des états de Bourgogne, ce qui fait en tout 4,000 écus.
Celle de Charollois, 1,500 livres du roi, mitant îles États 1; en tout, 3,000 liv res
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La charge île gentilhomme de la manche vaut 0,000 livres à M. de la Chesnaye. Il a eu pendant trois ans les entrées, au bout «le ce temps-là il fut fort malade, et, comme on le voyoit moribond, M. Félix demanda sa place pour M. Desplanes, son gendre. La Cbesnaye en revint, et le roi, ne voulant pas donner les entrées à Desplanes, les lui ôta à lui, et pour l'en consoler lui donna, quelques jours après, les 6,000 livres de gages, appointements ou pension qu'avoit sa mère. Ainsi il a du roi 12,000 livres; le gouvernement de Menlan ne lui vaut que 80 livres de paye et du sel. Le frère avoit plusieurs bénéfices, Cerneville et Angle, deux abbayes qu'il a données au lils de M. de la Cbesnaye, et des prieurés qu'il a donnés à un autre neveu nommé aussi la Cbesnaye, aîné de la famille. M. de la Chesnaye a de plus son logement au Louvre; les deux abbayes valent ensemble 9,000 livres présentement; mais elles vaudront da- \ antage ; il n'y a point de moines à Angle.
Maurepas était gouverneur de Montdidier.
Yilleine était gouverneur de Vitri-le-François.
Saint-Génie/. , en quittant le gouvernement de Saint-Omer, le roi lui a donné 12,000 livres de pension.
iNNÈE 1685.
Lundi Ier janvier j à Versailles. — Le roi et Monseigneur,
avec tous les chevaliers de Tordre qui se trouvèrent ici, entendirent la messe des chevaliers, et il ne se trouva point de prélat de l'ordre pour la dire. — L'après-dinée ils furent à vêpres, et ne sortirent point de tout le jour — Le soir il y eut appartement dans le petit appartement du roi, comme il y avoit toujours été depuis le retour de Fontainebleau. — M. le Premier, le père, qui étoit venu ici pour la cérémonie des chevaliers, pria le roi à son lever de trouver bon que son fils eût son brevet d'affaires (1) dont sa vieillesse et ses incommodités l'empèchoient de jouir. Le roi y consentit*. — S. M. donna à monseigneur le Dauphin V,000 pistoles d'étrennes, outre les 1,500 qu'il lui donnoit par mois. — Le roi donna aussi de pareilles étrennes à Monsieur. — Les gouverneurs et lieutenants de roi de provinces s'assemblèrent, avec la permission du roi. dans la chambre de M. de Noailles, pour examiner l'écrit (pie .MM. les maréchaux de France avoient fait contre eux , et voir en même temps l'écrit de M. de Montauzier pour soutenir le parti des gouverneurs.
* M. le Premier s'appeloit Beriiighen. 11 y a un lieu de ce nom près de Nimègue qui ne leur a jamais appartenu et d'où ils sont ; le père de celui-ci étoit à un gentilhomme de Normandie, chez qui Henri IA dîna dans les dernières guerres de la tin de la Ligue, et trouva ses armes si propres et si bien entretenues qu'il voulut savoir qui des domestiques de la
(1) Le bre\et d'affaires ou (rentrée donnait droil aux premières entrées ehez le roi.
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maison en prenoit soin. C'étoit Beringhen; et le roi qui ctoit curieux en armes, dont il se savoit si bien servir, le prit à la prière du gentilhomme. Dans les suites , il devint premier valet de chambre de Marie de Médicis, et son fils le fut du roi. Ce fils dont il s'agit ici étoit homme d'un grand sens, et qui fut mêlé dans tant de choses de la plus intime confidence d'Anne d'Autriche, qu'il en fut chassé, et qu'il étoit aux Pays- Bas à la mort de Louis XIII. Ce prince , qui mourut en héros et en saint, et qui se défioit avec tant de raison de la reine et de Monsieur pour un hou gouvernement après lui, y pourvut aussi sagement et exactement qu'inutilement, et remplit par son testament tout ce qui étoit vacant; et comme la charge de grand écuyer l'étoit depuis l'exécution de Cinq- IMars, il la donna au duc de Saint-Simon, son favori, son premier écuyer, et qui avoit été premier gentilhomme de sa chambre. Il le lui dit publiquement, et le duc de Saint-Simon reçut les compliments de toute la cour ; le roi étant mort trois ou quatre jours après, Chavigny, secrétaire d'État, qui avoit tenu la plume, dit à la reine qu'il avoit laissé le nom du duc de Saint-Simon en blanc , bien qu'accompagné d'un éloge que le feu roi avoit dicté , pour qu'il tînt, la charge d'elle autant que du roi, ou que, si elle en vouloit nommer un autre , elle pût par là s'acquérir une créature considérable. Ellenomma le comte d'Harcourt qui l'en paya bien depuis quand il abandonna l'armée du roi eu Guyenne, pour faire révolter l'Alsace, dont on ne le tira qu'avec le gouvernement d'Anjou mis sur le grand pied , tandis que le duc de Saint-Simon sauva la Guyenne par Rlaye , et ne voulut ni des honneurs de prince étranger , ni du hàton de maréchal de France, quoique S. Megrin, chevalier de l'ordre , lui vînt offrir de la part de la cour, et ne voulut pas que sa fidélité parût achetée ; il fit les fonctions de grand écuyer aux obsèques, après quoi, au lieu de lui envoyer ses provisions, le comte d'Harcourt fut déclaré. l' |e fit appeler, et ils eurent longtemps des gardes. Beringhen, à la nouvelle de la mort du roi, étoit revenu à la cour, mieux que jamais avec la reine, pour qui il avoit été chassé, et, profitant du dépit du duc de Saint- Simon qui voulut vendre sa charge, il l'acheta 400,000 francs, a la grande surprise de tout le monde de le voir premier écuyer : c'étoit un fort homme d'honneur, heureux en enfants , en alliances , en amis , en conduite, qui couronna sa vie par une sage et digne retraite chez lui , a Paris, où, à ses heures, il vit jusqu'à sa mort les gens les plus distingués, jusque-là que, n'étant plus en état d'aller à Versailles une fois l'an voir le roi comme il avoit fait d'abord, le duc de Beauvilliers eut ordre de lui mener les enfants de France. Lorsqu'il vendit sa charge de premier valet de chambre, il n'en conserva pas les entrées, outre que ce n'étoit pas l'usage alors, et ce ne fut que depuis qu'il eut ce brevet d'affaires ou de secondes entrées , qu'il fit passer à son fils. C'est encore ce sage vieillard qui, de sa retraite à Paris étant allé voir le roi à Versailles qui
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prit plaisir à lui eu montrer les beautés, lui dit pour toutes louanges que Versailles étoit un favori sans mérite : c'est encore lui qui, apprenanl la
ridicule dispute entre sa belle-fille et la duchesse de Brissac Saint-Simon, à qui reculerait dans une rue fort étroite où leurs carrosses ne pou- \ oient passer, et où elles restèrent paisiblement cinq heures, l'une alléguant sa housse, l'autre le carrosse du roi dont elle se servoit par la charge de son mari, alla lui-même la faire reculer et faire excuse à madame de Brissac.
Mardi % à Ver milles. — Le roi vouloit aller faire des battues dans son parc, mais le mauvais temps l'en empêcha. Monseigneur s'alla promener en traîneau; le soir il y eut comédie. — M. le nonce vint le matin demander au roi, de la part du pape, un délai d'un mois pour les Génois. Le roi lui répondit qu'il étoit résolu à ne rien changer aux conditions qu'il leur avoit imposées, mais qu'en considération de la prière du pape, il leur accordoit un délai jusqu'au commencement de février, à condition toutefois que, si dans ce temps-là ils ne se mettoient en devoir de le satisfaire, il leur feroit payer 100,000 écus par semaine à commencer du 1er janvier; il déclara en même temps à M. le nonce qu'il ne vouloit prendre ni la ville de Gênes ni aucune place de leur état, de peur de troubler la paix qu'il vient de donner à l'Europe , mais qu'il faisoit marcher ses troupes pour désoler leur pays, et laisser un exemple mémorable de sa vengeance à tous ceux qui oseroient l'offenser. — Bergeret et le jeune Corneille furent reçus à l'Académie , et Racine , qui en étoit directeur, répondit à leurs harangues avec beaucoup d'éloquence et de grâces.
Mercredi 3, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; Monseigneur s'alla promener en traîneau l'aprèsdinée; le soir il y eut appartement. — M. de la RochefoucauH obtint du roi le retour de M. le comte d'Averne, Messinois relégué à Angoulême; il a 2,000 écus de pension de S. M. pour lui et pour ses frères, et en a toujours joui durant son exil. — Il y a encore en France plusieurs Messinois: ceux que nous connoissons le plus, ce sont les
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Caiïaro qui sont à Paris, et le duc Fornaro à Buvron*. Le régiment des dragons de la reine, que le roi acheta 20,000 écus de de Non ville, fut donné au cadet des Mursés, neveu de madame de Maintenon ; elle n'avoit pas tant demandé au roi pour lui ; il servoit dans les mousquetaires depuis un an .
* Ce Fornare, avec ce titre de duc qui est vénal eu Sicile , eu étoit revenu avec M. de la Feuillade, chez qui il étoit domestique, et suivoitson fils comme une espèce de gouverneur. A la mort du père , il s'attacha à M. de la Rochefoucault, chez qui il fit à Liancourt un escalier charmant, dont personne n'avoit pu venir à bout. 11 excelloit en bâtiments et en architecture, et donna souvent ombrage à Mansart. 11 devint rapporteur et fort décrié, sans que M. de la Rochefoucault, qui le protégeoit, en voulût rien croire, jusqu'à ce qu'il y fût lui-même échaudé et le chassât de chez lui avec éclat. Il n'en fut pas moins à Marly, ni moins payé et augmenté de sa pension. Personne ne lui parloit, quoique le roi le traitât bien , mais on n'osoit ne le pas recevoir, et il étoit fort hardi avec de l'esprit. Il n'osoit retourner chez lui, pour avoir empoisonné sa femme II mourut à Chaulues, où il faisoit travailler sur ses dessins pour M. de Chaulnes, pendant la régence.
Jeudi i, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; Monseigneur se promena l'après-dlnée en traîneau. — Le soir il y eut comédie françoise à sept heures , et à neuf heures on entra dans l'appartement ; le roi y joua au billard, devant et après souper. Monseigneur et Monsieur y jouèrent au lansquenet. — Le roi donna à souper aux dames : il y avoit à la table vingt couverts,' trois pour le roi, Monseigneur et Monsieur, et dix-sept pour les dames.
Vendredi 5, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; Monseigneur alla en traîneau le matin et l'après-dînée; le soir il y eut appartement. — Daubanie, lieutenant-colonel du régiment de la Ferté qui étoit campé ici, eut une commanderie de l'ordre Teutonique auprès de Fribourg, de *2,000 francs, qu'on joignit à la commanderie de Saint-Lazare, qu'il avoit déjà. — Le roi ne fit point les rois ; il soupa en famille à l'ordinaire, mais, après souper, il fit porter un gâteau chez madame deMontespan
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— Le matin il se lit réciter par Racine la harangue qu'il avoit faite à L'Académie le jour de la réception de Bergeret et du jeune Corneille, et les courtisans trouvèrent la harangue aussi belle qu'elle avoit été trouvée belle à l'Académie. Hacine la récita clans le cabinet du roi.
Samedi 6, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; Monseigneur se promena en traîneau le matin et l'après-dînée, et alla tirer des canards dans la Ménagerie.
— Le soir il y eut appartement à l'ordinaire, et à dix heures le roi lit passer les dames, qui avoient été conviées, dans son grand appartement, où l'on trouva, dans la grande salle, cinq tables qui furent tenues par le roi, Monseigneur, madame la Dauphine, Monsieur et Madame. Toute la musique étoit dans les tribunes (1). S. M. ne fit entrer que les privilégiés, et il y avoit une table pour eux dans une autre chambre; nous comptâmes cinquante-cinq femmes; on se réjouit assez, on fit des rois à chaque table. Après souper, le roi vouloit rejouer au billard, mais, comme il étoit près de minuit , il remena madame la Dauphine chez elle, et se retira ensuite. — Le roi régla que M. le contrôleur général signeroitles pensions, et non pas M. de Seignelay, qui l'avoit prétendu, et l'on croyoit même que S. M. jugeroit en sa faveur ; mais les courtisans s'étoient trompés dans leur jugement.
Dimanche 7, à Versailles. — Le roi ne sortit point ; Monseigneur vouloit sortir en traîneau et mener les dames , mais le dégel l'en empêcha; le soir il y eut appartement. — Madame Dorothée (2). .. ., abbesse du Port-Royal à Paris, mourut, et son abbaye fut donnée à M. l'archevêque de Paris pour sa sœur qui étoit abbesse de la Virginité en
(1) Cette pièce, qui t'ait partie «les grands appartements, est le salon <le Mars, <lont le plafond est peint par Audran. Vis-à-vis des fenêtres se trouvaient deux tribunes de marbre ornées de colonnes d'ordre ionique et qui se communiquaient l'une à l'autre derrière la cheminée. Deuv grands tableaux représentant le sacre et le mariage de Louis XIV remplacent aujourd'hui ces tribunes.
(2) Elle étoit de la maison de Perdreau de Maillé en Anjou (Merc. gai.)
lOr, JOURNAL DE DAINGEAU.
Vendomois. — M. de Chiverny, envoyé du roi à Vienne, tut nommé à l'ambassade de Danemark en la place du marquis de Villars, qui a son congé ; on lui donne 1 2,000 écus d'appointements, 12,000 francs pour l'ameublement et 6,000 francs de gratification.
Lundis, à Versailles. — Monseigneur ne sortit point; le soir on représenta pour la première fois l'opéra de Roland, dans le manège de la grande écurie qu'on a accommodé pour cela. Le roi y alla à six heures, et n'en sortit point qu'à dix heures; au retour, il donna à souper chez lui à toute la maison royale et à quelques dames. — On sut que madame la duchesse d'Arpajon avoit pris la petitevérole, qu'elle n'avoit jamais eue, en gouvernant sa fille qui l'a depuis un mois. — Le marquis de Gesvres et le comte de Grammont obtinrent un don de place dans Paris, où ils feront une manière de halle. Ils prétendent que cela leur vaudra 24,000 livres de rente , dont la moitié sera pour ceux qui leur ont donné l'avis. — L'académie de Saumur fut condamnée; ainsi il ne reste plus en France que Puis-Laurent , où les gens de la religion puissenl étudier en théologie.
Mardi 9, à Versailles. — Le roi ne sortit point; Monseigneur vouloit aller à lâchasse des fouines ; mais ce projetlà ne put s'exécuter. Le soir il y eut appartement. — Les gouverneurs et les lieutenants généraux de provinces s'assemblèrent encore chez M. de Noailles, pour examiner la réponse que M. de Montauzier avait faite au mémoire de MM. les maréchaux de France; on remet tous les écrits de part et d'autre entre les mains de M. le chancelier, pour en rendre compte au roi.
MercredilO, à Versailles. — Le roi, au sortir de lamesse, alla tirer dans son parc; Monseigneur courut le loup; niadame la Dauphine prit médecine. Monseigneur alla le soir à la comédie. — Ce jour-là le roi commanda quarante bataillons et six mille chevaux , pour marcher en Italie au commencement de février. — On eut nouvelle que les
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Algériens avoient rendu à M. d'Amfrevillej chef d'escadre, beaucoup d'esclaves chrétiens de toutes nations, à <jui ils donnent la liberté en considération du roi. Parmi ces esclaves, il y avoit quelques An:: lois, qui soutenoient à d'Amtr.\ Ole qu'on ne leur rendoit la liberté que par la crainte ([ne les Algériens avoient du roi leur maître, et qui ne vouloient pas reconnoitre en avoir l'obligation à la France. D'Amfreville, qui étoit sur son bord, les a fait remettre à terre, et les Algériens les ont sur l'heure mis aux galères.
Jeudi 1 1, à Versailles. — Le roi ne sortit point; Monseigneur alla chasser la fouine ; le soir il y eut appartement. — On apprit la mort de madame Servien et de madame de Saint-Ange, sa fille, mortes à Grenoble, à une heure Tune de l'autre. Madame Servien étoit femme de Servien, si longtemps ambassadeur à Turin, et le mari de madame Saint-Ange avoit été premier maître d'hôtel de la reine-mère, et présentement il ne vit plus que des charités du roi qui lui fait donner 100 francs par mois.
Vendredi 12 , à Versailles. — Le roi ne sortit point, et Monseigneur alla chasser la fouine et le renard. — A neuf heures du soir, on entra dans le grand appartement du roi, où il y eut un grand bal en masques (1). Les principales troupes de masques étoient celle de Monseigneur, toute d'hommes; celle de madame la Dauphine, toute de femmes, celle de madame la princesse de Conty, celle de mademoiselle de Bourbon , et celle de mademoiselle de Nantes. Le roi fut quelque temps au bal pour mettre tout en train, puis alla jouer au billard jusqu'à minuit;
i .Monseigneur le Dauphin surprit tout e l'assemblée avec un habit de chauvesouris. Les habits de sa troupe étoient de grandes robes de différentes couleurs, diversement et richement chamarrées, d'où sortoit un col qui s'élevoil
l'oit haut et s'abaissoit, et sur lequel paroissoit une tète d'animal coiffée en chauve-souris. M. le duc de Bourbon, qui étoit sous Tune de ces machines, avoit un habit de femme de Strasbourg. Mademoiselle de Bourbon, qui étoit sous une autre, en avoit un de. magicienne, et les Mlles d'honneur de madame la Dauphine étoient diversement vêtues. {Marc, de murs, p. 204. )
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ensuite il donna medianoche à la troupe de masques de madame la Dauphine; madame la Dauphine s'alla coucher. Elle avoit soupe avant le bal ; Monseigneur, de son côté , donna medianoche aux hommes qui étoient de sa mascarade.
Samedi 13, à Versailles. — Le roi ne sortit point ; Monseigneur alla glisser sur la glace. — La nuit du vendredi au samedi, Monseigneur, qui se relève souvent la nuit en dormant, se blessa rudement d'une chute qu'il fit dans l'estrade de madame la Dauphine , sans se réveiller, et il alloit se jeter dans un escalier fort dangereux à descendre, si la nourrice ne l'eût arrêté.
Dimanche iï, à Versailles. — Le roi ne sortit point ; Monseigneur alla le matin glisser sur la glace ; madame la Dauphine l'ut assez incommodée; elle garda le lit tout le jour; Monseigneur alla à la comédie le soir. — On apprit que madame d'Espagny, femme de chambre de madame la Dauphine . avoit eu ordre de sortir de la cour quelques jours auparavant.
Lundi 15, à Versailles. — Le roi ne sortit point; Monseigneur se promena sur la glace dans le parterre ; le soir il y eut appartement. — Madame la Dauphine ne se sentoit plus de son incommodité d'hier. — Le gouverneur de la ville de Marseille, nommé de Forville de Pile, eut une pension de 500 écus. — L'abbé Morel, qui avoit été envoyé du roi à Mantoue, fut nommé envoyé extraordinaire à Vienne en la place de M. de Chiverny, qui va ambassadeur en Danemarck. On donne à l'abbé Morel 2,000 francs pour son équipage et 18,000 francs d'appointements. — Il y a quelque chose de changé à cet article, et j'ai appris que l'abbé Morel n'avoit que la qualité de résident, et que ses appointements ne seroient que de 12,000 francs. Il s'étoit trompé , car il croyoit qu'on lui donneroit un plus grand titre et de plus gros appointements.
Mardi 10, à Versailles. — Le roi ne sortit point; Monsei-
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gneur alla à la Ménagerie tirer des canards. Le soir il y eut opéra pour la seconde l'ois. — On envoya à Saint-Lazare le petit Brunet, et le roi ordonna à M. de Seignelay de dire à Lully qu'il lui pardonnoit le passé , mais qu'à l'avenir il prit garde à sa conduite.
Mercredi 17, à Versailles. — Le roi ne sortit point; Monseigneur alla tirer à la Ménagerie. — A sept heures les masques commencèrent à entrer dans l'appartement du roi (1). S. M. avoit fait mettre une barrière pour empêcher la foule d'entrer dans le lieu où Ton dansoit. M. de Saint-Agnan, qui gardoit le passage, fut forcé, elle roi revint du billard où il jouoit, dans son petit appartement , et fit ressortir les masques et les démasqués, qui avoient forcé la barrière. A dix heures le roi et la maison royale, et la troupe des masques de madame la Dauphine, descendirent dans l'appartement de Monseigneur, où l'on fut quelque temps dans son beau cabinet, qui n'étoit achevé que de ce jour-là, et ensuite il y eut un grand souper.
Jeudi 1 8, à Versailles. — Le roi sortit l'après-dînée pour aller voir le modèle d'une fontaine (2) qui sera au-dessous du marais; elle ne peut être achevée que dans trois ans . et S. M. nous dit qu'elle coûteroit 3,000,000. Monseigneur alla faire des battues dans le grand parc ; le soir il y eut comédie françoise. — On apprit au coucher la mort du bonhomme Breteuil, qui laisse une troisième place de conseiller d'État vacante, savoir : deux ordinaires et une de semestre; celle de M. de Bezons et celle-ci sont ordinaires, et celle de Colbert du Teron , de semestre.
(1) La mascarade de monseigneur le Dauphin représentent toute la troupe italienne. Ce prince étoit vêtu en docteur. Madame la Dauphine lit ce jour-là une mascarade de perroquets ; M. le duc de Bourbon parut a\ ec un riche habit de seigneur hongrois, et mademoiselle de Bourbon avec un habit de paysanne, dune propreté surprenante. M. le duc du Maine se lit admirer le même jour avec une mascarade de petits vieillards et de petites vieilles. Bien n'a paru plus beau, et l'on ne pouvoit se lasser de les regarder. (Merc. de mars , p. '>0(i. |
(2) CVtte fontaine est celle dont Dangeau a déjà parlé en 1684, et qui ne l'ut pas exécutée.
MM. de Bezons et du Teron moururent au commencement de l'année passée. — Outre la place que M. de Breteuil laisse dans le conseil, il en avoitune autre au conseil royal de l'Arsenal, qui lui valoit 500 écus, et il a voit encore un bureau chez lui, qu'on donnera apparemment à M . Voisin . Vendredi 19, à Versailles. — Le roi ne sortit point ; Monseigneur alla dans le grand parc faire des battues ; le soir il y eut appartement. — Mademoiselle de Maulevrier* dansa au bal pour la première fois. Après les contredanses, madame la Dauphine fit danser des entrées de chaconne au comte de Brionne et au chevalier de Sully, qui les dansèrent tous deux à merveille. — M. le chancelier donnale bureau de justice, qu'avoitM. de Breteuil, à M. Voisin, qui n'en avoit point, quoiqu'il fût plus ancien que M. Courtin, qui en avoit un. — Ce sont les chanceliers, et non pas le roi, qui disposent de ces emplois-là.
" Mademoiselle de Maulevrier, qui fut depuis la maréchale de Médavy, étoit fille du frère de M. Colbert , qui est mort lieutenant général et chevalier de l'ordre. Il étoit fort nouveau de voir danser aux bals de la cour une personne si nouvelle.
Samedi 20, à Versailles. — Le roi ni Monseigneur ne sortirent point. — Il n'y eut ni appartement ni comédie . parce que c'est l'anniversaire de la reine-mère, qui mourut en 1666. — Le roi donna à MM. de Caumartin et d'Argouges les deux places de conseillers ordinaires qui étoient à remplir ; ils étoient les deux plus anciens de semestre. — Madame Colbert gagna son procès contre Bruant, qui fut condamné à l'amende et aux dépens, el sa requête biffée et brûlée *. — M. l'abbé Pelletier, conseiller de la grande chambre, fut nommé conseiller d'État de semestre, et le roi n'a point voulu nommer les deux autres, afin que celui-ci eût le pas devant le M. contrôleur général et M. Pelletier, l'intendant des finances ; ces deux frères sont aussi conseillers d'État , et ils se voyent tous trois ensemble dans le conseil , après s'être vus longtemps tous trois du us le parlement.
* Bruant étoit uu commis principal des finances sous M. Fouquel, cl COnfîdenl de ce surintendant que i\l. Colbert perdit et se mil en sa place sous le nom de contrôleur général des finances.
Dimanche 21, à Versailles. — Le roi et Monseigneur n< sortirent point; l'après-dinée ils allèrent chez Monsieur, qui se trouvoit un peu incommodé depuis quelques jours ; le soir il y eut appartement. — On apprit de Hollande que M. le prince d'Orange, sur un démêlé qu'il a voit avec la ville de Dort, avoit déclaré qu'il prétendoit avoir les mêmes droits et la même autorité que les anciens comtes de Hollande. — On sut aussi que madame la comtesse de Soissons, allant dans un corps de carrosse sur un traîneau, comme cela se pratique à Amsterdam où elle est , avoit été emportée par le cheval qui la menoit, qu'elle s'étoit cassé le bras, et s'étoit fort blessée à la tète. — Mademoiselle de Coislin dansa pour la première fois à l'appartement.
Lundi 22 , à Versailles. — Le roi et Monseigneur sortirent Faprès-dlnée pour aller faire des battues dans le parc ; le soir il y eut comédie françoise. — On emmena la duchesse de Ghoiseul à Paris, parce qu'on soupçonna que sa maladie étoit la petite- vérole, et effectivement la petitevérole parut le soir. — Un valet de garde-robe de Monseigneur fut chassé ; il se nonimoit Courtemer.
Mardi 23, à Versailles. — Le roi et Monseigneur allèrent tirer dans le parc; le soir il y eut appartement. — J'appris la mort du chevalier de Meré ; c' étoit un homme tic beaucoup d'esprit, qui avoit fait des livres qui ne lui faisoient pas beaucoup d'honneur. — On sut que le doyen de la faculté de théologie avoit été brûlé dans sa chambre à petit feu. — L'abbé de la Chesnaye mourut à Paris; il étoit frère de celui qui a été gentilhomme de la manche de Monseigneur. Il avoit eu quatre abbayes, mais il les avoit données toutes quatre durant sa bonne santé à ses neveu \ : il avoit près de quatre-vingts ans, et n'avoit jamais eu la moindre maladie
112 JOURNAL DE DAKGEAU.
Mercredi 24 , à Versailles. — M. l'abbé de Soubise soutint des thèses en Sorbonne; il répondit couvert. Le roi l'avoit ordonné au syndic ; il fut traité de Serenissimus Pr Inceps. * — Le roi et Monseigneur allèrent tirer dans le parc. — On représenta l'opéra de Roland pour la troisième fois; le roi avoit convié l'archevêque de Paris d'y aller.
*Ce traitement en Sorbonne pour M. l'abbé de Soubise, depuis cardinal de Rohan , fut le dernier comble du rang de prince que la belle madame de Soubise sa mère obtint du roi par degrés.
Jeudi 25, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc ; Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut appartement.— La nouvelle se répandit que M. de Flamarens * devoit recevoir ordre de Monsieur de se défaire de sa charge; qu'on lui en rendroit les 40,000 écus qu'elle lui avoit coûté, que l'argent étoit tout prêt chez madame de Boisfranc et qu'on avoit jeté les yeux sur le chevalier de Nantouillet pour remplir cette place.
* Flamarens, premier maître d'hôtel de Monsieur, et beau-frère du lieutenant civil et du cardinal Le Camus, étoit un rapporteur que Monsieur chassa, et que le roi n'osa soutenir pour ne le pas montrer à decouvert.
Vendredi 26, à Versailles. — Monseigneur courut le loup. Le roi ne sortit point ; le soiril y eut comédie françoise. — Au sortir de la comédie il veut une querelle entre M. de la Trémoille et le marquis d'Alincourt. M. le prince de Conty les accommoda sur-le-champ. — Madame lie Montespan prit possession de l'appartement des bains. — On sut que l'évèque de Québec avoit demandé à se démettre de son évèché , et que le roi agréoit que ce fût en faveur de l'abbé de Saint-Vallier. — Au sortir du souper , mademoiselle de Nantes vint avec une troupe de masques chez madame la Dauphine ; elle dansa quelques entrées de ballet, et alla ensuite dans le cabinet de Monseigneur.
Samedi 27, à Versailles. — Lé roi et Monseigneur dînèrent ensemble avanl 1;« inesse, et firent mettre Ai. de Roui-
gogne à table avec eux. Au sortir de la messe, ils allèrent faire des battues dans le parc. — Le soir il y eut appartement et force troupes de masques (1); mais il y eut beaucoup plus d'ordre qu'aux autres bals en masques. — M. de Montauzier, M. deNoailles et moi, au retour de la chasse, nous présentâmes au roi la réponse à l'écrit de MM. les maréchaux de France contre les gouverneurs de provinces, et S. M. nous dit qu'elle avoit donné ordre à M. de Pussort de se bien instruire de l'affaire, pour la rapporter devant lui au conseil des finances. — Monsieur dit au roi qu'il avoit résolu d'ôter de sa maison M. le chevalier de Flamarens, et S. M. lui demanda quiilmettroit en sa place. Monsieur répondit qu'il l'avoit destinée au chevalier de Nantouillet , et le roi approuva le choix.
Dimanche 28, à Versailles. — On eut des avis de Gènes, que le doge viendroit comme le roi le souhaitoit , et on attend le courrier quia été à Rome porter au Pape la nouvelle de cette délibération des Génois. — Le roi ne sortit point; Monseigneur alla faire des battues dans le petit parc; le soir il y eut comédie françoise. — M. de Feuquières fut nommé ambassadeur en Espagne. On n'a point encore de nouvelles que les Espagnols en aient nommé un pour venir ici. — Le roi nomma M. de Breteuil et M. do Basville pour remplir les deux places de conseiller d'État vacantes. — M. de Breteuil étoit intendant des finances et M. de Basville intendant en Poitou; ils vendront tous deux leurs charges de maîtres des requêtes. Les deux plus anciens qui ont consigné pour avoir ces charges-là sont M. du Tillet et le fils de M. Pomereu, conseiller d'État. — M. de Feuquières aura 12,000 écus d'appointements.
(1) Monseigneur le Dauphin parut d'abord déguisé avec quatre visages. Ensuite il prit un habit de Flamande avec un masque de perroquet, et changea à son ordinaire quatre ou cinq fois d'habit. M. le duc de Bourbon parut ce soirlà avec un habit de noble vénitien. Toute la cour masqua ce soir-là, et le mélangedes habits grotesques et superbes, étant fort agréable à la vue, divertit beaucoup. [Merc. de mars, p. 208.)
4,000 écus pour son ameublement et 3,000 écus qui lui seront payés pour un quartier avant son départ. Les immunités à Madrid valent à un ambassadeur environ 10,000 francs, et il peut encore gagner quelque chose sur le change de l'argent qu'on lui fait toucher. — M. de Breteuil aura sa place dans le conseil, du jour qu'il a été nommé intendant des finances.
Lundi 29, à Versailles. — Le roi alla tirer dans le petit parc ; Monseigneur alla courre le cerf dans la forêt de Saint-Germain ; le soir il y eut appartement. — Monsieur fit dire le matin à Flamarens par Terrât, secrétaire de ses commandements, que son service ne lui étoit pas agréable, qu'il le faisoit rembourser des 40,000 écus que lui avoit coûté sa charge, qu'ils étoient tout prêts, et qu'il lui défendoit de se présenter devant lui. Le soir même Flamarens fut toujours dans l'appartement, où Monsieur vint, qui s'emporta fort, et qui dit au roi que sans le respect qu'il lui devoit, il auroit fait faire une cruelle insulte à un homme qui avoit l'insolence de lui désobéir. Outre les 40,000 écus qu'on lui donne, qui étoit ce qu'il avoit payé de sa charge , il touchera encore présentement 40,000 francs de ses gages et des pensions qui lui étoient dues. — J'appris que l'on ôtoit les religieuses deSaint-Cyr, et qu'on feroit venir dans cette maison-là toutes les filles qui sont àNoisy. La maison sera plus commode pour les loger, et madame de Maintenon y pourra encore aller plus souvent. Les religieuses de Saint-Cyr a voient souhaité qu'on les mît ailleurs depuis qu'elles sont enfermées dans le parc.
Mardi 30, à Versailles. — On sut le matin que Monsieur avoit trouvé fort mauvais que M. de Flamarens fût couché à sa maison, et qu'il lui avoit envoyé ordre, la nuit, avec menace, d'en sortir, ce qu'il avoit fait fort vite. Sa femme vint au lever de Monsieur se mettre à genoux et lui demander pardon pour son mari. — M. de Blainville prêta le serment de la charge de grand maître des cérémonies de
France, qu'avait M. de Rhodes ; il étoit le douzième de sa maison qui la possédoit , et jamais cette charge n'avoll été dans une autre famille; il la vend 80,000 écus et un pot devin, je pense, de 10,000 pistoles ; elle vaut 1,000 écus de réglé, et les casuels, bon an mal an, montent peut-être à autant. M. de Seignelay en demanda l'agrément au roi le lundi ; Rhodes en parla au roi à son coucher, et le matin l'affaire fut consommée *. — Le roi ne sortit point ; Monseigneur alla courre le sanglier ; le soir il y eut l'opéra de Roland pour la quatrième fois.
*La charge de grand maître des cérémonies fut créée par Henri III, prêtant serment entre les mains du grand maître de France, qui auparavant régloit les cérémonies, et ne s'en mêla plus depuis. M. de Rhodes fit sa cour au roi de la prendre, et encore plus de préférer d'être prévôt et grand maître des cérémonies de Tordre du Saint-Esprit à son institution et être chancelier de cet ordre, dont il eut le choix. C'est ce qui mit des preuves à cette charge de l'ordre. M. de Rhodes étoit de bien loin au-dessus de ces charges. Il y eut un Pot à la première promotion de la Toison d'Or.
Mercredi 31 , à Versailles. — Le roi ne sortit point ; Monseigneur alla à six lieues d'ici courre le loup ; le soir il y eut appartement. — Le chevalier de Chaumont prit congé du roi, s'en allant ambassadeur à Siam. Les mandarins étoient partis, il y a plus d'un mois, et l'attendent à Brest, où il faut qu'il s'embarque avant la fin de février, s'ils veulent arriver cette année ; car les vents sont presque réglés sous la ligne, et, s'ils perdoient cette saison, ils ne pourroient de longtemps faire leur navigation. — Le roi a fait de beaux présents aux mandarins (1), et ils ont acheté
(1) Deux grands miroirs d'argent. Deux grands chandeliers d'argent à douze branches. Deux girandoles d'argent. Deux grands iustres de cristal. Douze trèsbeaux fusils, et huit paires de pistolets. Douze pièces de riches brocarts d'or et d'argent, et cent aunes de drap éearlate, bleuet autres couleurs. Deux horloges à mouvements de lune très-curieux, et trois pendules. Trois bureaux et trois tables de très-riche marqueterie, avec six guéridons. Deux grands tapis de la Savonnerie. Un grand bassin de cristal de roche, garni d'or. Deux habits en broderie, avec plusieurs paires de bas de soie, rubans, chapeaux de castor,
beaucoup de curiosités de France pour le roi de Siam. Ce dont ils ont été les plus curieux a été de glaces et d'émaux. Ils emportent un très-grand nombre de belles glaces pour une galerie que leur roi a fait bâtir nouvellement. — J'appris que l'abbé de Sainte-Geneviève étoit mort subitement à Paris.
Jeudi 1er février, à Versailles. — Le roi ne sortit point; Monseigneur alla courre le cerf dans la forêt de Saint-Germain; le soir il y eut comédie italienne. — J'appris que S. M. avoit donné une déclaration par laquelle les sujets des états généraux des Provinces-Unies ne seront point réputés aubains en France, et par conséquent seront exempts de la loi d'aubaine et pourront recueillir des successions en France sans être naturalisés.
Vendredi 2, jour de la Notre-Dame, à Versailles. — Le roi et Monseigneur passèrent presque toute la journée à la chapelle; le matin il y eut procession des chevaliers de l'ordre ; il ne se trouva point de prélat de l'ordre pour officiera la grand'messe. L'après-dinée il y eut sermon ; le père Gaillard prêcha. C'est toujours le prédicateur qui doit prêcher le carême, qui prêche le jour de la Chandeleur. Le soir il y eut appartement.
Samedi 3, à Versailles. — Le roi dîna avant la messe, et, en sortant de la chapelle, alla tirer dans son grand parc. — Monseigneur courut le sanglier, et ensuite donna un magnifique dîner chez lui. Le soir il y eut comédie françoise. — J'appris que M. de la Rochefoucault vendoit sa maison de Versailles à M. le prince de la Roche-sur-Yon , 50,000 francs. Le chenil que le roi a fait faire est présentement logeable, et M. de la Rochefoucault, étant grand veneur, n'a plus besoin d'une maison à lui.
cravates et manchettes de point, le tout à la françoise. Une épée avec un riche baudrier à boucles d'or. Un portrait du roi à cheval. Deux autres petits portraits du roi en émail garnis de diamants. Et une bourse remplie de plusieurs médailles et pièces d'or, monnaie de France. ( Merc. de février, p. 295. )
FÉVRIER I08S. il/
Le chenil coûtera au roi 200,000 écus tout au moins.
Dimanche h , à Versailles. — Le roi et Monseigneur, au sortir de la messe, allèrent chacun de leur côté tirer dans le parc; Le soir il y eut appartement. — Madame de Montespan revint ce jour-là de Paris, où elleavoit été deux ou trois jours. Pendant son absence, le rolalloit les aprèssoupés chez madame de Maintenon. J'appris que madame la Dauphine nommoit, au commencement du bal, ceux qui mèneroient au branle les princesses du sang. C'est qu'elles s'étoient plaintes que des gens d'une naissance médiocre affectoient de les mener toujours, et par honnêteté elles ne vouloient ni ne dévoient les refuser, puisque le roi leur ii voit permis de danser à ces bals-là.
Lundi 5, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son petit parc ; Monseigneur alla courre le cerf dans la forêt de Saint-Germain. — Le soir il y eut bal en masques (1); madame la Dauphine et madame la princesse de Conty vinrent chacune avec une troupe de beaux masques. — On sut que la duchesse de Portsmouth avoit écrit ici pour tâcher d'obtenir du roi qu'il empêchât le mariage de sa sœur, la comtesse de Pembrock, avec le marquis de Tois, mais on croit que S. M. ne se voudra pas mêler de cette affaire-là et la laissera conclure.
Mardi 6 , à Versailles. — Le roi alla tirer dans son
(1) Monseigneur le Dauphin mit pour premier habit celui d'un opérateur, et, tirant seulement un petit cordon, il parut en un instant vêtu en grand seigneur chinois. Des changements aussi surprenants se firent paroitre le même soir avec deux autres habits. M. le duc de Bourbon mit ce soir-là un habit de paysan aussi riche que bien entendu. M. le duc de Mortemart vint avec un habit tout formé de manchons jusqu'à la coiffure. Ils étoient de différentes couleurs. Il a\oit une palatine pour cravate, et un masque qui imitait le visage d'un homme tout transi de froid. Sa barbe paroissoit toute gelée et les glaçons y pendoient. Il eût été impossible de le reconnoître s'il ne se fût pas découvert lai-même. Toutes les fois que madame la Dauphine a dansé pendant les jours destinés aux mascarades, sa bonne grâce et la justesse de son oreille ont toujours paru. Madame la princesse de Conty s'y est souvent fait admirer sous plusieurs habits, mais surtout a\ec un habit grec dont on fut tellement charmé, que plusieurs en firent faire de semblables pour les bals suivants. ( Merc. de mars, p. 209 et l'i'S .
parc; Monseigneur courut le renard avec les chiens du chevalier de Lorraine et de Villarceaux, et au retour il nous donna un grand dîner. — Je sus que Mont-pipeau avoit fait demander au roi la permission d'aller dans le carrosse de Monseigneur et de manger avec lui, fondé sur l'exemple de M. d'Urfé, qui, depuis son mariage, a eu cette permission-là, et qui est officier des gardes du corps comme lui ; le roi lui accorda sa demande, et déclara même qu'il n'entendoit point que ces charges-là fussent des exclusions pour de pareilles grâces, et qu'il étoit juste que des gens de grande naissance dans ce corps-là eussent les mêmes honneurs que les autres gens de qualité, et dès ce soir-là même il devoit souper avec Monseigneur. — Il y eut appartement.
Mercredi 1 , à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc ; Monseigneur courut le loup , et le vilain temps lui lit l'aire une vilaine et triste chasse. Le soir il y eut l'opéra de Roland pour la cinquième fois. — Ce jour-là on sut que les Génois étoient enfin résolus d'envoyer le doge ici comme le roi l' avoit désiré, il ne s'agissoit plus que de régler la manière dont il viendroit et dont il seroit reçu; ce sont choses faciles à ajuster, et le nonce doit demeurer ici jusqu'à ce que tout soit réglé là-dessus. M. de Seignelay, en donnant à M. de Créqui l'ordonnance pour les appointements de sa charge et de son gouvernement, lui dit qu'il avoit aussi le brevet pour la pension de madame de Créqui. Quoi '.Monsieur, lui dit-il, est-ce que ma femme a une pension sans que j'en sache rien? Oui, Monsieur, lui dit M. de Seignelay, le roi m'a ordonné de lui expédier un brevet de 12,000 livres de pension; et quoique le roi ait trouvé dans les registres qu'il a fait feuilleter, que jamais les dames d'honneur n'avoient eu tout au plus que V,500 livres de pension, il a voulu cette distinction-là à madame de Créqui, et vous en pouvez remercier S. M. M. de Créqui fut fort touché et de la pension et de la manière honnête. — Béchamel gagna son procès contre MM. Ga-
IKMUKK 1688. II!)
land; il s'agissent de 700,000 francs. Lt> rapporteur, M. de Ribère, M. de la Reynie, et M. Bignon, <|iii ;i voient opiné les quatre premiers, étoient de différents ;i vis; mais tous fort convenables auxGaland. M. deFieulxl opina ensuite avec tant de force et de raison , que les six, qui opinèrent après lui, furent tous entièrement de son avis , et son avis fut de faire gagner le procès à pur et à plein aux Béchamel , ( \ ui par là sont entièrement hors d'affaire.
Jeudi 8, à Versailles. — Le roi et Monseigneur allèrent tirer dans le petit parc. Le soir il y eut appartement. — J'appris la mort de l'abbé Bourdelot qui avoit avalé de l'opium au lieu de sucre ; il laisse une abbaye de 3 ou 4,000 livres de rente. Il avoit été longtemps en faveur auprès de la reine Christine , et, depuis qu'il s'étoit brouillé avec elle , il étoit revenu en France et s'étoit attaché à M. le Prince, qu'il réjouissoit fort et dont il étoit médecin.
Vendredi 9, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son nouveau parc ; Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut Andronic , comédie nouvelle , qui toucha fort toutes les dames; elles y pleurèrent beaucoup. — J'appris qu'il y avoit à Marseille un musicien nommé Gautier, qui y avoit fait un opéra; il y gagne beaucoup, mais il est obligé de donner pension à Lully, qui en tire2,000 francs; et même je sus que, dans toutes les villes où les violons s'assemblent pour des concerts d'opéra , les violons sont obligés de donner pension à Lully : ils le font à Rouen et ailleurs.
Samedi 10, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc ; Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint- Germain ; le soir il y eut appartement. — Je vis la lettre que le roi écrit au cardinal d'Estrées pour solliciter la dispense de mariage de Preuilly avec mademoiselle d'Humières , sa nièce , et l'on croit que le Pape la refusera, parce qu'il vient encore tout nouvellement de relu-
ser la même grâce au prince de Bottère , qui avoit présenté la haquenée de la part du roi d'Espagne pour le royaume de Naples , et qui avoit fait une fort grande dépense à cette cérémonie-là.
Dimanche 11, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour; le soir il y eut comédie françoise. — Le comte de Roucy eut une pension de 12,000 francs, et, quand il remerciale roi, S. M. lui dit qu'il avoit compté dès l'année passée , quand il lui acheta son régiment, et qu'il lui donna 4,000 écus, que c'étoit une pension réglée. — Le marquis d'Arcy, nommé ambassadeur en Piémont , revint à la cour après avoir été cinq ans en Allemagne, envoyé du roi auprès des princes de la maison de Lunebourg.
Lundi 12, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son grand parc ; Monseigneur courut le sanglier et donna un grand dîner au retour. — Le soir il y eut appartement avec un bal en masques ; il y eut ce jour-là assez d'habits d'invention à la mascarade (1). — Le matin on signa le traité avec les Génois ; toutes les difficultés sont finies : le doge viendra dans le mois de mars, et sera traité comme les ambassadeurs extraordinaires des tètes couronnées. Le roi ne leur demande, pour tout dédommagement des dépenses qu'ils lui ont fait faire, que de rebâtir leurs églises que nos bombes ont ruinées. — Ce jour-là M. le marquis de Vitry mourut à Paris ; il avoit été longtemps ambassadeur en Pologne. Il laisse peu de bien ; sa femme est sœur
(1) Neuf quilles et la boule se trouvèrent dans le bal, c'étoit la mascarade de monseigneur le Dauphin. Ceux qui représentaient ces quilles étoient assis dessous, et de petites fenêtres leur donnoient de l'air; jugez par là de leur contour et de leur hauteur; elles étoient peintes de diverses couleurs. Monseigneur le Dauphin lit paroitre beaucoup d'agilité dans quelques-uns des habits qu'il prit le reste de la soirée. M. le comte de Toulouse se fit admirer en scaramouche. M. le duc de Bourbon et mademoiselle de Bourbon ne masquèrent ce soir-là qu'en avocats, mais avec une propreté qui faisoit assez connoitre que les robes de ces avocats-là n'avoient jamais essuyé la poussière du palais. (Merc. de mars, p. 211 et 212.)