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de du Boulay. — Par le traité des Génois qu'a signé M. Marini, leur envoyé, le comte de Fiesque, recevra 100,000 écus en deux payements, dont le dernier sera au mois de juin et demeure toujours avec ses prétentions. — Monsieur et Madame revinrent de Paris, oùilsavoient été trois ou quatre jours.
Mardi 13, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc: Monseigneur ne sortit point; le soir on joua l'opéra de Roland. — J'appris la mort de la chancelière d'Aligre ; ses héritiers sont : MM. de Champigny, le capitaine aux gardes, le conseiller et l'abbé; elle leur laisse plus de 200,000 écus. Sa mort pourroit bien empêcher la conclusion du traité qu'on vouloit faire avec les religieuses de Saint-Cyr pour y mettre les filles de Noisy, parce quelle vouloit donner à ces religieuses la maison qu'elle avoit fait bâtir au faubourg Saint-Antoine, qui appartiendra présentement à ses héritiers. Elle n'a rien donné par son testament à madame de Marillac sa nièce , sœur des Champigny, parce qu'elle lui avoit donné 100,000 écus en la mariant; ainsi ils ne sont que trois à partager cette succession.
Mercredi 14, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son grand parc ; Monseigneur alla courre le loup , revint de bonne heure, et donna un grand diner au retour. Madame la Dauphine garda le lit ; elle avoit eu une fausse grossesse. Le soir il y eut appartement et bal comme à l'ordinaire. Madame y représenta à la place de madame la Dauphine. — J'appris que Lambert, gouverneur de Luxembourg , avoit obtenu 12,000 francs d'appointements d'augmentation , comme lieutenant de roi de la province ; le gouvernement ne lui valoit guère que 20,000 francs; on y joint le commandement sur Thion ville et Montmédy, qui ont toujours été du Luxembourg, et sur Bouillon et sur Longwy, qui n'en étoientpas. Longwy est de Lorraine.
Jeudi 15, à Versailles. — Le roi sortit l'après-dinée à pied, et alla se promener dans les jardins avec grand
l'2'l JOURNAL DE DANOLU'.
plaisir, à ce qu'il nous dit, parce qu'il y avoit fort peu de monde (1) ; les courtisans étoient allés à la thèse de M. de Coislin. — Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint-Germain. — Madame la Dauphine continua à garder le lit; le soir il y eut comédie françoise. — Après souper il y eut une grande mascarade (2) chez madame de Montespan ; il y eut beaucoup d'entrées de ballet. La mascarade étoit de gens de la musique du roi ou de danseurs de l'Opéra.
Vendredi 16, à Versailles. — Le roi alla tirer, puis il fit un tour à Marly ; Monseigneur courut le renard dans Le |>;u'c de Villepreux avec les chiens du chevalier de Lorraine et de Villarceaux. — Le soir il y eut appartement; madame la Dauphine se leva pour y venir, mais elle n'y dansa point. — La nouvelle vint que madame de Saint- Maurice, qui est présentement à Paris , avoit été choisie pour dame d'honneur de madame de Savoie.
±Xota. Cette nouvelle, je crois, ne se trouve pas véritable.
Samedi 17, à Versailles. — Le roi alla l'après-dînée voler avec les dames; Madame, madame la princesse de Conty et les filles montèrent à cheval. — Monseigneur courut un loup qui le mena par delà Marcoussy ; le soir il y eut comédie françoise.
Dimanche 18, à Versailles. — Après la messe le roi alla tirer dans son grand parc ; Monseigneur courut la bague le matin, et ensuite alla chasser dans la plaine de Billancourt. — Le soir il y eut appartement ; madame la Dauphine y
(1) Voir au 13 avril 1685.
(2) La mascarade des cris de Paris lut la sixième de monseigneur le Dauphin. Ceu\ qui accompagnoient ce prince portoient, selon les métiers qu'ils représentoient, ce qu'il y avoit de plus délicat à boire et à mander, et quelquesuns portoient jusqu'à des boutiques garnies de ce qui regardoit leur personnage. M. le duc de Bourbon et mademoiselle de Bourbon vinrent avec une troupe de huit personnes dont les babits représentoient des pavillons. La mascarade de M. le duc du Maine était de dix seigneurs chinois et de cinq daines chinoises avec des habits aussi magnifiques que bien imaginés. (Merc. de mars, p. 213 et 214.)
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vint en cornette et n'y dansa point. — J'appris que MM. de Broglio a voient gagné leur procès contre M. Mazarin avec dépens; il leur demandoit 700,000 francs qu'il prétendoit avoir été mal payés sur l'acquisition que leur père ;i\oit laite de la terre de Senonches.
Lundi 19, à Versailles. — Le roi, au sortir delà messe, alla tirer dans la plaine de Billancourt; il devoit y avoir aujourd'hui conseil des dépêches, et le roi le remit à mercredi , afin de partir de meilleure heure et avoir plus de loisir pour chasser. — Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint-Germain ; le soir il y eut comédie françoise . — Le roi , en sortant de chez madame de Maintenon , nous apprit la mort du roi d'Angleterre ; il étoit tombé malade le 12 et mourut le 16. Le courrier que Barillon avoit envoyé sur sa maladie n'avoit pu passer, parce qu'on avoit fait fermer tous les ports quand il tomba malade, et, dès que le roi fut mort, on les fit tous ouvrir. Ce second courrier-ci trouva le premier arrêté à Douvres. M. le duc d'York a été proclamé roi. Le courrier a dit que le roi d'Angleterre étoit mort catholique , et s' étoit confessé et avoit communié par les mains d'un prêtre qui lui sauva la vie à cette bataille qu'il perdit contre Cromwell, avant que de mourir; mais Barillon ne le mande point, et ne lauroit point apparemment oublié ; et comme on a conté au roi, à son coucher, ce que le courrier disoit làdessus, il nous a répondu que tout ce qu'il en sa voit . étoit que les évêques d'Angleterre, ayant pressé leur roi de faire la cène , il les avoit refusés, et qu'ils n'avoient osé faire une plus forte instance de peur qu'il ne se déclarât davantage.
Mardi 20, à Versailles. — Il n'y eut point conseil; le roi trouva le temps si beau qu'il en voulut profiter pour la chasse : il renvoya MM. les ministres, et, se tournant du côté de M. de la Bochefoucault , il fit cette parodie-ci :
Le conseil à ses yeux a beau se présenter ,
Sitôt qu'il voit sa chienne , il quitte tout pour elle :
Rien ne peut l'arrêter
Quand le beau temps l'appelle (1).
— Monseigneur courut le loup , et donna un grand dîner au retour ; le soir il y eut appartement ; mais on n'y entra qu'à huit heures, et il n'y eut point de bal. — Le roi ne veut point qu'il y ait toute cette semaine-ci ni bal, ni comédie, ni opéra. On prendra le deuil samedi. — Milord Harram prit congé de S. M. pour retourner en Angleterre. Il s'évanouit hier dans la chambre de madame la Dauphine en apprenant la mort du roi son maître : il y perd beaucoup, il étoit un des douze gentilshommes de sa chambre ; mais toutes les charges se perdent par la mort du roi.
— M. de Louvois partit hier pour aller à Maintenon et à Pontgouin voir les ouvrages qu'il faut faire pour amener ici la rivière d'Eure ; il mène avec lui Chanley et de Ville, et trouvera là Vauban et Mesgrigny, qui y sont depuis quinze jours à examiner tout ce qui peut faciliter et avancer ce dessein-là.
Mercredi^!, à Versailles. Le roi alla tirer au sortir de la messe ; Monseigneur vouloit aller courir le sanglier dans la forêt de Saint-Germain; mais il n'y en avoit point de détourné, il alla tirer dans le parc , et donna un grand dîner au retour. — Le soir, à huit heures, on alla chez madame la Dauphine, où l'on joua et où l'on fît de petites loteries.— Aprèssouper, Monseigneur suivit le roi chez madame de Montespan (2), où il y avoit des marionnettes et une
(1) Louis XIV parodie un air qui se trouve clans le prologue d'Atys, opéra de Quinault et de Lully :
Les plaisirs à ses yeuv ont beau se présenter, Sitôt qu'il voit Bellone, il quitte tout pour elle ;
Rien ne peut l'arrêter
Quand la gloire l'appelle.
(2) 11 y a eu encore un divertissement qui, pour n'avoir pas été du nombre des mascarades qui se sont faites chez le roi , n'a pas laissé d'être un des plus agréables dont on ait jamais entendu parler. Le roi, étant entré un soir chez madame de Montespan , fut surpris de voir que tout son appartement représentoit la foire de Saint-Germain. Ce n'étoit partout que boutiques remplies de marchands, et l'on voyoit même des compagnies entières de personnes qui
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foire fort jolie ; toutes les boutiques étoieut tenues par des masques. Mesdemoiselles de Nantes et de Rlois, M. le duc du Maine étoient marchands fort joliment habilles. La tète fut fort jolie et fort galante, et le roi y fut assez Longtemps. — Ou apprit la mort de l'abbé de Saint-Eloi d'Arras; il étoit frère de M. le Roi, premier commis de M. le Tellier. durant la régence ; cette abbaye vaut plus de ^0,000 écus de rente pour l'abbé et pour les moines. S. M. apparemment la donnera à M. le cardinal d'Estrées. Elle lui est destinée depuis plus d'un an , et, quand on crut en ce temps-là que l'abbé étoit mort, on en fit les compliments au cardinal ; ainsi il est à croire que la destination ne changera pas.
Jeudi -11. à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc ; Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint-Germain . Au retour il nous donna un grand diner; le soir il y eut appartement. — J'appris que madame la maréchale d'Estrades s'étoit raccommodée avec son mari, et qu'elle étoit allée loger au Palais-Royal*.
* Cette maréchale d'Estrades étoit fille du chancelier Aligre , veuve de Vertamon et mère du premier président du grand conseil , joueuse outrée et passionnée du monde. Elle avoit donné gros au maréchal d'Estrades pour l'épouser, erre Madame la maréchale , et par là n'être plus exclue de rien. Elle n'en eut point d'enfants, et mourut à plus de 90 ans, toujours courant et jouant pendant la régence.
Vendredi 23, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc ;Monseigneur courut le loup, qu'il prit versMarcoussy; au retour, il nous donna un grand diner. Le soir on ne joua point chez madame la Dauphine , parce qu'on ne sortit de table de chez Monseigneur qu à neuf heures, et il n'y auroit pas eu de temps. — Ce jour-là M. de Louvois revint du voyage qu'il étoit allé faire vers Chartres pour
se promenoient dans cette foire, et qui faisoient conversation ou entre elles ou avec les marchands et marchandes. Enfin tout ce que l'on a coutume de voir à la foire y paraissoit dépeint au naturel. (Merc. de murs, p. 225.)
la rivière d'Eure. — Le soir, M. de Croissy vint au coucher du roi apporter les lettres d'Angleterre , par où l'on sut que toutétoit paisible à Londres ; que le roi d'Angleterre avoit indiqué son parlement au quinzième de mai. — La duchesse de Portsmouth* revient en France; son fils le duc de Richemont perd sa charge de grand écuyer ; le roi la donne à milord d'Armouth, qu'il aime fort. On assure que le roi d'Angleterre est mort catholique, et qu'il étoit résolu de se déclarer tel, s'il relevoit de sa maladie. Voilà ce que l'on en a mandé au roi, qui nous l'a dit. — Après le petit coucher, S. M. m'appela et me dit de conclure avec M. le duc de Richelieu le marché de la charge de chevalier. d'honneur de madame la Dauphine, et me dit de plus qu'il me conservoit ma place et ma pension chez Monseigneur. — Milord d'Armouth, qu'on fait grand écuyer , est gouverneur de Portsmouth et de la tour de Londres; il est frère de M. Lée et de M..., qui commandoit à Tanger.
* La duchesse de Portsmouth étoit une Bretonne qui s'appeloit Kerouër, fille de Madame, fort helle et résolue à être maîtresse du roi ; n'en pouvant venir à bout, elle se mit en tête de l'être de Charles II , passa en Angleterre et y parvint. — Elle en eut le due de Richemont, et tint toujours le roi d'Angleterre dans les intérêts de la France.
Samedi 24, à Versailles. Le roi et Monseigneur allèrent tirer dans le parc ; le soir il y eut appartement sans bal, et l'on n'y entra qu'à huit heures. — Ce jour-là, par l'entremise de M. de Montchevreuil, mon marché fut conclu avec M. le duc de Richelieu à 350,000 livres, et le roi m'envoya aussitôt en porter la nouvelle à Monseigneur, qui me présenta à madame la Dauphine , et en entrant dans l'appartement l'affaire fut déclarée, et j'en reçus les compliments. — J'appris que M. de Nevers* avoit eu une assignation pour être ouï , et que son capitaine des gardes et son intendant avoient eu des prises de corps pour avoir maltraité à Nevers un huissier du Parlement; comme M. de Nevers est présentement en Italie, je crois qu'on lui don-
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nern du délai jusqu'à son retour, que ceci hâtera peutêtre.
"M. de îs'evers étoit duc à brevet, ce qui ne donne nul privilège ni distinction dans les affaires ; celle-ci regardoit celles de M. et de madame Mazarin, sa sœur
Dimanche 25, à Versailles. — Le roi alla voir les régiments delà Ferté et de Languedoc, qu'il trouva fort beaux ; on en détacha une partie pour aller travailler aux aqueducs auprès de Maintenon , le reste demeure pour achever battre la butte de Montboron. — Monseigneur courut la d'à bague le matin, et ensuite alla tirer dans la plaine de Saint-Denis. Le soir il y eut comédie. — Nous apprîmes au coucher la mort de Lanson, gouverneur de Mézières; il avoit été longtemps lieutenant des gardes du corps et les avoit commandés fort dignement ; depuis on lui avoit donné le gouvernement de Sainte-Menehoult, dont son fils avoit la survivance, et il l'avoit quitté pour celui de Mézières, quoiqu'il n'en eût point la survivance; son fils perd beaucoup à ce changement-là, mais il peut espérer des grâces des bontés du roi, qui aimoit et estimoit son père, outre que lui-même, qui est depuis longtemps exempt dans les gardes du roi , est en très-bonne réputation . — MM. les maréchaux de France envoyèrent à la conciergerie MM. de Saint-Gelais et de Carpegna, qui avoient eu un démêlé assez violent chez madame la marquise d'Alluye; l'affaire avoit déjà été accommodée à Paris par M. le maréchal d'Estrades , mais il y avoit eu plusieurs discours depuis qui obligèrent MM. les maréchaux à se rassembler et à les envoyer en prison parce qu'ils s'étoient entre-frappés.
Lundi 26, à Versailles. — Le roi sortit à dix heures, et chassa jusqu'à la nuit dans son grand parc; Monseigneur courut la bague et les tètes, puis alla courre le cerf dans la forêt de Saint-Germain ; le soir il y eut grand appartement et beaucoup de mascarades. — Le roi donna le gouver-
nement de Mézières, qu' avoit Lanson, àd'Augier, maréchal de camp; il s1étoit fait catholique l'été passé; il eut, outre le gouvernement qui vaut 2,000 écus, la pension de 1 ,000 écus qu'avoit Lanson.
Mardi 27, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il ne sortoit point d'ordinaire les jours qu'il y avoit opéra; Monseigneur courut le loup, et donna à dîner au retour. Le soir il y eut opéra. — On apprit ce jour-là que le chevalier de Ghàtillon * épousoit mademoiselle de Brouilly, cadette de mademoiselle de Piennes. — Madame de Maintenon eut une assez grosse fièvre.
* Le chevalier de Châtillon étoit fils de Boisrogues, gentilhomme servant de M. Gaston , qui étoit dans une grande pauvreté , et qui depuis des siècles'pouvoit prouver une roture de mère en mère très-complète. Il eut deux fils : ee cadet-ci perça avec peu ou point d'esprit , mais avec la plus noble et la plus aimable figure qu'on pût avoir, qui l'introduisit chez Monsieur de charge en charge jusqu'à premier gentilhomme de sa chambre , très-favori, qui lui donna infiniment et les dames aussi, surtout la duchesse deCleveland, qu'il ruina. Il eut la nomination de Monsieur à la promotion de l'ordre de 1688, dont il fut reçu le dernier. Lui et sa femme se brouillèrent autant qu'ils s'étoient aimés, et se séparèrent. II n'en eut que deux filles, mariées, l'une à Goesbriant; l'autre au fils d'un richard de Rouen, premier président de la chambre des comptes, fort nouveau. Sur la fin de la vie de Monsieur, M. de Châtillon s'accommoda de la moitié de sa charge avec son frère aîné, qui, avec aussi peu d'esprit et point de figure, avoit percé à force de temps jusqu'à devenir brigadier de cavalerie, et qui se maria aussi petitement que ses pères. Son fils unique épousa une fille du chancelier Voisin, dont il n'eut qu'une fille, puis une Le Veneur Tillières, veuve sans enfants d'un Madaillan qu'on appeloit Manicamp ; c'est le marquis de Châtillon d'aujourd'hui, mestre de camp général de la cavalerie et chevalier de l'ordre , qui promet plus que ses pères. Les généalogistes ne conviennent pas tous que cette très-grande et très-illustre maison ne soit pas éteinte il y a bien longtemps; mais si ceux-ci en sont, c'en est le reste.
Mercredi 28, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; le soir il y eut appartement. — Ce jour-là M. de Feuquières prit congé du roi. Partant pour son ambassade d'Espagne, le roi lui dit : «.Adieu, monsieur,