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qu'il coucheroit4ft. Tous ceux (jui àvoienteu L'honneur de le suivre y demeurèrent avec lui, et ses gens L'allèrent trouver le soir. — Madame la Dauphine eut des lettres de M. l'électeur son frère, qui lui mande que son mariage avec L'archiduchesse est remis au quinzième de juillet; il a fort régalé MM. les princes de Contysur le lac deStaremberg. — Mademoiselle] de Nantes a eu aujourd'hui douze ans accomplis, et madame de Montespan est fâchée de ce que les mesures n'ont pas été prises assez justes pour faire le mariage dès demain. On attendra que M. le Duc soit revenu de Bourgogne, où il ira le lendemain du carrousel.
Samedis, à Versailles. — Le roi alla tirerraprès-dînée; Monseigneur revint de bonne heure de Saint-Léger et alla joindre S. M. à la chasse, puis vint trouver madame la Dauphine qui lui donna la collation à la Ménagerie. Les officiers de madame la Dauphine n'avoient pas accoutumé de servir à ces collations-là. — On sut ce jour-là que le major et le capitaine des grenadiers du régiment du prince de Conty étoient allés le trouver ; on crut même que c'étoit par son ordre, et cela augmenta encore le chagrin que le roi avoit contre ces princes. — M. d'Aubeville fut nommé pour aller à Gènes, delà part du roi, en qualité d'envoyé; il a i,000 livres pour son ameublement et I 2,000 livres par an. — On assure que M. de Médavy doit épouser ces jours-ci mademoiselle de Maulevrier-Colbert, à qui on donne 80,000 écus ; elle a encore beaucoup de bien à espérer.
Dimanche 3, à Versailles. — Le roi donna audience aux ambassadeurs moscovites sur son trône; ils ne dirent rien du tout au roi, ils lui baisèrent seulement la main, et tirent de profondes révérences et se retirèrent. — Au sortir du salut, le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur et madame la Dauphine allèrent se promener autour du canal, puis vinrent faire collation à la Ménagerie. En revenant ils mirent pied à terre et se promenèrent à quelques fontaines. — M. Girardin , qui avoit été lieute-
liant civil du nouveau Châtelet , et qui n'était sorti de sa charge que quand on avoit réuni les deux Châtelets , fut nommé à l'ambassade de Constantinople. On lui fait espérer que quand il y aura été quelques années , on le fera conseiller d'État. — Le roi a cassé le régiment de M. le prince de Conty, et a donné à monseigneur le duc de Bourgogne le régiment de cavalerie qu' avoit M. le prince de la Roche-sur-Yon. Aucun des officiers n'avoit quitté pour aller joindre M. le prince de la Roche-sur- Yon ; il leur avoit défendu à tous de l'aller trouver.
Lundi ï, à Versailles. — Le carrousel. — Le roi et madame la Dauphine dînèrent un peu de meilleure heure, et en sortant de table le roi et Monseigneur montèrent en carrosse ; madame la Dauphine les suivit dans le sien avec beaucoup de dames; ils trouvèrent dans la cour des secrétaires d'État , tous les chevaliers du carrousel en deux haies (1) ; les pages et les estafiers y étoient aussi. Monseigneur et monsieur le duc de Bourbon étoient chacun à la tète de sa quadrille ; le roi s'alla placer sur les échafauds qui lui étoient préparés, et nous commençâmes la marche en faisant le tour de la cour des secrétaires d'État, puis nous entrâmes dans la porte de la petite cour qui étoit à notre gauche , et fîmes le tour de la cour du château et passâmes sous les fenêtres de M. le duc de Bourgogne, qui étoit sur le balcon. Après avoir fait le tour de cette cour-là , nous sortîmes par la porte de la cour de la chapelle , nous retraversâmes la cour des secrétaires d'État et continuâmes la marche en passant entre les deux écuries , et ensuite entrâmes dans le manège par une porte qu'on avoit fait faire exprès . à l'endroit le plus proche du chenil ; puis nous tournâmes à gauche , et , après avoir passé devant
(1) Yoij. dans les Mèm. du marq. de Sourch.es , t. 1 , p. 129 à 176, la description de ce Carrousel; voir aussi la Relation du Carrousel de monseigneur le Dauphin; Paris, 1685, in-4", avec lîg.
1rs échafauds, nous entrâmes dans le manège où nous fîmes La comparse, qui fut trouvée fort belle et fort bien ordonnée aussi bien que la marche. La comparse finie } nous marchâmes chacun à nos postes, qui étoient aux quatre coins du manège, ayant nos vingt chevaliers à chaque coin avec leurs pages et leurs estatiers derrière eux, et des timballes et des trompettes dans les angles par delà la barrière. Monseigneur commença ensuite à courre avec M. le duc de Bourbon , et lit courre avec lui MM. de Vendôme et de Brionne pour faire la ligure. Mais les courses de ces deux messieurs n'étoient point comptées. Le sujet du carrousel étoit pris des guerres de Grenade : c'étoit les Abencérages et les Zégris. Monseigneur étoit chef des premiers, et M. de Bourbon des autres. On avoit joint aux Abencérages les Gazuls, les Alabèzes et les Almoradis , et aux Zégris les Vanègues , les Gomèles et les Maces; ainsi, quoiqu'il n'y eût que deux partis, il y av oit huit troupes distinguées par les couleurs. M. le duc de Saint-Aignan étoit maréchal de camp général; le duc de Grammont commandoit les Alabèzes et les Almoradis, et je commandois les Abencérages et les Gazuls ; le duc d'Uzès et le marquis de Tilladet étoient maréchaux de camp des Zégris et en commandoient chacun vingt; M. de la Roche-Guyon et M. le prince de Furstemberg tombèrent malades et ne purent courre ; il y eut une course pour les dames, et ensuite on courut trois courses pour le prix. Le prince Camille de Lorraine le gagna ; il fit onze tètes dans ses trois courses , et personne ne disputa avec lui ; il étoit des Gazuls. Le prix est une fort belle épée de diamants, qu'il vint recevoir à cheval des mains du roi, qui étoit sur son échafaud; après les courses finies, nous rentrâmes tous dans le manège par les quatre coins où nous étions postés , et finies une petite comparse devant le roi, que S. M. trouva fort bien entendue, et ensuite remarchàmes jusque dans la grande cour du château, dans le même ordre que nous étions venus ;
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M. deSaint-Aignan, MM. de Grammont, d'Uzès, de Tilladet et moi saluâmes le roi de l'épée ; tous les chevaliers que nous conduisions marckoient la lance à la main. Voici les noms des chevaliers, dans l'ordre qu'ils niarchoient et que l'on a voit tirés au sort (1).
Mardi 5, à Versailles. — On recommença le carrousel; on fit la même marche, et, malgré le vilain temps qui nous incommoda fort , le roi trouva le spectacle encore plus beau que le premier jour; on retranchala course des dames. Le marquis de Plumartin, qui étoit Alabèze, du parti des Àbencérages, sous le duc de Grammont. emporta les douze tètes dans les trois courses ; personne ne lui disputa le prix, et il vint le recevoir des mains du roi; c' étoit uneépéede diamants fort bien mise en œuvre, et à peu près de même valeur que celle du prince Camille. — Les ambassadeurs moscovites, qui n'avoient point vu la fête le jour d'auparavant, étoient sur les échafauds de la droite, d'où les spectateurs se retirèrent fort vite durant la pluie ; mais , dès qu'elle fut passée, toutes les places furent bientôt reprises. — M. d'Houdetot, qui étoit le plus ancien colonel incorporé dans le régiment de la Roche-sur- Yon , fut nommé colonel de ce régiment, qu'on vient de mettre sous le nom de M. le duc de Bourgogne; M. d'Houdetot a changé de religion depuis quelque temps; il avoit un bon régiment durant la guerre, et depuis la réforme il a toujours eu une très-bonne compagnie. — Beaucoup de jeunes gens qui avoient été du carrousel prirent congé du roi le soir, les uns pour aller au camp, et les autres pour aller à leurs régiments qui sont en garnison.
Mercredi 6, à Versailles. — Le roi ne sortit que le soir, et s'alla promener dans ses jardins. Monseigneur alla courre le sanglier de bon matin , et revint d'assez bonne heure pour entendre les harangues de MM. du clergé ;
(1) La petite lacune n'est point remplie dans l'original. (Mss. de la bibl. de l'Arsenal.)
ils \ imvnt chea le roi eomme il sortoit de table M. l'archevêque de Paris portoit la parole ; ils descendirent ensuite chez Monseigneur, puis remontèrent chez madame l,i hauphine. — On apprit la mort de M. de Goesbrianl, colonel du régiment des Cravates du roi, qu'il avoit acheté 25,000 écus. Il a un frère écuyer du roi et colonel d'infanterie, qui demande le régiment. — Monsieur reçut des lettres de la reine d'Espagne, qui lui mande que l'on la croit grosse et qu'il y a beaucoup d'apparence. La -î-ossesse de madame la duchesse de Savoie se coniirme , à ce que l'on mande de Turin. — M. le Duc partit hier pour aller à Dijon tenir les États de Bourgogne, d'où il reviendra les premiers jours de juillet.
Jeudi 7 , à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc l'après-dinée, puis revint dans ses jardins voir les fontaines des Couronnes qu'il a fait changer, et qui sont incomparablement plus grosses et plus belles qu'elles n'étoient (1). — Monseigneur alla courre le cerf dans la forêt de Montfort , et donna un grand dîner au retour à ceux qui avoient eu l'honneur de le suivre. — Monsieur nous dit que la reine d'Espagne, sa fille, lui mandoit la mort du marquis de la Fuente, que nous avons vu si longtemps ambassadeur ici; on lui avoit donné une place dans le conseil de guerre à Madrid. Il avoit été aussi ambassadeur extraordinaire à la paix de Nimègue. — Monsieur et Madame revinrent de Saint- Cloud; Madame est toujours fort affligée de la mort de M. l'électeur , son frère; on a su que M. deNeubourg (2)
(1) Les deux bassins des couronnes se trouvent dans le parterre du nord, près de la salle de spectacle. Au milieu de ces bassins , «les tritons et des syrènes soutiennent des couronnes de laurier du milieu desquelles s'élève un jet d'eau ; ces couronnes étaient d'abord des couronnes royales fermées , et île petits jets d'eau sortaient des tleurons.
(2) Ce n'est pas M. de Neubourg qui a pris possession de L'électoral , c'est son fils le grand inaîtrede l'ordre Teut unique, qui a fait prêter serment de fidélité pour son père. ( Note de Dongeau. )
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étoit déjà dans le Palatinat, où il avoit fait prêter serment de fidélité à ses nouveaux sujets. Jl est huitième électeur , et a la dignité d'architrésorier de l'Empire . — Le comte d'Harram et milord Duras ont été nommés gentilshommes de la chambre du roi d'Angleterre.
Vendredi 8, à Versailles. — Le roi s'alla promener dans son parc ; Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint- Germain etrevint d'assez bonne heure pour aller joindre le roi qui étoit à pied dans ses jardins. — M. de Louvois revint de la rivière d'Eure , où il étoit allé voir les travaux; il y aura près de seize cents arcades aux aqueducs que l'on fait, desquelles il y en aura quelques-unes plus hautes deux fois que les tours de Notre-Dame. Outre ces seize cents arcades-là , il y en aura beaucoup de petites que Ton ne compte point. — Le prince Philippe de Savoie est arrivé à Venise. Les Vénitiens lui ont offert le commandement d'une escadre de leurs vaisseaux; il s'en est défendu sur son peu d'expérience, et s'est contenté d'être capitaine de vaisseau.
Samedi 9 , à Versailles. — Madame la Dauphine fit ses dévotions ; le roi alla à vêpres, et en sortant de la chapelle il s'alla promener en calèche, puis mit pied à terre dans ses jardins. — Monseigneur et madame la Dauphine se promenèrent quelque temps avec lui, en revenant de faire le tour du canal. — Madame d'Uxelles, abbesse de Farmontier en Brie , mourut en ladite abbaye , qu'on a donnée à sa nièce, madame de Beringhen, fille de M. le Premier. — Le comte de Boucy avoit pris congé du roi pour s'en aller à sa compagnie , qui est incorporée dans le régiment de Florenzac ; le roi lui manda le soir, à Paris , qu'il revint ici , et qu'il l' avoit nommé pour colonel de son régiment des Cravates, qui vient de vaquer parla mort de M. de Goesbriant. — M. l'archevêque de Beims demanda pour son aumônier une abbaye qui vaquoit dans son diocèse, et qui vaut 2,000 livres de l'ente; le roi la lui donna le matin même.
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Dimanche 10, ù Versailles. — Jour de la Pentecôte. — Le roi ei Monseigneur firent leurs dévotions le matin. Le
roi loucha plus de huit cents pauvres ; Paprès-dînée ils entendirent le sermon d'un Père de la Merci, nommé la Blandinière, et après vêpres le roi monta dans le carrosse de madame la Dauphine et s'alla promener avec elle. Ils firent collation entre le canal et la Ménagerie. — Le chevalier de Soyecourt acheta la charge de guidon des gendarmes du roi 85,000 livres; elle étoit vacante par la promotion de M. de Froulé, qui avoit donné 25,000 livres pour monter à l'enseigne. Cet argent-là sert à payer 70,000 livres que le marquis de Béthune avoit de brevet de retenue, et le reste a été distribué aux maréchaux des logis de la compagnie et à M. le chevalier de L'Hôpital, qui n'est que gendarme. Le guidon du chevalier de Soyecourt ne vaut que 1,000 écus de rente ; les deux autres guidons valent 5,000 francs. — M. le Prince fit ses dévotions à Saint-Sulpice , sa paroisse; il y eut un concours de peuple extraordinaire, qui fut fort édifié de le voir faire une si bonne action.
Lundi 11, à Versailles. — Le roi fit marcher son régiment à une lieue d'ici vers le camp du régiment de la reine, et là il fit la revue des régiments du roi, du Dauphin et de la reine; Monseigneur et madame la Dauphine étoient en carrosse avec lui; au sortir de la revue, ils allèrent souper à Marly , où il y avoit deux tables de treize couverts chacune , l'une tenue par le roi et l'autre par Monseigneur; après souper on lit quelques tours de promenade dans les jardins. — M. le marquis de Médavy-Grancey, petit-fils du maréchal, épousa mademoiselle Colbertde Maulevrier, à qui on donne la valeur de 100,000 écus et presque tout en argent. — 11 y eut un grand démêlé au bureau de madame la Dauphine, entre M. de Chamarande, son premier maître d'hôtel, et M. Le Boux, son maître d'hôtel en quartier, et le soir j'interdis M. Le Boux.
Mardi 12, à Versailles. — Le roi s'alla promener à pied clans ses jardins ; Monseigneur courut le loup, et au retour il se promena avec madame la Dauphine. — M. de Nogaret conclut avec M. le duc de laFerté le marché de son régiment d'infanterie ; le prix est fait à 40,000 francs, et apparemment le roi agréera M. de Nogaret. La seule difficulté qu'il y pourra avoir sera sur le nom du régiment, parce que S. M. veut, ce me semble, qu'ils portent tous les noms de quelques provinces, et l'acheteur voudroit qu'il portât son nom. — On a fait de fort beaux présents aux ambassadeurs moscovites , et Torf les remène et les conduit jusqu'à Dunkerque, où ils s'embarquent pour passer en Hollande. — On reçut des lettres de MM. les princes de Gonty, datées de Presbourg; ils ont passé à Vienne et n'ont point vu l'empereur; il n'ont vu que le cardinal Bonvisi, nonce, et le prince Louis de Bade *.
*MM. les princes de Conty ne virent point l'empereur, parce qu'ils voulurent un fauteuil devant lui comme en ont les électeurs, et refusèrent d'être reçus debout et tous les honneurs possibles qu'on leur offrit, en tenant ferme sur le fauteuil.
Mercredi 13, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc, puis il revint se promener à pied dans ses jardins : Monseigneur courut le loup à Montfort et en revint d'assez bonne heure. Tous les chasseurs y demeurèrent pour recourre le lendemain, piqués d'avoir manqué trois cerfs de suite. — Le roi donna 500 écus de pension à Vertillac, lieutenant-colonel de Dauphin; il en avoit déjà autant, si bien quil a présentement 1,000 écus de pension. — Madame de Bouvroy mourut à Paris; elle avoit été gouvernante des filles de la reine. Sa fille aînée a épousé M. de Saint-V allier ; elle laisse une autre fille à ma lier et quelques fils. Elle n'a voit pour tout bien qu'une pension de 9,000 francs que le roi lui donnoit. Le fils aîné est capitaine de marine , et le second est abbé de Change, auprès de Meaux*.
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* Madame de Rouvroy étoit fort du monde , et mère de madame de Sainte allier, qui en a été beaucoup aussi, de M. d'Oysy et de deux fils, dont l'aiué est devenu premier lieutenant général des armées navales; sa femme étoit fort attachée à madame la princesse de Conty, fille du roi, et ses sœurs avoient été filles de Madame. Ils tentèrent en deux ou trois occasions de se faire reconnoitre par les ducs de Saint-Simon père et fils, pour être de leur maison, et y employèrent Monsieur, Madame et madame la princesse de Conty avec grande chaleur de leurs amis , mais, s'étant trouvés courts des preuves, ils ne purent y réussir. Comme on fait ce qu'on veut en France, et qu'à chose si reconnue ce n'est pas la peine de faire un procès, ils continueront à porter la croix de Saint- Simon seule, comme ils avoient commencé.
Jeudi 14, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur chassa dans la forêt de Saint-Germain; il y tua un gros sanglier et un loup, et revint encore d'assez bonne heure pour le salut. En sortant de la chapelle , il s'alla promener avec madame la Dauphine; ils tirent collation à la Ménagerie. — M. de Nogaret eut l'agrément pour le régiment du duc de la Ferté ; mais ce qu'on craignoit pour lui arriva, car le roi déclara qu'il vouloit que le régiment s'appelât le régiment de la Sarre. — M. Girardin a 45,000 livres pour son ameublement , et pour les présents qu'il doit faire au Grand-Seigneur; le roi lui donne, outre cela, 18,000 livres de gratification .
Vendredi 15, à Versailles. — Le roi s'alla promener le soir dans ses jardins; Monseigneur courut le sanglier, et revint se promener avec madame la Dauphine. — Le roi composa un régiment d'infanterie de quelques compagnies dispersées; il lui fit prendre le nom de Beauvirlois, et choisit pour colonel Bérulle, qui est capitaine dans le régiment du Roi . — Le roi cassa la compagnie des cadets de Charlemont (1), parce qu'ils s'étoient assemblés sédi-
(1) Les compagnies de Cadets avaient été établies par ordonnance du 22 juin 1682 ; il y en axait neuf, établies dans autant de places fortes (Tournay, Cambray, Valenciennes, Charlemont, Longwy, Metz, Strasbourg, Brisacb et Besançon I. Klles comptaient i,000 gentilshommes, dequator/eà vingt-cinq ans
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tieusement, et qu'ils avoient fait sauver un de leurs camarades qu'on alloit faire mourir pour s'être battu; et même dix-sept d'entre eux , non contents de l'avoir tiré de l'éehafaud, l'avoient escorté jusqu'à Namur, et étoient ensuite revenus à Charlemont. On a fait tirer au billet ces dix-sept, et il y en aura deux passés par les armes. Réveillon , capitaine de cette compagnie et gouverneur de la place, étoit dans son lit, malade, durant toute cette sédition-là; les cadets seront incorporés dans d'autres compagnies, hormis ceux qui ont été à Namur conduire le criminel.
Samedi 16, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'à sept heures du soir, il monta en calèche avec madame la Dauphine et beaucoup de dames; car ils étoient quatorze dans la calèche. Ils allèrent s'embarquer au bout du canal; la musique les suivoit dans d'autres bateaux, et les courtisans dans les gondoles. On se promena jusqu'à dix heures du soir; Monseigneur ne sortit point de tout le jour, et accompagna le roi à la promenade sur l'eau. — La reine d'Espagne écrivit à Monsieur que les bruits qui avoient couru de sa grossesse n'étoient pas bien fondés. On prétend même qu'elle ne doit point espérer d'enfants de son mariage.
Dimanche 17, ù Versailles. — Le roi ne sortit qu'après le salut, et alla tirer dans son parc; Monseigneur le suivit ; madame la Dauphine se promena à l'entour du canal; à dix heures , le roi et elle descendirent chez Monseigneur, où il y eut un grand souper; toutes les dames et toutes les filles de la maison v étoient. — M. le Duc envova de
On leur apprenait les mathématiques, l'allemand , l'escrime, l'équitation et là danse ; ces jeunes gens étaient soumis à un régime et à une discipline sévères, aux plus rudes exercices et taisaient le métier de soldats; ils rece\ aient une solde de 10 sols par jour, et étaient habillés aux Irais du roi. Après un certain temps, ils étaient nommés officiers. Les grandes dépenses que nécessitait l'entretien de ces compagnies , et l'indiscipline des Cadets, amenèrent assez promptement leur suppression.
Dijon un courrier pour dire au roi que les Étais de Bourgogne s'étoient assemblés et que, dès le premier jour de l'assemblée, ils avoient accordé à S. M. le million qu'elle leur avoit demandé pour le don gratuit. Ces États-là ne s'assemblent que tous les trois ans; les États font la répartition eux-mêmes par bailliage pour lever cette somme ; la Bresse et le Màeonnois, quoique du gouvernement, ne sontpas des États ; le roi leur a remis 50,000 «'■eus pour récompenser la promptitude qu'ils avoient eue à accorder ce qu'il leur avoit demandé.
Lundi 18, à Versailles. — Monseigneur alla courre le loup aux Vaux de Cernay , et le prit dans Crouy, après avoir couru pendant dix heures par une chaleur horrible. Le roi se promena le soir dans ses jardins. — La mère Thérèse de Remenecourt mourut en son couvent delà gangrène au foie; elle avoit été honorée assez longtemps des bonnes grâces de la feue reine , et étoit supérieure des Carmélites de la rue du Boulois. — Le roi donna au marquis de Refuge, brigadier d'infanterie, le gouvernement de Charlemont , qu'il ôte à Réveillon , dont on croit que le roi n'est pas content sur l'affaire qui s'est passée dans la compagnie des cadets dont il étoit capitaine. — L'assemblée du clergé, qui se tient à Saint-Germain, accorda au roi 3,000,000 de don gratuit, que S. M. leur avoit demandés, et ces 3,000,000 ont été accordés d'un consentement unanime.
Mardi 19, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son petit parc; Monseigneur se reposa tout le jour; il joua chez lui l'après-dinée, et le soir se promena en carrosse avec madame la Dauphine; ils allèrent ensemble faire collation à la Ménagerie. — Le roi arrêta les comptes de M. de Bertillat des six premiers mois de l'année 168^ , et la dépense se montoit à 103,000,000 qu'il a donnés par ordre de S. M. — Mademoiselle de Paulmy parut à la cour pour la première fois; elle sera fille d'honneur de madame la duchesse do Bourbon, qui en aura encore trois autres : t. i. in
mesdemoiselles de Doré et de la Rochechenard, qui sont déjà chez madame de Montespan, et mademoiselle de Langeron , fille de la dame d'honneur qu'on lui destine.
Mercredi 20, à Versailles. — Le roi ne sortit que le soir ; il s'alla promener en calèche avec Madame, madame la princesse de Conty, madame de Maintenon, madame de Montchevreuil , mesdemoiselles de Biron , de Rambures et de Lœwestein , puis revint se promener à pied. Monseigneur prit médecine et joua l'après-dlnée , et le soir madame la Dauphine se promena à son ordinaire. — L'abbé Morel fut nommé pour aller envoyé du roi auprès du nouvel électeur Palatin ; il avoit été destiné pour la cour de l'Empereur; et l'on ne savoit même point encore en quelle qualité il iroit, parce que l'Empereur n'a pas bien décidé du titre qu'il donnera au ministre qu'il a envoyé en France. — Je passai les deux derniers jours à Rambouillet, et n'en suis revenu que ce matin.
Jeudi 21, Fête-Dieu, à Versailles. — Le roi, Monseigneur, Monsieur et Madame allèrent à la paroisse, et revinrent suivant la procession, et remenèrent le saint sacrement à la paroisse ; madame la Dauphine se trouva un peu incommodée et attendit dans la chapelle du ch âteau. — Après le salut, le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur et madame la Dauphine se promenèrent en carrosse à l'entour du canal. — M. de Seignelay nous dit au lever du roi, que l'on avoit eu nouvelle que le duc de Montmouth étoit arrivé en Angleterre ; il s'étoit embarqué , à la hauteur de Harlem , sur un vaisseau monté de trente pièces de canon et de cent cinquante hommes. — Les trois régiments écossois qui étoient au service des Hollandois se sont embarqués pour repasser en Angleterre, après avoir prêté serment de fidélité entre les mains de M. Skelton, envoyé du roi de la Grande-Bretagne.
Vendredi 22, à Versailles. — Le roi ne sortit que le soir à l'heure de la promenade; il y eut un grand souper à
Trianon , où madame la Dauphine mangea de la viande <l;ins un {«Hit cabinet; il y eut musique avant et après souper, on dansa même aux chansons dans le jardin. Madame la Dauphine fut contrainte de revenir aussi lui après avoir mangé, se trouvant assez incommodée. — On apprit la mort du marquis de Grana, gouverneur des Pays-Bas; il mourut ces jours passés à Marimont d'une rétention d'urine. Dès que l'on sut sa mort à Bruxelles , on ouvrit dans le conseil le paquet du roi d'Espagne, qui est toujours entre les mains du gouverneur du char teau d'Anvers, pour apprendre qui commandera dans le pays par intérim. — M. Don Antonio de Aquarto , qui est mestre de camp général, a été choisi pour remplir ce poste-là, en cas que le gouverneur vînt à mourir. — Madame la duchesse de Richelieu accoucha d'une fille , 31. le duc de Richelieu n'avoit point eu d'enfants de son premier mariage.
Samedi 23, à Versailles. — Le roi se promena en calèche avec madame la princesse de Conty, madame de Maintenon et quelques-unes des filles , puis vint mettre pied à terre à la colonnade; il vit quelques autres fontaines. Monseigneur, qui avoit été à la chasse du loup, rejoignit le roi à la promenade , et il descendit avec lui. — Madame la Dauphine ne sortit point, se trouvant encore assez abattue. — Le roi envoya M. de Duras , quoiqu'il fût en quartier, pour voir M. le duc de la Force , qu'on croyoit à l'extrémité, et savoir s'il ne vouloit point songer à abjurer son erreur; M. de la Force remercia le roi de son honnêteté et de ses soins, et demeura dans sa religion; il parut pourtant un peu touché de ce que lui dit M. de Duras, et fut sensible à l'honneur que lui faisoit S. M. — Monsieur et Madame allèrent à Maubuisson voir madame la princesse Louise, tante de Madame. Monsieur ira de là coucher à Saint- Martin chez M. le cardinal de Bouillon, où il demeurera deux jours. Les grands joueurs de Versailles et de Paris
s'y doivent trouver; Madame se tiendra à Maubuisson durant ce temps-là.
Dimanche 24 } à Versailles. — Le roi, en sortant du salut , alla avec madame la princesse de Conty, mesdames de Maintenon, de Grammont, madame de Montespan, madame de Thianges et mademoiselle de Nantes, souper à Marly. — Monseigneur alla souper à la Ménagerie avec madame la Dauphine, ses dames et les filles. Monseigneur y coucha même, et tous ceux qui le dévoient suivre le lendemain à la chasse du loup y demeurèrent avec lui. — Madame la Dauphine et les dames revinrent après le souper, qui fut fort gaillard. — .!<■ fus fort malade tout ce jour-là de la néphrétique.
Lundi 25, à Versailles. — Monseigneur avoit couché à la Ménagerie, et en partit à trois heures du matin pour aller courre le loup; il le prit, et fut de retour de la chasse avant le lever du roi. — Au sortir du salut, le roi alla tirer dans son parc , et puis se promena à pied dans ses jardins. — On sut le détail de ce qui sétoit passé au débarquement de M. de Montmouth, en Angleterre. Il a déclaré qu'il rentrait dans son pays pour soutenir les intérêts de la religion anglicane contre le duc d'York, et a pris une petite ville où il y avoit huit cents hommes de milice en garnison. — Monsieur et Madame revinrent de Hontoise, où ils avoient demeuré quelques jours chez M. le cardinal de Bouillon, et madame de Maubuisson avec madame la princesse Louise, sa tante.
Mardi 26 , à Versailles. — Le roi s'alla promener le soir dans ses jardins; Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint-Germain , et revint se promener avec madame la Dauphine autour du canal. — M. le Duc revint de Bourgogne, où il avoit tenu les États; il avoit expédié les affaires fort vite, afin de revenir plus tôt et de hâter le mariage de M. le duc de Bourbon. — Je sus que M. le Prince et lui avoient fait une manière de séparation de leur bien : jusque-là, les revenus et les dépenses étoient
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en commun, l'ai- ce partage-là, II. Le Prince prend 500,000 livres de rente, et se charge de payer les arrérages des dettes de leur maison, qui ne se montent guère présenlement qu'à 25,000 écus; M. le Duc aura 500,000 livres de rente quitte, et M. le duc de Bourbon aura 50,000 écus de la maison, en se mariant; outre ces 1,150,000 livres de rente partagées comme cela entre le grand-père, le père et le fils, il y a encore de grands casuels et aux terres et aux charges, qu'on destine à de certaines dépenses qu'ils feront en commun.
Mercredi "27 , à Versailles. — Le roi, après le salut, alla tirer dans son parc, et revint se promener dans ses jardins. — Monseigneur alla dans la forêt de Saint-Germain pour y prendre des loups qui sont dans le parc, et fouilla toute la forêt sans les trouver; il revint le soir pour se promener avec madame la Dauphine : il trouva qu'elle étoit sortie, et s'embarqua en gondole pour l'aller joindre à la Ménagerie, où il fit collation avec elle. — J'appris que madame de Mareuil étoit nommée dame d'honneur de madame la Duchesse; je ne sais quels appointements elle aura. Madame de Langeron , dont elle va remplir la place, avoit 10,000 francs.
Jeudi 28, à Versailles. — Le roi chassa dans son parc, à l'ordinaire; Monseigneur courut le cerf. — J'appris que M. de Thorigny, gendre de M. Bontems, avoit eu la survivance de la charge de président des comptes qu'a M. Lambert, son père. — M. de Fieubet fut nommé pour commissaire aux Etats de Bretagne. — On apprit la mort de madame Martinozzi , grand'mère de M. le prince de Conty ; elle est morte à Rome d'une chute sur un degré. Madame de Modène , sa fille , héritera presque de tout son bien .
Vendredi -29, à Versailles. — Le roi s'alla promener dans ses jardins, et Monseigneur courut le loup. — Ce jour-là je finis l'affaire de M. Le Boux, maître d'hôtel de madame la Dauphine, et le rétablis dans ses fonctions, après l'avoir mené chez M. de Chamarande . qui l'em-
brassa, et il nie parut qu'il ne lui restoit plus rien sur le cœur et que la réconciliation étoit sincère. — Nous sûmes qu'à la fête qu'on préparoit à Sceaux pour le roi il y auroit un petit opéra sur la paix, dont Racine fait les vers et Lully à son ordinaire fera la musique. — J'appris que le roi avoit donné une pension de 1,000 écus à M. de Saint- M.iis, qui a été gentilhomme de la chambre de M. le prince de Conty.
Samedi 30, à Versailles. — Le roi s'alla promener en calèche avec deux ou trois dames seulement, à Meudon ( 1 ) , qu'il voulut voir en particulier avant la fête qu'il doit y avoir lundi. S. M. trouva la maison magnifique et les jardins charmants, et revint fort content de sa promenade. — On apprit que M. de Lorraine marchoit vers Novigrad, qu'il attaquera peut-être avant que d'entreprendre le siège de Neuhausel ; la prise de Novigrad faciliterait fort celle de Neuhauzel, enôtant aux Turcs les moyens de le secourir.
Dimanche 1er juillet, à Versailles, — Départ de la cour pour Spa. — Je pris congé du roi pour m'en aller à Spa; je partis après avoir vu relever le quartier chez madame la Dauphine. — Voici ce qui s'est passé de plus considérable en mon absence. — Il y eut une fête à Meudon,etune quelques jours après à Sceaux (2); le vilain temps gâta un peu celle de Meudon; et celle de Sceaux, du conseil lement de tous les courtisans , est la plus belle fête qu'on ait jamais donnée au roi. — Le comte d'Argyle fut pris en Ecosse ; on le mena à Edimbourg, où il eut le col coupé. On trouva dans sa cassette la harangue qu'il avoit préparée pour la prononcer sur l'échafaud ; il fut pris le h juillet et exécuté le 10. — M. le contrôleur général perdit un de ses enfants qu'il aimoit fort. — M. de Lorraine
(1) Le château de Meudon appartenait alors à Louvois.
(2) Voir les détails de la réception faite au roi par le marquis de Seignelay, dans sa maison de Sceaux, dans le Mercure de juillet, pages 263 à 316.
assiégea Neuhausel; la tranchée fut ouverte le onzième juillet. MM. les princes de Conty sont à ce siège, et se sont déjà fort distingués. Le roi donna 100,000 francs a M. !<• chevalier de Lorraine pour l'aider à payer ses dettes ; i] y avoit déjà longtemps que Monsieur avoit demandé cette gràce-là au roi. — Madame de la Dobiaie, qui étoit gouvernante des filles de Madame, se retire, et Monsieur lui fait donner 10,000 écus. On croit que c'est Madame qui a voulu qu'elle sortit. — S. M. donna au bonhomme Giraut, son introducteur des ambassadeurs, une pension de 500 écus, une à M. de Cognié de 1,000 écus, une de 2,000 francs à M. de Beaumont, son fils, et fit une gratification de 4,000 francs à Vizé, qui étoit maître d'hôtel ordinaire de la feue reine. — M. de Lorraine perdit un de ses enfants. — M. de Montmouth vint attaquer les troupes du roi le quinzième du mois ; il fut battu et poursuivi, et pris le dix-septième, caché dans un fossé et déguisé. Milord Grey fut pris aussi quelques jours après; ils furent menés à Londres; ils virent le roi. Le duc de Montmouth n'oublia ni soumissions ni prières pour toucher le roi , tout cela fort inutilement ; on le mena à la Tour, et quelques jours après il eu le col coupé ; il montra ce jour-là beaucoup de résolution et mourut très-fermement. Iln'étoit ni catholique ni de la religion anglicane, mais véritable illuminé. 11 a soutenu que la duchesse de Montmouth n' étoit point sa femme, qu'il ne l' avoit prise que par force, mais qu'il avoit épousé madame Henriette Winthor, et lui a envoyé de dessus l'échafaud des cachets et des bijoux qu'il avoit d'elle, priant celui qu'il en chargea de les lui porter en Zélande, où elleattendoit l'événement de son entreprise. Milord Grey n'est point encore exécuté parce qu'il faut lui faire son procès dans les formes , et l'on n'y pourra travailler que dans deux ou trois mois. Milord Feversham de Duras commandoit l'armée contre le duc de Montmouth, et a eu l'honneur de sa défaite et de sa prise. — M. de Guerchi, qui avoit
épousé en premières noces une fille de la comtesse de Fiesque, de son premier mariage avec M. de Pienne, s'est remarié quoiqu'il eût beaucoup d'enfants, et a épousé une tille de madame Cornuel ; les parents de part et d'autre en ont été assez mal contents. — M. le comte de Grandpré a épousé aussi une demoiselle dont les parents ont paru assez fâchés; il y a même eu des oppositions de la part de lanière. — Ily eut chez Monseigneur un petit opéra dont la petite mademoiselle Jacques a fait tous les airs; elle n'a, je crois, que vingt ans. — Il y eut aussi un autre opéra pour les noces de M. de Bourbon; les paroles étoient de l'abbé Genest et les airs de Lalande. — Il y a eu des magnificences extraordinaires au mariage de M. le duc de Bourbon, qui fut le 23 juillet (1). Le roi lui a donné la survivance des charges de M. son père et toutes les entrées chez lui, comme il les a données à M. le prince de Conty et à M. du Maine. Quand il prêta le serment de ses charges, M. le Duc envoya aux premiers valets de chambre du roi 2,000 pistoles, et 400 aux garçons de la chambre. Le roi donne à madame de Bourbon 100,000 livres de pension, et 90,000 livres à M. le duc de Bourbon. — Monseigneur et madame la Dauphine tinrent sur les fonts mademoiselle d'Anguien, et Monseigneur donna une bague de 1,000 pistoles à une des tilles de madame de Langeron qui est auprès d'elle. — Madame la princesse de Conty a pris mademoiselle de Viantais pour être une de ses filles d'honneur. — M. le duc de Luynes a épousé en troisièmes noces une fille de M. d'Aligre , le chancelier, qui est veuve de M. de Maneville, et qui lui donne 100,000 francs et renonce à tout douaire. — On a su d'Espagne que le duc de Meclina- Celi étoit disgracié. — Les États de Bretagne se de-
(1) Voir la relation contenant toutes les particularités du mariage du duc de Bouillon, dans le Mercure d'août, pages 207 à 287, et dans la Gazette de France, pages 441 à 452.
voient ouvrir le premier jour d'août , à Dinan. — L'assemblée du clergé est finie, et M. le coadjuteur de Rouen harangua le roi à leur tête; sa harangue fut fort louée. M. de Valence l'avoit aussi harangué quelques jours auparavant, en présentant des mémoires contre MM. de la R. P. R. — M. Desréault, beau-frère de Rambouillet, se convertit. — La ville d'Oléron et celle de Salins se sont converties tout entières. — M. l'abbé de Lorraine, fils de M. le Grand, vint à l'Académie présenter des thèses, cela ne s'étoit point encore fait par personne; l'abbé de Dang-eau, qui étoit directeur, fit réponse à sa harangue. — A la noce de M. de Bourbon, les princes du sang et les enfants du roi mangèrent pour la première fois avec madame la Dauphine, et M. le cardinal de Bouillon ne voulut point faire la cérémonie du mariage pour éviter le dégoût qu'il auroit eu de n'y point manger, car le roi n'a point voulu que les cardinaux eussent cet honneur-là. — Le duc de Choiseul a été reçu au parlement; il a donné son gouvernement de Toul à M. de Clérembault, en payement d'une partie de ce qu'il lui doit. M. de Clérembault prend le gouvernement pour 47,000 écus par le jugement des arbitres qu'ils avoient choisis pour en régler le prix. - — M. de Saint-Chaumont, père de madame la comtesse devienne, est mort. — Mademoiselle de Rare est morte. — Le bonhomme Malmaison est mort. — Le bonhomme Bellay , médecin de Mademoiselle , fort fameux, est mort; on disoit que, s'il eût voulu changer de religion , on l'eût fait autrefois premier médecin du roi. — Le roi donna au comte de Roye une gratification de 18,000 francs; il a une pension de 12,000 francs. — M. le maréchal d'Estrées bombarda la ville de Tripoli , ce qui obligea les habitants à demander miséricorde; il leur accorda la paix à condition qu'ils enverroient des ambassadeurs pour demander pardon au roi de l'insolence qu'ils avoient eue de venir pirater sur nos côtes, qu'ils relà-
202 JOURJN4L DE DANGEAU.
cheroient tous les esclaves chrétiens qu'ils retendent, dont la plupart n'étoient pas françois, et qu'ils donneroient 500,000 francs comptant. — Le roi nomma M. le maréchal d'Humières pour aller en Angleterre faire compliment au roi sur la défaite du duc de Montmouth. — Le régiment deTurenne fut cassé. Le roi ordonna à M. le cardinal de Bouillon d'aller à son abbaye de Cluny, à M. et à madame de Bouillon d'aller à Evreux. Le logement du cardinal fut donné à madame la duchesse de Bourbon ; on l'avoit logée auparavant dans l'appartement qui touche à celui de Monsieur; mais, comme Monsieur n'avoit pas trouvé bon que le salon fût commun , cela rendoit l'appartement de madame de Bourbon trop incommode; il y eut même quelques petites affaires sur cela, que le roi termina en changeant le logement. — Le roi ayant fait prendre en Alsace un courrier de MM. les princes de Gonty , chargé de beaucoup de lettres, se fit apporter tous les paquets, et trouva dans les lettres de M. de la Boche- Guyon, de M. de Liancourt et de M. d'Alincourt, tant d'imprudences par plusieurs endroits, et tant de libertinage, qu'après avoir fait voir à M. de la Bochefoucault et au duc de Villeroy les folies de leurs enfants, il les relégua, par l'avis même de leurs pères: M. delà Boche-Guyon eut ordre de demeurer à Verteil; M. de Liancourt fut mis dans la citadelle d'Oléron , où Lacase fut chargé de le conduire, et le marquis d'Alincourt fut envoyé en Berry , à un château fort triste , appelé la forêt Thomies, que le duc de Villeroy a en ce pays-là. Le roi ne vouloit l'envoyer qu'à Neuville, chez M. l'archevêque de Lyon; mais le père ne trouva pas que la punition fût assez grande. On soupçonnoit encore d'autres jeunes gens d'avoir écrit des sottises; il y en a même d'accusés peut-être fort injustement*. — En Espagne il y avoit un grand mouvement sur ce qu'un François, mécontent de la reine d'Espagne et jaloux delà
(1) Voir les Mémoires de laBauvnelle, éd. in-12, 1778, t. 3, ch. 2.
faveur de la Cantin, nourrice de la reine, l'avoit accusée d'avoir voulu empoisonner le roi, et y mèloit même le nom de la reine. — On a massacré dans Madrid plusieurs François. On prétend que les accusateurs sont soutenus par le comte d'Oropeza , chef du parti de la reine-mère d'Espagne , et entièrement opposé au comte de Monterey , chef du parti de la jeune reine. — On mande que le roi d'Espagne n'a pas soupçonné un moment la reine sa femme ; mais les ministres ne laissent pas de l'inquiéter fort ; apparemment cette affaire aura des suites. Cette Cantin avoit épousé un nommé Viremont, autrefois capitaine de grenadiers dans nos troupes, qui avoit été obligé de sortir du royaume pour s'être battu durant le siège de Limbourg, je crois en 1675; et ce Viremont avoit pension de la reine pour avoir soin de ses chevaux de chasse qu'elle aime fort. — L'accusateur s'appelle Le Veillanne, et avoit été page de M, de Villars pendant son ambassade.
* Le roi, outré du voyage des princes de Conty en Hongrie , découvrit qu'ils avoient envoyé un courrier à Paris, et parla si ferme à M. de Louvois pour le faire arrêter et en avoir les paquets qu'il le lit prendre en Alsace comme il s'en retournoit , et n'osa ne pas porter au roi tous les paquets dont il étoit chargé, sans en ouvrir pas un. Il y en avoit de plusieurs gens de la cour, mais de trois entre autres qui piquèrent le roi au vif, par ce qu'elles contenoient et parce qu'elles étoient des gens dont les pères étoient comblés de ses grâces et de sa faveur. C'êtoitdu duc de la Roche-Guyon, gendre de 1M. de Louvois même, de Liaucourt, son frère , tous deux fils du duc de la Rochefoucault, et du marquis d'Alincourt , fils du duc de Villeroy, et petit-fils du vieux maréchal Villeroy. C'étoient des plaisanteries sur le roi et sur madame de Maintenon , sur ses revues de troupes et sur toutes ses occupations et ses amusements, et toutes les nouvelles contées en ridicule. Celle d'Alincourt étoit fort impie et de beaucoup la moindre sur ce qui regardoit le roi, ce qui fit dire au bonhomme maréchal de Villeroy que pour son petitlils qui ne s'en étoit pris qu'à Dieu , ce ne seroit rien , et que cela le mettoit bien au large , mais que pour les deux autres , c'étoient de grands impertinents. Liancourt, qui avoit bien plus d'esprit que son frère, avoit écrit aussi d'un style bien plus piquant que le roi ne lui a pardonné de sa vie , même depuis son retour. Aussi fut-il le seul mis en prison et gardé à vue des années avec une rigueur extrême , puis exilé longtemps,
ainsi que les deux autres ; et les pères et M. de Louvois hors de portée de parler pour eux. 11 y en eut d'autres aussi dont les lettres leur nuisirent longtemps ; mais ces trois-là étoient si supérieures aux autres que le châtiment public ne tomba que sur eux. Ce fut aussi ce que le roi ne put jamaisbien pardonner aux princesde Conty, dont l'aîné mourut dans sa disgrâce ouverte, quoiqu'à la cour à cause de sa femme, fille du roi, et l'autre est mort enfin d'ennui et de douleur de n'avoir pu jamais arriver au commandement des armées ni se mettre à couvert des suites de ces impressions, depuis son retour et son apparence de pardon.
Jeudi 9 août, à Versailles. — Arrivée du voyage de Spa à la cour. — Je revins à la cour, que je trouvai toujours à Versailles. — Ce jour-là, le comte Charles de Schomberg, qui revenoit du Palatinat, où il avoit été longtemps envoyé du roi, eut une pension de 2,000 écus. — Madame la Dauphine quitta ses bains ; Monseigneur la vint joindre au retour de la chasse , et se promena en carrosse avec elle. — Le roi rentra fort tard, il avoit tiré toute l'aprèsdinée dans son parc. — J'appris que le baron de Beauvais avoit ces jours passés gagné un procès considérable pour les carrosses de louage; il lui en reviendra 12,000 francs par an, outre ce qu'il en tiroit déjà. Le roi a rendu, dans mon absence, à M. de Vardes les entrées qu'il avoit du temps qu'il avoit la charge de capitaine des centsuisses.
Vendredi 10, à Versailles. — Le roi alla se promener à cheval à la machine de M. Deville, et fit presque tout le tour de son grand parc. — Monseigneur alla passer quelques jours à Anet; il y a couru le cerf dès aujourd'hui en arrivant. MM. de Belleibnds père et fils, le duc de Grainmont, MM. de Vendôme, le marquis de Créqui, le duc de Roquelaure, MM. deBrionne, de Tingry,de Comminges, de Nogaret, de Cossé et les menins ont eu l'honneur de suivre Monseigneur, et demain j'irai le joindre. — J'appris qu'on avoit mis à Rome à l'inquisition un jésuite nommé Molinos* , accusé de se vouloir faire chef d'une nouvelle secte qu'on appelle les quiétistes ; cette opinion approche de celle des illuminés d'Angleterre; on pré-
voiir igb;;. 2ô5
tend qu'il avoit entraîné dans son hérésie des gens considérables.
* Molinos étoit un prêtre séculier espagnol, grand directeur à Rome, qui ne fut jamais jésuite.
Samedi 11, à Versailles. — J'allai trouver Monseigneur à Anet; il avoit couru le loup ce jour-là; il y avoit le soir musique et jeu après lâchasse. Monseigneur avoit mené les officiers du roi afin d'épargner à MM. de Vendôme la dépense et l'embarras; MM. de Vendôme ne laissaient pas de tenir une grande table pour ceux qui n'avoient pas l'honneur de manger avec Monseigneur.
— Madame la Dauphine envoyoit tous les jours des courriers, et le roi les chargeoit toujours de dire à Monseigneur qu'il ne songeât qu'à se bien divertir, mais que l'on s'ennuyoit déjà à Versailles de son absence.
— Il vint des nouvelles de Neuhausel que les assiégeants étoient déjà dans le fossé et espéraient bientôt emporter la place. — J'appris que Hasfelt, brigadier des dragons, étoit allé en Poitou commander les troupes qui y sont, et dont les intendants ont quelquefois tiré des secours pour de bons effets.
Dimanche 12, à Versailles. — Le roi envoya force faisandeaux à Monseigneur, et Monseigneur lui renvoya force perdreaux , se faisant part l'un à l'autre de leurs chasses. — M. le maréchal de Bellefonds et moi allâmes à Evreux voir M. et madame de Bouillon , que nous trouvâmes aussi affligés qu'il se peut. — M. de Frontenac eut 3,500 francs du roi par gratification; on espère que cela sera suivi les autres années. — J'appris que le roi avoit donné à madame la princesse d'Harcourt une pension de 2,000 écus, comme elle l'avoit du temps de la reine , dont elle étoit dame du palais ; voilà déjà quatre dames du palais à qui on a rendu leurs pensions : madame de Tingry, la comtesse de Grammont, la comtesse de Saint-Géran et la princesse
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d'Harcourt. — On rend à madame la princesse d'Harcourt les deux années de la pension qu'elle avoit du temps de la reine.
Lundi 13, à Versailles. — Monseigneur courut encore le loup à Anet. — Le roi nomma M. de Basville à l'intendance de Languedoc, en la place de M. d'Aguesseau, qui revient. M. Foucault fut nommé à l'intendance de Poitou en la place de M. de Basville, et M. de Vaubourg, frère de M. Desmarest, eut l'intendance de Béarn qu'avoit M. Foucault. — Monseigneur fit faire beaucoup de libéralités à tous les gens de M. Vendôme, et fit espérer au maître de la maison qu'il y reviendroit encore l'année qui vient. — J'appris que le chevalier d'Angoulême, en sortant de la tranchée de Neuhausel, avoit fait une chute à cheval, et qu'il avoit eu la jambe cassée en deux endroits. On l'a fait porter à Vienne.
Mardi 14, à Versailles. — Monseigneur revint d'Anet. où tout s'étoit passé fort doucement et fort sagement. — On sut que le roi d'Angleterre avoit fait mettre dans la Tour de Londres milord de la Mère, milord Gérard Brandon et le comte de Stanford. — On apprit aussi que milord Arlington, chambellan de la maison du roi et chevalier de la Jarretière , étoit mort. — Un courrier d'Espagne apporta la nouvelle que la dame Cantin , nourrice de la reine, avoit eu la question, et que ceux qui l'avoient faussement accusée avoient été plutôt récompensés que pUnis. — Le roi alla à vêpres; c'est la première fois qu'il y eut été aux veilles de Notre-Dame. — Madame d'Ormesson mourut à Paris d'apoplexie ; elle étoit sœur de M. deFourcy, prévôt des marchands.
Mercredi 15, à Versailles, jour de la Notre-Dame. — Le roi, Monseigneur et madame la Dauphine firent leur bon jour. — Le roi donna l'évêché d'Aire à l'abbé de Bezons, l'évêchéde Biez à l'abbé Desmarest , tous deux agents du clergé ; il donna aussi l'abbaye de Gimont, diocèse d'Auch, à l'archevêque de Toulouse, et le prieuré de Boucachard,
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diocèse de Rouen, à L'abbé de Brochan , beau-frère de Félix, son premier chirurgien, l'abbaye de la Virginité à la sœur de Grandchamp. — On sut que M. le maréchal d'Humières s'étoit embarqué à Dunkerque; le duc de la Ferté, l'abbé de Villarceaux , La Delignerac et le vieux Sanguin , font le voyage avec lui ; il y a beaucoup de jeunes gens aussi qui l'accompagnent, et le duc de Roquelaure est parti aujourd'hui pour le joindre; il arrivera presque aussitôt que lui à Londres. — Monsieur reçut une lettre de la reine d'Espagne, sa fille, qui lui mande qu'elle ne doute point qu'on attente bientôt à sa vie , puisqu'on a déjà si méchamment attenté à son honneur; sa lettre est si triste et si touchante qu'elle a fait pleurer tous ceux qui l'ont lue.
Jeudi 16, à Versailles. — Le roi alla tirer à son ordinaire dans son parc; il entra dans une faisanderie d'où il fit partir cinq mille perdrix et deux mille faisans tout à la fois. Monseigneur alla tirer dans la plaine Saint-Denis, et tua plus de cent pièces de gibier. — Madame la Dauphine me fit l'honneur de me dire que M. l'électeur , son frère, envoyoit ici un de ses plus considérables courtisans pour lui donner part de son mariage avec l'archiduchesse, et que, dès qu'il seroit arrivé, elle feroit partir le marquis de Bellefonds, qu'elle a choisi pour aller faire ses compliments; il a la permission de demeurer auprès de M. de Bavière et de faire la campagne avec lui; il y avoit déjà quinze jours que le marquis de Bellefonds étoit nommé pour cet emploi , mais on n'a pas voulu qu'il partît avant que celui qu'envoie M. de Bavière fût arrivé. — Le baron d'Elval, ministre d'Espagne, vint trouver Monsieur pour lui rendre compte par l'ordre de son maitre de tout ce qui s' étoit passé à Madrid. Il soutient que la nourrice de la reine n'a point eu la question; maison sait par les lettres de M. deFeuquières que non-seulement elle l'a eue, mais qu'on croit qu'elle en a les deux bras cassés.
Vendredi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer; Monseigneur courut le loup. — On sut que milord Feversham a eu la Jarretière vacante par la mort de milord Arlington, et que milord Aylesbury a eu la charge de chambellan de la maison. — M. de Seignelay partit hier pour aller à Brest voir les vaisseaux du roi , il reviendra joindre la cour à Chambord. — M. de la Tanguy on, qui a été ambassadeur en Espagne, fut nommé pour aller à Vienne envoyé extraordinaire du roi, en la place de Chiverny. L'abbé Morel avoit été nommé pour cet emploi, il y a quelque temps, mais on a pris le parti de l'envoyer au nouvel électeur Palatin pour les intérêts de Madame. — M. de Croissy déclara à l'envoyé d'Espagne que, si l'on entreprenoit contre la vie de la reine à Madrid, le roi enverrait cent mille hommes contre les Espagnols et vengeroit hautement un si infâme attentat ; il ajouta même que, si la reine d'Espagne mouroit, dans cette conjoncture, de sa mort naturelle , ce seroit le plus grand malheur qui pût arriver à la monarchie d'Espagne, et que l'on compteroit ici qu'elle auroit été empoisonnée; qu'ainsi ils dévoient songera sa santé, qu'il en avertit le roi son maître et ses ministres.
Samedi 18, à Versailles. — Le roi alla, sur les cinq heures du soir, faire la revue du régiment des gardes vers Meudon. S. M. ne descendit point de carrosse, madame la Dauphine y étoit. — Monseigneur courut le cerf à la sortie du conseil; Madame T accompagna à la chasse. — On apprit le mariage de la comtesse de Pembrock, sœur de la duchesse de Portsmouth, avec M. le marquis de Tois; ils se sont épousés par amour, elle est grosse de six mois, mais le mariage n'étoit point déclaré parce qu'ils vouloient avoir le consentement de la duchesse de Portsmouth. — L'abbé d'Harcourt, tomba en apoplexie et on le crut mort ; il en avoit déjà eu trois attaques avant celle-ci. — On sut que la Cantin , nourrice de la reine d'Espagne, étoit déjà arrivée ;'i P>ayonne; elle n'a pas les bras cistes, mais
elle est encore fort navrée de la question qu'elle a eue.
Dimanche 19, à Versailles. — Le roi, Monseigneur et Monsieur montèrent ensemble en calèche au sortir du salut et s'allèrent promener dans le parc, puis vinrent mettre pied à terre dans les jardins. — La duchesse de Portsmoutli revint d'Angleterre à Paris; elle va s'établir en France: elle a payé toutes ses dettes à Londres , et elle a fait mettre sur la tète du duc de Richemond, son fils, les 3,000 pièces de pension qu'elle avoit; le duc de Richemond en avoii déjà 2,000 : ainsi il a présentement 5,000 pièces de pension : mais il a perdu la charge de grand écuyer qu'il avoit. — J'appris que M. Bauyn avoit perdu un procès contre le roi, hier au conseil royal; il est condamné à 3i0,000 livres , les deux tiers pour lui et l'autre tiers pour deux de ses frères et un de ses amis qui avoient eu part à cette affaire-là; pour payer la somme à laquelle il est condamné, il offre la démission de sa charge de maître de la chambre aux deniers, qui vaut bien 100,000 écus. — M. de Fourcy , prévôt des marchands , vint présenter au roi les nouveaux échevins; M. d'Ormesson, le fils, apporta le scrutin et harangua le roi.
Lundi 20, à Versailles. — Le roi et madame la Dauphine, après la messe, tinrent sur les fonds un enfant de la marquise de la Vieuville, qui est déjà assez grand. — Le roi alla tirer l'après-dînée dans son parc ; Monseigneur alla tirer dans la plaine Saint-Denis avec quatre ou cinq courtisans, et rapporta de sa chasse cinq cents pièces de gibier; il en avoit tué six vingts pour sa part. — Le roi donna à madame la duchesse de Hanover, sœur de madame la duchesse qui est retirée en France depuis la mort de son mari, une pension de 12,000 livres : elle a quatre ou cinq filles toutes catholiques, et avoit besoin pour subsister des secours du roi ; M. le duc avoit demandé cette pension-là à S. M. pour elle. — Monsieur et Madame allèrent àSaint-Cloud pour quelques jours; ils ne veulent pas se trouver demain ;i lé fête qu'il doit y avoir à Marly
parce que l'état où est la reine d'Espagne les met en des
dispositions fort contraires à la joie.
Mardi 21, à Versailles. — Le roi et Monseigneur, avec beaucoup de dames, allèrent dîner à Marly; madame la Dauphine n'y alla que sur les sept heures du soir ; elle se promena une heure avec le roi , puis on entra dans le salon qu'on trouva tout éclairé , et l'on eut la comédie du Sicilien, de Molière, avec des entrées de ballet, où madame de Bourbon, madame la princesse de Gonty et la duchesse de Roquelaure dansèrent avec les bons danseurs et les bonnes danseuses de l'Opéra; ensuite il y eut un souper magnifique. Le roi et Monseigneur tinrent chacun une table en des appartements différents ; on revint ici avant minuit. — J'appris que milord duc d'Albermale, fâché de ce que milord Feversham étoit lieutenant général , et qu'il ne l' étoit pas lui , qui comme plus ancien capitaine des gardes du corps l'a voit toujours commandé, avoit donné au roi d'Angleterre sa démission, et que milord Feversham par là étoit monté à la première compagnie des gardes. Le duc de Northumberland monte à la seconde, et on donne la troisième à milord Churchil, qu'on a fait aussi général major; le roi d'Angleterre n'a que trois compagnies de gardes du corps.
Mercredi 22, à Versailles. — Au sortir de son dîner, le roi fit la revue de ses deux compagnies de mousquetaires ; ils étoient en bataille dans la première cour du château. S. M. en fut très-contente; après la revue il alla tirer dans son parc. Monseigneur y alla tirer aussi de son côté. — J'appris que Saint-Ruth alloit commander les troupes qu'on envoie dans les Cévennes et dans le Dauphine comme Hasfelt commande celles qui sont en Poitou; ce sera apparemment avec beaucoup de succès des deux côtés. — Par les nouvelles venues de Hongrie , on sait qu'on a trouvé plus de difficultés au siège de Neuhausel qu'on ne l'avoit cru d'abord; on espère pourtant en voir bientôt la fin. M. l'électeur de Bavière v est arrivé.